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Full text of "Revue d'Alsace"

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REYUE  D'ALSACE 


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REVUE  D'ALSACE 


t:^-<l  <^  e— -g:-  ■ 


NOUVELLE     SERIE 

TOME   i2« 


TOME  miT  m  LA  COLLKGTION 


NKUiLLY-SUR-SEINI': 

Villa-Blaarhe,  30,  Ituc  du  NonI,  30 


F-'aubnurg  de  Frinn,  !l 

48!)8 


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STRASISOUR&  &  VIEUX-liRISACH 

AUTEUR  DU  XVII'  SIÈCLE 


Alî^atia  !  Tous  les  voyageurs  qui  en  parlent  sont  tes  bien- 
venus et  je  ne  manquerai  pas  de  copier  ce  qu'ils  en  rappor- 
Lunl,  suivanl  en  cela  rexcinpie  du  rcgrellé  Auguste  Stœber, 
qui  préparait  avec  humour  une  seconde  édition  ou  une 
nouvelle  série  de  ses  Curioniléx  i/e  voyages  en  Algace,  aux- 
quelles s'inU'ressait  fort  un  autre  maître,  en  faitd'Alsatiques, 
fi-u  Ignace  (Ihauiïour. 

On  apprend  toujours  quelque  chose  en  lisant  les  descrip- 
tions anciennes  de  l'Alsace,  qu'elles  soient  tiri.'es  d'un  Jeanne 
(lu  tempu,  comme  et  qu'on  va  lire  en  ce  moment,  ou  quelles 
sijienl  lies  souvenirs  de  voyage.  Tous  ceux  qui  ont  parcouru 
notre  belle  pi-ovince  ne  cessent  de  parler  avec  enlhousiasme 
■lésa  fertilité,  de  la  beanli'  de  ses  sites,  de  l'aménité  et  de 
l'industrie  de  ses  habitants. 

Mulgn'  que  le  TliMfre  du  Monde  (in-12,  2t8  pagesj 
ne  soit  qu'une  compilation  bien  souvent  réimprimée,  il  y  a 
de  bonnes  choses  à  glaner.  Après  avoir  parlé  de  l'Alsace, 
l'aulfur  ne  cite  que  Strasbourg,  la  libre  cité  impériale 
et  Vieux-ltrisach,  l'importa  nie  forteresse  do  la  Guerre  de 
Tn'nte  Ans  «  l'oreiller  de  rAUeningne   (1)    »,    J'ai    ajouté 

(1)  I,*  C'w»-iet«ef  Jn/jywnniw.- //awiorff,  1720, 488  p,  appelle  la 
ville  der  Schliistel  von  Teutschland,  «  la  clef  de  l'Allem^nc  ». 


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n  REVUE  D  ALSACE 

quelques  Dotec  sur  cette  vieille  cité  du  Briggau  que  l'on  voit 
des  Vosges  se  détacher  si  bien  de  la  ligne  des  montagnes  de 
de  la  Forét-Noire  et  de  son  rocher  dominant  le  fleuve  impétu- 
eux et  la  Plaine  du  Rhin.  La  ville  mérite  bien  une  excursion, 
ne  serait-ce  que  pour  son  église  gothique,  son  jubé  et  les 
sculptures  sur  bois  du  mattre-autel  ilont  nous  parlait  demiè- 
remeut  M.  Charles  Goutzwiller. 

Neuf-Brisach  et  le  Fort-Mortier  auront  aussi  quelques  notes 
comme  Taisant  partie  du  rayon  au  milieu  duquel  se  dessine 
l'antique  forteresse. 


De  l'Alsace 

«  L'Alsace  est  une  illustre  province  de  l'Almagne,  située 
au  long  du  Rhin  (1),  bornée  li  l'Orient  par  la  Suisse,  au  Cou- 
chant par  la  Lorraine,  au  Midi  par  une  partie  de  la  Bourgo- 
gne et  la  Suisse,  et  au  Nord  par  le  duché  de  Wurtemberg.  Sa 
longueur  est  de  neuf  lieues  germaniques  et  sa  largeur  est  de 
(rois.  Son  terroir  est  très  plaisant  et  fertile  en  toutes  choses 
pour  la  vie,  Bleds,  vins,  pâturages  et  fruits;  si  bien  qu'elle 


(I)  Voici  une  singulière  boutade  sur  les  travaux  du  Rhin,  impri- 
mée en  1789  ;  qu'on  en  juge  : 

M  foHrquoi,  me  dirM-vous,  si  nés  travaux  n'élaienl  pas  autrefois 
H  forcés,  en  avoir  encore  exécutés  ?  C'est  une  suite  et  une  contt'- 
i|uence  funeste  de  tous  ceux  qui  ont  été  faits.  Lorsque  le  Kbin 
n'élail  pas  contenu,  il  suivait  sa  pente  naturelle  cl  ses  dévasta- 
tions s'élendaient  lanlôl  sur  une  rive,  tantôt  sur  une  autre.  Lors- 
qu'on a  voulu  sauver  quelques  terres  qu'il  eut  peut-cltrc  mieux 
valu  lui  abanduiiner,  parce  qu'il  rend  toujours  d'un  côté  ce  qu'il 
a  pris  de  l'autre  en  lui  opposant  des  obstacles,  on  ne  fit  qu'aug- 
menter la  fureur  qu'il  déployait  avec  d'autant  plus  de  force  k  quel- 
que distance  plus  bas.  Alors  nécessairement,  on  était  forcé  d'y 
construire  de  nouveaux  ouvrages  et  c'est  ainsi  qu'on  s'est  vu  hors 
de  mesure  d'en  lixer  dorénavant  le  nombre,  ni  l'étendue.  C'est  un 
mal  auquel  on  a  peut-être  donné  soi-m^me  naissance  et  qu'il  faut 
supporter  patiemment  puisqu'il  est  sans  remède  (Lettre du  sindic 
d'une  municioali té  d'Alsace  à  un  de  tes  amis  à  Paris,  i789). 


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STRASBOURG  ET   NBLT-BRISACII  7 

est  appelée  la  nourrice  de  l'Allemagne.  Ses  monls  abondent 
en  mines  d'argent,  airain  et  plomb.  Othon  III,  empereur, 
érigea  l'Alsace  en  Landgraviat  ou  Coml^,  l'ayant  retranchée 
du  duché  de  Lorrraine.  Elle  est  à  présent  le  cinquième  cercle 
de  l'Empire.  On  y  compte  46  villes  et  50  ch&teaox,  et  un 
grand  nombre  de  villages.  Elle  est  divisée  en  Haute  et 
Basse. 

H  L'Alsace  produit  du  froment  en  abondance  et  Burloot  en 
la  plaine  où  il  y  a  aussi  de  très  irans  fruits. 

«  Les  monlagnes  et  les  collines  portent  de  très  bons  vins 
el  les  pâturages  sont  aussi  extrémenent  bons  aux  montagnes 
et  aux  vallées. 


De  la  Tille  de  Strasbourg 

«I  Cette  ville,  qui  est  dans  la  Basse-Alsace,  est  connue  des 
Anciens  sous  le  nom  A'Argenloratum  et  d'Argentina,  c'est- 
b-dire  Ville  d'Argent,  et  témoigne  par  ses  noms  les  avantages 
qu'elle  reçoit  du  commerce  et  ha  richesses  de  ses  habitang. 
Strasbourg  signîTie  en  .Vllemanrl  la  Ville  des  chemins  à  cause 
de  s(;s  chemins  pleins  qui  conduisent  aux  Pays-Bas,  en  Lor- 
raine, en  Italie  et  ailleurs.  Elle  est  située  dans  nne  plaine 
grandement  fertile,  k  un  quart  de  lieu  du  Rhin  dont  elle 
i-etoit  toutes  commoditt^s  par  un  canal  et  par  une  petite  rivière 
qui,  venant  des  montagnes  de  la  Suisse,  passe  par  le  milieu 
de  la  ville.  Elle  a  un  pont  de  bois  sur  le  Rhin  en  forme  d'une 
S  |K>ur  le  rendre  plus  ferme  et  assuré.  L'assiette  de  Stras- 
bourg est  très  avantageuse  pour  la  guerre  et  ses  murailles 
sont  fort  bien  terrassées,  le  terre  plein  pouvant  être  de 
quinze  à  dix-huit  toises  par  en  bas,  en  quoi  consiste  toute  sa 
force,  car  les  courtines  ne  sont  aucunement  flanquées  princi- 
palement du  côté  de  la  Porte-Neuve,  qui  regarde  le  Soleil 
levant.  Elle  est  irrégulière  en  sa  figure  aussi  bien  qu'en  sa 
fortification . 

«  La  ville  est  divisée  en  neuve  et  vieille  par  une  muraille 
et  une  fausse  braye  entourée  d'eau  et  toutes  deux  ensemble 


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8  RBVUE   D  ALSACE 

peuvent  avuir  huit  milles  de  circuit  et  contenir  IKtOO 
ménages. 

«  Les  rues  sunl  larges  et  les  maisons  belles  ;  car  bien 
qu'elles  ne  soient  la  plupart  bâties  que  de  charpenterie,  elles 
sont  néanmoins  tellement  enjolivées  par  dehors,  avec  des 
peintures  et  autres  ornemens,  que  l'aspect  en  est  très 
agréable. 

«  Ce  qui  s'y  voit  de  plus  ifinarquahle  est  la  Tour  merveil- 
leuse de  Mynsler,  allachée  îi  l'église  de  Notre-Dame  qui  est 
la  Cathédrale.  Cette  tour  qui  sert  de  clocher  est  estimée 
comme  une  des  merveilles  du  monde  ;  en  son  rez-de-chauss(?e 
elle  a  douze  pas  en  œuvre  ;  et  cette  largeur  rfgne  Jusqu^à  la 
moitié  de  la  Tour  où  l'on  peut  monter  pnr  quatre  escaliers 
difTérens;  le  l'esté  va  diminuant  jusqu'en  haut;  oii  l'on  va 
par  huit  escaliers,  mais  avec  un  peu  de  peine  et  de  danger, 
l'our  monter  depuis  le  bas  jusqu'en  haut,  il  y  a  sept  cens 
degrés,  et  est  aussi  haute  que  les  Pyramides  d'Egypte  et  ce 
qui  en  rend  ia  Fabrique  plus  admirable,  c'est  qu'elle  est  toute 
à  jour,  avec  diverses  ligures  de  relief  et  que  les  pierres  en 
sont  taillées  ave»:  tel  arlilÎM  et  industrie  qu'il  est  aisé  d'y 
monter  par  dehors.  Ceux  de  Strasbourg  tiennent  toujours  un 
homme  en  sentinelle  dans  cette  Tour  qui  découvre  plus  de 
quatre  lieues  loin  à  l'entour  de  la  ville. 

K  L'Horloge  pleine  d'artifice,  qui  est  dans  la  mi*me  t'-glise, 
où  l'on  voit  les  périorles  ries  Plam'ites  et  leurs  lieux  moyens  à 
chaque  heure,  les  Kclypses,  le  Calendrier,  les  Fé  les -Mo  bit  es, 
un  enfant  qui  niaïque  le  premier  qnatl  d'heure  avec  un  coup 
de  clochette,  un  Jeune  Homme,  le  second  avec  deux,  un 
Homme  fait  te  troisième  avec  trois  et  un  vieillard  lu  troisième 
partie  de  l'heure  avec  quatre  ;  puis  la  Mort  vient  k  sortir  et 
sonne  Chcure  avec  sa  clochette  ft  Notre  Seigneur  qui  va 
comme  au  devant  de  chaque  statue  des  quatre  &ges,  les  clo- 
ches qui  psalmodient  et  le  coq  qui  chante  k  la  lin  de  chaque 
heure. 

H  Cette  église  est  encore  remarquable  pour  son  merveilleux 
frontispice  orné  de  plusieurs  figures  de  relief  délicates  au 
piissible.  Ses  belles  et  hautes  vitres  à  personnages.  Sa  chaire 
d'albâtre,  l'une  des  plus  belles  piûces  qu'on  puisse  voir. 


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STRASDOiyRiJ   ET   NBl'K'BKlSA(;ll  M 

«  La  Tour  du  Trésor  où  l'on  garde  l'or  el  l'argent  de  la 
Kûpublique. 

0  Le  Palais  accompagné  de  plusieurs  belles  maisons  et  de 
plusieui'S  grandes  places. 

H  La  maison  des  Chevaliers  de  Halte,  sa  bibliothèque 
ancienne,  l'Arsenal  et  l'Universitt'. 

«  Strasbourg,  cumme  toutes  les  autres  villes  impériales,  se 
gouverne  selon  ses  lois;  mais  il  n'y  en  a  point  dont  l'état  soit  si 
populaire,  car  il  faut  que  les  six  qu'ils  appellent  Ammaistres, 
(]ui  sont  les  suprêmes  eu  dignités,  fassent  preuve  de  roture 
de  huit  races. 

Il  Cette  ville  a  porté  autrefois  le  nom  d'Argentine  (Ij,  à 
cause  de  l'argent  qu'on  y  apportait  do  toutes  parts,  comme 
au  bureau  de  recepte  des  Péages  que  les  Romains  y  avait 
établis.  Devant  la  maison  des  Arquebusiers,  on  voit  un  gros 
Tillot,  qui,  par  ses  branches  étendues  de  cinquante  pas  de 
circonférence,  forme  deux  chambres,  l'une  basse  et  l'autre 
haute. 

M  L'.Arsenal  de  Straslwiirg,  celui  de  Urrsdc  et  de  Cassel, 
sont  les  plus  remarquables  rie  l'Allemagne. 


De  la  Ville  de  Brisac 

«  Celte  ville  est  située  sur  une  montagne  au  delà  du  Kliin, 
et  par  un  pont  aboutit  k  l'.Msace  et  par  deux  autres  ponts 
elle  se  joint  ù  deux  petites  Iles  prochaines.  On  dit  qu'elle 
était  anciennement  au  dui;a  du  Rio,   mais  que  le   Fleuve 


(I)  Le  P.  Bacb  S.  J.  prétend  guc  l'emiilaccmeat  de  Strasbourg 
était  du  temps  des  MédiomalHcicns  une  station  de  chasse  aux  oies 
sauTages,  d'où  le  nom  Ar-gento-rat,  c'ejt-à-dire  le  passage  ou  le 
chemin  des  oies.  Les  romains  en  changeant  la  statiaii  en  camp 
retranché,  conservèrenl  le  nom  gaulois  en  lui  donnant  une  dési- 
nence latine.  Ils  dirent  Argentorntiim  :  Ar-geMo  ^  des  oies, 
raliim  =  le  passage.  (P.  IIACII,  Ettai  philologique  iiir  les  ori- 
f/inei  gaulohea  de  i/uelgae»  villes,  (Jlém.  de  ta  Soc.  d'hitloire 
et  d'archéologie  de  ta  Moselle,  Met:,  186*^6). 


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10  HBVUE  d'ALSACB 

ayant  changé  de  lit,  luy  n  aussi  fait  changer  de  situation. 
C'est  une  Place  désirée,  tant  à  cause  qu'elle  est  très  bonne, 
que  pour  la  commodité  de  son  assiette.  Depuis  quelle  est 
entre  les  mains  de  la  Fiance,  le  Roy  a  fait  abattre  toutes  les 
rorliflcaUons  irrégulii^res  el  en  a  fait  faire  de  régulières.  C'est 
une  place  des  plus  importantes  de  l'Allemagne. 

«  Urisac  est  très  forte  et  est  la  capitale  de  l'Alsace.  .Son 
assiette  est  fortifiée  naturellement,  car  le  Rhin  luy  sert  d'un 
grand  fossé  et  au  Levant,  outre  que  l'abord  en  est  encore 
plus  droit  et  diFTidle  k  monter  que  du  cAté  du  Rhin  ;  il  y  a 
cinq  grands  Bastions  royaux  avec  des  demi-lunes  devant, 
qui  sont  revêtus,  fraisés  et  palissades  avec  une  seconde  palis- 
sade dans  le  fossé  qui  est  souvent  rempli  par  le  Rhin  qu'on 
y  fait  entrer  et  il  serait  assez  mal  aisé  de  s'y  retrancher  sans 
avoir  l'eau  jusqu'aux  genoux,  pour  peu  qu'on  y  creuse.  La 
ville  est  petite  et  longue  et  ne  consiste  presqu'en  une 
seule  rue  qui  est  sur  le  sommet  et  tout  le  long  de  la  Monta- 
gne, il  un  bout  de  liiquelle  est  le  Château,  et  h  l'autre  la 
Grande  Église  dans  laquelle  le  tableau  du  Maitre  Autel,  avec 
ses  deux  portes  et  le  Retable,  est  d'une  taille  de  bois  la  plus 
belle  el  la  plus  délicate  que  l'on  voie.  11  y  a  des  feuillages  el 
des  draperies,  mais  suitout  l'imago  d'un  Dieu  le  V^ve,  qui  a 
Jésus-Christ  h  s;i  gauche  el  la  Couronne  de  la  Vierge,  qui  est 
la  chose  la  mieux  travaillée  du  monde.  De  cette  Église  et  du 
Château,  qui  sont  environnés  de  terrasse,  on  voit  toutes  les 
fortifications  d'un  coup  d'œil  el  tout  ce  qu'il  y  a  dans  la  cam- 
pagne à  dix  lieues  ti  la  ronde. 

«  Dans  te  milieu  de  la  Grand'Kue,  on  voit  un  très  grand 
puits  carré  (tj,  taillé  dans  le  roc  aussi  profond,  k  peu-près 
que  le  Rhin,  où  il  y  a  une  source  de  la  meilleure  eau  de 
l'Europe  ;  elle  fournil  de  boisson  abondamment  à  toute  la 
ville. 

«  On  remarque  dans  le  château  une  grasse  tour  carrée  qui 
semble  un  ouvrage  antique  bftti  de  grosses  pierres,  taillées 
en  pointes  de  diamant,  dont  les  Murailles  ont  bien  une  toise 


(1)  La  Tour  du  puits,  surmontée  d'un  élégant  carapanille,  n'a 
plus  que  la  hauteur  d'un  premier  étage  depuis  le  bombardement 
néfaste  de  i7!)3. 


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STRASBOURG   ET  KBL'K-BHISACH  11 

d'épaisseur.  C'est  pourtant  un  bAtiment  moderne,  fait  parles 
Archiducs  d'inspnigh  ». 

C'est  tout  ce  que  dit  l'aQleur  du  Théâtre  du  Monde, 
volume  qui  a  dû  être  souvent  réimprimé,  car  c'était  un  véri- 
table guide  pour  le  voyageur. 

Nous  allons  y  ajouter  quelques  notes  sur  le  Vieux-Brisach 
et  ses  environs  en  Alsace,  le  Port-Horlier,  Uiesheim  et 
Neuf-Brisach. 


Et  d'abord,  H.  Cestre  (1)  se  livre  Rur  les  deux  villes  à  des 
considérations  qui  méritent  bien  d'être  reproduites  k  titre  de 
curiosité.  11  voit  dans  Vieux-Brisach  cinq  collines,  savoir  : 

1*  U Ech-harts-berg,  au  sud  de  la  ville  formant  promon- 
toire dans  le  Rhin.  —  C'est  VEggardsberg,  autrefois  la  cita- 
delle de  Brisach  et  oîi  il  y  a  le  monument  en  l'honneur  du 
grand-duc  Frédéric-Charles. 

a*  La  Falaise  du  couvent  d'où  la  vue  s'étend  sur  l'Alsace. 

3°  Le  Schlossberg,  promenade  publique  par  ?uile  de  la 
ilémolition  du  chAteau. 

-io  La  Falaise  de  l'église. 

3»  h'iseberg,  VEmenberg  (la  montagne  du  fer),  la  plus 
petite  des  cinq  collines  ;  Jadis  fortin  en  amont  de  la  ville, 
pris  pendant  le  siège  de  1638.  Turenne  y  lit  dresser  une 
batterie  contre  la  porte  même  de  la  forteresse  pour  empêcher 
loute  sortie  (le  la  garnison.  Louis  XIV  fit  raser  le  rocher  et 
employa  les  matériaux  à  bâtir  la  ville  de  paille  (Strohntadt  2), 
commune  de  Bieshoim.  Une  porte  k  gauche  de  la  ville  impé- 
riale, après  avoir  passé  le  pout  du  Giessen  est  tout  ce  qui 
reste  de  cette  ville,  dont  le  plan  figure  sur  la  Carte  de  l'Elat- 
Major.  En  face  sont  des  guinguettes. 

(1)  Hémoires  de  la  Société  BelfoHaine,  18ffî(. 

(S)  La  ville  neuve  de  Sainl-LouiB  est  appelée  d'après  H.  Cestre  : 
Srohtadt  ou  SlraUladl  (tIIIc  Jcléc  à  bas  (Steuem,  faire  litière) 
«elon  l'infleiioa.  On  sail  que  le  conseil  souverain  d'Alsace  y  résida 
de  1681  h  iim. 


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13  iiEVLii  d'alsacb 

Au  milieu  Au  Pont  du  Rhin,  cnntinui.-  M.  Oslre,  se  trouvait 
une  redoute,  dito  des  Italiens:  il  y  a  prôs  de  trente  ans,  on 
découvrit  dans  le  lleuve  divers  objets,  entre  autres  le  fourneau 
en  fonte  du  poste  t1) 

«  Le  nom  celtique  de  Bri^ach  nous  apprend  qu'elle  fut 
i(  fondée  par  les  liretons  |!)  Ùrei-nar/i  —  Bris-ach  =  Breton 
«  d'origine  {'.'.) 

«  De  lu  vient  que  nos  Bas-Bretona  venant  jadis  ii  Neuf- 
«  Brisach  en  garnison,  ne  se  faisaient  point  faute  de  dire:  «Mais 
n  Brisanh,  c'est  chez  nous,  Brisach  !  »  Ils  ne  se  trompaient 
«  pas  du  moins,  quant  H  l'origine... 

«  Tout  poussa  riiabilant  ii  s'établir  sur  le  .Vons-Iirisiacnx. 
M  surtout  les  cinq  c<illines,  toutes  de  roche  volcanique,  se 
«  dresï^eut  eti  faloixe  au  milieu  du  fleuve,  défense  facile 
K  conti'e  toute  attaque.  Cetto  disposition  des  lieux  eut  natu- 
«  rellement  pour  conséquence  de  faire  de  .i/om'-Brisiarns 
«  un  lieu  de  refuge.  Il  fut  mi^me  un  lieu  de  refuge  si  fameux 
H  qu'un  auti'ur  du  Vlll"  siècle  le  dépeint  ainsi  : 

DrisacumCastcllum  laliliulum  scmper  De", 
Itegique  rebellanliiim... 

M  (Brisach,  forteresse  et  lieu  de  refuge  des  gens  toujours 
<  en  révolte  et  contre  Dieu  et  contre  le  Uoi^  ». 

«  .le  ne  m'étimne  pas,  dit  l'auteur  du  A'nureau  roi/Offe 
«  d'Italie  (t),  que  Vieux-Biisach  fut  autrefois  nommé 
«  l'n  Oreiller  (2i  de  l'I-Jupire  »,  et  sa  foruie  et  sa  force  ont 
«  bien  \m  lui  <lonner  c<;  nom.  Iteprésen lez- vous  une  hauteur 
«  ijui  semble  être  de  terre.';  raportées  au  milieu  d'un  païs  uni 
A  comme  la  glace.  I.a  villf  est  sur  un  des  bouts  de  cet  oreiller, 
a  sur  l'autre  bout  est  la  Citadelle  et  uue  excellente  forlilica- 
«  lion  embrasse  le  tout  au  pied  du  cIuIIphii.  On  passe  le  llliin 
«  sur  un  pont  de  pierre;  et  ce  pont,  du  côté  de  la  France  est 
«  extrêmement  fortilié  ». 

(1)  A  La  Hajc,  )Wl-90. 

(2)  Ou  mieux  «  Oreiller  de  la  maisnn  d'Autriri.e  ».  On  In  unm- 
aussi  la  Cilailelle  d'Allcniaguc  et  la  clef  d'.Vtlemagne.  mais  tnus 
ces  noraa  appartiennent  beaucoup  mieux  à  Strasbourg,  observe 
l'auteur. 

Itrisach  était  l'oredler  sur  lequel  reposait  la  surelé  dds  états  de 
l'Empire. 


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STRASBOinC   BT  NBUF-BRISACH  13 

Quand  on  est  k  Vieux  Brisach,  il  faut  parier  du  sire  de 
Ilagenbach,  ce  féal  bailli  de  Gharles-le-Téméraireel  que  noire 
collègue,  M.  Charles  Ncriingcr,  a  monlré  sous  un  point  de  vue 
tout  nouveau  ot  très  juste.  C'est  dans  les  intéressants 
Mémoires  iur  la  romposilion  des  armées  de  C/iartes-le~ 
Téméraire  par  M,  de  In  Clmvalays,  paras  dans  les  Mémoires 
de  l'Académie  de  Dijon,  année  1H78-1819,  p.  139,  que 
nous  trouvons  quelques  d<^lails  sur  les  forces  dont  pouvait 
disposer  le  lenihlc  bailli  qui  se  vantail  de  rendre  les  routes 
du  Sundgau  si  sûres  qu'on  pouvait  y  voyager  sans  armes  le 
jour  et  la  nuit.  Au  moment  des  guerres  de  son  souverain, 
Pierre  de  Ilagenbacb.  siour  de  Belmont,  maftre  d'hôtel  du 
duc,  son  bailli  h  Ferrette  et  dans  l'.Au^ïuis,  fait  &  Dannemaric 
la  montre  de  !<es  mercenaires,  composés  d'.Vlsaciens,  de  mon- 
tagnards de  la  Forél-Noire,  de  Suisses  et  des  peuples  des 
alliances,  il  était  en  outre  capitaine  d'une  compagnie  d'ordon- 
nance. Il  y  avait  en  4468,  3  lances,  51  demi  lances,  41  cra- 
nequiniors  à  cheval,  2;U  longues  lances  k  pied,  116  couleu- 
viiniers.  169  cranequiniers  !i  pied  et  68  ballebardiers  qui 
prêtent  le  serment  habituel.  A  Havi&res,  le  9  octobre,  le  reste 
de  la  compagnie  parait,  9 demi  lances,  et  55  gens  de  pied  bien 
babilles  et  armés. 

La  compagnie  élail  d'un  homme  d'armes,  de  60  demi 
lances  à  cheval,  48  cranequiniers  montés  et  de  732  balle- 
bai-diers,  tous  cantonnés  en  Bourgogne.  En  1471,  Jean 
digny  en  était  lieutenant.  En  1474.  le  lieutenant  Garchacelt 
commandait  la  compagnie,  forte  de  cent  lances  et  de  trois 
rents  archers.  Ils  avaieni  tous  la  croix  de  Saint-André  en 
velours  vermeil.  Ilagenbacb  était  mort  en  soutenant  haut  et 
ferme  le  droit  de  son  seigneur  et  maître. 

Il  ne  faut  pas  oublier  que  Brisach  possédait  depuis  des 
siJ^cle»  une  petite  synagogue  où  les.luifs  faisaient  les  cérémo- 
nies de  leur  loi  en  payant  un  tribut  pour  chaque  famille.  En 
1823,  le  beau-père  du  receveur  général  de  Colmar —  un  pari- 
sien—  trouvait  leur  temple  plus  propre  que  les  hiboux  qui 
le  fi-équenlenl  :  «  Leur  quartier,  dit-il,  est  d'une  saleté  qui 
«  n'a  d'égale  que  leurs  personnes.  C'est  sans  doute  par  esprit 
A  de  l'ivalité  que  les  .luifs  ont  de  l'antipathie  pour  les 
H  cochons  »... 


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i*  RBVUB   D  ALSACE 

On  Ût  ce  distique  pendant  l'occupation  française  sous 
Uuis  \IV  ; 

Limée  cram  Gallia,  pons  cl  Junua  sio: 
Si  paient,  Gallis  nolibi  limes  erit. 

(J'étais  Trontière  aux  Français,  j'en  suis  maintenant  le  pont 
et  la  porte  s'ils  continuent,  il  n'y  aura  nulle  part  de  limite 
aux  Français). 

Il  me  reste  à  parler  du  triste  aspect  de  la  ville  haute  de 
Brisach  par  suite  du  barbare  bombardement  du  15  septembre 
1793.  Elle  fut  complètement  détruite  et  les  habitants  allèrent 
s'établir  dans  la  ville  basse  ;  on  n'y  voit  plus  que  l'église  et 
quelques  maisons;  les  maisons  it  hauteur  d'un  mur,  percées 
encore  de  fenêtres  et  de  portes,  servent  de  clûlures  îi  des  jai-- 
dins.  C'est  la  mort  avec  l'apparence  de  la  vie  !  Ocelle  tache 
pour  la  Convention  nationale  d'avoir  toléré  cet  acte  inquali- 
fiable digne  des  nations  sauvages. 

Le  9  messidor  (il  juin  1793),  un  détachement  français 
traversa  le  Rhin  sur  un  pont  volant  vers  trois  heures  de 
l'après-midi.  Les  soldats  furent  logés  près  du  Vieux-Brisach, 
dans  de  grosses  baraques  que  les  Autrichiens  avaient  fait 
construire  du  temps  du  siège  de  la  ville  ;  elles  étaient  couver- 
tes en  terre,  derrière  la  ville  et  horedela  portée  du  canon.  Le 
lendemain  le  détachement  repassa  le  Rhin  et  fut  dirigé  sur 
Huningue  (1). 

Déjk  dans  la  nuit  du  25  au  26,  il  y  eut  une  fausse  attaque 
dans  une  tie  du  Rhin  près  de  la  ville  ;  une  centaine  de  soldats 
passèrent  le  neuve;  les  avant-postes  ennemis  s'enfuirent;  il 
y  en  eut  un  d'égorgé  près  d'une  batterie.  Les  Français  se 
saisirent  d'un  canonier,  de  trois  charretiers  et  de  trois  che- 
vaux. A  la  pointe  du  jour,  quand  le  canon  se  fit  entendre  et  ils 
repassèrent  le  fleuve. 


(1)  La  pauvre  place  forte  démolie  avec  le  Fort-Louis  et  Lands- 
hron  n'est  plus  seule  daus  son  Iriale  état.  Haguenau,  Lauterbourg 
et  WiBsembourg  sous  le  Second  Empire  ;  ^a  Petite- Pi  erre,  I.ieh- 
temberg  et  Schlestadl  depuis  1870,  ont  partagé  sou  sort.  Il  ne 
reste  plus  eu  .VIsace,  des  places-fortes  du  temps  de  Louis  XIV  que, 
Itelfort,  Landau,  Neuf-Brisach  et  Strasbourg.  Quatre  sur  treize  !! 


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STBASBOCHG   R  NEDK-BHISACH  15 

Lors  de  l'aiinislice  conclue  en  1800  entre  le  général 
Lecourbe  (1)  et  le  gémirai  autrichien  Starray,  Hanheim,  Kehl, 
et  Vieux-Brisach  étaient  considérés  comme  des  postes  avancés 
pour  les  Français,  mais  cela  ne  fut  pas  ratiflé  par  l'archiduc 
Charles. 

Après  la  paix  de  LuDéville,  les  consuls  ordonnèrent  de 
raser  les  fortifications  de  Neuf-Brisacb  qui  devint  une  ville 
ouverte.  Les  fortifications  ne  furent  plus  rcbfllies. 


Le  Kort-Moitier,  commune  de  Vogelsheim,  était  jadis  la 
tète  du  pont  de  Vieux-Brisach.  Ce  pont  aboutissait  en  face 
du  chAteau  k  la  porte  de  France,  décorée  encore  des  armes 
royales  et  aujourd'hui  l'hospice  civil.  C'est  pourquoi  le  sail- 
lant du  fort  est  tourné  vers  Neuf-Brisach,  et  est  fermé  k  In 
gorge  par  un  simple  rempart  maçonné  qui  se  raccorde  aux 
flancs  du  saillant  par  des  angles  arrondis.  Il  est  entouré 
d'un  large  fossé  et  une  petite  caserne  est  contre  le  rempart 
qui  se  trouve  sur  le  bras  du  Rhin  dit,  le  Giessen  (2).  Un  poste 
militaire  y  était  étahli  et  en  1858  P.  J.  Fries  parlait  do 
l'ennui  des  soldats  qui  y  étaient  en  détachement,  n'ayant 
d'autre  société  d'un  côté  que  les  canards  barbotant  dans  les 
joncs  et  de  l'autre  que  les  serpents  et  les  lézards  se  chauffant 
au  soleil,  a  Je  parlerai,  dit  le  spirituel  voyageur,  de  l'tinlipa- 
«  thie  que  ressentent  pour  toutes  nos  forteresses  les  Alle- 
«  mands  qui  se  plaisent  à  qualifier  le  fort  de  liatten-IVesl 
«  (Nid  II  ruts)  (3)!! 


(1)  Nous  BTODB  de  ec  général  les  livres  d'ordre  de  sa  brigade 
lors  du  siège  du  Luxembourg  en  1795. 

(i)  Vu  parc  de  pontons  est  dans  la  cour  de  la  caserne  sur  la 
rive  droite  du  Giessen  prËs  de  la  roule  impériale. 

(3)  La  pelile  commune  de  Vogelsheim  a  encore  pour  écarts  le 
Bock,  le  moulin  à  poudre,  l'auberge  de  la  Sirène,  nom  Français  du 
villsge,  )a  Pelile  Hollande,  eu  sortant  par  la  porte  de  Strasbourg, 
eilée  souvent  dans  les  sièges  de  Neuf-Brisach,  etc.  Le  territoire 


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16  RBVUB  D'ALSACK 

Le  3  novembre  1870,  le  fort  fut  bombardé  par  des  pièces 
t^tablies  k  la  droite  de  Bieshcim  et  de  Neuf-Brisaeh  —  sur 
les  deux  rives  du  Rbin.  et  enRn  par  du  canon  posé  sur  la 
terrasse  de  i'i^glise  de  cette  ville  dont  le  rocher  à  pic  domine 
entièrement  le  Furt-Mortier-.  Celui-ci  faibicmpiit  armi*!  ne 
[lOuvait  pas  résister  longtemps.  La  petite  caserne  fut  liientât 
en  Hammes,  et  la  garnison  dut  se  retirer  dans  la  casemate. 
Le  lendemain  4,  le  colonel  de  Kerhor  tenta  de  soutenir  l'artil- 
lerie du  fort  ;  une  pièce  de  24  fut  chargée  de  répondre  n  la 
batterie  de  l'église,  mais  bientôt  l'ordre  fut  donnt^  de  cesser 
le  feu,  sur  les  représentations,  dit-on,  du  général  von  Schme- 
ling  qui  rendait  le  commandant  de  la  place  resiwnsable  du 
bombardement  d'une  ville  ouverte.  Le  6,  vers  cinq  heures 
du  soir,  le  commandant  du  fort  envoya  &  Ncuf-Brisach  deux 
mobiles  eu  bourgeois  portant  un  drapeau  blanc  cha^ïf^s  de 
déclarer  «.  igue  la  petite  j^arnison  ne  peut  plus  tenir  el 
K  <|u'elle  tentera  dans  la  nuit  de  rallier  la  place  par  la  poile 
«  de  Strasbourg  en  suivant  la  ligne  du  télégraphe  ».  Le  foil 
était  toujours  bombardé.  Des  bombes  traçant  dans  l'air  leur 
sillon  de  feu.  s'abatlaient  des  hauteui's  de  Vieux-Brisacb  wur 
ses  remparts.  Lorsqu'une  de  ces  masses  de  fer  pilait  la 
terre,  le  sol  en  était  ébranlé  jusqu'aux  glacis  de  Neuf- 
Brisach  (1). 

Cette  ville  bombardée  à  outrance  ne  pouvait  guère  venir 
en  aide  au  pauvre  fortin;  elle-môme,  quelques  jours  après, 
le  1 1 ,  était  obligée  de  subir  le  joug  du  vainqueur,  et  une  de 
SCS  colonnes  passait  devant  le  Fort-Mortier  ou  l'on  pouvait 
voir  les  ravages  terribles  de  rartillerie  des  assiégeants,  A 
onze  heures  du  matin  les  prisonniers  atteignirent  le  Rhin  qui 
futiraversé  îi  l'aide  de  barques. 

(te  celle  ville  dépendait  du  f-omlé  de  Hiirbourf;,  apparlenaDlaudiic 
de  Wurtemberg,  prince  de  Moiilbéliard  qui  le  céda  au  Koi.  Vogcls- 
licim  et  Volgansfaeim  élaienl  du  même  comié  en  1700.  Rien  de 
plus  pittorcaque,  lors  Uc  la  lècollc  du  maïs  <|uc  de  voir  toutes  tes 
maisons  des  villages  de  la  llart  dcenrées,  alin  de  lu  sécher,  de 
cette  belle  plante  k  la  couleur  jaune  d'or.  On  en  met  même  sur 
les  arbres.  Cela  fait  un  effel  charmant,  digne  de  tenter  le  pinceau 
il'un  peintre. 
(I ) C. RisLER et  l,.UHEvr-.VTTHAr.rN. Ncuf-Brisai-h, Paris.  1873, 87, 73, 


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STKASBnuRli    KT   NRIIF-RRISACII  17 

Le  7,  à  une  heure  du  malin,  lu  feu  avait  cessi?  de  part  et 
(l'autreau  fort.  Quece  silence  fut p<^nibteiiNeuf-BrisBch!  Réduit 
en  cendres,  le  Fort  Mortier  ne  pouvait  plus  résister  et  venait 
de  succomber  :  deux  cent  mobiles  étaient  faits  prisonniers  (1^! 


VI 


Non  loin  du  Fort,  près  du  pont  est  l'auberge  du  ReinbKick. 
de  la  minuscule  commune  de  Vogelgrîin  qui  appartenait  en 
1790  aux  Wnldnerdn  Freunstein  ainsi  que  Biesheim,  gros 
village  au  Nord  de  la  pince.  U  y  avait  nu  Moyen- Age  un  petit 
prieuré  lie  Cluny  (2),  dont  M.  rnbbé  Ingold  s'est  occupé  un 
|)eu.  Ce  prieuré  a  disjmru  depuis  longtemps.  C'est  ti  Biesheim 
que  l'on  a  trouvé  en  1770  au  canttin  dit  (Kdenbourg  (OUno) 
■tans  un  nmus  de  ruines  eu  allnut  vers  Kuenheim,  sur  In  voie 
romaine  de  Mie  à  StrasiMurg,  une  pierre  sculptée  en  grés 
rouge  de«  Vosfjes,  représentant  en  n-lief  saillant  le  torse  d'un 
athlète  nu  se  mettant  en  défense.  Ce  jielit  ninuument,  aujour- 
d'hui nu  musée  des  rnlerlinilen  à  Colmar,  lui  fut  donn<^  en 
ma  («ir  le  docteur  Morel,  ancien  maire  de  In  ville  ;  il  le 
tenait  de  son  [>ère,  aussi  médecin. qui  eu  envoya  une  descrip- 
tion en  iï78  h  Oberlin  (3i.  C'est  une  des  meilleures  sculptui-es 
gallo-romaine 4  que  possède  r.Alsnne.  On  trouva  également 
des  tulles  romaines  dont  deu\  sont  marquées  ■<  S  L  X  X  [.  et 
des  monnaies. 


(1)  Dn  voit  Biir  la  [ilale-roruie  ilc  l'église  à  Vicux-Brisacb  une 
pièce  de  24  pointée  sur  le  clocher  de  Neuf-Brisnch.  Prise  au  Fort- 
.Murlier  le  7  novembre  1K70,  celte  pièce  qui  a  une  éraillure  à  la 
gueule,  a  été  fondue  en  1782  k  Strasbourg,  et  porte  deux  L  orne- 
mentées et  entrelacées.  Elle  a  été  donnée  par  le  Grand-duc  de 
Itade  h  son  bataillon  d'arlillcrie  N"  3  dont  un  délnrhcmenl  est  en 
garnison  au  fort. 

(2)  Le  musée  de  Colmar  possède  un  fragment  de  anilptorc 
romane  provenant  de  l'église  de  ce  prieuré:  c'est  une  mi'usirueusc 
tète  tenant  à  la  bouche  un  gland  suspendu  par  sa  lige.  (Bas-relief 
en  pierre  jaunùlre,  45X23). 

(3)  Oberlin  en  donne  imc  bonne  gravure  dans  son  Almantti-h 
d-Alsitn;  17510,  (33X58). 


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iH  BBVUB   d'ALSACK 

Le  monument  du  général  Beaupuy  (!)  est  sur  le  territoire 
du  la  commune  de  Biesheim.  C'est  Moreau  le  giuad  capitaine 
qui  ordonna  d'élever  des  monuments  à  la  incinoire  des  géné- 
rouz  de  l'armée  du  Rhin  tués  h  l'ennemi.  Des  soldats  blessés 
devaient  garder  les  lombeauxdcceux  qui  les  avaient  conduits 
si  souvent  au  champ  d'Iionneur.  Les  malheureux  événements 
qui  suivirent  empêchèrent  la  mise  h  exécution  de  la  belle  pen- 
sée du  général  en  chef  et  le  monumentde  Beaupuy  qtii  rappelle 
de  loi»  le  tombeau  dit  d'Ascagno  à  Albano  dans  la  campagne 
de  Rome  devint  peu  k  peu  une  ruine  avant  d'avoir  été  achevé 
et  orné  de  ses  bas-re!iefs.  Enfin  le  colonel  Ferru  du  tî3«  i-égi- 
menl  d'infanterie  en  garnison  îi  Nouf-BHsach  eut  l'heureuse 
idée  de  restaurer  le  cénotaphe  et  il  fui  complètement  achevé 
eu  1861.  Face  Ji  la  roule  on  lit  : 


DE  Rhin  rt  Moski.i.r 

AV.    Génkn\L    DE    DIVISION 

Reauoiiartie  de  Bkaituv 

Nlt  A  Ml'SSIDAN  DOHDOIINR 
I.B    1-1   JUILLET  <735 

\ai  monument  <•»  gn>s  rouge,  s'élève  solitaire  dans  la  plaine 
lie  la  Harl.  L'on  voit  au  loin  dans  une  ceinture  d'arbres 
émerger  le  toit  rougeùlie  du  minuï'cule  rlacber  de  Neuf-Bri- 
sach  et  au  levant  la  maigre  verdure  des  rives  fangeuses  du 
canal.  Il  est  sur  une  petite  élévation  dominant  la  route  impé- 
riale ainsi  que  le  chemin  qui  longe  le  (iiesKcn  pour  aller  au 
Fort  Mortier. 

Malgré  son  absence  d'ornemenis,  le  cénolaphe  parait  bien 
mieux  que  le  monument  construit  dans  le  même  genre  en 
l'honneur  du  général  Desaix  près  du  Jlhin.  Celiii-cl  a  le  mal- 
heur d'être  dominé  par  la  route  Impériale,  tandis  que  le 
monument  de  lleaupuy  est  situé  dans  une  position  bien 
choisie  qui  le  fait  remarquer  malgré  sa  nudilé  qui  ajoute 


(1)  Le  général  de  lleaupuy,  oIRcier  avanl  178!),  conuiiandail  la 
S*  Division  de  l'anurc  du  Rhin  :  il  liimlia  au  cnmbat  d'Emmendic- 

gen  Inrs  de  la  relrnilr  ilc  Mnrciui  cl  prél  île  repasser  le  neuve. 


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STnASBOUHG    BT  SKUF-BIIISACII  t!l 

encore  à  sa  beauti?  sévère.  Fôlicitoos  le  colonel  Ferru  (1),  qiie 
nous  avons  vu  au  cnmp  de  Boulogne  lout  porclus  de  vlmiTin- 
tismes  gagnt^s  en  Afrique,  d'avoir  eu  sa  palriolique  pensée. 

Tout  ce  <]ue  dit  le  conseiller  lluot,  H  propi>s  du  monumenl 
de  Beaupuy,  est  du  pur  verbiage.  On  conlemple  avec  respect 
ce  pieux  souvenir  élevé  îi  la  mémoire  d'un  brave  et  les  vers 
que  l'on  a  mis  sur  le  cénotaphe  ne  sont  qu'un  minime  détail... 
Nous  le  répétons,  le  monument  fait  un  olfel  saisi8»:ant  ilans  In 
plaine  déserte 

VIII 

Neuf-J)risBch  {%)  n'a  rien  qui  lixe  l'atlenlion  d'un  archéo- 
logue, mais  ses  souvenirs  militaires  vous  émeuvent.  Les 
armoiries  de  l'empire  avec  les  milésimos  17(^-1870  ont  rem- 
placé les  âmes  de  la  France.  A  l'avancée  de  la  porte  de  Bâte, 
la  seule  des  trois  portes  en  usage  (3)  qui  n'avait  pas  souffert 
du  dernier  siège,  l'on  voit  avec  émotion  les  lombes  des  décé- 
dés pendant  le  blocus.  Sur  celle  en  face  l'octroi,  s'élève 
le  sabre-bayon nette  de  Bartholdi  avec  cette  laconique  inscnp- 
tion  ;  «  A  nos  camiuadba  !  i870».  C'est  d'un  bel  effet  dans  sa 
simplicité  et  vous  remue  profondénienl. 

Une  autre  inscription  est  cnnire  en  Français  :  Fondation  X. 
JoLDDAix(4),  lit-on,  au-dessus  de  In  porte  de  l'hûpitat  civil. 
Elle  rappelle  la  mémoire  d'un  insigne  bienfaiteur  des  pau- 
vres. A  quelques  pas  il  droite,  s'élève  l'ancien  couvent  des 
Capucins  dont  l'église  et  le  chœur,  bien  reconnaissa blés  par 
ses  arcs-boutants,  servent  d'hApital  mililaii-e. 

(i)  Sorti  (le  l'École  militaire  co  1821,  il  eut  sa  relrnit(>  peu  apri's 
avoir  été  promu,  en  I86t,  général  de  brigade. 

(j)  Meuf-UrlBsch  n'a  que  139  HeclarcB  dans  sou  hao,  Biesbeim 
16SS,  WoirgaDBheim  !I3S.  Quelle  difTérencc  !  En  1896,  3307  Ama, 
dont  1837  soldats. 

(3)  La  porte  de  Bcifort  esl  rondamnéc  depuis  lo.ig'leiups. 
D'aprt-s  Vauhtm,  un  fort  ouTrage  devait  proléger  la  (daec  de  ce 

côté 

(4)  Cilons  encore  l'HôriiL  uk  France  dans  la  rue  di-  la  porlo  de 
IIAIe.  L'inscriplioQ  se  déluche  seule  nu-dessus  de  la  porte  d'enirée. 


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2<f  HEVLK   d'ALSAOE 

Vers  la  porte  de  (fdle,  quelques  pt'liles  maisuns  k  un  étage 
rappellent  l'époque  île  la  fonilalion  de  la  \illu.  L'église 
paroissiale  sur  la  pince,  à  droite  en  entrujil  pur  la  rue  de 
Strasbourg,  n'a  rinn  île  remarquable.  Elle  ressemble  à  une 
église  de  village  (1;.  Lliùtel  de  ville  se  détaehe  seul  sur  une 
petite  place  aliénant  à  la  place  d'armes,  qui  est  d'une  étendue 
peu  ordinaire.  Tel  est  Neuf-Brisach:  je  ne  parle  pas  de  ses 
admirables  fortifications  ni  de  ses  casernes,  ni  de  ses  larges 
nies  dont  plusieurs  ne  sont  pas  habitées.  C'est  une  vf*ritable 
ville  de  gneiTe  f2i. 

Au  commencement  d(>  la  Itévohiliiin,  Nriiritrisach  fut  un 
moment  converti  en  prison.  On  y  conduisit  le  SO  juin  17!ll, 
un  citoyen  et  une  fcinnio  veuvo  de  Colniar  ainsi  que  plu- 
sieurs jeunes  filles,  coupables  d'avoir  pnitesté  ('onlpe  la 
fermeture  des  églises  des  Capucins  et  des  Auguslins  de  celte 
ville.  Le  serrurier  Mutz,  qui  nous  raconte  celle  lâcbe  ven- 
geance, ne  nous  dit  pas  quand  furent  mis  on  liberté  les  déte- 
nus (3). 

Neuf-Brisach  n'eut  pas  h  souiïrir  d'iXrc  insulté  par 
l'ennemi  dans  les  gueires  de  la  République.  Tout  son  ntle  se 


11)  Neuf-Brisacbcomiile  parmi  ses  enPnnlH  le  cnpilnine  Itrenet, 
i|ui  préparc  une  histoire  des  invasions  de  4KU  et  de  IKI.'^,  el  trois 
graveurs  qui  exposent  aux  Chauips  ÉlvBées  :  MM.  Lrmis  Boiilian. 
0 h arl es-Julien  Clément  et  Alfred  Dubar. 

13)  En  1790,  le  roi  nommait  tomme  seiguenr,  le  curé  ipii  cinit 
M.  Delaunay.  A  celle  époque,  le  coiivenl  avait  pour  gardien  le 
P.  Irénée  d'Ingersheim,  puis  le  P.  liemy  de  Schlesladl. 

Le  marquis  de  CoDdans  était  gouverneur  cl  la  garnison  se 
composait  du  régimcnl  Itovid- Deux-Ponts,  dont  le  colonel  élnii 
le  prJDcc  Maximilien,  le  t'ntur  roi  de  Bavière  et  du  régiment  di-s 
Chasseurs  d'.VIsaee,  colonel  le  viconilc  de  Nonilicii.  l'nc  compagnie 
d'invalides  gardait  te  Fort-Mortier. 

Sous  le  rapport  de  la  Justice,  il  y  avaif  â  Neuf-itrisacli  une 
prévàtée  royale. 

(3)  Au  mois  d'aoCil  1790,  des  cavaliers  de  Neuf-nrisach  sont 
appelés  pour  remettre  le  holft  à  Wintzenheim  où  les  cit03*ens 
voulaient  chasser  un  juif.  Les  soldais  trouvant  les  portes  fermées 
et  vexés  des  clameurs  de  la  foule,  tirent  au  hasard.  Un  garçon  et 
une  Aile  sont  blessés.  Trois  soldais  furent  arrêtés  cl  conduits  en 
prison.  Le  juif  fut  obligé  de  paver  tous  les  frais. 


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STnASBOLHG    ET   NEUF -BUIS  A  UH  21 

borna  à  loger  les  soldat^:  qui  sillonnaient  suns  cesse  la  rive 
gauche  du  Rhin,  et  l'adininistiiilioii  ne  se  inettait  guerre  en 
peine  do  leur  casernement  :  «  la  garnison  n'y  l'tait  pas 
B  bonne,  dit  It?  sergent  Fricasse,  de  la  paille  sur  le  pavé  et 
«  des  couvertes  servaient  iK)ur  coucher:  l'hyver  il  y  faisait 
«  froid  et  leli!  c'était  rempli  de  puces;  dans  les  villages. 
«  quoiqu'ils  fussent  pauvres  on  y  <'lait  encore  mieux».  (Ven- 
démiaire an  Vlj.  Si  l'Élat  ne  pouvait  subvenir  au  couchage 
de  la  troupe,  en  revanche,  il  oITrail  des  feuxd'artilices,  qui 
se  donnaient  entre  les  deux  villes  de  Brisach,  dans  la  petite 
plaine  vers  le  futur  monument  de  Iteaupuy. 

Le  sergent  Fricjisse  fait  un  tableau  biim  vrai  de  Neuf-Bri- 
sach  :  il  y  a  une  belle  place  entourée  de  quatre  entrées,  dit- 
il.  formées  chacune  de  i^uatre  ponis-levis;  les  barrières,  les 
maisons  et  les  rasernes  ne  dépassent  pas  le  premier  rempart, 
la  place  est  entourée  de  quatre  ran^s  de  peupliers  qui  sont 
coupés  de  manière  ù  ce  qu'ils  ne  fassent  pas  découvrir  la 
place  en  dehors  :  h  chaque  coin  de  celle-ci  il  y  a  un  puits,  el 
tout  au  milieu  ou  voit  Ifs  quatre  portes  (1  ),  les  rues  sont  bien 
alignées  ainsi  que  les  inaisocis.  Sous  tous  les  remparts  sont 
des  casemates  et  sur  ces  cascmiites  est  une  lielle  promenade 
qui  fait  le  lour  de  la  la  ville.  (Je>  remparts  sont  garnis  de  forts 
canons  ;  l'eau  arrive  dans  les  fossés  par  un  canal  venant 
lie  larivièrt'  (2)  etc. 

La  fiUe  de  l'anniversaire  de  la  Itévolution  fut  l'occasion,  le 
o  thermidor  an  III  (2H  juillet  I7'JI),  de  faire  voir  le  peu  d'en- 
thousiasme qui  régnait  alors  à  Neuf-Brisach.  Les  cris  de 
Vivre  libre  ou  monrii'  et  de  Vii-e  la  Hepiihlitiue  ne  furent 
répétés  que  par  ceux  i|ui  étaient  sur  l'autel  de  la  patrie.  Les 
voix  ne  furejit  pas  unanimes  pour  cliuuier  la  Marsei/laise  el 
la  fétc  finit  assez  piteusement,  «  La  joie  n'élait  donc  pas- 
généi'ale,  observe  Fricasse.  el  il  n'y  a  rien  d'étonnant.  Nous 
manquions  de  tout,  le  prêt  élûit  arriéré  depuis   plusieurs 


(1)  Sui' l'une  (de  Strasbourg),  un  lisait:  Brisaco  paci  data  Lu- 
âovkiii  Jtagitu*  novum  hoc  «x  antiquo  validia  Alealiœ  secttri- 

lati  fundamenlis  extraxit.  An.  flJ'tC.LC.X. 


m  Journal  de  Marche,  Paris,  168^8 


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a  REVL'B   D'ALïACE 

iiiui«,  oïl  Hii  iiijus  •liinnuil  aucun  vêlement,  iiuus  manquions 
ilu  plus  slritl  n(Vi!ssaiiv.  Aussi  la  Tète  ressemblait-elle  k  un 
i-nterrement  (1),  la  (ruupeëtant  Turt  «  mélancolique  ».  Elle 
Jivail  de  quoi  à  ne  pas  se  laisser  aller  k  une  joie  folle,  même 
en  entendant  chanter  la  Marseillaise  par  de  jeunes  ci- 
toyennes. 

En  pleine  Teircur.  un  aventurier  fut  airètr  à  Neuf-UrisaGh 
au  mois  de  mars  I7t:>4;  il  se  faisait  passer  pour  membre  de  la 
Convention  nationale,  di'légué  du  comité  du  Salut  public 
t't  du  Comité  l-!xi^cutif.  C'était  Ii  qui  le  saluait  le  plus 
Ims  ;  il  lançait  des  animés  datés  de  l'An  Premier  de  la  Vérité 
et  de  la  Vertu,  «  tant  il  est  vrai,  que  pour  réussir  dans  leurs 
«  criminels  dessins  les  traîtres  prennent  le  masque  du 
«  patriotisme  et  de  lu  probité  »,  ubsi'ive  philosophiquement 
l'erlel.  l'uis  il  pei-cevaJt  dt-s  réquisitions  en  argent  et  en 
nature,  etc.  Comment  ce  faux  commissaire  de  la  Convention 
se  ûl-il  arrétnr  1  Un  l'ignore.  Dans  tous  les  cas,  ce  fut  Burrère 
lui-même,  qui  le  33  mars  (2),  annonça  a  ses  collègues  de  la 
terrible  assemblée,  l'arrivée  U  Fans  la  veille,  de  l'intrigant 
qui  se  nommait  ^tienne  Thierry,  igé  de  vingt-cinq  ans,  né  à 
Sedan,  domicilié  à  Paris,  ex-maréchal-d es-logis-chef  au  8* 
régiment  de  chasseurs  à  cheval.  Sa  maltresse,  Catherine 
Nimant,  originaire  de  Phnlsbourg,  iigée  de  vingt-un  ans, 
demeurant  à  Nancy,  profession  d'artiste  dramatique, 
l'accompagnait.  L'accusateur  public,  près  le  tribunal 
révolution  liai  1%,  fut  chargé  d'instruire  leur  procès  dans  le 
plus  bref  délai.  Il  n'y  manqua  pas;  car  le  37,  ils  passaient 
devant  les  jurc^s  sous  prétexte  d'avoir  pratiqui^  des  maneuvres 
tendant  a  la  dissolution  de  la  représentation  nationale,  à 
l'excitation  de  la  gueri-e  civile  et  d'avoir,  k  l'aide  de  faux 
puuvoii's,  L'st^rci'  une  autorité  arbitraire  et  vcxaloire,  II  n'eu 


(I)  Uaus  iiiK'  de  ces  fèlea  si  iirnubreuses  b  cette  époque,  les 
petits  garçons  de  dix  a  douze  ans  formaient  une  compagnie  de 
cbasseura  de  la  g^rdc  nationale  très  instruits,  suivis  de  soixante 
<<  jeunes  citoyennes  o,  vêtues  de  blanc,  marchant  sur  deux 
rangs,  etc.,  etc. 

(3)  Journal.  Paris,  U  mars  17!)4. . 


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STHASBOl'BG   ET   NBLT-BRISACH  23 

fallait  pas  tant  alors  pour  avoir  une  condamnation  îi  mort  (1). 
Thierry  porln  sa  tête  sur  l'échafaud  le  ménie  jour  ;  quant  k 
sa  raattre&se,  elle  était  acquittée  ;  mais  vu  ses  intelligences 
avec  le  pseudo-commissaire,  elle  i^tait  maintenue  en  arresta- 
tion Jusqu'il  la  paix. 

Ce  qu'il  y  a  de  plus  étonnant  dans  i^ette  affaire  c'est  que 
Thierry  était  parfaitement  connu  ii  Neuf-Brisach,  son  régi- 
ment y  ayant  été  en  garnison  en  1792  (2)  avec  le  13*  régi- 
ment d'infanterie  de  ligne.  Au  reste,  ces  aventuriers  ne 
furent  pas  rares  dans  beaucoup  de  villes  en  France.  Gé- 
néralement ils  se  faisaient  toujours  prendre,  mais  ne  finissaient 
pus  si  Iragiqueinenl  que  l'ex-maréchal-d es-logis-chef. 

Rappelons  un  épisode  inconnu  du  siège  de  Neuf-Brisach 
en  1870.  Tendant  que  la  place  était  encore  libre,  le  colonel 
de  Kerhor  reçut  l'ordre  du  ministfVc  de  la  guerre  d'envoyer 
k  Strasbourg, qui  venait  d'en  être  privée  par  le  bombaiTlement 
de  la  cîladelle,  tout  ce  qu'il  pourrait  en  fait  d'étoupilles.  Le 
colonel,  après  bien  des  démarches,  parvint  k  décider  des  hnlu- 
liers  îi  fréter  pour  Strasbourg  deux  bateaux  contenant  trente- 
et-une  caisse  et  30000  éloupillcs.  Un  soldat  était  sur  chaque 
embarcation  Partis  le  6  septembre,  les  bateliers  arrivèrent 
sans  encombi-e  le  lendemain  vers  trois  heures  et  demi  du 
malin  jusqu'au  poste  badois  de  Linzen  Kopf.  Le  sergent  du 
poste  arrêta  les  bateaux  et  aprèj  une  courte  fusillade,  les  fît 
aboi-der  cl  l'on  se  saisit  de  ce  qu'ils  portaient.  Peu  après, 
le  général  Wcrder  avertissait  Le  général  Uhrich  qu'il  ne 
devait  plus  coÈnpter  sur  l'envoi  d'étoupilles  venant  de  Neuf- 
Brisach  (3>. 


(I)  L'évèque  constitutionnel  Gouttes,  le  j^ardc-forestier  Jnssel, 
et  les  deux  comtes  dL'  Uallcroy,  furent  condamnés  à  niorl  le  même 
jour  par  le  terrible  tribunal  (Joarnfil  de  Perlel  2S  Mars). 

{i)  C'était  l'ancien  régiment  des  chasseurs  de  Guyenne,  dont 
le  colonel  élail  M.  de  Berruyer:  le  13"  régiment  ex  de  Bourbon- 
nais avait  pour  colonel  le  princeViclor  de  Broglie,  qui  Hnil  comme 
Thierry.  Il  y  avait  donc  deux  rogimenis  en  garnison  à  Brisacb. 
Cela  devait  un  peu  animer  la  ville. 

(3)  Autre  histoire  de  bàteau.t.  Cil-iil  au  mois  de  Juin  1791.  Des 
hAleanx -marchands  desrendaient   tranquillement    le   Bbin.    Oes 


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24  REVl'K  d'al^ace 

Et  pour  r 

«  Neuf-Brisurh,  vitic  snns  commerce  et  sans  industrie, 
«  d'après  Abel  Hugo  dans  sa  Frannr  l'illoresque,  n'a 
•e  <rimportanr<^  que  pendant  la  guerre.  Je  l'ai  traversée  en 

0  i828  ;  c'était  pitié  que  de  la  voir,  l'our  garder  ses  huil 

1  bastions,  file  avait  une  garnison  de  deux  cents  liommet^. 
«  Deux  de  ses  portes  étaient  condamnées.  La  plupart  des 
«  maisons  étalent  déserLes.  L'herbe  croissait  dans  les  rues, 
«  et  le  passage  de  la  diligence  n'altirait  quci  de  rares  cl 
"  tristes  spectateurs  (1). 

En  1813,  à  la  rentrée  de  Napoléon  en  France,  les  Badois 
prirent  de  suite  leurs  précautions,  tjuatri'  régiments  de  leurs 
pays  étalent  logés  dans  lys  villages  le  long  du  Hhin  entre 
Bâic  et  Brisach.  avec  deux  régiiiieots  el  deux  compagnies 
d'artillerie  du  Wurtemberg,  douze  pièces  d'artillerie  et  deux 
utmslers.  Fi-ùs  de  VieuK-Brisacb  se  trouvaient  encore  deux 
bataillons  de  chatjscurs  autrichiens  et  une  compagnie  d'artil- 
lerie. Le  15  juin,  le  prince  iMyal  de  Wurtemberg  arrivait  à 
Brucbsal,  celte  ancienne  résidence  des  évêques  de  SpiiT. 
IMiis  lard,  les  places  fortes  françaises  étaient  gardées  par 
des  bataillons  de  la  garde  nationale  d'élite,  Napoléon  ayant 
fait  venir  près  de  lui  toutes  les  vieilles  troupes  de  ligne. 

Le  Correspontlant  de  iVuirmbfry  disait  que  les  pmmes- 
ses  de  paix  du  souverain  n'étalent  cimcnlées  d'aucun  gage  ; 
qu'il  aurait  dû  les  appuyer  en  mettant  entre  les  mains  des 
alliés,  Landau,  Strasbourg,  Neuf-ltrisacb,  llunlngue,  Besan- 
i,'on,  elc.  .Mors  on  aurait  pu  ajouter  fol  \\  ses  intentions 
pacifiques. 


KialvcilliLiLls  répaudjronl  le  bruii  ((uc  des  énd).'i-éH  voulaient 
débarquer.  On  sonne  le  tocsin,  et  les  soldats  et  les  habilans 
accourent  sur  la  rive  du  (leuve  ou  Tod  reconnaît  l'erreur.  (La 
Feuille  vUlageoine,  Paris,  1791,  Neuf-Brisach,  209). 

(I)  En  18â7,  le  3«  dragons  était  en  garnison,  comte  de  Chateau- 
liodcau,  colonel  ;  le  atK  se  trouvait  îi  Coiinar.  En  1831 ,  il  y  avait 
le  1er  Dragons,  (d'OrléaaB),  à  Uelforl  et  ii  Neuf-Urisach,"  le  'M' 
d'infanterie  dane  la  prcmfère  de  ces  places  fortes. 


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STRASBOVltC   ET  NEtK-BRISACH  25 

Sauf  pour  Vieuz-Brisach  dont  les  vues  et  les  plans  anciens 
abondent,  on  ne  connaît  que  des  plans  plus  ou  moins  exacts 
(leNeuf-Brisacb  el  rien  sur  !e  Fort-Morliep.  U  est  ii  regretter 
i|ue  quelque  odicier  n'ait  pas  utilisé  sef  loisirs  en  dessinant 
quelques  vues  de  ces  deux  derniers  postes,  qui  ont  tenu  iiii 
rang  si  honorable  parmi  les  forteresses  frant^aises. 

Arthur  Hbnuit. 


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commencement  du   XVIII"    Siècle 

d' APRÈS    VS 

MÉMOIRE   INÉDIT  DE   L'INTENDANCE 


Noblesse  et  fief* 


La  noblesse  d'Alsace  (â|  est  non  seulmnent  illueti-e  pai' 
son  ancienneté  et  par  sa  pureté  exempte  de  mésalliance, 
mais  elle  a  l'avantage  de  prouver  celte  ancienneté  et  cette 
pureté  avec  une  certitude  et  une  facilité  particulière  pour 
l'Allemagne.  Il  est  aisé  d'expliquer  d'oij  elle  tire  cet  avantage, 
c'est  par  l'entrée  dans  plusieurs  chapttres  des  chanoines  et 
des  clianoinesses,  abbayes  d'hommes  uu  de  tilles  uù  l'on  n'est 
admis  qu'en  faisant  des  preuves  de  noblesse  plus  ou  moins 
étendues,  suivant  les  statuts  de  chaque  maison.  Il  ne  se 
passe  pas  cinquante  ans  sans  que  quelqu'un  de  chaque  I  mai- 
son ou)  famille  ne  soit  reçu  dans  les  uns  ou  les  autres  de  ces 
chapitres  ou  abbayes  ;  à  chaque  réception,  l'on  dresse  des 
procès-verbaux  exacts  de  la  représentation  des  litres  dont  on 
garde  dans  les  archives  des  copies  en  forme  jointes    aux 


(1)  Voyez  pages  433.459  de  1897. 

(2)  Voir  le  mémoire  de  Colberl. 


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XVITI«   SIÈCLE  27 

minutes  de  ces  procès-verbaux;  ils  rappellent  ordinairement 
ceux  qui  ont  été  précédemment  Tails  loi's  de  la  réception  de 
quelque  chanoine,  chanoinesse,  religieux  ou  religieuse 
de  la  même  famille.  Ainsy  en  rétrogradant  de  réception  en 
réception  on  remonte  aux  temps  les  plus  reculés  avec  des 
pièces  constantes  et  certaines  de  chaque  quartier  de  noblesse 
et  communément  un  simple  gentilhomme  en  un  mois  de 
temps  fera  plus  aisément  une  production  de  qualre  ou  cinq 
cens  années  en  Alsace  qu'un  gentilhomme  d'une  autre  pro- 
TÎnce  du  royaume  ne  la  femit  de  cent  cinquante  ans. 

Ce  qui  vient  d'êstre  expliqué  de  la  noblesse  d'Alsace  est  par 
rapport  h  l'cslraction,  et  il  est  U  observer  par  rapport  aux 
biens  qu'elle  possèdi-  qu'avant  les  arrewls  de  l'éunion  du  con- 
seil supérieur  d'Aisacu  de  l'année  IH80,  l'on  faisiiit  en  liasse 
Alsace  une  distinction  de  la  noblesse  immédiate  d'avec  la 
noblesse  médiatt'. 

La  noblesse  immédiate  étoit  celle  qui  pussédoit  des  fiefs 
dont  elle  avoit  été  investie  par  l'Empereur  comme  chef 
d'Empire. 

La  noblesse  médiate  étoit  celle  qui  ne  posséduit  que  des 
nrriers  flefs  dont  elle  étoit  investie  par  des  seij;neurs  par- 
ticuliers. 

Or  il  est  à  remarquer  sur  ces  (iefs,  qu'il  y  a  une  grande 
Jilféi'ence  h  faire  eji  Alsace  entre  les  biens  qui  ne  sont 
pas  nobles  et  ceux  qui  le  sont. 

Les  biens  qui  ne  sont  pas  nobles  s'appellent  allodiaux  ;  ils 
se  transmettent  par  succession  des  pères  et  des  mères  aux 
l'nfanls  et  aux  plus  proches  parents  sans  distinction  de  masie 
ny  de  femelle,  et  ^onL  susceptibles  de  dispositions  testamen- 
taires et  de  toutes  celles  autorisées  par  la  jurisprudence  du 
diMit  Romain. 

Les  liefs  au  contraire  se  gouvernent  toujours  par  les  condi- 
tions attachées  aux  investitures  qui  en  ont  été  accordées. 

Os  investitures  suivant  l'usage  d'.Mlemagne  pratiquées 
en  .\lsacc  sont  princi|)alement  de  deux  espèces,  la  première 
est  lorsque  l'Empereur  ou  un  autre  Prince  ou  Seigneur  a  dé- 
membré un  fief  qui  luy  appartenoit  pour  en  donner  une  par- 
lie  sous  le  même  titre  de  fief  à  quelqu'un  qu'il  en  a  voulu 
gratifTier, 


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28  BKITJE  D'ALSACE 

La  seconde  espèce  esl  lorsqu'un  particulier  qui  avoit  des 
liiens  allodisux.  ou  en  rulure,  voulant  se  mi^nagcrune  protec- 
tion plus  pailiculière  de  l'Empereur  ou  de  quel(|ucs  autres 
l'rinccB  ou  Seigneurs,  ou  liien  souhaitant  de  soutenir  h  tou- 
jours le  lustre  de  sa  mnison  avec  plus  d'^clal,  et  de  priver  les 
lllles  de  sa  succession  pour  la  faire  passer  aux  ma^iles  sans 
diminution  ny  légitime,  a  offert  des  biens  alloiliaux  fi  l'I'^m- 
pereur,  ou  à  quelqu'autre  Prince  ou  Seigneur  i>our  s'en  faire 
investir  en  fief,  cette  oll'i'e  s'apelle  oblatiun,  et  depuis  qu'elle 
est  accepli'e  et  receue,  que  l'investiture  l'st  donnée,  si  les  elau- 
les  et  conditions  qui  y  sont  énoncées  viennent  ii  ne  pouvoir 
s'exécuter,  le  fief  retourne  au  sfignrur  fi'udal  ou  direct  qui  en 
peut  investir  qui  bon  luy  semble,  et  pi-escrin-  dîins  Tinvesli- 
lure  les  conditions  qui  luy  plaist. 

La  condition  uivlinaire  et  la  plus  essentielle  est  lu  service 
du  vassal  en  personne  en  temps  de  gueri-e,  c'est  celte  condi- 
tion qui  exclut  les  filles  et  les  Ëcclésistiques  des  liefs  qui  vien- 
nent k  vaquer  dans  leurs  familles  du  chef  de  leurs  ascendants 
h  moins  qu'ils  ne  plaise  à  l'Empereur,  aux  Princes  et  autres 
Seigneurs  directs  de  passer  par  dessus  celte  considération 
il  y  en  a  des  exemples,  mais  ils  sont  fort  rares,  lorsque  les  filles 
sont  appellécs  par  l'investiture  au  délTaut  de  masies,  ces  sortes 
de  (iefs  s'appellent  féminins,  non  que  les  fillesy  soient  appel- 
lées  directement,  mais  parce  qu'elles  peuvent  les  possi'-der  nu 
déffaut  de  masies,  or  ny  dans  les  uns  ny  dans  les  auti'es  de 
ces  espèces,  ces  fiefs  ne  passent  jamais  par  succession 
aux  collatéraux  qui  ne  descendent  pas  directement  de  celuy 
<iui  a  receu  la  première  investiture. 

Et  c'est  par  la  considération  de  ces  vuci.-auces  (le  liefs  qui 
peuvent  arriver  sans  transmission  aux  héritiers  par  droit  de 
suicession,  que  ceux  qui  possèdent  les  fiefs  en  Allemagne  et 
en  Alsace  ne  peuvent  les  vendre,  aliéner,  affecter  ny  hypoté- 
qu'-r  sans  le  consentement  du  seigneur  féodal  ou  direct,  de 
sorte  que  la  jouissance  du  possesseur  n'est  regardée  que 
comme  un  simple  depost  du  fond  avec  un  usufruit  du 
revenu. 

II  est  bien  vray  que  des  créanciers  peuvent  faire  saisir  ce 
revenu,  tant  qu'il  est  possédé  par  leur  débiteur,  mais  dès 
qu'il  passe  flux  enfans  ou  autres  appelés  par  l'iovesliture, 


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L'Ar-SACK  Ar  fJlSIllENCRMKST  OV  XVIIl'  Mlfecl.K  2!) 

l'Hctmn  lie  ces  i;i't''anciei-s  cesse,  et  ils  perdent  ce  qui  leur  est 
ilù  s'il  n'y  a  point  d'ailodiaux  dans  la  même  succession.  Les 
veuves  de  mârpe  n'ont  aucune  hypothèque  ny  privilège  pour 
leurs  droits,  douaires  et  conventions  matrimoniales  sur  ces 
fiefs  dont  jouissaient  leurs  maris. 

Le  droit  de  donner  ces  fiefs  lorsqu'ils  viennent  h  vaquer  est 
un  des  plus  beaux  que  le  Roy  ait  en  Alsace,  Sa  Majesté  pour- 
rail  dans  ce  cas,  si  elle  le  vouloit,  les  réunir  h  son  Domaine, 
la  jurisprudence  des  fiefs  d'.Vllemagne  n'a  rien  de  contraire  à 
celle  faculté  lorsqu'il  ne  reste  dans  les  familles  aucun  de  ceux 
qui  sont  appelés  par  l'investiture.  Mais  cela  ne  s'est  point 
pratiqué  jusqu'il  présent  et  n'est  pas  en  usage  dans  ^F.mpir^^ 


l'rptiiUnl  fie  In  nohiexxe  île  In 
Baxxe  Al.itire 

Le  coi'ps  de  la  noblesse  de  la  Basse-.VIsace  a  une  juridic- 
tion appelée  présidial  ou  directoire  sceanto  h  Strasbourg  dans 
une  grande  maison  que  l'on  appelle  l'hàtel  de  la  noblesse  (il. 
le  Directeur  qui  y  pn'-side  est  choisi  dans  le  nombre  des  sept 
conseillers  qui  ccmpO!^cnt  ce  tribunal,  et  l'un  après  l'autre 
ils  font  cette  fonction  parsemestre,  lorsqu'une  de  ces  sept  places 
de  conseillers  vient  h  vaquer,  on  la  remplit  par  Election  Ji  la 
pluralité  des  voix  de  tous  les  membios  du  corps,  coite  Kiee- 
tion  est  ensuite  confleméc  par  le  Roy  lorsque  sa  Majei^lé 
l'agrée,  et  elle  accorde  une  commission  au  gentilhomme  éli*! . 
il  y  a  de  plus  trois  assesseurs  aussi  gentilshommes  qui  pren- 
nent séance  au  delTaut  de  conseillers,  lorsque  par  absence, 
maladie,  ou  nuire  légitime  empêchement,  quelques  uns  d'eux 
ne  peuvent  pas  se  trouver  aux  assemblées,  ces  assesseurs 
remplacent  ordinaircinenl  suivant  leur  ancienneté  les  pre- 
mières charges  qui  viennent  h  vaquer. 


(1)  Le  direcloire  de  k  noblesse  de  Basse  Alsace  est  transféré  de 
Strasbourg  a  Nidcrnay  par  lettres  patentes  de  Décembre  1680. 
Puis  de  nouveau  transféré  à  Strasbourg  par  lettres  patentes  du  7 
Juillet  1682. 


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dU  RBVl'E  D  ALSACE 

Il  y  a  outre  ces  coraeillers  et  assesseurs  (un  syndic,  un  se- 
iTétairc),  un  Receveur  et  autres  officiers  suballernes. 

Ce  pn^sidial  ou  Directoire  connolt  en  premièi'e  instance  de 
toules  les  affaires  personnelles  tant  en  demandant  qu'en  def- 
fendanl  qui  concernent  les  Gcnlibhomnies  membres  du  corps 
de  la  noblesse  nommée  immt'diflti!.  cl  par  appel  de  celles  de 
certaines  communaulcB  qui  !^onl  de  la  dépendance  de  cette 
juridiction,  lesquelles  ont  pour  juges  en  première  instance, 
les  [taillis  établis  par  les  Seigneurs  des  terres  dépendantes  du 
corps  de  celte  noblesse.  Ce  Prësidial  jufte  au  civil  en  dernier 
ressort  jusqu'il  la  somme  de  cinq  cens  livres,  les  appellations 
de  ce  qui  cxctide  Konl  portées  au  Conseil  supérieur  d'Alsace 
ainsy  que  celles  desi  jugements  qui  se  rendent  en  matières 
criminelles,  avant  les  arresls  d;  réunion  des  tcri'es  de  la 
Itasse-Alsai-e  à  la  souveraineté  du  Roy  rendus  en  l'année 
1680  et  dont  il  a  déjîk  été  parlé,  les  appcllalions  du  frésidiiil 
de  la  noblesse  étaient  portées  !i  la  Chambre  impériale  de 
Spire. 


Droits  lie   Corvées 

Les  habitants  de  In  Haute  et  Ita.sse  Alsace  sont  obligés  par 
litres  et  ))osscssion  de  faire  annuellement  des  corvées  à  leurs 
Seigneurs. 

Avant  que  celle  province  fut  sous  la  domination  du  llo.v 
ces  corvées  éloient  illimitées,  les  scigneui's  obligeaient  ieui's 
habitants  d'en  faire  autant  qu'il  leur  plaisoil,  ou  bien  ilsexi- 
geoient  d'eus  des  sommes  considérables  pour  les  en 
exempter. 

Il  estoit  assez  incertain  si  ce  doit  de  corvées  proceiloil  de 
la  supériorité  territoriale  romme  une  émanation  de  celle 
espèce  <lc  souveraineté,  on  bien  si  on  le  deviiil  regarder 
comme  un  proflil  utile  attaché  it  la  Seigneurie  directe  sur  les 
habilans  des  paroisses  que  les  gentilshommes  posséduient 
quoyqu'il  en  soil  ce  dioit  étoit  reconnu  dans  les  terriers  que 
Ion  nomme  urbaire  dans  cette  Province. 

Comme  ces  corvées  ont  paru  exlrémeuient  h  charge,   le 


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L'aLÂACG  Al*   COmiKNCKUBNT   Dl'    Wm"  iltrAX  31 

Roy  les  a  flx<;es  k  un  nombre  certain,  dans  toute  la  Haute 
Alsace  elles  ont  éiè  réduites  à  cinq  pour  chaque  année,  c'est 
h  dire  qu'un  laboureur  est  obligé  de  faire  annuellement  cinq 
corvées  de  charrue  à  son  seigneur,  un  habilant  qui  n'a  qu'un 
cheval  fait  cinq  corvées  de  cheval,  et  un  manouvrier  qui  n'a 
ny  charue  ny  cheval  fait  cinq  corvées  de  sa  personne. 

Ce  règlement  n'ayant  pas  été  étendu  îi  quelques  seigneuries 
de  la  haute  Alsace,  comme  dans  celles  de  Ferrelte,  Belfort, 
Délies,  Tbaones,  Allkirck  (six)  et  Isenheîm  appartenantes  ii 
M.  le  Duc  de  Meilleray  ou  il  avoit  le  droit  de  corvées  illimi- 
tées, par  deux  arrest  du  conseil  d'État  rendus  depuis  peu 
contradicloirement  avec  les  habitang  de  ces  lieux,  Sa  Majesté 
a  ordonné  <]ue  ces  corvées  seraient  réiluiles  Jt  cinq  et  qu'il 
seroit  an  chuis  du  Seigneur  de  les  faire  faire  en  nature,  ou 
d'obliger  les  hahilans  de  les  payer  en  argent,  scavoir  pour 
chaque  corvée  Je  charue  trente  sols,  pour  chaque  corvée  de 
cheval  quinze  sols,  et  pour  chaque  corvée  personnelle  dix 
sols,  de  manière  qu'un  laboureur  doit  payer  pour  cinq 
corvées  de  charue  7  livres  10  sols  par  an,  un  habitant  qui 
n'a  qu'un  cheval,  pour  cinq  corvées  de  cheval  3  livres 
i»  sols. 

Daus  In  basse  Alsace  ou  pays  de  nouvelle  domination  les 
corvées  ont  été  lixées  différemment. 

Dans  les  lerres  dépendantes  du  corps  ('e  la  noblesse  nom- 
mée immédiate,  elles  ont  été  réglées  par  arrest  du  Conseil 
d'État  du  24  décembre  i683  h  douze  par  an,  laissant  au  choix 
de  la  noblesse  de  les  faire  faire  en  nature  ou  d'obliger  les 
habitansde  les  payer  en  argent  sur  le  pied  de  trente  sols 
pour  cliaque  corvée  de  charne,  de  quin7;e  sols  pour  chaque 
corvée  de  cheval,  et  de  dix  sols  pour  chaque  corvée  person- 
nelle, ce  qui  r.wii'Jit  par  nn  pour  un  laboureur  à  18  livres, 
pourun  habilant  qui  n'a  qu'un  cheval  à  !)  livres,  et  pour  un 
habitant  qui  n'a  point  de  chevaux  h  ti  livres. 

Dans  les  lerres  des  seigneurs  particuliers  qni  ne  font  point 
corps  avec  la  noblesse  immédiate,  les  corvées  ont  été  fixées 
par  arrest  du  conseil  du  quatre  avril  1683  à  dix  par  an,  avec 
encore  celte  différence  des  précédentes  ou  l'oplion  est  référée 
aus  seigneurs,  que  pour  cellescy,  il  est  au  choix  des  habitans 
de  les  faire  on  nature,  ou  de  les  payer  en  argent,  scavoir 


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.12  KEVL'I!   D  ALSACK 

trente  sols  pour  clinque  cgrvée  de  chnnie,  quinze  sois  pour 
ciiaqiie  corvée  de  clieval  Pt  dix  sols  pour  chnquecorvée  per- 
sonnelle sur  quoy  ilcst  ii  remarquer  que  les  lalniureurs  qui 
payent  pour  leurs  chnrues  et  les  habitans  qui  payent  pour 
leurs  chevaux  ne  doivent  rien  pour  leur  personne,  ny  dans 
les  terres  du  corps  de  la  noblesse  immédiate,  ny  dans  celles 
qui  n'en  sont  pas. 


(UirtH'fix  nnroriiéi'S  par  Sri  Mnjpslr 
an.r  Kri'ffitf.i  ite  Slrnsthourij 


KnRn  par  lettres  patentes  Ju  mois  de  seiiteiubre  ItiRÎ  Sa 
Majesté  a  accordé  à  Messieurs  les  Evoques  de  Strasboui^  la 
faculti^  de  jouir  de  douze  corvées  par  an  des  habitans  des 
terres  dépendantes  de  l'Évérhé,  chaque  corvée  rnchetable  de 
dix  sols,  et  de  sept  corvées  de  chariot  sur  ceux  qui  en  ont, 
ninsy  que  de  sept  corvées  de  cheval  de  suninn'  sur  ceux  qui 
ru  nourrissent,  rhaqne  corvée  de  charinl  atelé  de  qiinlTi- 
•■hcvaux  rachelable  de  soixante  suis,  chaque  corvée  de 
rheval  de  sonuTie  racheptable  de  quinze  sols,  de  manière 
qu'un  habitant  qui  a  un  rhariot  altcli^  de  quatre  chevaux 
doit  par  an  pour  les  douze  corvées  de  sa  personne  6  livres, 
pour  les  sept  corvées  de  son  chariot  21  livres,  et  s'il  a  moins 
de  quatre  chevaux  U  proportion,  un  habitant  qui  n'n  qu'un 
cheval  doit  pour  ses  i\t)\\7.c  corvées  personnelles,  G  livre>!, 
pour  les  sept  corvées  de  son  cheval  5  livres  .")  sols,  et  s'il  a 
plus  de  chevaux  a  proportion,  l'n  manouvrier  qui  n'a  point 
de  chevaux  doit  pour  ses  douze  corvées  personnelles  6  liv. 

De  ce  qui  vient  d'être  expliqué  il  résulte  que  ce  n'est  que 
dans  l'Évèché  de  Stralbourg  que  les  habitans  payent  en 
même  temps  pour  leurs  personnes  et  pour  leurs  chevaux, 
partout  ailleuif  ceux  qui  payent  des  corvées  de  charue  ou  de 
chevaux  ne  payent  rien  personnellement. 


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L  AI.SAI'Ji  Al'  COUUBNCRURNT  I) 


F.nlretien  ilex  rhom 


Le  lluy  ne  fait  point  de  fonda  pour  l'entretien  des  chemins 
d'Alsace,  ce  sont  les  communautés  les  plus  voisines  qoi  répa- 
rent les  endroits  ou  il  faut  travailler,  cela  se  fait  par  corvée, 
et  l'on  choisit  le  temps  ou  les  ^ciis  <\c  In  campagne  ont  le 
moins  d'occupation. 

L'on  a  fait  construire  et  cntrelenirde  cette  même  maniiVe 
les  l'edoiitea  qui  out  étii  placées  en  tempR  de  guerre  de 
distance  en  distance  sur  le  bord  du  Rhin,  pour  h  garde  des 
passages  de  ce  fleuve. 


Il  y  a  en  Alsace  plusiieurs  communautés  qui  jouissent  de 
revenus  communs  dont  l'intendant  prend  soin  de  faire  adju- 
ger les  baux  à  leur  expiration  au  plus  offrant  et  dernier 
enchérisseur. 

Suivant  les  derniers  qui  ont  été  faits,  les  revenus  de  ces 
rommunautés  montent  en  haute  Alsace  k  134555  livres,  et  en 
liasse  .\lsace  a  deux  cens  dix  mil  trois  cens  quatre  vingt  dix- 
sept  livres,  ce  qui  fait  en  tout  344952  livres,  non  compris  les 
revenus  de  la  ville  de  Strasbourg  dont  il  sera  parlé  dans 
la  suite. 

Les  revenus  de  ces  communautés  s'emploj'cnt  aux  besoins 
les  plus  pressants  de  chacune.  Il  y  avoit  de  grands  abus 
dans  leur  administration  que  l'on  tAche  de  réformer  peu 
h.  peu  par  les  comptes  que  l'on  oblige  les  Bourguemestres  de 
rendre  ou  l'on  ne  peut  pas  cependant  encore  n'-duirc  les 
choses  k  la  m^me  régularité  qui  se  pratique  eu  Krance  îi 
lyiuse  du  génie  de  la  nation  allemande  qui  demande  plus 
d'à 


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nBVL'E   D  AI.SACR 


Ville  de  Strasbourg 

La  ville  de  Strasbourg  ebt  si  considérable  qu'elle  mérile 
qu'on  en  parle  en  particulier,  c'etoit  une  République  souk 
la  prolecUon  de  l'Empire,  comprise  dans  sa  matricule,  e( 
ayant  séance  aux  Diètes,  lorsqu'en  l'année  1681,  le  30* 
septembre,  elle  s'est  soumise  à  l'obéissance  du  Roy,  l'econ- 
naissanl  la  souveraineté  de  Sa  Majesté  à  l'exemple  de  M' 
l'évèque  de  Strasbourg,  le  comte  d'Hanau,  le  Seigneur  de 
rieckeiistein,  et  la  noblesse  de  la  basse  Alsace.  Ce  sont  W 
termes  de  la  capitulation. 

Cette  reconnaissance  a  dA  opérer  une  entière  suppression 
de  l'autorité  républicaine  et  des  droits  régaliens  dont  le 
magistrat  Jouissoil  puisqu'elle  a  été  donnée  dans  un  temps 
que  l'Evèque  de  Strasbourg,  le  comt«  d'Hanau,  le  Seigneur 
de  Fleckensteîn,  et  la  noblesse  de  la  basse  Alsace  pris  pour 
exemple  étaient  dépouillés  de  la  supériorité  territorialle  et 
des  mêmes  droits  régaliens  supprimés  précédemment  parles 
arrests  de  réunion  de  l'année  1080.  rendus  pur  le  Conseil 
Supérieur  d'.Msace  à  la  requeste  du  piocureur  général, 
auquel,  comme  on  l'a  cy  devant  i-emnngué  il  n'n  point 
été  donné  d'atteinte  par  le  traité  de  (tiswick  qui  n'a 
cassé  et  annulé  que  les  réunions  des  terres  situées  hors 
d'Alsace. 

Le  Magistrat  de  celte  ville  (1)  a  cependant  une  grande 
peine  li  croire  qu'il  n'a  fait  que  changer  de  protecteur  et 
qu'il  doit  à  peu  près  estre  traité  par  le  Roy,  comme  il  l'estoit 
par  l'Empereur,  sa  délicatesse  «st  grande  sur  cela,  et  si  on  li* 
laissait  faire,  toutes  les  aFTaires  se  tourneroient  en  négocia- 
lion.  Les  termes  de  déférence,  do  zèle  et  d'alfoction  na 
service  de  Sa  Majesté  étant  assez  communs,  mais  celuy 
d'obéissance  plus  rare. 

Ces  afTectations  sont  à  un  tel  point  ()U'ii  sera  bon  d'y  remé- 
dier lorsque  les  temps  deviendront  entièrement  tranquilles. 


(1)  C'est  le  passage  cité  par  M.  Rod.  Reusa  dans  son  éililion  des 
Iteittirittfm Mémorial,  p.  lUii,  n"  \. 


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L  ALSACR  AI'    COUMRSCEMBNT    DIT    XVIII*   ^lËCI.E  '■*■> 

mais  cela  devra  estre  forl  ménagé,  el  pour  ne  point  aliéner 
les  Esprits  des  haltitants  d'une  place  de  cette  importance,  il 
est  également  a  propos  de  les  maintenii'  dans  leurs  privilèges 
ou  l'autorilé  souveraine  du  Koy  n'est  point  intéressée,  el  de 
leur  faire  reconnaître  entièrement  cette  même  autorité  lors- 
qu'il faut  qu'elle  agisse. 

La  ville  de  Straiibourg  y  est  soumise  plus  que  jamais  par 
le  traité  de  paix  de  Riswick,  ou  l'Empereur  et  l'Empire 
l'ayant  cédé  au  Roy  comme  un  équivalent  d'autres  villes 
importantes  que  Sa  Majesté  a  abandonné,  celle  cy  ne  peut 
plus  se  prévaloir  d'une  capitulation  couverte  par  une  cession 
aussi  authentique,  outre  que  cette  capitulation  dans  sa  plus 
grande  force  n'auroit  point  l'étendue  que  les  magistrats  vou- 
loient  )uy  donner. 

Le  Magistrat  de  Strasbourg  est  divisé  en  plusieurs  cham- 
bres, scavoir  celle  des  treize,  celle  des  quinze,  celle  des  vingt  ' 
un,  et  celles  du  grand  et  du  petit  sénat  (1). 

La  chambre  des  treize  a  l'administration  des  affaires 
publiques,  et  avant  que  la  Ville  se  fut  soumise  k  l'obéissance 
du  Itoy,  on  l'appeloit  la  chambre  d'État,  elle  est  encore 
aujourd'hui  la  principale  de  la  Magistrature,  connoissant  de 
de  toutes  les  alTaires  de  conséquence,  et  recevant  les  appella- 
tions intcrjeltées  du  grand  et  du  petit  sénat  en  matières 
civiles  pour  les  juger  en  dernier  ressort  lorsqu'il  ne  s'agit 
pas  plus  de  mille  livres.  L'appel  de  ce  qui  excède  est  porté 
au  conseil  supérieur  d'Alsace,  mais  les  sentences  de  celte 
chambre  des  treiz3  s'exécutent  par  provision  nonobstant 
l'appel  jusqu'à  concurence  de  la  somme  de  2000  livres. 

Cette  chambre  est  composée  de  quatre  stattmestres  Prêteurs 
qui  sont  gcntdshommes,  de  quatre  Ammeslres  consuls  qui 
sont  bourgeois,  de  quatre  autres  bourgeois  d'une  expérience 
distinguée,  lesquels  avant  que  d'estre  admis  au  nombre  des 
treize  ont  pris  longtemps  connoissance  des  affaires. 

Il  doit  estre  dit  en  passant  que  ce  qui  représente  le  plus 


(1)  Pour  bien  comprendre  le  Magistrat  de  Strasbourg  nous  ren- 
Toyons  nos  lecteurs  k  rinlrndurtinii  du  livre  do  li. Millier,  puhlié  k 
Stra3lio:ir^  en  IfiiH  sous  1p  litre  de  Mngistrnt.de  la  VilU  Stras- 
bourg, page  I  cl  siiiviiRlcs. 


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sa  REVUE  d'alsace 

dans  le  corps  du  magistrat  (le  Strasbourg  stin\  los  six  slall- 
mestres  préteurs  genlilsbommes. 

Les  six  aminestres  consuls  principaux  bourgeois  qui  sont 
ofliciers  perpétuels  et  dont  le  service  est  distribué  en  difTt'- 
renles  chambres  comme  on  vient  commencer  de  l'expliquer 
par  rapport  &  celle  des  treize. 

Il  y  a  pour  toutes  les  chambres  un  Prêteur  Itoyal,  c'est  M' 
Obrecbt  (1),  et  un  Procureur  sindic  pour  le  Roy,  c'est  M' Klin- 
gliii  (S),  ces  deux  oITiciers  principaux  sont  surtout  établis 
pour  veiller  il  ce  qu'il  ne  se  passe  rien  dans  le^  délibérations 
du  Magistral  qui  ne  soit  conforme  aux  intentions  do.  Sa 
Majesté. 

Outre  les  douze  Conseillers  de  la  chambre  des  Treize,  celuy 
des  six  Préteurs  slattmestres  qui  est  en  quartier  de  régence. 
(ce  qui  change  tous  les  trois  mois)  y  a  sa  place  ainsj  que 
.l'Ammeslre  consul  Régent  pendant  l'année  de  sa  Régence  qui 
revient  de  5  ans  en  5  ans,  les  6  Ammestres  étant  régents 
chacun  k  son  tour. 

La  chambre  des  quinze  consiste  en  cinq  gentilshommes 
dont  un  ou  deux  sont  préteurs  slattmestres,  les  dix  autres 
quinze  sont  tirés  d'entre  les  plus  honorables  bourgeois  sans 
distinction,  pourvu  seulement  qu'ils  soient  rccommandables 
par  leur  prudence  et  inlégrité;  cette  chambre  a  la  direction 
de  toutes  les  aiïpires  que  regardent  l'économie  de»  revenu^' 
de  la  ville. 

La  chambre  des  vingt  un  tire  son  nom  du  nombre  de  per- 
sonnes qui  la  composoient  anciennement,  car  présentement 
il  est  réduit  îi  six,  scavoir  un  gentilhomme,  deux  personnes 
de  dignité  consulaire,  cl  trois  autres  des  plus  notables  bour- 
geois. Cette  chambre  pour  ninsy  dire  n'n  d'autres  Tonctions 


(I)  L'lri<-hOUrcchldéréJé  leHaodt  ITOI,  s'éluit  ronvcrli  à  la 
religion  ralbolique  pour  devenir  pri'lour  rovnl  eu  1G8S,  Son  file 
Jean  Henri,  né  en  ISOS,  sénateur  noble  en  1096.  Komiueîsler  en 
Hi9ê  devint  prêteur  royal  le  13  aoi\t  1701  ;  démissionnaire  on  ITOS 
il  est  dégradé  plus  tard  k  l'arîs. 

(i)  Jean  Baptiste  de  Klinglin,  avocal  à  Drisae,  nomme  sccrélaîrc 
de  la  ville  de  Strasbourg  en  tl>88  ;  sindir  en  lti9li  ;  avoeal  général 
en  1703  ;  préteur  roval  en  I70U  ;  Morl  en  1735. 


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I.'ALS.VCE    M'   R0lll)lli.-tCK)IKNT   DU    Wlll*   flkCLK  37 

(]iie  relies  dp  fournir  (lis  IwDtis  sujets  d'aiigmenlalion  pour 
outrer  aux  Chambres  (les  treize  et  tks  quinze  lorsque  le  cas 
In  requiert. 

La  Chambre  du  Grand  Sénat  est  composée  fin  30  citojens 
dont  dis  sunt  gentilshommes,  et  les  30  autres  simples  bour- 
geois c'est  ou  se  portent  les  affaires  civiles  et  criminelles,  ces 
dernières  s'y  Jugent  en  dernier  ressort,  cette  chambre  se 
renouvelle  tous  les  ans. 

La  chambre  du  Petit  Sénat,  est  composée  de  6  gentilshom- 
mes et  de  12  bourgeois  notables.  L'on  n'y  connoit  que  des 
alfaires  civiles  moindres  que  celles  qui  se  portent  au  Grand 
Sénat  et  jusqu'à  concurrence  seulement  de  la  somme  de  100() 
livres  Je  principal  h  la  charge  de  l'appel  k  la  Chambre 
des  treize. 


JurixdU/ion  rit'ile  et  criminelle 


Il  est  il  propos  de  faire  icy  une  observation  bien  inipor- 
tiiute  par  rapport  ti  la  juridiction  civile  et  criminelle  de  la 
ville  de  Strasbourg  (1),  qui  e^t  que  l'ordonnance  civile  de 
tB67  ny  la  criminelle  de  16T0  n'y  sont  point  observées,  on  a 
laissé  jusqu'il  présent  au  Magistrat  l'ancien  usage  du  ses  pro- 
cédures judiciaii'es  dilTérentes  en  beaucoup  de  choses  de 
celles  de  France. 

Quant  au  criminel  cela  elioque  moins  parce  que  le  Magis- 
trat en  connoit  et  juge  en  dernier  ressort,  mais  pour  le  civil 
et  les  appellations  de  ce  qui  excède  la  .somme  de  mil  livres 
«ont  portées  au  conseil  supérieur  d'Alsace,  il  est  bien  extra- 
ordinaire que  des  premiers  juges  n'observent  pas  une  ordon- 
nance h  laquelle  leurs  juges  supérieurs  sont  obligés  de  se 

(1)  Cansuller  le  mémuirc  envoyé  k  Honacigneur  le  garde  des 
sceaux  par  M.  le  baron  de  Spon,  premier  président  du  conseil 
souverain  b  Culiiiar,  en  iTponse  t  difTérenles  questions  élevées  au 
hiUTBii  des  cassations  sur  la  cnnstiluliim  et  jurisdiclioa  du  Grand 
Kéual  de  Strasbourg. 

Communiqué  par  M.  Léon  BriMc  nncien  arcLivisIe  du  Haut- 
Rhin  cl  publié  dans  la  n,:vue  tf Mince,  188^,  T,  -1,  p.  387. 


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38  REVUE  D' ALSACE 

conformer.  L'oq  ne  croit  pas  cependant  qu'il  convint  quant 
a  présent  de  rien  changer  à  cet  usage,  surtout  jusqu'à  ce  que 
la  langue  française  soit  plus  familière  dans  la  ville  de  Stras- 
bourg, toutes  les  procédures,  delibârations  et  jugements  du 
Magistrat  s'espèdiant  en  Allemand  (1). 


Vii'inion  de  la  Ville  de  Strasbourg 
en  20  tributs 


Pour  revenir  au  gouvernement  politique  de  cette  ville,  il 
faut  ajouLer  qu'elle  est  divisée  en  vingt  tributs  ou  tous  les 
bourgeois  sont  dislribut's.  Chaque  Iribu  a  un  chef,  des  Eche- 
vins,  el  une  justice  particulièi'e  qui  y  connaît  seulement  des 
aftaires  les  plus  sommaires. 

Lorsque  la  ville  s'est  soumise  ïi  l'obéissance  du  Roy,  le 
corps  du  Magistrat  étoit  tout  Luthérien,  depuis.  Sa  Majesté  Jt 
ordonné  que  les  places  venant  il  vaquer,  elles  seraient  rem- 
plies alternativement  par  des:  catholiques  et  par  des  luthé- 
riens, ce  qui  s'esi'-cute  exactement,  et  le  nombre  des  uns  et 
des  autres  ne  sera  égal  qu'après  que  toutes  les  places  origi- 
nairement remplies  par  des  Luthériens  auront  vaqué,  ce  qui 
n'arrivera  que  par  succession  des  temps. 


Hecenus  de  la  Ville  de  S/ranOoiirg 


Les  revenus  de  la  ville  uionti'nl  ensemble  environ  à  cinq 
cent  mil  livres,  ils  sont  administrés  par  le  magistral  sans 
inspection  de  la  pari  de  l'Inlendant,  ny  autre  examen  des 
comptes  que  celuyqui  se  fuit  lorsque  les  commissaires  pré- 


(I)  .Malgré  l'arrôt  du  conseil  d'etal  du  30  Janvier  1685  porlant 
que  loui  les  Jugcraenis  et  actes  publics  seraient  rédigés  en  langHC 
française. 


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L  ALSACE   At:   (X)1IIIGNCB1IENT   DE    WIll*  SltCLI  39 

posés  du  corps  de  ville  les   rendent  en    pleine   assem- 
l>lée. 

Les  principales  dépenses  sont  le  payement  de  57456  livres 
dont  la  ville  fait  fond  tous  les  ans  pour  l'entretien  des  non- 
vclles  rortifOcutions,  jusqu'à  présent  ce  fond  avait  été  de  (1) 
[60000  livres,  mais  &  l'occasion  de  lu  réunion  de  l'abbaye 
Luthénenne  de  St  Estienne  de  Strasbourg  (2)  au  couvent  des 
l'eligieuses  de  Sainte  Marie  (3)  de  la  même  ville,  le  Roy  a 
trouvé  bon  que  le  magistrat  retint  par  ses  mains  la  somme 
de  deux  mil  cinq  cens  quarante  quatre  livres  pour  l'entretien 
de  quelques  ministres  dont  cette  abbaye  de  Saint  Etienne 
l'stoit  tenue,  ce  qui  a  diminué  il'autant  ce  fond  précédent  de 
soixante  mil  livres. 


Enlretien  des  bâtimen»  p 


L'entretien  des  batimens  publics  y  compris  celuy  des 
anciennes  fortiffî  cation  s  qui  peut  aller  par  an  à  quatra  vingt 
mil  livres. 


Entretien  des  casernes 


L'entretien  et  fourniture  des  casernes,  bois  de  cbauffage 
des  troupes  et  bois  et  chandelles  des  corps  de  garde 
de  la  ville  évaluées,  environ  k  cinquante  quatre  mil 
livre». 


(f)  Cette  page  man<|ue  dniis  le  manuscnl  original. 

(2)  Leilrcs  jiatentes  d'ortobre  1700. 

Ifl)  lluligieusea  de  la  Visitation  de  S*e  Marie. 


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ItEVCE  D  ALSACE 


Apiiilinlemenx  des  officiers 


Les  appointe  me  lis  des  ofliders  d»  niagislcit  et  les  frais  de 
n'gie  des  revenus,  ce  qui  se  monte  environ  k  cinquante  mil 
livi-es  outre  ce  que  l'on  paye  au  ofTicicra  de  l'Étot-tmijor  ainsy 
que  le  U'iy  l'a  Tfi^\('\ 

De  plus  la  villu  doit  pajor  tous  les  ans  environ  IHiOOO 
livres  d'înleréts  de  sommes  empruiilées  an  donier  vinj^^t  dont 
les  capitaux  apparlicnnenl  ù  des  sujets  du  Uoy,  car  à  l'i'jîard 
de  ce  qui  est  dû  en  Allem.i}ïnc,  la  ville  ne  l'arqniltc  point  en 
considération  de  ce  qu'elle  n'est  pas  payée  de  plusieurs 
sommes  considérables  qui  luy  sont  dues  anciennement  par 
l'Empire. 


11  y  a  dans  Ir  ville  de  Slraslioui-^  une  université  assez  célè- 
bre composée  de  quatre  facultés,  de  tlieolugie,  de  droit,  de 
médecine  et  des  arts. 

Les  professeurs  sont  tous  Lulliéiieus  i^t  i-onfèrenl  néan- 
moins des  di^^ros  au<[  catlioliijues  comiiiic  aux  autres,  hors 
jHJur  la  théologie,  dette  université  se  gouverne  suivant  les 
anciens  statuts  des  Kmpereurs  ou  du  magistrat  et  les  régle- 
iiiens  que  le  Kny  ii  fait  i>our  les  liluder?  des  L'niversités  de 
Francii  ne  s'y  exécutent  pas. 


Hôtel  pour  In  fabri-'ation 
dei  monnot/es 


1!  y  a  daos  Strasbourg  un  hôtel  pour  la  fabrication  de  la 
monnoye.  I>e  b'itiinenl  et  la  place  appartiennent  au  .Magistral 


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I.'aLSACE    Al'    COHMEKCEHENT   Ul'   XVllI^   SikcLE  41 

qui  y  faisoit  ballre  monnoyi*  avant  que  la  ville  fui  sous  l'obé- 
issance du  Roj-,  ce  qui  a  môme  continuf^  depuis,  jusqu'à  ce 
que  des  ordres  ayant  été  envoyés  pour  la  réformation  des 
espèces  en  1694,  Sa  Majesté  y  a  établi  tes  officiers  et  les 
ouvriers  nécessaires  pour  fabriquer  en  son  nom. 

Le  travail  depuis  le  commencement  de  l'année  lB8i,  jus- 
qu'en 1689,  en  pièces  de  trente  suis  de  Strasbourg  (de  plus 
lins  aloy  d'environ  un  liuitième  que  celles  de  France)  en 
pièces  de  quinze  sols  du  mOme  tilre,  en  pii>ces  de  dix  deniers 
de  quatre  deniers  et  d'un  sol,  en  sols  d'iMIpinagne,  qui  fui- 
soicntun  sol  quatre  denier  la  pièce,  a  monté  à750B"50  livres. 

Les  magistrats  de  Strasbourg  ont  alors  cessé  de  ti-availlcr, 
et  depuis  l'année  lti'J4  que  le  Roy  a  fait  ouvrir  cette  monnoye 
sur  son  compte,  il  a  été  fabriqué  ou  réformé  en  toutes  sortes 
d'espèces  jusqu'au  1"  janvier  1701, 16947005  livres  (seize  mil- 
lions) valeur  d'Alsace  dont  on  ne  sçauroit  donner  une  plus 
juste  idée  pour  la  dilTérence  de  lu  valeur  de  France,  qu'en 
expliquant  qu'une  somme  de  cent  mil  livres  de  toutes  espèces 
d'or  et  d'argent  transportée  de  France  on  .Maace,  y  vaudroit 
1I200O  livres,  moins  75  livres.  Sur  le  pied  du  vamis  qu'y  ont 
les  espèces  suivant  le  dernier  arrest  du  règlement  donné  pour 
cet  effet  (I;. 

La  valeur  est  encore  plus  haute  au  delii  du  Rtiin,  les  écus 
de  France  qui  oui  cuui's  p'^sentement  pour  ^t  livres  15  sols 
en  .Alsace,  étant  receus  en  Allemagne  pour  4  livres.  Ce  qui 
fait  qu'il  n'en  demeui'c  presque  point  dans  cette  pmvince, 
par  le  pnjllil  que  Ton  trouve  à  les  transporter  dans  les  terres 


(1)  lin  (rouve  en  marge  la  note  tiuivantc.  iN'  que  ne  mémoire 
a  éié  fait  daue  le  mois  de  mars  1701,  (écriture  dilTérente  mats  à 
peu  près  contemporaine j. 

En  septembre  169S  sous  prétexte  que  les.  monuaies  françaises 
obtenaient  eu  Allema^'iic  un  coui-s  plus  élevé  qu'en  Alsace,  le 
t.ouis  avait  clé  mis  à  M  livres  10  sols  et  l'éru  â  7li  sols,  k  pièce 
de  (rente  sols  avait  clc  mise  à  'Jii  sols. 

D'après  des  tarifs  imprimés  la  livre  française  valait,  le  i^' 
avriJ  1700.  it  sols  b  deniers  d'.Vlsace,  le  l"  janvier  1701,  «  suis 
4  1/2  deuiers;  le  !'■'"  juillet,  2!  sols.  7  ileniers.  (Ilnnniicr  note  de 
In  page  .177,  vol.  I). 


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ii  RKVtB  DALSAC8 

de  l'Empire  (1).  Ce  sera  un  mal  saos  remède  lant  que  ces 
espèces  seront  d'une  plus  haute  valeur,  de  l'antre  colé  du 
Rhin,  qu'en  de^a,  estant  impossible  de  garder  des  passages 
ouverts  de  tous  c6tés  contre  l'artiilce  îles  négociants  qui  se 
prestent  la  main  pour  commercer,  et  qui  cachent  rarg>*nt 
qu'ils  envoient  en  Allemagne,  dans  des  tonneaux  de  tabac, 
de  vin,  d'huile,  de  sucre,  de  goudron,  et  de  toutes  autres 
sortes  de  denrées  dont  ii  serait  impossible  de  faire  la  véri- 
fication (2). 


(l)Ceux  qui  acceptaient  on  donnaient  une  monnaie  au-dessus  du 
larif,  étaient  traités  de  billonneun  punis  par  la  rnnfiscalioD  et  par 
une  amende,  moitié  de  celle  amende  revenait  au  de  non  ci  a  leur. 

L'exportation  des  espèces  élait  surtout  poursuivie  jvec  une 
grande  rigueur.  La  dépréciation  factite  qu'on  imposai!  aux  mon- 
naies naliona)cB  rendait  ce  commerce  lucralif  dans  lea  proïinces 
frontières.  Aussi  les  Édita  ne  cessent-ils  de  llélrir  un  Irafic  qui 
emporte  l'abondance  du  Rovaumc  qui  tarit  une  fontaine  publique 
et  qui  ôte  A  Sa  Majesté  des  sommes  considérables  dont  elle  profi- 
leroil.  L'article  2  de  la  déclaration  du  28  aoùl  1H93,  le  défend  «  h 
peine  de  la  Tie  contre  les  contreTenants  et  de  confiscation  des 
dites  espièces  et  matières,  des  marchandises  dans  lesquelles  elles 
pourroienl  tire  emballées,  des  chariots,  cheTaux,  mulets  et  autres 
esquipages  qui  auront  servi  au  dit  transport  n.  (Hanauer  loc.  cit.) 

(2)  Dans  une  lettre  du  Lt  novembre  1701  M.  de  la  Houssave  dit: 
Cette  province  est  située  de  manière,  appuvée  sur  le  Rhin  dans 
loule  sa  longueur,  et  ouverte  dans  la  conimunicalion  &  Landau 
par  les  terres  de  l'évèrhè  de  Spire  du  Palalinal  et  du  duché  des 
Dcux-Ponis,  que,  quelque  précaution  que  l'on  prenne  pi>ur  empê- 
cher la  sortie  des  espèces,  on  ne  peut  jamais  s'assurer  'l'y  réussir. 
une  garde  continuelle  de  mille  hommes  n'y  seroit  pas  sulTisanIc. 
Il  faut  donc,  pour  ainsi  dire,  plus  attendre  de  la  bonne  foi  des 
marchands  et  négociants,  que  de  toutes  mesures  et  formalités  que 
l'on  pourroit  leur  imposer. 

Uans  l'acte  de  capitulation  signé  h  lllkirch  le  30  sepleiubi'e 
1681,  Je.  droit  de  battre  monnaie  fut  soigneusement  sauvegardé. 
Sa  Majesté  accorde  aussi  à  la  ville  que  tous  les  Ikvcnns,  Droits, 
Péages,  Pontenages  el  Commerce  avec  Is  Douane,  soient  cjtDservés 
en  toute  liberté  et  jouissance,  comme  cite  les  a  eus  jusiju'li  pré- 
sent, avec  la  libre  disposition  de  la  PfeniiiogllMirm  el  la  .Monnaie. 

Rassurée  par  celle  stipulation,  la  ville  de  Strasbourg  se  mit  à 
monnayer  des  espèces  françaises,  d'après  un  pied  spécial,  arrêté 


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L  ALSACE  AC  COHliKNCEHCM-  DU  XVIIl"  SIËCLB 


L»  Province  de  la  haute  et  basxe  Alsace  a  payi^  annuelle- 
ment jusqu'en  l'année  1701,  la  somme  de  'J9000  livres  de 
subvention  ordinaire. 


entre  elfe  et  LouToia.  Hais  suivant  les  habitudes  de  l'adrainiglra- 
tion  française  le  système  de  la  ferme  fut  substitué  à  celui  de  la 
Régie  directe.  La  TilIe  se  réservait  la  fabrication  des  esp^i'cs  d'or 
(ducals,  florioa),  des  épices  du  roueell  fJtath  und  prtnentsgeld, 
groachen,  tchillinff)  et  celle  des  deniers  cl  des  cjboles  (lleller)  te 
reste  fut  afTeniié  à  des  banquiers. 

Le  sieur  tMelrich  prit  la  monnaie  en  IGSJ  moyennsnl  un  canon 
annnel  de  3000  écus  d'Empire  ;  sou  béu^ncc  était  de  î  0/0  sur  les 
pièces  fabriquées.  Ce  bail  fut  renouvelé  en  l(i8S  ;  mais  le  sieur 
Damont  fut  substitué  aux  droits  de  Uieirich  en  l(>87.  Dans  deux 
autres  buux  de  1B88  et  1691  le  fermage  reste  fixé  à  2000  éms  ou 
tiOOO  livres;  la  ville  cédait  les  bAtimenls,  l'outillage,  le  droit  de 
faire  venir  sans  frais  de  douane  h  le  sel  Cologne,  le  meilleur  pour 
le  blanchiment  des  deniers  ».  Le  fermier  était  libre  dans  le  choix 
des  onvriers  ;  mais  le  magistrat  lai  imposait  son  maître 
mbnnajeur. 

Ces  dernières  conventions  ne  purent  élreeiécutéesqu'en  partie. 
Le9  Mars  ItiOO  parut  une  ordonnance  royale, quidéfendaît  auxofti- 
ciersdela  Monnaie  de  Slrasbourgde  continuer  leur  travail  sous  pei- 
ne de  mille  écns  d'amende.  Le  30  du  même  mois,  l'intendant  de  la 
tirange,  vint,  par  ordre  de  Lonvois,  signitier  aux  autorités  munici- 
pales la  Tolonté  du  Itoi. 

C'était  une  violation  tlagranlc  de  In.  rupilulation  de  1ti81  ;  mais 
c'était  aussi  ta  conséquence  nécessaire  d'un  système  despéculalions 
monétaires,  que  les  finanriers  de  l^uis  XIV  inauguraient  en  ce 
moment  et  qui  devait  faire  pendant  trente  ans  le  mallienr  de 
la  France. 

1.1'  magistral  de  Strasbourg  réclama  mais  on  passa  outre  et  par 
urrét  du  ti  octobre  lt>)):t  le  roy  statuait  que  la  Monnaie  de  Stras- 
bourg serait  rouverte  pour  sou  compte  pour  réformer  les  ancien- 
nes espèces  et  en  fabriquer  de  nouvelles  ayant  cours  en  Alsace 
senlement.  Hais  la  ville  conserva  le  monnayage  des  ducats  e(  (lo- 
riuB  d'or,  des  jetunsde  conseil,  des  deniers  et  oboles  de  Strasbourg 
jusqu'en  1693. 

.\  partir  de  ce  moment,  la  prise  de  possession  de  la  Monnaie 
parleroy  fut  définitive  (édil  mars  1702).  Études  économiques 
s(ir  r.^lsace  par  l'abbé  Hana'itr  T.  I,  p.  57. 


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44  RKtTB  D  ALSACB 

En  l'année  dernière  !T00,  celle  jirovince  a  offert  de  payer 
au  Roy  la  somme  de  300000  livres  vali-ur  de  France  au  lieu 
de  99000  livres  il),  s'il  plaignit  il  Sa  Majcsti'-  de  la  mettre  à 
couvert  des  poursuites  et  procédures  des  omciers  des  niaitrises 
particulières  des  eaux  et  Torèls  d'Ensisheiiii  ot   llaguenau 


(ij        l^itre  de  Novembre  ijoS, 

].c  Coiitrulcur  Gciicrat 
à  M.  de  la  Huuss^iyc 
Intendant  d'Alsace 

Pendant  la  précédente  guerre,  ta  Province  d'Alsace  fournissait  au 
Roi  tîooooo  livres  par  an,  savoir  ijçjjoo  livres  de  subvention  ordi- 
naire, fiooooo  d'extraordinaire  et  Soo  tant  de  mille  livres  de  capita- 
tion.  En  1700,  après  la  paiï  de  Rjswick,  toutes  ces  impositions 
étaient  réduites  aux  99000  livres  de  subvention  ordinaire,  et  s'agis- 
sant  de  l'itabliscmcnt  des  lieutenants  ([cnéraux  de  police  dans  les 
villes  et  de  plusieurs  autres  nouvelles  aflaircs,  la  province  pour  s'en 
exempter,  offrit  à  S,  M.  ?ooooo  livres  par  an  de  subvention  ordi- 
naire pendant  la  paix,  au  lieu  de  99000  livres  susdits.  Et  aujourdhui 
quoique  la  guerre  présente  demande  des  fonds  extraordinaires  pro- 
portionnés aux  grandes  dépenses  qui  sont  nécessaires  pour  la  sou- 
tenir, la  province  ne  fournit  en  tout  que  iiooooo  livres  Joni  600000 
livres  de  capitaiion.  On  augmentera  la  subvention  de  3ooooo  livres. 

Malgré  l'inlendant  qui  protestait  qu'on  ne  pouvait  faire  autre 
chose  que  de  porter  ta  capitation  k  ^uoooo  livres  et  d'obtenir  un 
don  gratuit  de  looooo  livres  de  la  ville  de  Strasbourg  qui  avait 
moins  souftert  de  la  guerre  que  le  reste  du  pays,  ou  qui  mùme  avait 
bcnélicic  du  séjour  des  troupes,  le  contrôleur  général  exigea  que  ce 
don  fut  porté  à  100000  livres  ci  la  subvention  augmcmée  de  loooon 
livres  ainsi  que  la  capitation.  Le  don  de  200UO0),  fui  accordé pi-rles 
Stras  bourgeois,  contre  exemption  des  affaires  extraordinaires  et  avec 
perniission  de  répartir  une  partie  de  la  siimme  sur  les  bourgeois  et 
habitants  uu  d'emprunter  sur  hypothèque  des  biens  communs  et 
patrimoniaux  de  la  ville,  et  même  d'augmenter  les  droits  d'octroi 
ou  d'en  établir  de  nouveaux  ;  mais  les  mandements  de  la  subvention 
ciatit  déjà  envoyés  dans  les  communautés,  l'intendant  ne  put  faire 
sur  cette  imposition  l'augmenliition  demandée. 

l.e  bordereau  général  de  la  capitation  fut  porté  it  .^08.841  li\rcs. 
Ce  recouvrement  au  mois  de  novembre  1704.  s'élevait  à  388.ïr)5 
livres,  18  sols  ;  mais  l'intcudaiit  jic  croyait  plus  possible  de  rien 
retirer  des  parties  de  la  basse  .\lsace  ruinée  par  les  opérations 
militaires. 


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l'aLSACE  AV   CIlMilENCEMENT   01'    Mlll"   XIÈfil.E  43 

cri'i's  par  Edildu  mois  d'Aoust  16t>4,  en  faisant  «léffenses  à 
ces  ofliciei's  de  s'immiscer  i\  l'avenir  en  la  connoissance  des 
matières  concernant  les  bois  appartenant  aux  particuliers, 
aux  communautés  Laïques  et  séculières  et  aux  Mnéficiers 
et  de  décharger  la  même  province  de  l'exécution  de  l'Edit  du 
mois  d'octobre  1699,  portant  cri^alion  des  oflices  de  Lieute- 
nants généraux  de  police,  et  des  autres  édits  de  création  de 
nouveaux  officiers  ou  clablissements  de  nouveaux  droits  qui 
pouvoient  eslre  publiés  pendant  la  paix.  Ces  ofTres  ont  été 
acceptées  purement  et  simplement  par  arrcst  du  conseil  du 
29  novembre  1700  et  l'imposition  de  la  somme  de  300000 
livres  oiTerte  a  été  faite  pour  la  première  fols  en  l'année  pi-é- 
sente  t'OI. 

Il  s'impose  annuellement  sur  la  province  d'Alsace  une 
somme  qui  s'employe  'a  la  dépense  tant  de  la  construction  et 
entretien  des  Epys  faits  et  à  faire  le  long  du  Itbin,  que  de 
l'entretien  et  réparations  du  canal  de  la  Bruche,  et  au  paye- 
ment des  appoinlenients  des  éclusiers  employés  sur  le  mémo 
canal.  Celle  somme  n'est  pas  toujours  égale,  et  elle  est  plus 
ou  moins  forte  selon  la  dépense  qui  est  h  faire  pour  la  cons- 
truction de  ces  Epys;  elle  était  de  3Û000  livres  argent  d'Alsace 
en  l'année  ITOO;  et  en  l'année  présente  1701  il  a  été  imposé 
une  pareille  somme  en  vertu  d'un  arrest  du  28  novembre 
1700.  Le  fond  de  cette  imposition  est  payée  par  les  collecteurs 
entre  les  mains  des  Receveurs  en  exercice  qui  le  remettent 
au  Receveur  général,  et  luy  au  trésorier  général  des  fortitli- 
cations  ou  à  son  commis  à  Strasbourg  (1  ). 

(i)  Los  mémoires  de  l'Intendant  Lagrange  nous  enseignent 
que  en  1697  les  impôts  étaient  ainsi  composés  : 

!•  d'une  contiibution  de  guerre  que  la  province  payai! 
annuellement  an  lieu  d'autres  charges  iinfioséos  au  reste  du 
royaume 600.0001.      s. 

2"  d'une  cnpitntion  montant  II.     .     .     .     .1i6.4;):t      ô 

3»  d'une  contribution  destinée  l'i  l'entre- 
tien des  (ligues  (épis;  et  des  rorltli  cation  s  le 
long  du  Rhin 40.000 

4"  d'une  contribution  servant  h  entretenir 
dis  compagnies  franches  de  fusilliers  pour 
la  garde  du  Rhin 50.265 

i.aae.eys.    5 


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M\  HEVUR  D' ALSACE 

Les  dettes  de  l'Évêché  de  Strasbourg  affectées  sur  les  com- 
munautés dépeDdantes  du  même  Evèché,  Bttiiées  en  de^A  du 
Rhin  ont  été  liquidées  tant  en  principal  ijii'intéréts  j\  In 
somme  de  501113  livres  argent  d'Alsace,  et  par  an-est  du  con- 
seil du  11  seplembrel699ila^téordonné  qu'elles  seraient  impo- 
sées en  dix  années  sur  ces  mêmes  communautés.  La  première 
année  montant  k  501H  livres  a.  été  imposée  l'année  der- 
nière 1700. 

Avant  cette  liquidation  M' l'Evéque  de  Strasbourg  faisoit 
imposer  annuellement  sur  lesdites  communautés  la  somme 
de  36000  livres  qui  s'employait  au  payement  des  arrérages 
des  m>\meB  dettes,  mais  cette  imposition  appelée  droit  de 
Schalzung  à  été  abolie  par  l'arrest  dont  il  vient  d'être  parlé 
qui  a  ordonné  l'imposition  du  principal. 

D'   H.    WeiSHERBBR. 


En  17^  ils  se  montèrent  k  3.091.600  livres. 
«  17ti3  «  «  3.899.540      « 

Et  en  17R9  il  étaient  de  près  de  9  millions. 

Voyez  encore  au  sujet  des  impositions  le  rapport  sur  les 
nxaetions  des  huissiers  et  sergents  employés  par  les  l'eceveiirs 
tiu  recouvrement  des  impots  11700). 

Je  dois  vous  observer  qu'en  Alsace,  ou  la  collecte  des 
deniers  se  fait  par.  les  prévÂts  et  baillis,  les  frais  des  con- 
train!es  de  la  part  des  receveurs  des  iinances  sont  h  la  charge 
des  communautés,  au  lieu  qu'eu  France  ils  sont  supportés  en 
pure  perte  par  les  collecteurs,  .\ussi  le  drait  de  collecte  en 
Alsace  n'est  que  de  3  deniers  pour  livre,  et  en  France  il  est 
de  (1  deniers.  —  (lloilisle  inr.  cil). 


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HISTOIRE 

DE  LA 

VILLE  &  DU  BAILLIAGE  M  SOULTZ 

Chapitre  VI  (1^ 


Institations  commimales 


Nous  avons  vu  que  le  territoire  de  Souitz  formait  îi  IVpoque 
rmnquc  une  marche  distincte  qui  faisait  partie  du  comté  d'Il- 
lichc.Ge  n'est  qu'au  Xllf  siècle  que  le  bailliage  fut  définitive- 
ment constitué  et  dépendit  du  llaut-Mundat  de  Rouiïach.  Il 
comprenait  alors  les  territoires  de  Soultz.Wuenheim  et  Jung- 
hollz  ri'unis  en  une  prévoli^  et  les  territoires  de  Hartmanswiller 
et  de  Rimbach-Zell  fonnanl  chacun  une  prévoté  distincte.  Ces 
deux  dernières  furent  démeml>rées  du  bailliage  en  1760  et 
échangées  ii  M.  de  Walduer  contre  le  village  de  Schweinheim 
qui  se  trouvait  enclavé  dans  le  bailliage  de  Saverne.  Dans  la 
prévoté  de  Soiillz  il  )'  avait  encore  les  (iefs  cnstraiix  de 
Freundstein,  Ollwiller,  llarlenfels  et  Junghoitz. 

Le  bailliage  de  Souitz  était  iimitt'  au  nord  et  k  l'ouest  par 
la  principauté  abbatiale  de   Murbnch  ;  entre  leurs  limites 


(i)  Vov-  Revite  1H93,  p.p  31fl-5M;  1894,  p.p.  61-Î10-334;  18!I5, 
p.p.  57-231-437  ;  1896  p.p.  208-248  ;  1897,  p.p.  297-309. 


nanzedbyGoQt^IC 


-W  nEVL'I!  d'alsack 

éUicnt  enclavés  deux  lerritoires  appartenant  à  la  maisuti 
(l'Autriche  :  Rimbach  et  leWalterspath.  Ce  dernier  fut  ci'dé  îi 
Souitz  dès  1468.  Au  nord,  le  bailliage  de  Soultz  ôlait  limite 
par  la  seigneurie  immédiate  de  BoHwiller,  à  l'est  par  la 
seigneurie  autrichienne  d'henheim  i  i). 

Bien  que  Tormant  un  bailliage  distinct,  celui  de  Soullz 
appartenait  îi  la  juridiction  immédiate  du  Haut-Mundat,  el 
son  bailli  relevait  du  grand  bailli  qui  siégeait  a  RoulTacli. 
Celui-ci  avait  seul  la  compétence  en  matières  criminelles. 
Cependantau  XV1[«  siècle,  il  seinblequc  le  bailliage  de  Soultz 
ail  été  complètement  indépendant  car  son  bnilli  porte  le  litre 
d'Obervogt.  Mais  au  XVllI*  siècle  l'ancien  état  de  choses  est 
rétabli  jusqu'en  1769.  Pat' suite  de  la  nouvelle  organisation  qui 
se  fît  alors,  Soultz  devint  chef-lieu  de  canton  l'essortissantdi? 
la  préfecture  de  Cohuar.  Il  furma  unt;  communauté  avec 
Jungholtz  et  Wuenheim.  Ce  dernier  village  tut  lui-même 
érigé  en  iTimmnne  et  sépare  d''  Soultz  piir  ordonnance  royale 


(1)  Voici  le  détail  des  divisions  terriloriales  qui  rniistiluaicnl  le 
Haul-Mundat  el  les  seigneuries  voisines  eu  1789  ;  le  Haut-Mundal 
Il  l'évéché  de  Strasbourg,  comprenait  :  1  ie  liadlisge  de  RoufTach 
el  les  communes  de  (iueberachwihr,  (uindolshciui,  Osenbach, 
Osenbihr,  Orsrhwihr,  l'fafTenheim,  IloulTaih,  SoulUmall,  Winlz- 
felden  ;  Il  bailliage  de  Soullz  ;  III  bailliage  d'Eguisheini  :  Rguishcim, 
«Ibormorechwihr,  Weltolsheim,  [jIits  la  seijrneurie  pa.ficulière  de 
Srhauen bourg. 

Seigneuries  particulières  et  immédiates  :  Rimbach,  à  M.  de 
Schauenbourg,  Hartmanswiller  et  Rimbach-Zell,  a  M.  de  Waldncr. 

Principauté  de  Murlisch  :  I  bailliage  de  St-Amarin  :  AltenbarU, 
Bitschwillcr,  l'ellcririgcii,  (icishausen,  l'iolUbaib,  llûssercn,  Kriilb, 
Iklalmerspacb,  Mitzaib,  Moliau,  Moosih,  Mosrhpacb,  Ncuhauseu, 
Odcren,  t'rbe,v,  Ranspach,  Sl-Amarin,  Slorkensohn,  Vogcibach. 
Wesseriing  et  Wildenslein,  Willcr,  Werschollz  ;  Il  badiiage  de 
Wallwiller:  Ufllioll/.  et  Wallwiller;  III  baillage  de  Guebwiller  : 
Bergbollz,  Zell,  llclchenlhal,  Ituhl,  (lucbwiller,  Laulenbach-Zell, 

Berrïiller,  seigneurie  parliL'ulière  à  M.  deWaIdner;  Ccrnaj  el 
Steiubacb  seign.  part,  à  MM.  de  la  Touche,  de  <iobr  et  ClebsaUc). 

Seigneurie  de  Bollwiller  au  priiirc  de  Bruglie  ;  BolUllIer,  FeM- 
kireh,Flachslandcn,  Heimbsbrunn,  ltegiiisheim,L'ngucrsheiin,ponr 
2/3  avec  la  ville  d'b'nsisheim. 

Seigneurie  d'Isenheim,  au  duc  de  Valenlinois  :  Iscnheim,  Merx- 
beim,  Hicdersheim. 


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I.A   VH,r.E   Et   IX   BAILIJA.IE   l)E    t^llDLTZ  «t 

ilu  8  Février  1832,  apri^s  une  première  tentative  de  séparntiuii 
essayée  peu  après  la  Kévolutiun.  Aujourd'hui  le  cnnton  do 
Soullz  ressort  du  cercle  de  Guebwiller  et  Jungboitz  a  été  Réparé 
de  la  communauté  par  décret  impérial  du  2  Juin  iBSi. 

On  trouvera  ce  qui  concerne  les  différentes  localités  de 
l'ancien  bailliage  dans  les  chapitres  qui  seront  consacrés  h 
chacune  d'elles.  Nous  nous  occuperons  ici  tout  ^spécialement 
de  la  ville  de  Soullz. 


Droits  seigneuriaux  et 
privilèges  communaux  à  Soultz 

De.puis  la  constitution  de  Soullz  en  ville,  son  seigneur  Tnt 
jusqu'en  1789  l'évèque  de  Strasbourg,  sauf  iiu  XV'  siècle  où 
le  Mundat  Tut  engagé  d'abord  h  Burcard  de  Lutzelstein  puis 
h  Conrad  de  Bussnang. 

Ou  donne  l'énumération  des  droits  régaliens  des  seigneurs 
de  Soullz  et  (les  piivilèges  communaux  dans  un  premier 
urt>aire  du  XIV"  siècle  (Inv.  des  titres  des  bailliages  de  l'év. 
de  Strasb.  Arch.  dép.  du  Haut-Rbin),  dans  un  autre  plus 
complet  rédigé  par  le  bailli  en  1378  (arcb.  de  Souitz),  enfin 
dans  une  spécification  faite  en  17S!)  (ibid).  Une  charte  de 
1262  concernant  les  droits  que  l'évèque  de  Strasbourg  avait 
dans  le  Haut  Mundat  existait  aux  archives d'Insbrucb  n"  185. 

La  plupart  de  ces  droits  tirent  leur  origine  des  constitutions 
romaines  et  franques  et  des  insLitutioas  colongères.  Nous  les 
trouvons  en  vigueur  tels  que  nous  allons  les  spécifier  dès 
l'érection  de  Souitz  en  ville.  Ils  furent  maintenus  sans  grandes 
modifications  jusqu'en  1789. 

Les  droits  dont  les  évèques  de  Strasbourg  jouissaient 
comme  seigneurs  de  Souitz  sont  les  uns  honoriUques,  les 
autres  utiles  et  domainiuux.  Uien  souvent  quelques  uns  d'en- 
tre eux  étaient  concédés  en  fiefs  à  des  tiers  qui  aloi-s  '^diient 
substitués  aux  évéques  dans  toute  la  compétence  du  ihoit  en 
question. 

LeAdroils  honorifiques  de  l'évéché  étaient  d'ordre  admi- 
nistratif et  d'ordre  judiciaire. 


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50 


BEVUB  D'ALSACK 


L'évéque  de  Strasbourg  jouissait  k  Souitz  dp  tous  les  droits 
régaliens  sur  le  ban  et  ses  habitants,  sur  les  caus,  les  forêts, 
les  pâturages  et  les  terres.  Il  y  exerçait  toute  Juridictiou  haute 
et  basse. 

11  avait  la  colateur  de  la  cure  de  Souitz  et  des  offices  de 
bailli,  de  prévôt,  de  procureur  fiscal  et  de  grefTier.  A  lui  seul 
appartenait  la  vérificalion  des  pouvoirs  des  autres  membres 
de  l'administratton  communale.  Tout  bourgeois,  tout  hnbi- 
lant  de  Souitz,  tout  ofTicier  et  fonctionnaire  devait  le  serment 
de  foi  et  hommage  au  seigneur  évéque. 

Il  avait  toute  discrétion  sur  les  prisons  et  In  forteresse. 

Droits  ntUes 

LVvéque  percevait  h  Souitz,  sur  les  habitants,  un  droit  dit 
de  taille  ou  gewerff,  qui  constituait  la  contribution  directe. 
Puis  venaient  les  droits  de  corvi'e  en  bois,  en  échalas  et  en 
subside  pour  les  officiers  seigneuriaux,  la  gabelle  ou  ohmgeld 
sur  les  vins  qui  se  débitaient  dans  le^  cabarets,  les  différents 
droits  de  douane  qui  comprenaient  le  ponteoage  aux  portes 
de  la  ville,  le  droit  sur  la  vente  des  grains  aux  foires  et  mar- 
chés, sur  le  vin  vendu  et  emmené  hors  du  ban,  le  haarsoU 
sur  le  bétail  qui  passait  par  la  porte  de  Guebwiller,  le 
Pfundcoll  sur  différentes  matières  commerciales. 

Tous  les  droits  de  péage  ajani  été  supprimés  par  arrêt 
royal  du  3  oclobre  16fl0,  le  règlement  donné  en  1682  ù  l'évè- 
ché  de  Strasbourg,  lui  donne  en  compensation  le  dr^it  de 
percevoir  le  trenlid  ne  denier  de  toutes  les  ventes  d'immeubles 
et  le  cinquantième  de  toutes  celles  de  biens  mrubles  qui  m' 
font  dans  l'évéché. 

Le  seigneur  évéque  percevait  encore  le  produit  des  amen- 
des prononcées  pour  délits  de  basse  justice,  les  dîmes  .sur  le 
vin,  le  droil  de  protection  et  de  réception  des  Juifs,  un  droit 
d'enseigne  sur  les  cabarctiers,  le  droil  de  débit  de  fer  et  de 
fouille  du  salpêtre,  le  droit  île  chute  d'eau,  le  droit  de  récep- 
tion k  la  bourgeoisie  et  le  droit  d'émigration,  les  droits  de 
déshérence  et  de  bâtardise  qui  se  percevaient  sur  toute  suc- 
cession vactfnte  ou  caduque  ou  laissée  par  un  bâtard,  un 


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LA   VILLE   ET   LE   nAILLIAUR   nR   S 


r>i 


droit  sur  tout  r'iranjrer  qui  vi-imit  tccupillir  une  siiff^mioii  îi 
Soullz. 

\]n  droit  d'ncivocatie  était  encoiv  poi-çii  |iar  IV-vt^qiie  biii'  i» 
uommandcrie  de  St-Jean,  la  ciiapello  (l(;s  cisterciens  et  lew 
biens  que  le  couvent  des  llnterlindeii  de  ùilmnr  nvnit  « 
Soultz.  Pur  privilège  royal  de  1782,  IV-vôque  de  Strasbourg 
avait  encore  reçu  le  droit  de  prélever  <ur  ses  sujets  uut>  a>n- 
Iribution  extraordinaire  pour  reconstniclton  du  cltAteaii  de 
Saverne  incendié.  Enfin  k  plusieurs  reprises  la  ville  diU  coii- 
Iribuer  aux  frais  de  guerre  de  l'évéché.  Nous  étudierons  en 
nu  chnpitre  spécial  le  détail  et  l'importa ni-o  de  loules  ces 
impositions  seigneuriales. 

Domaines  et  rentes 

Nous  avons  vti  qn'ii  l'époque  Tranque  le  seigneur  de  rSonll/. 
y  possédait  une  cour  seigneuriale.  L'év(V|iie  de  Straslxxirg  l.-i 
|K>ssédail  encore  en  1118,  (^pu'gtie  îi  laquelle  il  la  concéda  epi 
liefù  la  comtesse  d'Ëguisheini  et  à  ses  fils.  A  partir  de  ce 
moment  on  n'en  entend  plus  parler.  Par  contre  vers  le 
milieu  du  Xlll*'  siècle  l'évèché  possède  h  Soullz  un  château, 
ne  semble4-il  pas  que  celui-ci  ait  remplacé  la  cour  seigneu- 
riale, comme  peu  après  on  voit  le  ch&teau  d'Ollviller  s'f'lever 
sur  l'emplacement  d'une  cour  Téodale  ? 

Il  est  fait  pour  In  première  Fois  mention  du  chAleau  de 
Soultz  dans  un  acte  du  5  février  1251,  par  lequel  le  comte  de 
Ferrette  reconnaît  tenir  en  fief  de  l'église  de  Strasbourg  les 
châteaux  de  Thann,  Hohneck  et  Wineck.  C'est  au  château  de 
Soultz  que  cet  acte  fut  signé:  ncla  tunl  hœc  apud  muni- 
tionem  Sultse. 

En  1^4,  Guillaume  franc-homme  de  Soultz  (miles  dtclus 
de  Suitz),  olTrit  en  fief  à  l'évéque  de  Strasbourg  sa  forteresse 
sise  dans  la  ville  forte  de  Soultz.  L'évéque  Henri  de  Stahleck 
l'investit  du  ditcbAteau,  de  la  taille  à  percevoir  dan-  Soullz 
et  d'une  rente  de  12  livres  k  loucher  dans  le  village  de  Sund- 
hofen.  Theloneum  nosirum  apud  villam  nostram  Su/Ceti 
et  cenxtu  XII  Ubrarum  apud  villamJSuntkofen  dilerlum 
nmirnm  et  pdehm  Ouilhelmum  Militent  dictum  de  Siiltteit 


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S2  RIVIE  d'alsacb 

percipere  et  recipere  volumux...  pro  qua  pefunia  summd 
dictus  mites,.,  suam  munitionem  in  dtclo  oppido  Suttse 
nobit  et  omnibus  noslrit  tuccestoribus...  presenlare  ad 
notlrum  usum  et  ipsam  munitionem  tam  ipte  quam  sui 
herede»  a  nobi»  et  ab  Ecclesia  Argent,  in  feudo  tenere 
débet  {!). 

Le  méaie  Guillaume  de  Souttz  donne  en  1264,  ses  reversa- 
les  'a  l'évéque  Henri,  parlesquelles  ilse  reconnaît  vassal  et 
homme  lige  de  l'évôchi',  ces  reversales  renferment  la  lettre 
d'investiture  de  1254.  Elles  étaient  scellées  dti  sceau  du  vas- 
sal et  de  celui  de  l'abbaye  de  Murbacb  (2i. 

Le  cbMeau  ne  reBtn  cependant  que  peu  de  temps  entre  les 
mains  du  noble  de  Soullz,  car  en  1269,  les  trois  frères  Pierre, 
Henri  et  Jean  de  Pfaiïeiibeim  abandonnèrent  k  l'évoque  de 
Strasbourg  le  ch&tenu  de  Souitz  avec  tuutes  ses  appartenan- 
ces, die  burg  ze  Sullse  und  ailes  das  dartu  fiœref,  qu'ils 
possédaient  auparavant  en  fief.  Cet  abandon  se  fit  du  consen- 
tement des  bourgeois  de  SouUz  und  von  den  burgern  von 
Sulls  gehetle  und  witlen  diz  genchehen  ist.  L'acte  est  datA 
du  jour  de  Ste-Cécilede  la  dite  année  (3). 

A  partir  de  ce  moment  le  cb&teau  ne  fut  plus  inféodé.  Il 
servit  de  demeure  an  bailli  épiscopal  et  de  citadelle  k  la 
forteresse  de  SoulU.  En  1607  le  noble  Rudolphe  Kempf  d'An- 
greth,  bailli  de  Souitz,  y  logeait. 

Les  annales  des  dominicains  de  Colmar  rapportent  qu'en 
1281  la  rivière  qui  traverse  le  cbUteau  de  Souitz  causa  un 
grand  dommage  surtout  par  le  gravier  qu'elle  jeta  sur  les 
terres  :  Aqua  transiens  cnslellum  Suit  ze  magnum  dainnum 
fecil  ibidem  et  arena  plurimos  perturbavit. 

Le  cbAteau  porle  dans  les  documents  le  nom  de  Ruchneck. 
nous  ignorons  l'origine  de  cette  dénomination. 


(1)  Schceptliu  d'après  Bericr  fol.  374.  Uraudidier,  «uvres  iné- 
dite!) VI  p.  374  et  notes  mes  éditées  par  .Mégliii  i)'>  il  d'après  l'ori- 
ginal des  archives  de  Savernc. 

(2)  Idv.  des  tilres  des  bailliages,  cit. 

(3)  Grandidier,  noies  mss,  édit.  .Méglin  n"  37  d'après  le  lÎTre 
salique  du  grand  chapitre  de  l'église  cathédrale  de  Slrashourg 
fol.  33. 


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LA    VILLE   ET   LE  BAtLLUQE  DE  SOtLTI  S3 

Voici  la  description  que  l'urbaire  de  1578  eo  fait  : 

a  Le  ch&teau  avec  ses  dépendances  est  limité  d'une  façon 
apparente  par  son  avanl-cour,  son  fossé  et  son  rempart. 

A  II  est  armé  de  4  grandes  arquebuses  doubles  à  crocs. 
Fier  simliche  doppelhocken. 

M  Le  chftteau  a  une  poterne  particulière,  depuis  qu'il  est 
inhabité  cette  poterne  est  murée,  mats  l'évèque  a  le  droit  de 
la  faire  rouvrir. 

«  Une  partie  de  l'eau  du  Grabenmuhl  peut-être  dérivée 
dans  les  fossés  du  ch&teau  en  cas  de  besoin.  - 

«  Les  réparations  du  château  sont  b  la  charge  du  seigneur 
les  habitants  de  tout  le  bailliage  sont  tenus  de  fournir  corvée  à 
cet  effet. 

«  En  cas  de  guerre  les  bailli  et  prévotontpouvoird'ordon- 
ner  à  autant  d'hommes  armés,  du  bailliage,  qu'il  sera  néces- 
saire, de  concourir  à  la  défense  du  château  ». 

Au  commencement  du  XVIII^  siècle  il  fut  question  de  rem- 
placer celte  demeure  par  un  château  plus  luxueux.  La 
régence  de  Saverne  rendit  en  1719,  sur  ordres  du  cardinal 
de  Roban  I,  un  discret  par  lequel  elle  enjoignit  au  bailli  de 
Soùitz  de  faire  enlever  par  corvées  les  décombres  du  vieux 
château  en  place  duquel  l'évéque  entendait  bAtir  un  nouveau, 
elle  lui  ordonna  d'employer  corvées  d'bommes,  de  chevaux 
et  de  voitures,  de  faire  couper  le  bois  de  b&timent  nécessaire 
pour  le  nouveau  château,  dans  les  forêts  de  la  ville  et  de  le 
faire  conduire  sur  la  place  où  sera  construit  ledit  nouveau 
chdteau . 

La  ville  ayant  fait  quelques  observations  h.  ce  sujet,  ta 
régence  écrivit  au  bailli  pour  lui  ordonner  l'exécution  dudit 
décret,  surtout,  dit-elle,  étant  d'usage  dans  toutes  les  sei- 
gneuries voisines,  qu'en  cas  de  construction  ou  réparation 
des  ch&teaux  des  seigneui-s,  les  sujets  sont  obligés  de  décom- 
breretde  conduire  les  matériaux  nécessaires  (4). 

Il  parait  que  la  ville  continua  ses  protestations  contre  la 
démolition  de  l'ancien  château  ;  elle  fit  sans  doute  valoir  ses 
anciens  droits  sur  une  construction  qui  devait  lui  servir  de 


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Si  HEVUB   D  ALSACE 

citadelle  el  donl  les  «Héques  dc  pouvaient  disposer  sans  sou 
consentement  d'après  l'acte  <le  1289. 

Le  ch&teau  de  Buchnecb  qui  existe  encore  aujourd'hui 
remonte  en  effet  à  la  lin  du  XV[«  siècle.  On  se  borna  sans 
doute  en  1719  h  des  réparations. 

En  1789,  le  cliflleau  avec  son  jardin  et  ses  dépendances 
était  aJTenné  pour  un  canon  nnnuci  de  120  livres.  Dans  l'en- 
clos il  y  avait  un  pressoir,  une  grange  diini^re,  des  écuries, 
des  greniers,  etc 

Il  fut  saisi  et  vendu  comme  bien  national  el  devint  la  pro- 
priété de  lu  Tamille  Delevieleuse.Olle-ci  le  revendit  vers  1862 
il  des  industriels  bAlois  qui  exploitaient  une  fabrique  voisine 
et  qui  la  possèdent  encore  aujourd'hui. 

Le  cli&teau  de  liuchneck  est  une  assez  imposante  construc- 
tion de  forme  cariée,  massive  dont  les  murs  ont  encore 
au  troisième  étage  un  mètre  d 'épaisseur,  et  deux  mètres  à  la 
iMise.  Il  est  soutenu  à  chaque  angle  par  quatre  contreforts 
lias  qui  contribuent  h  lui  donner  un  aspect  particulièrement 
solidf.  11  est  élevé  de  litiis  étages  sur  des  caves  voûtées  et 
présente  une  fav^de  k  pignon  ti'Onquè  du  côté  do  la  ville, 
l'nc  tourelle  hexagonale  contenant  un  escalier  en  spirali', 
llanque  la  façade  nord  dans  son  milieu.  Les  fenêtres  rares 
ont  été  modernisées  ;  elles  étaient  auli-efois  k  meneaux  gothi- 
ques. La  porte  qui  donne  accès  ii  l'escalier  est  ornée  d'un 
élégant  encadi-cmcnt  avec  deux  létes  d'anges  d'un  travail 
délicat,  ])lacêes  dans  les  angles  supérieurs.  .\u  devant  de 
celle  façade  est  une  terrasse  demi  circulaire  limitée  h  l'est 
par  des  bAtinients  de  ser^'ire.  On  accède  à  cette  terrasse  par 
une  levée  qui  a  remplacé  l'ancien  pont  ievis  pour  franchir  le 
large  fossé  qui  entoure  le  cliilleau  de  toute  part.  Le  cli&teau 
est  contourné  par  derrière  par  le  rempart  de  In  ville.  On  voit 
encore  dans  le  murd'enceinte  extérieur  l'arcade  d'une  poterne 
ogivale  condamnée.  C'est  là  l'entrée  particuhèrc  du  cbAteau 
dont  parle  l'urbaire  de  1578.  Entre  le  château  ef  la  ville  était 
une  grande  cour  carrée  renfermant  du  côté  nord  les  écuries 
et  la  grange  aux  dimes.  Un  mur  se  rattachant  uu  mur  d'en- 


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LA   VILLE  ET  LB  BAILLIAGE  DE  SOULTZ  53 

ceinle  intérieur  séparait  cette  cour  de  la  ville.  On  y  accédait 
comme  aujourd'hui  par  l'Impasse  de  l'hdtel  de  ville  (1). 

L'eau  arrivait  dans  le  Tossé  du  chAleau  par  une  dérivation 
faite  au  canal  À  la  hauteur  du  Grabenmubl,  et  s'écoulait 
dans  l'AIlbach  par  une  bouche  que  l'on  dislingue  encore  au 
mur  d'enceinte  extérieur  en  face  de  la  commanderie. 

Avec  le  cbAleau,  l'évéque  possédait  encore  k  Soultz  une 
maison  de  bains  (badstube).  En  1537  l'évéque  Guillaume  IH 
la  donne  &  bail  empbytéolique  perpétuel  k  un  nommé  Antoine 
Chardin,  surnommé  Ruxingen,  bourgeois  de  Strasbourg, 
moyennant  un  canon  annuel  de  deux  livres  deniers,  valeur 
de  Strasbourg.  Les  clauses  du  bail  sont  celles  ordinaires  aux 
baux  emphytéotiques  :  le  preneur  ne  pourra  aliéner,  oe  lais- 
sera pas  accumuler  trois  canons,  tiendra  en  bon  état  les  mai- 
sons et  bains  (2).  Nous  ne  savons  ai  ces  bains  étaient  ali- 
mentés par  la  source  minérale  de  Soultz. 

En  1540  le  Sr  de  Mullenbeim  vend  k  l'évéque,  Guillaume  III 
les  maisons,  cour,  grange,  jardin  et  écuries  situées  k 
Soultz  près  de  la  paroisse  et  appelées  cour  de  Ilohenstein, 
pour  la  somme  de  300  norins.  Il  est  stipulé  que  si  ledit  évé- 
que  ou  ses  succ<?s3eurs  veulent  les  revendre,  la  famille  de 
Mullenheim  aura  le  droit  de  préférence  (3). 

Os  deus  propriétés  ne  figurent  plus  sur  l'état  de  1789. 

En  1Ô76  l'évéque  possédait  encore  k  Soultz  une  cour  avec 
pressoir,  écuries  et  dépendanccM,  situées  d'un  cMé  contre  la 
maison  du  curé  M«  Christophe  Legler,  de  l'autre 
côté  contre  le  mur  d'enceinte,  devant  sur  la  rue  qui  va  vers 
l'église.  Cette  maison  était  appelée  le  pressoir  aux  dîmes 
(zehndltrott)  de  l'évéque.  On  y  pressurait  chaque  année  le  vin 
de  dîmes  qui  compétail  k  l'évéque  seul.  La  dite  maison  était 
la  propriété  de  l'évéque.  Le  receveur  du  bailliage  avait  cou- 
tume de  l'afTermer  chaque  année  pour  un  certain  canon.  Les 
réparations  étaient  ù  la  charge  de  l'évéque,  mais  alors  elle 
tombait  en  mines  (4). 

(1)  Selon  la  légende  des  souterraine  doivenl  relier  le  château  et 
la  fille. 
(S)  Inv.  ai. 

(3)  Ibidem. 

(4)  Urbaire  de  1578. 


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56  RBVL'E   D'aLSACE 

Eli  etTei  le  21  mars  1588  le  bailli  Michel  Hafienlapp 
vendit  la  cour  aux  dîmes  au  nom  de  l'évéque,  h  Théobald 
Wend  pour  437  livres  dix  sols  et  fit  don  de  la  crf^ance  à  l'hôpi- 
lal  de  SouUz.  Vers  (649  on  construisît  un  pressoir  aux  dîmes 
et  une  grange  au  presbytère.  La  ville  fournit  le  bois  a 
cet  effet  (1). 

L'évéque,  comme  collatcur  de  la  cure  de  Soullz,  possédai! 
le  presbytère  sur  le  cimetière,  et  la  ville  n'y  avait  aucun 
droit.  Cependant  en  1578,  le  curé  ayant  acheté  une  maison  k 
lui  propre,  n'y  logeait  plus  depuis  quelques  années  (2).  Eu 
1789  le  presbytère  figure  parmi  les  biens  propres  de  la  cure. 

L')''vôché  touchait  encore  dilTérentes  rentes  emphytéotiques 
k  Soultz:  au  commencement  du  X1V<^  siècle  la  cour  dite  de 
Itiilschin  donnai!  annuellement  un  cens  de  30  schillings.  En 
1 101  ta  Itutsclianshof  à  Soultz  est  citée  comme  appartenant  ii 
■leon  L'iric  de  llaus  comme  fief  de  la  maison  d'Autriche  [3|. 
En  1 132,  das  t/eiotës  m  Sulfi  r/ennnt  Hutuchanshof,  est 
engagée  avec  d'autres  biens  du  sire  de  llaus  ù  Jean  Velker 
lie  Suitzbach,  avocat  ibailli)  de  Itelfort  (4).  Itutschan  élait  le 
nom  patronymique  des  siivs  de  Junglioltz  ainsi  qu'on  peut  le 
voir  dans  l'extrait  du  livre  d>?s  lieTs  de  Strasiioiirg  publié  par 
Itericr  sous  l'annéo  13.')o. 

En  1578,  levèque  percevait  une  rente  foncière  de  deux 
llorinsou  deux  livi-esO  sols  billois  sur  le  moulin  de'Jrabenmuhl, 
payables  a  la  Chandeleur  pour  prix  de  l'autorisa  lion  donnée 
par  l'évéque  Guillaume,  de  construire  le  dit  moulin  entre  les 
deux  inurs  et  dans  le  fossé  de  la  ville  de  Soultz. 

Il  y  avait  encore  une  l'ente  de  une  livre  cinq  schillings  paya- 
bles par  un  nommé  Jean  Bruneisen  et  assise  sur  trois  schatz 
de  terre. 

SIofTel  Reehberg  payait  annuellement  une  livre  sur  une 
maison  avec  dépendances  sise  ù  Soultz  et  sur  deux  schatz  de 


(1)  Schuldbuch,  archives  de  Soultz. 
(i)  Urbaire. 

(3)  Archives  d'Iesbruck  n°  341'' 

(4)  Ibidem  n°  8ti4> 


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LA   VILLE  ET   LE  BAILUAGB   OU  SOULTZ  D( 

vignes,  et  ce  en  vertu  d'une  conBtiluliOQ  de  rente  de  l'année 
1368  (1). 

Georges  Tuecherei*  payait  annuellement  a  la  St-Martin  six 
schillings  sur  une  maison  avec  cour  sise  à  Soultz  au  coin  de 
la  rue  dite  Guldenengasse. 

En  1575  l'évèque  Jean  IV  convertit  en  rente  en  argent  une 
rente  en  vin  due  à  l'évèché  par  des  particuliers  de  Soultz  (î). 
C'étaient  probablement  les  rentes  ci-dessus. 

En  1378.  L'évéché  percevait  en  vin  :  une  rente  de  trois 
mesures  de  vin  blanc  assise  sur  trois  schatz  de  vignes  et 
payables  k  la  vendange  par  un  nommé  Boll  Honilss  :  trois 
mesures  de  vin  rouge  payables  par  Peter  Ritscban  sur  une 
maison  avec  cour  et  jardin  sise  à  Soullz  in  der  Stedellgassen; 
deux  mesures  de  vin  rouge  payables  par  Jacob  Veller  sur  6 
schatz  de  vignes  sis  au  canton  Hornstein  pX  francs  de  dîmes 
parce  qu'ils  appartenaient  autrerois.au  prieurdeThiercnbach. 

En  1706  le  cardinal  de  Rohan  abandonne  à  une  dame 
d'Ëlsenheim  quatre  schatz  de  vigne  qui  se  trouvaient  vacan- 
tes et  caduques,  et  ce  moyennant  une  rente  perpétuelle 
et  annuelle  de  deui  pots  de  vin  k  livrer  k  la  recette  de 
RoufTach  (3;. 

En  1789  l'ëvâch»^  percevait  k  Soultz  une  rente  foncière  et 
emphytéotique  de  trois  rézeaux  et  trois  boisseaux  de  seigle 
sur  les  moulins  et  huit  livres  deux  sols  huit  deniers  en 
argent. 

En  1330  les  seigneurs  d'Eptingen  donnèrent  acte  k  l'évèque 
Guillaunie  III  de  ce  qu'il  avait  racheté  une  rente  de  deux 
foudres  de  vin  qu'ils  percevaient  sur  les  revenus  de  SouItz(4). 

Droits  de  la  ville 

Les  droits  communaux  de  la  ville  de  Suullz  dérivaient,  les 
uns  d'anciennes  coutumes  colongères,  les  autres  de  privilè- 
ges accordés  par  les  seigneurs. 

(1)  Urbaire  ellov.  til. 

(2)  Inv.  cit. 

(3)  Inv.  cit. 

(4)  Ibidem. 


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âH  RBVUE    d'ALSACB 

NouB  citeroDB  en  premier  lieu  le  droit  qu'avaient  les  bour- 
geois d'6lire  les  membres  du  conseil  de  ville.  Celui-ci  avait 
en  mains  toute  l'administration  communale  et  la  juridiction 
basse  sur  tout  le  ban  rural  et  forestier  tant  à  Souitz  qu'à. 
Wuenheim,  Jungholtz  et  autres  dépendances  de  la  prévolé. 
Il  présidait  k  tout  contrat,  testament  ou  donation  ;  il  octroyait 
seul  le  droit  de  bourgeoisie  et  nommait  !i  l'élection  les  fonc- 
tionnaires et  employés  inférieurs. 

Le  conseil  de  Souitz  avait  en  oulre  la  collature  de  la  cure 
de  Wuenheim, 

Tous  les  b[ltimeuts  publics  appartenaient  à  la  ville,  et  les 
réparations  étaient  k  sa  cliarge.  Elle  avait  le  droit  d'ordonner 
corvée  pour  les  dites  réparations. 

Le  prévôt  présidait  les  audiences  du  conseil,  mais  à  celles 
où  l'on  pouvait  prononcer  des  amendes,  il  devait  se  l'étirer' 
et  alors  le  conseil  était  présidé  par  le  bourgmestre. 

Les  iMurgeois  jouissaient  de  tous  droits  d'usages  sur  les 
forêts  et  les  pâturages  communaux  et  du  droit  de  pèche  dans 
les  eaux.  Ils  avaient  le  droit  de  s'assembler  en  tribus  pour 
les  élections  au  conseil  et  la  répartition  des  impôts  et  pour 
contrôler  les  agissements  des  pouvoirs  publics. 

La  ville  percevait  le  tiers  de  l'umgeld.  A  partir  du  ven- 
dredi saint  pendant  un  mois,  elle  avait  droit  de  faire  servir 
le  banvin  par  les  aubergistes  de  Souitz  et  de  Wuenheim. 
L'umgeld  per^u  sur  ledit  banvin  lui  appartenait 

La  ville  percevait  seule  le  droit  dit  bœs  pfenig. 

La  moitié  du  pontenage  aux  trois  portes  de  la  ville  et  le 
tiers  du  droit  sur  le  vin  d'exportation,  une  partie  des  amen- 
des et  de  l'octroi  lui  appartenaient  également. 

Elle  avait  encore  le  petit  débit  de  sel  ainsi  que  le  droit  de 
pesage. 

Aux  deux  foires  de  la  Pentecôte  et  de  St-Hathieu,  le  Pfund- 
zoll  et  les  amendes  lui  appartenaient  en  entier  durant  vingt- 
quatre  heures  (1). 

Il  y  avait  encore  d'autres  revenus  que  nous  analyserons 
plus  loin. 

(1  \  Urbure  et  Arch.  de  Soulti,  pa*eioD. 


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La  commune  ayant  droit  de  juridiclion,  possédait  dès  son 
origine  un  sceau  qu'elle  apposait  comme  preuve  d'aulhenlicité 
au  bas  des  sctes  où  elle  avait  k  se  prononcer  comme  juge  ou 
comme  lémoin.  Citait  comme  la  signature  d'un  particulier. 

Nous  trouvons  la  première  mention  d'un  sceau  communal, 
sigillum  communitatis  de  Sulce,  dans  un  acte  de  composi- 
tion conclu  le  28  janvier  1260  entre  les  religieux  du  Lieu- 
Croissant  et  l'ancien  tenancier  d'UlIwiller.  Dans  cet  acte  on 
se  réfère  au  tribunal  de  la  commune  de  Souitz,  communitatû 
de  Sulce  lententiam,  en  cas  de  nouveau  litige  (1). 

La  commune  de  Souitz  a  encore  apposé  son  sceau  sur  des 
actes  de  1271  et  de  1286  (2).  Il  est  probable  que  ce  sceau 
était  le  même  que  celui  que  nous  avons  vu  apposé  sur  des 
actes  des  XIV»,  XV»  et  XVI»  siècle. 

La  plus  ancienne  empreinte  que  nous  en  ayons  vue  est  sus- 
pendue sur  simple  queue  au  bas  d'un  acte  du  4  mars  1323, 
portant  constitution  de  rente  passée  devant  le  conseil  de 
Sou  lu  (3j. 

Les  empreintes  de  ce  premier  sceau  de  la  ville  sont  toujours 
en  cire  brune.  Elles  portent  l'image  de  St-Maurice,  patron  de 
la  ville,  en  costume  de  chevalier  armé  de  toutes  pièces,  la 
tète  nue;  monté  sur  un  cheval  galopant  vers  la  droite,  il 
tient  sur  le  bras  gauche  un  écu  chargé  d'une  croix,  et  de  In 
main  droite,  une  lance  avt.-c  pennon  chargé  aussi  d'une  croix. 
La  tète  est  nimbée,  de  chaque  càté  on  lit  :  S.  DVX  |  M.\VR1TI 
l^us).  En  légende  autour  du  sceau  :  +  S.  OPIDL  DE.  SVLZE. 
DIOC  (esis),  BASIL  (iensis).  Dans  ce  monument  la  ville  s'inti- 
tule opidum,  forteresse,  elle  se  dit  du  diocèse  de  BAle.  Nulle 
mention  de  la  dépendance  seigneuriale.  On  y  voit  déjii 
comme  une  allirmation  de  liberté  bourgeoise.  Il  semble  que 


(I)  Trouillat.  loc.  cil.  II  p.  9S. 

(3)  Ibidem,  p.  3tSet438. 

(3)  Archives  communales  de  Colmar,  Fonds  de  St  Pierre. 


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60  BBVUK  D  AI.S&CK 

notre  ville,  à  t'abri  de  ses  murailles,  ne  connaisse  pas  d'autre 
matlre  que  Dieu,  d'autre  patrou  que  son  saint  Maurice,  d'au- 
tre division  administrative  que  le  diocèse  au  spirituel,  et  ncn 
au  temporel.  Souitz  n'ayant  jamais  appartenu  au  temporel 
de  l'évéqoe  de  Bile,  n'en  dépendait  qu'au  spirituel. 

Il  existait  à  la  même  époque  un  sceau  plus  petit  portant 
dans  le  rhamp  la  même  image  de  saint  Maurice,  el  en 
légende  :  SECRETVM.  DE.  SVLZE  (1). 

Ces  deux  sceaux  sont  restés  en  usage  jusqu'au XVII* siècle. 
Ilsfurentalorsremplacésparunsimple  cachet  surcire  etpapier. 
Nous  n'en  connaissons  qu'une  empreinte  apposf^e  sur  un  acte 
d'emprunt  de  la  ville,  conclu  le  23  décembre  {&42,  rédigé  sur 
papier  (2).  La  légende  porte  en  caractères  gothiques  : 
+  StiCtittmn  +  Cftiltatta  +  iSnli  +  Basilla  +  IBiot.  Nous 
y  voyons  pour  la  première  fois,  dans  le  champ,  à  la  place  de 
St  Maurice,  les  armoiries  de  la  ville  :  une  croix  rantoimée  de 
quatre  corbeaux.  Il  est  dilTicile  d'expliquer  l'origine  de  ckh 
armoiries.  L'armoriai  général  dllozier  les  déciil  ainsi  :  do 
gueules  il  une  croixd'argent  cantonnée  de  quatre  oiseaux  pas- 
sant de  sable.  Schœpflin  (3]  :  Insigna  vifilatis  scutuin 
rubrutn,  rrucc  argenfea  quntiripartifuin  et  quatuor  corvis 
nigris  conspicuiim  sîslunl.  L'abbé  Grandidier  ;  de  gueules 
à  la  croix  d -ugcnl,  accompagnée  de  quatre  corbeaux  ou 
oiseaux  de  proie  de  sable,  becqués,  membre.^  et  grilletés 
d'or  (i). 

Nous  ferons  remarquer  que  sauf  les  quatre  corbeaux,  l'écu 
esl  le  même  que  celui  de  l'orlre  de  Malte  et  aussi  que  celui 
que  St  Maurice  porte  sur  l'ancien  sceau. 

Ce  sceau  subit  quelques  changements  l'uunée  après.  Nous 
retrouvons  encore  en  1652  les  armoiries  de  Souitz  entourées 
d'une  banderolle  portant  cette  légende  ;  +  SECRETVM  + 
CIVITATIS  +  SVLTZ  +  BASILIEN  +  DIOC.  Le  tout  entouré 
d'un  tore  feuille. 


(i)  Archivei  de  Soullz. 

(3)  AIr.  ill.  Il  p.  89. 

(i)  Notices  sur  Souitz.  inOËuvres  inédites,  l.Vl*. 


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LA   VILLE    ET  I.K   BAILUAGK   DK   SfHI.TÏ  tli 

Nous  avons  trouvé  sur  une  constitution  de  renie  faite  en 
faveur  de  la  ville  et  datée  du  2U  avril  1663,  rédigée  sur 
papier,  un  petit  cachet  rond  portant  seulement  les  armes  de 
révéché  de  Strasbourg,  un  écu  chargé  d'une  bande,  surmon- 
tées du  mot  SVLTZ  et  accostées  de  la  date  16-49. 

En  1663  le  sceau  fut  encore  changé.  Il  porte  les  armoiries 
de  Souitz  avec  la  légende  SECRETVM.  CiVITATIS.  SVLTZ. 
1663.  Ce  sceau  dont  la  matrice  est  conservée  au  Musée  d^ 
Colmar  servit  jusqu'à  la  Révolution. 

Les  bailli,  prévôt,  grelTier  et  bourgmestre,  avaient  leur 
sceau  particulier.  Le  prévôt  scellait  tout  tes  contrats  (Kauff- 
briefe,  Neueràngen.  Kundschafften)  entre  vifs  et  particu- 
liers. Le  conseil  scellait  du  sceau  de  la  ville  les  contrais  faits 
en  faveur  de  communaulés,  de  fondations  d'ordre  public  ou 
soriélairc  et  les  testaments  et  donations  :  Widtimb.  Texin- 
ment.  Mannreckt  (1). 

Le  greRier  et  le  bourgmestre  ne  se  sont  servi  de  leur  sceau 
particulier  que  rarement  et  en  cas  d'absence  du  prévôt.  Ils  ne 
pouvaient  en  faire  usage  que  dans  ,les  cas  où  il»  l'taieni 
personnellement  en  cause. 


Administration  et  Offices 
(Irond-haitli  et  bailli.  —  Adcncatus,  obervogt,  vogt 

Le  gouvernement  du  Haut  Hundat  appartenait  dans  toutes 
«es  attributions  au  grand-baiili  qui  représentait  le  seigneur  et 
qui  recevait  sou  investiture  directement  de  lui.  Jusqu'il  la  lin 
du  XIII"  siècle  ceJte  charge  était  conci'dée  en  fief  h  la  famille 
de  Habsbour.s-.  comme  nous  l'avons  vu.  Lorsque  Rodolphe 
de  Habsbourg  eut  résigné  ce  fief,  l'évéque  donna  la  chaîne 
de  grand-bailli  du  Mundat  à  un  officier  nommé  par  lui  k  vie. 
Il  résidait  ordinairement  h  Rouffach.  Au  XVIII*  siècle  le 
Mundat  était  administré  par  un  des  membres  du  grand  chapi- 
tre de  Strasbourg.  Ce  chanoine  s'occupait  spécialement  de  In 
juridiction  et  des  besoins  du  pays. 

Hk  llrhaire. 


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62  REVUR  D'Ar.SArR 

Chaque  année  vers  le  soixanle-dixième  jour,  le  grand  bailli 
venait  à  Soultz  pour  tenir  le  Schwertag  ou  grand  plaid.  Il 
était  accompagné  du  greflîer  et  du  receveur  du  Mundat.  Ce 
jour  \h,  on  présidait  à  l'élection  et  nu  remplacement  des  mem- 
bres sortant  du  conseil  et  des  employés  subalternes  s'il  y 
avait  lieu.  Puis  chaque  fonctionnaire  et  chaque  bourgeois 
renouvelait  son  serment  de  foi  el  hommage  au  seigneur  évé- 
queet  de  fidélité  ù  ses  fonctions,  à  mesure  que  le  greflier  en 
lisait  la  formule  dans  le  livre  des  serments  ou  Eidbuch.  On 
lisait  encore  au  peuple  les  lois  us  et  coutumes  do  In  ville  i-t 
tous  promettaient  de  les  observer  lidèlement. 

Le  grand  bailli  et  sa  suite  prenaient  ensuite  un  souper  que 
l'on  servait  dans  la  chambre  du  conseil  aux  frais  de  la  ville. 
Celle-ci  payait  aussi  les  frais  d'heberçeage  des  chevaux 
et  le  logement  des  hommes  pendant  la  nuit.. 

Chaque  Quatre  Temps  les  ofTiciers  du  Mundat  venaient 
ouvrir  les  troncs  de  péage  et  audienccr  lis  comptes.  On  avait 
coutume  alora  de  prendre  un  repas  dans  la  chambre  du  conseil 
et  le  receveur  en  prenait  les  fwis  sur  la  recette  commune.  Les 
autres  frais  de  séjour  des  hommes  et  des  chevaux  t'taienl  au 
compte  de  la  ville. 

Le  grand  bailH  connaissait  seul  du  rriminol  et  avait  seul 
le  droit  d'appliquer  la  torture  (I). 

Il  semble  qu'il  n'y  avait  pas  dans  l'origine  de  bailli  k 
Soultz.  Ce  n'est  qu'à  la  fin  du  W  siècle  que  nous  y  voyons 
un  officier  porter  ce  titre. 

Au  XVH"  siècle  il  porte  le  titre  A'obervogt  el  au  XVUt" 
celui  d'Âmtmann.  Le  bailli  recevait  également  son 
investiture  directement  de  l'évéque  auquel  it  rendait  ses 
reversales.  11  n'était  pas  inamovible  et  pouvait  être  déplacé 
ou  cassé  au  gré  d*;  l'évéque.  II  était  à  l'époque  germanique, 
choisi  parmi  la  noblesse"  k  l'époque  française  t'amtniann 
était  un  homme  de  loi,  ses  provisions  étaient  enregistrées  au 
Conseil  souverain  d'Alsace.  Le  commandement  de  la  fort»- 
resse  lui  fut  enlevé  et  donné  &  un  lieutenant  du  roi. 

Les  attributions  du  bailli  étaient  les  mêmes  que  celles  du 
grand  bailli  quoique  le  bailliage  releviU  direclement  de  relui. 

(1)  L'rbaire. 


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LA   VILI.8  BT  LE   BAILLIAGE   DE   SOl'LTZ  63 

de  RoulTach  et  ftit  eu  eoo  recours  et  son  appel  au  grand 
bailli.  Le  bailli  résidait  toujours  à  Souitz,  il  avait  le  comman- 
dement de  la  milice  du  bailliage  et  proci^dait  aus  premières 
instructions  criminelles.  L'évèque  payait  ses  émoluments 
mais  les  bourgeois  de  Souitz  et  de  Wuenheim  lui  devaient  k 
chaque  quatre  temps  une  voiture  de  bois  qui  devait  être 
menée  au  chflteaii.  Les  membres  du  conseil  Paient  exempts 
de  celle  corvée.  La  ville  lui  payait  aussi  chaque  année  un 
gobelet  en  argent  doré  de  16  onces.  Cet  usage  s'éteignit  nu 
commencement  du  XVIII*  siècle  ainsi  que  la  corvée  du  bois. 
Elle  futreroplacéeparune  somme  de  cinquante  livres  que  payait 
la  ville. 

Le  bailli  avait  droit  d'assister  à  toutes  les  audiences  du 
conseil  quelles  qu'elles  soient.  En  1712  le  conseil  de  Soults  se 
plaignit  que  le  bailli  tenait  les  audiences  de  son  bailliage  dans 
ladite  ville  ou  nul  n'avait  juridiction  que  le  conseil  et  que  le 
[lit  bailli  connaissait  des  difTérends  qui  survenaient  entrtt 
bourgeois  h  l'exclusion  du  conseil. 

Le  bailli  répondit  que  ses  patentes  le  nommait  bailli  de 
In  ville  et  (lu  bailliage  et  qu'ainsi  il  était  autorisé  h  tenir  ses 
nudiences  en  la  ville  de  Souitz,  Il  rapporta  les  registres  des 
nudiences  les  plus  reculf>es  qui  justifiaient  que  les  baillis  les 
avaient  toujours  tenues  dans  la  ville.  Quant  à  la  seconde 
objection  il  dit  ne  connaître  que  des  difTérends  jilcs  bourgeois 
qui  d'un  commun  accord  le  prenaient  pour  juge.  La  Régence 
de  Saverne  rendit  en  1715  une  sentence  qui  prononça  que  le 
bailli  pourrait  tenir  ses  audiences  dans  la  ville  de  Souitz,  mais 
qu'il  ne  pouirait  connaître  privativement  au  conseil  d'aucun 
dilTérend  entre  bourgeois  d). 


Procureur  fiscal 

Vers  la  fin  du  XVil*  siècle,  dès  1678,  nous  voyons  appa- 
rattre  un  nouvel  ofltcier  seigneurial  :  le  procureur  fiscal.  Il 
''lait  nommé  par  l'évèque  et  était  chargé  da  veiller  spécialf- 


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64  HRVEJR  d'aI_SACR 

ment  aux  intérêts  du  seigneur  dans  le  bailliage.  Il  assistait  Ik 
bailliet  était  en  quelque  sorte  son  lieutenant.  Il  assistait  k 
toutes  les  audiences  du  conseil,  mais  nous  n'avons  trouvé 
nulle  part  ses  attributions  bien  délinies. 

Greffier 

Le  grefiler,  tabellion  ou  Stadtschreiber,  était  chargé  de 
tenir  le  plumitif  dans  toutes  les  opérations  du  bailli  ou  du 
conseil,  c'était  plus  qu'un  scribe  mais  ce  n'était  pas  encore  le 
notaire,  puisqu'il  ne  pouvait  rédiger  et  sanctionner  aucun 
contrat  sans  l'assentiment  ou  une  sentence  du  conseil.  Le 
greffier  était  nommé  por  le  seigneur  évéque  auquel  il  devait 
ses  reversâtes  et  son  office  était  k  la  discrétion  du  seigneur. 
Il  n'avait  d'autre  salaire  que  ta  francbise  d'impôts,  plus  une 
certaine  somme  qu'il  recevait  de  la  ville  et  qui  se  montait 
Jusqu'au  XVIII"  siècle  h  38  livres,  43  sous,  i  deniers  pris  sur 
la  taille.  On  lui  donnait  en  outre  un  gob'^let  en  argent  doré 
de  16  onces. 

En  1725  le  salaire  qu'il  recevait  de  la  ville  se  montait  à 
80  livres,  enfin  il  percevait  encore  des  taxes  Tirées  pour  les 
actes  qu'il  rédigeait,  lesquelles  taxes  étaient  payables  par  les 
contractants  (1). 

Le  greffier  assistait  naturellement  aux  audiences  du  con- 
seil, il  y  avait  voix  consultative  et  en  dressait  les  procès- 
verbaux  et  minutes  (2). 

D'après  la  teneur  de  son  serment,  le  greffier  était  tenu  de 
rester  fidèle  k  l'évèque  de  Strasbourg  et  de  le  considérer 
comme  son  maître  et  seigneur,  d'obéir  strictement  et  fidèle- 
ment &  ses  représentants  le  grand  bailli  de  RoulTach  et  le 
bailli  de  Soultz,  ainsi  qu'au  prévôt,  de  garder  le  secret  profes- 
sionnel  sur  tout  ce  qui  liii  serait  confié,  d'écrire  et  de  lire 
fidèlement  dans  les  conseils,  audiences  de  justice  et  autres 
actes  de  son  ministère.  Comme  il  avait  la  garde  des  sceaux  il 
en  devait  rien  sceller  sans  le  consentement  du  pnWnt  et  sans 

(1)  Comptes  communaux  et  urbaire. 

(2)  RnthB-protorolIcn  et  GerîchlBbùclier. 


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r.A    VfLLK   iCT  LB  BAILLIAGR  DE  SOVLTZ  âS 

avoir  fait  lecture  au  conseil.  Il  devait  percevoir  équitablement 
la  taxe  selon  la  coutume  et  pas  plus,  et  s'il  devait  prononcer 
une  sentence  ou  donner  un  conseil,  il  le  devait  faire  selon  sa 
conscience  et  impartialement.  Enlin  s'il  s'apercevait  qu'il  se 
fit  aucun  préjudice  aux  droits  de  rf'vdcli*'',  il  devait  le  lui 
dénoncer  immédiatement  (1). 

L'augmentation  des  alTaires  exig^ea  vers  la  fin  du  XVI'  si<^- 
cle  que  l'on  adjoignit  un  aide,  le  commis  ou  substitnt 
grcRIer.  Celui-ci  était  tenu  à  l'obéissance  envers  les  bailli, 
prévôt,  greffier  et  conseil,  h  remplacer  fidèlement  le  grefTier 
dans  le  plumitif  et  à  rédiger  les  actes  et  minutes  comme  le 
greflier  lui-même  devait  le  faire,  enfin  Ji  garder  le  secret  pro- 
fessionnel sur  toutes  les  affaires  où  il  aurait  part  (2).  Sous  lu 
domination  des  rois  de  France,  il  y  eut  encore  ii  Souitz 
un  notaire  royal  lequel  était  quelquefois  le  Rreffier  ou  «on 
commis. 

En  1778  le  conseil  souverain  d'.AIsace  condamna  le  princc- 
évéque  Constantin,  cardinal  du  Rohan  II,  îi  rendre  et  rem- 
bourser au  bailli  et  au  greffier  de  Soullz  dans  la  proportion 
(le  la  perte  qu'ils  firent  par  le  démembrement  des  deux 
villages  Hartmanswiller  et  Rimbach-Zell  du  bailliage  de 
Souitz,  la  finance  que  chacun  d'eux  en  avait  payée,  comme 
aussi  de  leur  bonifier  annuellement  et  jusqu'à  leur  mort  la 
non-jouissance  k  eux  occasionnée  par  le  môme  démembre- 
ment, le  tout  k  dire  d'experts,  a  charge  d'imputer  sur  ladite 
non -jouissance  les  intérêts  de  la  partie  des  finances  qui  sera 
remboursée  :  ce  faisant  condamne  le  comte  de  Waldner  li 
porter  quitte  et  indemniser  le  prince  évéque  des  condamna* 
tions  prononcées  contre  lui  au-delà  des  offres  retenues  es 
artes  des  30  janvier  1762  et  23  mars  1774  (3). 


(1)  Livre  des  serments.  Il  existe  aux  archives  de  Souitz  trois 
éditions  de  ce  précieux  manuscrit  qui  contient  la  formule  des 
serments  de  tous  les  ofllcîers  et  bourgeois,  plus  les  coutumes  et 
usages  ayant  force  de  loi.  La  premi<;re  édition  est  de  1St>!l,  1 1  deu- 
xième de  1578  avec  quelques  changements  et  additions,  la  troi- 
sième moins  complète  est  de  lfî87. 

(2)  Livre  des  serments. 
{»)  Inv.  cité. 


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Le  prévôt,  scaltelus,  schultheiss 


Le  prévôt  HblH  iioiiun*''  par  ri'v(''i|uc  el  son  office  était  ('éta- 
lement à  la  disct'iHion  iln  seigneur,  mais  on  le  dioisissuit 
parmi  les  bourgt>ois  noUbles  de  Soultz.  H  commaiidait  In 
milice  de  la  ville,  l'ouverture  des  parles  et  la  fuileresso  en 
ganterai  était  sous  ses  ordres  conjointement  avec  le  bailli. 
Tout  en  tenant  son  mandat  du  seigneur  évc.juc,  il  était  le 
chef  naturel  de  la  bourgeoisie,  le  protecteur  né  des  libertés 
et  des  franchises  communales.  Il  présidait  toutes  les  nudiL'U- 
(-GS  du  conseil  et  rlirigeail  toutes  les  causes,  Iiormis  celles  qui 
étaient  passibles  d'amendes.  Il  avait  le  privilège  de  posséder 
un  sceau  personnel  avec  leiiuel  on  scellait  tous  les  cuntrals 
entre  particuliers.  Dans  l'exercice  de  ses  fonctions  le  prévôt 
portait  un  bAton,  mar<iue  de  son  autorité. 

Le  prévôt  avait  la  franchise  d'impi'its  et  en  1378  il  avait 
pour  appointements  les  fi'ais  dejustice  et  de  scel  et  un  demi- 
florin  comme  droit  de  succession  payable  par  tout  élran^^er 
qui  venait  recueillir  un  hérilage  à  Souitz.  La  ville  lui  donnait 
annuellenaent  un  gobelet  en  argeni  doré  de  ifî  onces.  Kn  17âô 
elle  lui  payait  fiO  livres  de  gages. 

Le  prévôt  était  tenu  par  son  serment  de  prêter  fui  et 
.hommage  it  l'évéque  de  Strasbourg  comme  à  sun  seigneur  et 
maître,  do  veiller  a  ses  intérêts,  d'obéir  aux  OT-dres  du  grand 
bailli  de  itoulTiich  et  du  hailli  de  .Soultz  comme  aux  représen. 
lants  du  seigneur,  de  protéger  et  de  servir  lldèlemeiit  le 
conseil  et  la  communauté  de  Soultz  el  de  veiller  aux  intérêts 
de  la  ville  en  la  défendant  de  tout  pii'Judice.  Il  devait  réunir 
et  [irésidcr  les  conseils  et  tribunaux  aux  jours  indiqués  par 
la  coutume,  les  consulter  sur  tous  les  objets,  et  en  cas  de 
pni-lnge  des  voix,  décider  inipnrtialenirnt  selon  sa  conscience, 
ganler  tous  les  serrets,  donner  selon  son  entendement  et  sn 
conscience  les  conseils  qu'on  lui  demandait,  enlin,  rap- 
porter au  bailli  tout  atlental  ou  crime  qui  lui  serait  dénoncé. 

Dans  la  formule  du  serment  de  ili87,  on  remarque  plus  de 
subordination  du  prévôt  ;i  l'évér-bé,  ainsi  il  y  est  dil  quedans 


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LA   VILLE   m   LB  BAILLIAGE   DK  SOIILTZ  tî7 

UD  jugement  pris  par  le  conseil  en  majorité!,  le  prévôt  et  le 
greffier  seuls  pouvaient  Tormer  une  DiHjorité  (1). 

En  cas  de  vacance  de  la  charge  de  bailli,  le  prévôt  en 
prenait  les  fonctions,  il  s'en  prévalut  pour  prendre  le  titre  de 
gouverneur  du  bailliage  :  statlàalfer  der  cogtey.  En  4723 
la  régence  de  Saver'ne  rendit  un  décret  portant  qu'ayant 
appris  que  la  ville  de  Souitz  donnait  le  titre  de  Ktatthalter  !i 
son  prévôt,  elle  le  lui  défendait. 

La  ville  répondit  qu'elle  était  dans  l'usage  de  l'appeler 
ainsi  parceque  depuis  un  très  long  temps  les  provisions  des 
prévôts  leur  donnaient  outre  la  qualité  de  prévôt,  encore  celle 
de  vogtey  Statlhaller  ou  lieutenant  bailli  ;  qu'en  effet  ces 
provisions  portaient  qu'en  cas  d'absence,  maladie  ou  autre 
empêchement  du  bailli,  les  prévôts  administraient  le  bailliage, 
qu'en  conséquence  depuis  ce  temps-là  les  prévôts  avaient  été 
appelés  tantôt  prévôt,  tantôt  statttialter.  Elle  joignit  une 
pareille  provision  donnée  en  1620.  Ln  régence,  sur 
cette  réponse,  réitéra  sa  défense  au  prévôt  de  se  nommer 
statttialter  et  de  soufTrir  qu'on  lui  donnât  ce  nom  (2). 

Des  contsstations  ayant  eu  lieu  en  1746  entre  le  prévôt  et 
le  bailli  au  sujet  de  leurs  attributions  respectives,  une  con- 
vention ratiQée  par  le  cardinal  de  Rohan  régla..dé(initi' 
vement  les  fonctions,  droits  et  pérogatives  de  chacun-  de 
ces  officiers. 


La  coniell,  magistrat,  senatas,  magiitratas,  ratb 

Le  conseil  de  Souitz  se  composait  du  prévôt,  du  greffier  et 
de  douze  membres  qui  prenaient  le  titre  de  conseillers, 
rimtulet,  senatores.  die  Rœthe;  les  attributions  du  conseil 
étaient  de  deux  sortes  :  d'une  part  il  exerçait  l'adminislration 
des  affaires  communales  et  nommait  les  fonctionnaires  subal- 
ternes de  la  ville,  de  l'autre  il  rendait  la  justice  en  matières 
civiles  en  décidant  de  In  vnlnbilité  des  contrats  enlrr  partîcu- 


(1)  Livre  des  semieola. 

(2)  In*,  cit.  p.  33. 


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un  RRVDB  D  AI^aGR 

liers  et  en  prononçant  dans  leurs  litiges  ;  en  m.iliôrc  de  I)as8e 
justice,  il  exerfaii  la  police  urbaine,  rurale  ('iriir2stii>re  d 
prononçait  sur  les  <l^lils  encourus. 

Les  conseillers  étaient  élus  par  les  bourgeois  assenibli'-s 
dans  les  poCles  de  leun;  (ribus,  le  vote  avait  lieu  au  sciutin 
ouvert,  chacun  ii  son  tour  nommait  Jt  haute  voix  ses  candi- 
dats et  les  votes  étaienl  l'ecueillis  par  le  chef  de  tribu  et  ses 
échevins  formant  le  bureau.  Le  dépouillement  avait  lieu  ti 
l'hôtel  de  ville  en  présence  den  olficien;  du  bailliage  et  du 
Hundat.  Le  grand  bailli,  au  nom  du  seigneur,  vérUlail  les 
pouvoirs  des  membres  élus.  Chacun  était  nommé  pour  tixtis 
ans  et  le  conseil  était  l'enouvelé  par  tiers  chaf|iie  année. 

Tout  conseiller  était  tenu  par  son  serment  de  prêter  foi 
cl  homn-.age  Ji  son  seigneur  évdque  cl  d'obéir  à  ses  représen- 
tanls,  de  se  rendre  ii  la  salle  du  conseil  dès  que  la  cloche  de 
l'hûtel  de  ville  tintait,  et  les  jours  indigués  selon  la  coutume, 
de  prononcer  son  avis  dans  les  décisions  et  les  sentences  im- 
partialement el  selon  sa  conscience,  de  garder  les  secrets,  de 
veiller  à  l'ordre  publie,  de  dénoheer  tout  attentai  aux  lois  et 
coutumes  el  de  faire  rédiitor  son  rapport  parle  grellier.  Et  dans 
les  fonctions  particulières  qu'il  remplirait  comme  hourgmew- 
Ire,  receveur  de  ta  taille,  «illecteur  des  amendes,  marguil- 
lier,  ctc,  de  les  remplir  fidèlement  el  d'agir  toujôurir  pour 
l'avantage  de  la  charge  qui  lui  serait  confiée. 

Les  conseillers,  dans  l'exercice  de  l'urs  fonctions,  portaient 
une  robe  rouge  el  un  chapeau  noir.  Leur  salaire  était  dans 
l'crigine  un  gobek'Kl'argent  de  IS  onces  et  la  franchise  de 
corvée.  En  1725  la  ville  leur  payait  ii  chacun  30  livres. 

Les  conseillers  se  divisaient  en  deux  sections  :  six  sié- 
geaient aux  audiences  de  Justice  avant  la  St-Jean,  les  six  autres 
après. 

Chaque  année  l'un  d'eux  était  choisi  comme  bourgmcslre: 
il  était  spécialement  chargé  d'exécuter  tes  décisions  du  con- 
seil en  matière  administrative  et  de  tenir  les  comptes  dos 
iwenus  el  dépenses  communales.  Chaque  année  h  la  fin  de 
son  exercice,  il  rendait  lesdils  comptes  cl  les  extances  étaient 
portées  dans  un  registre  spécial  dit  Srhuliibnrh.  Pour  ces 
ft)nclion!'  particulières  le  Ixinrguiestre  louchait  de  la  ville 


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LA    VILLK  KT   LB   BAILLIAGE   OU   SOMLTZ  6!( 

13  livres,  (i  sols,  4  deniers,  qui  furent  portas  U  Iti  livres 
CD  1723. 

Un  autre  conseiller  avait  la  charge  de  la  taille,  gewerffer  ; 
il  ré[>artissait  cet  impôt  et  en  faisait  la  collecte.  Il  rendait 
annuellement  ses  comptes  au  Schwertag  et  recevait  un 
salaire  de  10  livres.  Deux  autres  conseillers  étaient  chargés 
de  la  collecte  des  amendes;  un  autre  était  marguillier  et 
chargé  de  l'administration  des  deniers  de  la  paroisse;  un 
autre  percevait  l'octroi,  Zoller,  un  autre  avait  la  garde  des 
forêts,  Kolmeister,  un  autre  veillait  à  l'arsenal,  Bûchsen- 
meister. 

Les  conseillers  étaient  appelés  au  son  de  la  cloche  ii  sept 
heures  du  matin;  on  tenait  une  audience  de  justice  chaque 
semaine,  ordinairement  le  lundi  et  quelquefois  extraordinai- 
rement  le  jeudi.  Les  séances  du  conseil  avaient  heu  quand 
liesoin  était.  Cependant  il  était  défendu  de  les  tenir 
après  midi,  mais  seulement  avant  le  repas. 

.\ucun  conseiller  ne  pouvait  prononcer  de  jugement  dans 
une  Ciiuse  oCi  un  de  ses  parents  jusqu'au  deuxième  degré 
élait  partie. 

Par  ordonnance  du  vendredi  après  SS"  Philippe  et  Jacques 
(i  mai)  de  J'an  1363,  il  fut  ordonné  par  le  conseil  qu'aucun 
de  ses  membres  ne  pourrait  être  pris  comme  avocat  ou  cau- 
tion ii  moins  qu'il  n'y  ait  pas  de  Stailknecht  ou  sergent 
de  ville  (i). 

L'inventaii'e  des  litres  du  bailliage  de  Soultz  enregistre 
ditTérents  réquisitoires  du  procureur  fiscal  de  l'évéché,  des 
années  1669, 1700  et  1707,  tendant  k  faire  réformer  certains 
membres  du  magistrat  de  SouUz  lesquels  étaient  parents  ou 
alliés  entre  eux  au  degré  prohibé,  diiférenles  requêtes  des 
dits  membres  du  magistrat  qui  cherchaient  à  se  perpétuer 
dans  leurs  charges  et  dilférenls  décrets  de  la  Régence  qui 
ordonnaient  leur  réforme,  laquelle  a  été  chaque  fois  exécutée 
{Inv.  p.  34). 


(1)  Livre  des  serments. 


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RBVUB  D  ALSACE 


En  i  743,  h  la  suite  d'un  lung  différend  avec  le  magistrat  et 
la  bourgeoisie,  une  tiansaclion  fut  conclue  suivant  laquelle 
le  nombre  des  conseillers  de  la  ville  fut  réduit  de  douze  k  six 
et  leurs  émoluments  fixés  ù  50  livres  par  an.  Cet  article  fut 
approuvé  par  le  délégué  gi'néral  de  l'intetidance  d'Alsace 
sous  la  réserve  que  les  parties  se  retireraient  par  devant  qui 
et  ainsi  qu'elles  aviseraient  bon  être. 

La  transaction  portait  en  outre  que  les  magistrats  expédie- 
raient les  alTaires  avec  diligence  et  que  s'ils  ne  pouvaient  les 
terminer  en  un  jour,  ils  en  emploieraient  deux,  trois  pour  ne 
pas  faire  languir  laJuEtice;  qu'on  n'admettrait  aucun  conseil- 
ler qui  n'ait  le  titre  de  bourgeois  au  moins  depuis  dix  ans 
ou,  ctaifl  fils  de  bourgeois,  n'ait  supporté  les  charges  pendant 
cet  espace  de  temps  ;  on  n'admettrait  aucun  conseiller  qui  ne 
sache  lire  ni  écrire,  et  la  préférence  serait  donnée  k  celui  qui 
serait  versé  dans  la  langue  française  ;  un  des  trois  plus 
anciensserait  choisi  annuellement  pour  faire  les  fonctions 
de  bourgmestre  et  en  cette  qualité  avoir  l'inspection  des  bftli- 
ments,  droits  et  revenus  de  la  ville,  recevoir  les  plaintes  qui 
lui  seraient  faites  des  désordres  qui  se  commettraient  dans 
l'étendue  du  ban,  sur  les  communaux,  les  rapporter  au 
magistrat,  être  présent  aux  baux,  marchés  et  contrats  qui  se 
passeraient  au  nom  de  la  ville,  examiner  les  ouvrages  qn'on 
aurait  fait  et  en  faire  son  rapport  au  magistrat  avant  de 
solder  les  ouvriers.  Les  magistrats  ne  nommeraient  aux 
emplois  de  la  ville  que  des  sujets  capables  et  ne  recevraient 
directement  ni  indirectement  aucun  argent  ni  cadeau  pour 
leur  suffrage.  Ceux  d'entre  les  magistrats  qui  seraient  choisis 
comme  inspecteurs  des  forêts  feraient  leur  tournée  tous  les 
trois  mois  et  rédigeraient  un  rapport  au  magistrat  des  abus 
qu'ils  auraient  constatés.  Ils  marqueraient  gratis  aux  bour- 
geois les  bois  de  b&liments  qui  leur  auraient  été  accordés  et 
ne  pourraient  toucher  d'autres  droits  que  ceux  fixés  par 
l'ordonnance  de  1733. 


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LA   VILLE   ET  LE   BAILLIAGL  D8  MCLTZ  71 


Les  iiiagistrals  ne  pourraient  exercer  l'emploi  de  receveur 
qui  serait  confié  ù  un  bourgeois  (1). 

En  1760  le  conseil  d'Etal  du  roi  rendit  un  arrêt  qui  ordonna 
que  dans  toutes  les  villes  d<^pendantes  de  l'i^vûché  de  Stras- 
bourg, oulre  le  prévôt,  le  procureur  fiscal  et  le  grelTier,   le 

nombre  des  ofUciers  serait  et  demeurerait  réduit pour 

Souitz,  h  un  boui^mestre  et  cinq  conseillei-s  de  ville. 

Deux  autres  arrêts  rendus  en  1761  et  1763  réglèrent  le 
mode  de  suppression  du  surplus  des  officiers  et  le  remplace- 
ment des  autres  (i). 

Le  6  juillet  1765,  le  conseil  souverain  d'Alsace  rendit  un 
arrêt  qui  maintenait  les  sergents  de  ville  de  Souitz,  dans  le 
droit  de  faire  exploits  et  significations  dans  les  causes  qui  se 
traitaient  devant  le  magistrat  de  celte  ville.  Mais  le  cardinal 
évèque  de  Strasbourg  qui,  par  u»  n'glement  du  27  novembre 
17Û9  avait  créé  des  offices  d'huissiers  k  Soullz  et  à 
RoufTach,  protesta  contre  l'arrêL  du  conseil  souverain.  Il  pro- 
duisit difTérentes  pièces;  les  habitants  de  Souitz  et  de  Rouf- 
fach  en  produisirent  d'autres  en  réponse  ;  d'oïl  le  Conseil 
d'État,  faisant  droit  sur  l'instance,  déboula  l'évêque  de  sa 
demande  en  cassation  de  l'arrêt  de  176ij  et  le  condamna  aux 
dépens  par  arrêt  du  18  octobre  I77t  (3). 

En  1777,  le  conseil  souverain  sur  instances  entre  la  ville 
de  Souitz  et  l'êvéché,  annula  un  règlement  de  la  Régence  de 
Saverne  de  1718  où  il  était  dit  qu'en  l'absence  du  prévôt, 
celui  des  membres  du  magistrat  qui  le  suit  immédiatement 
présiderait  et  prononcerait  les  sentences.  Le  même  arrêt 
refusa  aux  habitants  de  Souitz  toute  justice  propre  et  palri- 
'  moniale  et  fit  défense  au  magistrat  de  tenir  audience  sans 
être  présidé  par  le  bailli  ou  le  prévôt  et  sans  se  sei-vir  du  pro- 
cureur fiscal  et  du  greffier.  Cet  arrêt  fut  encore  confirmé 
en  1784  (4). 


(1)  Archives  de  Soullz. 
(i)  laï.  cil.  p.  33-31». 
(3)  Archives  de  Souitz. 
(i)  luv.  cit.  p.  3S. 


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72  HBVUB  d'alsacb 

Loi'squ'en  juin  1787  le  roi  Louis  XVJ,  ù  la  suite  de  la  convo- 
cation des  notables,  rendit  ses  ordonnances  sur  la  constitu- 
tion des  assemblées  provinciales  et  des  municipalités,  il  y  eut 
conjointement  à  l'ancien  magistral  une  assemblée  municipale 
composée  du  curé,  du  bailli  représentant  le  seigneur,  de  dix 
membres  élus  à  Soultz  le  20  avril  178tt,  par  la  communauté,  et 
dont  l'un  reçut  le  lilre  do  syndic-agent,  tous  notables  bour- 
geois, enfin  d'im  grelTier  chargé  de  tenir  le  plumitif  pendant 
les  séances. 

Dès  ta  première  réunion,  le  bailli  ne  se  présenta  point  et 
une  rivalité  s'éleva  entre  les  deux  assemblées.  L'ancienne 
magistrature  suscita  toutes  les  diflicultés  à  la  nouvelle  muni- 
patilé.  Celle-ci  décida  entin  et  lit  signiller  au  magistrat  le  21 
décembre  1788  qu'elle  prendrait  en  mains  toute  l'administra- 
tion communale  et  que  le  conseil  de  ville  n'aurait  plus  h 
s'occuper  que  des  alTaires  de  police  et  de  justice.  Malgré  celk 
le  désordre  le  plus  grand  ne  cessa  de  régner  dans 
les  attributions  des  deux  corps  jusqu'à  ce  que  l'Assemblée 
nationale  ait  complètement  modifié  le  régime  administralifet 
judiciaire  des  communes. 

L'administration  de  la  ville  fui  alors,  dès  le  31  janvier 
1790,  confiée  h.  un  conseil  municipal  élu  par  la  communauté 
et  composé  de  huit  mimbres,  plus  un  maire  et  un  procu- 
reur de  la  commune  remplaçant  le  procureur  fiscal  mais 
agissant  désormais  pour  la  commune  et  non  pour  le  sei- 
gneur. La  municipalité  était  encore  complétée  pour  les 
grandes  décisions  par  dix-huit  notables  l'galenient  élus  par 
la  communauté  et  formant  avec  la  première  assemblée  le 
conseil  général  de  la  commune.  Cette  municipalité  était 
assistée  d'un  greHïer-secrétairc  cl  le  maire  constitua  avec 
deux  autres  membres  le  bureau  exécutif  de  la  commune. 

IlientAt  l'exercice  de  la  justice  fut  enlevé  aux  bailli,  prévôt 
et  conseil  et  la  basse  justice  confiée  'a  un  juge  de  paix  nommé 
h  l'élection  dans  la  commune  et  auquel  fut  adjotnt  dans  la 
suite  un  commissaire  de  police. 

La  rédaction  et  l'exécution  des  actes  et  contrats  civils 
furent  désormais  attribuas  k  un-  notaire  qui  succéda  k 
l'ancien  greffier  tabellion  et  rei^ut  en  dépdt  les  minutes  de 
son  grefre. 


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LA   VILIB  BT  1.8  BAILUAAR   DB  SOt'LTZ  73 

Cet  état  de  choses  dura  jusqu'au  Premier  Empire  où  le 
juge  de  paix  tut  nommé  par  le  gouvernement,  le  notaire  par 
le  tribunal  de  1"  instance  et  l'administration  municipale 
attribuée  !i  un  maire  assisté  de  deux  adjoints  et  d'un  conseil 
composé  d'un  nombre  de  membres  proportionnel  h  celui  des 
habitants  de  la  commune. 


Vonctionnaires  &  employés  sabalternes 


Los  autres  fonctionnaires  de  la  ville  étaient  les  suivants  : 
Deux  sergents  de  ville,  Weibell,  qui  devaient  prêter  foi  et 
hommage  au  seigneur  évéque,  obéir  h  ses  représentants  les 
bailli  et  prévôt,  ainsi  qu'au  conseil  de  ville  ;  dans  l'origine  ils 
avaient  voix  aux  audiences  de  Justice  et  alors  ils  devaient  se 
prononcer  impartialement  ;  ils  devaient  aussi  recueillir  les 
témoignages  pour  les  affaires  civiles  et  criminelles  et  le  faire 
en  loule  conscience,  ils  ne  devaient  accepter  aucun  pour- 
boire, mais  partager  équilablcment  les  salaires  et  dénon- 
cer aux  autorités  tout  délit,  crime  ctc,  et  veiller  h  ce  que  In 
garde  de  la  ville  et  des  portes  se  fasse  en  temps  prescrit.  Le 
sergent  exécutait  tous  les  ordres  et  sentences  de  la  justice  ; 
comme  l'huissier  actuel  il  faisait  les  exploits  et  saisies,  en 
outre  il  avait  en  mains  les  clefs  des  prisons  (1).  Après  la  con- 
quête française  i)  y  eut  à  Soultz  un  huissier  royal.  Nous 
iivonij  vu  qne  le  cardinal  de  Itohan  prétendit  vers  1760 
nommer  un  sergent  seigneurial  mais  cette  prétention  fut 
rondamnée. 

En  1665  la  Régence  rendit  un  décret  par  lequel  elle 
consentait  à  la  requête  des  magistrats  de  Soultz  tendant 
k  ce  que  les  sergents  de  ville  portassent  pour  livrée  un 
habit  moitié  blanc  et  moitié  rouge  comme  les  sergents  des 
autres  villes  de  l'évêché  au  lieu  de  noir  et  blanc  qu'ils  por> 
talent  ci-devant  (2). 


(1)  Livre  des  scnnents. 
(S)  Inr.  cit.  p.  34. 


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74  BBVUB  d'als&cb 

En  1700  les  gages  des  deux  sergents  étaient  de  soîxanle- 
onze  livres  que  leur  payait  la  ville  ;  en  1725,  quarante  livres. 
Ils  avaient  en  outre  des  taxes  à  percevoir  sur  les  parties  pour 
lesquelles  ils  iast  rumen  taie  nt. 

(tardes  des  portes  &  porte-clefs, 
Tborwacbter,  Tborschliessler 

A  chaque  porte  de  la  ville  il  y  avait  un  portier  qui  logeait 
dans  la  tour  qui  la  surmontait.  II  devait  ohéissancc  nu  bailli 
et  au  prévôt,  rester  constanimeut  b  la  porte,  l'ouvrir  et  la 
fermer  en  temps  prescrit,  percevoir  l'octroi  selon  les  règle- 
ments, et  en  présence  de  la  garde  le  porter  au  lieu  prescrit. 
Ne  pas  quitter  la  porte  sans  la  permission  du  prévôt  ou  du 
bourgmestre  et  dénoncer  tout  ce  qui  pourrait  porter  préjudice 
au  seigneur  ou  à  la  viile.  Nuit  et  jour  il  devait  veiller.  Si  un 
courrier  apportait  un  message  pour  le  seigneur  ou  la  ville, 
le  laisser  entrer  et  en  avertir  la  première  patrouille  qui  pas- 
serait. Il  ne  devait  pas  ouvrir  la  porte  le  malin  sans  avoir 
regardé  par  dessus  le  mur,  s'il  y  avait  du  danger.  Il  ne 
devait  pas  fermer  sans  avoir  appelé  auparavant,  et  s'il  enten- 
dait le  tocsin  il  devait  fermer  le  verrou  et  rester  fidèlement  ti 
son  poste.  S'il  s'apercevait  que  quelqu'un  mangeait  pn'-s  de 
la  porte  et  buvait  du  vin  qu'il  n'avait  pas  cherché  chez  l'au- 
bergiste il  devait  le  dénoncer. 

II  y  avait  aussi  un  porte-clefs  qui  devait  ouvrir  la  porte 
intérieure  le  matin,  au  temps  prescrit,  mais  pas  avant  que  la 
porte  extérieure  n'ait  été  ouverte  par  te  portier  el  rester  à 
la  porte  jusqu'à  ce  que  la  garde  soit  venue  à  moins  d'un 
ordre  du  prévôt.  Le  soir  il  devait  également  la  fermer  Ji 
temps  et  ne  l'ouvrir  sous  aucun  prétexte  pendant  la  nuit 
s^ns  être  accompagné  du  prévôt  ou  de  son  envoyé  (1). 

A  t'époque  française  les  deux  charges  furent  confondues 
et  il  n'y  eut  plus  qu'un  portier  à  chaque  porte.  —  Bien  que 


(1)  Livre  des  Mrmenla.  — Celuie  de  précaution  marque  bien 
t'insécurité  de  ces  lempB-là. 


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U  VILLB  R   LK 


la  ville  n'eût  rien  à  ordonner  relativement  k  l'ouverture  des 
portes,  le  salaire  des  portiers  était  à  sa  charge. 


Forestiers  —  Bugards 


It  y  avait  deux  gardes-forestiers  (Fœrster)  avant  la  Saint- 
Jean  et  deux  autres  après,  plus  un  garde  k  Wuenbsim.  Us 
devaient  veiller  à  ce  qu'il  ne  se  Tit  pas  de  dommage  dans  les 
forêts,  désigner  aux  ayants  droit  le  bois  de  marnsge  et 
d'afTouage,  être  présent  lorsqu'on  cherchait  du  bois  de 
corvée,  etc  (1). 

En  1725,  il  n'y  avait  qu'un  forestier  k  trente  livres  de 
gages. 

II  y  avait  deux  bangards  (Banwart)  et  quatte  gardes-ven- 
danges (Wintzer).  Ils  devaient  prêter  serment  k  St  Jacques 
ou  à  St  Georges.  Us  devaient  scrupuleusement  faire  la  garde 
de  tout  le  ban  et  ne  pss  employer  leur  temps  k  une  autre 
occupation,  ne  pas  s'arrêter  avec  les  étrangers  qui  ne  font 
pas  de  tort.  Arrêter  quiconque  en  fera,  le  mener  où  U  y  aura 
lieu  et  estimer  consciencieusement  le  dommage.  Us  avaient 
droit  k  un  setier  de  sel  par  voiture  de  cette  denrée  vendue  k 
Souitz  et  un  schilling  pour  chaque  appel.  Us  ne  devaient 
percevoir  aucune  amende,  mais  l'inscrire  et  l'autorité  leur 
donnerait  la  part  qui  leur  revenait.  Les  bangards  avaient 
aussi  droit  à  une  gerbe  de  blé  que  chaque  propriétaire 
leur  donnait  (2). 

Eu  1700  leurs  gages  étaient  de  cinquante-neuf  Uvres 
six  BOUS  huit  deniers  et  en  1725  de  trente  livres. 

En  1751  et  1773  on  modifia  encore  par  des  règlements 
l'orgaaisation  des  bangards  (3). 


(t)  Livre  des  lermenla. 

(2)  Ibidem. 

(3)  Cfr.  ArchÎTes  de  Soulli. 


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HBVUB  D  ALSACE 


Veilleurs  de  nuit 


Quatre  crieurs  de  nuit,  Nachtwechter  ou  Rueffender- 
wechler,  devaient  veiller,  deux  avant  minuit  et  deux  après, 
et  alterner  de  fa^on  que  la  première  veille  ne  soit  pas  faite 
deux  fois  de  suite  par  les  mêmes. 

Au  coup  de  minuit,  ils  devaient  aller  ri'veiller  les  deux 
autres  et  ne  pas  quitter  leur  maison  avant  qu'ils  ne  soient 
descendus  sur  la  rue  pour  appeler  :  une  heure!  L'un  d'eux 
seulement  appelait  l'heure,  lU  ne  devaient  pas  quitter  leur 
garde  avant  que  la  cloche  n'ait  sonné.  Dans  la  formule  du 
serment  qui  les  concerne,  il  est  exactement  indiqué  h  quelles 
places  ils  devaient  crier  l'heure  en  porcourant  les  rues  et  en 
passant  devant  les  portes  de  la  ville  ils  devaient  essayer  si 
elles  étaient  bien  fernu^es.  Ils  devaient  alterner  entre  eux 
deux  le  cri  des  heures,  et  aller  l'un  au  devant  'le  l'autre  de 
façon  h.  passer  par  toutes  les  rues  chacun  en  une  heure.  H 
leur  était  interdit  d'entrer  dans  aucune  maison,  auberge,  etc. 
avant  d'avoir  achevé  leur  ft^rde.  Ils  ne  devaient  craindre 
aucunes  intempéries  et  achever  leur  année  de  ga^de  n  moins 
qu'ils  ne  tombassent  malades.  Ils  devaient  fidèlement  garder 
le  château  et  la  ville  ainsi  que  les  bourgeois  et  si  l'un  était  en 
guerre,  veiller  entre  les  remparts  sans  réclamations.  Ils 
devaient  averlir  le  bailli,  le  prévôt  oii  l'un  des  conseillers 
s'ils  voyaient  éclater  une  dispute,  une  émeute  ou  s'ils  enten- 
daient des  cris,  soit  dans  les  rues  soit  dans  les  auberges,  et 
surtout  vçillerau  feu  (1). 

La  ville. leur  payait  pour  snlaire  en  iTOO,  trente-deux 
livres  pour  deux  gardes,  et  en  1723,  vingt-huîl  livres  à 
chacun . 

Un  garde  (Thurnwec/iterj  devait  monter  u  la  tour  de  l'église 
aux  heures  prescrites  ;  il  devait  monter  seul  et  ne  pas  se 
faire  accompagner  pour  porter  une  lumière.  H  devait  sonner 
et  appeler  chaque  soir  à  neuf  heures  et  chaque  matin  à 
quatre  heures,  el  à  toutes  les  heures  de  la  nuit  voir  s'il  n'en- 
tendait rien.  Et  s'il  entendait  crier  au  meurtre  ou  h  l'ennemi, 

(1)  Livre  des  serments. 


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LA  VtLLK  ET   LB  B.\ILI.1A<IB   DB  SOULTZ  77 

il  devait  d'aboni  tinter  la  grosse  cloche.  S'il  entendait  crier 
au  feu  il  devait  voir  oil  celîi  était  et  dès  qu'il  apercevait  le 
feu  sortir  du  toit,  tinter  d'abord  la  petite  cloche. 

Il  y  a  encore  des  détails  sur  ses  obligations  dans  le  cas  oA 
il  aurait  (^lé  en  même  temps  crieur  de  vin  <1). 


Le  service  de  la  poste  publique  et  privée  était  fait  en  ville 
par  un  facteur  (Staâlbol)  et  ii  l'exli^rieur  par  un  courrier 
(Leufferbot).  Ils  devaient  s'acquitter  fldëlement  et  avec 
promptitude  des  commissions  dont  on  les  chargeait,  soit 
oraieB.  soit  «écrites,  de  la  part  des  autorités  comme  des  parti- 
culiers. Ils  en  percevaient  le  salaire  selon  la  coutume,  soit  2 
schillings  des  autorités  et  des  bourgeois  et  six  kreulzer  des 
étrangers  par  mille  de  distance.  Ils  avaient  la  franchise  de 
taille  pendant  le  temps  qu'ils  étaient  au  service.  En  1687  ils 
avaient  cinq  kreulzer  pour  service  public,  et  pour  les  parii- 
culicrs  le  prix  était  h  débattre  ii). 

La  ville  chargeait  un  charpentier  de  l'entretien  des  bAti- 
ments  et  constructions  communales  (Werckmeisler).  It 
devait  (Idèiemeot  prendre  soin  des  portes,  ponts,  tourelles, 
tant  en  dehors  qu'en  dedans  de  la  ville  et  avertir  le  boui^- 
Riestre  de  toutes  les  réparations  nécessaires.  La  ville  lui 
payait  en  hiver  4  schillings,  en  été  ô,  de  la  St  Georges  It 
la  Si  Gall. 

Il  ne  devait  pas  quitter  la  ville  un  seul  jour  sans  permis- 
sion du  Itourgmnslre.  11  n'avait  droit  a  aucun  déchet  de  bois 
de  chêne,  mais  il  pouvait  prendre  du  bois  de  sapin  tout  ce 
qui  avait  au-dessous  de  3  pieds.  S'il  devait  percer  des 
tuyaux  de  conduite,  un  lui  donnait  7  rappen  par  pièc^  (3). 


(1)  Livre  des  xennenls. 
ii)  Ibidem. 
13)  tbidcm. 


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Il  y  avait  une  sage-femme  assermentée  (Hebamen)  <|ui  ne 
devait  jamais  quitter  la  ville,  porter  son  assistance  partout 
01^  l'on  en  aurait  besoin,  que  ce  soit  chez  un  riche  ou  chez 
un  pauvre,  accomplir  fidèlement  et  consciencieusement  son 
office  et  en  accepter  le  salaire  selon  l'usage. 

Si  l'on  appelait  la  sage-femme  en  deux  endroits  en  même 
temps,  elle  devait  aller  au  plus  urgent  et  ne  pas  quitter  ïi 
moins  qu'il  y  eût  une  femme  de  confiance  pour  la  suppléer. 
Si  quelqu'un  appelait  une  autre  sage-femme,  il  n'en  ^tait 
pas  moins  tenu  h  payer  son  salaire  à  la  sage-femme  asser- 
mentée (1). 

Appariteur 


Il  y  avait  à  l'hôtel-ile-ville  un  appariteur  ou  valet  de  ville 
(Slubenknecht)  qui  devait  obéissance  nu  seigneur  évèque  et 
aux  autorités;  il  devait  exécuter  les  ordres  du  bailli,  du  pré- 
vôt, bourgmestre,  greffier  et  conseillers,  il  devait  entretenir 
la  propreté  dans  tous  les  apparttments  de  l'hùtel-de-ville,  lui 
et  sa  femme  devaient  remplir  fidèlement  les  fonctions  qui 
leur  étaient  confiées  quant  au  débit  de  sel  et  h  la  percep- 
tion de  l'octroi  ;  ils  devaient  tenir  un  compte  exact  dti 
sel  vendu. 

Si  l'on  tenait  un  repas  ii  l'hâtel-de-ville,  il  devait  présenter 
le  pain  au  comptable  et  en  tenir  compte.  Il  ne  devait  pas 
servir  plus  de  trois  livres  de  viande  bouillie  sur  un  plat.  11 
ne  devait  pas  non  plus  présenter  plus  de  rôti  que  nécessaire. 
Il  ne  devait  pas  servir  de  grandes  bouteilles  de  vin  sans 
ordre  particulier,  et  présenter  au  bourgmestre  un  double  du 
compte  qu'il  avait  avec  l'aubergiste.  Il  ne  devail  permettre 
à  personne  de  danser,  célébrer  les  noces,  banqueter,  etc. 
b  rhûtel-de-ville  &  moins  que  ce  ne  soit  un  membre  du 
conseil. 

II  devait  également  veiller  k  ce  qu'il  n'arrive  aucun  dom- 


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LA    VILLB   BT  LB  BAILLIAGB  DB   SODLTt  7!( 

mage  au  bâtiment  ou  ù  l'ameublement  et  avertir  les  autorité!^ 
de  ce  qui  pourrait  arriver.  Aux  jours  dits  Hellstagen  (carna- 
va))  et  le  mercredi, des  cendres,  quand  les  habitants  man- 
geaient à  J'hAtel-de-ville  selon  là  coutume,  deux  députés  du 
conseil  étaient  commis  k  i'effet  d'acheter  des  victuailles  qui 
devaient  (5tre  apprèti^es  par  la  femme  de  i'sppariteur.  On  lui 
donnait  un  pourboire.  Il  y  a  encore  des  règlements  sur  la 
manière  de  percevoir  les  droits  au  marché  et  sur  les  pesée» 
qui  étaient  faites  îi  la  balance  communale  à  l'hûtel-de- 
vilie  fl). 


In  bedeau  (Kilchwart)  devait  ubéisscnce  à  l'évèque  de 
Strasbourg  et  aux  autorités  de  la  ville,  tenir  équitablement 
te  compte  des  dépenses  aver  le  marguillier,  veiller  n  la  con- 
ser\'alion  de  tous  les  ornements  d'église  qui  lui  étaient 
i-emis  selon  inventaire.  Il  devait  prendre  soin  de  l'église,  la 
fermer  selon  l'ordre,  et  avant  de  la  quitter  visiter  tous  les 
recoins  avec  une  lumière  pour  voir  si  personne  n'y  était 
caché,  car  il  était  responsable  de  tout  ce  qui  lui  était  confié 
pendant  l'exercice  de  ses  fonctions.  Il  devait  se  conduire 
convenablement  tant  avec  le  clergé  qu"avec  les  fidèles.  Il 
ilpvail  entretenir  et  régler  les  deux  horloges  de  l'église  et  de 
rbùlel-de-ville  moyennant  un  salaire  de  deux  livres  par  an.  Il 
devait  également  dénoncer  aux  autorités  de  la  ville  tout 
dommage  qui  pourrait  être  fait  à  l'égliee  soit  du  fait  d'un  pi-é- 
tre  ou  de  toule  autre  personne  (2). 

Mesureur  —  Balance  publique 

LU  mesureur  de  grains  (Kornmexxer)  devait  tous  les  mer- 
credis cl  jours  <le  marché  ouvrir  et  fermer  les  halles  au 
temps   prescrit,   pei-cevoir  régulièrement  son   salaire   pour 

(1)  Livre  des  sermcnlB. 
{i)  Mvre  de«  sermcnli. 


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80  RBVni  D  ALSACB 

mesurer  et  le  droit  sur  le  grain  qu'il  devait  Tidèlement  appor- 
ter dans  les  troncs  sans  faire  d'avantage  ii  personne.  Il 
devait  également  arborer  et  enlever  le  pavillon  de  franchise 
du  marché  aux  heures  prescrites  et  assister  à  la  collecte  de 
l'umgelt.  Le  mesureur  percevait  un  rappen  du  rézeau  de 
grain,  ceux  d'isf^nheim  et  de  Ili^isheim  en  étaient  affran- 
chis. Il  avait  un  heller  des  habitants  et  un  rappen  des  étran- 
gers pour  miVf^r/oAn,  droit  de  courtage.  Les  conseillers  en 
étaient  affranchis.  Il  devait  nettoyer  les  fontaines  publiques 
tous  les  quinze  jours  (1). 

En  15(»5  une  balance  publique  fut  installée  à  Souitz  et  cun- 
née  U  un  garde  assermenté  (Wagmeimer)  chargé  de  faire 
équitablement  les  pesées  de  grains  et  de  farines.  Il  devait 
tenir  registre  de  la  qualité,  du  poids  des  marchandises  et  du 
nom  du  propriétaire  pour  chaque  pesée.  Et  lorsque  le  meunier 
rapportait  la  farine,  veiller  k  ce  qu'il  ne  retienne  que  la  qua- 
lité qui  lui  était  assignée  par  la  coutume  et  les  règlements.  Il 
devait  également  veiller  ù  ce  que  les  sacs  ne  soient  pas  frau- 
dés en  poids  et  dénoncer  toute  fraude  aux  autorités.  Il  perce- 
vait également  le  droit  de  pesage  qu'il  devait  consciencieuse- 
ment remettre  au  tronc  (i). 

Ces  fonctions  étaient  souvent  cumulées  avec  celles  du 
collecteur  de  l'octroi,  et  du  valet  de  ville  ou  du  mesureur 
de  graine. 


Hendicité  —  Assistance 


Un  surveillant  de  la  mendicité  (Bellelvogt)  ne  devait  pas 
garder  les  mendiants  plus  d'une  nuit.  (Les  bourgeois  ne 
pouvaient  également  garder  les  étrangers  plus  d'une  nuit 
sans  permission  des  autorités).  Il  devait  fermer  l'hàpilal  û 
l'heure  prescrite  afin  d'empêcher  les  mendiants  d'errer  dans 


(1)  Ibidem. 
ii)  Ibidem. 


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LA    VILr.K   BT   1.B   BAfLLUGE   ns   SOULTZ  81 

les  rues,  tl  devait  maintenir  l'ordre  dans  ledit  hôpital, 
dénoncer  tout  désordre  aux  aiitorili'»:  et  veiller  ji  ce  f|ue  tout 
feu  soit  éteint  pendant  la  nuit  (1). 

Il  y  avait  encore  un  fermier  de  l'tiApital  (Spitalbaùr) 
assermenté  qui  devait  entretenir  et  fnire  fnictifipr  équitablc- 
ment  les  biens  de  t'hosptcr. 


Inspecteurs  du  paie  &  de  la  viande 


Outre  ces  fonctionnaires,  il  y  avait  deux  inspecteurs  du 
pain  et  du  sel  et  de  la  viande  ;  Brotsrhàuer,  Sais  und 
Yrtetimeùler,  Salzantehneider,  Weinantchneider, 
Fleitchêchttuer  ;  un  receveur  de  la  maladrerie,  Gutleut- 
pfteger.  un  receveur  de  l'hôpital  Spitalpfleger,  un  receveur 
de  St  Georges,  Georgenpfleger,  trois  avocats  ou  défenseurs, 
Fûnprerher,  un  collecteur  des  impôts,  Schattiinguffheber, 
un  commissaire-priseur,  Slaltkhetïf/Ier.  des  employés  asser- 
mentés pour  le  commerce  du  vin,  W'einlrager,  WeinUeder, 
Ablœter,  Schwenckhfr,  Spanner,  un  porcher,  Schwein/tirt 
qui  avait  la  jouissance  d'une  petite  mai!>on  communale  dans 
Ifi  taubour^;,  un  vacher,  Kflehirt  (2). 

Le  vacher  qui  gardait  les  taureaux  était  exempt  de  taille 
sur  5  journaux  2/3  de  pré  et  sur  2  pièces  de  terre.  L'autre 
vacher  de  même. 

Les  sergents,  bangards,  foresliers,  gardes  de  nuit  et 
sage-femme  jouissaient  pour  leur  service  de  5  schatz  de 
terres  et  \'i  journal  de  pré?!  francs  de  taille.  (Le  foss"^ 
pr^s  In  Langbn'iclcl. 


(t)  Livre  JeBsermenls. 
(2)  Ibidem. 


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S2  HBVUE   D'ALSACB 

Les  trois  gardes  des  portos  jouissaient  outre  leur  logenient 
de  2  schalz  1/2  de  terre  et  1  manwerclc  1/2  dv  lusses  de  la 
ville,  le  tout  Tranc  de  tnille. 

Les  pitres  jouissaient  pour  leur  service  de  3  schatz  ii  de 
terre  et  de  3/4  de  schatz  de  vigne  (1). 

Cl  suivre)  Aug  Gassmi, 


(3)  Arcliivci  de  Suullz. 


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A  TRAVERS  LE  PASSÉ 


SOUVENIRS  D'ALSACE 


PORTRAITS.    l'AYSAGES 


XI.V 

Dans  l'axar.—  Un  intrépido  voyageur.— kxa.  sommets  de 
l'idéal.  —  Le  Cap  Mord  et  le  soleil  de  minuit.  —  An  mont 
Sinaî.  —  L'isthme  de  Snez.  —  Carrière  polititpie  de  Orad. 
—  Aa  Reicbstag.  —  Pèlerinage  à  Lourdes. 

Voici  In  proFession  de  foi  qui  peint  l'homme  toul  entier  : 

«  Tous  ceux  qui  ont  aim^,  qui  ont  désiré  la  vérité,  qui  ont 

rêvé  une  félicité  suprême,  qui  ont  brfilé  <lu  désir  de  pénétrer 

dans  les  mystères  de  ce  monde,  qui  se  sont  laissé  ravir  aux 

(1)  Vov.  pp.  331-3ffit  du  lrimi>8lre  Juillel-Aortt-Scplembre,  pp. 
43tM69dalnmesteOclobre-Novembre-D«ccmbrel8!tS;  pp.  34-SO 
du  trimestre  Janvier-t'évrier-Hars,  pp.  456-397  du  ir.imislrG 
.Arril-Mai-JuiD,  pp.  340-377  «lu  Irimcslre  Juillel-.Xoùt-Sepleinbre, 

f p.  529-559  du  inmestrc  Oe I oh re -.Novembre- Décembre  189 j  ;  p|i. 
lU-lâSdutrimesIrc  Janvier-PéTrier-Mars,  pp.  145-184  du  Irimcsln' 
ÀTril-Mai-Juin,  pp.  SlfKm  du  Irimestre  Juillet-AoùlSeploinhro. 
pp.  469-489  du  Inuieslre  Octobre- Novembre-Décembre  1>*!>7. 


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84  nSVUE  D  ALSACE 

étincelles  de  beauté  qu'ils  trouvaient  dans  les  ombres  d'ici- 
bas,  tous  ceux-lk  ont-ils  songé  sérifiusement  à  ce  que  c'est 
que  d'âtre  admis  h  possf^der  réellement,  siins  partage,  la 
vérité  et  le  beau  ?  S'ils  se  sont  ntlnch(''s  avec  une  foi  sincère, 
vivante,  h  la  certitude  de  l'avenir  qui  nous  est  promis  et  nous 
attend,  ilsontvu  cet  avenir  comme  une  rénlit'  toute  proche  de 
nous.  IIr  savent  ce  que  peut  être  t'éclaircissement  de  toutes 
tes  ignorances,  la  perception  claire  de  tant  de  choses  qu'ils 
avaient  soif  de  comprendre,  la  possession  d'une  beauté  inli- 
niment  au-dessus  des  images  qui  les  fnisni Mt  languir  de 
désir,  la  pleine  jouissance  d'un  amour  aupiés  duquel  les 
rêves  les  plus  doux  sont  seulement  de  piUes  et  froides 
impressions. 

Une  pareille  certitude  doit  nous  détacher  de  la  vie  qui 

nous  en  sépare,  et  doit  nous  donner  aussi,  par  la  solidité 
d'une  telle  espérance,  le  courage  de  tout  supporter. 

«  A  ceux  qui  nous  demandent  des  preuves  et  la  raison  de 
notre  confiance  en  l'immortalité,  nous  répondrons  qu'il  ne 
s'agit  pas  ici  de  démonstration  mathématique  et  que  les  sen- 
timents de  notre  cœur  sont  des  arguments  aussi  légitimes, 
tout  aussi  solides  que  les  raisonnements  de  notre 
intelligence  >. 

On  voit  que  Grad.ce  possédé  d'amour  infini  et  d'idéal, 
savait  draper  sa  pensée  sous  le  charme  d'une  phraséologie 
brillante  et  que  ses  envolées  dans  un  au-delÀ  que  personne 
ne  connaît,  dont  personne  n'est  revenu,  témoignent  au 
moins  de  sa  soif  sérieuse  de  connaître.  On  [lirait  que  dans 
ses  rêves  de  jeune  homme  flottait,  comme  une  apparition 
mystérieuse,  la  rayonnante  image  d'une  Bénlrix  terr<:strc  à 
laquelle  son  cœur  captivé  rendait  un  culte  idéal.  Elle  planait 
au-dessus  de  lui  dans  des  régions  inacessibles  et  ignorait, 
parait-il,  le  culte  intérieur  dont  elle  était  l'objet,  (ïr.id, 
mort  jeune,  a  emporté  wn  secret  :  il  s'était  condamné  à 
embaumer  sa  passion  an  lin  fond  de  son  être  ;  mais  il  est 
permis  de  le  croire,  cette  passion  idéalisée  devint  le  levier 
qui  lui  fraya  le  chemin  de  la  célébrité.  Rien,  dés  lors,  ne  l'ar- 
rêta dans  celte  course  au  clocher  vers  tous  les  points  culmi- 
nants od  allait  se  poser  l'oiseau  bleu,  fuyant  sans  cesse  vei-s 
d'autres  régions  inexploii'es.  inacessibles  de  son  rêve.  Il  me 


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A   TBAVKBS   LR  PASSÉ  83 

rappelle  a:  chiiiiseur  légendaire  de  Marseille  qui,  s'dtant  mis 
h  la  poursuite  d'un  chantre,  oiseau  légendaire  comme  lui, 
arriva  d'étapes  en  étapes  jusqu'à  Rome  et  brAla  sa  poudre 
sans  parvenir  à  lui  mettre  un  grain  de  plomb  dans  l'aile. 
C'est,  hélas  t  le  sort  de  tous  les  idéalistes  emportés  par  l'hip- 
pogriphc  de  leurs  rêves  passionnés,  passant  à  côté  de  l'hu- 
manité vivante  ol  prosaïque. 

Sans  doute  l'idéal,  cette  émanation  divine,  ce  consolateur 
des  iWnes  m<>urti'ies,  a  sa  raison  d'être  et  doit  occuper  une 
large  place  chez  le  penseur  dont  l'existence  est  assurée  et  qui 
trouve  en  lui  l'oubli  de  ses  petites  misùres  et  un  encourage- 
ment ii  élever  son  Ame;  mais  au  banquet  de  la  vie  de  tout 
le  monde,  de  l'humble  travailleur  et  du  déshérité,  il  n'est 
qu'un  rare  et  délicat  hors-d'œuvre. 


R  II  me  faut  partir  pour  les  hauteurs  s  s'écriait  Grad,  et  il 
reprenait  sa  marche  vers  le  double  idéal  de  sa  vie,  l'amour 
de  Uieu  et  l'amour  de  la  terre  natale. 

Vers  la  (in  de  sa  courte  existence  il  écrivait  dans  son  Jour- 
nal intime  :  «  La  gloire!  illusio;i  souveraine,  dernière  vanité, 
je  m'en  dégagenii  aussi  ». 

(Juel  est  l'honitne  et  surtout  le  savant  qui  n'a  pas  sacrifié 
quelque  peu  à  la  vanité? 

Un  ne  saurait  en  vouloir  à  Grad  d'avoir  eu  une  excellente 
opinion  de  lui-même.  Dans  les  Lettre»  d'un  bourgeoii,  il  fit 
de  sa  personne  un  portrait  flatté,  terminé  par  celte  aimable 
boutade  ;  «  tJrand  Dieu  !  Comme  les  savants  sont  ennuyeux, 
même  doublés  d'un  député  ». 

.Autre  petit*'  vanité  moins  pardonnable.  Comme  bien  d'au- 
tres, il  était  simple  correapondant  de  l'Institut  de 
Franco,  ce  qui  n'implique  point  la  qualité  de  membre  de 
l'Institut,  comme  semblait  le  faire  croire  la  mention  faisant 
suite  à  sa  signature. 

Voici,  condensée  eu  quelques  lignes,  son  amére  conviction 
d'avoir  embrassé  trop  de  choses  h  la  fois  :  a  Si  j'ai  une  ambi- 
tion, c'est  de  faire  rendre  à  mon  existence,  sous  la  règle 


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86  RBVUB  d' ALSACE 

du  devoir,  lîon  masiinum  d'eflet  utile.  Seulement  pour 
atteindre  ce  maximum,  ma  vie  actuelle  est  trop  dissipée.  Je 
me  suis  engagé  dans  trop  do  choses;  je  suis  pressé  de  trop 
d'alTaires  pour  les  mener  toutes  de  front,  abandonné  k  mes 
seules  Forces. 

«  J'ai  tmvailli;  beaucoup  el  je  reste  pauvre  ». 

Dans  notre  siècle  d'argent,  rester  pauvre  quand  on  possède 
une  somme  de  savoir  bien  supérieur  k  celui  de  certains 
nlcliimistes  de  la  flnance,  n'est-ce  pas  faire  preuve  d'un  déta' 
cliement  vraiment  chrétien  t  C'est  )îl  le  grand  honneur  de 


.Moi-8,  dans  des  voyages  lointains,  Charles  Grad  chercha  k 
satisfaire  sa  soif  de  l'inconnu.  Comment  fit-il  pour  subvenir 
aux  dispenses  incessantes  de  ces  courses  lointaines  incessam- 
ment i-enouvelées  ?  On  a  beau  être  sobre  comme  un  trap- 
piste, la  locomotion  est  toujours  coûteuse.  On  dit  qu'il  avait 
un  vieil  oncle  curé  qui  lui  ouvrait  sa  bourse.  Et  puis  H. 
\.  Ilcrzog  à  qui  il  rendait  de  grands  services,  se  montra  pro- 
.bablement  généreux  en  lui  fournissant  le  viatique  indispen- 
sable. C'est  ainsi  qu'il  put  visiter  toute  la  France,  l'Italie, 
r.^utriche,  rAlIcmagnc,  la  Hollande,  l'Egypte,  la  Palestine, 
l'Angleletre,  la  Suède  et  la  Norvège,  explorer  tous  les  pays 
miniers,  descendre  dans  ces  enfers  de  travail  où  grouillent 
les  populations  noires  qui  ne  connaissent  pas  le  soleil  et  qui, 
il  coups  de  marteau,  gagnent  les  millions  que  se  partagent  les 

rois  du  jour,  gavés  de  toutes  les  jouissances les  vampires 

de  la  haute  finance.  Son  insatiable  curiosilc  le  poussa  jus- 
qu'au Cap  Nord,  au  pays  des  Lapons  et  des  rennes,  aux 
r<''gions  désolées  oi!i  le  soleil  ne  se  couche  pas  pendant  six 
mois,  jetant  ses  lueurs  blafardes  sur  les  dentelures  des  mon- 
tagnes fantastiques. 


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A    TRAVBRS    LB   PASSK 


Au  mois  (le  Juillet  1883,  Grad  est  sur  les  cdtes  de  la 
Lapoiiie,  aux  îles  Lo^oten  dont  les  montagnes  aux  décou- 
pures étranges  semblent  appartenir  au  monde  des  rêves 
quand  le  soleil  de  minuit  les  illumine  de  sa  lumière  spec- 
trale. Il  a  vu  aussi  de  tréi  près  le  périlleux  tourbillon  du 
Meelstrocm  et  a  manqué  d'y  être  entraîné  par  la  danse  verti- 
gineuse des  flols,  On  visite  aujourd'hui  le  Cap  Nord  aussi 
facilement  qu'un  fait  une  excursion  h  Jersey  ou  au  Mont- 
Saint-Michel,  grice  au  service  de  paquebots  mis  à  la  disposi- 
tion des  touristes,  avec  tout  le  confortable  nécessaire. 

Voici  les  impressions  du  touriste  Grad,  en  face  de  l'Océan 
glacial  : 

M  Le  Cap  Nord  se  dresse  superbe,  pareil  &  un  gigantesque 
bastion  avancé,  h  l'extrémité  de  l'Europe,  en  face  de  l'Océan 
glacial.  Un  coup  d'aile  semble  sudire  pour  atteindre  le 
sommet.  Manquant  d'ailes,  j'ai  t&ché  d'y  monter  k  pied 
comme  le  premier  bourgeois  venu.  Point  de  chemins,  d'ail- 
leurs, ni  de  sentier  tracé.  On  s'élève  du  fond  d'une  gorge  par 
dsssus  les  él>oulis.  Des  deux  côtés  de  la  gorge  ou  plutAt  de  la 
cheminée,  01*1  vous  vous  hissez  en  vous  aidant  des  mains, 
les  escarpement'*  rocheux  de  grès  métamorphiques  s'élè- 
vent en  murailles  verticales. 

Cette  gorge  sert  de  lit  k  un  ruisseau.  Le  ruisseau  nait  d'un 
champ  de  névé  sur  les  éboulis.  Ses  bords  sont  gasonnés, 
verts,  riants,  émaillés  de  fleurs  en  plein  épanouissement. 
Qui  le  croirait?  Presque  toute  la  flore  du  llohneclc  vosgien  se 
retrouve  ici,  avec  la  même  fraîcheur  vigoureuse,  la  même 
vivacité  de  couleurs  que  dans  nos  hauts  pAturages.  Trouver 
les  lleurs  des  Vosges,  jusqu'au  tendre  myosotis,  la  fleur  du 
souvenir,  Vergisxmeiiiiiirkt,  sur  les  rives  immédiates  de 
l'Océan  glacial,   quelle  grande  surprise  ? 

H  Lorsque  je  vis  le  soleil  do  minuit  pour  la  première  fois, 
pendant  une  éclaircie,  h  travers  l'ouverture  d'un  bras  de  mer 


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88  REVUE  d'alsack 

et  entre  deux  rangées  de  monts  élevés  il  iHail  tout  k  Tait 
splendide  et  dans  son  plein  éclat. 

Le  ciel,  absolument  pur  dans  cette  direction,  avait  un  colo- 
ris d'un  rouge  sang  surle<[uel  les  sommets  du  littoral  se  déta- 
chaient en  relief.  Cette  lumière  rouge  se  tamisait  avec  ses 
tons  pourpres,  k  travers  le  feuillage  d'un  bois  de  bouleaux 
nains  qui  révélait  les  parois  du  chenal  rocheux  où  nous  pas- 
sions, se  rétlélanl  sur  les  arêtes  nues  des  montagnes  plu» 
hautes  et  sur  les  Ilots  de  la  mer.  Chaque  lame  de  la  mer 
lellétait  l'image  de  l'aslre  radieux  qui  descendit  lentement 
et  se  releva  de  nouveau  sans  disparaître  au-dessous  de  l'hori- 
zon. Quand  le  soleil  de  minuit  reste  masqué  par  les  monta- 
gnes, l'atmosphère  vaporeuse  étale  au  ciel,  du  cAté  opposé, 
toutes  les  couleurs  du  prisme  avec  des  reflets  rouges,  jaunes, 
orangés,  verts,  bleus,  indigos,  violets  fondus  les  uns  dans  les 
autres  en  tons  adoucis,  moelleux.  Ce  n'est  plus  la  lumiè<'e 
vive  du  jour,  ce  n'est  pas  non  plus  la  nuit,  mais  quelque 
chose  d'indécis,  un  crépuscule  lumineux  ». 

!âa  curiosité  le  poussa  aussi  à  traverser  les  déserts  brûlants 
pour  gravir  la  montagne  Sainte  du  Sinaï  aux  sommets  étran- 
ges, glacés  de  neige,  où  tonna  latuudrede  Jéhovah,  dans  un 
paysage  biblique  qui  bouleverse  l'imagination,  où  sont  tes 
grottes  bond*'es  du  trésors  qu'habitent  depuis  de  longs 
siMes  les  moines  syriaques  conservant  des  parchemins 
mystérieux  qui  remontent  à  la  plus  haute  antiquité. 

Pierre  Loti,  lui  aussi,  avisilé  n'cemmenl  ces  parages  sans 
vie  où  le  silence  éternel  n'est  interrompu  que  par  le  cri  rauque 
du  vautour,  où  le  paysage  sinistre  rappelle  ceux  de  l'Enfer 
de  Dante. 

Sous  toutes  ces  latitudes,  dans  ces  mondes  si  difTérenls  du 
nôtre,  foulés  par  le  pied  infatigable  de  notre  pèlerin,  c'était 
une  mine  inépuisable  d'observations,  d'études  de  toutes 
espèces  qui  firent  l'objet  de  brochures  et  d'articles  de  Bévues, 
en  somme  œuvres  d'un  dilettante  qui  n'apprirent  rien  de 
neuf  à  l'humanité,  quelque  chose  comme  les  relations  de 
voyagea  de  Xavier  .Marmier,  ayant  avec  celles-ci  la  parenté 
littéraire.  Ces  études  lui  valurent  toutefois,  le  litre  de  corres- 
pondant de  l'Institut  qu'il  sut  utiliser  dans  ses  ouvrages 


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A  TRAVBba  Ll   PASsl  89 

subséquents  en  faisant  suivre  sa  signature  de  ces  mots  :  «  de 
rinslilut  de  France  ». 


Rien  de  ce  qui  louche  aux  grands  problèmes  scienliûques 
et  industriels  des  temps  modernes  n'est  resté  étranger  à 
nuire  jeune  savant.  Bien  avant  M.  Ferdinand  de  Lesseps  il 
avait  cherché  à  étudier  la  questiun  si  conlroversée  du  perce- 
ment de  l'isthme  de  Panama  ;  il  avait  étudié  \e&  travaux 
publiés  par  les  ouvriers  de  la  première  heure  et,  dans  un 
article  très  documenté,  inséré  dans  la  Hecue  d'Alsace  en 
1863,  il  a  fait  un  résumé  comparatlT  des  données  fournies 
par  les  ingénieurs  tiarella  el  Courtines  envoyés  k  Panama 
parle  Gouvernement  Fi-nni;uis,  par  .Mexandre  de  ihtmboldt, 
par  le  eolonel  Lloyd,  <iue  le  |)résidenl  Bolivar  avait  chargé 
en  1825  d'étudier  la  question  du  canal  interocéanique,  par 
l'explorateur  allemand  Horitz  Wagner,  par  Kennish  et  par 
Félix  Belly.  II  a  condensé  dans  vingt  pages  tout  le  c6té  tech- 
nique, hypso  métrique,  orugraphique  de  la  grande  question 
du  percement. 

Voici  la  tin  de  cette  intéressante  étude  : 

H  Le  climat  de  l'islhme  et  sa  chaleur  excessive,  les  mias- 
mes pestilentiels  des  cales  et  les  forets  vierges  h  l'intérieur  sont 
des  obstacles  que  tout  voyageur  ne  parvient  pas  à  surmonter. 
Cependant  malgré  ces  difliculLés  énormes,  malgré  des  obsta- 
cles qui  peuvent  paraître  insurmontables,  on  ne  saurait  trop 
appn'cier  l'importance  de  celte  contrée  pour  l'avenir  de  la 
civilisation.  Sans  doute  on  ne  trouve  pas  dans  l'Amérique 
Centrale  cette  vallée  admirable  disposée  d'une  manière  si 
providentielle  dans  l'étroite  langue  de  terre  de  Suez,  mais 
quel  essor  l'industrie  et  le  commerce  ne  prendraient-ils 
pas,  si  notre  époque  devait  résoudre  le  gand  problème  de  la 
double  canalisalion  de  l'isthme  de  Suez  et  de  celui  de 
Panama  ■». 

Le  grand  problème  de  Suez  a  été  résolu  par  M.  de  Lesseps, 
en  dépit  de  l'opposilion  anglaise  qui  exploite  aujourd'hui  son 
œuvre  et  couve  le  projet  de  l'absorber  complètement. 


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90  RBVUB  D'ALSACE 

Quanl  au  Panaina,«lc  colossal  eiïort  de  l'ingénieur  français 
pour  vaincre  les  l'f^sislances  de  la  nature  et  les  inHuences 
néfastes  de  certains  hommes,  a  sombré  dans  le  cataclysme 
dont  nous  avons  vu  récemment  le  triste  spectacle.  Que  sont 
devenus  les  centaines  de  millions  sortis  des  bas  de  laine 
français?  Ils  sont  entrés  dans  la  poche  de  financiers  auss' 
véreux  que  cosmopolites.  A  la  place  de  ce  mot  trop  complai- 
sant les  bons  entendeurs  sauront  en  mettre  un  autre 
plus  typique. 


Après  les  tristes  événements  de  ISTO,  Grad  fut  porté  par 
les  circonstances  à  assumer  un  rôle  politique  qui  semblait 
étranger  k  sa  mission  de  savant  mais  devant  lequel  son 
patriotisme  ne  recula  pas. 

Glissons  rapidement  sur  cette  période  de  sa  vie  qui  fut 
pour  lui  un  ralvaire  où,  malgré  sa  perspicacité,  il  sembla  ne 
paf>  s'être  assez  rendu  compte  des  responsabilités  et  suivit 
notamment  h.  Neuf-Brisach,  une  ligne  ae  conduite  qui  ne  fut 
pas  approuvée  par  ceux-là  même  qui  lui  étaient  le  plus 
dévoués. 

Ses  occupations  au  Reichstag  de  Berlin  et  au  Landesaus- 
schuss  ne  l'empèchèi-enl  pas,  toutefois,  de  faire  continuelle- 
ment des  voyages  h  Paris  oi^  il  soignait  sa  ri'putation  de 
savant  en  écrivant  dans  la  A'oticelie  /ieviie  des  articles  éc^j- 
nomiques  très  étudiés. 

Le  pèlerinage  de  Lourdes,  devenu  une  attraction  souve- 
raine pour  le  monde  des  Ames  crédules,  avait  séduit  Charles 
Grad  comme  une  grande  panacée. 

Voici  ce  qu'il  en  dit  : 

«  15  août  1875  à  Lourdes.  Jamais  de  ma  vie  je  n'ai  eu  des 
heures  meilleures  qu'hier  soir.  Je  me  promenais  au  bord  du 
Gave,  près  de  la  Grotte  des  apparitions  de  Massabiellc.  Le 
soleil  était  ù  son  déclin,  éclairant  de  ses  derniei's  rayons  un 
site  magnifique...  Oui,  j'étais  venu  ici  pour  me  recueillir  et 
demander  à  ma  bonne  Mère  du  ciel  son  inspiration  ou  ses 
gr&ces.  J'ai  prié  avec  effusion .aujourd'hui  je    prie 


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A  TRAVERS   LB   PASSÉ  91 

encore.  Je  suis  revenu  &  la  grotte  le  soir,  suppliant  Marie 
lie  me  rendre  la  santé  ou  de  m'éclairer  malgrtî  ma  foi  chan- 
celante et  les  distractions  qui  me  tourmentent  ». 

iQvolontairement,  devant  cette  foi  naïve  du  charbonnier  ut 
du  breton,  je  songe  k  l'écureuil  cause  innocented'un  ébranle- 
ment du  cerveau. 

Atteint  depuis  longtemps  d'une  maladie  de  coeur,  il  ne  sut 
pas  ménager  sa  santé  et  conlinuait  k  prodiguer  son  activité 
liévreuse  dans  des  pérégrinations  de  tous  genres  et  dans  des 
études  absorbantes.  Voulant  laissera  l'Alsace  un  monument 
durable  de  son  filial  attachement  il  fit  paraître  dans  le  Tour 
du  Monde,  une  longue  suite  d'articles  sur  l'Alsace  ancienne 
et  contemporaine,  accompagnés  de  charmantes  illustrations 
dessinées  par  te  peintre  alsacien  Frédéric  Lix,  un  des  maîtres 
de  l'illustration  moderne.  Ce  fut  même  aux  dessins  de  cet 
artiste  que  la  publication  dut  son  principal  atlrait. 

Compositeur  hors  ligne,  Lix  a  semé  dans  tous  les  ouvrages 
à  gravures  des  milliers  de  planches,  vrais  Irésoi's  d'art  et 
d'érudition.  Dire  que  ce  grand  travailleur  est  mort  le  24 
février  1897  sans  avoir  reçu  la  décoration  de  la  Légion 
d'honneur  due  depuis  longtemps  ii  son  mérite  exceptionnel, 
n'est-ce  point  rappeler  que  le  mérite  modeste  a  de  la  peine  à 
se  faire  jour  quand  il  n'est  pas  soutenu  par  des  influences 
souveraines  ?  Cet  homme  de  haute  valeur  a  sombré  dans 
l'indifTérence  égoTsle  de  ses  contemporains. 

La  première  partie  de  ce  travail  de  longue  haleine,  mais 
hfttivemenl  composé  de  pièces  et  de  morceaux  empruntés  de 
droite  et  de  gauche,  est  consacrée  à  la  Haute-.AIsace,  Une 
large  place  y  est  faite  au  musée  de  Colmar  et  aux  œuvres  des 
anciennes  écoles  rhénanes  qu'il  renferme,  puis  à  la  biogra- 
phie et  aux  œuvres  de  J.J,  Henner  avec  la  reproduction, 
gravée  par  Thiriat,  de  son  portrait  peint  par  lui-même  pour 
la  galerie  des  OtTices  de  Florence.  Tous  ces  articles  ont  été 
réunis  en  un  fort  beau  volume  qui  devait  être  suivi  de  celui 
de  la  Basse-Alsace  pour  lequel  Grad  avait  déjà  réuni  de  nom- 
breux matériaux,  mais  que  son  état  de  santé  de  jour  en 
Jour. plus  chancelant  ne  lui  permit  point  d'entreprendre. 

Lui  qui.  admirait  les  beaux  spectacles  de  la  nature, 
manquait  absolument  du  sens  artistique,  ce  sixième  sens  qui 


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92  RSVCB  D'i.LSACB 

qui  est  le  privilège  d'une  élite.  HaiB  on  ne  peut  pas  tout 
avoir. 

Dans  son  écriture  saccadée  on  chercherait  en  vain  une 
parenté  lointaine  avec  la  calligraphie.  Mon  Dieu  1  que  de 
pattes  de  mouches  sont  sorties  par  millions  de  ce  cerveau 
encyclopédique,  véritahlearithmomStre,  où  les  chiffres  arabes, 
mêlés  aux  signes  algébriques,  arabes  aussi,  dansaient  leur 
sarabande  échevelée  ! 


Conférences  i  l'exposition  de  1889.  —  Kort  prématurés 
du  savant.  —  Son  monument  à  Tnrckheim.  —  Séjour 
champêtre  du  Logelbach.  —  La  famille  Hensog.  —  La 
peintre  miniaturiste  Hertrich.  —  Chapelle  coustruite  par 
■.  Ânt.  Herzog. 

Tout  en  rendant  hommage  ù  l'infatigable  travailleur,  ù  la 
sagacité  de  ses  recherches  et  ii  son  talent  de  mise  en  scène, 
00  ne  peut  s'empêcher  de  reconnaître  que  cette  œuvre  porte 
l'empreinte  d'un  travail  trop  hâtif.  Toujours  préoccupé  de 
produire  à  jet  continu  les  ouvrages  les  plus  divers,  l'auteur 
ne  songeait  peut-être  pas  assez  à  la  devise  Chi  ra  piano  va 
gano.  Malgré  son  triste  état  de  santé  il  était  très  assidu  aux 
séances  du  R^ichstag  et  continuait  ù  collectionner  partout  des 
documents  statistiques  qu'il  utilisait  pour  ses  publications. 

Ha  dernière  rencontre  avec  Grad  eut  lieu  k  Paris  chez  un 
ami  commun,  au  mois  de  juillet  1889,  pendant  l'esposition 
universelle.  Il  était  venu,  en  sa  qualit»?  de  membre  de 
plusieurs  sociétés  savantes  faire  des  conférences  dans  le 
local  affecté  sur  l'Esplanade  des  Invalides,  k  ce  genre  d'exer- 
cices oratoires.  En  dépit  de  son  étal  de  santé  déplorable,  il 
ne  voulut  point  manquer  cette  grande  occasioii  de  se  pro- 
duire devant  le  public  international  qui  suivait  ces  confé- 
rences persuadé  qu'il  était,  que  le  monde  perdrait  à  ne  point 
l'entendre. Il  se surmenadanscemétieréchautTantdevant  lequel 
reculaient  de  plus  vaillants  que  lui  ;  et  quand  il  s'était  bien  mis 


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A  TRAVUS  L8   FA3SB  93 

en  nage  sans  prendre  la  précaution  de  changer,  lui,  atteint 
d'une  maladie  cardiaque,  il  allait  absorber  des  boissons 
glacëes.  Ses  amis  le  considéraient  comme  perdu  ;  car  cette 
tension  sans  cesse  ni  trêve  de  toutes  ses  Faculti^s  vilales,  i^tait 
un  véritable  suicide. 

Sonder  les  arcanes  du  cœur  humain  n'est  pas  chose  facile; 
mais  dans  la  vie  il  n'y  a  pas  d'effet  sans  cause.  Sera-l-on 
suspecté  de  fantaisie  romanesque  en  émettant  discrètement 
l'opinion  que  toute  celte  activité  surchauR'ce,  toute  cette 
production  hAtivc,  en  serre  et  chaude,  tont  ce  mépris  d'une 
mort  qui  le  guettait  depuis  longtemps,  avaient  peut-être 
pour  moteur  une  passion  voilée  pour  une  âme  sœur  qui 
hantait  ses  rêves  et  k  laquelle  son  aiïection,  contrariée  sur 
cette  terre,  donnait  rendez-vous  dans  les  sphères  éthérées  ? 
Il  mourut  en  1890,  dans  sa  maison  natale  à  Turckheim,  h 
peine  â^é  de  quarante  huit  ans,  donnant  ii  sa  famille  et  !i  ses 
amis  l'édiTiant  spectacle  du  chrétien  stoTque  acceptant  avec 
résignation  le  sacrilice  supnmie.  Heureux  ceux  qui  meurent 
jeunes  t  Ils  sont  aimés  des  dieux. 


J'ai  cbcrchi'ï  ti  esquisser  les  grandes  lignes  de  cette  physio- 
nomie curieuse  à  bien  des  titres  en  consultant  mes  souvenirs 
et  mes  propres  impressions. 

l'our  tracer  le  portrait  à  la  plume  de  cette  étrange  person- 
nalité, si  déconcerlante  pour  l'observateur  impartial,  je 
pourrais  faire  des  emprunts  ù  l'excellent  panégyrique  qu'a 
dédié  II  sa  mémoire  son  ancien  condisciple  au  collège  libre. 
M.  rabl)é  Celty,  aujourd'hui  curé  ii  IMnIhouse.  Mais  ce 
volume  biographique  de  plus  de  trois  cents  pages  (c'est 
beaucoup),  éiTil  par  un  styliste  à  la  plume  élégante,  part 
d'un  point  de  vue  lout  à  fait  difTérenl  du  mien  et  oii  l'on  sent 
l'empreinte  d'une  éducution  commune  dominée  par  un  cou- 
rant exclosivîment  religieux.  J'ai  préféré  men  tenir  ù  mon 
appréciation  indépendante  et  étudier  en  toute  liberté,  avec  la 
curiosité  d'un  amateur  épris  de  belles  choses,  l'homme 
intime,  le  savant,  le  penseur  et  aussi. ...     le  rêveur.  Cela 


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94  REVUE  d' ALSACE 

me  suint,  d'autant  mieux  que  je  ne  trace  ici  qu'une 
simple  esquisse  sans  toucher  au  côté  politique  de  la  vie 
de  Grad,  qui  a  été  le  tourment  de  ses  dernières  années, 
lé  sentier  épineux  où  il  a  laissé  des  lambeaux  de  sa 
chair.  J'ai  pu  me  tromper,  puisque  le  milieu  où  vivait  et 
s'agitait  cette  belle  intelligence,  n'a  pas  encoie  acquis  le 
recul  nécessaire  pour  permettre  de  l'embrasser  d'un  coup 
d'œil  d'ensemble. 

Dès  aujourd'hui,  pourtant,  ne  peul-on  pas  se  demander  ce 
4]ui  reste  de  tant  d'activité  dispensée,  de  tant  de  papier 
noirci,  de  tant  de  brochures  publiées,  de  tant  d'articles 
semés  aux  quatre  vents  de  l'horizon  ?  Il  en  reste,  sans  doute, 
le  souvenir  d'un  homme  de  grande  valeur  intellectuelle,  d'un 
chercheur  inquiet  de  tous  les  inconnus  de  la  nature,  d'un 
doux  rêveur,  mais  qui,  en  se  fourvoyant  dans  la  politique 
autonomiste,  a  dépensé  en  vains  efforts  une  activité  qu'il  ertl, 
peut-être,  pu  employer  plus  utilement. 

Mais  sa  bonne  volonté,  ses  persévérants  efforts,  son 
dévouement  indiscutable  au  cher  pays  natal,  ont  reçu  avant 
le  jugement  définitif  de  la  postérité,  leur  récompense  anti- 
cipée. A  peine  avait-il  rendu  l'Ame  qu'un  comité  se  forma  îi 
Turckheim  et  à  Colmardans  le  but  de  hii  ériger  une  statue 
ou  au  moins  un  buste  dans  sa  ville  natale.  1^  statue  que  j'ai 
vue  ébauchée  dans  l'atelier  du  sculpteur,  a  cependant  paru 
un  peu  excessive  et  l'on  est  revenu  ii  l'idée  plus  modeste 
d'un  buste.  Espérons  que  la  postérité,  mieux  éclairée  que 
nous,  ratifiera  le  jugement  des  contemporains  car  il  s'agit 
d'un  homme  qui  est  une  exception  brillante,  qui  a  résumé 
en  lui  tout  un  cycle  de  connaissances,  dévoué  comme  pas  un 
h  son  cher  pays,  et  possédant  la  vertu  antique  des  preux. 

Le  monument  fut  mis  au  concours  en  1892  et  une  commis- 
sion spéciale,  choisit  le  projet  présenté  par  deux  jeunes 
artistes  d'origine  alsacienne,  M.  Enderlin  (i),  sculpteur  et  M. 
Umbdenstock,  architecte,,  de  Colmar,  tous  deux  élèves  de 


(t)  M.  Enderlin,  artiste  de  InlenI,  ajipartienl  h  une  famille 
uriginaire  de  Dirlinsdorf,  canton  de  Ferreltc.  Son  grand-père  était 
maire  et  conseiller  général. 


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A   TRAVBBS   LE  PASSÉ  95 

l'École  lies  Beaux-arU  de  Paria.  Ce  monument,  dont  j'avais  vu 
lY'bauche  dans  l'atelier  de  l'arliste,  se  compose  d'un  piédestal 
très  simple  sur  lequel  s'appuie  une  figure  allégorique  bien 
mouvementée  représentant  la  muse  de  l'histoire  el  surmonte 
du  liuste  en  bronze  de  Grad,  qui  est  fort  ressemblant.  Il  a  été 
exposé  en  1896,  au  salon  des  Champs-Elysées  et  l'inaugura- 
tion a  eu  lieu  dans  le  courant  du  mois  d'août  de  la 
même  année. 


Cette  ligure  énigmatique  de  Ch.  Grad  avait  emprunti*»  un 
i:achet  particulier  au  milieu  où  elle  a  vécu  et  où  elle  a  re^u 
son  empreinte  indélébile.  La  famille  llerzog,  du  Logelbach, 
qui  compte  parmi  les  premières  de  la  grande  industrie  alsa- 
cienne, était  un  (le  ces  Toyerg  sympathiques  attirant  dans 
son  orbite  toute  la  société  bien  pensante  de  Colmar. 

Madame  Antoine  llerzog,  mieux  connue  sous  le  nom  de 
.Madame  Ernestine,  élait  le  génie  bienfaisant  de  la  maison, 
animant  tout  autour  d'elle.  Dans  cet  intérieur  bourgeois  et 
(latriarcal  vivifié  par  une  belle  jeunesse,  elle  IrAnait  respec- 
ti'o  et  adulée  comme  une  reine,  faisant  rayonnerautourd'elle 
ses  leuvrex  de  bienfaisante  assistance. 


Celte  petite  galerie  de  rapides  croquis  demande  à  étn- 
complétée  par  celui  d'un  type  curieux.  Dans  ce  milieu  où 
dominait  la  sévi^re  Hgure  de  M.  Antoine  llerzog,  que  Grad 
appelait  Magnus,  on  voyait  s'agiter  un  personnage  curieux, 
espèce  de  pince-sans-rire,  qui  jouait  h  r61e  d'amuseur  dans 
In  famille  et  avait  su  s'y  rendre  aussi  indispensable  qu'un 
chambellan  dans  un  palais.  C'était  M.  Michel  Hertrich, 
peintre  miniaturislc,  poËte  à  ses  heures,  peintre  et  poijle 
d'un  certain  talent.  Il  était  l'urganisatetir,  le  boute-en-train  de 
toutes  les  fêtes,  le  chantre  allitré,  l'aimable  familier  de  la 
maison.  Sans  lui  pas  de  partie  de  plaisir  complète.  Ce  loustic 


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06  RBVUE  r>  ALSACIf 

peignait  très  agréablement  la  minialure,  aii  charmant 
(lélràné  par  la  photographie  qui  a  détrùnc  tant  île  choses,  el 
avait  remporté  une  médaille  au  salon  de  peinture  de  Paris, 
Son  portrait  dn  chanoine  Maimbourg,  curé  de  Colmar,  autre 
personnalité  onginale  de  l'époque,  Rgure  au  musée  de  cette 
ville  avec  une  collection  de  peintures  k  l'Iiuile  très  conscien- 
cieuses représentant  des  vues  de  Colmar  et  des  environs. 
J'aime  h  retrouver  son  nom  sous  ma  plume  pour  rappeler 
son  talent  d'ailisle  et  même  de  poète,  à  ceux  de  ses  contem- 
porains qui  auraient  pu  l'oublier. 

Dans  cet  intérieur  patriarcal,  l'élément  féminin,  rempli  de 
(lislindion  et  de  grâces  attraciives,  dominait  facilement  son 
entourage  un  peu  effacé.  Madame  Ernestine,  devenue  le  bon 
génie  de  la  maison,  partageait  avec  sa  sœur  et  ses  jeunes 
filles,  le  piivilége  de  répandre  une  nlmospltëre  de  sociabi- 
lité et  de  gaieté  communicalive  dans  cet  intérieur  parfois 
sévère  qui  avait  besoin  d'un  cerlain  stimulant.  Attirés  dans 
la  sphère  d'influence  de  cette  aimable  colonie,  des  artistes, 
des  savants,  des  hommes  de  lettres,  des  ingénieurs,  des 
magistrats,  des  ecclésiastiques  surtout,  prenaient  volontiers 
le  chemin  du  Logelbach  oit  la  famille  Herzog  avait  su  multi- 
plier sous  toutes  les  formes,  les  charmes  de  son  séjour 
champêtre, 

Le  Lelzenberg,  petit  contrefort  des  Vosges,  enclavé  dans 
son  vaste  domaine,  surmonté  d'un  chAlet  où  l'on  accédait 
par  un  énorme  escalier  ;  le  charmant  vallon  du  Floriva! 
liaversé  par  le  cours  d'eau  de  la  Fecht,  des  jaMins  splen- 
dides,  un  parc  aux  doux  ombrages,  des  concerts  et  des 
dîners  fins,  il  n'en  fallut  pas  davantage  pour  atlii'er  dans  re 
domaine  du  bon  Dieu  une  société  cboisie.  Ce  n'était  I<l, 
toutefois,  (fue  l'aimable  CL>té  des  choses  temporelles.  Pour 
répondre  aux  besoins  spirituels,  qui  occupaient  une  place 
prépondérante  dans  la  maison,  M.  .\nl.  Herzog  avait  fait 
construire  vis-h-vis  de  ses  établissements,  une  ehapel!» 
gothique  dont  la  silhouette  gracieuse  se  détache  sur  le  fond 
violet  de  la  montagne.  Ce  monument,  inspiré  sans  doute  par 
la  piété  de  sa  femme  et  dont  les  plans  ont  été  dressés  par  un 
architecte  belge,  d'après  ceux  de  la  Sainte-Chapelle  de  Paris, 
a  dû  lui  coûter  fort  cher  et  fait  grand  honneur  k  sa  mémoire. 


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A  TRAVERS   LE   PASSé  97 

Quand  il  fui  lerminé  en  1862,  j'en  Ils  un  dessin  d'après 
nature  qui  fut  reproduit  pur  le  Monde  illiutré. 

Mais  n'oublions  pas  que  je  ne  parle  ici  que  par  ouï-dire.  La 
seule  occasion  où  j'ai  eu  l'honneur  de  voir  de  prâs  M.  et 
Madame  ilerzog,  est  celle  dont  il  est  question  dans  les  ligne* 
suivantes. 


Peu  après  la  guerre,  M.Herzog  acquit  !i  Paris,  rue  Hurillo, 
un  m.-igniûque  hôtel  dont  l'une  des  Taçadès  donne  sur  le  parc 
Monceau.  On  préludait  alors  k  la  création  du  grand  quar- 
tier aristocratique  de  la  Plaine  Monceau,  devenu  depuis  une 
grande  ville  peuplée  d'hôtels  princiers,  de  squares  et  de 
statues.  H.  Ilerzog  acheta  dans  ce  quartier  d'avenir  un  loi  de 
terrains  qu'il  revendit  k  la  Société  immobilière  qui  venait  de 
se  former  et  qui  a  remué  1k.  tout  un  monde  d'ouvriers  et  de 
mali^riauz.  C'est  lui  qui  TU  donner  &  l'une  des  nouvelles  rues 
le  nom  de  rue  du  Logelbach,  en  souvenir  du  faubourg  de 
Colmar  où  sont  ses  établissements  industriels. 

Dans  le  courant  de  l'automne  1874,  je  fus  abordé  au  Parc 
Monceau  par  M.  Ilerzog  que  j'eus  quelque  peine  k  recon- 
nallre  tant  il  avait  blanchi.  11  me  conduisit  dans  son  hôtel 
situé  en  bordure  de  la  promenade  et  où  il  comptait  venir,  en 
famille,  passer  l'hiver.  Dons  son  cabinet  de  travail  il  me 
montra  le  portrait  en  pied  et  en  robe  rouge  de  M.  Paucon- 
neau-Dufresne,  premier  président  de  la  cour  de  Besancon  et 
père  de  son  gendre. 

Connaissant  le  talent  d'Henner  comme  portraitiste,  il  avait 
conçu  le  projet  de  faire  Faire  par  lui  le  portrait  de  sa  femme, 
grandeur  naturelle.  Quelque  temps  apri^s,  M.  et  Madame 
Hepitog,  sachant  que  j'étais  lié  avec  Ilenner,  vinrent  me  trou- 
ver et  me  prièrent  d'être  l'intermi^diaire  entre  l'artiste  et  eux 
pour  régler  les  conditions  d'eïécution  de  celte  œuvre.  Avant 
d'entreprendre  le  tableau  en  granil,  l'artiste  fil,  k  litre  d' élude 
préalable,  un  portrait  en  buste  d'une  merveilleuse  ressem- 
blance qui  lui  servit  de  point  de  départ  pour  l'exécution  du 


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*)è  RBVl'S  D  ALSACtf 

grand  portrait.  Cette  (été  d'étude  flt  partie  de  l'envoi  d'Henner 
à  l'exposition  universelle  de  1878. 

Peu  de  temps  après  la  célébration  de  la  cinquantaine  du 
mariage  de  H.  et  de  Madame  Antoine  Herzog,  la  mort  est 
entrée  dans  cette  maison  hospitalière  où,  pendant  une  longue 
série  d'années,  tant  d'amie  avaient  trouvé  bon  accueil, 

XLVll 

Le  colosse  de  Now-Tork.  —  Oix-sapt  ans  de  labear.  — 
Mode  de  constrnction.  ->  Le  Monde  de  la  féerie.  —  Triomphe 
de  l'artiste.  —  Christophe  Colomb.  —  Jean  Rœsselmann. 
—  Le  Lion  de  Belfort.  —  MoDument  de  Bftle.  —  Médaille 
d'honneur. 

Comme  nous  l'avons  vu  plus  haut,  H.  Barllioldi  rêvait 
depuis  longtemps  de  signaler  sa  carrière  artistique  par  une 
de  ces  œuvres  grandioses  qui  immortalisent  leur  auteur. 

Consacrer  le  souvenir  de  l'indépendance  américaine  à 
laquelle  la  France  avec  Rochambeau  et  Lafayette,  avait  pris 
une  si  grande  part,  était  devenu  pour  lui  le  plus  cher  objet 
de  ses  rêves,  îi  mesure  qu'approchait  le  centenaire  de  cet 
événement  historique.  La  t'rance,  se  disait-il,  dont  la  révolu- 
tion de  1789  avait  afrrancbt  l'esprit  humain,  ne  pouvait 
manquer  de  partager  l'idée  d'offrir  aux  États-Unis  un  monu- 
ment rappelant  ce  grand  souvenir.  De  là,  naquit  l'idée  d'une 
statue  colossale  de  la  Liberté  éclairant  le  monde,  qu'il  pro- 
posa de  placer  comme  un  phare  dans  la  rade  de  New-York, 
sur  l'Ilot  de  Bediod. 

Après  la  guerre,  au  mois  de  er:ptembre  1871,  il  partit  pour 
l'Amérique  avec  l'idée  bien  artètée  d'y  provoquer  une  mani- 
festation française  en  créant  un  monument  franco-américain 
h  frais  communs  enlre  les  dtux  peuples.  11  avait  à  cet  égard, 
pleins  pouvoii-s  de  MM.  Oscar  de  Lafayelle,  Ed.  Laboulaye  el 
Henri  Martin,  qui,  plus  tard,  firent  partie  du  comité  organi- 
sateur. Il  s'agissait  d'un  monument  colossal,  d'une  œuvre 
exceptionnelle  destinée  k  frapper  l'esprit  public.  L'immigra- 
tion allemande  aux  Étals-Unis,   avait  pris  des  proportions 


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A    TRAVBItS   LB   I 


99 


constdârables  et  se  remuait  beaucoup  pour  assurer  davantage 
son  exp&UGion  sur  le  nouveau  continent.  En  plantant  son 
œuvre  patriotique  sur  le  sol  libre  de  l'Ami^rique  et  en  prou- 
vant ainsi  l'indéracinable  vitalité  de  son  pays,  Baiiholdi 
cherchait  6  enrayer  le  mouvement  contraire. 

L'artiete  m'a  conté  par  le  menu  tous  les  déboires,  toutes 
les  luttes  homériques,  toutes  les  démarches  sans  trêve, 
toutes  les  angoissantes  péripéties,  qui  durant  dis-sept 
ans,  furent  son  partage  dans  celle  poursuite  k  outrance  de  la 
grande  œuvre  intercontinentale.  En  pouvait-il  être  autrement 
quand  on  songe  k  l'immensité  de  l'efTort  et  de  la  dépense,  îi 
l'incertitude  des  ressources  qui  toutes  étaient  k  créer,  h  toutes 
les  petites  vilenies  que  certains  détracteurs  se  plaisaient  k 
accumuler  pour  décourager  l'auteur  de  ce  nouveau  travail 
d'Hercule?  Il  est  sorti  triomphant  et  indemne  de  l'épreuve. 
C'est  ik  ce  que  nous  devons  retenir  en  songeant  au  renom  que 
cette  œuvre  virile  entre  toutes  a  fait  jaillir  sur  lui-même  et 
sur  son  pays  natal. 


Le  comité  franco-américain  s'était  constitué  en  1875  et  avait 
pris  en  main  la  création  des  voies  et  moyens  d'exécution. 
Voici  la  composition  de  ce  comité  : 


SECTION  FRANÇAISE 

Président,  C*  Ferdinand 
de  Le^seps  ; 

Vice-Présidents  :  Dietz- 
Honnin,  Comte  Sérurier, 
Bozérian,  A.  Bartholdi,  J.de 
Castro,  secrétaire  général. 

E.  de  Lafnyetle,  P.  dp 
Rémuzat,  Waddington,  C. 
de  Witt,  Simonin,  Jean 
Macé,  Th.  Itobin,  Cauberl, 
de      Lagorsse-Goupil,      N. 


SECTION  AMÉRICAINE 

Président  William  M, 
Ewarts. 

Rich.  Butler,  secrétaire 
général. 

James  W.  Pinchot.  tré- 
sorier. 

Jos.  W.  Dunel,  Chairman. 

Edwin,  D,  Morgan, 
John  Jay,  Will.  Cullen- 
-iJryanl,  Parke  Godwin, 
Humford  Moore,  Samuel  D. 


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lôO  aËWE   d'&LSAQI! 

Appleton,  G.  Glœnzer,  Al-  Il  Babcok,Will  H.  Wickhani, 
fassa,  Beurdcley,  Grimaull,  [  John  Taylor,  Johnston, 
Millaut,  J.  Cazol,  Arbd.  1,     Henri  F.  Spaulding,  Théod. 

Roswell,  Frédéric  Coudert. 
Clark  Bell,  W.  II,  Appleton, 
Thëod.  Weslon,  John  K. 
Denny,  Anson  Ph.  Stokes, 
Samuel  P.  Avery,  Seaver 
Page,  Worlhington,  Will- 
redge. 
Ingénieur  Gén.  Stones. 
Architecle,  B.  Ilunt. 

De  l'appel  adressé  au  public  par  le  Comité  nous  devons 
retenir  les  lignes  suivantes  : 

«L'Améfi<iue  vaci'iébrer  prochainement  le  centième  anni- 
versaire de  son  indépendance.  Cette  date  marque  une  époque 
dans  l'histoire  de  l'humanili^  ;  au  Nouveau  monde  elle  rap- 
pelle son  œuvre,  la  fondation  de  la  grande  république  ;  à  la 
France  une  des  pages  qui  font  le  plus  d'honneur  à  son 
histoire. 

«  11  s'agit  d'élever,  en  souvenir  du  glorieux  anniversaire  un 
monument  exceptionnel.  Au  niiheu  de  la  rade  de  New-York, 
en  face  de  Long  Island  où  fut  versé  le  pi-emiersangpourrin- 
dépendancc,  se  dresserait  une  statue  colossale  se  dessinant 
sur  l'espace,  encadrée  it  l'horizon  par  les  grandes  cités  de 
New- York,  New-Jerjiey  et  Brooklyn.  Au  seuil  de  ce  vaste  con- 
tinent plein  d'une  vie  nouvelle,  où  arrivent  tous  les  navires 
de  l'univers,  elle  surgira  du  sein  des  Hots;  elle  représentera 
la  Liberté  éclairant  le  monde. 

«Ce  monument  sera  exécuté  en  commun  par  les  deux  peu- 
ples, associés  dans  celle  œuvre  fraternelle,  comme  ils  le 
furent  jadis  pour  fonder  l'Indépendance.  » 

Le  Cougn^sdu  s<-nat  et  de  la  chambre  des  représentants 
des  Étals-I'iiis,  réuni  le  22  février  1877,  ratifia  l'œuvre  du 
(Comité  et  mit  Ii  sa  disposition  l'ilùt  de  Itédioë  comme  empla- 
cement futur  du  monumeol.  Cet  ilôt  était  un  fort  comman- 
dant la  rade  et  son  mur  d'enceinte,  entourant  la  base  du 
piédestal,  est  resté  debout. 


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A   TRAVERS  IM   PASSB  lOi 

L'ae  fois  lancée  dans  le  monde  parisien,  l'idée  (il  rapide- 
ment son  chemin,  et  les  moyens  d'exécution  ne  tardèrent 
pas  à  se  créer.  Une  souscription  nationale  fut  ouverte  k  la 
quelle  l'Étal  prit  part  dans  une  large  mesure.  Une  loterie 
d'objets  d'art  fut  organisée,  dont  le  tirage  eut  lieu  en  juin 
1880.  La  plupart  des  artistes  de  Paris  y  apportèrent  leur 
oHVande.  Enfin  les  procédés  les  plus  ingénieux  furent  mis  en 
œuvre  pour  réaliser  les  ressources  néc>>ssQires. 

La  statue  devait  avoir  quarante-six  mètres  de  hauteur, 
non  compris  le  piédestal.  Avec  de  pareilles  proportions  il  ne 
fallait  pas  songer  i  la  fondre,  ni  en  un  seul  jet,  ni  en  plu- 
sieurs. Sans  parler  de  rénormité  de  la  dépense,  il  fallail  con- 
sidérer l'impossibilité  absolue  d'établir  un  moule  dans  des 
dimensions  aussi  considérables.  L'esprit  inventif  de  l'artiste 
s'arrêta  alors  &  l'idée  de  modeler  la  statue  en  plaques  de 
cuivre  de  deux  centimètres  d'épaisseur  martelées  sur  un  pa- 
tron en  bois  ayant  la  forme  de  la  statue  grandeur  naturelle  et 
solidemeat  rivées  entre  elles,  de  manière  k  emprunter  com- 
plètement la  forme  du  modèle  et  h  prendre  l'aspect  d'une 
statue  de  bronze. 

Un  escalier  tournant  a  été  ménngé  dans  le  corps  de  la 
statue,  depuis  la  base  jusqu'au  sommet  de  la  petite  galerie 
circulaire  qui  entoure  le  llombeau.  La  statue  est  absolument 
vide  :  elle  tient  par  douze  boulons  en  fer  de  lu  centimètres 
de  diamètre  sur  15  centimètres  de  long  scellés  dans  le 
piédestal. 


On  commenta  par  exécuter  la  léte  et  une  partie  du  buste 
qui  furent  exposés  au  Champ-de-mai-s,  lors  de  l'exposition 
universelle  de  1878  oià  elles  provoquèrent  l'élonnement  et 
l'admiration  des  visiteurs.  En  même  temps  il.  Bartholdi 
exposa  l'une  des  mains  do  colosse  pour  permettre  aux  visi- 
teurs de  juger  des  proportions  extraordinaires  de  son  œuvre. 
U  suffira,  pour  les  faire  apprécier,  de  dire  que  l'oreille  seule 
a  un  pourtour  de  1  mètre  60  centimètres. 


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102  BBVm  D*ALSACB 

Avec  la  carte  d'entrée  permanente  que  l'artiste  avait  eu  la 
gracieuseté  de  m'olîpir,  j'ai  pu  suivre  graduellementjusqu'en 
1885,  l'exéculion  des  dilférentes  parties  de  la  statue  qui  se 
trouva  mise  sur  pied  dans  le  courant  de  celte  année.  C'est 
alors  que  l'auteur  put  dire  sans  fausse  modestie:  «  Exegi 
monumenlum  aère  perennius  ». 

Quel  labeur  énorme,  quelle  attention  de  tout  instant  a 
exigés  la  mise  au  point  de  celte  œuvre  litanique  !  Toulceque 
l'énergie  de  ce  pygmée  qui  s'appelle  l'homme  a  pu  déployer 
pour  vaincre  la  matière  rebelle  a  été  employé  dans  la  prépa- 
ration longue  et  pénible  de  ce  projet,  comme  dans  son  exécu- 
tion tout  aussi  longue  et  aussi  incidentée. 

El  cependant  M.  Bartholdi  était  loin  d'être  nu  bout  de  ses 
peines.  II  fallut  s'occuper  du  démoninge,  du  transport  des 
énormes  morceaux  au  Havre,  de  leur  embarquement  sur  un 
vaisseau  de  l'Etal  et  du  remontage  de  la  statue  dans  la  rade 
de  New- York. 

Les  américains  avaient  pris  k  leur  charge  les  frais  de  cons- 
Iruction  du  piédestal  sous  la  direction  du  généi'al  Stonea.  Il 
fut  établi  en  granit  avec  un  escalier  intérieur  donnant  accès 
jusqu'au  sommet  de  la  statue  d'où  partent  les  rayons  élec- 
triques du  phare. 


Le  modèle  de  la  )>laluc  a  passé  par  deux  opérations  de 
grand issement.  M.  Bartholdi  exécuta  d'abord  une  figure 
d'étude  mesurant  i<°  11  de  hauteur,  du  talon  au  sommet  de  la 
tète.  Le  second  modèle  qui  mesurait  8™  50  fut  divisé  par 
section»  reproduites  mathématiquement.  La  forme  générale 
fut  ébauchée  en  charpentes  de  bois  recouvertes  de  lattes  et  de 
pl&tre,  mise  au  point  et  amenée  à  ea  forme  déHnitive  par  les 
ouvriers  marteleurs  qui  imprimaient  les  feuilles  de  cuivre  par 
pression  et  battage  au  mailbt. 

La  puissante  armature  en  charpente  de  fer  qui  sert  de 
point  d'appui  à  toute  l'enveloppe  de  la  statue,  a  été  étudiée 
et  exécutée  par  H.  Eiffel  l'auteur  de  la  fameuse  tour  de  300 
mètre». 


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A   THAVBh»   LK   PASSÉ  103 

Enfin  MM.  Gaget,  Gauthier  el  O"  (25  rue  de  Chazelles^  qui 
ont  organisé  avec  M.  Bartholdi  ce  travail  de  cyclopes,  onl, 
eux  aussi,  bien  mérité  du  comité  franco-américain.  En 
approchant  de  leurs  ateliers  retentissants  où  une  soixantaine 
de  pygmées  s'acharmaient  îi  dompter  un  géant,  on  croyait 
entrer  dans  I3  monde  de  la  féerie,  dans  le  pays  des  Lillipu- 
liens  essayant  d'enchaîner  Gulliver. 

M,  l'ingénieur  Talanzier  a  publié,  en  1883,  dans  le  Génie 
cioil,  une  étude  approfondie  de  ce  procédé  de  travail  au 
repoussé  qui  avait  déjà  été  employé  pour  la  slatue  de  Saint 
Charles  Horromée  sur  le  Lac  Majeur.  Il  est  curieux  de  rappro- 
cher les  dimensions  des  diverses  statues  colossales  depuis  les 
temps  anciens  jusqu'à  nos  jours  : 

Statue  de  la         Colonne  Colosse  de  Arminiu» 

Liberté  Vendôme  Rhodes        en  Wcstphalie 


Saint  Charles  Vierge  Bavaria 

Borromée  du  Puy  _ 

23"  te"  la»  70"" 

Splendides  furent  les  fêtes  de  l'inauguration  du  monument. 
L'écho  m'en  est  revenu  par  les  lettres  de  mon  ami  Hubert 
Diss  qui  habitait  alors  New- York  et  me  tenait  au  courant  de 
l'enthousiasme  des  Yankees.  M.  Bartholdi  entrait  vivant  dans 
la  gloire.  On  donna  son  noir,  il  une  rue,  k  une  place,  à  des 
docks,  h.  des  établissements  divers.  Des  marchands  plaçaient 
leurs  magasins  sous  le  vocable  de  l'homme  célèbre  du  jour. 
Ainsi  Diss,  qui  faisait  le  commerce  de  tableaux,  intitula 
son  salon  :  Darlholdi's  arli  room,  (Salon  artistique 
Bartholdi). 

Ceux  qui,  le  26  octobre  1886,  onl  assisté  k  celte  solennité, 
ont  dû  conserver  l'impression  vivace  de  l'hommage  rendu 
aux  inspirateurs  d'une  œuv-e  qui  scella  de  nouveau  l'an- 
cienne amitié  de  la  France  et  des  litats-Unis.  La  mise  en 
scène,  merveilleuse  k  tous  égards,  était  faite  pour  émouvoir 
'es  plus  indifférents.  Toute  la  rade  remplie  de  vaisseaux  et  de 


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104  RBTt;K  d'alsace 

milliers  d'embarcations  aux  pavillons  éclalanls,  les  musi- 
ques civiles  et  militaires  jetant  leurs  notes  entraînantes  dans 
cette  manifcstalion  populaire  que  dominaieni  le  grondement 
du  canon,  les  hourrahs,  les  acclamations,  les  tri^pignements 
de  joie  sous  un  soleil  spicndide,  le  bruit  sourd  et  solennel  des 
grandes  foules  fciilvanisées  par  une  grande  idée,  tel  était 
l'inoubliable  spectacle,  inoubliable  surtout  pour  notre  artiste 
alsacien,  qui  au  pied  de  son  œuvre  colossale,  contemplait 
prorondément  éiim,  ce  prestigieux  tableau  des  Mille  et 
une  nuits. 


La  colonie  am'^ricaine  de  Paria  se  cotisa  pour  faire  ériger 
le  modèle  original  de  la  statue  sur  la  place  des  Etats-Unis.  Au 
moment  oiî  ce  modèle  allait  être  détruit.  M,  Morton,  ministre 
des  États-Unis,  et  quelques  amis,  MM.  Mackay,  Bennett  et 
autres  ont  fait  les  frais  de  la  fonte  de  ce  modèle  que  M.  Bar- 
tholdi  leur  avait  donné.  Un  autre  exemplaire  de  la  statue  fut 
érigé  il  l'extrémité  de  l'Ile  des  Cygnes  près  du  pont  de  Gre- 
nelle. Pour  que  rien  ne  manquât  aux  hommages  décernés  au 
sculpteur  Colmarien,  qui  était  déjii  ofTicier  de  la  Légion 
d'honneur  il  fut  nommé  commandeur  de  cet  ordre.  Puuvail- 
il  rêver  mieux  lors  de  ses  modestes  débuts,  quand  je  le  vis  en 
1857,  dans  son  petit  atelier  de  Colmar,  pétrir  avec 
enthousiasme  cotte  terre  iflaisc  d'où  devait  sortir  une  œuvre 
immortelle  ? 

Il  a  continué,  depuis,  la  série  de  ses  succès  par  la  création 
d'autres  œuvrer:  importantes,  comme  par  exemple,  la  statue 
de  Christophe  (lolomb  qui  vient  d'être  fondue  en  argent 
massif  par  un  orfèvre  <le  New-York,  la  fontaine  de  Jean 
llœsselmann,  prévOt  de  Colmar,  cet  ami  de  Itodolphe  de 
Habsbourg  que  l'artiste  a  représenté  en  costume  de  chevalier 
du  Moyen  flge,  sous  les  traits  modernes  et  chevaleresques 
d'un  maire  de  Colmar  très  connu  ;  te  remarquable  groupe  en 
marbre  qu'il  vient  d'exécuter  en  souvenir  de  l'assistance 
donnée  par  la  Suisse  aux  assiégés  de  Strasbourg  en  1870, 
groupe  érigé  sur  la  place  de  la  gare  à  BAIft  et  qui  a  valu  k 


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A  TRAnnS    LB  PASSÉ  105 

son  auteur  la  médaille  d'honneur  du  salon  dr  sculpture 
eu  1895. 

Une  de  ses  œuvres  les  plus  populaires  et  les  plus  atta- 
chantes dans  sa  note  palriolique,  c'est  le  Lion  de  Betforl. 
enlevant  sa  fîëre  et  colossale  silhouette  sur  le  rocher  que 
domine  le  château-fort,  et  rappelant  l'invincible  résistance 
de  ses  défenseurs.  La  réduction  en  bronze  de  ce  monument 
national,  qui  ligure  sur  la  place  Uenfert-llochereau  k  Paris, 
donne  une  id^e  frappante  de  celte  œuvre  aussi  puissante 
par  sa  conception  que  par  la  noble  simplicité  de  ses  lignes 
sculpturales. 

N'oublions  pas  le  beau  monument  élevé  par  les  Alsaciens* 
Lorrains  ii  Gambetia  aux  Jardies  où  le  grand  patriote  ter- 
mina sa  trop  courte  carrière,  et  la  dernière  œuvre  colma- 
riennedeM.  Bai-tholdi,  In  statue  assise  de  Gustave-.Vdolphe 
Hirn,  le  savant  malhém,tticien  et  astronome  ;  enfin  le  groupe 
Lafayette  et  Washington,  donné  à  la  ville  de  Paris  par  un 
citoyen  de  la  libre  Amérique,  M.  Joseph  Pulilzer,  directeur- 
propriétaire  du  journal  le  B'orW.  Ce  monumeni,  inauguré 
le  1"  décembre  1895  dans  le  square  des  lïtats-Unis,  repose 
sur  un  piédestal  en  grès  des  Vosges  de  3  mètres  de  hauleur. 

N'oublions  pas  non  plus  qu'au  cours  île  sa  carrière  d'aiiiste 
déjîi  longue,  M'.  Bartholdi  a  réalisé  d'autres  œuvres  durables, 
telle  que  la  statue  de  Vercingétorix  (au  musée  de  Clermont- 
Ferrand),  celle  de  Champoilion  au  collège  de  France,  celle  de 
Vaubnn  h  Avallon,  celle  de  Gribeauval,  grand  maître  de 
l'artillerie,  aux  Invahdes  et  le  franton  du  Musée  de  Rouen. 

Au  salon  des  ("hamps-Élysées  de  1897  nous  avons  vu  la 
plus  récente  œuvre  de  M.  (iarlholdi,  le  modèle  en  plfllre  d'une 
nouvelle  fontaine  monumentale  destinée  ii  la  ville  de  Colmar 
iléjfi  très  largement  dutée  des  œuvres  de  notre  sculpteur.  Pour 
en  apprécier  la  valeur  déconilive,  qui  parait  très  originale, 
il  faudra  la  voir  dans  son  cadre,  à  coté  du  vieil  édifice  du 
Kaufhaui  où  s'épanouit  l'architeclure  du  XVI"  siècle,  qui  est 
celle  adoptée  par  l'arliste.  Élevé  en  souvenir  d'un  vieux  che- 
valier alsacien  bardé  de  fer,  Lazare  de  Schwcndi,  à  qui  on 
attribue  l'introduction  du  raisin  de  Tockay  dans  le  vignoble 
alsacien  des  environs  de  Colmar,  il  représente  le  vieux  sei- 
gneur de  ilohlandRper^,  armé  de  pied  en  cap  et  brandissant 


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106  RBVUB   D' ALSACE 

fièrement  son  raisin.  Pourcotix  qui  ne  sont  pas  familiarisés 
avec  la  chronique  locale,  ce  mouvement  exigera  une  légende 
explicative.  Ayant  demeuré  au  milieu  du  vignoble  de  Kient- 
zheim,  où  se  trouve  son  tombeau,  le  vieux  chevalier  devait 
s'intéresser  beaucoup  au  perreclionnement  du  cépage  de  ce 
charmant  coin  de  pays.  Les  amateurs  de  la  liqueur  dorée  de 
Riquewihr  s'associeront  de  grand  cœup  à  cet  hommage  très 
posthume  rendu  au  vieil  amateur  cuirassé. 

61  xuicre)  Charles  Goutïwiller. 


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THÉOPHILE  CONRAD  PFEFFEL 


ESSAI    BIOGRAPHIQUE 


DEUXIÈME   PARTIE 


/.    L'ŒUVRE    LITTÉRAIRE 


i  Débuts  (fin)  (1) 


Les  Récréations  théâtrales  que  PfefTel  rédigea  périodique- 
ment de  1763  à  1774  sont  des  traductions  libres  de  pièces 
n'ayant  jamais  été  traduites  en  allemand,  surtout  de  drames 
français.  11  s'y  écarte  souvent  à  tel  point  de  l'original  que 
son  œuvre  peut  être  qualifiée  d'indépendante  et  de  person- 
nelle. C'est  bien  ainsi  que  le  public  l'acueiliit  et  la  comprit. 
Car  ces  récréations  furent  universellement  appréciées  dans 
dans  les  cercles  particuliers  auxquels  elles  s'adressaient.  Il 
n'en  fut  pas  de  même  d'une  autre  publication  périodique 
tentée  par  Pfeflel  en  1764,  pour  iamiliariserles  lecteurs  alsa- 
ciens avec  les  meilleurs  productions  de  la  liltérature  allemafide 
contemporaine  qui,  s'acbeminant  àgrands  p&i  vers  sa  période 
classique,  devenait  d'année  en  année  plus  intéressante.  Nous 
voulons  parler  de  la  Bibliothèque  universelle  du  beau  et  du 

(1)  Voir  1896,  p.  47«  à  498. 


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108  REVUE  D' ALSACE 

6ien,  qui,  bien  qu'elle  s'apprétAtà  donner  aussi,  dans  (('ex- 
cellentes traductions,  les  chefs  d'œuvres  des  littératures  fran- 
çaise, anglaise  et  italienne,  ne  put  fournir,  faute  d'abonnés, 
qu'un  volume  paru  chez  Decker  (Bile  et  Colmar). 

En  revanche,  la  ^ocïV/e'rfe  ^ec(ure  que  PfelTel  funda  ii  la 
même  époque  et  dans  le  même  dessein,  subsista  avec  honneur 
jusqu'à  la  révolution,  après  laquelle  la  Société  d'émulation 
du  Haut-Rhin  prit  sa  place. 

En  176f),  nouveau  volume  de  périodes  divei'ses:  Neuf  Dey- 
frœje  tur  deutichen  Makulatur  (Francfort  chez  Garbe).  Des 
50  pièces  environ  qu'il  renferme,  la  moitié  seulement  (nous 
trouvons  la  même  proportion  dans  les  Essais  de  1761)  fut 
admise  dans  l'édition  définitive  de  Cotta  en  1802.  L'avant- 
propos  (dédicace  à  Caubli)  et  la  table  des  matières  gardent 
le  Ion  humoristique  adopté  dès  le  titre.  Exemples  empruntés 
it  la  table  des  matières: 

Gatalhée.  Une  églogue  comme  Virgile  aurait  dCi  faire  les 
siennes. 

Z.a/»uce.  Les  rimes  sont  de  moi,  le  reste  est  dans  Eiopi^ 
à  la  cour  etc. 

Si  cet  esprit  n'est  pas  toujours  du  meilleur  goût, 
partout  du  moins  règne  celle  agréable  bonne  humeur 
qui  n'abandonna  jamais  complètement  le  poète,  même  dans 
ses  jours  les  plus  sombres  (puisqu'il  osa  même  plaisanter 
Robespieri-e  proclamant  l'existence  de  l'Être  Suprême)  et  qui 
l'aida  à  porter  en  patience  des  peines  physiques  et  morales  qui 
auraient  aigri  tout  caractère  moins  trempé  ou  moins  heu- 
reusement formé.  D'ailleurs  &  càtc  de  la  noie  plaisante  cul- 
tivée jusqu'alors,  il  commentait  fi  s'exercer  dans  un  genre 
plus  grave,  la  poésie  religieuse,  donl  sa  meilleure  œuvre,  le 
cantique  dit  de  Jéhovah,  retentit  encore  dans  les  temples 
d'Alsace.  Ses  di'buts  dans  ce  genre  sont  marqués  par  l'élégie 
en  six  strophes  chantée  nu  service  funèbre  qui  fut  solennel- 
lement céKhré  ii  Colinar  le  1:2  juillet  17fî8  îi  l'occasion  de  la 
mort  de  la  reine  Marie  Leczinska. 

En  1769,  l'éditeur  slrasbourgeois  Uauer  publiait  les  Dra- 
matiiche  Kinderspiele,  petits  drames  que  PfefTel  n'avait 
d'abord  écrits  que  pour  ses  en  farts  et  ceux  de  ses  amis,  et  que 
Berquin  jugea  digne  de  tigurer  dans  ses  Lectures.  Presqu'en 
même  temps,  Treuttel  éditait  en  deux  volumes  son  Magasin 


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THÉOPHILB  CONBAD   PFEFFEL  109 

historique  pour  l'esprit  et  le  cœur,  recueil  de  300  anecdotes 
tirées  des  meilleups  écrivains  français  et  reproduites  dans  le 
texte  original  aussi  bien  que  dans  la  traduction  de  FfefTel.  Ce 
recueil  fut  adopté  d'abord  por  l'École  Militaire  de  Paris,  puis 
par  d'autres  collèges  et  compta  un  grand  nombre  d'éditions, 
il  n'est  pas  ('■toiinant  que  Pfeffel  ait  réussi  dans  l'œuvre 
si  difTicile  de  traducteur.  Il  s'y  était  exercé  de  bonne  heure. 
Déjk  comme  étudiant,  il  avait  traduit  h  Halle  les  Pensées  sur 
les  destinées  de  l'homme  du  pasteur  Spalding  ;  et  k  l'époque 
de  la  vie  qui  nous  occupe  en  ce  moment,  il  traduisait,  de  la 
ftoographie  de  fiflsching  paru  ii  partir  de  j'5i,  d'abord  le 
tome  relatif  H  la  France,  puis  trois  autres  en  y  Joignant  des 
additions  et  des  rectiQcations,  Il  osait  même  aborder,  sans  les 
terminer,  bien  entendu,  tes  20  volumes  de  YHistoire  ecclé- 
siastique, de  l'abbé  Fleuiy,  que  Didier  a  réédités  en  1840  et 
que  Voltaire  estimait  le  medleur  livre  de  ce  genre  qu'un  ait 
jamais  écrit.  Enfin  PfcrTel  secondait  le  comte  Maurice  de 
BrQhl,  colonel  de  Uoyal-A Isace,  dans  ses  études  sur  les  prin- 
cipes de  la  tactique. 

Tous  ces  travaux  si  divers,  si  mer\'eilleux  de  la  part  d'un 
aveugle  ne  passèrent  pas  inaperçus.  Bientôt  honneurs  et  dis- 
tinctions affluèrent.  En  1763,  le  landgrave  de  Hesse-Dann- 
stadt,  qui  résidait  souvent  à  Bouxwiller,  le  nomma  son  con- 
seiller auljque,  et  en  1767  la  Société  latine  do  Carlsruhe l'élut 
membre  honoraire.  Austi  son  nom  était  connu  et  estimé,  lors- 
qu'il conçut  l'idée,  extraordinaire  dans  sn  situation,  de  créer 
une  école.  Avant  de  le  suivre  dons  son  aciivité  pédagogique, 
jetons  un  coup  d'œil  d'ensemble  sur  son  œuvi-e  poétique  et 
prosaïque. 

3  Le»  Essais  poétiques 

En  1783,  la  ville  de  Bienne  venait  de  lui  décerner  le  droit 
de  bourgeoisie  ainsi  qu'k  toute  sa  famillp,  et  le  grand  conseil 
de  le  nommer  membre  d'honneur,  c<>  qui  le  rendait  citoyen 
suisse,  lorsqu'une  nouvelle  indiscréliun  l'obligea  à  publier 
ses  fables,  qui  circulaient  depuis  longtemps  entre  les  mains 
de  ses  amis  en  manuscrit,  mais  qu'il  n'avait  pas  encore  Jugé 
nécessaire  de  faire  imprimer. 


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IlO  RBWI  D  ALSACK 

Thurneyeen  de  Bile  se  chargea  de  les  éditer  et  Preffel  les 
dfdia  k  la  Sociëtf^  Helvétique,  dont  il  était  membre  depuis 
sept  ani^,  et  dont, en  1765,11  allait  ouvrir,  en  qualité  de  président, 
la  session  annuelle  par  un  discours  Uberdieeurop.  Kriegs- 
verfassung  vor  Erfindung  des  Feuergewekrt  und  ûber  die 
Verœnderungen,  welche  diett  Erfindung  in  unserm  Well- 
Iheil  ûberkaupt  u.  in  //elcelien  insbesondre  hereorbradile. 

En  1789,  il  était  alors  membre  d'honneur  de  l'Académie 
des  Arts  et  Sciences  de  Berlin,  une  nouvelle  édition  de  ses 
fables  parut  s'imposer.  A  la  demande  commune  de  tous  ses 
amis,  il  yjoignit  cette  fois  ses  autres  productions  poétiques, 
onciennes  et  nouvelles,  et  le  tout  parut  encore  à  Mie, 
chez  son  élève  Guillaume  Haas,  dont  ce  fut  la  première 
publication,  en  trois  volumes  comme  en  1761  et  sous  le 
même  titre  A'Estais  poétiques. 

Le  premier  volume  embrasse  les  années  1758-83,  Tout  ce 
qui  a  déjà  été  imprimé  y  est  remanié,  nous  dirons  plus  loin 
dans  quelle  mesure.  Ici,  voyons  surtout  les  dédicaces  qui 
éclairent  les  relations  du  poëte  aux  diiïérenles  époques  de  sa 
carrière.  Voici  d'abord  la  première  des  sept  fables  de  176S, 
qui  est  dédiée  au  pasteur  Gryneeus,  probablement  un  beau- 
frère  de  Georges- Jacques  Decker,  imprimeur  de  la  cour  de 
Berlin.  Des  trois  pièces  datant  de  1773,  l'une  est  adressée  Ji 
Goller  (Voir  yaAréucA  des  Vog.  Clubs,  1^95,  p.  28).  Parmi 
les  six  de  1775,  citons  Theone,  ù  Serena,  qui  est  le 
nom  bucolique  de  M"'  Steinheil,  fille  d'un  conseiller  de  la 
régence  des  Deux-Ponts  à  Ribeauvillé  et,  depuis  le  14  mai 
1776,  épouse  du  théologien  de  Gœttingue  Godefroy 
Less,  qui  reçoit  la  dédicace  de  la  fable  intitulée  La  torche 
(1876). 

1776.  Le  cheval  et  le  poulain,  k  Lucé. 

1777.  Le  hanneton,  à  Sarasin  (Jahrbuch  des  Vog.  Clubs, 

1778.  La  Irouvaille,  k  Lerse,  le  fidèle  collaborateur  de 
Pfeffel  a  l'École  Militaire. 

L'enfant  et  son  père,  au  jeune  comte  de  Custine, 
élève  de  Pfeffel  pendant  que  son  père  commandait 
un  régiment  à  Colmar  et  h  Brisach,  et  caché  par  lui 
dans  sa  propre  chambre  pendant  la  Terreur. 
L'amitié,  Jt  Zoé  (Mme  Sarasin). 


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THItOPHILB  COKR.\l>     PPSFTBL  lU 

i78l.  Baharam,  h  Bodmer,  qui  répond  en  envoyant  deux 
de  ses  écrits  (Voir  Epislel  an  die  Nachwelt,  p.  -44;. 
avec  une  lettre  que  Stœber  a  vue  encore,  mais  qui  a 
disparu  depuis.  PfeiTel  remercie  à  son  lour  par  une 
missive  du  22  octobre  1781,  qui  est  h  la  Bibliothèque 
lie  Zurich.  Bodmer  mourut  deux  ans  après,  ngé  de 
H3  ans. 

Les  peler  ins,khn\ti\.ir.  (Au  même,  en  1787;  Le» 
béquillet, 

1782.  L'ours  et  le  lion,  au  prince  héréditaire  d'iseni- 
bourg-Birslein,  dont  le  père  régnait  à  Biidingen,  au 
N.E.  de  Francltfort,  sur  une  principauté  que  la 
Révolution  médiatisa  et  qui  fait  partie  maintenant 
de  Hesse-Darmstadt, 

Le  nouveau  mentor,  à  Sander  (fiev.  d'Als.  1896. 

p.  483). 

La  description  de  Jupiter,  u  Schlosser,  qui  était 
depuis  1773  beau-frère  de  Gœlhe  et  bailli  du  comté  de  Hoch- 
berg,  avec  résidence  à  Emmeindingen.  François  Lerse,  ami 
d'études  de  Gœthe,  fil  faire  à  Schlosser  la  connaissance  de 
Pfeffel  au  printemps  de  1776,  dès  qu'il  fut  installé  h  Colraar 
comme  inspecteur  de  l'Ecole  Militaire.  Cornélie  Gœthe,  la 
première  femme  de  Schlosser,  mourut  en  1777  et  fut  rem- 
placée un  an  après  par  Jeanne  Fahlmer. 

1783.  Le  vieux  corbeau,  à  son  frère,  qui  avait  passé  l'été 
de  1781  dans  sa  nouvelle  propriété  de  Fortschwihr, 
où  le  pasteur  de  Vogelsheim,  André  Muller,  le  maria 
le  24  septembre  k  Marie  Stœrtz,  fllle  d'un  officier  au 
service  de  Deux-I'onts. 

Cuttidon  transformé,  a  Minna  Wild,  Madame  Lucé 

depuis  1775,  et  grand'mère  du  botaniste  Kirschleger 

et  du  sculpteur  Bartholdi. 

La  Dryade,  ^Wotimann  de  Landau,  collaborateur 

et  beau-frère  du  poète. 

Le  Dogue,  ii  Sophie  de  la  Roche. 


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Son  contenu  esl  semblable  ;i  celui  du  premier  :  pièces  nou- 
velles   ou    remnniées,    imitniion   ou   adaptntion   de   fables 
élpangères,  anecdotes  ou  Irails  historiques.  Exemples  : 
1776.  Emma  et  Eginhard,   à  Betty,  une  inconnue;  car  il 
ne  saurait  être  question  de  Bctti  tle  Clermont,  qui 
épousa  le  philosophe  Krllz  Jabolii  en  1764  et  ne  lit 
la  connaissance  personnelle  de  pretTel  que  le  28  mai 
1780.  Elle  n'était  d'ailleurs  plus  d'âge,  en  1776,  k 
se  voir  adresser  ces  vers,  par  lesquels  la  poésie 
débute  : 

a  Geh,  Betly,  schliess'die  Halle  zu, 
Undgibdie  liarfe  mir; 
Von  einem  KnEulelo,  schœn  wie  du, 
Sing'ich  eiu  Liedchen  dir  »,  etc. 

1784.    Thionice,  à  Lina  Pfeffel,  depuis  Mme  Berger. 

Ibrahim,  à  Charles  Preffel,    depuis  banquier  à 

Francfort. 

Le»  deux  chien*,  k  Auguste  PfeiTel,  volontaire  de 

1792,  niorl  dans  les  bras  paternels,  des  suites  de  la 

la  cnmpngneffler.  d'Âls.,  1895,  p.  82). 

Therete  Paradis,  k  elle-même  (lahrbuch  des  Vog. 

Cl.  1897,  p.  137). 

1783.  L'aéronttule,  au  conseiller  badois  Wild,  ex-profes- 
seur de  l'Ecole  Militaire,  laquelle  ce  derniervenail  de 
quitter pouroccuper  un  poste  orTicielh  Mullheim,  où 
son  oncle  Emmanuel  Groos  avait  été  bailli  (il  l'était 
alors  h  Winterberg^et  Martinstein  diins  lecomtéde 
Sponheim).  Les  frères  Montgulfler  venaient  de  faire, 
il  Aniionay  et  à  Versailles  (5  juin  et  20  septembre 
1783)  leurs  essais,  imiti^s  bientôt  par  Krnn^-ois 
Itlaucliaid  qui  alla  en  ballon  de  Douvres  à  Calais 
(1785)  et  allait  faire  sn  vingt-sixième  ascension  à  la 
i-itadelle  de  Strasbourg  le  23  aoAt  1787.  Un  «'lève  de 
preffel,  Richard  Bnch,  de  Soullz  près  Guebwiller, 
depuis  homme  de   loi  îi  Colmar  (Epitlel  an  die 


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THÉIIPHILB   i:i>MlAn    l'KEFFEI.  113 

A'arhicelt  p.  ftI-5),  lit  aussi  {178i),  îi  Schweîghau- 
sen  près  Thann,  une  tentative  d'aéroslatioo,  k 
laquelle  Wild  a  ilà  prendre  part,  d'iiprès  l'allusion 
que  nous  trouvons  au  début  de  la  poésie  : 

«  Freund,  dessen  lland  am  stoUen  Purs 
Des  (raubenreichen  Vogesus 
Kin  Segel  diireh  die  Wolken  fi'ihrli': 
l>a  man  mit  skopti^chem  Geschrey 
Am  Uarz  noch  imnies  de  monslrieti, 
])nsB dièse  Kahrl  unmœglich  soy...  ".etc. 
L'/itoile,  an  baron  -lo^^epli   de  Bénddingen,    que 
Pfe (Tel  remplaça  le  1"  janvier  1785  comme  président  de  la 
Société  helvétique.   Né  en   1738,   chanoine   k    Ilildesbcim, 
président  de  la  Chambre  des  Comptes  de  Spire,  membre  de 
plusieurs  sociétés  savantes  de  Suisse,  ami  de  Merck  et  grand 
dilettante  d'ail,  il  eut  deux  frères,  dont  l'un,  chambellan  de 
l'Klecteur  de  Trêves,  puis  maître  des  cérémonies  à  la  cour  de 
Stuttgaril,  obtint  le  titre  de  comte  en  1800,  tnndis  que  l'autte 
est  le  chanoine  de  Hurbach  qui  devint  Pran^-ais  en  1768. 

La  famille  était  de  Thurgovie,  où  naquit  en  1673  Sébastien 
Péréj^in  de  Béroldingen  qui,  sous  le  nom  de  Célcslin,  fut  en 
1704,  coadjuteur  et  en  1720  prince-abbé  deMurbach,(Gatrio, 
Die  Abtei  JUttrback  I!,  548)  et  semble  avoir  été  l'oncle  des 
trois  frères, 

I78fi.  Les  riseauT  d'Atropoi,  à  Jean-GBurges  Jacobi, 
professeur  de  littérature  it  l'Université  de  Fnt>ourg 
depuis  1784  (Zeittch.  f,  Gesrh.  fias  Oberrh.. 
1896.  p.  36). 

Le  renard,  le  chien  de  chasse  et  le  lynx,  k  ses 
élèves,  auxquels  il  dédia,  la  même  année,  vingt  quatre  de 
ses  fables  les  plus  connues,  publiées  en  recueil  (La  pipe 
turque,  La  mère  des  Graa/ues,  Les  deux  c/iiens,  L'imai/e 
de  la  mort.  Le  salaire  de  la  vertu,  etc.) 

1787.  La  chapelle  de  Semparh.  au  bourgmestre  filutz 
i^i  Soleure. 

L'éléphant,  au  banneret  Wildermett  k  Bienne. 
Deux  Alexandre  W.,  père  et  fiU,  commandèrent  successive- 
ment la  milice  k  Rienne.  I,e  fils  fut  élève  de  Pfeffel  ()7"7-80), 


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m  HEVOE   d'aLBACE 

puiB  étudiant  k  Gœtlingue,  et  eut  un  cousin  qui,  après  avoir 
aussi  été  k Colmar  (1779-82),  entra  dans  l'arm '••  prussienne. 
Avec  le  fils  de  ce  dernier  (décédé  en  1888),  lu  famille  W.  s'est 
éteinte  à  Bienne. 

1788.  Gessner.  à  la  mémoire  du  poëte  idyllique  de  Zurich, 
mort  le  2  mars  1787  comme  conseiller  et  libraire.  Dans  une 
fiction  qui  nous  paraît  froide,  PfelTel  l'égale  à  Théocrile  et 
compare  à  Esope  le  fabuliste  contemporain  Lichtwer  (1719- 
83),  presqu'oublié  aujoui'd'hui.  CVst  ainsi  que  nos  descen- 
dants riront  de  nos  Jugements. 


Paru  en  1790,  il  comprend  quatre  parties,  dont  la  pre- 
mière s'ouvre  par  une  Epi'lre  à  Schlosxer  (1787),  que  les 
contemporains  apprécièrent  fort,  mais  qui  ne  peut  plus  guère 
se  lire  aujourd'hui:  les  allusions  mylhologiquesqui  y  abonilent 
et  une  recherche  trop  visible  de  traits  d'esprit  fatiguent  vite  le 
lecteur  que  ne  rebuterait  pas  l'absence  fréquente  de  bon  goût. 
Par  contre. 

Le  Matin,  à  Doris  (1763)  est  d'une  lecture  moins  fasti- 
dieuse, quoique  les  mêmes  d(''fauts  y  reparaissent,  voilés 
toutefois  par  un  certain  entrain  juvénil  et  par  l'intensité  et 
la  véracité  du  sentiment  qui  perce  par  endroits  au  milieu  du 
badinage.  Puis  vient  une  causerie  à  Sarasin  (1777),  réminis- 
cence de  la  seconde  entrevue  de  Schinznach,  ici  encore  le 
sentiment  paratt  vrai,  mais  s'exprime  en  termes  ou  trop  pro- 
saïques ou  trop  pathétiques. 

Le  morceau  suivant.  Amitié  et  amour  {n%9)  Itowû  des 
accents  passionnés  et  quelques  expressions  énergiques  qu'il 
est  permis  d'appeler  heureuses.  Il  suffirait  de  retoucher  cer- 
taines tonrnures  vieillies  ou  déplacées  pour  captiver  encoie 
notre  intérêt,  puisque  le  sujet  est  éternellement  actuel  el, 
bien  exprimé, éveillera  toujours  un  écho  assuré  dans  les  itmes 
sensibles. 

C'est  une  anecdote  de  l'an  1480,  emprunté  à  la  Vie  de 
Louis  II  de  la  Trémouille  (Collection  universelle  des  Mé- 
moires particuliers  relatifs  îi  l'Histoire  de  France,  (XIV,  121). 


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THÉOPHILE  CONRAD   PFBPFEL  I  IQ 

Avouons  toutefois  que  le  poète  ne  s'adresse  pas  k  des  lecteurs 
trop  prudes,  les  preuves  abondent.  En  voici  une,  que  nous 
donne  le  quatrain  intitulé  Les  pères  (1769). 

<  Zween  Jungen  baigten  sich  wie  zween  erboste  Kater. 

Der  Bastard  Gœrgel  drosch  auf  Junker  Fritzchen  zu. 

(ieh,  Lflmmel,  brllUet  Fritz,  du  hast  ja  Keinen  Vater. 

Oho,  nef  Gorge),  mehr  aïs  du.  h 

L'élection  d'un  roi  (1786)  est  une  fable  réussie: 

« Das  Reich  der  Affen  ist  wie  Polen. 

Bin  Wahlreich ....  « 
ainsi  que  les  deux  dernières  poésies  de  la  l'"  partie  ; 

Galathée  (1775)  et  VA  rare  puni  (1779).  La  bonne  humeur 
qui  y  règne  est  d'excellant  aloi  et  s'exprime  sans  pécher  con- 
tre le  goût. 

La  2""  partie  commence  par  une  Epttrf  l'i  Phébé  pour 
son  14'"''  annicemaire  (1778).  Phébé  est  la  fille  aînée  du 
poète  :  nous  lu  retrouverons  sous  le  nom  do  M""  Berger,  Le 
Sapin,  ÎL  Doris  est  de  la  même  année.  Un  petit  bouguel  à 
Zoé  pour  sonnnniveriiaire(S3iinv\ef).est  de  1786.  Déjà  10 
ans  avant,  il  avait  dédié  une  poésie  h  JA""'  Sarasin  qu'aloi*!:  il 
appelait  encore  Séraphine. 

L'Epitre  i)  Gœckingk  (17é5.Voir  Jnhrburh  des  Vog.  Clubs 
1893.  p.  32)  inaugure  la  3""^  partie  et  est  suivie  de  quelques 
vers  adressésauprincehéréditairedeHes8e-l)armsladt(1772). 
Ils  renrerment  un  habile  éloge  de  la  landgrave,  sa  mère, 
dont  la  générosité  venait  de  permettre  ii  PfefTel  de  se  charger 
de  l'éducation  des  enfants  du  comédien  Schrœder  (Annales 
fie  lEst,  1895,  p.  5«). 

Le  rubis  (1788)  finit  par  cette  sentence  digne  d'être 
méditée  : 

i(  Was  Staub  ist  fttr  genieinc  Seeleu 
Wird  fflr  den  Weisen  zu  Juwelen  ». 
]1  est  adressé  au  baron  de  Salis-Seewis,  le  poi!te  connu, 
qui,  comme  officier  de  la  garde  suisse  ît  Vcrsaillps.  avait 
visité  Pfeffel  au  printemps  de  178i  et  lui  avait  en.i)vé,  un 
an  après,  une  poésie,  à  laquelle  son  collègue  colmarien 
répondit  sans  doute  par  le  Audtft.  Disons  à  ce  sujet  que  le 
po?te  Salis  ne  fut  pas  élève  de  Pfeffel.  Ce  sont  deux  autres 


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llll  HEV|:e    D  ALSACE 

barons  de  ce.  nom,  venant  des  (îrisons,  qui  quittèrent 
l'École  militaire  en  17Râ. 

Signalons  encore,  comme  digne  d'être  lu,  le  début  du 
Nain  jaune  (1789). 

La  dernière  partie  donne  d'abord  VÈptlre  au  comte 
Maurice  de  BrQhl  à  Dresde  (1789)  qui  célèbre  en  termes 
touchants  l'aurore  si  vite  obscurcie  de  la  Révolution.  Les 
belles  espérances  qu'elles  exprime  étaient  déjà  ébranlées  au 
bout  d'un  an,  comme  le  prouve  la  fin  de  la  pièce  suivante  : 
/,c-<  (T-of*  Zi7a<*,  au  conseiller  l'etersen  à  Dani'Stiidt,  et  cet 
autre.  Le p/iilotophe  et  non  tailieur,  àMelzgcrrx>nseillcraii- 
liqiie  de  Hesse-Dannsladt  (comme  Preiïelj,  dans  laquelle  la 
nouvelle  constitution  est  comparée  b  un  habit  trop  large  donné 
à  un  enfant  et  qui  sera  usé  au  moment  où  il  sera  juste. 

Aurore  et  Tithon  (1763)  nous  ramène  en  pleine  passion 
juvénile. 

Le  Grenadier  (4789)  qui  mentait  et  se  battait  égale- 
ment bien  nous  amuse  encore. 

Le  chant  d'un  esclave  nègre  (iTtH)  eux  une  allusion  h  la 
conduite  honteuse  de  quelques  princes  allemands  qui  ven- 
daient leurs  propres  sujets  au  gouvernement  anglais  pour 
rombattre  les  américains  révoltés,  ce  qui  n'empêcha  pas  la 
capitulation  de  Saratoga  (octobre  4777),  La  renyeanre.  In 
dernière  en  date  des  pièces  du  rerueil,  raconte  un  épiswie 
touchant  la  Révolution  en  Quercy. 

Voilk  un  aperçu  ùes  Essais  poétU/ues  éà'iiécs  en  1789-1 7!W, 
parGuil  Haas  qui  s'apprêtait  à  eu  préparer  une  deuxième  édi- 
tion, lorsqu'il  mourut  prématurément"en  1800.  Son  vieuxpèi-e 
ne  voulant  plus  aborder  une  aussi  grosse  entreprise,  en  c-'da 
l'exécution  à  Cotta,  qui  publia  non  seulement  les  poésies  en  dix 
petit  volumes,  de  1802  à  1810,  mais  aussi  de  1810  à  181â  les 
œuvres  en  prose  en  neuT  volumes  complétés  en  1820  par  un 
dixième.  Ce  dernier  renferme  d'aboiil  la  biographie  du 
poiUe  par  Uieder,  puis  un  registre  alphab<Hiquc  des  pièces, 
tant  en  vers  qu'eu  prose,  qui  figurent  dans  les  dix-neuf 
volumes.  Knlin,  pour  ne  pas  parler  de  l'édition  Iteclam  en 
quatre  volumes,  disons  que  lleitz  en  fil  une  autre  en  cinq 


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THÉOPHILB  CONH\D   FFUri^EI.  117 

volumes  (1)  en  1834.  C'est  cette  dernière,  dont  la  table  des 
in]iti6res  nous  donne  les  poésies  par  ordre  chronologique, 
qui  vn  nous  permettre,  avant  de  passer  aux  œuvres  prosaï- 
ques, de  Jeter  un  coup  d'util  d'ensemble  sur  l'œuvre  du  fabu- 
liste colmarien. 

3.  Le  fabulistit 

L'avant-pmpos,  qui  est  le  même  que  chez  tlotta,  énumère 
les  modèles  français  imité);  par  l'auteur.  Outre  Florian,  ce 
sont  d'abord,  La  Motte,  Deshillons,  Aubcrt,  Imbert,  Dorât, 
Vitalis  et  Nivernois,  puis  Cazolle,  Du  Belioy,  Pavillon,  le  Car- 
dinal de  Demis,  d'Ardène,  Fénelon,  Mme  Deshoulières,  Sl- 
Gelais.  La  Fontaine,  Combault,  Boilcau. 

C'est,  on  le  voit,  un  mélange  bizarre  de  noms  bien  connus 
et  d'autres  presque  oubliés.  Arrêtons-nous  un  moment  auprès 
de  quelques  uns  de  ces  derniers. 

.'Vprès  la  dissolution  de  sa  Société,  le  Jésuite  berrichon 
Desbillons  (1711-1789)  s?,  retira  dans  la  ville  de  Hannheim, 
à  laquelle  il  légua  sa  riche  bibliothèque  et  ofi  son  souvenir 
n'est  pas  éteint.  11  y  publia  ses  quinze  livres  de  fables  en 
latin,  Faèulœ  j£si>pic(t  (llOB)  ;  deux  autres  livres  se  trou- 
vent dans  ses  Miscellanea  poehuma  (1792). 

L'abbé  Aubert  de  Paris  (1773-1814),  se  fit  connaître  dès 
1756  par  un  recueil  de  fables  qui  eut  un  grand  succès  et 
dont  Voltaire  dit  que  c'était  du  sublime  écrit  avec  naïveté. 
Plus  tard  (1774),  il  en  publia  une  édition  (deux  volumes) 
fort    augmentée. 

Le  Ntmois  Barthélémy  Imbert  (1747-90)  écrivit  des 
Fable»  nouvelles  (1773)  et  un  Choix  de  fabliaux  en 
vers  (1788). 

Le  fils  de  chapelier  Ant  Houdard  de  Lamolte  (Paris  J672- 
1731),  aveugle  à  40  ans  et  perclus,  est  moins  connu  par  ses 
fables  et  opéras  que  par  sa  querelle  avec  Mme  Dacier,  sur 
les  Anciens  et  le  Modernes. 


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118  DBVl'E  d' ALSACE 

Ktieone  Pftvilioii,  le  neveu  de  l'évèque  d'Alet,  fut  avocat- 
général  à  Melz.  Ses  Poésies,  dans  le  genre  de  Voilure,  furent 
imprimées  k  La  Haye  en  1715  et  1720.  Celle  de  Bernis  (1715- 
94   le  furent  h  Paris  (1797  et  1823). 

Les  ffuvres  de  Mellin  de  St-Galais  furent  réunies  u.  Lyon 
11574)  et  k  Paris  (1719);  celle  de  Cazotte  (1720-92)  le  furent 
il  Parip  par  Itastien  (4  volumes,  161C}.  Enfin  celles  de  Dorât 
(1734-80),  l'ami  de  Fanny  de  Banharnais,  forment  vingt 
volumes  in-S**,  dont  un  choix  en  trois  volumes  in-12  a  été 
fait  par  Sautercau  de  Marsy,  qui  publia  VAlmanach  des 
Muses  (1765-93)  et  les  Annales  poétiques  (1778-88).  Henri 
Richer  (1G85-1648),  avocat  au  parlement  de  Rouen,  écrivit 
ses  douze  livres  de  Fables  de  1729  à  1 744. 

Imitant  ces  modèles  français,  Pfeffel  devait  nécessairement 
adopter  et  pratiquer  leurs  théories  sur  fa  fable,  telles  que 
La  Fontaine  les  réalisa  et  l'abbé  Batteux  les  formula  dans 
?,es  Principes  de  liltérature  (1774).  Marmontel.danslesarti- 
clesqu'il  fournit  à  l'Encyclopédie  vers  1750  et  qui  dans  la  collec- 
tion desesCEuvres,  réunies  par  lui-même  en  dix-sept  volumes 
(1786)  portent  le  titre  d'Éléments  de  littérature  (réédités 
en  trois  volumes  par  Firmin  Didot  en  184(i).  dit  de  la 
fabis  que  son  artifice  consiste  à  déguiser  la  sagesse  sous  un 
air  de  naïveté.  «  C'est,  ajoute-t-i!,  le  secret  de  La  Fontaine 

que  la  Hotte  n'a  point  connu le  poète  doit  jouer  le  râle 

d'un  homme  simple  et  crédule  car  il  s'ugit  de  ménager 
la  répugnance  que  chacun  sent  ii  être  con'îgé  par  son 
égal... 

Telle  est  donc  l'espèce  d'illusion  qui  rend  la  fable  si  sédui- 
sante :  on  croit  entendre  un  homme  assez  simple  pour  répéter 
sérieusement  les  contes  puérils  qu'on  lui  a  faits;  et  c'est 
dans  cet  air  de  bonne  foi  que  consiste  la  naïveté  du  récit  et 
du  style.... 

Il  faut  encore  que  la  crédulité  du  conteur  soit  amusante,  et 
c'est  encore  un  des  points  oil  La  Motte  s'est  trompé  :  on  voit 
que  dans  ses  fables  il  vise  k  être  plaisant  et  rien  n'est  si  con- 
traire au  génie  de  ce  poëme  »  etc. 

Si  Marraonte!  a  raison  sur  ce  dernier  point,  les  fables  de 
Pfeffel  ont  un  tort  grave,  que  nous  avons  déjà  signalé  en  pas- 
sant. Comme  celles  de  h  Motte,  ellesvisent  k  être  plaisantes 


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THKOPHILB  CONHAD  PFEïTEL  119 

et  n'ont  rien  de  la  candeur,  artificielle  sans  doute,  de  celles  de 
La  Fontaine. CummeLaMotteatissi,  Pfeflel  laissetropvoir  l'im- 
portance qu'il  attache  k  la  moralité,  que  La  Fontaine  «  sem- 
ble quelquefois  chercher  après  avoir  composé  sa  fable,  soit 
qu'il  alTecte  cette  in  ce  ili  lu  de  pour  cacher  jusqu'au  bout  te 
dessein  qu'il  avait  d'instruire,  soit  qu'en  elTetil  se  Boit  livré 
d'abord  h  l'attrait  d'un  tableau  favorable  à  peindre  »  (Mar- 
montel,  Ed.  de  1845, 11,  159).  La  première  alternative  sem- 
blera la  plus  vi-aisemblable  à  qui  connaît  la  feinte  naïveté  du 
Bonhomme.  Lui  aussi  ne  voit  dans  la  fable  que  le  but  didac- 
tique et  ne  se  distingue  à  ce  point  de  vue  de  ses  collègues 
qu'en  ce  qu'il  sait  mieux  le  voiler  qu'eux. 

Mais,  nous  demanderons-nous  à  ce  propos,  la  fable  a-t-elle 
réellement  pour  fin  unique  de  nous  instruire  en  nous 
amusant,  et  ne  peut-on  pas  lui  appUquer,  comme  à  toute 
autre  poésie  digne  de  ce  nom,  les  vers  de  Gœlhe? 

«  Ich  singe  wie  der  Vogel  singt, 
Der  in  den  Zweigen  wohnet, 
Das  Lied ,  das  aus  der  Kehle  dringt, 
Ist  Lohn  der  reichlich  lohnet  ». 

Lessing,  qui  combat  si  viven.ent  la  thfione  française  de  la 
fable,  en  afiirme  aussi,  en  exagère  même  encore,  dès  le 
début  de  son  argumentation  (Ahhandlungen  ûber  die  Fabel, 
1739),  l'intention  didactique,  parce  que,  tout  comme  ses 
adversaires,  il  voyait  dans  la  fable  ésopique  la  forme  primi- 
tive du  genre,  l'idéal  en  un  mot,  auquel  il  s'agissait  de  la 
ramener,  on  la  dégageant  des  fausses  interprétations  dont  les 
classiques  l'avaient  obscurcie.  Il  voulait  faire  ici  pour  la 
fable,  en  d'autres  termes,  ce  qu'il  allait  essayer  bient6t  pour 
\a.iv&%èA\atia.ns\ii  Dramaturgie  de  Hambourg:  ramener  la 
théorie  faussée,  dévoyée,  îi  sa  pureté  grecque,  aristotélique. 
Toujours  logique  et  cons(^quent,  il  se  disait  :  Puisque  le  but 
de  la  fable  est  d'instruire  et  d'amender,  subordonnons  h  ce 
but  tous  les  acct^ssoires  et  réduisons-les  au  strict  minimum, 
tandis  que  La  Fontaine  cache  si  bien  le  but  sous  les  enjolive- 
ments du  style,  que  le  récit  finit  par  paraître  l'essentiel 
et  par  faire  oublier  la  morale. 


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liO  HEvue  d'alsacb 

En  faisant  eu  raisonnement.  Leasing  avait  la  logique  pour 
Ini,  ce  qui  n 'empochait  pas  sa  prémisse  (l'intention  didactique 
<)e  la  fable)  d'être  fausse,  ni  La  Fontaine  d'avoir  raison  en 
reléguant  la  mornl'i  h  l'arrière-plan  el  en  se  complaisant  dans 
les  détails  du  récit.  L'erreur  de  Lessing  vient  de  ce  qu'il  ne 
connaissait  que  lit  fable  ésopiquc.  S'il  avait  pu  appliquer  h  l'é- 
tude des  origines  indo-germaniques  de  la  faille  la  sagacité  et  la 
profondeur  de  vues  qu'il  a  déployées  dans  l'examen  de  la  fable 
classique,ilseraitcertainement  arrivé  aux  résultats  que  Jacques 
Grimm  a  développés  plus  tard  dansson  Introduction  k/feinAarf 
Fuchs  (1834)  ;  à  savoir  qu'à  l'origine  la  fable  populaire  n'avait 
pas  plus  d'intenlion  didactique  ou  satirique  que  l'épopée,  dont 
elle  n'est  qu'une  sorte  de  miniature  et  dont  elle  a  aussi  le 
le  calme  inconscient  et  la  naïve  prolixité.  La  Fontaine  en  a 
fait  «  un  drame  aux  cent  actes  divers»  pour  l'accommoder  au 
goût  raffiné  de  ses  contemporains,  qui  n'auraient  guère 
apprécié  la  paisible  simplicité  de  la  fable  naturelle,  telle 
qu'elle  est  née  de  l'imagination  enfantine  des  civilisations 
primitives.  Car,  répétons-le,  les  créations  de  cette  imagina- 
tion n'ont  d'abord  d'autre  cause  que  d'une  part  le  besoin  de 
répandre  la  poésie  sur  toute  la  nature,  d'associer  les  bétes 
aux  sentiments  même  humains,  comme  le  fait  encore  l'enfant 
d'aujourd'hui;  d'autrepartjeplaisirdeconteret  celui  d'écouter. 

Ainsi  concluons  cette  digression  théorique  en  renvoyant 
dos  à  dos  Lessing  et  La  Fontaine  :  ni  l'un  ni  l'autre  n'ont 
compris  l'essence  de  la  fable.  L'un  et  l'autre  l'ont  dépouillée 
de  sa  gracieuse  naïveté  et  ont  créé,  pour  ainsi  dire,  deux 
genres  nouveaux. 

Ajoutons,  pour  iHrc  équitable,  qu'ils  n'ont  pu  pgir  autre- 
ment. Car,  d'une  paît,  ils  ne  connaissaient  pas  la  fable 
populaire  arienne  ;  d'autre  part  ils  ne  pouvaient  ressusciter 
une  naïveté  qui  n'est  plus  dans  nos  mœurs  ;  ils  ne  pouvaient 
adapter  la  fable  ik  notre  état  de  civilisation  qu'en  la  transfor- 
mant. Leurs  contemporains  ne  la  goûtaient  qu'ri  cette  condi- 
tion. Pour  s'en  convaincre,  il  suffit  de  relire  le  jugement  de 
Laharpe  :  «  Il  n'existe  qu'un  genre  de  poésie,  dans  lequel  un 
seul  homme  a  si  particulièrement  excellé  que  ce  genre  lui  est 
resté  en  propre  et  ne  rappelle  plus  d'autres  noms  que  le  sien. 
Nommer  la  fable,  c'est  nommer  f.a  Fontaine  ;  il  avait  appris 
des  Anciens  cet  art  de  se  mettre  l'ielquefois  en    scène  dans 


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THÉOPHILE  CONHAD   PFEPrEL  iH 

son  propre  ouvrage,  art  très  heureux,  lorsqu'on  sait  égale- 
ment et  le  placer  k  propos  et  l'employer   avec   sobriété •», 

etc.  (Cours  de  littérature.  Ed.  Firinin-Didot  I,  724). 

Ecoutons,  comme  contre-partie,  le  jugement  de  Jacques 
Grimm  : 

«  In  Franckreich  mœchte  es  bald  an  der  Zeit  sein,  das 
langfiberscheetzte  Verdienst  Lafontaînes,  auf  seinen  wahren 
Werlh  zurûckzufuhren.  Wenoschalkhafter  Witz,  frivole 
.'Vuspielung  auf  den  Weltzustand,  epigrammatische  Wend- 
nung  in  der  Thierfabel  an  ihrer  Slelle  sind,  se  muss  er  ein 
trefllicher  Eabulist  hcissen.  Er  ist  otine  epischen  Takt  und 
viel  zu  sehr  mit  sich  beschfefligt,  als  dass  er  beider  Entfal- 
tung  des  alten  Materials,  das  er  sehr  oft  zu  Grande  richtet, 
verweilen  woUte.  Von  der  ^sopischen  Natflriischkeit, 
seibst,  der  Pbœdrischen  Fnecision  ist  er  absichtiich  gewi- 
chen,  um  in  anem  freien  und  losen  Versmaasdie  Arbeil  nacfa 
dem  Geschmack  seiner  Zeit  aufzuheitern  ». 

Placés  ainsi  l'un  en  face  de  l'autre,  ces  deux  jugements 
contradictoires  ('gaiement  exagérés,  se  corrigeront  l'un 
par  l'autre. 

Et  PfeiTel,  car  il  est  temps  maintenant  de  revenir  à  lui, 
après  avoir  éclairé  notre  opinion  sur  l'essence  de  la  fable, 
Pferrel,  qui  ne  pouvait  connaître  les  théories  de  Grimm, 
penche-t-il  pluldt  vers  La  Fontaine  ou  vers  Lesssing?  Sa 
position  est  intermédiaire  :  il  affecte  plus  de  sécheresse  et 
moins  de  naïveté  que  le  premier,  tout  en  restant  plus  plaisant 
et  plus  verbeux  que  le  second.  Ne  jugeons  donc  pas  ses 
fables  d'après  une  idée  préconçue,  d'après  des  théories  prises 
ailleurs.  Prenons-les  telles  qu'elles  sont,  laissons-les  produire 
directement  leur  impression  sur  nous,  et  puis  tAchons  d'ana- 
lyser cette  impression  sans  arrière  pensée,  en  leur  emprun- 
tant k  elles-mêmes  la  norme  de  notre  jugement. 

lA  suivre)  Th.  Sghikll 


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NOTES  &  DOCUMENTS 

rouK  suiviii  A 
L'HISTOIRE    DE    LA    PRESSE 

EN  ALSACE-LORRAINE 

Suite 


Liste  des  périodiqaes  de  la  Neurtbe  et  des  Vosges 

Le  Narrateur  de  la  Meuse,  propriétaire-gérant,  Claude- 
François  Denis  (Ij,  imprimeur  h  Commercy  avec  celle  épi- 
graphe :  Prudence  et  Vérité. 

Journal  autorist'  par  arrêté  du  T  thermidor  an  XII.  Mii  huit 
cent  quatre  ving;t  treize  numéros  formant  cinquante  volumes 
in-8o  et  le  dernier  iii-4»  du  27  décembre  1804  au  30  juin  1830. 

Le  journal  fut  remplacé  à  Dar-le-Duc  par  VÉclio  de  l'Est. 

Le  Barisien,  feuille  d'annonces.  Bar-le-Duc  1828. 

L'Écho  narrateur  de  la  Meuse,  1831. 


(ij  Né kCiiiiimerc; le  14 décembre  1763,  y  mounil  le  tt  jjillet 
1853.  Son  Jaurnal  eut  beaucoup  de  succ&a.  Il  était  politique,  liKé- 
rairc  c<  archéologique.  On  cite  de  M.  Denis  un  bien  beau  Irail  ; 
Pcndnal  l'ioTasion  de  181S,  un  quidam  lui  proposa  d'imprimer 
une  pièce  de  vers  eu  l'honneur  d'un  souverain  étranger,  il  répondit 
qu'il  aimcmit  mie-jx  briser  ses  presses  que  de  se  déshonorer  par 
celle  aniipatriotique  publication  (Nickel,  76.  i 


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HI^TOIBE   DB  L.V  PRESSE  123 

Le  Journal  de  la  Meuse,  politique,  commercial  et  litté- 
raire, etc.  ;  feuille  d'affiches,  d'annonces,  avis  divers,  parais- 
sant une  fois  la  semaine.  Prospectus,  Bar-le-Duc,  le  15 
décembre  1829,  4  pp.  in-io,  imprimerie  Laguerre,  llar- 
le-Duc. 

Journal  île  la  Meuse,  paraissant  tous  les  samedis,  pre- 
mier numéro,  6  janvier  1829.  Un  vol.  in-4»  432  pp.  ;  .le  2 
décembre  paraît  tous  les  mercredis  et  samedis.  Parisot, 
rédacteur  en  chef.  Deuxième  année,  1830,  in-4o,  4S6  pp.  (i), 
en  184B.  Laguerre  directeur  et  gérant;  en  1848,  F.  Dabadie. 
Ce  journal  dût  di&paratlre  à  l'avènement  du  Second -Empire. 

L'Écho  de  l'Est,  Courrier  de  la  Meuse.  Parût  dans  les 
premiers  Jours  de  Juillet  1830,  22  francs  par  an.  Rédacteur 
Cartier-Vinchon  (2).  imprimerie  de  Cartier-Vinchon  à  Bar- 
le-Duc.  Il  parait  les  mercredis  et  samedis.  Feuille  ministé- 
rielle. 

Plus  tard  il  fut  rédigi*'  par  Numa  BoUin,  imprimeur  et 
parut  trois  fois  par  semaine.  Seul  journal  en  1870.  En  1864, 
une  seconde  éditicn  paraissait  le  mercredi  et  le  samedi. 

Le  Journal  d'annonces  de  Verdun,  1829-1830. 

En  janvier  1830  parut  le  prospectus  du  Journal  de  la 
famille,  feuille  catholique  et  littéraire  qui  devait  paraître  k 
Verdun  sous  le  patronage  de  l'Évéché.  Ce  journal  avait 
cette  épigraphe  : 

Semper  ego  auditor  tantum  f  Nunquam  ne  reponam 
Vexatus  loties  ?. . . 

Le  Journal  de  la  famille  parut  k  Verdun  en  avril  1830  ; 
son  rédacteur  était  un  poëte,  Bonnnire  (3)  Hansuy,  né  k 
Saint-Hihiel. 

Le  journal  cessa  de  paraître  le  24  juillet  1830. 

En  février  1830  parut  le  prospectus  de  l'A  beille  Meusienne, 
à  Barile-Duc.  La  feuille  devait  comprendre  les  nouvelles  des 
départements  de  l'Est.  Elle  ne  parût  pas. 

(1)  Bibliolhéquc  A.  Benoit. 

iS)  Carller  Vinchon  STail  été  directeur  du  Journal  de  l'Aube 
à  Tro^'Cs  et  de  C Athénée  des  Dames  à  Paris. 

(3)  Bien  connu  par  ses  travaux  sur  Ligier  Richier,  le  célèbre 
sculpteur  de  Saint  Michel.  Bonnaire  mounil  ayocat  6  Nancv. 
Celait  un  digne  et  bonnète  bomme. 


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124  RBTCB  d' ALSACE 

Le  Courrier  de  Verdun  journal  politique,  parait  à  Verdun, 
le  lundi,  le  mercredi  etlevendre()ienl867.  Lipmann.gt'rant. 
(:Ylaitenl870,avecleJoKriin/rfe.tfo/i(m^(/y,  l'Echo  de  t'Est 
et  la  Meuse,  les  seuls  journaux  paraissant  dans  le  dt'par- 
tement. 

he  Journal  de  Montmédy  fondé  en  1847,  deux  numéros  par 
semaine,  le  mardi  et  le  vendredi  :  Henry  puis  Delalonde, 
fl862}  imprimeurs  ù  Monlmédy.  En  1865  ce  fut  M.  Philoxène 
l^errot,  morl  en  novembre  189IÎ  qui  le  rédigea  et  l'imprima. 

\a6  Affiches  de  la  Meute.  Louis  Bonnet,  ('diteur  lï  Saint 
Mihiel,  1840  ;  parait  le  samedi. 

Le  Journal  de  Verdun  fondr  en  1847  par  H.  I^urenl. 
imprimeur  de  l'Évèché  :  mercredi,  samedi  et  dimanche; 
paraissait  encore  en  1844. 

Le  Père  de  famille,  journal  d'instnictlon  publique,  Bar- 
le-Duc,  1837. 

La  Sentinelle  de  la  if^uxe  parut  en  1832  à  Verdun. 

En  1837  elle  fut  remplacée  par  le  Franc  parleur  df  la 
Meuse,  paraissant  à  Verdun  les  mardi  et  vendredi.  En  1844 
M.  Lypmann  était  gérant, 

1870. 

Les  affiches  de  fa  Meuse.  Casner  1844,  imprimeur  ii 
Saint-Mihiel,  paraissent  le  samedi. 

La  Revue  du  Monde  catholique,  parait  le  G  et  21  de  cha- 
que mots,  in-8°  de  quatre  feuilles.  Guérin  directeur  et  impri- 
meur U  Bar-le-Duc,  1861. 

La  Meuse  paraît  à  Saint-Mihiel  le  samedi,  l^ucuette  gérant, 
V»  Casner,  imprimeur,  1862. 

Le  /^oyeriïrflrtiVcreceuilhis-mensuel,  premier  et  dernier 
samedi  de  chaque  mois.  Isaac  Lévy,  rabbin  k  Verdun, 
gérant.  12  francs  par  an,  1864'-1865.  Lallemand  imprimeur 
à  Verdun. 

Le  Glaneur,  journal  littéraire,  recueil  mensuel,  paraissant 
à  Verdun,  1844,  propriétaire  Lippmann. 

L'/ndicateur  bibliographique,  recueil  mensuel  in-8", 
Louis  Guérin,  imprimeur-gérant  à  Bar-le-Duc  ;  3  francs 
par  an. 


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HISTOIHB  l>K   LA   PHBSSE  12") 

Le  Olaneur,  journal  littéraire,  industriel,  commercial  et 
agricole,  paraissant  les  mercredi  et  samedi,  fondé  en  1865, 
gérant,  Laliemand  propriétaire  il  Verdun,  1868. 

La/lerMcprot"inciate,  suite  de  la  Reoue  de  l'Est  fondée 
en  1840  par  M.  F.  d'Olincourt,  propriétaire  et  gérant  k  Bar- 
.  le-Duc,  paraissant  en  1844  trois  fois  par  semaine. 

Journal  agricole  de  la  Meute,  recueil  mensuel  fondé  h 
Bar-le-Duc  par  Numa  Rollin ,  1840. 

Le  Producteur  de  In  Meuxe  et  des  départements  voisins, 
journal  des  intérâta  commerciaux,  manufacturiers  et  agrico- 
les, fondi^  en  1843  par  Numa  Rollin  ;  paraît  le  dimanche 
(1844). 

Le  Bulletin  de  la  Société  d'Agriculture  de  l'arrondisse- 
sementde  Verdun,  (le  19  et  le  25  de  chaque  mois)  lè66-1870. 
Doublet,  imprimeur,  Verdun. 

Journal  progressif  de  l'Instruction  populaire.  Mémorial 
des  intérêts,  des  droits  et  des  devoirs  des  instituteurs  et  des 
institutrices,  par  F.  d'Olincourt  !i  Bar-le-Duc,  mensuel,  in-S". 

Bulletin  de  l'Instruction  primaire  pour  le  département 
de  In  Meuse,  paraissant  le  1"  de  chaque  mois.  Bar-le-Duc. 
rno  Rousseau,  14, 1860,  paraissait  encore  en  1870. 

Mmanach  du  département  de  la  Meuse  pour  1792,  Bar- 
Ip-Duc. 

Almanach  historique  de  la  ville  et  du  diocèse  de  Verdun- 
snr-Meuse,  par  un  Verdunois  (Dom  Cajot)  1775,  in-16,  156  p. 

.Innuaire statistique  de  la  .Meuse pour  1804, Bar-le-Duc. 

.Innuaii-tfdu  di-partementde  la  Meuse  pour  1834.  Cho- 
pin imp.  224  p.  in-S". 

Annuaire  Ae^  ta  Meuse  pour  1830,  se  vend  2  francs 25 chez 
Chopin,  Laguerre  et  Richard,  k  Bar-le-Duc. 

Annuaire  di  di'parlemenl  de  la  Meuse,  année  1640,  in-16. 
Bar-le-Duc,  Numa  Hollin,  imprimeur,  337  pp.  in-16. 

Annuaire  historique,  statistique  el  administratif  du  dépar- 
tement de  la  Meuse  pour  1844,  par  M.  Servais  fils,  chef  de 
bureau  de  la  pn^feclure  de  la  Meuse,  Bar-le-Duc,  Laguerre, 
imprimeur  in-16, 392  pp.  et  une  lithographie.  La  deuxième 
année  pour  1845  k  356  pp.  et  cinq  lithographies.  La  troi- 
sième et  dernière  année  pour  1848. 

Becui>il  rare  et  ifcherché. 


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126  RSTUB  &' ALSACE 

annuaire  du  Commerce  et  de  l'industrie,  Almanach  de  In 
ville  et  l'arrondissement  de  Bar-le-Duc.  pour  186i,  avec  une 
vue  de  Bar-le-Duc.  Imp.  V'*  Laguerre.in-S"  deuxième  année 
1863,  (par  Florentin  et  A.  Bonnabelle). 

A  nnuaire  du  commerce  et  de  rindustric.  Almanach  histo- 
rique, statistique  et  admEnislraltf  de  la  ville  de  Bar-le-Duc  et 
du  département  de  la  Meuse  par  MM.  Florentin  et  Ekinna- 
boIlettlV^Laguerreimprimeursc  continue  jusqu'il  nos  jours. 

Almanach  démocratique  de  In  Meuse  pour  l'année  1840 
par  une  société  de  démocrates...  Bar-sur-Ornain,  Alex. 
Laguerre  et  Madame  Barthélémy,  libraires.  V'=  Laguerre, 
imprimeur. 

Revue  de  la  Meute,  Tome  premier.  Verdun,  Lippmann, 
imprimeur,  352  pages  in-S". 

Fondée  par  Ch.  Jussy,  Victor  DrouniHet  et  Th.  Coursiers, 
«  demeuransà  Paris  ». 

Tome  Deux,  390  pp.  Tome  Trois,  469  pp  Laguerre  Imp. 
Bar-le-Duc. 

Mémoires  de  la  Sociëlé  Philomatique  de  Verdun 
(.Meuse),  Tome  premier,  202  pp.  T.  H,  1843,  T.  fil,  1846, 
352  pp.  Tome  IV.  1850,  502  pp.  XVIII  planches  lilhogra- 
phiées.  Les  quatre  volumes  in-S"  imprimés  chez  Lalle- 
mand  k  Verdun  :  T.  V  ,  T.  \\  1803,  446  pages. 

Ces  derniers  imprimés  chez  Laurent  <  J.  B.)  a  Verdun. 
Bulletin  de  la  Sociélr  du  Musée  de  Bar-le-Duc,  T.  L  72 
pp.  1867,  Bar-le-Duc.  imp.  in-S". 

.Vrthur  Bbnoit. 


(1)  M.  Urnnabellr  rst  mort  rn  novembre  ltf!K>, 


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HISTOIRE  ME    LA 


Documents  rares  ou  inédits  sur  l'histoire  des  Vosges 
publiés  au  nom  du  comité  de  l'histoire  vosgienne  par  A. 
Duhamel.  Épinal,  Vv«  Gley,  in-8«,  18fi8,  388  pp.  T.  H.  id. 
1869,  432  pp.  (Se  continue). 

Journal  de  la  Société  d'Émulation  du  dépnrtement  des 
Vosges,  fipinni,  Gérard,  1825,  in-8»,  tome  I. 

Annales  de  la  Société  d'Émulation  des  Vosges,  Ëpinal, 
Gley,  etc.,  in-8°  jusqu'à  nos  jours. 

Almanarh  civique  du  département  des  Vcages  pour 
l'année  ITtfi,  seconde  delà  liberté  par  Thiébaul.cit.d'Épinal. 
Kpinal  Hœner,  in-S",  144  pp.  pour  1792,  in-S",  deuxième 
volume. 

Annuaire  du  déparlement  des  Vosges,  l'an  VIII  de  la 
République  française.  lapinai,  Hœner,  ïa-^',  cent  quarante 
sept  pages. 

Id.  imprimé  par  ordre  du  préfet,  Epinal,  Hcener,  1824, 
in-8»,  279  pp. 

<]h.  Charton,  chef  de  bureau  ù  la  préfecture  continua 
l'annuaire  imprimé  chez  Gley.  En  1838,  douzième  année, 
<iley,  împ.  Charton  (Ils,  prit  la  suite  de  l'annuaire  adminis- 
tratif et  statistique  en  1853  (trente-troisième  année),  Veuve  , 
Gley,  1857  à  1870,  1853,  Charton  fils,  rédacteur,  1865,  A. 
Egal  chef  de  division  à  la  préfecture. 

Annonces  judiciaires  et  commerciales  du  l'arrondisse- 
ment de  NeufchiUeau,  1836-1837,  in-4",  Beaucolin. 

Les  Petitex  affiches  de  l'arr'  d'Kpinal.  Gley  et  Faguier, 
1836,  in-41'. 

Les  Petites  affiche*  de  llemiremont,  Veuve  Dubiez, 
1836,  in-4«. 

Les    Petites    affiches    de     Mirecourt,     Hnmbert, 

1836,  in-i". 

Prospectus  de  la  Revue  des  Vosges,  Épinal,  Faguier  1000 
esempl.  in-S". 


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128  KEVVK   D'ALSACR 

Le  Courrier  des  Votges,  moniteur  déparlemlal,  parais- 
sant le  dimanche  et  le  jeudi.  Épinal,  Cabassc  in-folio,  18!)2- 
1870,  (politique),  E.  Fricotel. 

V Abeille  des  Vosges,  NeufchAteau,  Beaucolin  1881,  in-i", 
dimanche,  Journal  d'annonces  judiciaires  et  commerciales. 

Les  Petites  «/"/îcAes  de  l'arrondissemcnl  de  Saint-Dii^. 
Trolot.  in~4°  16a3,  dimanche. 

h'Écho  des  Vosges,  journal  d'annonces  judiciaires, 
commerce,  agriculture,  sciences,  littérature,  nouvelles 
diverses  et  petites  affiches  du  département.  Uemiremont, 
Mougin,  1818,  in-i»,  samedi,  1870. 

La  Presse  Vosgienne,  commerce,  industrie,  agriculture, 
tribunaux,  littérature,  nouvelles,  faits  religieux,  annonces, 
instruction  primaire.  Mirecourt,  llumbert,  1845,  in-8<*, 
le  lundi. 

Annales  du  comice  agricole  de  Rambervillers,  Epinal, 
Cabasse,  1848,  in-4». 

Annales  du  comice  agricole  de  Saint-Dié,  Trotot, 
1847  in-4«. 

Almanach  de  l'Instruction  publique,  par  Halgras,  direc- 
teur de  l'École  Nonnale  ;  Mirecourt,  Humbert,  1853,  in-4». 

Le  Journal  des  Voges.  monilenr  départemental,  politique, 
agriculture,  annonces  diverses,  littérature.  Kpinal,  Cabasse, 
in-folio.,  1832-1851,  Levasseur,  gérant,  dix-neuf  années. 

Journal  des  Annonces  administratives,  judiciaires  et  com- 
merciales de  l'arrondissement  de  Saint  Dié.  Ed.  Trotot  in-4'', 
18381851,  lundi,  13-  années. 

'    Le  Sentinelle  des   Vosges,  Épinal,  Gerbaut,  jeune,  in-4" 
1833,  mardi.  Samedi. 

Petites  Affiches  Commerciales  et  juc'iciaires  pour  le  dépar- 
tement des  Vsoges,  Épinal,  Gérard,   1833. 

Le  Vosgien.  Neufchatcau  Demougcot  1836-1837. 

Affiches,  Annonces  el  Ai-is  dirers  du  département  des 
Vosges,  llemiremont,  V'«  Dupriez,,  in-S",  183fi. 

L'iicho  des  Vosges,  science,  littérature,  Deaux-Ai1s, Indus- 
trie, Progrès,  Mirecourt,  llumbert,  1837.  T.  l'Nl'O,  p.  in-S", 
T.  Il  ;  336  p.  lithographies. 

Almanach  de  la  gaieté  par  .1.  C.  Docteur.  Kpinal  in-4", 
1861  k  1870,  10  vol  ;  19  années. 


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\)l3^1HB  DB  LU   VRtaSf  \^ 

Almanach  de  la  Révolution  et  de  la  Charte  nouvelle. 
Remiremonl.  A.  Dubiez,  1830,  in-S",  64  p.  (par  rnbbé  Thii^- 
bault,  cur^  de  Docelles), 

Lettre  authentique  et  véritable  du  Père  Simon,  marchand 
roulant,  suivie  de  la  lanterne  magique  pontificale  à  M. le  curé 
T.  auteur  de  l'Almanach  de  la  Itévolution  et  de  la  Charte 
nouvelle,  Remireinont.  A.  Duhies,  in-S"  12  p. 

Compte  rendu  des  actes  du  Comice  agricole  de  l'arrondis- 
sement de  Si  Dié,  Trotot  flls  in-S*».  14  p. 

Procès  verbaux  des  séances  du  Comice  agricole  de  t'ar- 
rondissemenl  de  Sl-Dié,  Journal  des  cultivateurs  villageois, 
tous  les  mois.  St  Dié,  Ed.  Trotot.  in-S»  1861, 1862,  par.l.May. 
ancien  cultivateur  h  Fraize  1862. 


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POÉSIES  D'flUGUSTE  STŒBEH 

Tradvim  en  frnn^nix 

l'AR 

Charles    BERDELLÉ 


A  Guillaume  Tell 


Messieurs  les  savants,  messieurs  de  la  crilique 

Voudraient  écorner  ta  couronne  civique  : 

Tu  n'es  plus  qu'un  mythe,  un  nom,  une  vapeur 

Pour  ces  beaux  esprits.  <"esl  qu'ils  uni  grande  peur, 

Esclaves  qu'ils  sont,  que  ta  flèche  n'atteigne 

Sun  but,  et  qu'enfin  la  liberté  ne  règne 

Partout  à  leur  honte  et  pour  nuire  bonheur  I 


La  Trahison  de  La  Fontaine 
D'après  un  mol  if  serbe 


Tui  et  moi,  nous  deux 
Etions  bien  heureus 
A  La  Fontaine,  en  nous  donnant  deux, 
Trois  doux  baisers  qu'ami  trop  tendre 
Tu  vins  me  prendre. 


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MÉSIBS  d'aUGUSTB  STCCBBR 

Bien  que  la  luae  de  témoin  : 
Et  cependant  dans  le  village 
Tout  chien,  tout  chat  te  sait  dans  chaque  coin  t 
C'est  La  fontaine  qui  commit  ce  bavardage 
Racontant  tout  aux  cruches,  aux  cruchons. 
Aux  seilles, 
Aux  bouteilles, 
Carafes,  carafons  t 
A  chaque  dame,  sa  servante 
A  débité  cette  importante 
Et  bonne  histoire.  Tout  valet, 
A  Monsieur,  dit  ce  qu'il  en  sait. 
A  ce  sujet  que  de  harangues  ! 
Dans  tous  les  coins  les  bonnes  langues 
Soudain  se  sont  mis  en  travail 
Pour  tout  répéter  en  détail. 
Et,  grâce  k  tout  ce  bavardage, 
Tout  chien,  tout  chat  le  sait  dans  le  village  ! 


La  morale  est  que  tout  amant 
Doit  bien  se  défier  de  ce  froid  élément, 

Car  pour  l'amour  l'eau  de  fontaine 

N'a  jamais  eu  que  de  la  haine  : 
Des  projets  amoureux,  trop  souvent,  le  plus  beau 

Piteusement  tombe  dans  l'eau. 


Toast  au   banquet  en  l'honneur  de 
Gutenberg  1840  (1) 


Honnie  et  bannie 
Soit  la  tyrannie! 
Que  chaque  pa>s 
La  tienne  en  mépris  1 
(I)  Lora  de  l'érecUon  de  sa  statue  k  Strasbourg. 


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Sur  toute  la  terre. 
Partout  on  doit  faire 
Opposition 
A  l'oppression  I 
Mais  l'imprimerie 
Donna  longue  vie, 
Éclat  persislant 
Au  verbe  passant  ! 
Qu'ici,  plein  son  verre. 
Chacun  vienne  faire 
La  libation 
A  l'impression. 


Les   Héros 


Les  héros  qui  s'escriment 
Derrière  le  fourneau 
Renversent  tout,  suppriment. 
Puis  refont  du  n 


Ils  détrônent  les  princes. 
En  poche  ils  font  le  poing, 
Conquièrent  des  provinces 
Sans  sortir  de  leur  coin. 

De  la  parole  libre 
Ce  sont  les  partisans  : 
Ah  !  comme  leur  voix  vibre 
En  chants  retentissants. 

Arrive  alors  un  brave  : 
1  Allons  !  il  faut  partir  I 
Pour  briser  toute  entrave 
Périra  maint  martyr  ! 


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POÉSIES  D'AUGUSTB   STiXBKR 

Aux  armes  !  vite,  sus  armes  ! 
Courons  avec  fierté  ! 
Bravons  dangers,  alannes, 
C'est  pour  la  liberté  !  « 

Le  héros  qui  s'escrime 
Près  du  fourneau  là-bas 
Est  vraiment  la  victime 
D'un  bien  grand  embarras  ! 

Il  ne  sait  où  se  trouve 
Son  sabre,  son  habit; 
Et  la  soif  qu'il  éprouve 
H^las  !  est  sans  répit  1 

Les  héros,  qui  s'escriment 
Derrière  ie  fourneau, 
Renversent  tout,  suppriment 
Et  refont  du  nouveau  ! 


Dans  les  montagnes 


Dans  la  montagne  altièn^. 
Sur  les  plus  hauts  sommets 
Je  n'aperçois  plus  guère 
Que  tes  cieux,  les  forêts. 
Un  Océan  immense 
Undule  sous  mes  yeux  t 
Au  loin  mon  cœur  s'élance, 
Pour  un  voyage  heureux  I 
Des  coui'bes  vers  la  cime 
Vont  mes  yeux  éblouis  ! 
Je  chante  et  je  m'estime 
Le  seigneur  du  pays  I 


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RRVUI  D  ALSACE 


En  Automne 


Terre,  tes  fleurs  soDt  flétries. 
Tes  sourireB  désolés  ; 
Fuyaot  les  frimas,  les  pluies. 
Tes  oiseaux  sont  envolés  ; 
Et  si  le  soleil  te  dore 
De  son  rayon  te  plus  beau. 
Ah  t  son  éclat  te  décore 
Comme  les  fleurs  un  tombeau  ! 


En  Février 


Février  !  El  la  tristesse 
Couvre  champs,  prés  et  forêts. 
Pour  les  plaisirs,  la  liesse, 
Tout  pourtant  est  déjà  prêt. 

Des  monts  que  la  neige  couvre 
L'on  n'entend  point  de  chansons. 
!Vulle  fleur  encor  ne  s'ouvre. 
Fermés  sont  tous  les  bourgeons. 


Soyez  prêts  comme  la  terre, 
Ouvrez  vos  sens  et  vos  cœurs  : 
Il  fait  bon  quand  on  espère 
Bientôt  la  saison  des  Heurs. 


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Conditions  de  la  Beauté 


A  quoi  bon  ces  yeux  bleu  de  ciet,     < 
Et  cette  bouche  où  les  abeilles 
Aimeraient  récolter  leur  miel  ? 
Beau  profit  grec,  couleurs  vermeilles, 
Qu'étes-vous,  si  sous  votre  (Çclat 
Un  cœur  ne  palpite  et  ne  baf^ 

Que  sont  encor  les  plus  beaux  chants 
Empreints  du  doux  parrum  des  roses  ? 
Que  sont  les  hymnes  du  printemps 
Chantant  les  fleurs  fraîches  écloses, 
Si,  sous  leur  éclat,  leur  senteur 
On  ne  sent  palpiter  un  cœur? 


La  Mère 
(Musique  de  Joseph  Heyberger) 


Vents,  faites  silence  ! 

Passez  sur  les  fleurs  ! 
Voyez  qu'il  est  beau,  le  sommeil  de  l'enfance, 
SQufilez  doucement,  parfumez  l'innocence 

Oc  saines  senteurs  ! 


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RBVUB  DALSACB 

0  source  limpide, 
Va,  coule  saos  bruit! 
Ne  me  patin  pas  ée  ton  amour  timide 
Pour  les  blanches  fleurs,  de  ta  course  rapide, 
De  l'onde  qui  tuit. 

Sous  d'épais  ombrages, 
0  chantres  des  bois  I 
Ne  réveillez  point,  arrêtes  vos  ramais. 
Mettez  Ih  sourdine  dans  ces  verts  bocages, 
A  vos  douces  voix. 

Voyez  le  sourire 
Ou'il  fait  en  rêvant. 
Tu  vois  donc  des  anges  f  Tu  vois  donc  reluire 
Les  splendeurs  célestes  f  Viens  nous  les  redire. 
Toi,  mon  doux  enfant. 


Les  Œ^ufs  de  Pâques 


Gagah  !  gagngali  I  ga  !  le  lièvre  a  pondu  ! 
Ouels  cris  de  plaisir  ont  soudain  répondue 
Chacun  des  enfants  court  et  se  précipite 
Au  jardin  !  c'est  à  qui  courra  le  plus  vite. 

Ils  cherchent  dans  l'herbe,  détournent  le  buis. 
Fouillant  les  cachettes,  lesoioindres  réduits 
Pour  trouver  les  œufs  de  couleur  que  vient  pondre 
Le  lièvre.  Qui  donc,  mes  enfants  peut  répondre, 
Et  nionlrer  ce  lièvre  ?  [I  est  déjà  bien  loin 
Pour  pondre  des  œufs  dans  maint  coin  et  recoin. 


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poésiKS  d'avocïte  stgebbr  1 

Mais  Frilz  (le  rusé  !)  vient  d'en  trouver  tin  rouge, 
Deux  bleus.  El  puis  Georges,  voyez  t  qui  ne  bouge 
Du  grand  groseiller,  n'a-t-il  pas  découvert 
l'n  œuf  violet,  un  jaune  et  puis  un  vert, 
Dans  un  petit  nid  i  Hais  Lina  qui  trottine 
Par  tout  le  jardin  se  dit  :  «  Moi  je  lambine, 
Qui  va  lentement,  sûrement,  vient  au  but  ». 
Les  oreilles  d'ours  ont  caché  son  tribut 
D'œufs  roses  enrubannés.  Rique    (I)   farrouille, 
La  belle  aux  yeux  bleus  sera-t-elle  bredouille'? 
Oh  non  !  car  du  buis  elle  en  tire  plusieurs 
Ornôs  de  devises,  Teitillages  et  fleurs. 
Ou'on  est  donc  heureux,  o  charmante  marmaille. 
Quand  vous  étalez,  tout  chacun  sa  trouvaille! 


Oui  !  j'aime  vous  voir,  mes  enfants,  si  joyeux. 
Uh  !  profitez  bien  de  ces  jours  bienheureux 
Où  tout  vous  paraît  d'aussi  belle  nuance 
Que  le  sont  vos  œufs.  Vous  n'avez  souciance. 
Ni  sombre  chagrin.  Mais  il  viendra  des  temps, 
Vous  regretterez  tous  ces  heureux  moments 
Où  pour  vous,  îi  Pftques,  sous  fleurs  et  verdure 
Le  lièvre  pondait  ;  où  pendant  la  froidure 
Le  pin  de  Noël  qu'éclairaient  mille  feux 
Portait  comme  fruits  des  jouets  précieux  ; 
Où  tous  vous  éliei  réunis  k  la  table 
De  vos  bons  parents.  Le  destin,  peu  traitable, 
Vous  dispersera  pour  vous  faire  bfltir 
Chacun  son  foyer  et  vous  pourrez  sentir 
Combien  ils  sont  rares,  les  beaux  jours  de  tèttt. 
Quand  l'excellent  père  qui  vous  les  apprête, 
La  mère  qui  vous  préparait  maint  régal 
Reposeront  depuis  longtemps  k  Saint-Gall  (2). 


(I)  Marguerite. 

(3)  Nom  d'un  cimeliëre  de  Strasbourg. 


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Ht  BBVDB  D  ALSACE 

Hais  laissons  cela!...  Nous  voici  lous  ensemble. 
Puissions  noue    l'élre    encor    longlemps  I...    Il    me 
[semble 
Que  Keeth  vient  crier  :  «  Le  dtner  refroidit  !  » 
Dînons  !  car  chacun  doit  avoir  appétit. 

Rioz,  le  20  Avril,  1897.  Charlee  BbrdblU. 


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L'ANCIEN  HOTEL  DE  LA  DOUANE 

DE    COLMAR 


Une  construction  bizarre,  panni  les  «édifices  communaux  de 
la  ville  de  Colmar,  vient  d'être  l'objet  d'un  ravalement  que 
l'on  ne  saurait  conaidérer  comme  lusueus,  ni  comme  superflu. 
Cette  construction  est  connue  sous  le  nom  A'Hûlel  de  la 
douane  k  l'Ëtat-civil  Trançais  et  sous  celui  de  Kaufhus  k 
l'Etat-civil  purement  alsacien.  Elle  est  loin  d'être  élégante, 
mais  certaines  particularités  la  distinguent  et  suffiraient,  au 
besoin,  pour  expliquer  l'oubli  ou  le  respect  dont  elle  a  joui 
jusqu'à  nos  jours,  pourlesservicesrendus,  en  d'autres  temps, 
au  négoce  de  l'Alsace- Lorraine  avec  les  Pays-Bas  et  les  con- 
trées voisines. 

Ce  A'au/'Atu  à  donc  son  histoire:  elle  est  iiien  esquissée 
dans  X  pages  d'une  notice  due  à  l'archiviste  de  la  ville,  M. 
Waldner,  qui  a  puisé  dans  son  dépôt  quelques  indications 
nouvelles  et  intéressantes. 

Ce  même  Kaufhua  a  aussi  sa  chronique  ;  notre  collabo- 
rateur, M.  André  Waltz,  s'est  chargé  de  la  mettre  au  jour 
en  l'accompagnant  de  deux  pages  d'introduction,  de  nom- 
breuses notes  historiques  et,  pour  terminer,  de  la  liste  nomi- 
native et  alphabétique  des  personnee  nommées  dans  le  cours 
de  sa  publication. 

Ce  n'est  pas  toutt  Le  Kaufhus  a  une  grande  salle  de  gala, 
une  salle  véritablement  artistique,  au-dessus  de  la  halle  aux 
marchandises  où  se  traitaient  les  afTaires  courantes,  indépen- 
damment des  achats  et  des  ventes  au  détail  sur  les  marchés 
en  plein  air.  Richement  éclairée,  de  trois  races,  par  des  fenê- 


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140  REVL'B  d'ALSACB 

très  géminées  et  munies  à  l'intérieur  d'un  double  rang  de 
colonnes,  dont  chaque  groupe  est  réputé  être  lechef-d'œuvre 
d'un  sculpteur  de  la  rorporation,  cette  salle  est,  en  etîet,  très 
oiiginate  el  en  même  temps  fort  éit^gante.  Abstraction  faite  de 
l'eiïet  décoratif,  le  double  rang  de  colonnes  reposant  sur  le 
massif  des  murs  de  la  Malle,  semble  indiquer  clairement 
le  projet  que  l'on  avait  d'élever  au-deasus  de  la  salle  et  même 
des  autres  parties  du  bAliment,  un  (^lage  tout  au  moins,  agré- 
ment:^  d'un  balcon,  dont  l'élégante  et  solide  galerie  en  pierre 
ouvrée.règnesurpresque  tout  le  pourtour  de  la  massive  cons- 
truction. Des  causes  quelconques obligt^rent  la  corporation  des 
marchands  de  Colmar,ou  la  ville  k  interrompre  l'exéculion  du 
projet  el  h  déterminèrent  h  substituer,  provisoirement  peut- 
âtre,  à  l'édilication  du  second  étage,  le  vaste  et  anguleux  cou- 
vercle dont  la  surface,  remaniée,  laisse  apercevoir  les  traces 
de  la  garniture  primitive,  avec  son  campanile,  plus  que 
modeste,  au  chevet  du  nord. 

II  va  s'en  dire  que  l'appendice,  système  Renaissance,  avec 
son  magistral  escalier  donnant  accès  &  la  salle  de  gala,  et  le 
logement  —  non  la  loge  —  du  concierge,  berceau  du  général 
Rapp,  sont  compris  dans  la  campagne  du  ravalement  et 
aussi  dans  le  plan  de  reproduction  de  l'imprimeur  photogra- 
phe, M.  F.-X,  Sailé,  dont  il  nous  reste  k  dire  un  mot. 

Douze  planches  in-i",  de  A3  centimètres  de  face  sur  25  de 
hauteur,  et  vice-versù,  quant  aux  dessins  dûs  au  burin  de  J . 
Wuitz  puis  h  la  photolypie  de  l'imprimeur  F.-X.  Sailé,  nous 
donnent  l'image  bien  iidèle  de  toutes  les  parties  remai-qua- 
bles  du  b&timent  et  de  ses  divers  aspects  reçus  de  l'extérieur. 
L'une  de  ces  planches,  surtout  celle  que  l'on  a  intitulée  : 
Frexko-Gemœlde  in  Erdgetchoss,  et  qui  porte  la  date  de 
1320,  a  un  sens  qui  fait  de  V Album  un  excellent  document 
historique  par  la  vie  d'autrefois  dans  l'ancienne  ville  libre, 
devenue  ensuite  le  siège  du  Conseil-souverain  de  la  province, 
puis  de  la  Cour  d'appel  et  enfin  chef-lieu  administratif  du 
Haut-Rhin. 

Ajoutons,  pour  terminer  ce  trop  court  aperçu,  que  la  chro- 
nique a  été  traduite  en  français  par  le  directeur  de  la  Revue 
d'A  (sace  et  qu'elle  a  paru  dans  ce  recueil  :  pages  243  à  2S2 
et  408  k  423  de  l'année  1876. 


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L^ANCEBN  H&TSL  DB  LA   DOUANS  DU  COLMAR  141 

N'est-i)  pas  regrettable  que  la  chronique,  si  bien  complétée 
par  M.  André  Waltz,  ait  pnru  in-S»  au  lieu  de  l'in-4'',  comme 
lea  planches?  Si  une  deuxième  édition  devait  avoir  lieu,  nous 
insisterions  pour  que  l'on  e(it  égard  k  cette  observation. 


La  Société  Belfortai&e  d'Emulation 

Ce  Bulletin  est  un  fort  in-8^,  sur  un  beau  et  fort  papier,  de 
XXXVMrois  cent  dix  huit  pages  et  douze  planches,  dont  dix 
d'archéologie  et  deux  d  histoire  naturelle.  Ce  volume  est  le 
seizième  dont  la  publication  est  due  aux  études  et  aux  res- 
sourcer de  l'émulation  belfortaine. 

Les  matières  dont  il  se  compose  sont,  comme  dans  tous  les 
Bulletins  de  nos  Sociétés  savantes,  étagées  d'une  façon  qui 
donne  Ji  toute  la  première  partie,  sinon  a.  l'ensemble  du  Bul- 
letin, le  ton  et  le  vernis  de  réunions  officielles. 

Au  point  de  vue  matériel,  ce  volume  ne  le  cède  donc  en 
rien  aux  précédents  ni  à  ceux  des  Sociétés  avec  lesquelles  il 
y  a  échange  de  publications.  Au  point  de  vue  des  études  par- 
ticulièrement locales,  le  Bulletin  demeure  fidèle  h  la  pensée 
qui  a  motiva  sa  fondation;  et  il  faut  le  dire  de  suite,  s'il  n'a 
pas  toujours  répondu  aux  désirs  de  sa  clientèle  naturelle,  il 
fait  de  louables  efforts  pour  y  parvenir. 

Outre  la  première  partie  dont  il  s'agit,  il  y  a  dans  la  sui- 
vante des  études  spéciales  dont  nous  avons  eu  l'occasion  de 
dire  un  mot,  pages  563-565  de  la  Ilerue  de  1S97.  Il  s'agit  de 
l'étude  historique  de  Belfort  aux  XIll»  et  XIV*  siècles,  traitant 
accessoirement  de  l'origine  du  château  et  de  la  ville  par  M. 
Henri  Bardy  ;  puis  trente  six  lettres  inédites  du  Gardien 
des  Capucins  d'Auxonne  à  Grandidier,  suivies  de  vingt 
trois  réponses  de  celui-cy,  fournies  au  Bulletin  de  {'Émulation 
belfortaine  par  MM.  Aug.  Casser  et  l'abbé  Ingold, 

Les  réserves  de  notre  collaborateur  et  ami,  M.  Hardy,  con- 
cernant l'origine  du  château  et  de  la  ville  de  Belfort,  ne  ces- 
sent pas  de  nous  paraître  timorées,  excessives.  Plus  nous 
arrêtons  notre  esprit  et  nos  réilexions  sur  les  circonstances  et 
les  faits  particuliers  se  rapportant  îi  la  «  trouée  de  Belfort  », 
plus  nous  demeurons  convaincu  que  cet  important  passage 


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142  tiBViiB  d'alsâi» 

des  éternelles  migrations  d'Orient  en  Occident  est  farci  de 
preuves  historiques  étrangères  à  celles  que  nos  traditions 
classiques  nous  représentent  comme  étant  les  seuls  guides 
alwutissanl  à  la  vérité  historique,  il  nous  semble  cependant 
que,  chaque  jour,  le  hasard  fournit  t)  la  science  des  docu- 
ments nouveaux,  divers  et  tangibles,  et  dont  le  chercheur, 
l'écrivain  ne  peut  se  dispenser  de  tenir  le  plus  grand  compte. 
C'est  tout  ce  que  nous  voulons  dire  à  ce  sujet  en  passhnt. 

Les  trente-sis  lettres  liu  P.  Capucin  d'Auxonne  à  Grandi- 
dier  el  les  vingt-trois  réponses  de  celui-ci  au  Capucin  ont  In 
seconde  place  dans  la  deuxième  partie  du  bulletin.  Elles  sont 
suivies  de  la  suite  du  glossaire  du  Patois  de  ChAtenois  et  nous 
devons  avouer  qu'h  la  suite  de  l'examen  que  nous  attendions 
avec  une  douce  impatience,  c'est  un  grain  de  déception  qui 
nous  étreint.  Avon^-nous  tort  ou  bien  ne  comprenons-nous 
rien  à  la  logique  de  ces  essais  ?  C'est  ce  dont  le  lecteur 
demeure  juge  sans  appel  I 

Nous  nous  attendions  à  apprendre  si  tel  ou  tel  mot  de 
notre  patois  recueilli  dans  le  glossaire  est  ou  non  étranger  aux 
langues  classiques  et,  dés  lors,  s'il  doit  ou  non  être  admis 
rj3mme  un  mot,  comme  une  locution  de  langue  Celtique  ou 
Gauloise,  parlée  sur  la  rive  gauche  du  Rhin  avant  la  con- 
quête romaine  et  les  invasions  barbares. 

C'est  ainsi  que  la  question  est  posée  par  nus  anciens 
maîtres  et  que  Schiepilin  n'hésite  pas  ii  y  ivpondrc  dans  un 
sens  ou  dans  l'autre,  selon  les  cas.  Est-ce  à  celte  proposition 
que  l'auteur  du  glossaire  s'attache  ou  même  paraisse  accorder 
(le  l'attention  ?  Nous  ne  sourions  l'afTirme''.  La  suite  de  ses 
gloses  particulières  dissipera  peut-être  nos  doutes,  car  il 
l'esté  beaucoup  de  chenr.in  Ii  faire  pour  arriver  de  V Alpha  à 
XOméga  de  l'alphabet,  les  seules  quatre  premières  lettres 
ayant  paru. 

L'ne  douce  et  consolante  poésie  due  à  Madame  Arsène 
Zeller  de  Giroroagny.  Une  note  de  M.  F.  Pajot  concernant  les 
«  Fouilles  archéologiques  dans  la  forêt  d'Arsot  s,  puis 
une  dissertation  étudiée  et  compétente  due  à  M.  D-R.  et  trai- 
tant de  «  Brace  et  des  origines  de  Belfort  »,  continuent  11 
donner  au  Bulletin  le  caractèi'e  d'un  ensemble  d'études  loca- 
les  sérieuses  et  intéressantes. 


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l'ancien  rôtbl  dk  la  douane  de  coluar  143 

La  relation  de  H.  Félix  Voulot  concernant  ses  découvertes 
funéraires  dans  l'Enceinle  et  le  Vallum  du  MoQt-Vaudois, 
nvec  les  planches  qui  l'accompagnent,  et  enfin  la  contribu- 
tion de  MM.  Kœsch  et  Lucien  Meyer  à  l'étude  des  Dia(Qnées 
du  Tcrritoii'e  achèvent  de  remplir  le  volume.  On  peut  le  con- 
sidérer comme  l'un  des  meilleurs  du  groupe  littéraire  de  ce 
lambeau  de  notre  Alsace-Lorraine  françaite,  où  se  déve- 
loppe en  ce  moment  le  mjstère  bitinguiste  commencé  depuis 
deux  mille  ans,  sur  la  rive  gauche  du  Rhin  ;  aujourd'hui  il 
a  pris  pied  topiquement  sur  la  rive  droite  de  la  Saroureme 
et  autres  points  du  vieux  pays  Gallo-Franc. 


But  de  rSgltse  d'Alsace  avant  1789. 


Quelle  était  la  situation  de  l'Eglise  en  Alsace  il  la  Révolu- 
tion ?...  C'est  ce  que  M.  Schiketé,  curé  de  Sainte-Madelaine 
de  Strasbourg,  nous  apprend  dans  une  étude  de  soixante 
seize  pages  iu-S"  ,  iftpriméc  h  Rixheim  chez  Sutter  et  0'*. 
Sans  s'Hrréter  k  des  considérations  préparatoires.  Jugées  inu- 
tiles, l'auteur  —  nous  dirons  volontiers  le  statisticien  — 
entre  en  maliâre  et'nous  fait  parcourir  à  pas  de  géant,  et  sans 
vertige,  la  durée  de  lopgs  siècles  qui  ont  produit  l'organisa- 
lion  ;\  laquelle  l'église  est  demeurée  fidèle  Jusqu'à  la  Révolu- 
tion, tout  en  acceptant  ou  subissant,  cela  va  sans' dire,  les 
modifications  partielles  ou  secondaires  que  tes  circonstances 
exigeaient,  ou  qu'il  était  de  son  intérêt  de  ne  pas  négliger. 

Mais  l'heure  de  la  liquidation  avait  sonné  et  il  faut  remer- 
cier H.  Schikelé  d'avoir  ajoutée  la  somme  de  nos  connaissan- 
ces historiques  sur  cette  époque,  le  bilan  du  Doyenné  citrA 
Jthenum  de  l'ancien  Diocèse  de  Bftle. 

Ce  labeur  consciencieux,  logiquement  présenté  et  mathé- 
matiquement établi,  sera  consulté  avec  Iruit  par  tous  ceux 
que  notre  histoire  politique  et  religieuse  ne  cesse  pas 
d'intéresser. 


□  igitizedby  VjOOQIC  *    , 


Les  anciens  historiens  de  l'Alsace 

Voici  un  volume  de  deux  cent  cinquante  pages  essentielle- 
ment Alsatiques.  Il  est  écrit  en  latin  académique  et  résume 
les  travaux  scientifiques  et  liltérairea  spi^ciaux  concernant  le 
passé  de  la  rive  gauche  du  Rhin.  Ce  volume,  in-8*  ,  n'est  pas 
l'crit  il  l'usage  du  grand  public  :  c'est  une  thèse  au  Doctoral, 
soutenue  dans  la  vielle  langue  classique,  k  l'académie  des 
iciencex  morales  el  poli/ iques  parti.  Rod.  Ileuss,  l'un  des 
premiers  collaborateurs  de  la  Revue  d'Alsare,  k  laquelle 
appartient  l'avantage  de  consacrer  deux  mots  au  volume 
intitulé  :  des  rriptoribtix  rerum  nltatii-arum  hi*loriris. 

i.    LiBMN. 


□  igitizedby  Google 


-V  L  s  A  O  K 

KT 

RÉGIONS     VOISINES 
KN  TKMPS  DE  (^L'EIîHK 


I-(>s  rhronirtiliti  i\\\\  voni  >iiivre  «jnt  puiff^s  aux  nrehivc* 
•liKlépartemenUliiHniil-Ithiii.  Au  fiiniJ,  ilssonlln  sdKu  tleci' 

i|iii  n  paru  dnns  celle  ft'')'Me  en  1805  pt  l8Wî.  | r  sfirvir  ii 

VIlixIiiiKP  df  in  Rérolulion  pn  .Mxace. 

))cs  en  n  si  (té  ration  s  Hjii^cialos  nnus  i^niisetllaieiit.  il  y  aura 
tantôt  trente  six  ans,  de  ne  pas  faire  revivre  diuis  In  senti- 
nienl  public  les  souvenirs  de  la  veille  ;  c'est  poiii'qtioi  nus 
informations  sont  demeurées  dans  l'ombre  jusqu'il  ce  jour  , 
car  nous  ne  sachons  pas  que  depuis  on  ait  en  recours  à  la 
source  que  nous  signalons. 

D'autres  considi'ra lions  —  toujours  spéciales  —  nous  con- 
seillent, en  181)8.  de  livrer  sans  réserve  nos  édiTiants  rensei- 
iînemenls  liisloriques  à  la  curioîiité  el  li  l'apprécialion 
ilu  leclenr. 


CoDUnlisaire  des  Guerres 

1"  janrh'r  nul  i\i  itirthr  a  ni).  Oiienregislreaudépur- 
leirieut  du  llaut'Rbin  la  nommalion  de  M.  Uérard  coninie 
lommissaire  des  jruerres.  Il  lui  est  enjoint  de  se  rcndi-e  'i 
lla^uenau  pour  exercer  les  (nni-tions  qui  lui  sont  attribuées. 


□  igitizedbyGoOglC-'" 


Réquisitions  et  Répartitions 

1"  janvier  i79t  (i 3  nieCte  an  2).  La  commisBion-révo- 

lutionnaire  du  département  fixe   nux  chiffres  suivants  tes 

quantiti^s  et  qualités  de  foin  et  de  paille  qui  restent  a  livrpi- 

sur  la  réquisition  des  li  et  14  déeenibrc  1793: 

Fùin  : 

District  de  Colmar !ri. 000  quintaux 

District  de  Belfort II"». 000        — 

District  d'Altkirch !Ui.000        — 

Paitlf  : 

District  de  Colmar 10.000         - 

District  de  Belf.irt 20.000        — 

District  d'Altkirch 23.000        — 

Le  lendemain,  S  janvier,  (13  nivôse),  ladite  commission. 
signée  Baur  et  Blanchard,  nomme  Hyppolite  Colloml>el,  de 
Sain te-Croix-aux-Mi nés,  commissaire  civil  h  l'armt^e  du 
Haut-Rhin,  en  remplacement  de  M.  Rudier  qui  cesse  de 
remplir  cette  fonction.  .\vis  en  est  donni^  au  gi'ni^nil  Scherer, 
commandant  l'arniéc  du  déparlement. 

Alimentation  civile 

H  janvier  1794  (19  niDÔte  an  2).  La  cuinmission  des 
subsistances  militeires  arrête  que  le  départeutent  du  Doiibs 
et  les  districts  de  l'oligny,  d'Arbiiis  et  de  Dôle  fourniront  au 
département  du  Haut-Uhin  50.000  quintaux  de  grains. 

22  janvier  (3 pluviôse).  L'administration  du  département 
considérant  que  le  t)eM>in  où  se  trouvent  les  habitante  est  on 
ne  peut  plus  urgent  ;  qu'elle  doit  faire  les  diligences  néces- 
saires pour  y  pourvoir.  En  conséqueDCC,  l'administration 
nomme  le  citoyen  George  Dollfus,  président  du  comité  de 
surveillance  k  Lulterbach,  commissaire  chargé  de  se  rendre 
aux  lieux  requis  poui'  activer  In  livraison  et  l'envoi  des 
gi'ains  réquisitiiinnés. 


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I.'aI.SVCR   en   TRllPS    llK   Rl'KIII.I':  i4T 

7  février  (19  pInviÛBf).  [/adminislration  airèle  que  les 
ûO.OOOquinlaux  de  grains  mis  il  sadispusitionparlacommisMon 
dps  sulisislances  ne  seront  repartis  qu'apn)»  l'achèvemenf 
i-omplet  de  l'inventaire  onlonné  des  crains  existante  chez  Icr: 
i-iliiyens.  e'est-i-dire  lorsque  rndminislrnliun  aura  sou8  li's 
yeux  les  éléments  (iiii  lui  pennr'llrdnl  de  faire  une  n'-parli- 
tion  équilahle. 

AdmoDitions  ministérielleB 

Hljfini'ier  i7{t4  fSO  nii'/tgp  on  l'i.  Les  représenlanls  tlu 
peuple  en  mission  dans  les  déparlements  de  ITst  envoient 
aux  administrateurs  du  llaut-ltliin  copie,  sans  date,  des 
admonitions  du  Ministre  de  l'Intérieur  portant  :  h  qu'il  est 
«  infuruié  que  la  masse  du  peuple  du  ilaul  et  Das-Rliin  n'est 
«  pas  Haro  le  sens  de  la  Révolution  ;  que  les  administrations 
«  sont  mal  composées,  que  les  lois  ne  s'exécutent  pas, 
•1  notamment  celle  l'clalive  au  maximum  du  prixdes  denrées*. 
Il  appuie  ces  observations  de  la  copie  de  dilTérentes  lettres  qui 
lui  sont  parvenues  de  comuiissaires  des  assemblées  pnmaires 
du  Haut-Ithin.  Les  représentants  invitent  les  administrateurs 
il  reméilier  k  cet  état  de  choses  et  îi  leur  donner  incessam- 
ment avis  des  succès  dus  ii  leur  zè\6.  A  la  suite  de  ces  recom- 
mandations, les  administrateurs  invitent  les  agents  natio- 
naux des  Districts  ii  veiller  à  l'exécution  des  lois,  à  arrêter 
l'agiotage,  h  faire  approvisionner  les  marchés,  k  faire  obstacle 
au  conimeree  nocturne  des  denrées,  à  propager  la  vérité  en 
détruisant  le  fanatisme,  ii  veiller  à  ce  que  les  administrations 
remplissent  leur  devoir  et  h  rendre  compte  à  l'administration 
lies  moyens  et  des  mesures  prises  pour  remédier  aux  abus 
qui  peuvent  régner  dans  les  di-lrii'ts.  Vrt.  Piolist-Jourdain. 

Anniversaire  de  la  mort  dn  Tyran 

■Jl  jaiirier  17U-I  /i  pluriûse,  nn  :■*).  Iji  société  populaii-e 
de  l'.olmar  informe  l'administration  qu'  •  h  l'instar  fies 
«  l'itovens  de  Paris,  elle  se  propose  de  célébrer  l'anniversaii-e 


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itë  IIKUTB  d'alsaok 

«  de  la  mort  du  dernier  lyraii  de  Fi-ance  ».  Elle  invite 
l'administration  à  disposer  d'une  somme  queleonque,  ïi  pn-le- 
ver  sur  le  fond  de  secours  rais  à  sa  disposilio»  par  le  tribu- 
nal révolutionnaire,  pour  doler  tine  fille  pauvre  et  vertueuse, 
qui  donnera  sa  mnin.  en  ce  jour  de  fêle,  à  un  r<-publtcahi 
sans  fortune. 

L'administration  du  DépartemenI  du  llaut-Khin  :  Considé- 
rant que  toute  occasion  de  céli'brer  dignement  k  triomphe 
de  la  liberté  doit  ^tre  saisie  avec  enthousiasme  par  des 
Uépublicains;  que  les  impressions  propres  ù  nourrir  In  haine 
contre  les  tyrans,  ne  peuvent  tourner  qu'à  l'avantage  de 
rhumanilé  ;  que  l'emploi  de»  fomls  demandés  pour  dfUer 
l'indigence  honn<^le  repond  nu  but  social  et  ne  les  diHourne 
point  de  leur  destination. 

Arrête  :  (Jue  cette  Î6lc  sera  célébrée  h  30  pluviôse  prochain 
(18  février  1794)  ;  qu'il  sera  pris  sur  les  fonds  de  fiecours, 
mis  il  la  disposition  du  département  par  le  tribunal  révolu- 
tionnaire, la  somme  de  4800  francs  pour  la  dot  de  quatre 
lilles  vertueuses  et  pauvres  qui  donneront  leurs  mains  à  des 
citoyens  sans  fortune  ; 

Ijue  ces  citoyennes  et  citoyens  seranl  choii-is  de  pre- 
férence  parmi  les  orphelins  délaissés  ou  les  enfants  de 
la  Pairie: 

(Juc  lasociélé  i>opulaire  île  (lolmnr  présentera  un  couple 
choisi  dans  celte  commune:  que  le  conseil-général  du  district 
de  Cuhnar  en  présentera  un  clioibi  dans  la  campagne  et  les 
districts  d'.Mtkirch  el  de  Relfort  chacun  un,  aussi  choisi  dans 
leur  ressort. 

Les  quatre  groupes  se  réuniront  à  Colmar  le  30  pluviiW 
pour  assister  ù  l'anniversaire  de  la  destruction  du  despotisn)e, 
qui  s'y  tiendra  U  (0  heures  du  matin. 

H  sera  délivré  par  le  sieur  Lafaye,  payeur  général,  sur  li's 
fonds  susdits  une  somme  de  1200  francs  ii  rhaqun  roupie  sur 
la  présentation  d'une  expédition  du  présent  arrêté  ait  bas 
duquel  le  seerétaire  général  inscrira  le  nom  des  mariés. 

La  municipalité  de  Cnlniar  est  invitée  de  soigmn'  la  police 
el  l'arrangemenl  de  la  fête, 

l'iiur  le  Président  :  LARCHi£n-Joi:i)AF> 
HTréla  ire-ffénérti  l 


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i   EN  TISHCS   DE   (iUEllIlli 


Nonvollos  Réquisitions  —  Landau  —  Brisach 

■J  janvier  1794(14  phœiôxe  an  S).  La  Commission  des 
subsislances  el  afipruvisionnements  de  la  République  requiert 
(lu  département  la  fournilure  de  20.000  quintaux  de  grains 
dont  34  en  froment  et  1/4  en  orgo. 

Le  7  février  (i9  plui'idxe).  l'Administration  du  Départe- 
ment —  c'est  ainsi  qu'elle  s'intitule  depuis  un  mois —  répar- 
tit ce  contingent,  comme  suit,  entre  les  districts  : 

District  de  Cotmar,  3.750  quintaux  de  froment  el 
Î50  d'orge. 

District  de  Uelfort,  2.230  quintaux  de  froment  et 
750  d'orge. 

District  d'Altkirch,  9.000  quintaux  de  froment  el 
3.000  d'orge. 

Ces  livraisons  seront  payées  sur  le  pied  du  maximum  et 
seront  /ailes  dans  le  cours  de  trois  décades. 

La  livraif;on  ne  s'opérant  que  difncilement  et  le  Bas-Rhin 
se  trouvant  dans  une  pénurie  extrême,  l'administration  du 
>laiit-ltbin  dél;5gue,  le  17  février  (29  pluviôse),  un  commis- 
saire, (îeolTroi  Bussmann,  qui  se  transportera  dans  les 
districts  el  ne  les  quittera  qu'après  livraisons  parfaites. 

iO  février  i794  (22  pluviiSxe  an  3).  Le  commissaire, 
ordonnateur  en  chef  de  l'armée  du  Rhin,  requiert  du  dépar- 
tement du  llaul-Ilbin  46.000  quintaux  de  foin  pour  l'appro- 
visionnement de  la  place  de  Landau  et  12,500  sacs  d'avoine. 
La  totalité  de  la  réquisition  devra  être  fournie  sans  délai. 

Considérant  l'insunisance  de  temps  pour  opérer  réguliôrc- 
menl  la  levée  de  cette  réquisition  d'approvisionnement, 
l'Administration  du  Haut-lthin  ordonne  que  les  districts 
feront  voiturer  sans  délai  sur  Landau  tout  ce  qui  peut  être 
disponible  dans  leurs  magasins,  sauf  aux  voituriers  requis 
il  décharger  à  Strasbourg  tout  ce  qui  pourra  excéder 
les  quantités  requises  pour  Landau. 

12  février  1794  (24  pfuvithe  au  2).  Avec  laposUlle  de 
l^esmann.  Représentant  du  peuple  en  mission,  la  ville  de 
Brisach,  disposant  d'un  ciV'dit  de  100.000  francs,  demande  à 


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ru<lii)inislriiliu:i  lu  ilépartcmenl  de  prciidi-c  ilu  suite  les 
mesures  nécessaires  pour  rnpprovisioiinemenl,  sur  la  liass  (!<■ 
3.300  bouches  du  pujiiiliilion  civile,  ;i  pourvoir  de  snbsis- 
Iniices  pcndanl  un  siège  de  six  mois  ii  prévoir. 

Considérant  ({ue  la  populaliun  civile  de  la  plarit  est  de 
1U77  âmes  au  lieu  de  2300,  cliiffre  sur  leijuel  la  demiindc  est 
hiisée:  (pie,  vi\  l'élut  d'épuisement,  il  y  a  lieu  de  diminuer 
d'un  tiers  la  quaulité  des  denrées  deuiandi'es  :  qu'il  est  d'ail- 
leurs urgent  de  prendre  des  mesures  edicaceà  pour  approvi- 
sionner lu  ville  avant  le  retour  de  la  campagne  ;  que  la  con- 
servation (le  cette  forteresse  intéresse  au  même  point  tous  les 
districts  du  département  ;  que  la  commune  n'étant  pas  k 
mémo  de  faire  les  avances,  il  convient  de  demander  au  j;o"- 
vernement  un  nouveau  fond  de  380  mille  livres  k  ajouter  à 
celui  de  100  mille  <iéjà  accordé. 

L'administration  du  départeuienl  arrête  comme  suit  l'éliit 
des  approvisionnements  <lc  Neuf-Brisarh  pour  sis  mois  Je 
siège  c'ilculés  sur  1677  pi^'sonnes.  savoir  : 

IlipuT  frais,  i:tO  pièces  :  viande  salée,  itiOO  quintaux  ;  lai'il 
salé.  300  quintaux  ;  beuriv  sulé.  40  quintaui:  ;  sel,  y  compris 
celui  de  la  salaison,  100  quintaux;  bois,  100  cordes;  chandel- 
les 48  quintaux  ;  vin,  1000  mesures  du  pays;  eau-de-vie, 
200  mesures  du  pays  ;  vinaigre,  400  mesures  du  pays  ; 
farine,  3500  quintaux  ;  riz.  100  quintaux  ;  légumes  se;s,  600 
quintaux  ;  huile  de  navette,  tO  quintaux  ;  foin,  SOOO 
t|uinlaux. 

Le  département  du  llaut-Hhiu  fournira  les  denrées 
ri-dessus  détaillées. 

Il  en  sera  référé  au  représentant  du  peuple  en  mission 
dans  les  Vosges  et  k  la  commission  des  subsistances  à  l'elTet 
d'obtenir  que  le  département  des  Vosges  ou  autre  de  l'inté- 
rieur soit  l'equis  de  livrer  à  la  commune  de  Neuf-Brisach  : 

10  40  quintaux  de  beurre  ;  20  300  cochons  ;  3»  100  quin- 
laux  de  sel  ;  4"  100  quintaux  de  riz  ;  5"  600  quintaux  de 
légumes  secs  ;  6'^  40  quintaux  d'huile  de  navette  et  "'  5000 
boisseaux  d'avoiuc. 


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B  EN'  TBHPS  DR  «CBIinE 


Toiles  peintes 


15  février  i794  (27  pluviôse  an  2).  Le  citoyen  Hauss- 
mann  présenle  au  Direcluire  un  arrêté  du  Conseil-exécutif  du 
4  pluviôse  (23 janvier)  et  en  demande  lenregistreinent  sur 
les  registres. 

«  Sur  le  rapport  fait  au  Conseil-exécutif  de  la  demande 
des  citoyens  Haussinanii,  Emerich,  Jordan  et  compagnie, 
manufacturiers  de  toiles  peintes,  le  Conseil-exécutif,  après 
avoir  entendu  le  commissaire  des  subsistances  ; 

«  Considérant  que  les  toiles,  provenant  de  la  manufacture 
des  citoyens  dénommés  ci-dessus,  sont  des  objets  de  luxe; 

M  Que  la  loi  du  7  septembre  1792  détermine  les  toiles 
qui  peuvent  être  exportées  et  les  formalités  à  observer  pour 
éviter  la  fraude; 

n  Arrête,  que  les  citoyens  llaussmann,  Emerich,  Jordan 
cl  C'<  pourront  faire  exporter  librement  celles  des  toiles 
peintes  provenant  de  leur  manufacture  pour  lesquelles  ils 
auront  satisfuit  h  la  loi  du  \  septembre  1792,  et  que  les 
eaiployés  aux  douanes  les  laissc^ront  sortir  après  qu'il  leur 
aura  été  Justifié  que  les  formalités  nécessaires  auront  été 
remplies. 

Id  mar»  1794  (29  ventôsean  S),  Le  Directoire  enregistre 
un  arrêté  identique  au  précédent  en  faveur  de  Pierre  Uollfus 
et  compagnie,  manufacturier  de  toiles  peintes  à  Wesserling. 


Contribution  mobilière  du  département 


18  février  1794  (30  nivâne  ait  3).  L'administration  du 
département  répartit  comme  suit  la  contribution  mobilière 
mise  k  la  charge  du  département  du  Haut-Rhin  par  le 
(léui'et  de  la  convention  nationale  du  29  novembre  (9  fri- 
maire 1793). 


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lôâ  iiKvi'K  ii'ai.saci; 

livies  sous  deniers 

]>isli'ict  (Ju  Culiiiar 108.092  R            « 

«      d'Altkireli 32.805  1           i 

«      (icBelforI  .     .     I     .      .       Ô3.t32  18            I 

Tolnux.     .     IBi.Sill  lit            :t 

iiiixi[ui'ls   seront  ajuuli'-s  i  sou-*   par   livre    [»our    fond    <le 
(Ipchnrge  et  non  valeurs  ; 

Kn  outcc,  le  cinquième  iltja  (lé[ieiiseti  gr'némles  ttu  il('-|)iirli-- 
niL-Dt  rcservt-,  faisant  la  somme  de  57.0(iâ  livres  10  sous, 
sera  ri'parli  au  marc  la  livre  du  principal  de  la  contribii- 
lion,  savoir  : 

livres    sous  deniers 

Dislrict  de  Colmar Zi.TM        14  11 

«      d'Altkirch 9.632        16  ô 

»      deB'irorl 15.689        17  8 

57.062         10 


Régie  des  poudres  et  salpêtres 

-'7  fêcFier  1704  [3  veatùse  an  2i.  L'administration  du 
di'parlement  enregistre  la  nominalion  de  Nicolas  Schemel 
comme  prépose  U  la  fabrication  du  salpêtre.  Elle  est  datée  de 
Paris  le  12  janvier  23  nivôse  et  ainsi  connue  : 

«  Nous,  régisseurs  nationaux  des  poudres  et  salpôlres,  elir. 
nommons  Nicolas  Schemel  pour  être  l'un  des  préposés  que  la 
lli'gle  est  tenue  d'envoyer  dans  chaque  di'|)artemenl. 

0  Se  fera  reconnaître  : 

«  ['reviendra  les  administrations  des  Districts  du  lieu  el 
«  du  jour  où  son  école  sera  ouverte  ulln  qu'elles  puissent  y 
«  envoyer  ses  agens  ; 

«  Se  placera  dans  un  lieu  oii  la  Régie  a  des  établisse- 
B  ments,  auprès  de  l'atelier  d'un  salpétrier  afin  de  se  mettre 
«  autant  que  possible  à  portée  de  Joindre  l'instruction  pru- 
»  tique  il  l'instruction  théorique. 

a  II  emploira  tous  les  moyens  de  persuasion,  toutes  les 
B  ressources  d'aclivilé  que  peut    animer    le    plus    aillent 


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«  palriolisme,  pour  exciter  le  zèle  des  communes  el  diriger 
«  fous  les  citoyens  vers  la  fabrication  du  salpêtre. —  Faii- 
«  chent,  Leblon,  Jacques  P.  Champy.  L.-P.  Dulourny  ». 

0  avril  (17  f/er minai  an  2).  Les  administrateurs  révolu- 
tionnaires Dabaucourt,  Carnol  el  Duroiselle  nomment  le 
citoyen  Laba<'be  pour  enseigner  dans  ie  Haut-Uhin  le  Iravail 
du  salpêtre. 


Importations  et  Exportations 


28  février  1794(10  venlôni'  an  -J).  Le  comité  de  Sulut- 
public  autorise  la  commission  de&  subsistances  de  la  Républi- 
que h  ('lablir  h  Bourg-libre  (Saint-I^uis),  Haut-Rhin,  un 
bureau  particulier,  ou  comptoir,  à  l'efTel  de  faciliter  la 
|ilus  prompte  et  la  plus  abondante  importation  possible  de 
subsistances,  denrées,  matières  et  marchandises  de  première 
nécessité  en  échange  de  l'exportation  des  vins  et  des  mar- 
chandises de  luxe  qui  peuvent  exister  dans  le  départe- 
ment. 

Le  12  mar»  (^2  centùsej,  le  citoyen  Haussmanii,  qui  e-st  le 
chef  de  cette  agence,  écrit  à  l'administration  du  département 
pour  l'inviter  à  prendre  1rs  mesures  nécessaires  pour  lui  faire 
connaître  le  plus  l6t  possible  la  quantité  des  vins  encavésel 
excédant  la  consommation  ordinaire,  qui  servira  de  basi 
aux  opérations  qu'il  se  propose  d'entair.er  incessamment. 

Le  13  mar»  (23  tentdxe),  l'administration  du  dcparten 
prescrit  l'inventaire  des  vins  de  la  Haute-Alsace,  classés  en 
qualités  :  première,  moyenne,  ordinaire.  Cette  mesure  esl 
prise  en  vue  de  faciliter  l'importation  du  bétail,  des  denrées 
el  subsistances  de  première  nécessité  en  échange  des  vins  ef 
des  marchandises  de  luxe  qui  peuvent  exister  en  superflu 
dans  le  département. 


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IIKVLK  D'AL»ACB 


Mission  Mairan  de  Belfort 


10  man  i794  {20  rentùte  an  2).  L'administration  enre- 
gistre une  pifce  délivrée  &  lluningue  le  3  venlôse  an  2 
(â3  f<''vrici'  17tl4),  par  llandut,  ivprégentaiit  du  peuple  pi>>s 
les  armées  du  ftliin  et  île  la  Moselle,  et  autorisant  le  citoyen 
Mairan  de  Belfurt,  à  parcourir  le  Haut-Rhin,  tes  Vosges,  le 
Mont-Terrible  et  autres  environnants,  pour  y  prendre 
connaissance  des  pi'oductions  du  pays  qui  peuvent  élre 
utiles  aux  arts,  aux  nianuracliircs  et  principalement  U  la 
marine  ;  à  charge  par  lui  d'en  rendre  compte  aux  repri'Sen- 
tants  du  peuple  et  de  faire  des  mémoires  détaillés  sur  );haque 
objet  de  ses  observations  et  de  ses  découvertes. 


OoDS  patriotiques 


ïi  murs  1794  t^2i  venldue  an  2).  L'administration  enre- 
gistre la  nomination  faite  par  M.  Schielé,  commissaire  ordon- 
nateur près  l'armée  du  Rhin,  datée  de  Strasbourg  le  10  ven- 
lôse (28  février),  qui  charge  le  citoyen  Schwartz  de  Colmar 
de  veiller  k  l'exécution  des  ari-èlés  des  représentants  Lacoste 
et  Baudot  des  8  pluviôse  et  13  vent<W'  an  2. 

Schwartz,  membre  du  Directoire  du  district  de  Culinar,  a 
été  présenté  par  la   société  popuisiro  pour  remplir  celte 


]|  est  investi  des  pouvoirs  les  pins  étendus  pour  ri'unir  les 
effets,  provoquer  les  dons  patriotiques  et  diiiger  le  tout  sur 
le  magasin  de  Strasboui^.  Sa  mission  doit  être  accomplii' 
dans  un  mois  au  plus  tard. 

Évacuation  du  Palatinat 

31  mars  1194  U"  tjerminal  an  2).  La  commission 
établie  par  les  représenta ntants  du  peuple  k  l'armée  du  Rhin 


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I.  ALïAUi:   EN   TEI1I>S   IIK  il 


|>oui'  l'évacLiHtmn  du  l^tlatinal,  écrit  à  l'ail  mi  nistrution  du 
d('-pjirU'menl  une  réquieitioii  ainsi  conçue  ; 


"  Liiudttu  le  -'9  ventôse  an  'J  (19  mars  17941 
"  de  la  Hèpithlique  française 

I'  Deu!L  mille  voitures  peuvent  encore  être  chargées  ilans 
II'  Falatinal.  Les  représentants  viennent  de  nous  prescrire 
(l'opéreravec  la  plus  grandi:  célérité  révacuatiuntotaledetoutce 
qui  peut  encore  être  transporté.  Les  mouvements  prochains  de 
nos  armées  nous  imposent  aussi  l'oitligation  impérieuse  de 
ne  rien  négliger  pour  l'efTectuer.  Le  peu  de  voitures  qui 
nous  restent  ne  peuvent  sulïire  k  ce  service,  d'autant  plus 
i(ue  la  commission  est  encore  journeltemeni  requise  de  four- 
nir di-  si's  voitures  pour  les  besoins  de  l'iirmée  ;  et  ({uand  elle 
le  pourrait  il  v  aurait  injustice  de  les  retenir  plus  longtemps  : 
il  est  même  instant  pour  la  chose  publique  de  renvoyer  les 
conducteurs  travailler  a  leurs  semailles. 

e  Nous  vous  invitons  donc,  citoyens  administrateurs,  et 
au  besoin  nous  requerrons  : 

«  i"  (te  vouloir  bien  donner  des  ordres  pour  qu'il  soit  con- 
duit à  Landau,  du  département  du  llaut-Khin,  In  quantité 
de  cent  trente  voitures.  .\  leur  arrivée,  toutes  celles  que  nous 
pournnis  encore  avoir  de  votre  département  seront 
congédiées, 

s  2°  Ue  prendre  les  mesures  nécessaires  pour  que  les  voi- 
tures que  vous  allez  nous  envoyer  soient  remplacées  douze 
ou  (juinze  jours  oprès  leur  départ,  par  des  nouvelles,  atln  de 
ne  pas  trop  entraver  les  opérations  des  campagnes. 

H  <:haque  voiture  devra  se  munir  de  subsistances  pour 
quinze  jours  en  fourrages  dont  six  seront  versées  ù  leur 
arrïvée,  dans  les  magasins  de  la  place.  Certiflcat  leur  en 
sera  délivré  et  payé  comme  fourniture  du  contingent.  Ils 
seront  en  outre  payés  de  leur  route  et  de  leur  jour  de  travail 
pour  l'évacuation  du  Paliitinat  où  les  subsistances  leur  seront 
fournies  ainsi  qu'à  leur  teloiir. 


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loi»  IIISVtE    DAL<«AUE 

«  Furts  de  votre  palriulisme,  nous  espérons  la  plus  prom- 
pte exécution  de  la  présente  réquisition,  en  vous  préve- 
nant que  vous  serez  i-esponsable  de  tout  retard. 

•  Salut  et  fraternité. 

'<    l'\RUBNT[BH-BARTH-RtGBOT    » 

L'administration  du  département  requiert  le  Directoire  du 
District  de  Colmnr  de  donner  sur  le  chiimp  les  ordres  néces- 
saires pour  faire  passer  ii  Landau  soixante  voitures  ;  celui  de 
Belfort  35et  celui  d'AlIkirch  également  35,  attelées  chacune 
de  deux  chevaux. 

Dans  les  ii  heures,  les  Directoires  des  trois  districts 
rendront  compte  des  mesures  prises. 

Armes  de  Guerre 

20  Hiam  1794  [0  germinal  an  2).  L'administration  géné- 
rale du  département  fait  payer  au  citoyen  Weiss  d'Ober- 
bruck,  798  livres  pour  le  prix  de  133  piques,  livrées  par  lui 
lors  de  la  levée  en  masse,  aux  communes  de  Rimbach.  Ober- 
bruck,  kirchberg  et  Wegschcid,  soit  U  raison  de  00  livres 
la  pique. 

Assistance  Interdépartementale 

'■i  avril  1794  {!4  germinal  an  l'i.  Le  déparlenn-nt  du 
Doubs  se  trouvait  dans  une  pénurie  extn^me  de  grains  pour 
l'alimentation  civile. 

Le  Haut-Rhin,  taxé  à  50.000  quintaux  |K>ur  venir  au 
secours  du  Doubs.  fait  opérer  le  recensement  desdits  grains 
existants  dans  ses  trois  districts  adn  d'impo-ier  ik  chacun 
d'eux  la  quote-part  à  lournir,  réserve  faite  des  quantités 
nécessaires  aux  semailles  et  ik  l'alimentation,  pendant  six 
mois  au  plus,  de  leurs  populations  i-especlives. 

Le  recensement  constate  que  le  district  d'.\ltkiri;li  jiosséde 
139496  quintaux  de  grains,  quantité  suffisante  pour  la  con- 


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1.  ALSACE  KS  T«MPS  AK  r.rKriRE  l,"»T 

sommalion  de  ses  habitants  pendant  sept  mois,  calculée  k 
une  livre  par  Jour  et  par  individu. 

Au  district  de  Belfort  le  recensement  accuse  84,513  quin- 
laui,  quantité  à  peine  suffisnrile  pour  nourrir  ses 
habitanls  pendant  trois  mois  et  demi. 

Plus  mal  partagé  encore  est  le  district  de  Colmar  qui  ne 
recense  que  77,397  quintaux,  quantité  qui  peut  à  peinp 
suffire  il  ses  habitants  pendant  deux  mois. 

Loin  de  pouvoir  venir  au  secours  du  département  voist». 
l'adminislrfllion  du  Haulllhin  arrête  :  que  le  district  d'Ail- 
kirch,  dont  la  situation  est  relativement  bonne,  mettra 
36,000  quintaux,  à  la  disposition  du  district  de  Colmar  et 
11,000  n  la  disposition  de  celui  de  [ielfort  ;  ces  deux  districts 
se  trouvant  dans  un  besoin  urgent  et  particulièrement  celui 
<\>'  Colmar  dont  la  population  est  près  dn.,double  plus  élevée 
que  celle  des  autres  districts.  Cet  grains  seront  payés  au  prix 
>iu  ninxinium  par  les  magasins  ncqnérnirs. 


FabricafioD  du  Per-blanc 


ti  arril  1794  {17  germinal  an  2).  Le  citoyen  l'i-ospèn- 
llhaulin.  manufacluner  ii  Bains,  demande,  par  l'organiî  du 
directeur  de  liisine,  le  citoyen  Baitz,  que  le  Haut-Rhin  soit 
requis  de  lui  fournir  «  trois  milliers  «  de  suif  fondu,  néces- 
saires îi  la  fabrication  du  fer-blanc, 

Foussedoire,  représentant  du  peuple,  dans  les  départe- 
ments du  Haut-Rhin  et  des  Vosges  aulorisc  l'adminlstnition 
«lu  département  à  mettre  en  réquisition  sur  les  trois  districts 

ces  tn-ismilliers; .le suif  fonduàlivi-er an  citoyen  Itallzponr  le 
servi  'c  lie  lu  lunnufat-ture. 


Armées  du  Rhio  A  de  la  Moselle 

il  arrit  1791  {21'  yprminal  an  2i.  A  Slrasbourg  le  22 
genninnl  *<■  «nnce  de  la  République  française,  une  el  indivi- 


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irtH  REVi'E  n'Ai,s.\(;E 

sible,  —  Le  représentant  du  peuple  j  rfe  des  armées  du  Hliin 
et  de  la  Moselle  «  arrête  : 

«  Que  le  département  du  Haut-Rhin  (pu  p!«l  <'n  ntlnnl  de 
verser  dans  les  mogasins  militaires  de  l'armée  du  Ithiii 
.')8,000  <]uintaux  de  foin  et  25,000  quintaux  de  paille  ; 

«  Olui  lies  Vosfçesîe.OOOquinInux  de  foin,  20,000  quin- 
anx  <le  paille  et  87,000  sairs  d'avoine  pour  compléler  les 
difféi-entca  réquisitions  qui  leur  ont  été  faites,  seront  tonus 
d'y  satisfaire  dans  deux  décades  pour  tout  délai,  h  peine 
d'être  traduits  an  tribunal  révolutionnaire  et  d'exposer  les 
administrés  h  être  Irailés  militniremcnl. 

"  Le  département  de  la  Côte-d'Or,  dans  le  même  délai  el 
sous  la  même  peine,  fera  opérer  le  versement  des  30,000 
quintaux  en  foin  pour  lesquels  il  vient  il'ètre  requis  par  la 
rommission  des  approvisioniirmenls. 

«  Los  districts  de  Slraslioiirg  cl  de  Srhlcstadt  et  la  partie 
de  lla^uenau  ifui  n'a  point  été  envahie,  fournironl  dans  le 
même  délai  et  sous  tes  mêmes  peines,  en  déduirions  de  leiii-s 
impositions.  12.000  quintaiis  de  foin  et  10,000  .juinlaux  d.- 
paille. 

a  Le  citoyen  Dutorl,  administrât eiir  des  subsistances  se 
rendra  dans  les  déportements  du  Haut-Rhin  et  des  Vosges 
pour  y  surveiller  l'exi'culion  dit  pivsenl  arrêté  el  il  me  rendra 
compte  tous  les  trois  jours  des  opcintions  des  aduiinislra- 
teuis.  Il  me  dénoncera  ceux  d'cntr'cux  dont  la  eonduile 
serait  faible  ou  malveillanle  :  il  se  transportera  ensuite  dans 
le  déparlement  de  la  Haule-Saône  pour  y  surveiller  lex'Vu- 
tion  de  l'arrêté  du  même  jour.  —  J.-B.  Lacoste  ». 

10  nv?-il  1794  [27  germinal  an  2\.  Lacoste  ajoute  ce  qui 
suit  II  la  mission  du  citoyen  nuiforl  :  Dans  le  Haut  et  Ip  Bas- 
Uhin,  les  Vosges,  le  Mont-Terrible,  la  Haute-Saùnc  et  la 
Cùte-d'or,  «  il  fera  une  visite  domiciliaire  chez  tous  les  admi- 
«  nistrateurs,  otliciers  municipaux  et  autres  fonctionnai iiîs 
«  publics  pour  vérifier  si  la  déclaration  des  grains  qui  leur 
«  appartiennent  est  exacte  et  s'ils  ont  fait  exécuter  l'ari'êté 
«  du  représentant  du  2"  pluviôse,  relatif  à  un  nouveau 
«  recensement. 

;'/  tirri!  179-1  (-'  florénl  an  l'i.  L'adminislralion  enni- 


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i.'ai.sm:r  kn  trkps  iie  r.riERiiF:  1511 

gislre  la  nomination  du  citoyen  François-Xavier  Hauvilliers 
comme  contrôleur  des  transports  militaires  comprenant  les 
subsistances  et  les  fourrages,  les  effets  d'habillement  d'équipe- 
ment et  de  campement,  ceux  de  l'artillerie,  ses  attirails, 
uBtensils  et  munitions  de  guerre,  ceux  des  hôpitaux  et  enfin 
ceux  des  convois  en  général.  Il  pourvoira  à  la  loupniture  des 
voitures  et  des  chevaux  nécessaires  et  h  l'organisai  ion  du 
.service,  avec  marche  n^jriilière. 


Cour  de  Munster  à  Colmar 


Le  S  acri/ i7S3  la  cour  de  Munster  tirant  vers  le  Levani 
sur  la  place  Collégiale  (place  Saint-Martin  ;  vers  le  Couchanl. 
^urlarucappeléeScbœdelgass  (aujourd'hui  rue  des  Marchands! 
e8tim''-e  !i2l,000  fr.,  est  enchérie  par  Jean-Claude  Schwartz, 
de  Coimar  jusqu'à  S0,400  fr.  et  lui  est  adjugée,  fi  l'e^ilinction 
'le  In  troisième  bougie. 


I:î  avril  1794  (S4  germinai  an  3).  Sur  le  rapport  de  lu 
Hiciélé  populaire  de  Coimar,  spécialement  consultée,  le 
représentant  Fousscdoire  ii-ve  la  suppression  prononcée  le 
18  frimaire  an  2  (8  décembre  4793)  par  Hérault  de  Séchelle<^ 
contre  le  citoyen  Fritsch,  cj-devant.  lieutenant  de  gendar- 
merie, en  considération  de  ses  quarante-cinq  ans  de  service, 
de  ses  hlessuiv^  cl  de  ses  initrmités.  Mais  l'arrêté  <lont  s'agit 
ne  pourra  élra  un  prt'lexte  pour  déplacer  le  lieutenant  qui  a 
remplacé  Fritsch. 


Rassemblement  séditieux  en  Suisse 


15  nrril  1794  {20  germinal  an  2),  l^-i  soi-ielé  populaii'e 
de  Dille  le  18  germinal  nn  2 1 7  avril),  dénonce  lox-capitaine, 


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ItiO  RRVI'R   Ii'aI.SAOE 

Noblat  comme  ^tant  »  la  léte  d'un  rassemblement  séditieux 
en  Suisse.  Le  gén^^ral  Schérer,  à  qui  cette  sociélt-  avait  écrit, 
lui  répond  dp  son  quartier  général  de  Klolzlteim.  qu'il  est 
<<ITerlJvemenl  vrai  que  le  capitaine  Nobint  a  été  un  moment 
à  la  l^lo  de  rnssemblemenls  qui  se  sont  formés  tdes  brigands  » 
du  >l  ont -Terri  h  le  et  qui  ont  été  déjoués  :  que  depuis  ce  temps, 
■suivant  ttws  les  rapports  de  ses  espions,  il  s'est  relire  à 
Kheiiifeld,  oi'i  il  fomente  de  nouvelles  séditions  el  conspire 
i-onlre  sa  pairie,  mais  oft  il  échouera  s'ilose jamais  metlre  s**- 
prvjels  liberlicides  ii  exéculion. 

*  CiinsJdèninl  que  le  rapilaiiie  Nobl.il  s'est  retiré  h 
à  RheinreM.  terriloire  de  Puissance  en  guerre  ronln'  la 
Kninee,  oti  i)  fomenle  nouvelle  sédition,  l'administration  du 
tIaut-Khiii  arrête  que  son  nom  sera  porté  sur  la  lisle  suppl*^- 
tive  des  êmiin^  et  i]u'il  sera  <«iiimi«  aii\  loi-:  a  ppli>-.ilile<.  ,i 
ee<  derniers,  —  IMIieb-Jounliiin  ». 

.1  «w/rre-.  1,*  ItKvtK. 


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A  TRAVKRS  LE  PASSE 


SOUVENIRS  D'ALSACE 

POHTRA[TS,    PAYSA(iES 
Fin  (J) 


KXCURSION  DE  DEUX  ALSACIENS 
A'n  IMijique  el  pti  Hollande  (2) 

Visites  aax  Mosâes  de  Bruxelles,  Gand,  Bruges,  Anvers. 
—  Une  ville  morte,  —  Van  Syck  et  Kemling,—  Un  marbre 
de  Michel-Ange  à  Bruges. 

Rugùne  Fromenlin,  le  {leiiilrc  dos  sct^nes  nrnltos  de 
l'Algérie,  l'arlistn  (V-rivain  (]iii  ii  poJiil  le  Siihnia  il'nprès 
nnliire,  venait  <le  publier  son  ciii'ic-iix  livre   sui'   les   itiusécs 


(i)  Vov.  pp.  33J-.W5  (lu  Irlmeslrc  Juillel-.Vortt-Seplembre.  pp 
4.3tt-465dulnineBte  Oelolirc-Noveiubre  Ui'Tctiibrel8!);>:  pp.  ti-m 
<lu  Irimcsire  Janvier-Fèvrier-Mars.  pp.  \-'S-i'M  du  Iriiiieslrc 
Avril-Mai-Juin,  pp.  34(>-377  ilu  Irimeslro  Juiilet-AoïU-Sppl-inbre. 
pp.  S20-5.'Sf)du  tnmcsirc  Oclolire-Noïemlirc-llécniiliri»  WHi;  jjji. 
i04-lS8dii  Irimcsire  JanTior-ri'vni-i'-Mars.pji.  U^i-IK-t  <lii  trimeslre 
Avril-Mai-JuiD,  pp.  'AWVXM  du  IriiueEtrc  Juillcl-AoïU-SepleDiljie. 
pp.  4(i1)-489du  Iriiiieslre  Oelobre-Noveiubrc-Déieinbre  IS»7:  p|i. 
8.3-IO(i  da  trimestre  Janvier-révrier-Mars  1898. 

(2)  Je  lerminc  mou  foliiiiie  di'  souvenirs  par  le  récit  des  impres- 
sions lie  voyage  dc  deux  Alsui-iens  en   lïelgiiiuc  et  en    Hollande. 


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162  RKVUB  b'ALSACb 

des  Pays-Bas  et  avait  reporté  l'allention  des  amis  de  l'art  sur 
les  trésors  qu'ils  renfermenl.  Je  n'eus  pas  de  peine  îi  me 
laisser  entraîner  par  ce  mouvement  de  curiosité.  Un  matin 
de  juillet  1882,  sous  le  charme  des  longues  journées  d'iHé, 
Henner  et  moi  primes  le  train  pour  Bruxelles,  emportant 
dans  nos  valises  légères  le  guide  Joanne  qui  devait  nous 
servir  de  fll  conducteur  dans  le  labyrinthe  des  musées,  monu- 
ments et  collections  particulière?  ijue  nous  tenions  ii  explorer 
•i  fond. 

Bruxelles,  un  petit  Paris,  a  de  m'ignillques  édifices, 
anciens  et  modernes,  des  boulevards  comparables  à  ceux  de 
Paris,  mais  dont  les  dimensions  excèdent  les  besoins  d'une 
circulation  restreinte  et  semblent  leur  enlever  toute  anima- 
tion .  Le  Palais  de  la  Bourse,  le  Palais  do  la  Justice,  le  théâtre, 
constructions  toutes  modernes,  se  distinguent  par  leur  archi- 
tecture somptueuse  trahissant  la  recherche  du  grandiose.  Dans 
certainsédilicesreligieuxoùlestylejéauitedomineavec son  clin- 
quant et  son  ornementation  de  mauvais  goût,  apparaît  encore 
la  trace  vivante  de  l'anrienne  et  cruelle  domination  espa- 
gnole. Mais  l'œuvre  maîtresse  où  se  résume  toute  l'histoire 
du  vieux  Bruxelles,  où  chaque  pierre  rappelle  de  navrants 
souvenirs,  où  se  sont  figés  sous  la  rude  patine  du  temps  les 
efforts  et  les  douleurs  d'un  peuple  avide  de  libertés,  c'est  le 
fameux  hôtel  de  ville,  celte  dentelle  de  pierre  avec 
ses  pignons  façonnés,  ses  galeries  )i  jour,  ses  consoles,  ses 
clochetons,  ses  balcons  fleuronnés  et  son  beffroi  aux  élance- 
ments superbes  qui  semble  monter  comme  une  prière  dans 
l'azur,  et  ijui  a  bien  souvent  sonné  le  glas  des  guer- 
res civiles. 

Monument  d'architecture  gothique,  situé  presqueen  face  de 
l'hôtel  de  ville,  l'église  Sainte-Gudule.  d'un  style  assez  sévère 
h  Fextérieur,  a  subi  dans  son  mobilier  les  exigences 
disparates  du  style  rococu  des  Jésuites  qui  semblent  avoir 


Ces  pngea  où  se  rénèlCDt  la  oalurc  et  l'art  d'un  beau  pajB,  ne 
seroul  peut-être  (tas  indifférentes  aui  lecteurs  qui  ont  eu  lo 
patience  de  inc  suivre  jusqu'ici  dans  l'œuvre  de  bon  souvenir 
vouée  ù  la  terre  sarrée  de  nos  aïeux  où  l'art  a  toujours  élé  en 
honneur. 


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A   TRAVERS   LB   PASSÉ  163 

prisa  Iflche  dedi^naliirer  h  plaisir  lu  belle  ordoniinnce  des 
nefs  anciennes.  Ainsi,  la  chaire  à  prêcher,  considérc^e  géném- 
Icmenl  comme  un  chef  d'œuvre  de  sculpture  et  de  patience, 
est  plutitt  une  composiliun  extravagante  qu'une  vraie  œuvre 
d'art.  Au  milieu  d'une  végétation  luxuriante,  qui  a  la  pré- 
tention d'être  paradisiaque,  on  voit  un  ange  armé  du  glaive 
et  chassant  Adam  et  lïve  du  paradis  ;  des  singes,  des 
écureuils,  des  paons ,  des  perroquets ,  des  coqs  et  des 
poules,  aimahle  ménagerie  de  l'Eden,  forment  contraste 
avec  le  squelette  grimaçant  qui  poursuit  nos  deux  premiers 
parents.  Lors  de  la  publication  dans  le  Tour  du  blonde  des 
intéressantes  notices  de  M.  Camille  Lemonnier,  sur  la  Belgi- 
que, la  maison  Hachette  m'a  demandé  de  lui  deàsiner  celte 
chaire  aussi  célèbre  que  fantaisiste  par  l'exubérance  de  ses 
détails,  œuvre  d'imagination  sinon  de  talent  d'Henri 
Verbruggen,  l'armi  les  autres  monuments  belges  que  j'ai 
dessinés  pour  la  même  publication,  ligure  la  petite  fontaine  du 
Maenne  kfpis,  dont  le  nom  flamand  assez  tiansparent  laisse 
deviner  le  caractère  ultra- naturaliste.  On  semble  trùs  lier  îi 
Itinixellcs  de  cet  impertinent  petit  bonhomme,  savez-vous? 

Après  avoir  visité  rapidement  les  principaux  monuments 
de  Bruxelles,  nous  faisons  une  longue  station  au  musée  de 
peinture  qui  est  très  riche  en  primitifs  flamands  M.  Frlis. 
le  savant  conservateur  du  musée,  pour  qui  l'ami  Bavard 
nous  avait  donné  un  mot  de  recommandation,  se  ilt  plaisir 
de  nous  montrer  les  toiles  les  plus  célèbres  de  Rubens,  do 
Rembrandt  et  de  Van  Uyck,(|ue  possède  lo  musée  et  d'appe- 
ler notre  attention  sur  les  rares  panneaux  des  frères 
Van  Eyck,  de  Memling  et  de  Hoger  van  der  Veyden.  Nous 
avons  été  tout  parliculièrcment  intéressés  par  les  deux  volets 
latéraux  du  fameux  triptyque  des  Van  Eyck,  V Adoration  de 
l'Agneau  mijxttque,  dont  le  panneau  central  est  conservé 
dans  l'église  de  Saint  Bavon  k  Gand.  Sur  ces  deux  volets  sont 
peintes  les  figures  nues  d'Adam  et  d'Eve.  Elles  sont  repro- 
duites évidemment  d'après  nature,  tellement  leur  expression 
et  leur  anatomie  sont  remarquables.  Un  autre  fragment  du 
triptyque  de  Saint-Bavon  est  au  musée  de  Berlin,  de  sorte 
que  le  chef-d'œuvre  de  Jean  et  d'Hubert  van  Eyck  est  aujour- 
d'hui dispersé,  grâce  h  la  coupable  indifférence  de  la  fabrique 


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i&À  REVUE  d'alSACB 

de  Saint-Bavon  qui  a  laissé  muUlei'  cet  incomparable  monu- 
ment de  Tort  du  XV  siècle. 

«  Quoiqu'il  en  soit,  ces  restes  sont  grandioses,  ils  nous 
étonnent,  ils  nous  confondent  par  leur  science,  ils  nous  ('meu- 
vent par  leur  élth-ation  et  par  leur  ampleur.  On  se  sent 
('crasé  par  ce  miraculeux  savoir  qui  édate  ainsi  dès  le  début, 
par  cette  expérience  consommée  qui  se  manifeste  dès  le  prin- 
cipe. On  cherche  des  précurseui-s,  ,1ps  initiateurs,  et  les 
obscurités  île  l'histoire  enveloppent  si  bien  cette  prodigieuse 
éctosion,  qu'elle  parntt  comme  une  sorte  de  génération  spon- 
tanée, sans  précédents  d'où  elle  découle  sans  antécédents 
qui  l'expliquent. 

«  Où  les  VAn  Eyck  avaient-ils  appris  cette  technique 
merveilleuse  qui  représente  l'accumulation  des  études  de 
plusieurs  générations  ?  (Jnestion  redoutable  et  bien  loin 
encore  d'être  résolue  (Il  ». 


Le  surlendemain  de  notre  arrivée  h  Bruxelles  nous  partons 
pourGand,  ville  commerçante,  animée,  agitée,  vibrante  où 
l'on  sent  une  puissante  volonté  de  conserver  la  fortune 
acquise  et  de  l'agrandir  encore,  une  de  ces  vieilles  cités 
municipale^,  tières  de  leurs  franchiseii  séculaires,  qui,  tout 
en  suivant  le  progn^'s  moderne,  n'a  point  renoncé  au  culte  du 
passé,  comme  le  pi-ouve  le  respect  qu'elle  porte  h  ses  vienx 
monuments.  Nous  rlébarquons  en  plein  marché,  devant  la 
belle  façade  de  l'hùtcl  de  ville  et  en  face  de  la  tour  du  belfi-oi 
située  ait  bout  de  la  grande  rue,  sombre  décor  du  moyen  fige. 
Sur  la  place  du  marché  les  cuisinières  portant  au  bras  gau- 
che de  grands  paniers  !i  anse,  en  fer  blanc,  nous  semblaient 
de  vieilles  connaissances  tant  leurs  costumes  et  leurs 
allurt's  se  rapprochent  de  ceux  des  ménagères  alsaciennes. 
Notre  première  visite  fut  pour  l'église  Suint-Bavon  où  nous 
contemplâmes  longuement  le  fameux  panneau   central  de 

(I)  Henry  ilnvnnl.  —  La  Flandre  «  roi  </ oiseau. 


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A   TRAVEnS   LE   PASSÉ  16S 

V.lffiieou  mijutii/iie  des  frères  Vnn  Eyck,  avec  ses  légions 
(l'élus  agenouillés  ou  pied  de  la  fontaine  de  vie  Nous  admi- 
rons l'élonnanle  conservation  de  cette  criivre,  vrai  tmit 
d'union  entre  le  Moyen-Age  et  la  Kenaissance  |iar  la  perfec- 
tion de  ses  procédés  techniques  rappelani  celle  du  Coni/ul- 
fie/'tfd'Antonello  de  Messine,  au  Louvre,  œuvre  contempo- 
raine tout  aussi  étonnante. 

C'est  aux  Van  Eyck  que  la  tradition  attribue  l'honneur 
d'avoir  inventé  la  couleur  a  l'huile  et  d'avoir  communiqué 
leur  secret  aux  artistes  italiens  de  l'ppoque. 

Nous  visitons  ensuite  l'église  de  Saint-Nicolas,  qui 
renferme  de  su perlies  tableaux  de  Ilubens  et  de  Van  Dyck. 
Ce  dernier  figure  aussi  à  Saint-Bavon  où  nous  admirons  son 
Christ  en  croix  popularisé  par  de  nombreuses  copies  et  des 
milliers  d'estampes.  Puis,  après  avoir  jeté  un  rapide  coup 
d'œil  sur  les  canaux  couverts  d'eni lia rca lions,  sur 
les  quais  animés  et  les  pignons  si  pittoresques  des  maisons 
qui  les  bordent,  nous  retournons  à  la  gare  prendre  le  train 
de  Bruges. 

Ces  gares  belges  sont  vraiment  étranges  :  elles  ressem- 
blent à  des  cath'^ilrales  gothiques  se  détachant  comme 
un  anachronisme  sur  les  édilices  modernes  qui  les 
entourent. 


Nous  arrivons  à  Bruges  à  midi,  ce  qui  prouve  que  ces 
vieilles  villes  Hamandes,  Bruxelles,  Gand,  Bruges,  sont 
irès  peu  distantes  l'une  de  l'auti'e.  Pour  ne  point  perdre  de 
temps  —  car  nous  voulions  aller  le  mi^me  jour  ii  Ostend  e  — 
nous  déjeunons  h  la  table  d'hôte  d'un  hôtel  voisin  de  la 
gare.  Il  y  avait  là  une  dizaine  de  convives  paraissant 
tous  appartenir  à  la  population  du  pays.  C'était  un  vendredi, 
jour  strictement  maigre  dans  cette  vieille  ville  catholique 
déchue  de  son  ancienne  splendeur,  dans  celte  ville  morte, 
aux  rues  désertes  qui  ressemble   ;i  un  immense  béguinage. 


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166  RBVtB   D  ALSACB 

On  nous  servit  qualre  à  cinij  plats  de  marée,  des  moules,  de 
la  raie,  du  maquereau,  de  la  sole, du  homard  en  saladefpuis, 
pour  les  mécréants  assez  audacieux  pour  demander  de  la 
viande,  on  consentit  a  terminer  le  repas  par  un  hifteck  aux 
pptils  pois.  N'impcrle,  ce  repas  maigre,  qui  aurait  conlenlé 
le  moine  Gorenflot,  était  fort  bien  accommodé  et  nousyftmes 
honneur.  Au  dessert  nous  eûmes  le  spectacle  d'une  scène  de 
mœurs  locales  assez  typique. 

I.'n  homme  du  peuple,  en  état  d'ivresse,  vint  s'abattre  sur 
le  trolloir,  sous  les  fenêtres  de  la  salle  k  manger.  Tous  les 
ronvives  furent  scandalisés  de  voir  un  ivrogne  dans  celte 
ville  cléricale  réputée  pour  ses  bonnes  mœurs  et  sa  tempt''- 
rance  :  un  agent  de  police  s'empressa  de  le  relever  et  de  le 
mettre  ù  l'ombre.  Nos  voisins  de  lahie  semblaient  tout 
honteux  qu'un  pareil  spectacle  pût  èlre  donné  k  des  étran- 
gers dans  la  vieille  et  respectable  cité  flamande. 


■  ne  impression  étrange  s'empare  du  touriste  au  moment 
où  il  pénètre  dans  cette  ville  du  silence  figée  dans  sa  solitude 
et  dans  sa  ruine  comme  le  chdteau  elfrité,  plein  de 
ronces,  de  la  Belle  au  bois  dormant.  Sous  le  ciel  bleu,  sous  le 
soleil  éclatant  tout  y  est  vide  et  morne. 

V.n  regaixiant  les  clochers  et  leurs  clochetons,  les  pignons 
déchiquetés  se  découpant  sur  le  ciel  avec  la  rigi- 
dité cadavérique  des  matières  inertes,  on  s'altend  k  entendre 
sonner  le  glas  de  tout  un  monde  évanoui,  d'un  monde  qui, 
jadis  jetait  sa  note  vibrante  sur  cps  canaux  enjambés  par  des 
ponts  en  dos  d'âne,  pleins  de  bateaux  et  de  bateliers  afTairés, 
sur  ces  maisons  si  pittoresques,  aux  fines  découpures,  sur 
ces  quais  et  ces  ruelles  autrefois  si  vivants.  Toutes  les 
maisons  sont  fermées,  les  rideaux  tirés,  les  habilants  calfeu- 
trés chez  eux,  égrenant  silencieusement  le  chapelet,  toujours 
le  même,  toujours  implacablement  monotone,  de  leurs  jour- 
nées incolores. 


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A  TRAVERS  L8   PASSÉ  167 

De  celte  cité  si  chère  aux  ducs  de  Bourgogne,  si 
commerçai! le  jadis,  où  des  navires  du  monde  entier  venaient 
chercher  les  toiles,  les  dentelles  el  les  draps  îles  Flandres, 
Taisant  ruisseler  l'or  dans  les  comptoirs  des  marchands,  il  ne 
reste  qu'un  souvenir. 

Par  ci,  par  Ib,  un  chat  noir  traverse  la  rue  comme  un 
éclair,  une  vieille  religieuse  coilTée  de  son  béguin  passe 
comme  une  omhre  lamentable, une  ouvrière  dentellière,  assise 
sur  le  pavé  où  pousse  l'herbe,  agile  fi'brilement  et  d'une 
façon  inconsciente  ses  fuseaux  et  ses  bobines,  sans  lever  la 
tète,  sachant  parfaitemenl  qu'aucun  incident  de  la  rue  ne 
viendra  la  troubler. 

Seul,  comme  battant  les  dernières  pulsations  d'une  vie 
presque  éteinte,  le  carillon  du  befTroi,  ce  niiîme  carillon  qui 
jadis,  chantait  les  îè\ef  d'une  population  en  liesse  ou  mar- 
quait d'un  glas  sinistre  les  tragédies  des  guerres  religieuses 
dont  ce  pavé  porte  encore  la  sanglante  empreinte,  seul  le 
carillon,  comme  un  dernier  sourire,  envoie  son  mélanco- 
lique salut  k  la  ville  engourdie  que  rien  ne  galvanise  plus, 
pas  même  un  chant  d'ouvrier,  pas  même  le  rire  sonore  d'un 
enfant.  Car  —  c'est  là  encore  un  des  caractères  dominants 
de  cette  nécropole  —  on  ne  rencontre  point  dans  ses  rues 
une  troupe  d'enfants,  réveillant  par  leurs  jeux  et  leur  gaieté 
les  échos  amortis. 

Il  ne  reste  au  touriste  saturé  de  l'immense  ennui  qui 
suinte  partout  sur  ces  murs  moisis,  sur  ces  ponts  lépreux, 
sur  ces  tours  lamentablement  gercées  par  le  champignon 
de  la  ruine,  qu'à  se  retremper  au  contact  des  œuvres  d'art 
qui  abondent  dans  les  mus-îes,  les  églises  et  l'hôtel  de  ville. 
Là  il  y  a  une  moisson  de  jouissances  à  recueillir.  Dans  ce 
cimetière  du  passé,  dans  ce  Campo  Santu  de  l'histoire,  tout 
évoque  les  grands  noms  qui  ont  fait  la  gloire  artistique  du 
pays.  Anvers  a  son  [tubens,  Gand  a  ses  Van  Eyck,  Itruges  a 
.'ion  Memling.  Celui-ci  a  sa  légende  que  nous  raconte 
l'ami  llavard,  dans  son  beau  livre,  La  Flandre  à  vol 
d' oiseau. 

«  Ce  n'est  pasû  l'Académie  qu'on  doit  étudier  Memling  : 
c'est  à  l'hôpital  Saint-Jean  qu'il  nous  faut  le  chercher.  Lu,  on 
le  retrouve  dans  son  milieu  et  sur  son  terrain.  11  est  chez  lui. 


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168  BBVUB  d' ALSACE 

11  y  est  si  bien  qui^  de  celte  convenance  parfaite  entre  l'œtivrp 
et  le  padre,  entrp  l'Wpital  et  les  laliloaux  qui  l'illtistrenl,  il 
est  sorti  une  lô^ende  toute  faite  qui  a  traversé  les  siùcles  et  h 
laquelle,  si  nous  en  croyons  la  «Tltiquc  moderne,  il  faut 
renoncer. 

«  Celte  U'gende  nous  raconte  qu'aprt^s  la  lialaille  de  Nanry 
11571],  un  jeune  soldat  blessé  vint,  par  une  froide  nuit 
d'hiver,  heurteràlaporledecelte  sainte  demeure,  réclamant 
un  glle  et  des  soins.  Il  avait  été  attaché  ii  la  personne  de 
Charles-le-Téméraiie  en  qualité  de  peintre.  A  la  mort  de  son 
maître  il  avait  été  rudoyé  et  chassé.  Mourant  d'épuisement 
et  de  faim  il  était  venu  demander  du  pain  et  du  repos.  On 
le  soigna,  il  guérit  ;  et  c'est  alors  que,  par  reconnaissance,  il 
commença  ces  ravissantes  peintures  qui,  en  payant  l'hospi- 
taljlé  reçue,  allaient  rendre  son  nom  immortel,  b 


Donc  nous  sonnons  k  la  porte  de  l'Mpital  Sainl-Jean. 
Nous  traversons  l'ancien  cimetière  Notre-Dame,  puis  toute 
une  série  de  coui's  humides  et  de  murs  de  forteresse  pour 
arriver  à  la  chapelle  isolée  qui,  au  siècle  dernier,  a  été  trans- 
formée en  musée,  llans  Memling  y  est  représenté  par  ses 
deux  œuvres  capitales,  la  iVo/(>(7^  et  la  CArfsse  de  Sainfe- 
r;-xu/e,  jouissant  dans  le  monde  de  l'art  d'une  réputation 
égale.  Deux  merveilleux  portraits  et  le  Mariaye  de  Sainle- 
Cfit/ieriiie,  y  proclament  aussi  son  génie.  Mais  c'est  le  trip- 
tyque de  la  .\atirité  qui  l'emporte  sur  tout  le  reste.  Ce  n'est 
plus  la  peinture  un  peu  hiératique  des  Van  Eyck.  Le  souille 
de  la  Renaissance  a  passé  par  là. 

Ce  qui  nous  frappa  de  prime  abord,  en  examinant  de  près 
le  triptyque,  c'est  la  pmdigieuse  conservation  de  ces  peintu- 
res qui  ont  l'air  d'être  siturées  d'huile  a  l'excès.  N'est-ce  pas 
à  celle  ciirunstance  qu'est  dil  leur  aspect  jeune,  gras  et 
brillante  Le  panneau  central  représente  V.Uloi-alion  de» 
utaijex,  celui  de  gauche  Jésus  adoré  par  sa  mPre,  celui  de 
droite  la  Prénentalion  au  Temple, 


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A   TRAVERS  LE   PASSÉ  169 

Les  figurée  sont  de  vraies  miniatures  peinles  avec  un  fini 
merveilleux.  «  Toutes  les  ligures  posées  dans  le  sens  qu'il 
convient,  drapées  dans  la  mesure  ((ii'îl  faut,  sont  ielii''es  par 
une  dépendance  absolue  au  reste  de  la  sci^ne.  Kt  cette 
dépendance,  cette  subordination  des  personnages,  de  leurs 
attitudes,  de  leurs  vêtements,  des  ornemenls  qu'ils  portent, 
de  la  lumière  qui  les  baigne,  à  l'expression  de  la  penstV 
mallresse  de  l'œuvre,  ent  comme  l'uurore  d'un  art  nouveau 
inconnu  jusque  lii,  mais  qui  va  conquérir  le  monde  (i)  ». 

Les  peintuivs  de  la  Châsse  de  Sainte  Ihsuh  sont  égale- 
ment des  miniatures  à  l'huile,  mais  moins  parfaites  que 
celles  du  triptyque.  C'est  lii  une  œuvre  décorative  plutôt 
qu'une  suite  de  tableaux  dans  la  vraie  acception  du  mot, 
In  glorification  d'une  légimde  née  sur  les  ))ui'ds  du  Uliin 
et  qui  s'est  déroulée  d'une  façon  tragique  depuis  Cologne 
jusqu'à  Rome.  Qui  n'a  entendu  parler  du  martyre  des 
onze  mille  vierges  compagnes  de  Sainte  Ursule,  se 
pLximenant  h  travers  le  monde  de  la  féerie,  et  allant, 
brebis  innocentes,  se  faire  massacrer  par  les  barbares  Îl 
Cologne? 

Nous  quittons  le  sanctuaire  de  Memling  pour  aller  visiter 
la  chapelle  du  Saint  Sang  et  l'hùtel  de  ville,  deux  adorables 
monuments  gothiques  qui  se  touchent,  étonnant  assemblage 
de  lignes  et  de  couleui's,  de  niches  et  de  pinacles,  de  balus- 
trades et  de  statues,  un  rêve  traduit  en  pierres,  une  dentelle 
murale  tissée  par  une  fée. 

Aucune  description  par  le  pinceau  ou  par  la  plume  ne 
saurait  donner  une  idée  de  la  splendeur  que  dégage  aujour- 
d'hui encore  cet  ensemble  de  monuments  aériens  de  la  vieille 
capitale  flamande,  si  industrieuse,  si  célèbre  dans  le  monde 
entier  sous  le  règne  des  ducs  de  Bourgogne.  Ouetle  richesse 
dans  eet  itiii'iieurdc  la  chapelle  du  Saint  Sang  dont  la  reli- 
que, rapportée  de  Terre  Sainte  par  Thierry  d'.Msace,  est  con- 
servée dans  une  châsse  en  or  et  en  pierreries,  vnii  chef 
d'iKuvre  de  l'orfèvrerie  flamande! 


(I)  Henry  HavuiJ.  —  ha  fUmdie 


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170  HB7UB  d'aLSACB 

L'église  Notre-Dame  louti!  peuplée  (te  chefs-d'œuvre  de  la 
peinture  et  (le  la  sculpture,  renferme  k»  tombeaux  de  Char- 
les-le-Té  m  éra  ire  et  (le  Marie  de  Bourgogne,  sa  fille,  io  plu* 
riche  héritière  de  la  c/irélienlé,  curnme  disent  les  chroni- 
ques ;  elle  renferme  aussi  les  écussons  armoriés  des  cheva- 
liers rie  lu  Toison  d'or,  dont  j'ai  raconté  ailleurs  les  origines 
ssse:;  équivoques  el,  en  tout  ces,  singulières. 

Mais  toutes  ces  splendeurs  historiques  s'éclipsent  devant 
une  œuvre  puissante  due,  dil-on,  au  ciseau  de  Michel  Ange- 
un  groupe  en  marhre.  In  Vierge  et  l'enfanl  Jêxux,  placé  dans 
la  chapelle  du  Saint  Sacrement.  Si  réellemeul  comme  le  pré- 
tend la  tradition,  ce  groupe  est  de  la  main  même  du  grand 
artiste,  il  nous  ferait  voir  son  talent  sous  un  aspect  tout  dif- 
férent de  celui  de  ses  autres  œuvres.  Celle-ci,  en  effet  est  d'un 
Uni  impeccable,  d'une  grâce  etd'une  distinction  auxquelles  ce 
génie  si  fier  et  si  indépendant  ne  nous  avait  pas  habitués.  On 
n'y  sent  pas  la  fougue  de  son  ciseau  souvent  incorrect  mais 
toujours  magistral. 


Plage  d'Ostende.  —  Un  caravansérail  cosmopolite.  — 
Cathédrale  d'Anvers.  —  Descente  de  croix  de  Rnbens.  — 
Architecture  des  jésnites.  —  Jardin  botanique  —  Haar- 
lem  et  sas  tulipes.  —  Franz  Hais. 


Un  a  peine  ù  s'arracher  à  l'obsession  de  tant  de  belles  chu> 
ses  :  mais  notre  voyage  avait  son  programme  trace  d'avance 
et  nous  partons  h.  trois  heures  pour  Ostende,  une  de  ces  pla- 
ges maritimes  chères  aux  pays  du  nord,  qui,  avec  lllanken- 
berghe  sa  voisine,  est  le  rendez-vous  de  la  haute  société  alle- 
mande, anglaise  et  belge.  Pays  do  plaine  unie,  sans  accidents 
de  terrain,  sans  ces  falaises  piltoresiiues  qui  font  le  charme 
des  plages  normandes,  «siende  a  un  aspect  plutôt  sévère  que 
gai  et  reflète,  dans  tout  son  extérieur,  la  raideur  anglo-sn- 


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A   TRAVERS   LB   PASSÉ  J7I 

xonneetle  cant  britannique.  Sa  gareestune  cathédrale  comme 
celles  de  Bruge?  cl  de  Gand,  son  music-hall  une  immense 
ci  froide  rotonde  ;  ses  maisons  alignées  sur  la  plag;e  ressem- 
blent it  des  hôtels  princiers.  Tout  cela,  comme  le  dit  avee 
justesse  l'ami  Havard,  produit  l'effet  d'un  caravansérail  et 
parait  élre  le  refuge  préféré  de  toute  une  colonie  cosmopolite 
qui  vient  chercher  là  le  plaisir  plus  que  le  repos.  Le  roi  des 
Belges  y  a  fait  construire,  au  bord  de  la  mer,  un  vaste  ch&let 
de  plaisance  où  il  passe  une  partie  de  la  belle  saison  ii  la 
bourgeoise,  et  sans  aucun  déploiement  d'apparat.  Dans  cette 
ville  animée  aujourd'hui  par  toutes  les  vanités  mondaines, 
par  toutes  les  élégances  d'une  société  plus  ou  moins  parve- 
nue, on  chercherait  en  vain  nn  coin  pittoresque  rappelant  ses 
vieilles  origines.  Le  champignon  moderne  a  tout  envahi  :  il  a 
fait  craquer  les  vieux  murs,  elTacé  les  vieux  souvenirs.  Un 
a  rcmpinc  '■  tout  cela  par  des  hôtels,  des  restaurants,  des  cer- 
cles, des  cafés,  des  salles  de  concert  et  de  jeu,  de  quoi  faire 
le  bonheur  du  high  life  et  de  la  finance  qui  se  moque  des 
souvenirs  historiques  comme  d'un  ennuyeux  hors  d'œuvre. 
Ostende  fut  fortifiée  dans  le  temps  parGuillaume-le-Taciturne 
et  soutint  un  siège  mémorable  ;  elle  avait  le  plus  beau  port 
du  littoral.  Une  ancienne  gravure  nous  a  conservé  le  dessin 
et  les  proportions  monumentales  de  son  hôtel  de  ville  d'alors, 
en  grande  partie  disparu  aujourd'hui. 

.\près  avoir  visité  la  jetée  du  port,  qui  est  superbe,  le  parc 
aux  huîtres  qui  a  acquis  un  grand  renom  dans  le  monde  des 
gourmets,  après  une  longue  promenade  sur  la  plage 
immense  où  grouillait  le  monde  des  baigneui's  avec  ses  cabines 
roulantes,  aprâs  avoir  coudoyé  toutes  les  banalités  de  ce  lieu 
déplaisir  qui  n'apprend  absolument  rien  aux  hommes  d'étude, 
nous  prenons  à  huit  heures  du  soir  le  train  d'envers  qui 
devait  nous  dédommager  de  notre  ennui  d'Oslende  et  où  nous 
arrivons  vers  une  heure  du  matin,  harassés  <le  fatigue  et  alt'a- 
més,  ne  trouvant  plus  qu'un  garçon  endormi  qui  ne  peut 
nous  ofTrirqu'un  poulet  étique.  Le  lendemain,  pendant  que 
nous  prenions  le  café,  le  mattre  d'hdtel  vint  nous  présenter 
l'un  air  obséquieux  un  album  destiné  Ji  recueillir  les  autogra- 
phes des  voyageurs  de  marque,  comptant  sur  le  grand  renom 
d'IIenner  pour  exciter  la  curiosité  de  sa  clientèle.  Qui  suit  1 


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172  REVUE  d'alsace 

peut  être  l'urtiste  {tousserai l-îl  la  cum plaisance  Jus<|u'»  grif- 
roniier  un  crui|uis  diï  nymphe  sur  ces  pages  blanches  étten- 
nécsparuneactrice  parisienne,  autre  nymphe  dont  les  pattes 
rie  mouche  célébraient,  en  dix  lignes  émues.  In  gluii'e  de 
Ruhens.  Ilenncr,  toujours  sobre  en  tout,  se  borna  à  inscrire 
son  nom  sur  l'album. 


La  place  verle  dont  le  centre  est  occupé  par  une  statue 
assez  médiocre  de  Itubens,  doit  son  nom  au  marché  aux 
légumes  qui  sy  lient  et  aux  lieaux  arbres  dont  elle  est  entou- 
rée. Son  vaste  carré  est  circonscrit  par  des  hùtels  et  de  vieil- 
les maisons  assez  vulgaires  que  domine  la  silhouette  majes- 
tueuse de  la  cathédrale  avec  ses  lieux  tours,  dont  l'une  ina- 
chevée, et  que  le  vent  salé  de  la  mer  continue,  depuis  des 
siècles  a  ronger  comme  un  cancer  déchiquetant  à  la  longue 
tes  délicates  sculptures  de  ses  clochetons,  de  ses  statues  et  de 
ses  galeries  gothiques.  En  entrant  par  le  transcept  de  (Imite 
qui  s'ouvre  sur  lu  Place  verte,  nous  nous  trouvons  en  face  du 
rideau  qui  uiasque  la  Descente  île  Croix,  ce  chef  d'œuvre  de 
Itubens.  Des  pèlerins  du  monde  entier  viennent  admirer  la 
grande  page  du  mafti-e  dont  l'inspiration  prodigieusement 
féconde  a  peuplé  de  tableaux  tous  les  musées  d'Eumpe  el  dont 
la  gloire  incontestée  plane  comme  un  iliadème  étoile  sur  sa 
ville  natale.  Le  rideau  s'écarte  devant  la  foule  des  spectateurs 
utlenlifs,  la  lumière  d'un  grand  vitrail  jette  ses  rayons  obli- 
ques sur  l'œuvre  du  grand  mailre  qui,  instantanément, 
devient  vivante  comme  la  n>alité  nit^me.  t'n  silence  solennel, 
le  silence  de  l'admiration,  règne  parmi  les  spectateurs  fascinés 
par  cette  étonnante  puissance  de  l'art  humain,  l.u  instituteur 
de  campagne  arrive  avec  une  troupe  d'écoUers  avides,  eux 
aussi,  d'admirer  le  chef  d'reuvre  dont  on  les  a  entretenus  au 
foyer  de  la  famille  comme  d'une  chose  surhumaine.  Chacun 
d'eux,  semblant  obéira  un  mol  d'ordre,  lire  de  sa  poche  un 
petit  calepin  sur  lequel  il  inscrit  ses  impressions  ou  plutôt 
ses  émotions  naïves.  Ce  sera  évidemment,   lu   canevas    d'un 


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A  tnAVERS   LB  PASSÉ  l73 

devoir  de  classe  qui  restera  chez  ces  enfants  le  souvenir  d'une 
excursion  bénie. 

A  la  gauche  du  chœur  se  trouve  le  pendant  du  célèbre 
tableau,  VAfixomprion  de  In  Vierge,  œuvre  tout  aussi  remal- 
guable  peut-ôlre  que  la  Descente  de  Croix,  mais  bien  moins 
célèbre  et  bien  moins  admirée. 

Nous  aussi,  séduits  par  la  chaude  coloration  el  les  louches 
vigoureuses  de  ce  dernier  tableau,  nous  nous  sommes  mis 
dacconl  avec  les  préférences  géni'rales,  sachant  qu'elles 
sont  justifiées  par  l'inlluence  des  écoles  d'Italie  que  Rubens 
était  allé  étudier  et  dont  s'était  inspirée  sa  nouvelle  manii-rc 
de  peindre. 


Anvers  est  la  grande  cité  catholique  du  Nord.  Partout  sa 
foi  éclate  dans  des  images  pieuses,  dans  des  calvaires,  dans 
des  madones  nichées  Ji  l'angle  des  maisons.  Malgré  les 
troubles  religieux  et  politiques  qui  l'ont  ébranlée  depuis  la 
BéformR,  malgré  les  bandes  révolutionnaires  qui  ont  pm- 
mené  le  fer  et  le  feu  devant  les  sanctuaires  de  son  culte,  ces 
signes  extérieurs  de  sa  dévotion  imagée  sont  restés  là, 
respectés  depuis  des  siècles.  Ce  respect  pour  les  manifesta- 
tions du  culte  a  créé  toute  une  lloraison  architecturale,  mul- 
liforme  et  multicolore,  qui  couvre  l'intérieur  des  églises  de 
sa  végétation  parasite  et  jette  une  note  discordante  dans  les 
belles  lignes  gothiques  de  ces  édiflces.  Cette  orneinenlation 
exubérante  et  de  mauvais  goût  triomphe  surtout  dans  l'église 
Saint-Charles  bâtie  par  les  Jésuites  dans  un  slvle  tliéjllral  fait 
pour  amorcer  la  naïve  crédulité  des  Rdëles.  Le  plan  est  celui 
des  basiliques  romaines  et  semble  avoir  été  choisi  pour  diii- 
ger  leurs  regards  et  leurs  prières  vers  la  ville  éternelle. 

Dans  chaque  église  une  statue  de  la  vierge  couverte  d'or, 
de  brocart  'rt  de  pierreries,  au  regard  lixe  et  dur,  à  laquelle  on 
altribue  tout  naturellement  de  nombreux  miracles,  attire  les 
hommages  des  croyants  et  devient,  pour  les  femmes,  l'objet 
d'un. culte  passionné,  intransigeant 


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174  RBVUX  D  ALSAC8 

Mnis  le  monumentqilirésume  le  mieux  ceHe  prodigieuse 
inlluence  du  clergé  sur  la  populalion  d'Apiveiii!,  influence 
qui  s'étend  k  tout  le  pays  belge,  c'est  l'immense 
calvaire  qu'il  a  fait  édifier  tout  auprès  de  l'église  Saint-Paul 
pour  frapper  l'imagination  des  plus  indilféronts.  C'est  une 
rocaille  gigantesque  (elle  a  vingt  mùtres  de  liauti  où  sont 
figurées  par  des  statues  grandeur  naturelle  toutes  les  scènes 
de  la  Passion.  Au  dessus  de  cette  montagne  est  le  Christ  en 
eroix  foulant  aux  pieds  la  mort. 

«  A  la  base  de  ce  rocher  postiche  il  existe  une  caverne 
sombre.  Fouillez  celte  groUe  du  regard  sans  vous  laisser 
arrêter  par  les  deux  Romains  on  tOle  peinte,  qui  semblent 
garder  le  Saint-.Sépukre.  Tout  autour,  enfern»'s  dnns  des 
trous  grillagés,  derrière  des  barraux  énormes,  rie  pauvres 
ilamnés  à  moitié  calcinés.  elTrayants  d'angoisse  et  de 
itouleur,  se  déballent  au  milieu  des  Halnmes,  tendant  vers  le 
visiteur  teui's  bras  désespérés,  laii^^aut  vers  lui  leurs  regards 
suppliants  (1)  ». 

Des  esprits  simples,  des  cerveaux  crédules  et  naïfs  sont 
saisis  d'effroi  devant  ces  fictions  renouvelles  des  Mystères  du 
moyen  àfce.  Comment  n'exprceraienl-clles  pas  une  influence 
énorme  sur  le  peuple  qui  les  coudoie  chaque  Jour  et  finit  par 
se  familiariser  avec  l'idée  de  l'enfer? 

l.e  musée,  que  nous  visitons  ensuite,  renferme  des  Rubens 
.le  premier  ordre  ;  nous  allons  voir  aussi  toutes  les  églises 
où  figurent  des  travaux  du  matlrc  et  la  jolie  maison  d'archi- 
tecture italienne  qu'il  a  fait  construire  et  oi'i  il  avait  installé, 
dans  une  rotonde  située  entre  cour  et  jardin,  une  merveilleuse 
collection  d'objets  d'art  aniique. 

La  maison  des  Plantin,  ces  anciens  et  célèbres  imprimeurs 
dont  les  descendants  ont  respecté  l'habitation  et  les  ateliers 
typographiques  ovec  leurs  presses  primitives  et  les  magis- 
trales épreuves  i{u'ils  en  ont liréesa  ensuite  iixé  notre  attention 
ot  nous  a  vivement  intéresséis  comme  un  monument  de  la 
science  et  de  la  littérature  humaines. 


-  La  Fifindrf  à  vol  d'o: 


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K  TBAVenS   LE   PASSé 


Une  des  gloires  tes  plus  inr.ontestéesd'Anvers.c'estson  port 
(ie  commerce  sur  l'Escaut,  dont  l'esUiaire  sur  la  mer  du  Nord 
ressemble  à  une  vérilablp  mer  sillonnée  pnr  les  navires  du 
mondeentier.il  a  ruiné,  !i  son  profit  exclusif,  le  Damme 
ancien  port  de  Bruges  In  superbe  qui  se  meuiH  aujourd'hui 
tandis  qu'Anvers  grandit  et  étend  chaque  jour  sa  puissance 
maritime  au  détriment  de  Dunkerque  et  du  Havre.  Ce  port 
d'Anvers  dont  lei  quais  se  prolongent  h  perte  de  vue,  pré- 
sente un  aspect  des  plus  curieux.  Tous  les  pavillons  du 
globe  s'y  entrecroisent,  y  déharqueot  fiévreusement  leurs 
ballots  de  marchandises,  que  d'autres  emportent  ou  qui  s'ac- 
cumutentdanslesimmensesdoclis  construits  récemment. Bien 
qu'il  s'agisse  Ik  de  uiani  Testât  ions  exclusivement  matérielles, 
nous  nous  sentions  vivement  inti'resNés  par  l'immensité  de 
l'effort  qu'a  exigé  la  création  de  cet  ensemble  commercial 
rappelant  Tyr  et  Carihage,  mais  n'atteignant  pas  encore  le 
développemment  de  Hambourg, 

Nous  passons  la  soirée  dans  un  de  ces  grands  halls  inter- 
nationaux, un  de  ces  concerts  beuglants  que  le  faux  goAt 
moderne  a  installés  dans  tous  les  grands  centres  de  popula- 
tion pour  offrir  une  distraction  plus  ou  moins  saine  au  monde 
du  travail  comme  aux  blasés  de  la  vie.  C'est  ce  qu'on  peut 
appeler,  ù  juste  titre,  un  concert  euiiipéen  ;  car  on  y  entend 
des  chanteuses  françaises,  anglaises,  allemandes,  italiennes, 
espagnoles,  flamandes  qui,  tuur  h  tour,  provocjuent  les 
applaudissements  d'une  foule  bruyante.  Os  virtuoses  sont 
condamnées  au  rôle  humiliant  de  venir,  un  plateau  à  la 
main,  faire  le  tour  de  la  salle  et  recueillir  les  gros  sous  prix 
de  leurs  couplets,  pendant  que  les  spectateurs  se  gorgent  de 
bière.  Cette  corvée  dégradante  de  la  quête  imposée  aux 
artistes  du  chant  nous  a  vivement  choqués. 

Le  jardin  botanique  d'Anvers,  avec  sa  ménagerie  de  fauves 
est  un  des  plus  beaux  établissements  de  ce  genre  qui  existent 
en  Enrepp,  De  même  que  dans  les  musées  on  n'y  entre  qu'en 


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176  RBrm  d'alsac^ 

payant.  Les  dimensions  des  cages  sont  très  grandes,  eL  les 
lions,  tigres  et  panthères  peuvent  y  bondir  à  leur  aise.  Une 
propret/'  vraiment  flamande  y  est  entretenue  par  un  nom- 
breux personnel  tie  gardiens.  Nous  regardions  deux  belles 
lionnes  qui,  h  travers  les  barreaux,  léch.iient  les  mains  d'un 
gardien  qui  Ips  avait  teintes  de  sang  en  découpant  les  qunr- 
liers  de  viande  destinés  au  repns  des  animaux.  Sans  se  sou- 
cier des  crocs  ni  des  grifl'es  de  ces  hèles,  cet  homme  avait 
l'airde  Jouer  avec  des  chats  domrsti'fues,  ce  qui  ne  laissa 
point  de  nous  causer  une  cerlaine  admiration  pour  ce  mépris 
inutile  du  danger. 

On  sait  qu'Anvere  est  depuis  longtemps  le  grand  marché 
des  bêles  fauves,  l'entrepôt  zoologiquc  où  viennent  puiser  les 
grandes  ménageries  d'Europe,  qui  fournit  an  Jardin  des 
Plantes  de  Paris  ses  spécimens  d'animaux  rares.  Tout  un 
monde  de  voyageui's  belges,  allemands  et  hcdiandais  parcourt 
les  régions  torrides  comme  les  glaces  du  noni  pour  se  procu- 
rer il  grand  prix  et  souvent  dans  des  conditions  périlleuses, 
les  lions,  les  tigres,  les  ours  blancs,  les  rhinocéros,  les 
hippopotames,  les  éléphants,  les  gros  serpents,  etc.,  qu'ils 
amènent  ensuite  au  marché  d'Anvers  où  ils  Irouveut 
acheteurs. 


Après  cette  inléressanle  visite  nous  allons  prendre  le  train 
de  Hollande  qui  nous  fail  traverser  un  pays  plat  h  peine 
mamelonné  de  quelques  colline.s  où  l'on  Iriiuve  la  Jolie  petite 
station  de  Husendipl  (vallon  des  roses).  A  partir  de  là  et  tout 
le  long  de  la  voie,  nous  jouissons  de  l'asperl  riant  des  prai- 
ries animées  par  les  troupeaux  de  vaches  et  de  bœufs  qui, 
pendant  tout  l'été,  sont  Jour  et  nuit  à  la  pilture.  Pour  les 
préserver  de»  brouillards  nocturnes,  on  les  rerouvre  d'une 
grosse  toile  rattactiéi^  s^ous  les  fanons,  .Vinsi  rustuiiiées,  re.i 
liètes  prcnncnl,  a  la  chute  du  Jour,  une  physionomie  étrange. 
On  dirait  des  fantômes  d'animaux  préhistorit]ues  se  prome- 
niint  comme  des  ombres  chinoises  dans  un  p.nysage  imagi- 


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naire.  Des  troupes  de  voniienux  viennent  s'aballrc  aulour 
d'elles,  clierchani  dnnti  les  pi-éa  les  insectes  dont  ils  se 
nournsseiil.  ]>es  pàlumges  îi  perle  de  vue,  dans  la  r<*gion  des 
po^(/erjr,  conquis  SUT  la  mer  par  le  génie  el  la  persrvérance 
d'un  peuple  industrieux,  s'étendent  le  long  de  la  ligne  du 
chemin  de  fer  jusqu'h  l'estuaire  de  la  Meuse  qui.  aux  envi- 
rons de  Dordrecht,  devient  un  véritable  bras  de  mer  connu 
sous  le  nom  de  Mœrdyk  (digue  de  In  mcn.  Sur  ce  bias  di* 
mer.  un  pont  en  fer  de  deux  kilomètres  et  demi  de  longueur, 
consiruil,  je  crois,  par  uue  maison  rran<;aise,  donne  jinssnge 
il  la  ligne  du  chemin  de  fer.  Ce  u'est  pas  sans  une  sensatiun 
lie  légitime  orgueil  qu'on  se  sent  entraîné  pardessus  les  vagties 
de  la  mer  qui  battent  incessamment  les  piles  du  ponl  secouées 
par  la  locomotive  et  maintenues  en  place  par  des  amoncelle- 
ments de  rochers  que  les  ingénieurs  sont  forcés  de  remplacer 
sans  cesse. 

De  Dordrecht  à  Rotterdam,  c'est  une  véritable  région  de 
cours  d'eau  et  de  marais.  Sans  vouloir  nous  arrêter  dans  ces 
deux  villes  commerçantes  qui  ont  Joué  un  rôle  important 
dans  l'histoire  des  Pays-Bas,  nous  nous  bornons  >i  les 
admirer  au  passage,  car  le  chemin  de  fer  traverse  les  fau- 
bourgs et  nos  regards  plongent  dans  les  maisons  élégantes  et 
les  cafés  qui  bordent  la  voie.  Tout  le  monde  est  aux  fenêtres 
pour  voir  passer  le  train.  Nous  ne  nous  arrêtons  non  plus  ii 
Deift,  la  ville  des  vieilles  faïences  dont  la  cathédrale  histori- 
que s'enlève  majestueuse  sur  l'horizon,  abritant  les  tom- 
l)eaux  des  princes  d'Orange,  souverains  des  Paya-Bas.  Il  me 
semble  être  ici  en  pays  de  connaissance  tant  j'ai  vécu  par  la 
pensée  au  milieu  de  re  monde  d  artistes  et  d'artisans  que 
mon  ami  Havant  a  fait  revivre  dans  son  Hinloire  de  la 
faïence  de  Delfl,  dont  j'ai  patiemment  étudié  toutes  les 
péripéties  en  dessinant  les  chefs-d'œuvre  de  sa  céramique. 
Une  portion  de  notre  vie  à  tous  deux  est  condensée  dans 
l'étude  des  gracieuses  arabesques  bleues  qui  ornent  ce 
volume  écrit  par  un  passionné  chercheur,  épris  de  i nies  les 
curiosités  de  l'art, 

\  l'horizon,  le  long  de  la  mer  du  Nord,  de  grandes  dunes  de 
sable  jettent  leur  note  triste  et  jaunAlredans  le  paysage.  Tne 


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i7e  RsvuE  d'alsacs 

légère  brume  les  enveloppe,  masquant  les  di^ies  qui,  aux 
abords  du  Zuyderzée,  protègent  le  pays  contiu  l'envahisse- 
ment des  (lots. 


Laissante  gauche  In  ville  de  I^a  }inye  (^'(iraveii  llnage^  ()uc 
nous  nous  promettons  de  voir  nu  retour,  et  traversant  rapide- 
ment la  vieille  et  célèbre  ville  de  Leyde,  a«sis  '  près  de  l'em- 
bouchure du  vieux  Rhin,  nous  nous  dirigeons  sur  llaarloin 
dont  le  musée,  plein  d'œuvres  de  Franz  Hais  nous  attirait 
comme  un  fruit  défendu.  Franz  Hais,  un  des  peintres  les  plus 
étonnants  de  la  pléiade  hollandaise,  dont  Hembrandt  est  le 
grand  mattre,  semble  n'avoir  pas  eu  conscience  de  son  talent 
tout  en  devinant  d'instinct  rintensit<'-  de  vie  qui  anime  ses 
personnages.  Son  immense  toile,  La  réunion  des  arquebn- 
liers,  est  une  collection  de  portraits  parlants  :  ils  vivent 
d'une  vie  exubérante  Hans  leurs  collerettes  blanches  tuyau- 
tées, dans  leurs  chapeaux  noirs  k  larges  l>ords.  Ils  sont  là, 
bons  vivants,  assis  nu  tour  d'une  table,  riant,  gesticulant 
comme  de  braves  hollandais  qui  ne  tourmentent  pas  les 
soucis  de  la  vie.  Tout  ù  càti',  un  autre  grand  tableau  repré- 
sentant des  religieuses  béguines  en  costume  blanc  et  noir, 
brossé  avec  la  puissance  d'un  mnttre  aceornpii.  Cent  par  le 
portrait,  vibrant  comme  la  vie  même,  sortant  du  cadre 
comme  une  étonnante  manifestation  de  la  l'éalité,  comme 
une  apparition  k  Heur  de  peau  de  l'être  inlime,  que  Hais  s'est 
imposé  ë  l'admiration  de  la  postérité.  Le  musée  du  Louvre 
possède  de  lui  le  portrait  de  Uescnrtes,  et  dans  la  salle 
Lacaze.  celui  de  liille  Bob,  tête  de  femme  <Hrange. 


Le  musée  de  llaarlem  est  installé  k  l'hôtel  de  ville,  bel  édiUce 
de  11  Itcnaissonec,  crénelé  comme  un  chflleau  forl.  1,'n  esca- 
lier extérieur  1res  ancien  donne  accès  k  une  vaste  salle  aveu 
plafond   k   poutres  apparentes,  une  estrade  et  des  rangées 


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A   TRAVERS   I.E  PASSK  17!l 

lie  stalles,  comme  dans  un  orntoire  et  qui,  ilepuJs  l'introduc- 
tion du  code  civil,  est  devenue  la  snlli^  des  mariages.  Elle  est 
eumme  une  nntirhambre  ilu  musôt>  dont  In  poili^  s'oMvrf 
dans  le  fond. 

h'ranz  Ilatz  a  él^  long  à  conqut'rir  In  ct^lélirité  <i(ii.  iitijoirr- 
d'iiui,  s'attache  fi  son  nom.  Peu  connu  des  rriiii|iie'i 
modernes,  ce  nom  était  resté  di.surètpnti.'nl  t'uveloppi-  d'om- 
l)re,  laissant  en  pleine  lumière  reux  de  ses  i^lèves  Adiian 
Van  Ustade  et  llrauwei',  dont  les  <i'uvres,  <-epcndimt,  pillts- 
Rent  devnnt  In  fougue  d'exéiulion,  devniit  In  lirarciuiedc 
pinceau  du  mnttre. 

Comme  un  i-are  joyau,  comme  une  de  ces  perles  sans  pris, 
ipii  fait  l'orgueil  de  ses  posscsneui's,  le  musiV  de  llaorlem 
ciliihe  aux  yeux  des  visiteuis,  un  tableautin  signé  du  nom 
de  Pieter  Laxtmnn,  i(i29.  reprise  niant  une  l'etile  ynlii'tlv. 
.\\i  premier  coup  d''eil  on  se  dit  '.  r.Vsl  un  Henibrandt  ! 
lellement  la  Taclure  de  ce  petit  tnldenn  est  empreinte  de  l'Ame 
du  grand  mattrc,  de  son  iniuiitalde  et  mystérieuse  lumière 
rappelant  le  monde  des  rêves.  Jo  laisse  ici  la  parole  à  llenn* 
HnvanI  qui  n  trouvé  lu  stdulion  du  problème  : 

K  Mais  d'abord,  csl-il  bien  de  I.nslman,  ce  petit  tableau- 
tin qui  s'Hbrite  suus  le  nom  du  matire  de  Rembrandt  '  t>  ne 
sont  là  ni  les  sujets  qu'il  préfère,  ni  les  compositions  qu'il 
i-hoisit  d'hal>ilu<le.  ni  son  dessin  ni  sa  couleur. 

u  Je  sais  ce  que  vous  pouvez  mo  répondre  :  la  signature 
est  lii.  En  lettres  bien  visibles  on  peut  lire  :  P.  LAST.  MK.  K. 
lti2U.  Mais  que  prouve  cette  signature  du  matlre  ?  Ignorez- 
vous  que,  ]K'ndant  toute  la  durée  de  l'apprentissage,  l'élève 
n'avait  l'autorisation  de  signer  ni  de  vendre  aucun  de  ses 
tableaux  ;  que  le  maître  les  n>vctail  fie  sa  griffe  pour 
leur  flonncr  une  valeur  niari'hamle  ?  Que  cette  signature 
était  la  marque  de  faliriipie.  le  pavillim  couvrant  lu 
marcbandisc  '* 

«  Or,  quel  était  l'élève  fréquentant  en  162i),  l'atelier  de 
Ijistman,  dont  le  faire  et  les  pn^MCupalions  offrent  'V  l'nna- 
logie  ovec  ce  tableautin?  Ne  voyez-vous  pas  des  rapports 
nombreux,  irréfragables,  entre  ces  petits  personnages  et  un 
tableau  du  musée  de  La  Haye  :  le  Siméon  au  Temple  i 
Mais  alors...  Eb  bien,  pourquoi  non  '  Pourquoi  ne  pas  sup- 


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180  RKVUB   d'aLSACK 

poser  que  cette  œuvre  impai'faite  et  cependant  si  typique  est 
l'ouvrage  d'un  débutant  de  génie,  encore  élève,  encore  étu- 
diant, un  essai  de  Rembrandt  en  apprentissage  ?  La 
question  est  posée  ;  laissons  au  temps  le  soin  de  la 
résoudre  (1)  ». 

Pour  Henner,  qui  a  particiili<>rement  étudié  Itcmbrandt, 
la  question  est  toute  résolue.  Rendons  ii  César  ce  qui  apnr- 
tient  k  César.  En  sortant  du  mnsce  nous  jetons  un  coup  d'œil 
sur  l'église  de  Saint-Bavon,  grande  bAtisse  froide  et  triste  du 
quinzième  siècle,  dont  l'inlérieur  n'a  de  remarquable  que  sps 
orgues,  célèbres  par  leurs  cinq  mille  tujaux.  vraie  attraction 
pour  les  étrangers.  Entendre  jouer  cet  oi'gue  monstre  doit 
être  une  Jouissance  sans  pareille.  On  se  figure  les  prodigieux 
effluves  harmoniques,  les  grondements  de  tonnerre,  les  mélo- 
dieux soupirs  de  violoncelle,  et  les  sonorités  puissantes  des 
cuivres,  passant  à  travers  cette  légion  de  tuyaus  animés 
comme  un  corps  vivant,  par  les  louches  magistrales  de 
l'organiste. 

A  côté  de  l'église  nous  admirons  la  grande  boucherie, 
édifice  du  XVII*  siècle,  une  dentelle  de  pierre  d'où  jaillit  une 
exubérante  tloraison  de  pinacles,  d'obélisques,  de  consoles, 
de  frises,  de  festons,  de  moulures  ornées  de  tètes  de  bœufs  et 
de  moutons,  où  la  pierre  et  la  brique  ont  contracté  une 
alliance  agréable  k  l'œil.  Cet  édifice  qui,  au  temps  de  In 
splendeur  commerciale  de  Haarlem,  a  vu  couler  tant  de  sang 
et  a  entendu  le  râle  de  tant  de  hèles,  a  été  converti  en  hôlol 
des  ventes,  destination  qui  contraste  avec  ta  ruine  de  In 
vieille  cité  qui  n'a  plus  d'auti-e  source  d'activité  que  l'indus- 
trie des  pépiniéristes. 


Qui  ne  sait  qu'une  des  gloires  de  celle  ville  a  été,  de  toul 
temps  la  culluœ,  je  devrais  devrais  dire  le  culte  des  tulipes  ■? 
Qui  n'a  lu  les  histoires  cxtraonlinaii-es,  les  invraisemblables 

(i)  Henry  Havard.  ~  La  HoUanda  à  vol  d'oiseau. 


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A   THAVBRa   LE   PASSÉ  181 

l^cndes,  les  conles  fantasiiques  qu'a  fait  éclore  cette  passion 
extravagante  des  vieux  hollandais  pour  leur  (leur  préférée  ? 
Oui  n'a  lu  l'étourdissant  roman  de  Dumas  père,  la  Tulipe 
noire,  dont  les  péripélies  se  passent  k  Haarlem  même  ? 
Ville  paisible  et  silencieuse  comme  une  thébaTde,  ses  rues 
sont  aujourd'hui  désertes.  Dans  cette  nécropole  presque 
pareille  à  Bruges  nous  avons  cependant  rencontré  une  com- 
pagnie d'infanterie  allant  h  l'exercice,  tambours  battants, 
clairons  sonnants. 

Les  unilormcs  et  les  sonneries,  qui  ont  beaucoup  d'analogie 
avec  ceux  de  France,  nous  ont  produit  l'illusion  d'un  soubre- 
saut galvanique  réveillant  pour  un  instant  les  échos  assoupis. 
C'est  à  ilaarlem  que  nous  avons  pu  nous  faire  une  idée  de 
la  propreté  merveilleuse  qui  règne  dans  toutes  les  villes  hoU 
Hndaises.  Pas  un  brin  d'herbe  dans  les  pavés,  pas  un  fétu 
de  paille  ou  de  crottin  dans  les  places  ou  les  rues,  pas  une 
tache  sur  les  maisons  ou  les  édifices  publics  ;  partout  on  voit 
s'agiter  les  servantes,  lavant,  frottant,  astiquant,  époussetant 
les  portes,  les  serrures,  les  vilres,  les  pavés,  les  escaliers, 
les  balcons. 

N'est-ce  pas  encore  lii  un  des  ciMés  curieux  de  la  physionomie 
que  présente  ce  peuple  aquatique,  usant  de  l'eau  II  profusion 
pour  l'embellissement  extérieur  et  intérieur  de  ses  habitations, 
n'en  usant  pas  du  tout  pour  SOI  hygiène  corporelle?  Est-ce 
niiviiblc  1  On  pnHend  qu'il  n'existe  point  d'établissements  de 
liains  publics  i^n  llullandp,  circonstance  qui  a  fait  enrager  ce 
malheureux  Maxime  Lalanno,  l'habile  dessinateur  qui 
accompagnait  Havanl  dans  sa  pérégrination  à  travers  toute 
la  Hollande.  Il  enduroit  le  supplice  de  Tanlale  dans  la 
république  aquatique  si  spirituellement  célébrée  par 
La  Fontaine. 


Ilaiirleiii  et  Leyde  sont  situés  au  milieu  d'un  vrai  paradis 
ti-rre-ln;.  Autour  de  la  cité  artistique  comme  autour  de  la  cité 
savante  c'(?^t  une  succession  de  cottages  et  de  villas,  abrités 


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18i  KIEVIK   ri'ALÏACIi 

SOUS  de  grandii  nrbies,  embaumés  de  piti  terres  de  fleurs,  ri^si- 
dences  «le  nababs  enrichisdansles  Indes  néerlandaises  el  reve- 
nus au  payii:no1al  pour  y  Jouir  au  sein  d'une  belle  nature  où  les 
serpents  et  les  bêles  fauves  de  Java  sont  inconnus,  lie 
leur  grande  forUnie  gagnée  djins  les  ^pices.  Il  y  a  un  demi 
siècle  ;i  peine  que  llnarlem  avait  dans  «on  voisinage  un  lac 
uu  plutôt  une  petite  mer  de  dix  huit  luîlle  hectares  de 
surface  Par  un  de  ces  prodigues  d'industrie  el  de  persévc- 
rnnre  emprunlés  au  génie  des  castors,  les  Hollandais  ont 
réussi  en  huit  aii?^  k  le  convehir  en  terre  ferme.  Ui  où  les 
vagues  menaçantes  battaient  les  chaussées  de  communica- 
tion et  tenaient  snns  cesse  eu  l'veit  les  populations  alarmées 
par  lu  perspective  d'un  désaslre,  un  voit  aujourd'hui  des 
Jardins  plantureux,  des  pépinières  llorissantes,  el  des 
villages  aux  doux  noms  champêtres,  comme  Ulœmendal 
(vallon  des  lleursj  el  Vogelenzang  (chani  de^  oiscaux\ 

Itenconlrer  ces  noms  idylliques  dans  la  langue  hollandaise, 
c'est  respirer  le  parfum  d'une  fleur  dans  les  landes  rocailleu- 
ses d'un  déserl.  Htcn  ne  saurait  donner  une  idée  de  la 
rudesse  de  l'idiùme  balnve,  liant  sa  langue  imagée  notre 
gi-and  fabulislo  appelait  la  Hollande  uns  répubique  de  gre- 
nouilles vivant  dans  des  marais.  Il  aurait  pu  ajouter  que  leur 
langue  est  rebelle  ii  la  notation  musicale  ;  que  les  sons  guttu- 
raux en  sont  le  plus  bel  ornement  et  que  Tèrée,  l'ennemi  des 
rossignols,  qui  a  an-ncbc  la  langue  à  l'Iiilomèle,  n'aurait 
jamais  pratiqué  celle  opération  cmelle  sur  un  gosier  balave. 
Après  tout,  les  hollandais  Irouveul  peut  etn^  leur  langue  har- 
monieuse. N'insistons  pas  :  c'est  nlfiiire  de  gofti.. 

Chapitre  L 

Amsterdani,  la  Venise  du  Kord.  —  Rende  de  nuit 
de  RembraDdt.  —  Pléiade  d'artistes  —  Tailleries  de 
diamants.  —  Jardin  botanique  —  Panthère  noire  de  Java. 
—  La  Haye  &  Schweningen.  —  Les  trésors  d'un  Musée. 

De  Haurlem  ;i  Amsterdam,  cette  Venise  du  Noi'd,  la  route 
traverse  un  paysage  idéal,  plaqué  de  toufTes  de   verdure, 


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A   TRAVERS   LE  TASSÉ  ISIl 

piqué  de  maisons  de  campagnes  plus  jolies  les  unes  que 
les  autres.  La  digue  du  chemin  de  fer  et  la  gare 
audacieusement  plantée  au  milieu  des  (lots  et  la  silhouette 
de  la  grande  ville  d'oîi  r>inergent  ses  clochers,  ses  campaniles 
et  ses  pignons  pointus,  peints  de  toutes  les  couleurs  de 
l'arc-en-ciel,  semble  s'estomper  dans  la  brume  azurée 
de  la  mer. 

Quelle  est  belle  et  pittoresque  cette  graude  citée  b&tie  sur 
pilotis,  qui  semble  sortir  de  la  mer  comme  Amphitrite,  oit  se 
croisent  dans  un  fourmillement  ininterrom|iu,  sur  ses  canaus 
enchevêtrés  du  HosegracM,  du  Ilerregrachl,  du  Prinzegracht 
et  autres  (iracht  tout  aussi  sonores,  les  bateaux,  les  pontons, 
chalands,  les  paquebots  déchargeant  leurs  marchandises 
couvertes  de  tous  les  pavillons  du  monde  !  D'un  côté,  les 
maisons  baignent  leurs  (jieds  dans  l'eau  comme  h.  Venise,  de 
l'autre,  on  n  créé  de  beaux  quais  conquis  péniblement  sur  la 
mer  depuis  cinq  cents  ans,  au  moyen  des  fascines  et  de 
terres  rapportées. 

Sur  le  Dam.  place  de  forme  bizarre  qui  a  donné  son  nom  k 
la  ville,  nous  trouvons  la  grande  masse  du  paleis  du  roi, 
iHuvre  d'une  hardiesse  inouïe,  colosse  construit  par  des  pyg- 
niées  sur  un  emplacement  que  lecouvrnit  la  mer.  Et  ces 
pygmées  qui  n'avaient  ni  boi!^.  ni  pierres,  ni  marbres,  sont 
allés  chercher  en  Nonvège  les  treize  mille  pilotis  snv  lesquels 
ri'liosc  liMit' pahiis,  ont  amené  i'i  grands  frais  d'autres  pays 
loiiilaius  1rs  bl<)cs  de  piiTre  cl  de  marbre  qui  en  forment 
Ifs  assises. 

On  ne  peut  que  s'incliner  devant  de  pareils  elforls  et 
les  admirer.  Et  dire  que  ce  palais  est  aujourd'hui  aban- 
donné, qu'.VnisIcrdam  a  perdu  son  ancien  titre  de  capi- 
tale de  la  Hollande,  et  que  c'est  s'Graven  Haage  (la 
lUie  dn  conile).  qui  est  devenu  le  chef-lieu,  siège  du 
gouverucmt'nl. 

Amsterdam,  néanmoins,  s'agrandit  sans  cesse.  Sa  forme 
ilcvcntail  dont  le  port  forme  la  pointe  extrême,  rii-yonne  en 
tous  si'iM.  se  déveloi^pe  wms  trêve  p:ir  de  nouveaux 
pilotis,  de  nouveaux  ponts,  de  nouveaux  canaux.  Voyeu  te 
Voiidelpark,   ce   bois  de   Boulogne  d'Amsterdam  ;    il   est 


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18(  REVI.B  u'ALSACK 

sorii  de  (erre  cm  quelques  années  comme  par  eucliantemeiil. 
Autour  du  poliler  dont  la  Iwguetle  d'une  fée  semble  l'avoir 
fait  émerger,  se  cachent  aujourd'hui  des  villas  chnnnantt^s 
sous  de  verts  ombrnges.  On  ne  peut  que  s'incliner  encore  el 
admirer  encore. 

Nous  avions  mis  pied  ii  lerre  îi  l'hiilel  du  tUifé  françaû. 
situé  au  beau  milieu  de  la  Kalverstraal.  celle  longue  rue  qui 
amène  la  vie,  c'e^t-ù-dire  la  foule  au  Ditui  ci>mme  l'ailére 
principale  du  corps  humain  fait  affluer  le  sang  au  cœur. 
I^a  Kalverslntat /rue  des  veaux),  quoique  peu  lai^.  est  U 
voie  fameuse  el  grouillante,  cette  autre  IJinebiéif 
où  se  Iroiivenl  les  plus  beaux  magasins  el  où  les 
fumeurs  sont  ù  l'aise  comme  le  poisson  dans  l'oau.  Les  mar- 
chands de  tabacs  y  sont  en  légion.  t)e  trois  en  trois  maisons 
on  rencontre  de  ces  (ouïes  petites  Iwuliques,  on.  à  <-iMé  des 
havanes  les  plus  purs,  des  panntelas  les  plus  authentiques, 
des  manilles  les  plus  exquis,  vous  Ironvez,  aux  prix  les  pinii 
bas,  de  ces  produits  intimes,  parents  de  la  feuille  de  cboux. 
qui  n'ont  du  labac  que  le  nom  cl  sont  infuiiiables  pour  les 
am.ilcurs  hnbituos  au  parfum  de-;  tabacs  français  el  ont 
encore  l'airiére  ^oAt  des  mauvais  Inbacs  belges.  Il  n'est  pas 
'tonnant  qu'on  fume  énonnémenl  dans  cell';  ville  aquatique 
babitée  par  des  logions  de  moustiques  qui,  pendant  les  cha- 
leurs, deviennent  très  agaçants.  Ces  affreux  insectes  nous 
ont  littéralement  empêchés  de  doniiir  pendant  les  deux  nuits 
que  nouâ  avons  passées  ï  l'hiMcl.  Kn  y  songeant  In  peau  m'en 
démange  cnccre. 


.Mais  n'oublions  pas  que  nouti  sommes  venus  en  Hollande, 
non  point  pour  faire  des  études  commerciales,  géographi- 
ques ou  économiques,  mais  surtout  pour  y  respirer,  au  milieu 
d'une  nature  prodigue,  ce  parfum  d'art  que  dégage  la  pairie 
de  Itembrandt,  d-i  i'ranz  liais,  de  l'aul  l'otter,  de  Van  der 
Ilelat  et  de  tant  d'autres  grands  uriisles.  Le  nouveau  musée 


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A   THWBHS    LK    fMiÈ  185 

d'AmsIeninm  élaitalors  en  conslruclion  et  les  chefs-d'œuvre 
(le  Elffin brandi  se  liDuvaienl  encore  dans  l'ancien  musée 
du  Trippentiuis.  C'est  lii  que  nous  allons  contempler  cette 
grande  toile,  cette  troublante  merveille,  que  l'accumulation 
des  vernis  successifs  avait  noircie,  au  point  d'en  faire  un 
elTet  nocturne.  Un  intelligent  dét>adigeonnage  nous  montre 
que  ce  lablean,  célèbre  dans  te  monde  entier,  est  tout  sim- 
plement une  sortie  matinale  de  la  compagnie  des  arquebu- 
siers d'Amsterdam,  N'importe,  la  légende  de  la flonrferfc  nuit 
incrustée  dans  la  mémoire  des  touristes  et  dans  les  innom- 
brables volumes  de  l'histoire  de  l'art,  continuera  Ji  subsister 
longtemps  encore,  sinon  toujours. 

l'our  donner  une  idée  des  richesses  accumulées  dans  le 
Trippenhuis,  tlavard  a  écrit  ces  lignes  queje  lient  lï  citer: 

H  Jamais  œuvres  plus  étonnantes  ne  se  trouvèrent  nulle 
piii't  en  meilleure  compagnie.  Ouelle  glorieuse  assemblée  que 
celle  qui  réside  dans  ce  Trippenhuis  I  Les  Ostade,  les  Steen, 
les  Ihisarly  personnilient  laverveetla  gaieté  de  leurs  contem- 
porains. Lkh  Franz  Hais,  les  Bol,  les  Flink,  le^t  Mierevelt 
nous  présentent  leurs  variétés  civiles  et  leurs  prétentions 
guerrières.  Pieter  de  Hooch  et  Brekelenkamp  nous  dévoilent 
leur  intérieur  honnête  et  familier.  Van  derlleyden,  les  deux 
Berkheyden  et  Beerstraalen  nous  disent  le  culte  qu'il  nourris- 
saient pour  leur  ville  natale;  pendant  que  Hobbemn.lesEluys- 
dael,  Wynants,  Aalhert  Cuyp,  Van  (ioyen,  nous  initient  à  leur 
amour  des  cbnmps.  C'est  une  réunion  complète  dont  on  cher- 
cherait en  vain  ailleurs  l'équivalent.  Tous  y  sont,  les  grands 
et  les  petits,  les  grands  surtout.  Terburg  et  Metau  avec  leurs 
jolies  scènes  d'intérieur  et  leurs  mignons  portraits,  Van  Huy- 
suni  avec  ses  (leui-s,  Karel  Dujardin  et  Berghem  avec  leurs 
animaux  spirituels  et  leurs  scènes  d'Italie,  les  Van  de  Vetde 
avec  leurs  vaisseaux,  Bakhuizen  avec  ses  tempêtes,  Asselyn 
avec  ses  batailles,  Paul  Potter  avec  superbes  ruminants  et 
les  Itoth  avec  leurs  couchers  de  soleil  dont  ils  semblent  avoir 
dérobé  le  secret  h  Claude  Lorrain.  •» 


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REVU£  »  ALSACB 


Une  chose  particulièrement  inli^ressante,  que  nous  n'avons 
pas  eu  le  temps  de  visiter,  c'est  le  quartier  tsrai^lite,  le  Ohedo 
d'Amsterdam.  A  en  croire  les  impressionnistes,  tout  un  peu- 
ples grouillant  vil  là  en  plein  air  pour  ainsi  dire,  comme  il 
vivaitjadissousia  tente  en  Orient.  Ily  a  là  des  étalages  de  mar- 
chands qui  y  vendent  tuutes  les  camelotes,  toutes  les  fripe- 
ries, tous  les  déchets,  toutes  les  loques,  toute  la  ferraille 
du  hric-à-brac,  toutes  les  frilures  nauséabondes  et  toutes 
tes  boissons  plus  ou  moins  alcooliques.  Ue  ce  milieu  dépe- 
naillé où  la  propreté  est  inconnue,  sortent  des  cris  rauques, 
des  appels  stridents,  des  interjections  gutturales  dans  une  lan- 
gue sans  nom.  C'est  là  que  Remhnindt  allait  chercher  les 
modèles  de  ses  mendiants  loqueteiiiL  et  qu'il  trouvait  ces 
ndmiraldes  figures  de  rabbins,  de  docteurs  du  Thnimud  que 
la  lièvre  de  son  pinceau  savait  lixer  en  pages  immortelles. 
Pour  réidiser  sur  la  toile  ces  type*  curieux,  perles  rares  sor- 
ties d'un  milieu  infect,  il  n'avait  pas  un  long  chemin  \\  par- 
courir, car  sa  maison  était  située  tout  près  du  fameux 
quartier. 

Là  aussi,  à  deux  pas,  sur  les  bords  de  l'Amstel,  sont  les  tail- 
leries de  diamants,  hh,  sous  son  vrai  jour,  dans  la  splendide 
réalisation  de  ses  rêves  d'or,  remuant  les  millions  à  la  pelle 
tiVine  la  Itère  Israï^l,  la  fille  aimée  de  Jehowah,  qui  a  su  acca- 
parer à  son  seul  bénéflce  toute  l'indusltie  de  la  (aille  des  dia- 
mants. Et  encore  l'exploitation  de  ce  Pactole  est-elle  devenue 
le  monopole  de  quelques  familles  seulement  Tous  les  placers 
du  monde  entier,  du  Transwaal  à  Golconde,  de  Calcutta  ù 
Tobolsk,  de  l'Oural  au  Mexique,  sont  ses  tributaires.  Depuis 
deux  siècles  sont  sortis  de  celle  iisine  des  .Milli*  et  une  nuits 
tous  les  brillanls.  tous  les  solitaires,  toutes  les  rivières  et  tous 
les  diadèmes  que  nous  voyons  scintiller  dans  L'j  vitrines  des 
joailliei's,  allumant  de  leui-s  feux  toutes  1'»  convoitises 
humaines.  Ëtonnez-vous,  après  cela,  que  ce  génie 
commeraal,  que  cette  volonté  de  Fer,   concentrés  dans   le 


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FRAVERS   LE   l-A:>Sli 


187 


cerveau   d'une   seule   race,    soient  en   Irain    de    conquérir 
le  monde  t 

NouBallon»  au  Herregracht,  (canal  des  seigneurs)  frapper 
«  la  porte  d'un  bel  hôlel  moderne  et  admirer  deux  célèbres 
portraits  peints  par  Rembrandt,  le  bourgmestre  Zix  et  sa 
ieinme,  deux  chefs-d'œuvi-e  conservés  comme  de  précieuses 
iiiliqiics  par  les  descendants  du  iKiurgmeBtre. 


Kniin  lu  réputation  universell*!  du  jiirdin  buluiiique  et  de 
la  ménngerie  d'Amslerilum  nous  attira  cl  nous  lit  passer 
quelques  instants  agréables.  Possédant  un  domaine  colonial 
bien  plus  important  que  la  métropole,  il  n'est  pas  étonnant 
que  la  Hollande  soit  liére  de  montrer  aux  étrangers  des  spéci- 
mens de  sa  Hore  des  tropiques,  de  sa  faune  de  Java,  de 
Sumatra  et  de  nornéo.  Nous  avons  vu  là  cette  fameuse  pan- 
thère noire  de  Java,  qu'Eugène  Su6  a  illustrée  dans  son  Juif 
errant,  faisant  des  bonds  prodigieux  dans  sa  cage  grande 
comme  une  maison,  des  éléphants  monstrueusement  gros 
dont  on  avait  scié  les  défenses  et  qui  semblaient  humiliés 
d'avoir  perdu  ce  signe  rie  leur  force.  Mais  une  scène  vrai- 
ment étrange  se  produisit  devant  la  cage  d'un  lion  qu'Heuner 
élei-trisa  de  son  regard  îi  tel  pointque  l'animal  poussa  des 
rugissements  fnrmidables  et  se  précipita  vers  lui  en  cher- 
rlhint  à  briser  les  barreaux  de  sa  cage  :  il  entra  dans  un 
vrai  paroxysme  de  fureur.  Scène  d'autant  plus  inexplicable 
qu'IIenner  a  l'œil  doux  et  sympathique,  qu'il  aime 
les  bêles  cl  serait  incapable  de  les  agacer  de 
parti  pris.  Quoiqu'il  en  soit,  le  fait  est  lii  et 
preuve  que  les  hommes  doués  d'une  certaine  acuité  de 
vi>ion  peuvent  exercer  une  mystérieuse  fascination  sur 
les  animaux. 


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RSVUB  DALSACB 


Ce  n'ust  pas  sans  regret  gue  nous  quitlons  celle  ciU'  éton- 
nante qnc  le  prodigieux  elTort  de  l'homme  a  fait  jaillir  du  sein 
des  ondes.  En  prenant  le  train  pour  La  Haye  nous  sommes 
poursuivis  par  l'éblouissante  obsession  de  (oui  ce  qui  avait 
frappp  notre  vue  et  notre  imaginiition  dans  cette  vaste  four- 
milière. Lu  nouvelle  capitale,  quoique  possédant  une 
histoire  et  des  monuments  intéressants,  nous  n  bien  moins 
séduits  qu'Amsterdam.  C'est  N  |ja  Haye,  que  l'excellent 
Henry  llavard,  devenu  récemment  inspecteur  général  des 
Beaux-Arls,  a  passé  plusieurs  années  de  son  exil  volontaire, 
travaillant  comme  un  bénédictin  à  foire  revivre  les  annales 
artistiques  de  ce  petit  pays  qui  a  constitué  pendant  long- 
temps, au  milieu  de  l'Europe,  un  de  ces  foyers  où  venaient 
se  réchaufTer  tous  ceux  qui  vivent  dans  le  monde  de  lu 
pensée  ut  de  l'amour  du  beau.  Aujourd'hui  encore,  ce  foyer 
si  intense  continue  k  éclairer  de  son  rayonnement  l'histoire 
de  l'humanité,  restant  pour  les  fidèles  du  monde  entier,  pour 
hs  pèlei'ins  de  tous  costumes,  une  des  plus  magiques  attrac- 
tions de  l'art  et  de  la  OHlure. 

llavard  demeurait  sur  la  Place  d'Orange  (Oranje  Pleinl. 
De  là  il  rayonnait  dans  toute  la  Hollande  et  dans  luut  le  pays 
tianiand,  butinant  comme  l'abeille,  apis  Matinte  more 
mo(tof/ue.  fouillant  les  vieux  livres,  explorant  les  vieux 
manuscrits,  les  vieux  monuments, lisant  et  parlant  le  hollan- 
landais  comme  un  vrai  Uatave,  s'assimilant  la  langue  pitto- 
resque mais  peu  mélodieuse  de  la  Flandre  flamingante, 
constituant  de  pièces  et  de  morceaux,  assemblage  d'heu- 
reuses trouvailles,  tout  un  arsenal  de  matériaux  pour  ses 
publications  futures! 

Là  il  écrivit  cette  Histoire  de  la  Faïence  ('..■  Delft,  œuvre 
de  grande  érudition,  à  laquelle  il  a  bien  vo  ilu  m'associer 
comme  collaborateur  artistique.  Dans  ces  p;  ys  si  fiers,  à 
juste  titre,  de  leurs  vieilles  gloires  dont  il  a  été  un  des 
passionnés  évocateurs,  Havard  a  laissé  des  sympathies  et  des 


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18» 


amiliés  inaltérableB.  Dans  sn  Flandre  et  sa  Hollande  à  vol 
d'oiseau,  où  le  charme  Uu  slyle  rivalise  avec  la  profomieup 
de  la  pensée  il  fait  entrer  le  lecteur  rfans  le  vif  de  son  sujet, 
lui  Taisant  loucher  du  doigt  les  hommes  et  les  choses,  les 
tragMies  de  l'histoire  et  les  comédies  de  la  vie,  les  singula- 
rités des  mœurs  relevées  par  de  piquantes  anecdotes. 


Je  disais  tout  .'i  l'heure  que  La  Haye  nous  a  bien  moins 
séduits  qu'Amsterdam.  Entendons-Dous  :  il  n'y  a  aucun  point 
de  comparaison   entre   les  deux  villes.   S'Graven   Haagen, 
La  Haie  du  comte,  est  l'ancien  village,  le  rendez-vous  de 
chasse,  l'oasis  chai'mante  qui,  aujourd'hui,  a  une  population 
de  pr<>s  de  cent  mille  Ames,  située  k  l'entrée  d'un  bois, 
peuplé  d'arbres  centenaires,  hauts  comme  des  cathédrales; 
«   c'est     la      cité     aristocratique,       par      exceiKince,     la 
ville  polie,  élégante,  des  grandes  manières  et  du  bon  ton  ». 
Cité  de  grands  souvenirs,  La  Haye  a  joué  un  rôle  dans  l'his- 
toire   politique    de     l'Europe.     Le    stat>iouder    Guillaume 
d'Orange,  le  Taciturne,  y  a  laissé  sa  profonde  et  indestructi- 
ble empreinte.  Dans  le  Hauritzhuis,  sur  la  Place  desStalhou- 
ders  est  le  musée  de  peinture,  une  des  plus  intéressantes 
galeries  de  l'Europe,  non  point  par  le  nombre  des  tableaux, 
mais  par  la  qualilé  des  œuvres  maltresses  qu'elle  olhe  îi 
l'étude  et  U  la  méditation  des  amateurs.  Ici  on  salue  avec  un 
profond  respect  l'œuvre  capitale  de  Rembrandt,  sa  f.fçon 
d'anatomie,  sa  Suzanne  et  son  Siméon  au  Temple,  pins 
loin,  le  Taurrau  de  Paul  fotter,  œuvre  géniale  dont  lu  puis- 
sance de  relief  est  prodigieuse,  le  talent  de  l'artiste  ayant  vic- 
torieusement lutlc  avec  la  nature;  tout  à  ciMé  est  son  por- 
trait peint  par  lui-même,  tenant  sa  palette  et  ses  pinceaux  ii 
la  main.  Ilenner  me  fait  nsmarquer  que  ces  pinceaux  sont 
minces  et  pointus,  ce  qui  explique  le  procédé  de  l'artiste 
habitué  à  peindre,  non  ii  larges  coups  de  brosse,  mais  par 
petites  hachures  rt  arrivant  néanmoins  k  produire  de  grands 
effeis  d'ensemble. 


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1W>  HBTCB   D'aLSACE 

Noos  Hommes  ici  nu  milieu  d'iine  arislocralic  ili>  la  pein- 
ture, devant  un  clioix  de  trois  cenig  œuvres  hors  ligne 
HJgnéeH  lies  maîtres  les  plus  admirablement  iloués,  les 
Ruliens,  les  Van  Dyck,  les  Holbein,  les  Wouwermaas,  les 
Téniers,  les  Oslade,  les  Hondekoeter,  les  Gérard  Dow.  le^ 
llrcugliel,  les  Bergheîm,  e  lulti  quanti.  Toute  la  magie  >te 
•-es  sorciers  du  pinceau  est  Ih  exerçant  son  étrange  fanrina- 
lion  sur  l'œil  des  visiteurs  !  Ceux  qui  ne  comprennent  |»:is, 
c<!ux  qui  restent  froids  devant  cette  majesté  de  l'art  liuinain, 
sont  b  plaindre.  Il  leur  manque  ce  je  ne  sais  quoi  qui  consti- 
tue une  des  plus  intimes  jouissances  de  la  penstT'e,  ce  sixième 
sens  qui  est  le  sens  <lu  l>eau.,.  en  un  mot  l'idéal.  La  gravure 
a  popularisé  tous  ces  chefs-d'œuvre  où  trône  comme  une  reine 
la  Femme  au  chapeau  de  paille,  de  Itubens,  où  Meizu. 
Terburg  et  Jean  Steen  étiitent  ces  ravissantes  scènes  d'intt'- 
rieur  faites  pour  si'duire  les  plus  indiiïérents. 

Le  palais  des  anciens  comtes.  t>^  Binmiihof,  est  le  c;ntre 
politique  de  la  ville  :  sur  la  petite  place  qu'il  occupe  et  où  se 
groupent  très  irrégulièrement  les  édifices  du  gouvernement,  il 
n'est  passé  des  événements  tragiques  :  les  pages  d'histoire 
qui  les  rappellent  sont  couvei'tes  de  taches  sanglantes. 
C'est  il  l'entrée  même  de  la  (our  que  que  tut  arrêté  (irotius 
et  c'est  en  face,  devant  le  perron  de  la  chapelle,  un  peu  à 
druJte,  sur  un  échafniul  Mli  en  une  nuit,  que  fut  décapit'' 
Il  l'Age  lie  soixante  et  onze  ans,  l'homme  d'état  le  plus  grand, 
le  |)lus  considérable  que  la  Néerlande  ait  produit,  l'un  des 
plus  honnêtes  citoyens  dont  l'Europe  s'honore,  Jan  van  oldeu 
llarneveit,  grand  p<^nsiunnujre  de  Hollande,  le  fondateur  de 
l'Indépendance  des  Provinces  réunies  (ij.  L'exécution  de  ce 
grand  homme,  sacrillé  par  une  vengeance  politique,  parce 
qu'il  appaitenait  an  parti  n'puhlicnin,  pèsera  éternellement 
Nur  la  mémoire  du  stalliouder  Maurice  de  Nassau. 
(Iiiriiélis  et  Jean  de  Wilt,  les  deux  grands  patriotes  répuhli- 
niins,  l'xpièraiit  sur  la  même  place  leur  libérnlismi'  et  3- 
l'iireut  massacrés  par  une  populace  en  délire. 


t  llavarJ.  —  La  Hollande  à  vol  d'oiseau. 


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LaUsuns  c^s  souvenirs  sinistres,  ces  lianlises  tragiques 
qui,  malheureusement,  nf  i-enconlrent  trop  souvent  dans 
l'histoire  des  peuples  ;  Jeluns  un  regard  rapidt;  sur  la  belle 
perspective  <lu  Vivier  toute  bordée  de  palais  princiers  et 
allons  faire  notre  visite  obligatoire  h  la  plage  maritime  de 
Scheveningen.  Aller  !i  La  Haye  sans  voir  Scheveningen  serait 
chose  tout  à  Tait  incorrecte  et  anormale.  Comme  la  préface 
enchanteresse  d'un  livre  inconnu,  les  abords  de  ta  petite 
plage  forment  un  tableau  ravissant  de  verdure,  de  Heurs,  de 
villas  ombragées  d'arbres  séculaires,  de  pièces  d'eau  rayées 
par  les  blanches  évolutions  du  c,\gne.  Un  tramway  traverse 
les  bosquets  toutTus  et  frissonnants  qui  s'appellent  Sc/iere- 
ningsche  botchjes  et  qui,  parune  belleallée  couverte,  vous 
mènent  à  l'entrée  de  ce  village-bijou,  au  milieu  d'un  océan 
de  sable  et  de  dunes,  contraste  d'autant  plus  sévéïe  que  la 
mer  du  Nord,  dans  ces  parages,  a  l'aspect  jaune  dune  eau 
bourbeuse.  Sous  les  arbres  de  l'avenue  sont  inslallées  de 
nombreuses  boutiques  oij  se  vendent  les  bibelots  du  souvenir, 
et  les  petits  verres  de  ce  fameux  curaçao  de  Hollande  dont  la 
réclame,  sous  le  vocable  de  Wynand  Foking,  a  inondé  la 
quatrième  page  de  tous  les  journaux  du  continent. 

Sur  la  plage  jaune  comme  la  mer,  au  milieu  du  fourmille- 
ment des  baigneurs  aux  costumes  exotiques  se  détachent  les 
notes  crues  de  la  livrée  multicolore  des  hommes  attelés  aux 
cabines  montées  sur  roues.  C'est  un  vrai  carnaval,  1res  peu 
élégant,  de  bleu,  de  rouge,  de  jaune  criard  qu'on  semble 
avoir  inventé  tout  exprès  pour  mettre  un  peu  de  gaieté  sur 
ce  fond  mortellement  triste  de  la  mer  du  Nord  où  la  déesse 
Amphitrite   i.c  se  pare  jamais  d'une  écharpe  d'azur. 

Malgré  tous  ces  cfTels  disparates,  celte  coquette  plage  de 
Scheveningue  a  conquis,  en  raison  de  son  voisinage  du  parc 
enchanteur  de  La  Haye,  une  réputation  européenne.  Involon- 
tairement en  regardant  cette  mer  houleuse,  toujours 
frémissante,  on  songe  aux  longues  nuits  il'hiver  oA  la 
tempête  déchaîne  ses  colères,  oij  les  vagues  monstrueuses  et 


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192  REVUB   d'aLSACB 

sinistres  vienncnl  l>altre  les  digues  et  font  Irumbler  la 
modeste  bourgade  déjii  éprouvée  par  des  ciitaGJ.vsmes 
historiques. 

Des  hdtels  splendides,  alignés  le  long  de  la  plage,  tournent 
leurs  façades  vers  l'horizon  lointain  et  embruni,  n'ayant 
d'autre  distraction  que  celte  mer  immodérément  maussade. 
Nous  allons  visiter  le  joli  belvédère  qui  domine  la  dnne,  avec 
noa  balcon  arrondi  tout  étincelant  de  propreté,  puis  le  pano- 
rama de  Scheveningue  pris  du  haut  de  ce  belvédère  par  le 
peintre  Mesdag.  dont  les  superbesmai'inesflgui'entluus  les 
ans  au  salon  de  Paris.  Mestlag  est  le  peintre  attitré  de  la 
mer  du  Nord,  comme  Caualello  a  été  celui  de  Venise  : 
il  en  a  pénétré,  eu  vrai  poi'te.  toutes  les  tristesses,  toutes 
les  profondes  mélancolies,  pareilles  ù  relies  du  ciel  gris  et 
violacé  sur  lequel  s'enlèvent  ses  vagues  lourmeulées:  son 
pinceau  sait  rendre  l'âpre  grandeur  de  leurs  colères  avec 
leurs  crêtes  é  eu  mantes,  leurs  houles  moutonneuses  et 
leurs  glauques  perspectives  qu'anime  le  vol  saccadé  des 
pétrels, 

l'ècheurs  et  pécheuscsde  Scheveningue,  lous  bien  ntlifés  et 
d'une  propreté  légendaire,  ont  l'air  de  personnages  d'opéra 
comique,  les  hommes  avec  leui's  casquettes  en  cuir  couvre- 
nuques,  les  femmes  avec  leui-s  casques  d'orgent  et  leurs 
jupes  volumineuses.  Car  c'est  l.'i  encore  un  des  traits  dislinc- 
tifs  de  la  femme  du  peuple  en  Hollande,  c'est  que  plus  elle  a 
de  jupons  superposés  plus  elle  est  fière  d'elle-même. 

Rentrés  k  La  Haye,  nous  y  prenons  le  train  pour 
Paris,  emportant  toute  une  collection  de  beaux  souvenirs 
i}ue  je  me  promettais  bien  de  flser  sur  le  papier  avec 
les  clichés  instantanés  que  j'avais  emmagasinés  dans  ma 
mémoire  où  quntorzp  ans  écoulés  ne  les  ont  pas  fait 
Irop  pfllir. 


Au  moment  de  clore  celle  série  de  mes  mémoires, 
au  seuil  de  l'année  néfaste  qui  a  vu  se  dérouler  dans 
noire  cher  et  merveilleux  pays  d'Alsace  tant  de  pages 
tragiques  je    ne    sais    si   je    pourrai    jamais    poursuivre 


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A   TRAVERS  LR  PASSÉ  193 

une  lAche  si  absorbante.  L'homme  propose,  mais  les 
hasards  de  la  vie,  le  destin  souvent  iaclémeat,  se  jouent 
des  meilleui'es  intentions. 

Dans  ma  longue  promenade  k  travers  le  passé,  tout 
en  suivant  un  chemin  plein  de  ronces  et  bordé  de  tom- 
beaux, j'ai  pu  cueillir  çà  et  là  quelques  fleurs  cachées  dans 
la  lande  et  respirer  leur  parfum  discret;  me  retournant 
parfois  pour  voir  s'évanouir  dans  la  brume  du  couchant 
les  réres  d'or,  les  visions  capiteuses,  l'azur  trompeur 
des  illusiuns. 

Et  malgré  les  heures  amères,  malgré  les  spectacles  na- 
vrants coudoyés  en  chemin,  je  reste  sur  ma  conviction,  con- 
solante pour  ma  vieillesse,  que  la  vie  n'est  pas  à  dédaigner 
quand  on  sait  la  comprendre  et  y  associer,  avec  une  foi  ar- 
dente dans  l'avenir,  une  large  part  d'idéal  et  de  bonté 

Charles  Goittivilleh, 


B  LA  PRBMlfeRB  PARTIE. 


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THEOPHILE  CONRAD  PFEFFEL 


LA  VIE  ET  L'ŒUVRE 


DKUXIKMR   PAIÏTIR 


L'ŒUVIÏË    UTTHnAlRE 


3.    Le  Fabuliste  (suite)  (I) 


Pour  pouvoir,  en  pleine  connaissance  de  cause,  mesurer 
la  place  qui  revient  à  PrefTel  ilans  la  litlératiire  allemanrli^, 
il  est  opportun  de  se  lappcler  les  travaux  de  ceux  qui  l'ont 
procédé  sur  la  voie  où  il  s'est  spécinlemenl  illustré. 

La  Fable  en  A  llemagne  tirant  l*feffel 

Patrimoine  commun  de  la  race  aryenne  et  issue  peul-élrc 
de  la  même  source  mythique  que  le  conte  dont  elle  i^t.' 
rapproche  fort,  au  début,  (lar  la  naïvett^  de  Ion,  U  fable,  sans 
exclure  le  but  didactique,  ne  l'avait  pas  primitivement  pour 
objet  principal,  et  attachait  plus  d'importance  au  récit  qu'à 
ta  morale. 

Ainsi  il  se  trouve  que  La  Fontaine,  guidé  par  son  seul  génie 
poétique,  a  senti  le  vrai  sans  s'en  rendre  compte  ou  pluti'it  en 

{i)  Voy.  p.p.  107  &  145  précédentes. 


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TItl'ilifllII.K   i;iiMt.MI    l'KWKKI.  iîla 

s'en  excusanl,  et  n  monlK' son  ori^iimliti^  on  écrivant,  avanl 
la  di^couverte  de  folles  de  Itabnus,  des  fables  «où  la  poésie 
exhale  tout  son  parfum,  an  lieu  île  s'atladior  îi  cet  lierltîer 
désséclié  qu'un  appelle  le  recueil  i^sopique  »  (1).  Uabrius 
avait  rendu  ;i  l'apulo^ue  cette  vivacité  primitive,  cet  accent 
poétique  qui  en  faisaient  le  charme  dans  la  bouche  de  ses 
premiers  inventeurs.  Exhumé  en  184 i.  (?dité  la  même  année 
par  lloissonade,  il  fut  étudii'-  par  Daivstr  et  par  Egger,  traduit 
par  llertzherg  et  par  Lrvêque,  et  est  venu  renverser  les 
savantes  théuries  de  Lessing,  en  prouvant  que  la  fable,  à  l'u- 
ligine,  n'avait  rien  de  la  brièveté  et  de  la  sécherossc  de  Phè- 
lire  et  d'I-Uupe,  mais  resiiemblait  plutôt,  dans  ses  éléments 
essentiels,  au  poème  épique.  Celle  ressemblance  contribue  à 
éclairer  les  liens  de  parenté  qui  rattachent  U  la  fable  primi- 
tive le  Roman  de  Renarl.  Cette  épopée  des  animaux,  comme 
celle  des  héros  d'Homère,  se  forma  de  la  fusion  et  de  la  juxta- 
position de  pièces  isolées  dont  le  groupement,  plus  ou  moins  ' 
méthodique  ou  fortuit,  Unit  par  créer  des  traditions,  de  véri- 
lahles  cycles  légendaires  couiparnbles  k  ceux  des  paladins  de 
Charlemagne,  et  une  source  inépuisable  pour  le  symbolisme 
si  cher  au  moyen  Age. 

«  I, animal  est  essentiellement  symltolique.  Son  instinct 
fait  tourner  toutes  ses  actions  dans  un  cercle  fatal.  Aux  chan- 
gements subits  des  idées  et  des  passions  humaines,  il  oppose 
la  persistance  invariable  des  mêmes  types,  et  correspond 
ainsi  admirablement  h  ce  qu'il  y  a  aussi  de  perpétuel  dans  le 
retour  inévitable  des  faiblesses  du  ctenr  humain.  La  distance 
qui  le  sépare  de  nous  fait  que  cette  analogie  n'est  jamais 
gênante  et  qu'un  léger  efTort  de  l'imagination  l'adapte  aux 
lûvilisations  en  apparence  les  plus  opposées.  On  étudia  donc 
ses  mœurs  avec  passion,  pour  en  faire  !a  satire  de  l'homme. 
L'animal  eut  le  privilège  de  chevalerie  aussi  bien  que  celui 
de  rlergie,  et  le  lioman  de  ftvnart  devint  l'image  de  la  so- 
ciété féodale  »  (2). 

Le  débat  sur  les  origines  de  cette  célèbre  épopée  a  été 
envenhné    par    les    rivalités    df    l'iiniiiur-propre    ii-.lional. 

(1)  I.  Kanl,  Choix  de  conle»  et  de  fables  jUarnier,  18»2j. 

(2)  lleinrich.  Hi»toire  de  la  IHtératiire  allemande,  t.  ;t47. 


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196  REVIE  D  ALSACE 

Transportant  dans  la  liltérature  le  rêve  de  Rousseau  sur  l'état 
de  nature,  la  critique  allemande  en  appelle  à  l'existence  d'un 
âge  d'or  primitir,  où  la  vie,  encore  exemple  de 
troubles,  aurait  établi  un  conimercci  intime  et  enfantin  entre 
l'homme  et  les  animaux  {Vilmar,  OeschiclUe  des  deut^chen 
yationallitleratiir,  1873,  p.  19i)j.  Mais  les  luttes  implacables 
(jui  assaillirent  nos  ancêtres  à  l'aube  tXcs  civilisations  lui  lais- 
siirent-elles  le  loisir  de  couler  des  joui-s  aussi  idylliques  ? 

Puis  comment  se  fait-il  que  cette  légende,  qu'on  nous  dit  si 
profondément  nationale,  n'ait  laissé  aucune  trace  dans  les 
plus  anciens  textes  ?  Car  on  sait  que  la  littérature  allemande 
n'a  gardé  nul  souvenir  d'un  temps  où  l'épopée  des  animaux 
n'aurait  eu  ni  couleur  satirique,  ni  tendance  didactique  ;  il 
est  impossible  d'y  trouver  un  seul  vers  sur  lienart  avant  le 
moment  (H47)  où  nos  trouvères  commencèrent  à  chanter 
ce  sujet  qu'ils  puisèrent  dans  les  bibliothèques  latines  des 
monastères. 

Ce  n'est  que  vers  1170  que  le  seigneur  alsacien,  qui  se 
cache  sous  le  pseudonyme  de  Henri  le  dissimulateur,  le  leur 
emprunta  pour  le  traiter,  avec  une  intention  manifestement 
allégorique,  ian^  un  poème  remanié  cinquante  ans  plus 
lard  par  un  anonyme. 

A  côté  de  l'épopée  satirique,  dont  nous  n'avons  pas  à  sui- 
vre ici  les  innombrables  transformations  qui  aboutissent  au 
Heneiche  Fuc/ts  de  Gœlhe,  les  fables  détachées  continuaient 
sous  le  nom  d'Exemples,  Iiei»]tit  ou  Biscluift,  leur  existence 
propre  dans  la  littérature,  où  elles  occupent,  dans  le  temps 
des  Minneiœnger,  une  place  importante,  en  rapport  avec  le 
goût  si  prononcé  du  moyen  flge  pour  les  symboles  daus  l'arl 
et  la  poésie,  mais  en  participant  toujours  plus  du  genre  mo- 
ralisant et  satirique.  Esope  no  fut  traduit  que  vers  1480  ; 
mais,  dès  le  début  (lu  siècle  précèdent,  l'Allemiigne  possède 
un  véritable  fabuliste  dans  le  dominicain  L'Iric  Boner  de 
Berne,  qui  dédia  vers  13.S0,  a.  un  des  magistrats  de  cette 
ville,  son  Edehlein,  recueil  de  100  pièces  imprimé  !i  Bam- 
bergen  1461  et,  ainsi  un  des  plus  anciens  monuments  de  la 
typographie  atleiiiande  (un  exemplaire  de  celte  édition  est  h 
la  bibliothèque  de  WoIfenbOttei).  Imitateur  d'Avianus,  qui 
se  traduisit  42  fables  d'Esope  en  hexamètres  latins  (fin  du 


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CONRAD   PKEFFBL  197 

siècle),  Bonet  prêche  une  morale  pure  et  austère  qui  ne  fait 
gnlce  qu'aux  sentiments  vrais,  aux  affections  naturelles, mais 
qui  n'exclut  point  l'esprit  d'observation  et  même  une  pointe 
de  malice.  On  est  étonné  de  trouver  sous  sa  plume  des  sujets 
qui  sont  familiers  h  notre  enfance.  Le  meunier, 
sou  fils  et  l'âne.  —  La  matrone  d'Ephèse.  —  La  poule  aux 
œufs  d'or.  —  Le  rat  de  ville  et  le  rat  des  champs.  —  Le  loup 
et  le  chien,  etc. 

Considérant  la  cn'aliun  entière  comme  un  immense  miroir 
dans  lequel  Dieu  nous  pri'scnte  nos  vertus  et 
nos  vices,  el  la  fable  comme  un  simple  appel  aux 
hommes  pour  les  inviter  à  y  porter  leurs  regards,  Boncr  prend 
ses  sujets  un  peu  partout.  Il  servit  de  modtMe  aux  auteurs 
d'épopées  burlesques  qui  empruntéitint  ^  la  vie  des  animaux 
la  matière  de  leurs  fictions,  l'armi  eux  nous  citerons  Wolfart 
Spangenberg  qui  publia  son  Ganxkœnig  à  Strasbourg,  en 
ifiOT.  Une  petite  pièce  comique  de  Hellin  de  Sainl-Gclais  sur 
un  clerc  amoureux  semble  aussi  imitée  de  Boner.  Mais  comme 
celui-ci  éluit  sûrement  inconnu  en  France,  une  fable  latine 
a  dit  être  la  source  commune  des  deux  auteurs. 

D'ailleurs  Boxer  lui-même  ne  fut  pas  le  premier  en  date  des 
fabulistes  allemands.  Cet  honneur  revient  au  Tricoteur 
(Slricker),ce\.  inconnu,  dont  on  sait  seulement  qu'il  composa 
vers  1240  son  recueil  de  fables  el  de  récits,  intitulé  le  Monde 
dont  quelques  fragments  ont  été  conservés  par  les  frères 
lirimm-Boser,  enl  aussi  un  rival  presque  parmi  ses  contempo- 
rains, le  Bas-Allemand  Gérard  de  Minden,  qui  composa,  en 
1370.  102  fables,  dont  Wiggerl  découvrit  et  publia  21  en  18,%. 

Nous  passons  le  XV*  sii^cle,  dont  les  épigranimes  et  sen- 
tences sont  proches  parentes  de  la  fable,  mais  nous  entraîne- 
raient trop  loin,  et  arrivons  à  Luther  qui,  lui-mémes, 
s'essaya  dans  l'apologue  <-t  siirtoul  le  mit  en  grand  honneur 
par  l'estime  singuli<}rc  qu'il  professait  pour  Esope,  surpassé 
seulement,  dtsatl-il,  par  la  Bible.  Aussi  ce  genre  adopta-l-il 
les  aspects  les  plus  divei-s.  Développé  chez  Dans  Sachs  au 
point  d'affecter  les  proportions  d'un  petit  poëme.  il  prit  une 
allure  correcte  et  vive  dans  les  49  fables  qu'Erasmus  Alberus 
publia  en  1534  sous  ce  litre  :  Das  Biich  l'on  der  Tugent  und 
M'eiss/ieilmUffuleiiJieimenverklerrl.yiaisaelécriv&iïiiesayànt 


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I'.W 


lIEVlb    L>  AL.-ACK 


repnsetî  en  1Ô50  pour  en  faire  un  ubjel  de  polémique  reli- 
gieuse, il  en  alTaiblit  le  mérile  lilt'Taire  par  d'interminables 
additions.  Par  exemple,  Irlne  rerètn  de  ta  penii  du  Lion 
devient  le  papeiqucicgraiidsolde  la  foule  ignorante  croit  ter- 
rible et  vént^rable,  mais  dont  Ltilber  a  aperçu  la  longue  oreille 
et  ivvélé  la  niaiserie  et  l'inipuissauce.  C'est  iiinsi  qu'Alberus 
se  laissa  surpasser  par  Burlcanl  Waldis,  Ikssois  de  ramillc 
consiiiéive,  moine  défroqué  de  Itiga.  devenu  ferblantier  iti- 
nérant, puis  pastinir  diins  son  pays  natal  et  qui,  quoique 
mêlé  si  intimement  aux  lulles  du  moment,  sut  pourtant  ganler 
plus  de  mesure  dans  son  Empui  ijaiit:  neu  yemaihl  und  in 
Aeiinen  gefatst  (Francfort,  1348),  collection  de  plus  de  -iOO 
récits,  dont  plusieurs  ont  une  véritable  valeur.  Il  partage  aver 
Bodmer  l'bonneur  d'avoirproduit  une  série  d'imitateui's  :  li'l 
Lazare  Sandroli,  qui  dégagea  rHj)olugue  des  allusions  tbéolo- 
giqucs,  le  ramena  à  sa  brièveté  ordinaire,  mais  n'y  laissa  pas 
assez  subsister  l'intention  morale,  en  subordonnant  tout  au 
désir  d'amuser.  Il  remplace  les  moralités  par  la  moqueriù  el 
inonde  ses  petites  pièces  de  comique,  comme  pour  détloni- 
mager  le  lecteur  des  serinons  et  polémiques  de  ses  prédéces- 
seurs. 

Il  faut  avouer  que  le  XVH  siècle  n'olTrait  pas  ii  la  fable  les 
conditions  nécessaires  pour  garder  ce  juste  équilibre  qui  doit 
la  distinguer  et  des  contes  badins  et  de  la  salii'e.  Les  contro- 
verses passionnées  du  temps  fournissaient  trop  aux  littérateurs 
l'occasion  de  ces  succès  faciles  qui  sont  rarement  la  promesse 
d'une  réputation  solide.  Mous  avons  encore,  sans  prétendre 
pour  cela  à  une  énumération  complète,  Eucharius  Kyering, 
né  il  Kn^nigshofen  (Basse  Krancouie),  pasteur  de  1578  ii  sa 
mort  (1399),  et  auteur  de  Etlic/t  rii-l  /iiinilert  /ateiiiischer 
tiiid  deulschttr  Spricinrorler,  mil...  ffii/orjen,  Apolotjen, 
Fabeln  und  Gedichten  gezierl. 

(3'  volume  l60t-3; 

Le  17"  siècle,  dont  toute  la  liltérature  n'a  guère  fait  que 
végéter,  ne  pouvait  rien  produire  d'original  dans  notre  do- 
maine. Maisavec  lui  commence  un  nouvel  élan  qui  durera  jus- 


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TM^I-llILli  IHINBAD   PFeKFEI.  409 

qu'à  la  période  clnssique.  Celle  résurreclioii  peut  se  ramener 
à  trois  causes  ;  l'exemple  de  La  Fontaine  et  des  autres  fabu- 
listes français,  surtout  de  ceux  qui,  comme  Lamotte  et  Ri- 
eher,  ont  joint  la  théorie  b  la  pratique  ;  ensuite  l'influence 
moralisante  de  la  liltéralure  anglaise  ;  enfin  les  discussions 
critiques  pi-ovoquées  par  la  lutte  entre  Gottflched  et  Bodmer 
qui,  lotis  deux,  assignèrent  à  la  fable  une  place  prépondé- 
rante, en  vertu  de  l'importance  capitale...  toute  poésie  du 
Vf  rs  d'Horace  :  Etpmd.asiexse  volunt  et  ddectare pœtœ.  Le 
P.  Le  Bossu  avait  défini  la  fable  comme  un  discours  inventé 
pour  former  les  mœurs  par  di-s  instructions  difgui^ées  sous 
le«  allégories  d'une  action,  comme  devant  être  universelle, 
imitée,  feinte,  et  contenir  allégoriquement  «ne  vérité  morale. 
Le  chaptli'e  que  la  Poétique  de  GoUcbed  consacre  U  la  fable 
n'est  guère  que  la  paraphrase  de  cette  théorie,  qui  séduit  en 
olfetpar  sa  clai-té  et  sa  pr>'-cision  appaientos.  Ajoutant  que 
tout  dépend  ici  du  pi'écepte  moral,  le  législateur  de  Leipzig 
donne  la  recette  pour  fabriquer  la  fable:  On  n'a  qu'à  choisir, 
selon  le  but  qu'on  veut  alleindre,  la  doctrine  morale  qui  doit 
faire  le  fond  de  loul  le  poème.  Ensuite  il  faut  inventer  un 
événement,  c'est-à-dire  une  action,  qui  montre  jusqu'à  l'évi- 
(Itmi^e  le  précepte  moral  qu'on  veut  enseigner. 

Selon  les  Suisses,  qui  cherch:iient  surtout  le  merveilleux 
uni  il  la  morale,  un  poème  avait  atteint  son  but,  lorsque,  à 
côté  d'autres  mérites,  il  avait  celui  d'être  utile.  Cherchant  le 
grnre  qui  imitait  le  mieux  la  nature  sans  négliger  le  mer- 
veilleux et  qui  avait  en  même  temps  une  lin  et  uns  utilité 
nettement  morales,  leur  théoricien  Breisinger  décida  que  c'é- 
tait la  fable  d'Esope. 

Cette  prééminence  également  décernée  à  l'apologue  dans 
les  deux  camps  ennemis  explique  assez  le  goût  prononcé  qui 
porta  les  contemporains  de  ce  cAti'  et  le  grand  nombre  de 
fabulistes  qui  vont  se  succéder  jusqu'au  moment  où  la 
diffusion  des  thi'uries  lie  Leasing  arrêtera  net  ce  bel  essort. 

Lessing  u  appliqué  à  l'étude  de  la  fable  ce  même  esprit 
investigateur  et  critique  qui  a  valu  à  l'Allemagne  la  régéné- 
r.'Ltiun  du  lhéi\tre  national  et  i|ut  a  imprimé  au  génie  alle- 
mand, dans  toutes  les  branches  de  l'activité  intellectuelle, 
une  impulsion  si  irrésistible.  «  La  renommée  de  nos  fabulis- 


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zOO  RIWK  D  ALSACB 

tes  dit  Ileinricfa  (II,  126),  avait  suscit<^  une  foule  de  pâles 
copistes;  cha<iue  foire  de  Leipzig  voit  éclore  rie  nouveaux 
recueils  s.  En  présence  de  ce  spectacle,  un  Lfasiiig  devait  se 
dire  que  ses  compatriotes  avaient  suffisamment  montré  au 
moyen  Age  qu'ils  savaient  donner  une  forme  originale 
même  aux  sujets  antiques  et  étrangers,  pour  qu'il  suflit  de 
les  rappeler  à  cette  tradition  plus  glorieuse.  Tout  d'abord, 
Lessing  lui-même  avait,  il  est  vrai,  suivi  le  courant  général, 
et  essayé  dans  ses  Fables  et  contes  en  r-ers  (1153),  de  repro- 
duire la  grAce  de  La  Fontaine,  auquel  Gellert  seul,  chez  ceux 
de  sa  nation,  lui  paraissait  comparable.  Mai-^  il  ne  tarda  pas 
à  sentir  combien  lui  faisaient  défaut  l'aimablr  Iwnhomic  et.la 
fine  ironie  qui  donnent  tant  de  charme  aux  lefons  du  bon  sens 
de  notre  grand  fabuliste.  «  Les  natures  germaniques  (Hein- 
rich,  1.  c.)  ne  comprennent  guère  que  la  louange  ou  le  sar- 
casme ;  et  la  malice,  ce  mélange  délicat  d'une  raillerie 
badine  et  d'une  irréprochable  urbanité,  leur  est  presque  in- 
connue ;  elles  ne  savent  que  frapper  fort,  et  l'amabilité  caus- 
tique qui  blesse  adroitement  au  milieu  d'une  caresse, 
pour  guérir  aussitiM  la  piqûre,  leur  a  toujours  paru  fausse  et 
méchaate.  Leur  langue  est  tout  aussi  impuissante  à  rendre 
nos  réticences  grivoises,  et  tombe  dans  l'indécence  dès  qu'elle 
passe  les  bornes  de  la  pudeur  ». 

D'ailleurs,  Lessing  avait  beau  possi'der  parfaitement  le  vo- 
cabulaire de  notre  langue  et  être  tout  imprégné  de  l'esprit 
de  notre  XVIll"  siècle,  au  point  d'en  partager  les  passions 
et  les  aveuglements  aussi  bien  que  les  ardeurs  généreuses; 
il  lui  manquait  quelque  chose  pour  la  véritable  intelligence 
de  nos  auteurs  :  Pour  bieu  comprendre  une  littérature,  et 
sentir  réellement  les  beautés  d'une  langue,  pénétrer  dans 
l'intimité  du  peuple  qui  les  a  créées,  s'identifier  avec  lui,  il 
faut  partager  littéralement  son  atmosphère  physique  et 
morale,  en  un  mot,  vivre  de  sa  vie  pendant  quelque  temps. 
Ne  voyons-nous  pas  journellement  l'étranger,  même  non  cul- 
tivé, qui  habite  au  milieu  de  nous,  juger  plus  équitablement 
nos  usages  el  noire  caractère  que  le  plus  savant  docteur  qui 
ne  nous  connaît  que  par  ses  livres  ? 

Quoiqu'il  en  soit,  Lessing  sentit  le  besoin  de  changer  Av 
tactique,  et  lorsque  six  ans  après,  il  donna  un  nouveau  re- 


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THÉOPHILE  CONRAD  PFBFFBL  iSOl 

cueil  de  fables,  elles  étaient  en  prose,  et  accompagnées  d'une 
longue  dissertation  critique  qui  constituait  un  manifeste  en 
règle  contre  nos  fabulistes.  L'apologue  n'est  plus  di*- 
sormais  qu'une  dépendance  de  la  philosophie  morale  et  a 
rompu  tout  lien  avec  la  poésie  ;  elle  ne  doit  être  que  l'ex- 
pression sèche  et  nue  d'une  vérité  illustrée  par  un  exemple, 
et  que  tout  ornement  défigure,  que  tout  développement  af- 
faiblit. 

H&tons-nous  de  dire  que  l'auteur  de  celte  théorie  austère 
en  a,  dans  la  pratique  dépassé  les  limites  élroites.  Ses  fables 
sont  arides  cl  brèves,  mais  d'un  style  irréprochable.  On  peut 
dire,  il  est  vrai,  que  ce  sont  plutùt  des  maximes  que  dEs  fa- 
bles. Quoique  la  moralité  en  soit  paradoxale  et  subtile,  les 
observations  fines  et  les  vérités  solides  n'y  manquent  pas,  et 
l'on  y  voit  éclater  h  chaque  ligne  la  force  de  caractère,  la 
haine  des  coteries,  de  la  bassesse  et  de  la  fatuité  médiocre. 
Surtout,  elles  ont  rendu  le  grand  service  que  Lessin^  atten- 
dait, celui  de  jeter  le  discrédit  sur  les  pAles  contrefaçons 
dans  lesquelles  nos  fables  continuaient  à  être  délayées.  A  ce 
point  de  vue  elles  ont  même  dépassé  le  but  :  le  discrédit  fut 
si  fort,  que  personne  n'osa  plus  écrire  dans  ce  genre,  faute 
<le  pouvoir  rivaliser  de  concision  et  de  clarté  avec  Lessing. 

Les  principes  fçénéraux  de  sa  critique  dogmatique  expli- 
quent assez  ,  au  reste,  les  raisons  de  la  guerre  violente  qu'il 
a  faitek  nos  fabulistes.  Sa  tendance  fondamentale  étant  de 
substituer  pai'toul,  à  l'imitation  des  Latins  et  des  Français, 
celle  de  l'héllénisme  comme  plus  primitive,  plus  authentique 
elnus^i  plus  riche  en  af(înités  naturelles  avec  le  germanisme, 
il  crut  remonter  h  la  source  même  de  la  fable  en  allant  droit 
il  Esope  et  en  ramenant  l'apologue  h.  celte  simplicité  «  aussi 
peu  semblable  k  celle  de  la  vraie  fable  antique  que  la  plante 
desséchée  d'un  herbier  à  la  fleur  épanouie  sur  sa  tige... 
Plus  les  étudcii  sur  l'origine  et  le  développement  de  la  fable 
ont  été  approfondies,  plus  l'erreur  est  devenue  évidente. 
Mais  n'attribuons  pas  k  la  mauvaise  humeur  ou  h  la  haine 
une  théorie  qui  trouve  son  explication  dans  les  principes 
dogmatiques  <Kont.  I.  c.) 

Nous  voilk  revenu  ii  PfelTel,  notre  point  de  départ.  Comme 
fabuliste,  il  procède  en  droite  ligne  de  Gellerl,  qu'il  connai  s 


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202  HEviE  d'ai^ace 

sait  personnellemenl  depuis  sa  Jeunesse  (1)  et  pour  lequel  il 
proressa  jusqu'il  si  mort  une  grande  vénération  (2).  Ce  que 
(îellertdit  de  sa  prupre  nmsc  dans  i'Ode  k  la  Renommée, 
peut  s'appliquer  avec  non  moins  de  justesse  à  celle  de  son 
disciple  :  «  Si  tu  écoutes  la  voix  de  la  Sagesse  et  que  Ion  zèle 
•''!:ale  ton  devoir,  la  gloire  couronnera  (es  efforts.  Et  quand 
même  tu  ne  l'alteindrus  pas,  ta  conscience,  en  dépit  de  tout. 
!<■  la  diionprail  pour  l'éternité.  » 

Voici  comment  lleJnrich  caractérise  les  deux  fabulistes 
1 1  p.  Ô60-Ô0ii  :  «  Les  failles  de  Gellert  ont  un  tour  familier  et 
vrai.  Leur  seul  défaut  est  d'avoir  une  intention  morale  trop 
Jiccenluée,  de  conclure  souvent  par  des  n'-pi'tilions  inutiles 
de  la  vérité  que  l'uuteur  vent  faire  pénétrer  dans  l'esprit  de 
ses  lecteurs.  Oux  de  ses  apologues  où  il  s  su  éviter  cet  excès 
sont  les  meilleurs...  Toutes  ses  œuvres  se  recommandent 
jiourtant  ii  l'indultience  et  même  aux  sympalbifs  de  lu  criti- 
que par  le  parfum  d'honnêteté  qu'on  y  respin.',...  C'était  une 
de  ces  Ames  honnêtes  pour  lesquelles  le  culte  des  lettres 
obtient  comme  une  !<econde  religion...  Il  peut,  à  défaut  d'au- 
tre gloire,  prétendre  à  ce  respect  ijui  s'attache  nu  lillérateur 
sérieux  et  h  l'homme  de  bien....  Son  succès  suscita  d'autres 
fabulistes.  Le  meilleur  de  ses  imitateurs  est  Lichwer  qui  a 
même  [larfois  déjinssé  son  modèle  en  orisinulilc  et  en 
vigueur...  .  Ffelfel,  s'inspirant  k  la  fois  de  Gellert  et  des 
grands  fabulistes  français,  a  donné  souvent  à  l'apologue  un 
tour  simple  et  heureux.  Bien  que  sa  carrière  se  soit  prolon- 
gée pendant  la  période  classique,  il  appartient  entièrement, 
par  sa  manière,  à  l'ftge  de  transition,  (^'est  une  noble  et 
grande  figure  que  celle  de  cet  homme  de  lettres  qui,  devenu 


(1)  Hei'ue  dAliace  IHiHi,  p.  4«6. 

(2)  Voir  les  vers  louchants  (|u'il  adresse  à  son  Ajève,  I 
comte  fie  Custincs  : 

t'reuud,  pflanzert  <ler  auf  ileiilsi-hc  Wàllc- 
Einsl  dein  l'apier  mit  lapfrez  Hand, 
So  denke  stals  :  .Vueh  dièse  Sicile 
Gchn-rtzatiellerl  Valcrland  !  (Ed.  Colla,  H,  IIK). 
Uuns  Phëbui  et  le  pâtre  (id.  I.  3,  il  pnif'lauic  lui-méiuf 
son  maître  (Cp.  Slœher,  Blœtter  deti  .Indenken,  p.  il7-38 


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Tllb;<>]'lllLK  CDMIAII    fKItFFlil.  =03 

iiveugle  k  il  ans,  continua  k  Iraviiitlyr  avec  ardeur,  écrivit 
un  rran<;ais  et  en  allemand,  fondu  k  Cotmar  une  école  impor- 
(anlo  et  cunsaora,  mnigré  ses  inlirmilcs,  toute  sa  vie  à  faire 
11-  bien.  Ses  fables,  eu  général  assez  courtes,  attestent  un 
Bsprit  judicieux  et  une  exquise  sensibilité.  Leur  morale  est 
pure  sans  t^tre  moroso.  et  ça  et  l;i  de  riantes  description?; 
montrent  que  l'imagination  de  l'auteur  n'a  rien  perdu  de  su 
fiaîcheur,  et  que  cet  Hveugle  savait  voir  par  les  yeux  de 
Vlme». 

Itieder,  d'autre  pari,  juge  ainsi  les  poésies  de  celui  dunl  il 
fut  d'abord  lo  secri'taire,  puis  lami  et  enlin  le  biographe  : 
«  C'est  dans  la  fable  ésopiqne  qu'il  excelle;  il  y  a  créé  un 
genre  spécial,  qu'on  pourrait  appeler  la  fable  épigraniniati- 
que,  parce  que  son  caractère  distinclif  réside  dans  la  pensée 
finale  et  spirituelle,  vers  laquelle  converge  loutce  qui  pré- 
cède ;  aussi  commeiii;ait-il  souvent  par  écrire  la  lin  de  ses 
fubles.  Le  sujet  en  osl  souvent  de  son  invention,  il  le  trouvait 
uisément  dans  ses  lectures  et  plus  encore  dans  les  rapport* 
et  les  événements  de  la  vie  publiiiue  et  privée.  Il  manie  lé- 
pigramme  avec  une  grande  force,  mais  l'un  peut  aftirnier  en 
toute  vérité  que  Jamais  il  n'a  blessé  les  mœuis  pour  faire  un 
trait  d'esprit....  Il  a  surtout  enrichi  l'épilre  poétique,  genre 
qui  n'était  guère  cultivé  en  Allemagne  et  dans  lequel  il  a 
imité  avec  beaucoup  de  bonheur  Despréaux  et  les  Fran- 
rais  »  (t|. 

Il  nous  reste  à  vérilier  à  notre  tour  l'exactitude  de  ces 
diverses  appréciations  en  parcourant  rapidement  l'œuvi-e  du 
fabuliste,  d'après  la  dernière  édition  {Ileitz,  183-t)  qui  nous  la 
présente  dans  l'ordre  chronologique. 

Terminons  auparavant  la  série  des  Jugements  sur  lui  en 
citant  celui  de  M.  Kout,  prof,  au  lycée  du  Havre,  qui  dit 
dans  l'introduction  de  son  Choix  'f"  Contes  et  ih  l'ablex 
fCarnier,  18921  :  «  Pfeffel  est  peut-être  le  fabulistr  allemand 
(fui  a  le  mieux  réussi  à  rendre  la  grâce  nonchalante  des  fabu- 
listes français.  Il    s'inspire  surtout  de  Florian,    ses   récils 


(I)  Biograpliiicher  Entwurf,  p.  t 


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ZU4  RBVTB  D  ALSACE 

marchent  d'un  pas  plus  rapide  que  ceux  de  (iellerl  ;  la  mo- 
rale austère  est  remplacée  par  le  badinage  innocent.  Son 
compalriote  Nicolay  (i)  lui  ressemble  de  loin  ». 

Edition  Heilz. 

L'avant- propos  est  celui  même  que  l'auteur  C'crivil  en  avril 
t802  pour  l'édition  Cotta.  Les  plus  anciennes  pièces(17ol)  sont 
complètement  remaniées.  Exemple  :  La  toute  première  fablp, 
La  femme  noyée,  t\u'],  dans  l'édition  do  1761  (p.  IGi)  avait 
trois  strophes,  chacune  de  sept  vers  à  3-4  pieds,  en  a  main- 
tenant (p.  10)  4  d(!  4  vers  à  3-fi  pieds.  La  troisième,  J.e  cui- 
sinier, n'a  guère  modiflé  sa  forme  rythmique,  mais  d'autant 
plus  les  termes,  au  point  que  l'iili'e  seule  e-^^t  restée  la  même. 
Par  contre,  le  quatrain,  emprunte  k  Uoileau,  Preure  à  pox- 
leriori,  de  1753,  n'a  changé  qu'une  expression.  La  fitlélilé 
(même  date),  imitée  de  Destouches,  est  ii'-duite  de  plus  de 
moitié.  Le  prédicateur  criard  |lT39),composé  d'après  Saint 
Gelais,  n'a  subi  de  changement  que  dans  les  mots  et  garde  la 
même  étendue.  D'autres  enfin  n'ont  maintenu  que  le  titre, 
dont  le  sens  même  est  parfois  nitéii',  comme  dans  CMoé 
(1738)  et  La  mort,  titre  d'un  récit  en  prose  de  1701  (p.  192} 
et  qui  ici  (I,  p.  91)  traite  en  vers  un  sujet  tout  différent  {i}. 

Pour  la  revue  des  fables  elles-mêmes,  telles  qu'elles  se  pré- 
sentent sous  leur  forme  délinitîve,  nous  nous  en  tiendrons 
aux  plus  connues  ou,  ce  qui  n'e^t  pas  toujours  identique,  îi 
celles  qui  méritent  le  plus  de  l'être,  laissant  dans  l'omlirc  la 
partie  médiocre  de  l'œuvre,  où  le  mauvais  goût  s'étale  avec 
complaisant,  et  dont  les  allusions  obscures,  mythologiques 
et  autres,  achèvent  de  rendre  la  lecture  pénible.  En  d'autres 
termes,  au  lieu  de  faire  une  simple  critique  négative  en  si- 
gnalant les  défauts,  chose  aisée  en  somme,  faisons  plutôt  un 
travail  positif  en  glanant  ce  (|ui  reste  digne  d'être  admiré. 
Dans  ce  travail  de  sélection,  hittons-nous  de  le  dire,  nuus 
n'aurons  que  rembarr.is  du  choix.  Car  combien  l'on  pourrait 


(1)  Annales  de  VEa,  1895,  p.5T0. 

(2)  Reproduit  par  Edel  à  la  fin  de  sa  broehur 


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THBOPHILE  CONRAD    PPBFFSL  zUo 

donner  de  preuves  de  la  sensibilité  la  plus  vive  el  la  plus  pure, 
d'un  goAt  exquis,  des  plaisirs  simples  et  des  choses  de  la  na- 
ture, d'une  sagesse,  sereine  comme  celle  d'un  philosophe  an- 
tique el  charitable  comme  celle  d'un  chrétien  !  Mais  il  faut  se 
restreindre  pour  ne  tirer  de  celte  gerbe  abondante  que  les  épis 
'es  plus  pleins  et  les  plus  savoureux. 

Voici  ce  qui,  dans  le  premier  volume,  se  recommande  ii 
noire  attention  par  l'intérât  particulier  du  sujet,  l'exécution 
plus  réussie  de  la  forme  ou  la  nature  de  la  dédicace  : 

La  mère  des  Oracques.  h  sa  femme  (p.  2.  1768)  Emma  et 
Eginhard,  à  une  inconnue,  llclty  (p.  27.  1776),  récit  gra- 
cieux des  amours  de  la  fille  de  Charlemagne. 

L'Enfant  et  son  père,  h  son  élflve,  le  comte  de  Custine 
fp.  14-t.  1778). 

Le  début  de  VEpiIre  à  Phœbé,  sa  fille  atnce,  pour  son 
quatorzième  anniversaire  (p.  162.  1778). 

Le  vieux  serviteur,  k  son  frère  (p.  171.  i1%S)  Le  Pélican 
il  ses  enfants  (p.  173.  1780). 

Usgué  te  Zacchi,  histoire  japonaise  (p.  184).  Rosette, 
fp.  99). 

La  pipe  turque  {p.  137.  1782),  une  des  productions  les 
plus  populaires  du  poète. 

Combien  d'autres  mériteraient  une  mention  f  Partout  le 
sentiment  est  vrai,  protond,  naturel,  même  quand  il  revêt 
une  expression  peu  élégante .  Car,  disons-le  une  fois  pour 
toutes,  si  la  forme  laisse  parfois  à  désirer,  toujours  le  fond 
est  sain  el  instructif,  digne  d'un  homme  de  bien  qui  n'est 
pas  un  sot. 

Le  deuxième  volume  va  de  1783  k  1792  et  débute  par  deux 
perles  :  Les  Colombes,  (p.  7)  à  Doris,  sa  femme,  à  laquelle 
il  ne  désire  pas  survivre  ;  et  Tkéonise  (p.  8j  ii  sa  fille  Lîna, 
Nous  nommerons  ensuite  VEpitre  à  Gœckingk  (p.  26)  el 
celte  k  Thérèse  Paradis  (p.  31),  le  quatrain  intitulé  Le 
deux  général  (p.  89),  Le  philosophe  et  la  vérité  {p. 59), 
qui  nous  rappelle  que  cette  dernière  ne  se  révèle  pas  à  la 
foule  des  orgueilleux  el  ne  rencontre  pas  sur  le  bord  delà 

(I)  Sur  ces  deux  personnages,  voir /aArôwcA  der  Vog,  Clubs, 
1898,  p.  33  «11897,  p.  137 


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iot; 


grande  roule.  Le  luxe  (p.  6)1  est  un  vrai  pelil  Jranio,  ilonl 
la  conclusion  iiuuscITraie  pour  nous  assagir.  Le  rubin  (p  ûl 
1788  s'adrpsse  au  baron  de  Salis,  le  poêle  connu,  alors  ofli- 
cier  des  Suisses  Ji  Versailles,  et  La  cigogne  de  Delft  à  Mme 
Schlosser  la  deuxième  femme  du  beau-frère  de  (îœlhe  (p. 
83.  1789).  Le  Bavard,  autre  quatrain  (p.  137)  et  Die  Jun- 
frau  (p. 176.  1792),  qui  devrait  plutôt  s'intituler  Le  cygne, 
Yiennent  clore  dignement  cette  liste,  que  nous  pourrions  pro- 
longer sans  peine.  Elle  suffit  pour  montrer  que  le  livre  qu'elle 
repn'senle  n'est  pas  inférieur  au  pn'eédent.  Le  suivant  n'n- 
ferine  encore  quelques  pièces  dft  17112,  dont  nous  siiçiialons 
celle  qui  salue  les  Suisses  survivants  du  10  août,  ivutrant 
chez  eux  en  oclul>ri>,  cl  dont  plusieurs  stroplics  peuvent 
compter  parmi  les  plus  belles  productions  de  Pfeffcl.  I.a  lé- 
gende de  liathille  est  aussi,  sauf  quelques  légères  incor- 
rections de  style  cl  de  goût,  d'une  lecture  très  agréable. 

L'année  1793  n'est  pas  moins  bien  fournie.  Le  lièvre  et 
te»  amis  (p .  -19)  cache  d'amères  expériences  sous  un  ton  en- 
joué et  adresse,  par  son  dernier  vers,  une  louangcdélicateau 
destinataire,  Jacques  Sarasin  de  Mlo.  Lnc  expérience  aussi 
profonde  et  aussi  triste  se  dégage  des  .Viteg  (p.  88j,  dont  la 
formeest  un  peu  triviale etd'autant  plus  expressive. 

l/année  suivante  est  introduite  j)ai'  un  épitrc  .1  la  Soriélé 
Uéicétigue.  dont  le  début  donne  ces  curieuses  allusions  piT- 
sonnelles  : 

Scbon  wiedcr,  cch  !  zum  secsbtem  maie. 

Versagt  das  Schicksal  uiir  die  Lust, 

.\us  Tells  geheiligtcm  Itkale 

Nil  cuch  zu  trinken,  uieine  Brust 

.\n  eures  biedern  Rrustzu  wanner 

tind,  wie  es  Vatcr  Flaccus  heint. 

.Ani  rechtc  Oriesun  zu  scliwœrmen  ! 

Ja,  Broder,  Krank  an  Leib  und  (ieist, 

Weiss  ich  nicbt  mehr  wie  mann  sich  frcuel. 

Duch  meinc  niflrben  Verden  reisst 

Die  wilde  gicht  ;  von  aussen  drai'lel. 

Gieich  eine  tobenden  Vulkan, 

Der  rund  umher  Verderben  speiet. 


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THKill'IllI.B   UONHAD   PFKKKKI.  iOT 

Des ArusGlut;  des  Vipcrzalni 
Des  soi'i^e  iiagt  an  iiieinem  Acrzcn, 
Uqs  Ronst  60  gern  den  heileni  Si^herzer 
[n  eucrm  Zirket  ofîeii  stand,... 
Nous  nous  arrêtons  à  regret,  car  l'épftre  continue  jusciu'îi 
la  ftn  sur  le  môme  ton  cordial  et  humoristique,  en  vers  aussi 
coulants  et  gracieux. 
1793.  /.s  calendrier  rvpiib'.icoin  (p.  CO). 

Der  FraiikL'u  nlmnnach  ist  wunderscho'ii  : 
Kr  gilit  fllr  llpilige  luirSchœpsc  fitense.  Fi^clu', 
Alleiii  seitdem  sie  im  Kalcnder  slelin, 
SIcliu  sic  uicht  nielir  auf  meinfm  Tis<tlie  ! 
.1  AnnetleAc  Rntlisnmhausen  (\>.  71  j. 
.  .  ,  .du  KennsI  den  Eigensins 
Des  alteu  Belisars  {l)  ;  er  reicht  die  Schale. 
Der  Freundsi;hoft  kulnem  dur,  der  nicht  zuvor 
Den  Keleh  des  Leidens  trank.  Auch  du  hast  ihn  getninkeu. 
Du  die,  w.'is  das  gEschick  uns  rauben  Kann,  verlor, 
Allcin  je  tiefcr  du  durch  seine  Wacht  gesunkeu. 
Je  hacher  hob  dich  eigne  Krafi  empor. 
.Vnnelle  prangle  ine  mil  angeerbfem  Schimiuer  : 
ni»"  Schla'sspr  slilrzten  oin,  die  Burglierrn  llohr  : 
Si  bliehl  u.  setzip  sicli  nul  ihres  rilili>k<>-;  Triiniuiei- !...  » 


Les  1:2  nioi-ceaux  de  17iKî  intVilomient  d'être  ciliés  lou-, 
ilepuiK  l'ode  An  Beide  {p.  U4),  adressée  aux  atnées  des  ile- 
moisclles  de  Berckheim,  jusi|u'à  celle  h  Mon  grillon  domex- 
lit/ue  (p-  l*i7),  doni  la  verve  et  le  rythme  animé  conti-astent 
avec  le  sentiment  résigné  et  mélancolique  qui  perce  surtout 
dans  la  dernière  des  cinij  strophes.  Celle  pièce  ne  porte  aucune 
marque  du  t'"ups  et  se  lit  aujourd'hui  comme  si  elle  était 
l'œuvre  d'un  conlemporain.   Plus  loin,  nous  relevons  deux 


(i)  Nom  symbolique  de  l'iuilrur  doua  la  Hergerie  slrasbour- 
geoisc,  dernier  souvenir  lies  tVoies  sili^siennca  aux  jeux  allégori- 
ques cl  aux  termes  de  paalorale.  Strasbourg  avait  eu  sa  Tati- 
wngeKlbsehaft  en  1033  (Heiiirich  I.  47:i.  II.  i»). 


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ZUQ  REVUE  D  ALSACE 

dédicaces  :  Le  phénix  mourant,  au  professeur  Jacobi,  d'al- 
lure un  peu  p^danle,  et  Le  Moine  à  Madras,  qui  loue  l'esprit 
large  et  tolérant,  quoique  profondément  religieux,  d'Aug. 
Périer.  Ces  12  fables  d'ailleurs  sont  loin  de  représenter  tout 
le  travail  de  l'année.  Elle  en  a  vu  produire  70  autres  que 
nous  trouvons  au  début  du 

Théodore  Schkl. 


(La  fin  au  Irimettre  prochain). 


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LA  VIE   A   STHASBOllUi 


commencement  du  XVII*' siècle 


i;il.\PITBF  OIARANTK  INIKMK 


De  l'Escorcbeur  et  Cureur  de  privée  ' 


.If  m'esmeiveille  cuiniiienl  il  se  Irouvi*  de  gens,  qui  s'nddor- 
Dcnt  il  de  si  villains  innslicri!  quR  d'cscorchei-  Ifs  besles  iiior 
tes  H  chamsoos  puanlcs  el  souvent  fourmi  liantes  di;  Afrs, 
.le  ne  prc^ndrnîs  pas  tous  les  biens  du  mondo,  pour  rslrr 
nmployt^  »  une  telle  be^og^ne  el  avoir  mon  ordiiioirn  aslelier 
en  in  voirie  {ij.  Ne  vous  en  cskiihissez  point,  IWiur  du  frain 
Rt  le  plnisanl  aspect  de  l'or  et  de  l'ai'gcnt,  sert  de  pomme  rie 
senteur  et  d'antidote  contre  In  jiii.inteiir  et  horreur  de  reelf 
villenie. 


;,1)  Vo.v.  pp.  78-IO;t,  (tti  triiiieslre  '!<■  Jnnvier-Février-Mars ;  pp. 
S4:t-28l  du  trimestre  Avril-Mni-Jnin  ;  pp.  3K7-421>  du  trimestre 
Jiiillel-Aodt  Septembre,  1SI7:  pp.  mutti  du  lrime<!lreOplobre- 
No  ve  m  bre- Décembre,  1897. 

(i)  ScAinder  und  secret  fe^er. 
(3)  Die  Sc/ilHl. 


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-I"  iiRvi  K   n\i,SAi;K 

Que  diles-vuus  tl>inc  <Ies  ciireurs  de  privez  (i),  qu'on  ap- 
pelle aussi  mal  jtres  fi  (I  ou  inaisU'es  di;*  In  :■;  ■«  œuvres  ? 

Je  les  tiens  pour  cousins-germains  et  m  -..ic  ne  font  qu'une 
mesme  chose  en  Allemagne,  cnr  les  gadouaitls  y  escorehent 
et  les  escorcheiirs  mi^neiil  le  tomliereau  de  h  gadoue,  et  s'ap- 
pellent en  Auslt'iclio  Uoys  de  nuicl,  comme  en  ceste  vIIIp. 
D'où  leur  peuvent  venir  ces  sauypeuez  noms  * 
Ceux  d'AusIi-iclie  les  appellent  seigneurs  de  nuicl,  ]iarce 
'pi'ils  vuident  les  privez  et  mènent  ces  immondices  de  nuicl 
'•I  sont  maistrcs  dcï.  riles  tant  [«urce  ijue  chascun  dort  alors, 
qu'fi  cause  que  le  )>ru  de  gens,  qui  n  \  Tuire  par  In  ville 
s'éloigne  di^ux,  leur  fait  large  tant  qu'il  juiut,  pour  éviter  la 
puanteur  de  leur  drogue.  Mais  icy  l'un  les. nomme  maislriif  de 
treRle  OH  de  ga»in,  d'autant  qu'ils  nti'inent  hors  leur  lie  de 
froment  en  plein  uiidi  et  de  jour,  sur  des  prairies  verdes. 

>'e  font-ils  |K)inl  de  chef-d'ieuvre,  comme  un  fait  '^s  autres 
niestiors,  pour  estre  receus  nmislres  jurez  ? 

Je  ne  si^ay  :  mais  j'aj  bien  ouy  dire  qu'ils  se  servent  d'une 
estrange  tenlalive  pour  espronverle  bon  cipur  des  candidats 
gndollards  et  niei-deux  app''entirs. 
Faites-m'en  le  iV'cit,  je  vous  prie. 

Après  que  les  maistres  oui  oslé  la  selle  du  retraict,  el  des- 
couvert le  pot  aux  roses  (i),  ou  fuit  avancer  le  novice  elmpeau 
bas,  au  près  de  la  gueule  du  privé,  un  des  maisires  luy  pla- 
que une  poignée  de  cire  de  blé  (3|  contre  le  front  au-dessus 
du  ne»,  à  laquelle  il  attache  nu  lioul  de  chandelle,  afin  que 
S'-  tenant  lu  en  droicte  posture,  il  esclairc  à  ceux  qui  puisent 
l.'i  matière  fér.iie,  dont  ils  cuqdisseni  leur  tombereau,  ^•ur  In- 
quelle ils  inctti-nt  une  large  et  longue  planche,  qui  nageant 
nu-dessus  de  Ci'sle  liqueur  musquée,  empêche  qu'elle  w  re- 


|1)  Sclifisihiiuitfvger  iHf  mnn  niich  Waten  ndi'r  KUemfUter 
htitft.  Slrasbourg  i-\;\\\  id.irs  silbiuiéc  do  canauii.  Tous  ces  fossés 
daicnl  surplomliés  ili'  S/iriirA/iûnifr  on  latrines,  suspendues  au 
revers  ilcs  niiiisons  ri  rcccviiii'iil  li's  jmiuondiccs  cic  Inules  natu- 
res qui  crnupissaiciil  ['ni>nili>!iiir  pbirc.  h  ciel  oiiturl.  (tteiis?<.  la 
justice  criminelle  p.  fU).<:!.    S.'jiinill  I,  <-   p.  10. 

li)  Die  Bitfmhûihi-. 

i.'X\  Mrnscheinrach/'. 


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Jaillisse  dehors,  et  embrene  les  p-'issants  onrhaniaiit  ]>ar 
cahots  sur  Ir  pavi'  raboteux  des  rues.  Breii,  ma  phuiio,  n>n 
parlez  plus  autrement,  vous  me  ferez,  lever  le  fenr. 


ri!APiTRKOi\HA>Ti:-ni:ixii:\fi' 


Do  Colporteur 


Au  dernier  Jour,  tout  le  monde  sera  eolportenr. 

t'iHirquov  cela  ?  Comment  l'entendez- vous  ? 

Cliacun  portera  sa  Italie  uii  son  gianier. 

Japerfois  bien  ii  ceste  heure  où  vfnis  voulez  venir.  Ce^L 
que  personne  ne  poun'ii  estie  sauvé  par  les  mérites  d'un 
.aulre,  et  dira  envnin.  Sei;îneur,  tn  me  dois  donner  la  vie 
élernelle  et  les  ioyes  de  l'aradi*.  nonobstant  que  j'aye 
meschamment  veseu  et  piuté  les  armes  ii  la  solde  de  tnu 
ennemi,  car  j'ay  eu  iMinnc  dévoliou  et  me  suis  reccmimandé  fi 
tel  el  tel,  qui  n  mené  une  vie  auslère  et  sainctement  ves.cii  : 
mais  l'hascun  portera  en  son  eorps  et  son  Ame  la  peine  et  les 
lourmens  desservis  par  ses  propres  peehez,  s'il  ne  s'en  des-, 
charge  sur  l'Agneau  de  Dien,  <|ui  porte  et  oste  les  peehez  ilu 
monde  et  en  rende  riair  |esmf>i!{iiaKe  par  nue  vrnye  repen- 
lance,  suyvie  d'amendemeni  de  vie. 

Mais  proprement,  quesl-ee  qu'un  folportcnr' 

O'est  nn  mercerot  M)  qui  porte  un  panier  pendn  à  Mjn  eol. 
garni  de  rnbans  de  soye,  HelleHret  outie  laine,  lacets,  aiguil- 
lettes, peignes,  pelits  miroirs,  esiuys,  aiguilles,  aggraphes, 
et  autres  senihlahles  chosettes  de  petit  prix.  Il  y  en  a  d'autres, 
qui  portent  çà  et  \k  des  almanacs,  livrets  d'Abecé,  la  gazette 
ordinaire  et  extraordinaire,  des  légendes  et  petits  romans  de 
Melusine,  de  Hnugis,  des  quatre  fils  .\ymon,  de  GeoUroy  k  la 
grand'dent,  de  Valentin  et  Ourson,  des  Chasse-ennnys,  des 
chansons  mondaines  sntes  et  villuînos  dictées  par  l'espris 
immonde,  vaudc-villes  iii.  villanelles.  airsdei<.  i-,  chansons 


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IIKVI'R  11  ALSAnK 


'a  boire,  le  loiil  composé  par  les  sacrillcaleurj'  d  prophMeis 
d'Apollyon,  inspiniz  par  cesl  niiçe  dp  rnlivsiiif.  ;i  l'usn^ie  di^ 
i^enx  qui  ont  •li'votion  .i  son  service. 


CHAPITRE  OtARANTK-TROrSIÈMIi: 


Da  Cordonnier 


Mon  maistre,  (lue  faites-vous  ces  escuqiiiis  el  cm  luales'^ 

Monsieur,  c'est  de  la  besogne  tie  commande,  ils  ne  sont  pas 
h  vendre,  ils  appartiennent  ïi  un  vieux  marchand  demeurant 
au  coin  de  ceste  rue.  Ou'en  voudriez- vous  faire?  Vous  esles 
encore  trop  jeune  pour  vous  servir  de  telle  chaussure. 

Je  le  demande  seuli'menl  pour  en  pouvoir  dire  le  prix  k 
mon  beau-pi^re,  qui  domeure  toute  In  journée  en  sa  boutique, 
et  en  veut  faire  faire  nue  paire  doubli^e  d<'  feutre,  pour  avoir 
plus  chaud. 

Qu'il  les  couuiiande,  (|uand  il  luy  plaira,  je  les  luy  feray  si 
l>elles  et  si  bonnes,  qu'il  en  ^era  content  et  espi^re  qu'il  me 
contentera  du  jnix  sans  dispute  ou  di^bat,  car  je  s^ay  qu'il  est 
homme  de  ntison.  à  laquelle  je  suis  tousiours  prest  de  me 
sousmettre. 

Je  le  luy  diray.  Au  reste  je  voudrois  que  vous  me  fissiez 
Irois  paires  de  souliers,  une  de  vache,  l'autre  de  veau,  et  In 
li'oisii^me  de  maroquin,  el  mesme  une  paire  de  pnntoufllles. 
J  iiunnsausM  volontiers  une  paire  de  bottes  avec  les  galoches. 
si  vous  m'en  vouliez  faire  bon  manihi*. 

.le  vous  en  feray  si  juste  prix  que  vous  n'aurez  pas  occasion 
lie  dire  que  je  vousuyp  esiiorché.  Ce  n'est  pas  h  mes  vieux 
l'halands  et  aimboursreuis  que  je  me  veux  ri-eourre.  Dites 
seulement  conuneiit  vou*  les  voulez  avoir,  el  je  vous  serviray 
.'i  vostee  guisi'. 

.le  les  voudii-i^^uvo^rd.'  rMiirnupiin  retoiirm-,  liieu  wuiTuil- 
léesîi  la  mode,  nyaiisK->;iHii.-be>  bien  eousues,  la  ^enortillei-C 
assez  large  et  ilould<-e  de  cuir  rouge:  la  tige  ni  trop  large, 
ni  trop  estroii'l",   (prinr'ip.Tli'Uienl   ;i   l'endroit  du  gras  île  la 


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I.À  vie  A  ïTRASBounn  HZ 

Jambe)  avec  des  souliers  quarrez  ou  larges  vers  les  orteils,  et 
des  talons  à  poiil-leviî  (f  )  :  et  voudrois  les  avoir  pour 
dimanche. 

Je  feray  lout  de  poinct  en  poinct,  comme  vous  me  l'avez 
prescrit  et  mesme  à  poinct  nomnit''. 

Vous  serez  un  galant  homme  et  me  donnerez  sujet  de 
bailler  le  vin  aux  valets.  Ouand  un  jeune  maislre  veut  ouvrir 
boutique,  luy  faut-il  beaucoup  d'argent  pour  se  fournir  des 
outils  du  mestier? 

Ouy  Vrayment  :  car  il  ne  luy  suffit  pas  d'avoir  des  formes 
de  souliers  h  tous  pieds,  un  trenchet,  des  alesnes,  du  chegros 
ou  fil  gros  poissé  avec  de  la  soye  de  porc  au  bout,  des  talons 
de  buis,  du  liège,  une  mesure,  des  cadets,  et  des  chausse 
pieds  :  mai-i  aussi  se  doit  assortir  de  plusieurs  fafons  de 
cuir,  tant  pour  les  empeignes,  que  pour  tes  semelles  et  dou- 
blures (21. 


CHAPITRE  UUAR.\NTE-Ot'ATRlEME 


De  l'enternar  de  Bwrts 


Ah,  le  pauvre  homme  a  rendu  l'A  ne  h  Dieu,  il  est  trespassé 
ou  d>5cédé,  il  a  passé  le  pas,  c'en  est  fait.  Voyez  comme  il  est 
palle  etsans  soufllle,  il  n'a  plusde  pouls,  lecœurne  luy  bat 
plus,  les  lèvres  ont  changé  leur  couleur  vermeille  en  blesme. 


{\i  Ich  wolte  sie  haben  cou  umi/ekefirlent  cordowan.  woht 
falla  uinde  geirachlell,  daran  die  êlrttpffen  tleiff  angenehet, 
der  tlolpe  ii-fit  'jniiij,  unnd  mil  rol/iem  tedder  gffûttert  :  der 
ivhafl'l  wuler  :a  veit  noc/i  :u  eiig  (itmonderheit  umb  die 
Waden)  mil  alla  inoile  Schiihen,  vornen  lireit  und  mil  hohen 
abtcelsen. 

(i)  AUerleg  l'-i/tteit,  '•ht  kntipun  tœiil'-",  di-ant  fto  ein  tlar- 
cker  gepic/i  1er  mets  fit  mit  einer  saichfiralen  an  der  spilsen) 
tlœc/ieln,  pantoffelhoUs,  ein  me»irahmrn,  achuchnadel  und 
anrie/ier. 


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Ses  iiiciiibi'es  su  ruitlissenl  à  mesure  que  la  chaleur  nalurdle 
s'évanouit.  Ferinons-luy  les  yeux,  et  l'enveloppons  d'un  lin- 
ceul et  le  poilons  sur  une  paillacc  en  imc  chambre  fi  part 
selon  In  cuustume  d'icy.  Je  voyois  bien  h  ce  matin  qu'il  ne 
luferoit  plus  j;uèt<>  longue,  lorsqu'il  a  commencé  à  rasler, 
qu'il  a  perdu  la  pamle,  que  tes  yeux  hiy  sont  enfoncez  et  que 
ses  pieds  sont  devenus  fraids  comme  glace,  Qu'avez-vous  a 
pleurer  et  lamenter,  quand  bien  vous  vous  tueriez  de  tristesse 
el  regret  et  Teiiez  retentir  l'air  de  cris  continuels  jusques  ù 
la  fin  du  monde,  vous  ne  le  resuscileriez  pas. 

Je  le  sçay  très  bien,  et  raèsme  que  le  deuil  n-s  profile  de 
lien  au  morl,  el  nuit  beaucoup  au  vivant  :  néantmoins,  la 
playe  eslant  encore  si  freschc,  et  la  perle  que  j'ay  faite  si 
sensible,  il  m'est  impossible  de  m'abslenir  de  me  douloir  et 
me  résoudre  si  subilemont  il  la  patience.  Jo  sçay  bien  que 
nous  ne  sommes  pas  séparez  pour  jamais,  et  <[u'il  est  seule- 
ment parti  pour  que^iues  jours  devant  moy,  pour  arriver  de 
meilleure  heure  1^1,  où  aussi  j'aspire  sçavoir  est  au  Paradis 
céleste:  car  il  estoit  vrayement  chreslien,  il  avoit  la  gloire  de 
Dieu  pour  but:  pour  rè^le  sa  volonlé  nianifealée  en  sa 
Parole,  sa  Crovidence  pour  guide,  el  ses  promesses  pour  con- 
solations. Je  ne  doute  non  plus  de  son  salut,  car  qui  vient 
bien  meurt  rarement  mal  :  el  celuy  meurt  bien  qui  meurt 
volontiers,  comme  il  a  fi;il  :  au  contraire  mourir  envi  c'est 
mal  mourir.  Vous  si^nver.  qu'il  a  dit  souvent  à  ran  iict  de  lu 
mort,  IJue  celuy-lii  craigne  la  mort  qui  n'a  point  d'espérance 
de  vie  apn's  la  mort.  Il  a  eu  une  mort  que  les  sages  appellent 
heureuse,  assavoir  une  mort,  qui  a  rt'ucontit' une  ame  forte 
en  un  corps  foible  :  pourtant  l'a-t-il  rendue  à  Dieu  sans  se 
débattre  et  contourner  les  yeux  de  douleur.  Elle  a  esté  menée, 
suyvant  gayement,  hors  de  sa  prison  caduque,  au  lieu  de 
tranchisc  ('ternelle.  où  Dieu  essnycra  toute  larme  de  ses 
yeux  :  el  non  trainée  par  force,  comme  celles  de  ceux,  qui 
s^-avent  qu'on  les  mène  devant  le  tribunal  du  juge  justement 
rigoureux,  pour  recevoir  le  loyer  de  leur  mescbanle  vie  sans 
foy  et  sans  repenlance.  Mais  vous  pourriez  dire  qu'il  estoit 
encore  on  la  Heur  de  ^on  aage,  et  eust  encore  pu  servir 
d'aide  el  d'uppuy  à  tous  les  siens.  Mais  je  vous  responds  que 
la  mort  ne  demande  U  personne  que!  aage  il  a,   el  que  per- 


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I.\    VIK   A    STH.ISBOIHU  âl3 

sonne  ne  meurt  qu'en  son  jour,  et  ne  penl  rien  de  son  temps, 
celuy  qu'il  laisse  estant  h  autruy,  aussi  tiien  que  le  temps 
précédant  sa  naissance.  Pour  l'appuy  que  vous  avez  perdu, 
soyez  certaine  que  Dieu  vous  en  donnera  itn  autre  aussi  bon, 
ou  meilleur,  si  vous  vous  couliez  en  luy  seul,  qui  dit  par  son 
t>rophète  Jérémie,  chapitre  17,  verset  o  Maudit  soit  le  per- 
sonnage qui  se  confie  en  l'hommu.  et  qui  de  la  chair  fait  son 
bras.  Dieu  est  protecteur  des  veuves,  et  tuteur  des  orphelins. 
Quiconque  en  Dieu  espérera,  jamais  confus  on  ne  verra. 

Vous  avez  raison,  c'est  aussi  loule  ma  consolation,  et  ce 
qui  fermera  les  bondes  de  mes  Inrmes,  pour  penser  et  advi- 
sera  faire  honorablement  porter  feu  mon  mari  d'aggreable 
mémoire  en  s(>n  lict  de  repos.  J'envoyerai  ma  servante  au 
fossoyeur  ou  eiileri«iir  de  morts,  commander  la  fosse  pour 
demain  apr^s  le  disner:  car  il  fait  une  trop  granil'chaleur 
pour  le  garder  plus  longuement. 

Gardez-vous  en  bien,  cousine  Ursule  ;  vous  feriez  parler  le 
monde  au  désavantage  de  voslre  honneur. 

A  quelle  occasion,  cousine  Dorothée  ? 

Vos  ennemies,  et  celles  qui  ne  sçavent  pas  eu  quelle 
amitié  et  concoi-de  vous  viviez  ensemble,  prendroient  subject 
de  mai  parler  de  vous,  et  de  dire  que  vous  estes  bien  aise 
qu'il  est  allé  ad  patres,  et  que  poi;i'  lu  peur  que  vous  avez 
qu'il  ne  revienne  il  soy,  et  ressusci.c,  vous  vous  hastez  de 
l'envoyer  coucher  sous  les  draps  vcrris  au  rayaumc  des  tau- 
pes :  el  que  vous  estes  du  parenlage  de  celle  qui  entendant 
que  la  bière  dans  laquelle  estoit  son  mari,  esloit  si  grande 
que  les  porteurs  de  morts  avoienl  beaucoup  de  peine  de  la 
dévaller  en  bas  de  la  montée,  leur  cria  :  Culbulez-le  du  haut 
en  bas,  s'il  veut  se  revenger  de  faire  le  mauvais. 

Nous  remettrons  donc  l'enteri-ement  h  dimanche,  tant 
pour  fermer  la  bouche  aux^  mesdisans,  que  pour  avoir  un 
plus  grand  et  beau  convoy,  U  cause  (|uc  chascun  :i  meil- 
leur loisir  qu'un  jour-ouvrier. 

Eu  quel  cemetiére  le  ferez-vous  porter" 


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Aux  Uciiis  Malades  (l'i.  La  plus  pari  de  nos  parents  y 
gisenl  ensevelis,  mms  y  avons  noire  sfpullure  parliculière  ii 
c-joté  dy  la  oliaii'j  du  ministre. 

Qui  voulez-vous  prendre  pour  prier  ù  renlerrement"? 

Le  inaisti-e  cl'i'*cole  de  l'cgiise  de  N 

Il  fort  est  honnesie  homme  de  vray,  mais  il  commence 
il  devenir  fort  caduc,  les  jambps  ne  le  portent  plus  si  gaillar- 
dutnent  qu'elles  faisuienl  il  y  a  iieufuu  dix  ans,  il  ne  trotte 
plus  si  hubilenient. 

Ce  n'est  pas  merveille,  car  depuis  ce  lemps-la  la  morlulité 
a  esté  très  grande,  et  partant,  iuy,  comme  le  principal  se- 
monneur  rrenterremens  |2i.  a  est:  harassé  plus  que 
quatre  autres  à  tracasser  tous  les  jours  par  la  ville. 
S'il  a  eu  du  travail,  il  a  esté  bien  récompensé  :  la  peste, 
le  chaud-mat,  la  dysenterie,  et  les  convulsions  ont  este  de 
bonnes  et  fertiles  moissons  h  ces  gens-lfi  que  quelques 
uns  par  dérision  appellent  oiseaux  de  la  mort  (3),  mais 
il  lurt  :  car  ils  ne  prâlisent  pas  la  mort  <i-venir,  mais 
advenue  (4).  Je  vous  conseillerais  de  prendre  le  cler  du  poile 
des  Gourmets,  il  a  la  langue  bien  pendue,  la  voix  forte  et 
intelligible,  ne  demeure  iamais  court,  et  court  comme  un 
verrier  descbargé,  ou  comme  un  chien  maigre.  Il  priera  k 
lentern^ment.  remerciera  et  congédiera  ii  la  porte  de  la 
ville.  Autrement  il  vous  faudrait  avoir  deux  hommes,  et 
faire  double  payement. 


(Ij  Zu  deit  Galleaten.  —  Cimelière  Suiole-Hétèau  actuel  : 
Voyfz  la  notire  sor  l'égligc  rouge  et  la  léproserie  de  Strasbourg 
par  Cil.  Srhmidl  dans  son  Bulletin  de  la  Société  pour  la 
conservation  de  mi>u  liistoii'e  d'Alsace,  tome  .\. 

(i)  Leiehlader. 

(3)  IVfckvœgel. 

ti)  Il  n'est  peut  être  pas  sans  luténH  de  comparer  ce  passage 
avec  celui  du  médecin  Maugue  qui  érrivait  vers  1730'1725  son 
Hisl.  naturelle  d'Alsace  où  un  lit  le  passage  suivant  : 

Lorsqu'un  homme  est  mort  on  l'e^iposc  sur  sou  lie!  de  parade 
Tèlu  d'une  longue  robe  de  salin  blanc,  où  il  esl  gardé  pendant  cinq 


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LA    Vm  A    STUASBUlHIi  H' 

tiivoyez-lu  donc  quérir,  et  lu.v  donnez  cfste  liste  des  noms 
de  nos  parens  el  amys  et  lu)  enchargez  bien  do  n'en  oublier 
pas  un,  afin  que  nous  ayons  un  beau  convoy  (i).  Il  cousle 
merveilleuseoienl  ù  mettre  un  pauvre  corps  en  tcrro.  ('nr 
premièrement  on  paye  cent  so\s  d'une  simple  bièi'c  ou  d'un 
■  sarcueil  de  bois  de  sapin  nnirci,  avec  une  croix  blanche 
dessus:  on  donne  vingt-qualre  sols  pour  la  fosse  el  l'enten-e- 
inenl  ou  ensevelissement  :    dix-huicl  sols  pour  le  prest  du 


nu  si  K  jours  ù  la  manière  des  Komains  :  on  le  porte  eiisuilc  dans 
le  poésie  de  sa  Iribul,  ol  ou  annonce  le  eoiiToy,  coniuie  on  le  pra- 
li((i)oil  anciennement  suivant  le  Phonnion  de  Térence.  Exequiai 
chrtmeti»  qttibua  eat  commodum  ire,  jam  temptu  eit, 

Oeu<i  qui  aisislcnt  au  convnt-  sont  les  pare ns  et  les  amis  qui 
s'assemblent  dans  lu  poésie  où  le  cors  a  esté  déposé  le  malin.  De 
là  ou  le  porte  de»anl  le  portail  de  l'égliBC  pour  le  placer  dans  le 
ebarriot  dont  je  parleray  dans  la  suite. 

On  porte  les  corps  du  poésie  à  l'église  sur  des  espi'rcs  de  petits 
lits  que  les  Romains  appclloient  lecticae,  lecliques.  Ces  Icctiques 
cstoienl  appelles  ^n-aphorea  lorsque  six  hommes  les  portoient  ou 
oclaphorts  lorsqu'il  y  en  avoit  huit  ;  ces  porteurs  esloient  appelles 
vetpitlonet  de  vespera,  parce  qu'on  enterroil  le  soir. 

Si  le  mort  est  sladmestre  ou  bamesl?e,  ces  porteurs  sont  bottés 
et  toujours  babilles  de  robes  noires  rourles  et  un  grand  crêpe. 

Le  mort  est  accompa^iné  du  Poésie  b  l'église  par  louis  ceux 
qui  se  sont  assemblés  au  rendes  vous;  les  hommes  deux  b  deuK 
en  babil  noir,  et  les  femmes  qui  les  suivent  en  grand  nombre,  et 
deux  â  deux,  coëlTées  d'aisles  de  toille  blanche,  romme  on  le  voit 
dans  la  tadle-douce,  et  conformément  a  la  coutume  des  Romains. 

Lorsque  le  eonvo;  est  arrivé  à  la  porte  de  l'église,  on  place  le 
mort  dans  un  long  el  grand  ebarriot  ouvert  de  toutes  parts  k 
l'exception  du  dessus  qui  est  couvert  de  noir  tel  qu'il  est  repré- 
senté. 

Les  conviés  qui  ont  honoré  la  pompe  fnnèbre,  entrent  dans 
l'église;  le  ministre  monte  en  chaire  et  fait  une  sincère  oraison 
funèbre,  sans  meltrc  k  couvert  les  deffauts  du  mort  &  ladiiïérence 
des  Romains  qui  ne  portoient  le  défunt  aux  rosira  ou  tribunes  que 
pour  y  faire  son  élo^e  et  y  étaler  ce  qu'il  avoil  fait  de  grand. 
Après  l'oraison  funèbre  chacun  se  place  selon  son  rangel  proximité 
du  sang  dans  les  charriots  qui  sont  quelquefois  au  nombre  de 
vingt  destinés  à  l'accompagner  au  cimetière. 

Lorsqu'il  meurt  quelque  enfant  ou  quelque  vierge  on  couvre  le 
cercueil  de  fleurs  aNilicielles  qu'on  y  laisse  en  lei  enterrant  dépense 
aussi  grosse  qu'inutile. 


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S18  REVUE    tlAL^AlX 

ijrap-morluaire  :  à  chascun  des  six  porteurs  de  marts  douze 
sols,  une  miche,  et  du  vin  loul  le  saoul,  ce  qui  monte  en  cesie 
année  1637  ù  environ  six  livres  tournois  :  un  florin  d'or  ou 
deux  risdales  au  Semonneur  et  Congédieur  :  item  un  risdnic 
aux  pauvres  escoliers  île  Sainct  Guillaume,  qui  chantent  les 
cantiques  funèbres,,  sans  spécifier  la  discrétion  qu'on 
doit  par  honneur  ri  celuy,  qui  fait  le  presche-funebre.  J'avois 
presque  oublié  le  marchand,  îi  qui  on  doit  une  honneeteté 
pour  le  drap  noir,  qu'il  preste  pour  couvrir  les  tables,  licts. 
buffets,  bancs  et  selles  :  il  couste  aussi  quelque  chose  k 
traiter  le  tailleur,  qu'on  employé  à  cloiler  ledit  drap,  etencoi'e 
plus  si  l'on  fait  un  banquet  d'obit  (I),  comme  en  plusieui's 
lieux.  Tellement  que  tout  bien  calculé,  on  n'en  peut 
eschappen'i  moins  de  vingt-cinq  ou  trente  livres.  Pour  les 
;;en9  de  qualité,  il  couste  bien  d'avantage,  pour  cestequanlité 
de  crespc  qu'on  distribue  aux  gensqui  portent  le  ileuil.  pour 
en  entourer  leurs  chapeaux,  et  en  laisser  pendre  une  longue 
queue  sur  le  dos  :  item  pour  les  chars  couverts  de  drap  noir, 
dans  lesquels  ou  rameine  les  dames  en  la  ville.  Somme  toute, 
l'homme  couste  force  argent,  soit  qu'il  naisse,  soit  qu'il  se 
marie,  ou  bien  qu'il  meure. 

J'ay  baillé  la  liste  des  noms  au  Siiuonneur,  il  m'a  promis 
de  commencer  demain  dés  six  heures  h  prier,  et  n'en  passer 
ou  sauter  pas  un. 

Le  semonneur  prie  ou  tetaond  à  l'enlerremenl. 

Toc  toc  toc  toc. 

Elisabeth,  regardez  qui  c'est  qui  heurte  ou  frappe  si  fort  et 
dru  il  notre  porte,  il  osl  sans  doute  de  bien  loing,  il  a  baste. 
Qui  heurte  là-hast 

C'est  moy,  ditus  à  Monsieur  et  à  Madame,  que  Madame 
Ursule  leur  commère  les  prie  tros  affcctueusemeul  lous  deux 
de  luy  faire  l'honneur  d'assister  à  renterremenl  di>  son  mari 
demain  )i  douze  heures  et  demie.  Ne  manquez  pas  le  le  leur 
dire  je  vous  prie. 

(i)  Ces  repas  de  funérailles  sont  encore  en  usage  Jnns 
localités  d^Alsace.  On  en  trouve  un  exemple  dans  le 
d'Erckmann-Chatrian  :  l.ei  Deux  Frites, 


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il!) 


N'en  ayez  peur  je  n  y  manqueray  pus. 

Hè  bien,  qui  esl-re  Elisabeth? 

C'est  le  semonnetir  d'enleirement,  qui  vous  prie  a  l'enler- 
reinent  de  voslre  compère  Nicolas,  qui  a  laissa  son  cscuelle  à 
un  autre  (I). 

.  Aht  je  pliius  la  eomm/^re  tîrsule,  de  la  voir  perdre  un 
liomine  qu'elle  aimait  tant,  et  de  qui  elle  cstoil  étant  aimé. 

li  n'y  a  remëde  que  ta  patience. 

Vous  avez  raison,  mais  elle  est  plus  aisée  à  conseiller, 
qu'k  practiquer  :  c'est  une  ti'ès  bonne  herbe,  mais  elle  nt- 
croist  pas  au  jardm  de  chancuii.  Quand  est-ce  qu'on  l'en- 
terrera. 

Demain  à  midy  et  demi,  c'est  îi  dii'e,  à  une  heure  car  on 
met  tousiours  une  bonne  demie  heure  k  s'assembler. 

Qui  sera-ce,  qui  mènera  le  deuil,  et  recevra  les  condo- 
Ipances? 

Ce  sera  sans  doute  son  cousin  Hobert,  c'esl  le  plus  proche 
parent  de   son  costë  :  et  le  frère  de  la  vefve    luy  pourra   . 
assister. 

Chambnllon  as-tu  lourni'  le  sable  (2)  à  midi,  comme  je 
t'avuisenchargé? 

Ouv.  Monsieur,  il  en  e^t  desiu  escoulé  un  quart. 

Il  est  donc  temps  que  nous  nous  appreslions  :  car  cela  est 
fascheux,  quand  il  faul  donner  la  main  à  tant  de  gens,  et 
faire  tant  de  révérences  et  chimagrées.  Apporte-moy  mon 
grand  manteau,  et  mon  cordon  de  crespe,  je  veux  aussi 
lesmoigner  cxtmeurement,  le  deuil  intérieur,  et  le  regret 
que  j'uy  au  cœur  de  la  perte  d'un  bon  amy. 

L'homme  entrant  en  la  maison  fait  la  révérence  et 
aborde  ain».i  celuy,  qui  est  au  haut  bout  pour  recevoir  les 
condoléances  des  suroenans. 

Monsieur,  la  cognoissance  réciproque,  que  nous  avons  tous 
deux  de  iiostre  sensible  perle,  en  ce  que  nous  nous  voyons 


.1    Welclier  au$  dem  letjten  Loch  gepfisi 

(3)  U  iabiier  (da»  Stundglais). 


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privez,  vous  il  un  bon  et  aimahle  cousin,  cl  inoy  d'un  hono- 
tulAc  compi-re,  et  singulier  amy  k  l'espreuve,  me  défend 
d'user  de  beaucoup  de  paniles  pour  tesmoigner  ma  douleur  : 
c'est  pounguoi  je  me  tourne  à  la  consolation,  plus  tost<|u'au 
renouvellement  de  la  playe  récente,  et  vous  prieray  d'ensuyvre 
mon  exemple,  sousmettanl  vostre  volonté  à  celle  de  Dieu, 
qui  nous  fait  entrer  et  sortir  de  ce  monde,  quand  lH>n  luy 
semble,  croyant  fermement  <|uc  les  afllictions  mesmes  sont 
bénédictions  à  ceux  qui  craiginent  Dieu  et  l'aiment,  et  qu'il 
tourne  en  bien  les  accidens  désastreux  en  apparence.  Au 
ri^lejcpriele  loiit-Puissant  qu'il  vous  vueille  consoler  pnr 
son  lion  Esprit,  aussi  bien  que  raoy,  et  nous  pi-éserver  par 
longues  anné<-g  de  semblables  accidens. 

Monsieur,  ie  commun  ressentiment,  que  vous  avez  <ti; 
l'aflliclion  de  cestc  tiiste.  famille  et  maison,  m'est  un  grand 
allégement  en  mon  dijuil,  et  vostre  présence,  qui  honore  le 
convoy  du  défunct,  oblige  tous  ses  apportenans  !i  vous  en 
savoir  gré,  et  vous  en  rendre  grftces,  et  outre  plus  k  prier  la 
source  de  tout  bien  et  prospérité,  de  leur  fournir  un  plus 
aggréable  sujet  que  celuy-cy,  de  vous  lendredes  offices  réci- 
proques. 

La  femme  fait  nés  condoléance»  à  la  vefee  en  re» 
termes  : 

.Madame  ma  commère,  et  chère  amie.jay  entendu  la  nou- 
velle de  vostre  désastre  avec  un  extrême  regret,  tant  pour  la 
compassion,  que  i'ay  de  vous,  qui  ave?,  perdu  une  si  chère  et 
douce  moitié,  que  pour  vostre  propre  interest,  estcns  par  son 
decez,  privez  d'un  ami  franc  et  loyal.  Mais  puisque  ça  esté  la 
volonté  He  Dieu  de  le  retirer  en  son  repos.  Il  umus  faut  en 
commun  nous  résoudre  )i  croire,  bien  que  contre  touti* 
apparence  humuine,  que  c'est  nostre  liien  autant  que  le  sien, 
et  qu'il  vous  suscitera  un  autre  support,  on  se  munslrera  luy- 
mesme,  pur  une  manifeste  assistance,  vostre  tutem'  et  puis- 
sant pretecleur  en  vostre  veufvage,  comme  je  ne  niiinqueray 
point  do  l'en  supplier  humblement  en  mes  prières  ordi- 
naires. 


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i.A  viK  1  sTnAsuoi:iti;  iit 

Madame  ma  comm^ro,  te  peiithelomcnt  de  ma.  poiclnnc. 
et  rnng'-iisse  de  mon  pauvre  cœur  oiiln''  d'indicililc  Iristossp- 
m'empc&chant  lu  |>arolo  entifc-oupi^o  de  sanglots,  je  remet- 
tray  et  dilTéreray  ù  une  outre  fuis  les  remcicifinens  pour  It's 
salutaires  consolations,  que  vous  iiw^  donnez,  et  l'honneur, 
que  vous  daignez  faire  k  une  pauvre  veufvt-  conlite  en 
amertume,  et  afDig^e  jusques  h  l'istréinilé  :  et  prieray  Dieu 
de  destourner  pour  lonstemps  un  si  pesanl  ll^nu  de  voslre 
maison. 


i:H.\P1TRK    (JLAH.ANTK-niNQI'IHMK 

De  rEBcayer-trencbaDt 


Y  a-il  un  Escuyer-lrenchanl  ou  cesle  ville?  (Juel  liomun' 
psl-ce  ? 

C'est  un  homme  qui  s'entend  bien  h  découper  la  viandi' 
avec  bonne  grAce,  comme  il  y  en  a  en  Italie  <l)t  qui  font 
profession  de  ce  Itel  art  et  renseignonl  îi  ceux  qui  hantent  la 
cour.  S'il  y  en  avoit  un  icy,  jemployerois  volontiers  deux  ou 
trois  mois  de  temps,  cl  une  quarantaine  dp,  Risdales  h  l'ap- 
prentissage de  ce  bel  art.  Car  qu'y  a-il  de  plus  beau  et  mieux 
séant  îk  un  jeune  homme  qui  bante  les  i.-ompagnies,  et  se 
trouve  souvent  en  des  banquets,  ou  nopces,  où  i!  y  a  de 
jeunes  dames  et  demoiselles,  qu'après  avoir  voyagé,  el 
acquis  le  bruit  d'avoir  bien  estudié,  et  appris  plusieurs 
langues  estrangtVes,  d'pslre  aussi  adi-oil  a  table,  et  n'i'stre 
contraint  par  ignorance  et  louniise.  ili>  rep(ui8SRr  une  volaille 


.1,1  Vom  Vorschneido:  —  1).  Martin  fnil  Kans  duutc  «ilusioii  au 
curieux  volume  inlilulé  :  Triiicier  tder  Vorlegbuch  darinncn 
herichtct  wird  wie man  aUerhaad  febiat.iie  uitd  gcsoitene  Speisni  io 
aujf  JOrstliclie  und  andere  Tafel  geiragen  werden\  inogen...  !(ei-legen 
Mill  i-oM  desaen  von  Glacomo  i'nicacçbi  in  italïantsiher  Spracli 
bel .lirieten  anjel^o  in  dai  lioçhdevtscbe  tienliclien  verseljet  undatif 
dcn  signirten  KupferstielieH...  g^^ieret.  —  Leipzig,  bey  Henning 
(iiiissen   des  jungen,  /(iïi,  in-fot. 


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qu'on  luy  pri'sente  ii  découper  :  innis  après  une  pelile  ex<:iise 
des  Taules  qu'il  pourroil  fnire,  embrocher  un  chapon  de 
lionne  grAce  avec  la  fourchelle,  luy  couper  le  col  nel  tout  h 
un  coup,  lever  les  cuiRSes  et  les  ailes  sans  difUcullé.  commi' 
s'il  n'y  avoil  poinl  d'os,  ce)uper  le  croupion,  puis  Irencher  li' 
blanc,  et  préitenter  chasque  morceau,  selon  qu'il  esL  csliiiu' 
JM)n  el  friand,  h  chnsque  personne,  suyvant  son  di>;îré  el 
m/'rite  :  et  en  savoir  ainsi  faire  de  mesme  de  toutes  autreit 
sortes  de  rosti,  de  bouilli  et  de  fruicl.  Si  d'iivenlnre  quelque 
lémérnire  entreprenoil  de  ce  faire,  sans  Avoir  est»'  inslniil 
pur  un  mnistre  bipu  expert  en  l'art,  il  pourroit  aisénienl 
tomber  en  l'infortune  d'un  lourdaut  fanfaron,  lequel  eslan) 
venu  h  un  festin  de  nopce.  boité  el  espcTOnni',  avec  la  plume 
à  l'en  tour  du  chapeau  pour  faire  la  roue,  comme  un  paon  : 
bien  qu'il  fust  de  ces  gentilshommes,  doni  les  pitres  vont  ii 
la  chasse  avec  un  couple  de  f/œuf»  d},  se  mit  à  la  lahle  de-; 
demoiselles  et  autres  jeunes  (llles,  pour  les  servir,  el  njtrcs  le 
potage  mangé,  entreprit  de  découper  un  oison  farii,  qu'il  mil 
sursontrencboir  (î)là  la  mode  du  paysj  mais  ne  sarhnni  par 
quel  bout  commencer,  se  mil  h  scier  l'os  d'une  aile,  ne  pou- 
vant trouver  la  joincture  :  mais  en  poussant  fort,  il  fil  rouler 
l'oison  de  dessus  le  trcncboir  sur  ses  chausses,  {car  il  avait  la 
serviette  sur  l'épaule)  et  de  lîi  îi  terre.  Ce  désastreux  accident 
troubla  de  sorte  monsieur  le  courtisan  fait  it  la  haste.  toute 
la  tablée  s'esclalant  de  rire,  qu'il  se  leva  îi  l'estourdie.  pour 
relever  l'oison,  qui  se  saloit,  celoit  et  salissoit  dans  la  pous- 
sière :  mais  comme  un  malheur  n'arrive  guère  seul,  ainsi 
qu'il  levoit  le  second  pied,  jiour  le  passer  par  dessus  le  banc, 
la  nappe  qui  estoitlongnelle  s'accrocha  à  la  molette  de  sun 
esperon,  et  en  la  haste  iinpélueuse  qu'il  avait  de  r'atlrapper 
son  gibier,  la  tira  en  bas  avec  lout  ce  qui  estoit  dessus,  afin 
de  faire  disncr  les  dames  chrétiennes  à  la  lurquesque  sur  le 
beau  plancher. 

Ce  second  malheur  renvyant  sur  le  premier,  lit  qu'il  voulut 
prendre  la  fuite,  lant  pour  éviter  la  moquerie,  que  la  baterie  : 

m  "Wttclie  die  Bauren  Velter  nenneti. 
(2)  Assiene  [TelUr!. 


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mais  comme  on  (lit  en  Allemand,  f]ae.  ce  qui  se  double  sp 
Iriple  volonlierâ,  en  courant,  sana  dire  gare,  il  rencontra  une 
servanteù  la  porle  du  polie,  laquelle  apportait  une  grunde 
jatte  de  ris  avec  la  poulie  cuile  dedans  h  la  mode  du  lieu,  la 
heurte  si  rudement,  qu'il  la  renverse  par-lerre  avec  la  viande 
Nur  le  vidage  et  dans  le  sein,  et  eschappa  à  toute  peine  de  ce 
logis,  comme  d'un  embarras  de  disgrâces  et  malheurs,  et  fui 
la  honte  de  tant  d'alTronts  si  grande  et  puissante  en  luy,  que 
dès  l'heure  il  prit  la  poste,  et  s'ahscnta  i>our  quelques  années 
de  la  ville,  jusqu'il  ce  qu'on  en  eut  aucunement  perdu  la 
mémoire . 

Pardon nez-mo Y.  Monsieur,  si  je  tiens  ce  cunle  pour  un 
peu  suhiect  h  caution.  S'il  n'est  vray,  la  bourde  est  belle,  il 
n'y  a  toutcsfois  rien,  qui  ne  soit  faisable.  Pour  le  moins  n'y 
a-il  point  lie  contradiction.  Quant  à  la  chente  de  l'oison  du 
trenchoir  sur  le  gyion,  c'est  une  choseordinaiit;  à  un  lour- 
daul  qui  entreprend  de  découper  de  la  viande,  et  ay  veu 
arriver  plus  d'une  fois  un  cas  semblable.  Or  est-il  ifuï  du 
gyixjn  en  terre  la  descente  en  est  aist^e.  S'il  est  vrny,  il  peut 
bien  ^tre.  j'nime  mieux  le  cniire  qne  d'y  aller  voir 

f.HAPITKK   yi^AHANTE-SlXIRMF 

Du  Faqain 

Ou'est-ce  qu'on  appelle  faquin  ?  Il  me  sembip  quf  eo  n'ei;! 
pas  un  mot  fran^ois  ? 

Aussi  n'est-ce.  c'est  un  mot  italien  facchino,  comprenant 
gi^uf'ralemont  tout  homme,  qui  a  furce  de  corps  i\  i,  sans  art 
ou  me^tier,  gaigne  sa  pauvre  vie.  comme  sont  porteurs  ou 
portefaix,  crocheleui-s,  et  tire-charrrltes  (2),  lesquels  derniers 


(Ij  Bfn  itos(/er  Auj.  Birnsel  —  domestique  «  toulfaii-e. 
Bosselarbeit  Ihun  (Geiler.  Bilg.  (IttHh.j  —  Kein  Mensrh 
aoff  Erden  hie  —  Dete  Solliche  Bosselarteil  wie  Christus 
'Murner  Daden.  (j.6a.  — Sotl  icb  nur  allewii  eahrt  Bossel 
sin  ".  —  f*ostle,  s'acquitter  des  grosses  besognes  de  la  maison 
idh,   Schmidt.  Wœrterbuch  der  strassburger  Mundart). 

lii  Sarkirceger,  Kretttrœger  und  Kerchelzieher. 


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m  iiEVLP.  d'alsaoe 

sont  A  Stnisbourp  et  Francfort  des  chevaux  a  ili-iix  piwis. 
qui  H'nllellont  eux-mcsmcs  îi  une  clini'cUc  avec  une  .sangle 
>'ii  escliarpe,  comme  timonniers,  pour  transportor  du  grain, 
(lu  vil),  ou  lie  la  iiiarcha ndise  d'un  lieu  ii  l'autre  :  si  le  runlcnii 
est  par  trop  posant,  leur  rcmiiic  ou  un  de  leur^  compagnon-- 
pousse  au  cul  de  la  chaiTelle.  I,e  croelieteur  |ioric  de  loiiles 
sortes  de  fardcnux  plus  It^iïcrs,  i;amme  des  fagots.  Itourn'es. 
une  caque  devin  etc.,  sur  des  crochets  faits  en  fni;oo  de  deux 
harpes  (1)  :  c'est  pourquoi  par  gausserie  on  appelle  har- 
peurs  (i),  ceux  qui  les  portent,  et  les  crochets  mist^re-en-dos. 

Comment  pst-ee  qu'ils  font  tenir  ces  crochets  Jt  leui'  dos' 

Il  y  n  des  bretelles,  comme  ii  une  liolle,  dans  qnoy  il* 
passent  les  deux  bras  nvui:  les  espaules.  Kii  voicy  un  tool  îi 
propos  pour  porter  mon  bahnt  Cil  Mo;;  imiy.  vi>iilp/-vrij, 
porter  ce  bahut  en  mon  lo^is  eu  payante 

Ouy-dii  Monsieur  :  où  e-^tes-vouslogé? 

A  la  place  de  Sninct-Estieime  auprès  du  Cliiistrr. 

i"est  bien  toinst  si  le  haliut  est  pesant. 

Il  est  fort  léger  :  il  n'y  a  dedans,  qu'un  peu  di-  linge  hlnne. 
et  un  habit  d'esté,  avt'c  deux  ou  trois  livrets. 

Aidez-moy  un  neu  à  le  charger  sur  mes  ci-Oc.heU. 

lUItien,  baiss3z-vous. 

Là  de  par  Dieu,  le  voilà  Ijien. . .  Marrhex  de.vnni  je  vous 
suivray. 

Gardez  bien  qu'il  ne  glisse  et  lomlDe  en  marchant. 

N'enayez  peur,  la  corde  qui  le  serre  par-dessus,  et  que  je 
liens  feimeen  la  main,  l'empeschera  de  glisser.  Il  ne  courra 
point  de  risque,  si  (i'adventnre  quelque  lourdaut  e.%tourdi  ne 
me  heurte  trop  rudement  en  passant  :  mais  je  tuy  donnerais 
de  mon  gourdin. 

Votcy  mon  logis,  tournez  vous  de  costé.  autrement  vous  ne 
sçauriez  entrer,  h  cause  que  la  porte  n'est  pas  si  large,  que 
le  bahut  esl  long.  Servante,  aidez  h  resl  homme  à  se  de--- 
chargfr.  One  faut-il  mon  maistre? 

I  Ij  h'retren  oder  hoHsene  ff'tar/ien  die  ziroen  /fm'/i/iffii 
ithnlich  sehen. 

(2j  Darumb  werdeii  die  Kretirnger  xchimpfUfh  Uarpffe- 
nisten  genennet. 

(3}  Reittkaxteii . 


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i;n  demi-quart  descii,  car  le  i-hciiiin  osl  lon^'.  i.'l  le  fardeau 
non  si  léger,  (|ue  vous  le  (nisie/..  Je  suis  tout  en  eau  de 
sueur  :  il  m'en  faudra  employer  la  moitié  ù  une  pinte  do  vin 
pour  me  rafreschir  et  r'avoir. 

Tenez,  le  voil^.  Dieu  vous  en  rlonne  ehanee. 

(rrand-merc.ï,  Monsieur. 

CHAPITRE  01  ARA  M  K-SKPTIKMF 
Dq  fendeur  de  bois  1 1  < 


N'èstes-vous  pas  un  fendeur  île  liols  inon  amy? 

Ouy  Monsieur,  comme  vous  pouvez  voir  a  mon  merltn  lii. 

Je  viens  d'acheter  du  liois  ;hi  quay.  le  voulez-vous 
fendre? 

Ouy,  combien  en  avez-vous  ' 

Trois  cordes  :  deux  de  che.'^ue,  et  une  de  fau  i;t). 

Esl-il  aise  à  (endre? 

Venez-le  voir.  Il  est  jeune,  non  pourri,  ni  nuueilx  :  il  y  a 
aussi  fort  peu  de  souclies.  Il  est  desia  corde  (^  J,  comme  je 
voy,  et  si  les  ciiarretiers  commeni^ent  h  le  mener  au  logi-;. 
Voulez-vous  siiyvre  cesle  charelle?  elle  va  dmit  b  mon  losis 

Il  me  faut  preniièi'ement  aller  en  ma  maisonnellc  qui 
n'est  pas  à  muy,  quérir  mon  maillet  et  mes  coins  (o). 

Revenez  donc  bien  losl,  car  il  faut  qu'il  soit  aujourd'liuy 
fendu  :  je  ne  le  veux  pas  laisser  de  nuict  devant  la  porle,  il 
n'y  croistroit  pas. 

Me  revoiey  desjà.  Je  suis  léger  cojnme  un  oiselet  de  plomli. 
dit  l'Allemaml,  c'est  Ji  dire  comme  l'oiseau  St  Luc,  qui  esi 
un  bœuf. 

L'i  fendez  mon  hoia  bien  menu,  je  vous  payeray  non  seu- 
lement six  sols  pour  conle,  selon  la  taxe  et  oi-donnanco,  mai* 
aussi  vous  donneray  une  pinle  de  vin.  el  une  piiice  'le  pain 
quand  vous  aurez  fait. 


(1)  NoUipalter.  —  (i)  llolsaxl.  —  (H)  Buc/ienholh .  — 
H)  Gelegt  oHer  oemfts'n .  —  (5i  Mein  ,tr/ilai/e/  unit  meine 
Wfcken. 


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iiti  HKViiK  i)'\i.sAr:>: 

Je  le  gagneray  bien,  si  je  le  fends  en  menus  esdats  comme 
les  boulengers  d),  car  les  busches  sont  grosses  et  y  a  fort  peu 
de  rondins.  J'aîmerois  mieux  fendre  de  la  saulx,  de  l'aulne, 
du  sapin,  du  tremble,  de  l'érable,  de  l'orme,  du  cerisier,  du 
fresne,  du  pommier,  poirier,  prunier,  tillet,  plane,  bouleau, 
charme  ;  car  le  chesne,  le  huis,  le  cornoiller,  le  noyer  sont 
le  plus  dur  bois  de  la  forest  (2). 

CHAPITRE  QUARANTE  HUICTIÈME 
Du  vendeur  d'amorce  et  de  fusils  (3) 

*  Nous  n'avons  plus  ni  amorce,  ni  pierr<-  !i  feu  <|ui  vaille  eu 
nostre  boite  à  fusil  :  Vas  en  acheter  U'autre. 
Oùtrouve-t-on  cela? 

Sur  la  place  Sainct  Martin  au  dessus  de  la  maison  de  l'es- 
picier,  qui  est  auprès  du  puits  des  pescheurs  (4).  Là  lu  verras 
un  homme  contre  la  maison,  avec  une  petite  table  devant 
luy,  chargée  d'amorce,  ou  cordons  soulphrez,  pierres  à  feu, 
pièces  d'acier,  ou  fulsis  :  pour  des  allumettes  en  bottes,  ou 
chenevoltes  ensoulphrées  par  les  bouts,  on  n'en  a  point  icy. 
Voilk  son  traftique  et  sa  marchandise. 

(t)  Back»cheiillein. 

(i)  Ich  wolte  lieber  Wei/ten,  Erlnn,  Itunmn,  Ëipsit,  Unithol- 
lier,  HiUlenholts,  Kirschenhaum,  Eschenbaum,  Apffelbauni. 
Birenbatim,  lÀndenbaum,  A/iorn- Bircki'n-Spindelbaum,  hawen 
i/ann  daê  Eickinhol:  :  der  Bitrbaum.  Weltchenkirsrhenhaum, 
Xuisbaum  leind  das  hœrteate Holcim  Wald. 

{'A)  Vom  Zuntleltnann. 

(i)  Le  Fiachbrunnen  se  trouvait  h  l'angle  de  la  place  Guleiiberg 
actuelle  vis-à-Tis  delà  rue  Mercière.  Nos  anfi'lresj  rallachaienl 
une  foule  de  légendes  de  souterraine  correspondant  avec  les  fou- 
dations  de  la  cathédrale  et  de  baniiiosFnruivrc  dans  lesquelles  on 
naviguait.  Il  est  déjà  cité  en  1419,  fui  transformé  eu  1575  on 
l>'impe  monumentale  et  supprimé  en  184.'{  (Piton  I.  177).  D'après 
Sr.vbolh  ISlrashgishl  Mî)  il  est  déjà  mentionné  en  i:<05  sous  le 
nom  de  /feriuffsburne.  L'atilLi|ue  pompe,  d'abord  eu  bois,  avait 
élé  remplacée  en  1573  par  un  polit  monuuienl  à  pilastres  cannelés, 
avec,  dans  une  niche,  l'écu  de  Slraslmnrg  surmonté  d'un  cartouche 
avec  la  dale  de  rcconslruction.  —  La  place  Si-Martin  correspon- 
dait à  peu  prés  avec  la  place  Gulenberg  actuelle. 


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LA  vu   A   TRASBOURQ  227 

Comment  est-il  possible  qu'il  vive,  et  s'entretienne  de  cela  ? 
Tout  son  estau  ne  vaut  pas  un  bon  desjeuner. 

Il  n'y  a  si  piettre  trafllque,  ni  si  chetif  mestier,  qui  ne 
nourrisse  un  homme,  qui  y  vaque  soigneusement,  et  vit  avec 
mesnage  :  celuy,  dont  je  parle,  ne  meurt  de  faim,  ni  ne  va 
pieds  Duds  ou  descbaux  par  les  mes  :  il  est  bien  vray  qu'il  ne 
peut  pas  jetter  les  gigots  de  mouton  tous  rostis  par  la  fe- 
nestre. 


CHAPITRE  OUABANTE-NEUVIÈME 
Dn  Jardinier 


J'ay  ouy  dire,  que  vous  avez  un  beau  et  grand  jardin. 
Est-il  vray  ? 

Oui,  mais  nous  l'avons  loué  k.  moitié  &  un  jardinier,  qui  le 
doit  cultiver,  ensemencer,  esherber  on  sarcler  :  et  n'en  avons 
retenu  pour  nous  qu'un  petit  cofn  pour  y  planter  de  rares 
plantes,  et  Heurs  estrangères. 

Est-il  clos  de  murailles?  ou  de  palis  ou  d'une  palissade ï 

Nenny,  mais  de  haye  vive,  espesae  et  forte.  Il  y  a  une 
maisonnette  de  plaisance,  toute  environnée  de  treillis  verds  : 
et  ausM  un  puits,  tant  pour  y  rafreschir  le  vin,  quand  nous 
y  allons  collationner,  que  pour  arrouser  les  quarreaux,  aires, 
parterres,  avec  un  arrousoir  déterre  ou  de  cuyvre,  en  temps 
de  trop  longue  sécheresse. 

Mais  qui  est  tenu  de  fournir  le  fumier  pour  le  fumer? 

Mon  père  s'est  offert  luy-mesme  de  le  faire,  parce  que 
nostre  cheval,  et  nos  vaches  en  font  assez,  sans  qu'il  soit 
besoin  d'en  acheter  d'autre. 

Je  le  verrois  volontiers  en  ceste  saison,  que  la  pluspart  des 
fleurs  sont  espanouyes. 

Je  vous  y  meneray  demain,  s'il  vous  platl  :  c'est  jeudi, 
jour  de  campos  ou  de  n^création.  Nous  ferons  des  bouquets 


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22M  HEVIK  ii'ai-sace 

de  roses,  œillets,  violettes,  gyrofirés  (II,  mignolrses,  pimw- 
velours  elc  et  rapporterons  une  poigni^e  de  lys,  pour  niellrc 
rfans  un  vase  plein  d'eau  sur  nostre  biiT  l,  afin  de  faire 
sentir  bon  tout  nostre  poile.  Quand  U'  IVuict  sera  meur,  je 
vous  y  menerny  aussi,  pour  nmiiger  en  la  saison  des  ce- 
rises etc.  Voyp/  ces  sortes  de  fniicls  eu  la  Fruictière. 

N'y  a-il  point  de  muguets'? 

Nenny,  il  ne  croist  qu'es  garennes  et  bois,  que  je 
Bçache. 

Qu'est-ce  que  vostre  Jardinier  s'^rae  et  plante  de  bon  en  sn 
part  de  jardin"? 

De  toutes  sortes*  d'herbes  potngèrci  il  de  cuisine,  comme 
lies  elioux  verds,  cboux  blancs,  ou  rabus,  de  la  jotio,  du 
persil,  du  cerfeuil,  des  naveaux,  des  oignons,  des  pois,  des 
fèves,  phasioles  oit  fâvcs  do  Rome,  cibolles,  lulx,  paslenades, 
rarottes,  nrticbauls.  salsifis,  de  l'oseille,  chicorée,  endive. 
laictOes,  cspinnts,  nienle,  cresson,  pouliot,  reponces,  mar- 
jolaine, serpolet,  sarriette,  bysope,  sauge,  rue,  asperges. 
bourrache,  des  raves,  du  pourpier,  des  porreaux  :  el  autre, 
comme  de  la  lavande,  du  rosmarin,  de  l'anis,  dn  fenouil, 
des  melons,  concombres,  citrouilles.  (^) 

Il  me  semble  que  vous  y  ave;:  mesié  quelque  chose,  qui 
croist  hors  dos  jardins. 

Il  n'importe.  Nostre  jardin  porle  de  tout  ce  qu'on  y  planlc 
lin  si^ntE. 

Y  a-il  aussi  Lieaucoup  d'ail)res  fruictiers? 

Assez:  car  il  y  a  un  pommier,  un  poirier,  cerisier,  reniffler. 
nieurier,  cormier,  noyer,  pescbier,  prunier,  abricotier,  cor. 
noiller,  coignicr,  el  quelques  arbrisseaux,  comme   un  gro- 

il)  Gilbe  Nœi/etein,  Mutkuwillen,  TmisendscAoen. 

(21  AUerlei/  Eis-od^r  Xoc/iArœutur,  <ila  k'o/iltr*is/iraut. 
Miingold,  Pt/erlein,  A'ntiel/naiU,  J!vU/i.  ZtdLeln,  Ert»en, 
llonen,  Wekc/ielionen,  Si/inUlaiir/i,  Knoblaw-h,  Peslnnchen, 
(itlbe  Riilieti.  .XrUchtikfti,  Arligirai,  Suurampfur,  W^qwart. 
Hifliritn,  f,it/ir/,./)in-ltt:'i  -lier  Uriin  Kraat,  Mûat:,  Krnstett. 
Poiei/,  RapurUsrln.  Mejnrnn.  ijuendi-l.  Sfdenty  oder  hiinel. 
Hytop,  Salbey,  Rniile,  H/iari/eii.  /lUrrelsc/i,  Riiltichi  Burtzel- 
kraut.  Lauih,  und  nndere  ah  Spick.  Rosmarin.  Enis.  Feiir/iel. 
Hflnnrn,  Ciin'tmern.  A'irbsiiPii. 


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LA    VIE   A    STRASBOURG  220 

sellier,  rosier  etc.  En  la  hnye  il  y  a  un  esglantier,  un  sureau, 
un  prunellier,  une  ronce,  un  frambofsier,  ul  un  coudrier 
blanc  (1).  Si  l'air  esloil  plus  cliaiid  en  ce  climat,  mon  père  y 
feroit  planter  uu  amandier,  un  laurier,  un  figuier,  orangier, 
citronnier,  limonnier,  grenadier,  olivier. 

N'y  a-il  point  de  saule  ou  saux  à   un  des  ooins  dé  la 
haye? 

Ouy-dîi,  cl  'lu  lierre  rempant  h  lu  muraille  de  la  i 
nelto,  et  une  petite  treille  de  vigne. 


CHAPITRE  C1NXH:.A.\TIE!HE 
De  la  Lavandière 


.Vddressez-nioy  une  bonn»  lavandière,  ijui  blanchisse  bien 
mon  linge  et  h  bon  marclié. 

Kn  voicy  une,  qui  pour  sa  propreté  et  s;»  netteté,  a  la  cha- 
lundise  de  la  plusparl  des  gentilshommes  et  estudians  de 
■■('ste.\cadéniii'. 

Comment  vous  appellez-voas? 

Je  m'appelle  Maiilie-Anne  Monsi  ur. 

Kù  est-ce  que  vous  demeurez? 

Je  demeure  i?n  la  ruelle  Uu  Uou<.' (1j.  non  loingde  Sainct 
\icolas. 

N'estes-vous  pas  cesle  Temnie,  qui  aianie  son  mari  en 
courbettes,  le  contraint  d'aller  qu<5rir  le  linge  sale,  reporter 
le  blanc,  et  aider  à  laver  et  ii  savonner? 

Xcnny,  Monsieur.  Je  n'ny  pas  si  grand  besoin  d'un  sol 
que  j'en  vueille  faire   un  du  mon  mari,  Il  qui  j'ay  promis. 


(1)  Kin  A/ifel,  ein  Byrtn,  Kirnhen.  A'f*/>et,  Maulbeer. 
Ktc/irresalin,  ifiiss,  Pfenich,  WœlMen,  WeUchkirgchen.  Kitten 
orifr  Quiltmibniim.  m'e  auch  ellic/ie  Hipiimlein  oder  Sfauden 
ah  ein  Griiflberftttud .  Roffnistoch  etc. 

(1)  ftuc  d#j&  meDiLonnce  au  \\S'  sii'i'Ie.  Vicu«  dicii  Bockelin. 
trans  noTumpoutcm  1315. '.Ainsi  nommu'  d'après  la  vieille  famille 
patricienne  îles  Hoecklin.(Schmidt  1.  c,  40). 


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230  Un'B  D  ALSACE 

devant  Dieu  et  tes  homoieB,  de  rendre  hooDeur  et  obéis- 
sance. 

Vous  en  parlez  tres-sagement.  Hais  venons  b  nostre  propos, 
qui  est-ce  que  tous  demandez  chasque  quartier,  ou  tous  les 
trois  mois  pour  le  blanchissage  de  mon  linge  1 

Je  ne  vous  demande  pas  plus  qu'aux  autres  :  chascun  de 
mes  chalands  me  donne  deux  florins  et  demi  :  si  vous  ne  me 
voulez  croire,  vous  le  pouvez  demander. 

C'est  beaucoup. 

Je  l'advoQe  franchement,  mais  il  m'est  impossible  de 
prendre  moins  :  car  non  seulement  le  blé  est  quatre  fois  plus 
cher,  que  lors  qu'on  me  donnoit  un  risdale,  mais  aussi  toutes 
autres  choses  &  l'advenant,  et  nommément  le  savon  de 
Venise,  le  savon  noir,  t'amydon  et  la  couleur  bleue,  dont  on 
fait  l'empoix,  pour  empeser  tant  les  rabats,  que  les  fraises, 
que  l'on  godronne  par  après  :  Je  vouh  cro;  si  raisonnable 
homme,  que  vous  ne  voudriez  aucunement  souffrir  que  je 
vous  servisse  à  mon  dommage. 

Nennj  dk,  je  m'enquesteray  de  ce  que  les  autres  donnent, 
et  me  soumettra;  à  leur  taxe. 

J'en  suis  contente.  Tenez  vostre  linge  sale  presl  tous  les 
lundis,  avec  une  liste  de  tout  ce  que  vous  me  délivrerez,  et 
je  vous  le  rapporteray,  ou  renvoyeray  tous  les  samedis, 
et  si  je  vous  perds  quelque  chose,  je  vous  le  feray  bon . 

Vous  ne  sçauriez  mieux  dire,  si  vous  ne  recommencez. 
Mais  je  vous  prie  de  prendre  garde,  quand  il  y  aura  quelque 
chose  de  deschiré,  de  le  vouloir  refaire  et  recoudre,  je  vous 
le  payeray  particulièrement. 

Je  n'y  manqueray  point. 

De  quel  outil  vous  servez- vous  pour  sécher  les  rabbatst 

D'une  platine  de  laiton  (1)  sous  laquelle  on  met  un  réchaut 
plein  de  braize,  ou  bien  un  quarreau  d'estain  creux,  ayant 
un  fer  chaud  par  dedans.  Excusez-moy  Hr.  si  je  ne  puis  vous 


Ein  Trachelkut  darunter  man  eine  glulpjfanne  teitt. 


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LA    VIE  A    STRASBOUBi:  iSl 

entretenir  plus  longtemps,  j'ay  une  savonnée  au  logis,  qui 
m'empesche  de  la  faire  plus  longue  icy. 

Vous  me doniierej  congé,  s'il  vous  plall. 

A  Dieu  donc,  m'amie, 

A  Dieu  Monsieur. 


CHAI'ITBE  CINQUANTE  TMEME 
Du  LarroD 


Quel  est  le  plus  meschant  mestier  du  monde  k  vostre 
ad  vis? 

Je  t'ens  qu'il  y  en  a  deux  les  plus  meschans  de  tous, 
sçavoirest,  le  jeu  et  le  larcin  ;  car  ccstuy-lk  ruine  bod  homme. 
et  le  conduit  k  l'hospital  ou  à  la  besace,  et  cestuy-cy  &la 
potence  ou  au  gibet.  Je  les  accouple  ensemble  parce  qu'ils 
sont  cousins  germains  :  carun  joueurordinaire  ou  brelandier 
qui  fait  un  mesticr  tic  ce  qui  n'a  cslé  inventé,  que  pour 
servir  de  récréation,  est  ordinairement  tricheur,  pipeur, 
escamoteur,  et  par  ruses  esloignées  de  toute  charité,  attrape 
meschammenl  l'argent  de  son  prochain,  et  par  conséquent 
est  larron  foUellable,  si  non  pendalile. 

i'ourquoy  njesprisez-vous  tant  le  larcin  1  Veu  que  la 
pluspart  des  hommes  ne  vit  d'autre  chose. 

Je  ne  parle  pour  le  présent  que  des  petits  larrons,  des 
coupeurs  de  bourses,  voleurs  de  Quict,  lesquels  ont  plusieurs 
noms,  car  on  les  appelle  Qloux,  tireurs  de  laine,  grisets, 
rougets,  plumets,  chercheurs  de  barbets  (1),  dont  le  gain 
est  le  but  et  le  gibet  le  bout.  D  y  en  a  d'autres  qui  non  contens 
de  la  dignité  d'cvesque  des  champs,  et  de  la  charge  de 
garder  les  brebis  ù  la  lune:  deviennent  voleurs  ou  bri- 
gands, guetteurs  de  chemins,  assassins,  afin  de  monter  sur 


(1)  F'ilonj:,  aolUieher.  grawtickte.  rolhlickte  federharuen, 
barbûHtucher...  Voy.  sur  les  Toleurs  :  Reuss  :  La  Justice  crimi- 
nelle k  Strasbourg  p.  il7  à  138, 


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â3f  nEVL'E  d'a[.sage 

la  vQw.  d'infortune,  ou  pour  purler  plus  ouvertement,  estre 
ronÇz  ou  rompus  t^ur  la  rouP. 

Si  l'on  recuit  un  si  mtiuvnis  payement  d'un  tel  mestier. 
d'où  vient  iiuelantd'  cens  s'en  inaslent,  et   n'en  sontdes- 

ffOUStCK  1 

l.'espéranL-e  d'impunito,  et  la  paresse  jointe  a  la  gourman- 
liise  Irur  fait  ouhlifi'  k  <langer.  <Jue1ques  uns  ayans  laissi^ 
imi?  oreille  ou  deux  en  (ïaseogne,  poiirentendre  ce  qu'on  dit 
iI'l'uïl  et  (le  leur^  beaux  faits  en  leur  absence  ;  ou  bien  ayans 
esti*!  menez  Iriomplians  au  cul  d'une  charrette,  ou  cscbappez 
lie  la  main  du  liourrcau.  viennent  trainaos  leur  licol  se 
fuiiiTiT  et  peslemi-skf  dans  cesie  rourmillière  de  peuple 
si''.jouinant  à  Paris  |iour  s'y  musser  et  tenir  à  l'abri  de  la 
niescogiioissanee.  .Mais  ces  honnestes  chevaliers  de  la  courte 
espée,  n'aynns  ni  rentes  ni  revenus,  sont  bien  tosl  (.ontraints 
de  retcmrner  à  l'excrciei!  île  leur  meslier,  et  cominençans  par 
l'i'Iuy  di'  i-oulrefiure  l'Allemand  pour  atlrapper  la  duppc, 
continueul  par  la  reeln'Lche  des  barbets,  entrent  liaiMilimeut 
dans  les  maisons,  inellent  la  main  sur  la  preudàre  chose  dt 
viili'ur.  qu'ils  li-ouvent.  s'ils  sont  lencontn'z,  et  qu'on  leur 
deinaudecc  qu'ils  vont  cherïlier,  ils  respondentqiiclc  barbet 
de  leur  ni.iistre  y  fsl  i-ntrê  ;  si  on  les  attrappe  sur  le  fait,  eu 
tiagraiit  delicl.  le  larcin  son^  le  bras,  ou  en  lu  main,  ils  sont 
appréhende/,  menez  en  espousées  ii  couvert  de  ])eur  du 
.basle,  et  sont  faits  peiisiounain^s  du  Iloy,  mangeant  de  son 
pain,  et  non  pas  de  celuy  de  la  Ileyne. 

Oue  donnenl-ds  de  pension  i 

Après  qu'ils  ont  dcineun-  quelque  temps  en  la  Uouj'  du 
faiais,  au  KorirEvesque,  au  pelit  ou  jLrrand  Chastelet  (1). 

Il)  Il  est  tiueslioa  in  des  prisons  parisiennes,  Il  est  assez 
■■urieux  que  Jlarlin  ne  parle  pas  de  celles  de  SIrnsbourg. 
Les  prisons  de  la  ville  so  IroiiTaient  am'icnnncmcnl  ctabliei 
dans  la  rplupatl  (.'es  leurs  {d'eneeînlc  cl  parlirul librement 
dans  celles  encore  exislanles  pri's  des  l'onts-tlouv  ■ris  et  qui 
datent  de  la  dcuxi.'me  moilié  du  XV'  siècle  (Piton  II  iV.t).  On  en 
trouve  les  noms  siivants:  llenkers  Tarn  (IÏM>1  dai  nlle  Stoghus 
(VXti).  rlfrniiire  /"Mcndlfti).  HcttetlIiurnQvkfUeRfhiirm  (XVI' 
uu  XVIII'  siêile)  i:nle«milhurm  (I77H).  Les  Ponls  CoureMs 
servaient  i*>|;a]cmenl  de  prisonit  de  la  ville  au  XVII1«  sif-clc  et  pour 
les  (.'ardes  iiHlionanx  en  M^i'è.  I.e  Itaspelhûs  actuel,  maison  des 
l'Iievalicrs  itu  Temple,  puis  de  Saint  Jean  ne  devint  prison  que 
dans  II-  couraul  du  XYllK  siècle.  Quant  aux  prisons  de  la  rue  du 
fil  elles  ne  liaient  qnc  de  1KI.^>  i\  i«2.'!fSevholh  dasnlte  Slrassburg 
p.  \\,  !«,  ÎWetc.) 


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LA   VIE   A   STRASBOURG  233 

on  dresse  leurs  parties,  on  en  fait  revenue,  puis  le  compte 
fait  et  arrest^,  il  faut  procéder  au  payement,  lequel  se  fait 
par  quelques  uns  avec  le  parchemin  du  dos  que  maistre 
Guillaume  paralTe  d'une  plume  à  quinze  poinctes  ;  les  autres 
sont  faits  héraulds.  ayans  l'honneur  de  porter  les  armoiries 
du  Roy,  ou  une  belle  Heur  de  lys  ineffa(ablement 
empreinte  d'un  fer  chaud  sur  le  dos  :  les  autres  sont  invitez 
ù  une  collation  de  poires  d'eslranguillon  ou  d'angoisse,  et  à 
danser  un  branle  sous  la  corde.  Parfois  il  arrive  que  quelques 
uns  (par  une  grAce  dont  Dieu  nous  garde:)  sont  envoyez  k 
l'escole  îi  Marseille,  pour  apprendre  h  escrire  toute  leur  vie 
sur  le  dos  de  Neptune  avec  une  longue  et  large  pluc.e.que 
les  gens  du  pays  appellnot  une  rame . 

J'entends  bien  minon  sans  dire  chat,  vous  voulez  dire 
qu'ils  deviennent  forçats  galériens  attachés  à  la  cadène. 

Vous  avez  trouvi?  la  cache,  vous  y  estes  sans  chausse- 
pied  . 

Je  m'attendois  bien  que  vous  m'en  conteriez  des  Juifs  bap- 
tisez, qui  jouent  du  baston  à  deux  bouts,  qui  sçavent  le  tour 
du  haston.  mais  vous  nie  frusterez  de  mon  espérance. 

Je  n'y  ose  toucher  pour  ceste  heure,  que  j'en  suis  si  près 
et  qu'il  me  faut  encore  presque  tous  les  jours  passer  pai'  leurs 
mainH  ;  je  remets  la  partie  k  un  temps  plus  commode. 


CHAPLTRE    CINQUANTE-DEUXIEME 
De  la  Lingàra 


Oui!  demandez-vous,  Messieurs  f 

Nouri  cherchons  des  chemises,  des  calsons,  i^l^  des  bas  de 
loile  et  des  rabats  :  en  avez- vous  de  faits  : 
Ouy,  Messieurs,  entrez  seulement  en   la  Ijoutique,  je  vous 


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i&i  RBVUBD 'ALSACE 

eo  moDstreray.  En  voulez-vous  de  Une  toile  ou  grosse  ?  -Noue 
eu  avons  de  tous  prix,  selon  l'argent  l'ouvrage. 

Monstrez-nous  des  chemises  de  moyenne  toile,  forlc  et  bien 
blanchie. 

En  voilk  comme  vous  les  demandez,  sinon  qu'elles  sont 
froncL-es  au  collet  et  au  poignet  au  bout  des  manches. 

N'en  avez-vous  point  sans  Troncis  k  la  Françoise!  Celles- 
là  ne  sont  pas  nosLre  fait,  qui  portons  les  armes,  et  sommes 
subjects  à  la  vermine.  Les  poux  feroient  leur  retranche- 
ment de  ces  plis. 

J'en  ay  bien,  mais  la  toile  en  est  plus  fine. 

Il  n'importe,  c'est  tout  un,  monstrez  les  nous. 

Les  voilk,  les  desplieray-je ? 

Ouy.  Combien  faites-vous  la  pièce? 

Quatre  florins  au  dernier  mot. 

Comment?  quatre  pour  un  florin  !  Je  vous  prends  au  mot, 
c'est  bon  marché. 

Aussi  est-ce,  qui  les  peut  avoir  pour  ce  prix. 

Mais  sans  raillerie,  dites  en  un  mot  combien  vous  la  voulez 
vendre,  car  vous  les  surfaites  de  beaucoup. 

Monsieur,  je  ne  me  gausse  pas,  ni  nesurfay  la  marchandise. 
Pour  le  faire  court,  je  vous  les  laisseray  ii  trois  florins  et  demi 
pièce.  Je  n'y  ay  que  la  fa^on,  et  ce  bien  petitement. 

Nous  vous  en  donnerons  trois  florins.  Regardez  si  vous 
voulez  de  nostre  argent.  Nous  avons  îi  faire  ailleurs,  nous 
ne  pouvons  longuement  marchander. 

Meticz-y  encore  une  pièce  de  six  sols. 

Nous  n'y  mettrions  pas  la  maille. 

Combien  en  voulez-vous  prendre  ? 

Chascun  trois. 

Rentrez  donc,  et  contez  de  l'argent. 

A  combien  prenez-vous  les  pistoles  ? 

A  cinq  florins  neuf  bats. 

n  me  semble  qu'elles  valent  d'avantage. 

Pardon  ne  z-raoy.  Monsieur. 

En  voilk  donc  trois,  qui  k  vostre  conte  ne  font  que  seize 
florins  et  douze  bats;  puis  voilk  deux  quaris  d'écu,  qui  avec 
ces  deux  pièces  de  dix-huicl  deniers  font  juslemenl  dix- 
huict  florins. 


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235 

!1  s'en  faut  un  sol  ;  mais  pour  peu  de  chose,  peu  de  plaid. 
Il  me  semble  que  ces  pisloles  sont  bien  petites,  je  crains 
qu'elles  ne  soient  trop  légères .  Gardon,  baille-moi  le  trébu- 
cbet  pour  les  peser.  Elles  sont  de  poids.  Ne  voulez-vous  rien 
d'avantage?  J'ay  de  belles  coeffes,  fraises,  fraisettes,  man- 
chettes, rabats  b  dentelle,  et  de  poinct-coupé :  (1)  et  pour 
vos  ménagères  des  peignoirs,  collerettes,  couvre-cbefs, 
cornettes,  toilettes,  gaMerobbes  blancs  et  tavayoles.  (2) 
Comme  aussi  de  toutes  sortes  de  toile  et  fllé  :  de  la  toile  de 
Cambray,  de  Suabe,  de  Hollande,  du  linon,  de  la  gaze. 


CHAPITRE  CINQUANTE-TROISIÈME 
Du  maquignon  de  chflTaux, 


Mon  maietre,  je  sçay  un  Seigneur  qui  a  à  faire  de  deux 
cbevaux  de  selle,  de  quatre  chevaux  de  carosse  de  mesme 
parure  ou  poil,  de  trois  chevaux  de  Iraict,  d'un  bon  mallier, 
sommier,  d'un  petit  bidet  pour  son  fils  et  d'une  haquenée 
ou  traquenart  poursa  femme.  C'est  pourquoy  je  suis  venu 
vers  vous,  pour  savoir  si  vous  t'en  pourriez  accommoder  h 
prix  raisonnable. 

Ouy  dà,  MoDsieur  :  car  bien  que  je  ne  les  aye  pas  tous,  si 
sçay-je  bien  où  ils  sont  k  vendre,  et  non  seulement  ceux, 
que  vous  avez  nommez,  mais  aussi  plusieurs  autres,  comme 
un  eslalon,  une  cavalle  ou  jument,  un  roussîn,  un  Barbe,  un 
Polonnois,  un  Sarde,  un  Genêt  d'Espagne,  un  coursier  de 


(1)  ffauben,    Krœst,  Handkrœtilein,   Handûbenchlœg 
Umbsc/ilœgmil  Spitxen  und  vonauasgeschnittener  Arbeit. 

(2)  Haarmaentelein,  Nackmaentel,  Schleyer.Nachtsck- 
leyer,  Nachltûcher,  tceysse  Schûrtz,  und  Taufflûchtr . 


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236  REVUE  D' ALSACE 

iNaples,  un  guildin  d'Angleterre,  un  courtaul,  un  Frison,  un 
poullin,  une  poultre,  un  cheval  de  manège,  un  cheval  hianc, 
grison,  gris  pommelé,  un  roQen,  rubican,  un  moreau, 
mouEchel*^,  bayou  bayard,  .nlzan,  alznn-brusli',  balzan,  une 
pie,  un  fauve,  etc.(i^ 

Menez-moy  les  voir,  je  vous  prie. 

Venez  avec  moi  au  haras  de  N. 

Les  voilà  tous,  dites  en  voslre  opinion,  vous  les  cognois- 
eez  à  la  taille,  au  poil,  nu  pas,  au  Irot,  au  galop,  ii  la 
course. 

Cestuy-cy  est  doux,  cet  autre  ru6  ou  regimbe,  Cestuy-lh 
est  ombrageux,  rcslif,  fort  en  bouche.  Cesluy-I'i  est  brusque 
fougueux,  s'abandonne  de  leste,  s'esgourmit  ou  rengorge, 
est  fascheux  à  ferrer,  perce  son  mors,  s'enlrelaille,  ou  forge, 
se  balotte.  En  voicy  un  qui  a  bonne  bouche,  est  seur  aux 
espérons,  a  un  l)on  pas,  un  bon  trol,  IroUe,  galoppe,  va 
l'amble,  le  Iraquenart,  il  court  bien.  Cest  autre  ne  porte  pas 
bien  la  leste,  il  a  besoin  d'un  cavesson,  cesluy-cy  au  rebours 
ne  cabre  ou  enarbre  volontiers  et  pourtant  demande  le 
camorre.  Voyez-vous  ce  hongre,  il  est  ferré  de  toutes  ses 
dens,  a  les  yeux  verrons,  une  estoile  au  front  et  le  col  voulé 
Il  a  belle  crnupe,  longs  crins,  les  paturons  courts.  En  voilà 
trois,  dont  l'un  est  de  platte  corne,  le  second  de  comble 
corne  et  le  troisième  a  le  pied  de  mulet. 

Qu'est-ce  qu'on  appelle  le  garrot  : 

C'est  l'os  au  bout  du  col  du  cheval  sous  le  pommeau  de 
la  selle,  les  flancs  sont  les  costés  du  ventre.  Les  canons  sont 
les  os,  depuis  les  genoux  iusques  aux  pieds.  Outre  cela,  un 
cheval  a  le  dos,  l'eschine,  la  queue,  le  tronc,  les  jambes,  le 
sabot,  la  corne,  les  salières,  les  remolins,  le  niuffle. 

Avez- vous  des  chevaux  de  louage? 

Ouy,  les  voilh  en  ceste  estable,  entrez-y,  et  les  voyez. 

0 qu'ils  sont  maigres  et  desfaits!  Outre  cela,  il  n'y  en  a 
{1}  Ein  bcsckœlfir,  eine  Slnl,  ein  ffei'i/it.  Eût 
Barbar,  einPoInck,  ein  Sardanisch,  ein  Spanif^h  Pferd, 
ein  Turnierross,  am  Neapo/i,  ein  en*ffliitc/i-r  Zelter. 
ein  Stulzohr,  ein  Frieslœnder,  ein  Bohl,  vin  junge 
Stut ,  ein  Schulpferd,  Weiischimmel ,  grauer,  apffel- 
graw,  rolfischimmel  oder  xandsc/iimtuel,  sHchelhœritj, 
ein  Happ,  Muckenschimmel,  Braunfuchit.  xçfureissftic/is, 
Weisfucks,  ein  Scheck,  ein  Fahl  etc. 


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I.A   ViB   .V   STlIAïiBOLHG  £tT 

pas  un  qui  ii'aye  son  vice.  L'un  est  gourd-foulé,  l'autre 
fourlieu,  l'autre  borgne,  aveugle,  farcinous,  0  les  pauvres 
huriiJelles  de  deslrcsBC. 

Messieurs  les  Ëstudians  ou  Escoliers  (de  leur  grâce),  me 
lesontninsi  accouslrez.  Quand  ils  ont  bien  Irinqué  en  un 
banquet  d'Adieu,  et  qu'ils  donnent  la  conduite  ù  un  de  leur 
pays  qui  s'en  va,  ils  piquent  et  tourmentent  de  sorte  les 
pauvres  besles,  lesquelles  ils  font  jusner  toute  la  journée, 
que  c'est  merveille  qu'elles  ne  tombent  mortes  entre  leurs 
jambes.  La  taxe  ordinaire  de  la  journée  d'un  cheval  est  d'un 
demi  risdaie,  mais  je  ne  leur  en  louêray  plus,  quand  bien  ils 
m'en  voudruient  donner  un  ilorin  ou  trente  six  sols:  si  ce 
n'est  quelcun  de  cognoissance,  ou  qui  donne  bon  respoDdanl. 


CHAFITRE  CINQUANTE  QUATRIEME 
DaSelUtr.  — Soliloque. 


Nous  sommes  grandement  obligez  à  Messieurs  de  la  ville 
de  N.  de  nous  y  avoir  octrayé  libre  entrée  et  sortie,  pour 
y  uclielter  toutes  nos  nécessitez,  et  notamment  le  harnas  des 
chevaux  de  traicts  et  de  selle;  car  as  vitlettes  que  nous  tenons 
il  n'y  a  plus  rien,  nos  devanciers  n'y  ont  laissa  ni  riffle,  ni 
rarUe  ;  les  selliers  ne  sont  pas  assortis  el  n'ont  pas  la  moitié 
de  ce  qu'ils  devrolenl  avoir.  Celuy  qui  a  une  selle,  n'a  point 
de  sangle  .  Celuy  qui  a  des  brides  n'a  ni  poictral  ni  crou- 
pière. Tel  a  des  estrivières  qui  n'a  point  d'estriers,  beaucoup 
moins  de  ihnpelelg.  S'il  a  des  Tourreaux  de  pistolets,  il  n'a  ni 
riLUconnière,  ni  malle,  ni  valize,  ni  coussinets  h  courir  la  poste 
ni  basts  pour  les  sommiers.  Mais  icy  tout  y  est  en  abondance 
insqu'aux  nerfs  de  bœufs,  rnmorros  et  licols,  mors,  branches, 
bosselles  de  brides  de  mulets,  resncs,  gourmettes,  sous- 
gorfte,  teslières,  surfaix.  J'y  ay  fait  recouvrir  le  pommeau 
de  ma  selle,  et  les  arçons,  parce  que  le  cuir  en  esloit  usé  et 
di'schln'-,  et  que  l'on  en  voyoit  la  liourre.  Je   l'ay  aussi  faie 


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ZJn  IIEVVE   D  ALSItCS 

rembourrer  par  lout.  Il  ne  me  manque  plus  rien  que  des 
trajets,  eseourgèes  et  chassoires,  et  du  cordage,  que  je  Irou- 
vcray  au  faux  bourg  en  sortant  de  la  ville. 

CHAPITRE  CINQUANTE-CINQUÊME 
Du  Xareichal. 


Qu'a  votre  cheval,  qu'il  cloche'? 

Je  ne  sçay,  si  ce  n'est  que  le  mareschal,  qui  l'a  Terré  h  ce 
matin  l'aye  paradventure  eucloué  :  car  la  traicte,  que  j'ay 
aujourd'huy  faite  n'a  pas  été  si  grande,  que  de  le  pouvoir 
mettre  sur  les  dens,  ou  rendre  boiteux. 

Je  vous  conseille  d'y  regarder  de  bonne  heure,  de  peur  de 
luy  gasterle  pied. 

Aussi  tost  que  nous  serons  arrivez  en  la  ville,  j'envoyeray 
quérir  le  meilleur  mareschal  qui  y  soit. 

Nous  voicy  desj^  dans  le  faux  bourg,  où  il  y  a  une  très 
bonne  hostelerie,  meLtons-y  pied  à  terre  et  y  logeons. 

J'en  suis  content.  Garçon,  vois-tu  ce  travail  (t)  Ih-bas? 
c'est  la  boutique  d'un  mareschal;  va  dire  au  maietre  qu'il 
vienne  en  haste  jusques  icy,  et  apporte  des  fers  et  des  doux, 
et  des  inorailles,  sans  oublier  son  marleau  et  ses  tenailles. 

Le  voicy  :  il  m'a  falu  attendre  un  peu  qu'il  eust  achevé  de 
forger  sur  l'enclume  un  fer  qu'il  avoit  commencé. 

Qu'y  a-il  à  faire  icy,  Messieurs? 

-Mon  maystre,  regardez  ce  qu'il  faut  à  mon  cheval,  il  com- 
mence k  clocher  de  ce  pied. 

Il  estencloUé. 

Qu'est-il  donc  de  faire? 

11  le  faut  desferrer  ou  luy  osier  le  fer,  luy  bien  parer  In 
corne,  et  le  referrer  commme  il  faut, 

Faites  le  donc  vistement,  et  je  vous  contenteray.  Ratta- 
chez-luy  aussi  les  fers,  qui  lochent,  où  luy  en  mettez  d'autres, 
s'il  en  est  besoin. 


(i)  Nothstall. 


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Ferrez  le  mien  à  glace  mon  maJstre  :   il   Tait  une  extrême 
froidure  h  ce  Boir,  il  gèlera  la  nuict,  et  sera  demain  glissant 


par  tout 


CHAPITRE  CINQUANTE-SIXIÈME 
Du  Prédicatenr. 


Où  a  liez- vous  tous  les  dimanches  au  presche'f 

Je  vay  b  Sainct  Nicolas  (1).  quand  il  fait  beau  mais  lore 
qu'il  pleut,  au  Dôme,  au  Monstier  ou  en  la  Grande  Eglise. 

Pourquoy  est-ce  que  vous  allez  si  loing,  ayant  une  églisi^ 
si  près  de  vostre  logis  (î)  N'est-ce  pas  vostre  paroisse. 

Nenny,  j'ay  choisi  ce  petit  t«mpte  pour  plusieursraisons. 
Premièrement  i'y  ay  une  bonne  place  vis-à-vis  de  la  chaire 
du  Ministre,  auprès  des  orgues,  qui  sont  au  dessus  de  l'autel  ; 
et  mesme  en  quelque  coin  que  l'on  soit,  en  bas  ou  sur  les 
gaileries,  on  peut  tout  entendre  sans  perdre  un  seul  mot  du 
sermon  ou  de  la  prédication.  Puis  après  il  y  fait  plus  clair, 
qu'en  nul  autre,  et  i'y  puis  lire  aisément  Ifi  pseaume,  ou  can- 
tique spirituel  qu'on  y  chante,  quelque  sombre  temps  qu'il 


il)  L'église  St  Nicolas  est  une  construction  banale  de  la  Un 
du  XIV*  siècle  avec  un  chœur  du  XV*.  Elle  remplace  une 
petite  chapelle  beaucoup  plus  ancienne,  que  le  chevalier 
Gauthier  Spender  avait  t'tevéeen  1182,  en  l'honneur  de  Marie- 
Madeleine,  Stc  Cécile  et  des  SS.  Maurice  et  Nicolas.  En  1311 
elle  fut  incorporée  au  Chapitre  Je  SI  Thcmass.  La  grande 
mortalité  qui  suivit  la  peste  de  1381  fut  une  source  de  richesses 
pour  plu^ipurs  des  paroisses  de  Strasbourg  cl  l'on  put  faire 
les  frais  d'une  reconstruction  de  la  nef;  seul,  l'antique  chœur 
subsista  jusqu'en  1434.  Le  clocher  actuel  date  de  lôSiî  Le 
zèle  des  iconoclast'?s  de  ta  Réforme  (1330)  et  de  ceux  de  la  Ré- 
volution fut  falal  hSt-NicoIas  ;  eu  1793,  malgré  le  bonnet  rouge 
dont  on  l'avait  coiffée,  une  statue  du  Saint  qui  ornait  la  façade, 
tomba  sous  le  marteau  des  d(^molisseurs.(Seyboth,  Strasbg. 
hist.  p.  600-601.  Schmidt  Hist.  Chap.  Si  Thomas  248-231, 
Strasshurger  ûassen  und  Heeusernamen.  129  Pilon  1  71). 


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iH>  HEVUE  d'aLSACH 

face.  Pour  le  Iruisième,  le  Ministre  presche  d'une  vuix  fork'. 
et  parle  très  distinclemeDl,  ce  qui  est  très  agréable  pour  un 
auditeur  qui  n'est  pas  allemand  naturel. 

Je  suis  d'advis  d'y  aller  aussi  :  veu  mesme  qu'on  y  relient 
encore  la  confession  auriculaire,  ^  laquelle  je  me  suisaccous- 
tumé  en  noslre  pays  de  N.  où  l'on  va  avant  que  de  se  eoni- 
munier,  ou  communiquer  à  laSaincle  Cène  :  sans  toutes  fois 
spécifier  les  péchez,  si  ce  n'est  du  plein  gré  et  propre 
mouvement  du  confessant  ou  de  celui  qui  le  confesse. 

Pour  moy,  i'ay  esté  instruict  à  confesser  mes  forfaîls, 
transgressions,  iniquitez  et  toutes  sortes  de  péchez  au  Dieu 
de  miséricorde,  qui  peut  et  veut,  selon  ses  promesses,  infail- 
libles, les  pardonner  ii  pur  et  h  plein,  h  ceux  qui  d'un  cii>ur 
froisséet  repentant  de  leurs  mcsfaits, et  sérieusement  désireux 
d'amender  leur  vie,  se  jettent  et  abbalent  devant  le  throne  d<' 
sa  grâce,  luy  erians  mercy,  demandnus  pardon  pour  le  passé 
et  le  secours  et  assistance  de  son  Saincl -Esprit  pour  charrier 
plusdroictà  l'avenir,  et  demeurer  ferme  dans  les  senliers 
des  commandements.  Toutes  fois  je  ncdésapprouvepasvoslre 
couslume,  estant  accompagnée  de  celle  que  je  viens  dédire. 
Aussi  les  conjoignons-nous.  Pour  les  mardis  et  vendredis, 
jevayen  l'Eglise  Cathédrale,  au  presche  de  Monsieur  le 
Docteur  Mareschal  et  de  maisire  S.  (1)  cuiv  de  Sninclo 
.\ureille:  il  y  a  très  grande  presse  h  ouyr  prcscher  ces  deux 
personnages. 


CHAPITRE  CINQUANTE  SEPTIEMK 
Da  relieur  de  livres 


Maistre  N.  auriez-vous  le  loisir  lie  mp  relier  quelques  livi-es 
à  la  hasle. 

Nenny,  s'ils  doivent  estre  lavez  :  car  i'ai  lavé  îi  ce  matin, 
lellement  qu'il  faut  attendre  qu'il  me  vienne  quelipie  autre 

(1)  Le  texte  allemand  porte  simplement.  Ift-rrri  Doclor 
Schm.  unàM.Seh.  (sans  doute  Schmidi). 


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a--'' 


LA    VIE   A    STBASBOlRli  iH'i 

besogne  :  car  deux  ou  Irois  livres  ne  peuvent  porter  les  frais 
d'une  nouvelle  eau. 

L'un  n'a  pas  besoin  d'estre  lavé,  estant  de  papier  à  escrirc  ; 
partant  je  vous  prie  de  le  coudre  seulement,  pour  m'en  pou- 
voir servir,  jusques  k  ce  que  vuus  ayez  le  loisir  de  l'achever. 

Envoyez-le  moy  donc  par  voslre  gar^-on , 

Aussy  feray-je,  et  ce  tout  incontinent,  car  je  m'en  retourna 
droict  au  logis. 

Maistre  S.  voicy  les  livres,  dont  mon  maistre  vous  vient 
de  parier.  Il  désii-e  que  vous  cousiez  cestuy-cy  en  hasle. 
qu'il  le  puisse  avoir  encore  aujourd'hny  devant  le  souper. 

N'a-il  pas  dit  comment  il  les  veut  avoir  reliez? 

Ouy;  ceste  Bible  Françoise  doit  eslre  laviîe,  réglfie,  bien 
bafue,  relii'e  en  veau  rouge  avec  deux  (liez  d'or,  dorée  sur  la 
trenche,  avec  une  trenche  file  de  soye  incarnate  et  verte,  et 
deux  rueillots  de  papier  marbré  tant  an  commencement  qu'au 
bout  du  livre. 

N'y  faut-il  point  de  rubans? 

Nenny,  il  y  veut  faire  faire  des  fermetures  ou  fermoirs 
d'argent.  Mêliez  de  bon  cailon  dedans  la  couverture,  et  la 
laissez  longtemps  en  la  presse,  ce  n'est  pas  une  besogne 
pressée,  faites-lii  à  loisir  el  liien.  Pour  cestuy-ci,  ce  sont  les 
Instituts,  qu'il  vous  faut  relier  en  velin,  (que  vous  appeliez 
bon  parchemini  et  marbrer  In  trenche,  y  fournir  et  mettre 
des  rubans  verds  de  fleuret,  avec  la  ti-enchc  file  de  filé  de 
mesme  couleur,  Voicy  le  code  du  Droict  civil  ou  du  Droict 
canon,  je  ne  sçay  pas  bonnement  lequel.  Beleiz-le  en  cuir  nie 
porc  avec  des  ais,  si  vous  en  avez. 

Hélas!  nenny.  Ceux  du  pays  de  Bavière,  d'oïl  il  nous  venoit 
icy,  mangent  k  O'sle  heure  la  coûane  îi  faute  de  Inrd  :  encor? 
n'en  ont-ils  qu'à  lèche  doigts. 

Reliez-le  donc  en  basane  violette  avec  de  gros  carton,  sans 
aiguillettes.  l'our  ce  pseautier,  ou  livre  de  pseaumes,  il  li' 
veut  avoir  proprement  relié  en  marroquin  muge,  doré  à 
petits  fers,  ainsi  qu'on  relie  ordinairement  le  pseautleralle 
mand  de  l'impression  de  Strasbourg  en  nonparoille. 

Prenez  bien  garde  de  les  si  bien  rogner  tous,  iiiLaroment 
les  dorez,  qu'il  ne  faille  pas  ouvrir  les  fueillets  avec  un  cou- 
teau ou  ganif  ;  car  il  n'y  a  rien  qui  dépare  plus  In  trenche- 


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238  nKviE  d'alsack 

Collez  aussi  bien  de  dos,  non  de  papin,  mais  de  colle  forte. 
afin  qu'il  ne  se  rompe  pas  si  lost  en  les  ouvrant. 

Dis  à  ton  maistre  qu'il  laisse  faire  à  George,  qu'il  est 
homme  d'aage.  Je  ne  suis  ni  apprentif,  ni  muçon,  ni  gnste- 
mestier. 

■le  le  sçay  bien,  vous  n'avez  pas  tanl  voyagé  pour  ne  rien 
apprendre  :  mais  un  homme  qui  fait  faire  quelque-chose, 
dit  volontiers  comment  il  la  veut  avoir.  Il  vous  prie  aussi 
que  vous  ne  le  fuciez  pas  longtemps  attendre. 

S'il  ne  veut allendrc,  qu'il  courcdevanl  :  il  me  faut  achever 
reste  besogne-cy  auparavant  :  qui  premier  vient  au  moulin, 
premier  engrène. 

Vous  eussiez  esté  un  bon  juge,  vous  n'avez  point  d'esgard 
!i  l'apparence  des  personnes.  11  semble  k  vous  ouyr  parler» 
quemonmaistre  soitun  fendeur  de  souches  ou  vostre  pareil, 
je  m'csmerveille  que  des  gens  de  {{ualité  daignent  faire 
gagner  del'argentk  un  rustaut,  qui  lus  rudoyé  do  la  façon,  et 
leur  porte  si  peudo  respect. 

,)e  suis  autant  que  Ion  maître,  hops-mis  son  tiltre  :  il  ne  me 
donne  rien  pour  rien.  Va  l'en  lioi's  d'icy,  babillard,  ou  ic  le 
hasteray  bien  d'aller. 

A  Dieu  donc,  car  ie  hay  naturellement  les  coups.  Mais  je 
me  plaindray  à  mon  maistre  de  vosirc  incivilité  plus  que 
rustique  :  il  fautque  vous  ayez  beaucoup  d'argent  contant, 
que  vous  estes  si  fier  et  rogue 

Si  ie  t'empoigne,  si  ie  je  mt:  rue  sur  la  friperie. 

Que  me  ferez-vous  ?  Vous  ne  me  lainez  qu'une  oreille  d'un 
costé  ou  me  mettrez  la  teste  entre  deux  espautes  (1). 

Attends,  attends,  ie  te  le  monstreray,  ie  te  planteray  la 
fève,  ou  te  laveray  la  teste  sans  lexive.  (I  qu'il  a  bien  fait  de 
gagner  aux  pieds,  ce  petit  fripon,  l'estois  en  bonne  humeur 
de  luy  faire  manger  une  salade  de  coups  de  poing,  ou  de  luy 
donner  les  seaux,  ou  planter  la  fève. 

Maistre,  il  y  a  un  défaut  en  ce  livre-cy,  la  lettre  U.  y 
manque. 


(1)  Eipressions  populaires  très  en  usage  à  Strasbourg  aujour- 
d'hui encore. 


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LA    VIE    A   STHASHOL'HU  âÔ9 

lleporle-te  donc  chez  le  libraire,  et  luy  demande  ccste 
fueillË  ;  s'il  le  la  donne,  bon  ;  sinon  laissc-luy  le  livre.  Tiens, 
plie  ccstuy-là  el  le  couds,  il  esl  entier,  ie  l'ay  collulionné  :  il 
n  justement  deux  alphabets.  Prends  garde  sur  ta  vie  que  tu 
n'en  laisses  pei-dreou  esgarer  un  cahier. 

lié  bien,  mes  livres  sont-ils  reliez  ? 

Ouy,  Monsieur,  les  voylà. 

Voilà  qui  va  bien,  vous  estes  un  brave  homme. 

Chascun  ne  le  dit  pas. 

Je  le  croy  Lien  :  quel  moyen  aussi  de  contenter  tout  le 
monde?  il  faudroit  estre  bien  rent'^  Combien  vous  faut-il 
pour  la  reliure  de  tout  cela  ? 

Trois  florins,  trois  schillings  ;  douze  schillings  pour  ie  Code, 
autant  pour  la  Bible,  cinq  pour  le  Pseautier,  et  quatre  pour 
les  Instituts. 

C'est  trop  ù  la  véritt!  :  ie  n'ay  jamais  payé  plus  de  quatre 
bats  ou  trois  schillings  d'un  livre  in  octavo,  comme  sont  les 
Instituts  ;  et  puis  ce  seroil  assez  de  quatre  5chilltDgs.pour  ce 
petit  livre  de  Pscaumcs.  Faites  qu'on  aye  encore  envie  de  re- 
tourner à  vous  une  autre  fois. 

Je  ne  me  puis  plus  régler  selon  la  vieille  taxe  :  la  cheiiê 
des  vivres,  les  tailles,  imposts,  et  corvées  nous  contraignent 
de  renchérir  nostre  besogne,  pour  n'estre  contraints  de  faire 
le  demi-crucifix,  ou  mendier  e;t  travaillant.  Je  ne  vous  parle- 
ruy  point  des  coqs  d'Inde,  perdrix  et  beccasses,  dont  ie  n'ay 
jamais  gousté  et  m'en  passeray  encore  bien  :  mais  du  fro- 
ment, dont  le  sextier  couste  neuf,  et  dix  escus  :  outre  celîi, 
un  chou  cabus  ou  te^te  de  chou  blanc,  trois  bats  ou  quatre  : 
une  poulie,  douze  schillings,  ou  trente  six  sols  :  un  œuf,  dix 
huict  deniers.  Uernièrcment  ma  voisine  m'appcUa,  et  me  de- 
manda, si  ie  ne  voulois  point  acheter  d'œufs,  parce  qu'il  y 
avoit  quelqu'un  eu  la  ruiS  qui  en  vouloit  donner  cinq  pour 
six  sols,  et  pour  ce  rroyoit-elle  qu'il  les  eost  desrobbez. 

Je  sray  bien  tout  cela,  c'est  pouripioy  ie  vous  donneray, 
sans  longtemps  disputer,  ce  qui  esl  de  raison.  Tenez,  voilà 
trois  florins  en  une  pièce,  c'est  un  escu  sol,  ou  au  soleil. 

Bien,  ie  les  prendray  en  espérance  que  vous  me  rccompen- 
crez  une  autre  fois,  en  considi^ration  que  vous  estes  un  de 


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HRVUB   D  ALRACK 


mes  vieux  chalands.  Vous  les  feray-ie  porter  en  voatre  logis 
par  mon  apprenlif? 
Ouy,  s'il  vous  plait.  le  luy  donnerny  son  vin. 


CHAPITRE  ClNQUANTE-HirCTIEME 
Ou  Mari 

Jlinogame.  —  Que  veut  dire  resl"  sonnerie  en  toules  les 
paroisses  de  notre  ville  i 

Pliilotjame.  —  Cela  veut  dire  des  nopces. 

Mhogame.  —  le  m'esbahis  qu'il  se  trouve  encore  des 
gens,  qui  se  veulent  sousmelire  à  l'insupportable  ioug  du 
mariage,  durant  cestos  cherté,  principalement  de  vivres, 
Ces  pauvres  artisans  ne  pourruîent-ils  pas  bien  manger  ce 
peu  qu'ils  gagnent,  sans  se  charger  encore  d'une  autre 
personne? 

Phil.  —  Comment  voudriez-vous  qu'ils  tinssent  ménage 
sans  femme?  Un  ménage  sans  femelle  est  une  lanterne  sans 
chandelle.  Qui  esl-ce  qui  relaveroil  leur  escuelle,  n^feroit 
leur  lict*  ramniineioit  leur  poili'.  lilanehisseroit  leur 
linge*  etc. 

Mix.  —  [l  n'y  a  point  faute  de  bhinchisseuses  icy  :  pour 
le  reste,  il  n'y  a  homme,  qui  ne  le  pui^ise  aisi^'inent  faire. 

Ph.  —  Qui  est-i'e  qui  travailliMvit  cependant,  que  le 
jocrisse  ou  taste-poullc  cbambrillimneroit  (l|?Vous  vou- 
driez san»  doute  iju'il  sonnast  et  allui^t  en  mesmc  temp^ 
k  la  procession,  ou  sifllast  et  beust  tout  ensemble.  Asseurez- 
YOus  qu'une  fenimi- conduisant  bien  son  ménage,  et  espnr- 
gnante,  fait  autant  que  son  mari  qui  travaille, 

/>A.  —  Ouy  bien,  si  le  bouhf'ur  en  diiisoit  à  ehascun  et 
qu'on  trouvasl  la  bonne  femme,  desîriti'  par  le  llny  Salomon 
en  ses  proverbes,  mais  la  race  en  est  périe:  elles  sont 
aiijourd'huy  tell-'s  qu'on  dil  en  vray  proverbe  :  Aujourd'huy 


(1)  l'nterdetgen.  dns^  der  ErhannsalT  ai/er  ffennengrellT  der 
Mag'l  Arheit  nbtravti'n  ao/f'. 


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LA   VIE   A    STHASBOLIIG  iGi 

mari,  demain  marri  (1>,  et  le  pis  est  que  ce  marché  tient 
Jusques  à  la  mort,  el  que  l'on  n'en  est  pas  quitte  en  pnyanl 
les  vins.  Oui  mal  se  marie  s'en  sent  loute  sa  vie. 

l'h. — S'il  faisoit  si  mauvais  et  dangereux  en  mariage, 
on  ne  verroit  pas  tant  de  veufs  et  de  veufves  se  remarier 
jusques  à  trois  ou  quatre  fois. 

M.  l'en  scay  bien  la  raison.  C'est  (|u'il  n'ont  pas  le  don 
de  continence,  comme  moy.  Dieu  mercy, 

P/i. Estes-vous  donc  des  froides  queues,  ou  mati5- 

llcié,  ou  séné,  comme  un  porc  qu'on  veut  engraisser? 

M.  —  le  ne  suis  ni  séné,  ni  cliaponné.  mais  i'ay  le 
pouvoir  de  gouverner  mes  passions,  comme  formais  ii  la 
cadène. 

Ph.  —  C'est  beaucoup,  s'il  est  vray  :  vous  n'en  aveï  pour- 
tant guère  la  mine,  estant  si  dispost,  membru  et  vermeil  aux 
joues.  Gardez-vons  bien  de  faire  comme  plusieurs  hypocrites 
qui,  vivans  en  célibat,  outre  les  péchez  occultes,  qu'ils  com- 
mettent, et  les  sales  convoitises  dont  ils  polluent  leurs  âmes, 
tombent  il  lalon^ue  entre  les  mains  de  la  justice  ou  Magis- 
trat politique,  qui  ne  souffre  ni  le  concubinat,  ni  le  garoilage 
des  taureaux  banaux,  qui  par  faute  de  femme  Icgllime,  sont 
en  rut  continuel,  l'ny  veu  rexijprieneo  de  cecy  en  un  joueur 
(le  luth,  lequel  se  moquant  d'u;i  de  ses  amys,  dequoy  il  s'es- 
toil  marié,  et  su  ventant  de  sa  liberté,  allant  tous  les  jours 
au  change  chercher  foilune,  trouva  enlin  son  infortune;  car 
premièrement  une  de  ses  garscs  ayant  été  appréhendée  et 
mise  au  carquan  avec  un  peunache  de  bouleau  au-dessus 
(le  sa  teste,  l'accusa,  et  ainsi  fut  cause  qu'il  prit  la  clef 
des  champs,  de  peur  de  vestir  un  pourpoint  de  pierre,  et  ne 
rentra  point  en  ville,  qu'en  payant  vingt-cinq  risdales  :  mais 
la  plus  grande  punition  qu'il  en  receul,  fut  que  par  après 
il<leviiitsi  parfaitement  Napleux  lâj  sans  passer  tes  monts 

(i)  Ifeul  (/efreyet.  morgen  f/erewet,  lleute  Ehe,  Morgeii 
Wehe.Ce  proverbe  irèsuEilé  au  Xyil-^s.  se  rencontre  dans  les  yoie« 
du  Mariage  publit^es  en  l(i)4T  ù  l'occasion  dH  mariage  de  Ph.  !.. 
Kunaal  en  dialecte  strasbourgeois,  publiées  en  )S89  par  J. 
Froelich. 

(2)  Le  mal  de  Naples  ou  la  syphilis  el  traduit  par  Martin  sim- 
plement die  Frantcosen. 


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qu'une  fine  el  exquise  vérole  Uiy  rongea  les  os  de  In  lesle 
peu  h  peu,  par  l'espace  de  huict  ou  ueuf  an«.  lellement 
qu'eslans  sortis  pnr  petites  piêres,  le  nez  s'enTmira  et  com- 
mença Il  piiir  de  sorte  que  personne  ne  le  vu^ihiat  plus  loger 
il  fui  contraint  de  se  retirer  en  l'hospital,  où  il  mourut 
comme  il  pleut  à  Dieu.  Tels  sont  li's  itigeinens  de  Dieu  s-ur 
ceux,  qui  mesprisentsfs  ordonnancfs.  En  tel  vivier  se  preml 
tel  poisson.  Maintenant  rai-onlez-nioy  toutes  les  incommo- 
ditez  du  mariage  pour  voir  si  elles  enipm-leront  le  poids  ùe> 
susdites. 

àf.  —  Premièrement,  qui  cherche  femme  cl  veut  faire  l'n- 
luour,  doit  délier  sa  bourse  pour  faire  do*  piV'sens  k  sa  bien- 
ainiée,  luy  donner  aujourd'hui  de  beaux  rutuins  pour  si<s 
tresses  pendantes,  demain  un  lacet  d'argent  ou  d'or,  trois 
qutrtiers  de  quelque  belle  •■slofTe  pour  une  pièce,  la  mener 
faire  la  promenade  et  la  collation  en  un  beau  Jardin  avec  une 
brigade  de  ses  compagnes  :  car  la  libéralité  est  la  (llle  aisnéo 
de  l'amour,  et  à  qui  apporte,  s'ouvre  la  porte  :  et  mesmes; 
Uui  graisse  bien  ses  rou5s  sort  aisément  des  houës.  Après  qu*- 
cesle  vie  prodigue  a  dun-  on  bon  espace  de  temps,  et  que  l'a- 
mourauK  las  de  tournoyer  ii  l'entour  du  pot,  veut  venir  an 
but,  s'il  a  gagné  les  bonnes  grùcfs  de  sa  dnnie,  el  en  a  tiré 
une  favorable  responce,  c'est  alors  r{u'ii  faut  mettre  à  bon 
escient  la  main  à  la  bourse,  acheter  de  belles 'bagues,  des 
brasselets  de  coraux  el  granats,  ile«  carquans  de  perles,  el 
des  chainej  d'or,  et  en  faveur  de  la  nouvelle  parenté,  faire 
présent  au  beau-fièi-e  d'un  chapeiiu  iivec  le  cordon  dn  cinc[ 
ou  six  risdales,  à  la  bellc-so'ur  d'une  paire  de  bas  de  soye,  ou 
pour  le  moins  d'Angleterre,  avei'  la  paire  de  souliers  de  cuir 
velouté.  Et  bien  que  les  futurs  cspoux  soient  desja  d'accord 
touchant  les  articles  du  contntct  île  mariage,  si  est-ce  que 
pour  observer  la  forme  ordinaire,  el  faire  les  fiais  accoustu- 
mez,  il  faut  envoyer  deux  bon nor.i blés  hommes  an  père  de  la 
fille  pour  la  demander  :  ausquels  il  sentit  mal  séant  de  ne 
rien  donner,  el  nererognoislre  leur  peine.  Quoy  fait,  le  (iancé 
se  l'cpose  un  petit  jiour  mieux  sauter  ;  car  le  père  de  la  fian- 
cée est  tenu  de  faire  les  frais  des  (lan(;ailles.  Le  fiancé  n'est 
pas  pourtant  franc,  veu  que  par  le  contract  de  mariage  on 
l'oblige  h  donner  pour  douaire  à  sa  future  espouse  deux,  trois 


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I,*  VIE  A  ■itiUSBufHd  â(i3 

ou  quali-e  cens  llorins  en  proprii^lé,  lesquels  le  lendemain  Uc 
la  nopce,  advenant  le  Jecâs  subit  de  l'un  uu  de  l'autre,  il  faut 
délivrer  aux  parenlsde  la  mariée,  avec  loules  les  bagues, 
ioyuus  et  babils,  qu'elle  a  receus  de  son  bicnaimé,  comme  i'en 
ay  un  exemple  tout  frais  d'un  jeune  homme,  à  qui  il  a  cousté 
environ  Irois  mille  florins  pour  avoir  jouy  de  sa  femme  l'es- 
pace d'une  demi-année  seulement.  Les  fiançailles  cslans 
achevées,  il  faut  envoyer  le  tailleui'  cbcz  le  marchand  non 
âeulemenl  pour  lever  des  esloffes  pour  s'habiller  soy-mesmc. 
mais  pour  faire  une  rob"be  h  collet  à  mademoiselle,  une  juppi; 
ou  cotte,  un  frizon  rouge,  une  sous  mbbe,  et  du  veloux  plein 
et  ligure,  qu'on  envoyé  au  chaperonnier,  pour  en  faire  deux 
chaperons,  l'un  pour  les  dimanches,  dont  le  bord  soit  de  sou- 
bline  (Il  ;  l'autre  de  martre  pour  tous  les  jours,  ou  jours 
ouvriers,  les  deux  revenaut  avec  la  façon  à  quelques  vingt 
quatre  ou  vingt  cinq  risdales .  Après  cela  vient  une  couple  de 
pelliçons  de  peaux  d'agneaux,  dont  la  large  bordure  de  dehors 
soit  d'hermines,  et  le  haut  couvert  de  ilamas  et  de  taffetas 
renforcé,  chascune  montiinl  à  trente  cinq  ou  quarante  flo- 
rins, ou  h  peu  pri'S,  plus  tost  plus  que  moins,  car  i'en  ay  veu 
de  cinquante.  Ces  articles  vuidez,  on  va  voir  la  lingère  pour 
acheter  ou  faire  faire  des  coiffes  h  dentelle,  des  fraises,  colle- 
rettes, garderobbcs  à  la  mode,  de  fine  toile  blanche  comme 
neige  ;  et  choses  semblables  pour  environ  cent  florins.  De  la 
lingère,  il  faut  faire  un  tour  chez  l'orfèvre,  pour  j  acheter 
une  belle  potncte  de  diamant  qu'on  doit  mettre  au  doigt  de 
l'espousée  lors  de  la  copulation  en  l'Eglise,  et  laquelle  on 
n'aura  pas  ii  moins  de  trente  ou  quarante  risdales,  si  elle  est 
belle. 

Pfi.  —  Hé  bien,  avez-vous  tout  ditî  le  sac  est-il  vuide  î 
JU.  —  0  que  nenny,  voicy  le  meilleur  pour  la  bonne  bou- 
che. La  semaine  de  devant  la  nopcc  on  achettc  de  toutes  sor- 
tes de  bonnes  viandes  ;  on  asseure  un  notaire,  qui  le  ven- 
dredi, accompagné  d'un  des  parents  invite,  convie,  semond 
OH  prie  h  la  nopce  les  amis,  dont  les  noms  sont  escrits  en  une 


r  Zobeln  Brawen. 


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26-i  BEVUE  d'alsace 

liste.  A  ces  semonneurs  (1)  il  faut  donner  k  desieuner,  disner 
et  souper,  et  un  risdalc  en  espèce  à  Mr.  le  Notaire  pour  son 
tracas,  qui  en  gagne  encore  un  autre  le  jour  de  la  nopce  tant 
U  dresser  et  lire  la  liste  des  conviez  selon  l'oi-dre  qu'ils  doivent 
tenir  en  conduisant  et  reconduisant  l'espoux  et  l'espouse  de 
l'Eglise,  qu'à  les  congt'dier  et  remercier:  outre  leur  l)on 
loyer,  ils  sont  francs  d'escot,  n'ayaos  qu'à  torcher  leur  bou- 
che, et  s'en  aller  bourse  et  bouche  bien  garnie.  Il  faut  aussi 
donner  environ  un  deiui-risdateauClerdclaTnlju(2),aupoilo 
de  laquelle  les  gens  de  nopce  s'assemblent,  t.t  envoyer  quel- 
que honnesteté  tant  à  celuy  qui  les  a  espousez,  qu'au  mar- 
guillier.  Deux  ou  trois  ilorins  d'or  font  aussi  le  saut  pour  con- 
tenter tant  l'organiste,  que  les  musiciens  et  le  souffleur  d'or- 
gues. Xu  l'elour  de  l'Eglise  on  s'assied  à  table  (3)  pour  dissi- 


(2)  l)er-  Billet. 

(■'!)  La  Politei  Ordnung  de  Itiffl  proniulgiu^c  soua  le  gouveiue- 
iiienldu  sleltmeisIreLouia  Boeelilinde  Bœcklinsau,  en  usage  du- 
rant tout  le  XVIIt  sièi'lc  contenait  un  nbapiire  relalif  aui  noces. 
11  y  en  avait  de  trois  sortes  ;  les  FreykochzeiUn,  en  usage  dans 
la  première  classe  de  la  bourgeoisie  ;  les  invités  élaienl  Irailés 
aux  frais  des  époux  et  ne  donnaient  pas  de  prisent»  :  les  Gaab- 
hocAseilen,  pour  la  seconde  et  la  Iroisiëme  classe  ;  les  invités  en 
rccounaissauce  de  l'honneur  qui  leur  était  fail.  offraient  des  ra- 
deaux aux  époux  ;  les  Irtenkoch:eUen ,  apanage  commun  des  trois 
dernières  classes  ;  chaque  convive  payait  son  cent.  Aux  Freyhoch- 
seiten  et  aux  Gaabhochteiten  célébrées  soi!  dans  la  demeure  des 
époux,  chez  un  parent  ou  dans  les  tribus  pouvait  assister  la  pa- 
renté Jusqu'aux  cousins  issus  de  germains  et  SO  personnes  étran- 
gères seulement.  Les  fêles  ne  pouv-aicnl  durer  au  delà  de  3  jours, 
le  3'  pouvait  être  affecté  aux  gens  de  service.  L'cdil  réglementait 
le  nombre  de  plats  :  8  pour  la  i"  classe.  6  pour  la  i"  et  4  se'jlc- 
ment  pour  les  Irlenhof/iteileH  qui  ne  pouvaient  pas  (^Irc  compo 
sées  de  plus  de  tiO  personnes  cl  se  tenaient  ditos  les  poêles  des  tri- 
bus, dans  les  hôtelleries  ou  auberges.  Elles  ne  pouvaient  pas  non 
plus  durer  au  delà  de  deux  jours  et  défense  était  faite  de  la  pro- 
longer dans  les  villages  des  environs.  —  L'ordonnnnce  de  I6i8 
poussaient  le  £oiu  jusqu'à  fixer  la  <|uuntilé  et  la  qualité  des  vins  à 
boire.  Elle  enjoignait  même  ft  la  noc«  de  se  rendre  à  l'église  au 


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LA   VIE  A   STRASBOURG  265 

per  et  consumer  en  peu  d'heures  ce  qu'un  a  espargné  et 
amassé  en  toute  une  année.  Le  vin  esquis  y  est  beu  îi  creve- 
peau  non  seulement  par  les  conviez,  mais  aussi  par  valets, 
servantes,  relaveuses  de  vaseille,  qui  en  avalleiit  une  partie, 
et  en  emportent  une  autre,  sans  mettre  en  ligue  de  compte  ce 
qu'ils  en  respandent,  eslaiis  yvres,  comme  l'en  ny  souvent 
veu  avec  hoireur  faire  de^  gascliis  par  le  plancher.  Tinit  est 
alors  de  bonne  guerre,  on  fait  du  cuir  du  marié  larges  cour- 
royes,  car  il  doit  tout  desfrayer.  Le  lendemain  viennent  les 
parens  aider  îi  faire  de  nouveaux  despens,  sçavoir  est  un 
restaurant  pour  les  nouveau-mariez  avec  du  vin,  des  œufs  et 
du  Bucre,  qui  ne  couste  pas  moins  de  quatre  florins,  ou  trois 
risdales,  maintenant  que  la  livre  de  sucre  couste  treize  bats 
ou  trente  deux  sols,  et  que  l'on  croid  qu'une  femme  aye  des- 
robbé  ses  œufs,  quand  elle  en  veut  donner  cinq  pour  six 
sols:  car  on  en  fait  une  bonne  chauderonnée  suffisante  non 
seulement  aux  présens,  mais  aussi  aux  amis  absens,  aus- 
quels  on  en  envoyé  de  grandes  escuellées  au  logis,  pour  les 
obliger  k  faire  présent  de  quelque  pièce  de  ménage,  ou  d'ar- 
gent :  mais  la  matinée  estant  si  bien  commencée,  un  ne  s'ar- 
reste  pas  en  si  beau  chemin,  car  ce  potage  estant  avallé,  on 
couvre  la  table  de  bonnes  viandes,  de  bouilli  et  rosli  de  pas- 
lez  et  poissons,  à  peu  prés  comme  le  jour  précédent  mesmes 
les  Jeunes  gens,  tant  garçons  que  fllles  sont  invitez  à  la  colla- 
tion, qui  est  un  bi-n  repas  durant  toute  l'après-disnée.  Le 
troisième  jours  sont  traictez  les  pauvres  voisins,  artisans  et 
ceux  qui  ont  servi  k  la  nopce,  et  c'est  alors  qu'on  fait  bonne 
vie,  que  l'on  mange  des  deux  costez,  et  qu'on  boit  h  ventre 
desboutonné  :  et  par  ainsi  se  passe  la  semaine  sans  rien  ga- 


plus  tard  à  dix  heures,  «  afin  qu'elle  en  revienne  d'autant  plus  101 
cl  apparaisse  au  festin  k  une  heure  correcte  n,  c'est  k  dire  à  onze 
ht'ures,  cnr  i<  il  s'est  introduit  depuis  quelque  temps  une  habitude 
désordonnée.  Le  dîner  des  lendemain  et  des  surlendemain  com- 
mence trop  lard  ;  on  se  permet  souvent  de  ne  se  raeltre  à  table 
que  vers  midi,  à  midi,  et  même  plus  tard  encore  ;  omre  que  c'est 
une  chose  afOîgeante  pour  les  invités,  le  monde  est  encore  induit 
H  tabler  au-delà  de  ce  que  la  raison  autorise  »....  (Der  Statt 
Strambg   Polizey-Ordnung  1638;  Gérard  l'Ane.   Alsace  à  table 


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iKK  nEvi'B  u'alsace 

gner,  et  à  louajours  despenser.  l'ay  presque  oublié  que  pen- 
dant qu'on  est  a  table  le  premier  jour,  le  guft  ou  les  deux 
Irompeteurs  de  In  Tour,  ou  du  Monslier,  viennent  bonne- 
ment demander,  pour  avoir  sonné  de  La  trompette,  sans  en 
avoir  esté  priez.  Le  prochain  ilimanche  après  la  nopee,  quel- 
ques parentes  de  la  jeune  et  nouvelle  femme,  la  viennent 
quérir  en  son  logis  (là  où  elle  demeure  rei-luse  toute  la  çc- 
inaine  sans  se  monslrer  en  ruei  pour  la  mener  detiors,  com- 
me on  dil,  c'est  à  dire  la  conduire  au  presehe.  et  l'en  rame- 
ner. Or  ce  serait  une  grande  discourtoise  de  les  laisser  re- 
tourner il  jeun  en  leurs  maisons  après  avoir  fait  une  corvée, 
mais  les  finit  retenir  .'i  disner.  Quinze  jours  ou  trois  semai- 
nes après,  les  créanciers  tny  envoyent  ses  parties  de  tous 
coslez,  s'il  n'a  tout  puyé  e<mtenl  :  tellement  qu'il  a  grand 
subjecl  de  dire  ;  après  la  feste  gratte  la  leste.  Api-és  liesse 
vient  la  tristesse,  nul  soula*,  sans  lielas, 

Ph.  —  Hé  bien  en  estes-vous  îi  Amen?  Je  suis  Inntosi 
saoul  de  ee  fâcheux  discours. 

M.  —  Patience,  vous  estes  bien  chaud,  vous  ne  seriez  pas 
bon  pour  couver,  il  y  auroil  danger  de  vous  abbreuver  a 
ceslc  heure.  A-peine  aura  Monsieur  le  jeune  homme  repris 
haleine  que  le  clerc  de  sa  Tribu  lui  œnimandera  de  compa- 
roir devant  Messieurs  pour  recevoir  rommandemenl  de  fain- 
lagarde  de  S.  George  (qu'<m  appi'tlej  ou  la  faire  faire  par 
unaulreen  payant  environ  sept  florins,  et  un  repas  ou 
deux.  Puis  il  luy  faudra  payer  vingt  florins  d'or  en  la  Ihréso- 
rerie,  en  cas  qu'il  soit  estranger  et  le  droicl  de  la  tribu  ou 
argent  de  l'oile  (t).  Après  que  tout  cet  orage  est  passé,  et 
que  le  boursot,  le  boursillon,  la  bourse  et  la  gibecière  sont 
espuisez,  ou  n'ont  plus  que  la  lie,  ou  fondrilles  (2),  c'est  pour 
lors  qu'il  faut  nécessairement  chercher  de  l'argent,  car  bien 
qu'il  soit  fourni  de  chair,  il  faut  encore  du  pain,  du  sel  el 
de  tout  :  et  ceTout  s'estend  fort  loing:  veu  qu'il  n'y  a  si 
petit  ménage,  qui  n'aye  la  gueule  plus  grande  qu'un  four. 
Premièrement,  il  faut  pourvoir  le  grenier  de  blé  et  légume. 
la  cave  de  vin,  le  buscher  de  bois,  la  charbon  nii^rc  de  charbon 

(1)  Das  Slubengetil. 

(*)  Die  Mut/er. 


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LA   VIB  i    StHASBOURIi  26  f 

poui'une  année  au  moins  :  In  cheniini^c  doit  eslre  parôe  de 
i{Mnrtiei-s  d<.>  liiixl,  d.»  iambonR  et  clinir  enfumt'c  :  on  doit 
avoir  un  baril  de  vinaigre  derrièrt-  !<■  fouineau  ;  un  quintal 
de  beurre  rondu{(),  et  un  demi  de  sr\6  en  la  cave:  au  cabinet 
ou  armoire  en  la  despensc  trois  ou  quatre  pain»  de  sucre,  de 
toutes  sortes  d'espites  surfîsanienl  d'une  foire  îx  l'autre,  et  de 
l'huile  d'olive.  Si  In  jeune  femme  n'a  de  liches  père  et  mère, 
i|ui  l'ommeublent,  voilà  la  pilîp,  c'est  un  goulTre  et  abysme 
d'argent,  lors  <)u'il  Taul  acheltirchasqui' pii''('e  et  pii'cettc  de 
meuble .  Si  i'entro'S  dans  ce  labyrinthe,  le  n'en  s^aurois  sortir 
d'aujourd'huy,  pourtant  ie  vous  renvoyeraj'  aux  chapitres, 
i{ui  traiclent  des  meubles,  comme  sont  celuy  de  la  cuisinière, 
dn  boulanger,  ruslis^seiir,  servante,  gari;on,  blanchisseuse 
Pic. 

Sans  passer  plus  avant,  ie  laisseray  k  penser  à  qui  en  aura 
le  loisir,  que  eoustenl  à  nourrir  deux  servantes  pour  le 
moins,  l'une  cuisinièiT,  l'autre  sous-sei-vante,  en  attendant 
que  la  troisième  viene  au  bout  des  neuf  mois,  api-ès 
l'accouchement  de  la  jeune  femme,  pour  e&tre  chumbrillon 
il'enfant,  le  herser  et  porter  sur  les  bras,  et  laver  ses  dra- 
peaux ou  maillots  :  sans  conter  la  fiardienne-d'RCcouch'es 
r[u'il  faut  ordinairemimt  tenir  six  semaines,  à  sis  schillings. 
ou  dix-huict  sols  la  semaine,  ce  sont  iustemcnt  trois  florins 
six  schillings,  sans  le  présent  qu'on  luy  fait  au  sortir  de  la 
maison,  et  sa  nourriture  aussi  bonne  que  celle  du  maistreetde 
la  maistresse  du  logis.  le  ne  loucheray  point  aus  frais  du 
baptpsme,  ni  h  ceux  de  l'enlerrement  de  tels  enfançons,  qui 
m'îur3nt  pour  peu  de  chos«,  comme  de  catarrhe,  de  convul- 
sions, de  la  pelile-vérole  cl  semblables  accidents,  comme  un 
Heuron  fiinit  et  chet  par  un  peu  de  vent  froid  et  fort.  le 
m'arresterny  icy  pourchanj;cr  de  propos,  et  conclurray  par 
ce  proverbe  allemand.  PeliU  enfans,  ]iettle  croix,  grands  en- 
fants, grande  iinis,  leimioiiigsen  soient  Aiiam  noslre  premier 
père  dont  le  fils  aisné  assomma  le  puisn<-:  le  bon  Lut  dont  les 
tilles  le  renilirenl  incestuex,  n'ayant  pu  eslre  f  orrompu  par  les 
Sodomistes  :  JNoé,  qui  fut  moqué  de  l'impie  Chani:  le  patriar- 
che Jacob,  et  le  Roy  David,  que  tours  mcschants  lils  envoyè- 
rent en  Cornoflaiiles  sans  baleau  :  ce  qui  ne  seroît  nullement 

(1)  Ein  centner  Âncken. 


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mon  fait,  qui  crains  les  cornes  comme  le  feu,  de  peur  d'eslre 
deschiré  des  chiens  comme  Actéon.  Tout  ce  que  vous  avez 
dit  ou  pourriez  dire  jusques  »  demain,  ne  sçauroil  mu 
destourner  de  chercher  ma  coste,  et  ensuyvre  la  trace  de 
mes  ancestres;  ils  en  sont  pschappez  leurs  brajcs  nettes, 
i'espère  aussi  de  n'y  taire  banqueroute  ni  de  liiens,  ni 
d'honneur. 

Monsieur,  tout  ce  que  i'en  dis  n'est  pas  pour  vous  des- 
gouster  du  mariage,  si  vous  vous  sentez  mal  propre  au 
CL'libat  :  mon  intention  n'est  autre,  que  celle  de  l'Apostre,  qui 
dit  en  la  T,  Cnrinth.  chap,  7.  Qu'il  est  bon  à  l'homme,  de  ne 
louchera  femme  et  de  demeurer  libre,  comme  luy  pour  les 
tribulations  qu'on  a  au  mariage:  car  (dit-il)  celuy  qui  n'est 
point  marié,  a  meilleure  commodili»  de  vaquer  au  service  de 
Dieu,  que  celuy  qui  employé  son  soing  et  temps  à  chercher 
comment  il  plaira  k  sa  femme.  Toutes  fois  son  refrain  esl 
qu'il  vaut  mieux  se  marier,  que  brusier,  et  que  pour  esviter 
paillardise,  ehacun  doitavoir  sa  femme,  et  chasqiie  femme 
son  mari:  k  quoy  il  fautadjouster  le  commandement  de  Uieu. 
lequel  voyant  qu'il  n'estoit  pas  bon  que  l'homme  fut  seul. 
lui  a  fait  une  aide  et  ordonné  que  l'homme  délaissas!  père 
et  mère  et  s'adjoignist  k  sa  femme  et  mesme  nous  a  denoud^ 
par  son  apostre  que  nostre  corps  est  le  Temple  de  Dieu  le 
Sainct-Rsprit,  et  qu'il  destruira  celuy  qui  desiruira  ce  temple, 
en  faisant  des  membres  d'une  paillarde.  11  s'ensuit  donc  que 
ceste  lerne  et  iliade  de  maux  et  incommodilez  que  vous  avez 
mis  en  envant  ;  n'est  pas  bastanle,  pour  emporter  le  poids  de 
l'autre  bacin  de  la  balance. 

Nenny  vrayement,  car  toutes  les  soull'rances  qu'il  y  a  sous 
le  joug  conjugal  ne  sont  que  passagères  et  de  peu  de  durée 
mais  les  cruelles  supplices  et  lourmens  infernaux,  qui 
talonnent  le  célibat  des  putassiers,  adulU'-ics,  bougres,  et 
semblables  hypocrites  sont  éternels,  et  ne  prendront  jamais 
fin.  Ma  riez- vous  donc  de  par  Dieu,  de  peur  que  vous  ne 
retombiez  dans  le  Irébuchet  et  filez  de  l'oiseleur  et  chasseur 
infernal. 

(À  suivre)  Charles  Nbullnubu. 


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HISTOIRE 

VILLE  &  DU  BAILLIAGH  DE  SOIILTZ 

Chapitre  VI,  suite  (1) 


Bourgeoisie. 


!.('!:  habitants  de  la  ville  de  Suulz  élaient  divisés  en  truis 
classes  :  les  bourgeois  (Bûr^er),  les  manaiils  (mnnentex, 
lAngeuess)  et  les  JuiTs.  Il  semble  que,  dès  la  runslitulion  de 
la  cité,  il  n'y  ait  plus  de  serfs  dans  Souitz.  Nous  n'avons 
trouvé  aucune  mention  de  cette  catégorie  d'individus  depuis 
le  Xfll"  siècle. 

Chacune  des  trois  catégories  d'habitants  avait  ses  privilê- 
jçi's  et  ses  charges  particuli(\rps. 

Le!>  bourgeois  jouissaient  de  tous  droits  communaux  à 
l'exclusion  des  mananls  et  des  Juifs,  qui  n'avaient  que  quel- 
ques concessions. 

Les  bourgeois  seuls  nommaient  les  conseillers.  Pour  èlre 
rcs;u  iiourgwis  de  la  ville  de  Souitz,  il  fallait  accomplir  cer- 
taines formalités  ou  être  lils  de  bourgeois.  Les  plus  anciennes 
ordonnances  relatives  au  droit  de  bourgeoisie  portent  qu'il 
était  interdit  de  recevoir  un  étranger  comme  bourgeois,  à 


(i)  Voy.  Revue  1893,  p.p  310-bM;  1894,  p.p.  01-210-334;  1895, 
p.p.  S7-231-437  ;  1896  p.p.  îOJt-îlS;  1897,  p.p.  ï07-30!>. 


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270  REvcE  d'alsace 

à  moins  qu'il  n'ait  présenté  un  certiiîcal  de  vie  el  bonne 
mœurs,  délivré  par  les  aulorités  de  son  lieu  d'origine  et  altes- 
lant  qu'il  élîiil  homme  lilire  ou  racheté  du  servage,  né  de 
bonne  famille  et  de  parents  honnéles.  11  était  tenu  de  se  pro- 
curer son  harnacliemcnt  et  ses  amies,  selon  la  forme  prescrite 
pour  figurer  dans  la  milice  bourgeoise.  Il  devait  juslilier  qu'il 
possédait  une  fortune  d'au  moins  20  florins  qui,  en  1578,  fu- 
rent perlés  il  100  florins  et  qu'il  devait  garder  lidèlement 
pour  les  présenter  à  tout  instant.  Il  devait  payer  au  seigneur 
i  florins  pour  son  droit  de  réception,  et  sa  cotisation  selon  la 
coutume  nu  poêle  de  sa  tribu.  Enfin  il  devait  contribuer.dans 
la  mesure  de  ses  forces,  ou  maintien  de  l'ordre  public  et  dé- 
noncer aux  autorités  toute  infraction  aux  lois  et  loutu- 
mes  (1). 

\\i  iQ'  siècle,  l'administration  du  llaut-Munilat  rendit  une 
ordonnance  qui  défendit  de  recevoir  dans  le  pays  aucun 
Wellsch  comme  bourgeois  (2). 

Cet  arrêt  d'ostracisme  contre  les  Wellsch  se  relivjuve  en- 
i:ore  dans  quelques  endroits  d'Alsace.  Ainsi  à  Munster  il  était 
défendu  aux  jeunes  gens  d'épouser  des  Wellsch.  (Cette  or- 
donnance ne  fut  plus  en  vigueur  sous  la  domination  fran- 
çaise). 

En  17i2,  il  fut  établi  que  nul  ne  serait  re^u  bourgeois  à 
moins  qu'il  n'ait  demeuré  en  ville  l'espace  de  trois  ans  con- 
sécutifs, acquitté  les  charges  el  qu'il  nu  possède  dans  le  ban 
la  valeur  de  500  livres  de  biens  fonds.  Ils  ne  jouiraient  des 
privilèges  qu'après  avoir  prêté  le  serment  de  bourgeoisie  et 
aloi's  ils  n'emploieraient  jamais  de  voies  indirectes  pour  bri- 
guer les  emplois,  à  peine  de  destitution,  de  300  livres  d'a- 
mende pour  les  pauvres  et  l'amende  du  seigneur  (3). 

Le  26  mars  17<57,  les  chefs  de  tribu  exposaient  au  magis- 
trat de  Soullz,  au  nom  de  la  boui'geoisie,  que  les  règlements 
précédents  de  1728  et  1748  n'étaient  pas  exécutés,  en  sorte  que 
plusieurs  manants,  habilantsde  Souitz,  préleu  laientjouir  des 
droits  qui  compétent  aux  bourgeois  sans  en  ii  voir  le  titre  et 

Mj   Livre  des  sermeuts. 

[i)  Ibidem. 

(8)  Archives  de  Soulli. 


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LA  VILLB  ET    LB   BAILLIAGB   DK   SOULTI  271 

sans  payer  les  charges;  en  sorte  que  les  anciens  bourgeois 
sont  onérés  par  eux.  En  conséquence,  le  magistrat  rendit  les 
iinlonnances  suivantes  qui  furent  approuvées  par  l'intendant 
le  â5  juillet  1767. 

1"  Nul  ne  pourra  être  reçu  habitant  de  la  communauté  s'il 
n'est  pourvu  de  certilicats  de  bonne  vie  el  mœurs,  religion  et 
catholicité,  s'il  ne  sait  pas  un  m(''tier  ou  s'il  n'est  pas  en  état 
de  travailler  dans  la  campagne,  de  payer  les  droits  seigneu- 
riaux, royaux  et  urbains. 

2"  Chaque  habitant  reçu  fournira  une  caution  de  iOO  livres 
et  fera  sa  soumission  au  grefTe  pour  l'acquittement  des  de- 
niers et  dont  il  sera  délivré  copie  k  la  Iribu  à  laquelle  il 
aura  été  agrégé,  aux  frais  du  récipiendaire  qui  en  outre, 
paiera  le  droit  de  réception  ordinaire  qui  est  de  33  sols  6  de. 
niers  et  un  seau  à  feu. 

30  Chaque  habitant  de  la  ville  et  dépendances  se  présentera 
tous  les  ans  la  semaine  avant  Noël  pour  demander  continua- 
lion  du  droit  de  manance  au  .Magistrat  qui  ne  le  leur  accor- 
dera que  s'ils  su  sont  comporti^N  en  gens  de  bien  et  d'hon- 
neur, et  s'ils  ont  observé  tous  les  droits  et  payé  toutes  les 
charges,  ce  pour  quoi  les  chefs  de  tribu  fourniront  au  Magis- 
trat un  état  des  manants  de  la  ville  et  de  la  manière  dont  ils 
se  sont  comportés,  en  sorte  que  s'ils  n'ont  point  satisfait  à 
leurs  devoirs  ils  seront  déchus  du  droit  de  manants  et  de- 
vront quitter  la  ville  et  dépendances,  sur  la  notilicatioD  du 
magistral  sans  autre  forme  du  procès. 

4°  Chaque  habitant  paiera  li  l'avenir  pour  droit  d'habi- 
tation et  jouissance  des  communaux,  1  livre  13  sous  4 
deniers  h  la  ville,  dont  1/3  sera  employé  pour  l'entretien  <le 
la  maison  de  ville,  les  2/3  pour  l'entretien  des  deux 
tribunes. 

d"  Les  habitants  ou  manants  seront  assujettis  comme  les 
bourgeois,  soit  pour  les  règlements  de  feu,  guets,  gardes, 
et  corvées,  sans  qu'au  surplus,  ils  puissent  se  mêler  d'aucune 
affaire  de  communauté,  ni  de  se  trouver  dans  les  assemblées 
générales  de  la  bourgeoisie. 

6°  Chaque  habitant  pourra  chasser  une  vache  seulement 
dans  le  troupeau  communal  sans  payer  autre  rétribu- 
lion  que  les  frais  de  la  garde,  comme  un  autre  bourgois  ;  il 


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272  REVUE  d' ALSACE 

pourra  chasser  dans  le  même  troupeau  unou  deux  porcs, mais 
il  ne  pourra  mettre  sa  vache  pendant  l'été  kla  montagne,  ni 
chasser  ses  porcs  k  la  glandée.  Il  pourra  également  se  pro- 
curer son  chaiilTage  rlan^  la  fnr^l  commnnale,  mais  m 
pourra  prendre  de  bois  mort  qut;  ce  qu'il  pourra  porter 
sur  son  dos,  sans  se  servir  d'aucune  héle  de  somme,  car  la 
forêt  et  les  pAlurages  dn  In  uiiinlagr.e  n'appartiennent  qu'à  la 
bourgeoisie . 

S'il  se  trouvait  qu'un  lunnniit  pos-sùde  une  maison  en 
propre,  il  lui  sera  délivré  les  bols  de  ménage  nécessaires  '.i 
la  construction  et  réparation  de  sa  maison,  pour  un  prix 
raisonnable  et  il  aura  la  préférence  pour  les  matériaus 
dans  ta  tuilerie  de  la  ville  devant  un  étranger. 

70  11  fM  défendu  tant  aux  bourgeois  qu'aux  manants  de 
donner  asile  ni  l'elraite  à  aucun  étranger  sans  la  permis- 
sion des  préposés  et  ce  k  peine  de  50  livres  d'amende  (1) 

En  1776,  les  bourgeois  de  Soultz  contestèrent  encore  sur 
les  réceptions  au  droit  de  bourgeoisie  qui  se  fuisnient  en 
audience  du  magistrat,  sfins  la  présence  du  bailli  on  du 
procureur  fiscal. 

Le  6  mai  1778,  les  avocats  du  C.  S.  d'Alsace  établirent,  par 
i-unsultation,  que  le  magistrat  de  Soull/.  élait  eu  possession 
depuis  ptusinnrs  siiVles  d'accorder  le  droit  de  Ixturgeoisie  ei 
inanance  sans  le  consentement  <lii  prime  évèque  de  Stras- 
bourg. Le  règlement  fait  par  la  Régence  de  Saverne,  le  11 
juillet  1731,  annonce  même  que  le  droit  de  l'évéque  se  réduil 
pour  la  réception  d'un  bourgeois  ou  manant  de  la  ville  de 
lïouitz,  à  la  perception  d'une  taxe  purement  pécuniaire. 
Cette  possession  du  magistrat  vaut  un  litre  (2), 

Le  droit  de  bourgeoisie  n'a  plus  été  après  la  Révolution 
qu'un  titre  honorifique.  Nous  le  voyons  conféré  en  1817  an 
docteur  Méglin  en  reconnaissance  de  la  publication  qu'il  lit  .'1 
celle  époque  de  notes  historiques  sur  Sonitz.  Les  Soultziens 
prisèrent  longtemps  bien  haut  ce  titre  de  bourgeois  de  leur 
ville.  Loi-s  des  fêtes  qui  furent  célébrées  à  l'occasion  du  pas- 
sage en  Alsace  du  prince  Napoléon,  président  de  la  Républi- 

(1)  ArchiTes  de  Soull>:. 
(i)  Ihidem. 


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I.A    VILLB  KT  Li;  BAILLIAGE  Dl   SOULTZ  278 

que,  deux  jeunes  clercs  habitant  alors  Soultz  se  virent  refu- 
ser l'entrée  du  bal  donné  aui  bourgeois  ù  l'Hûtei  de  Ville, 
sous  prétexte  qu'ils  n'étaient  pas  bourgeois  de  Soultz.  L'un 
d'eux  cependant  occupe  aujourd'hui  dignement  la  charge  de 
maire  de  cette  ville. 

Le  bourgeois  de  Soultz  était  tenu,  en  vertu  du  serment 
qu'il  prétait  chaque  année  au  Schwertag,  de  donner  foi  et 
hommage  à  l'évèque  de  Strasbourg  comme  à  son  seigneur 
et  maître,  et  aux  autorités  établies  par  lui  comme  \  ses  repré- 
sentants. 11  devait  veillera  ce  qu'il  ne  soit  fait  aucun  préju- 
dice à  son  seigneur,  ni  k  la  ville.  Si  les  circonstances 
obligenrent  '»  lever  le  ban,  il  devait  suivre  sa  bannière, 
obéir  h  son  capitaine  partout  où  il  le  mènerait  et  ne  pas  le 
quitter  sans  permission.  Il  devait  s'acquitter  fidèlement  des 
impositions  et  des  fonctions  qui  pourraient  lui  être  confiées 
et  ne  pas  loger  un  domestique  avant  qu'il  n'ait  prêté  son 
serment  au  seigneur.  (1) 

Quand  un  bourgeois  voulait  aller  s'établirailleurs  et  résilier 
son  droit  de  bourgeoisie,  il  devait  le  faire  devant  le  conseil  et 
jurer  que  dans  le  délai  d'une  année  k  compter  du  jour  de  sa 
résiliation,  il  réglerait  toutes  les  affaires  qu'il  pourrait  ::voir 
dans  la  ville  et  qu'il  ne  citerait  am-un  bourgeois  de  Soultz 
devant  un  tribunal  étranger,  à  peine  de  parjure.  Il  devait 
aussi  acquitter  le  droit  de  succession,  ou  Erbgelden,  soit  un 
Qorîn  Ji  l'évoque  et  1/2  au  prévôt.  (2) 

Un  domestique  qui  voulait  entrer  k  Soullz,  devait  prêter 
foi  et  hommage  à  l'évèque,  promettre  obéissance  aux  auto- 
rités de  la  ville,  veiller  à  ce  qu'il  ne  fut  porté  aucun  préjudice 
ni  au  seigneur,  ni  h  la  ville.  Si  on  levait  le  ban,  il  devait  suivre 
son  mattre  partout  où  celui-ci  serait  appelé  et  ne  citer  per- 
sonne devant  un  tribunal  étranger,  mais  seulement  devant 
celui  de  Soultz.  (3) 

Toule  veuve  ou  orphelin  était  placé  sous  la  tutelle  d'un 
bourgeois  nommé  par  le  conseil.   Ce  tuteur  devait  prêter 

(1)  Livre  deiserraeals. 
(i)  Ibidem. 
(3)  Ibidem, 


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274  RRvcB  d'alsaci 

serment  d'administrer  coDscicncieusniiient  et  fidèlement  tous 
les  biens  qui  lui  seraient  conli^s,  d'acquitter  les  charges  et 
veiller  nuit  créances.  Faire  dresser  par  le  greffier,  en  double 
expédition,  un  inventaire  (Idèie  de  la  furtune  de  ses  pupilles 
et  ce,  en  pn^ence  du  prévôt  et  de  quelques  parents.  En 
remettre  une  copie  au  conseil  et  garder  l'autre  en  mains. 
Prot<^ger  contre  tout  préjudice  les  biens  et  la  personne  de  ses 
pupilles.  Chaque  année  il  devait  rendre  compte  de  sa  gestion 
au  conseil  en  présence  des  dils  pupilles  et  de  quelques-uns 
de  leurs  parents.  S'il  devait,  avec  le  consentement  du  conseil, 
vendre  quelque  bien  de  ses  pupilles,  il  ne  pouvait  le  faire  k 
son  profit.  Loi's  de  la  reddition  de  ses  comptes,  le  conseil 
pouvait  allouer  au  tuteur  une  certaine  somme  pour  sa  peine, 
maisc<>lui-ci  ne  pouvait  rien  exiger  au-der<.  (I) 

On  choisissait  généralement  comme  tuteur  un  membre  du 
conseil,  mais  comme  il  ne  pouvait  assumer  plus  de  trois 
tutelles,  s'il  arrivait  que  tous  les  membres  en  fussent  char- 
gés, on  prenait  un  bourgeois.  Quel  qu'il  soit  le  tuteur  était 
tenu  aux  mêmes  ohligalions. 

T'/'iAuf.  Une  des  institutions  les  plus  fécondes  du  moyen 
âge  fut  ceitaineuient  la  constitution  des  luiurgeois  en  tiibus- 
C'est  grâce  aux  Irilius  que  les  privilèges  et  les  droits  corn, 
munaux  demeurèrent  intacts  dans  les  villes.  C'est  au  sein 
de  la  tribu  que  se  fuiida  le  tiers-état.  C'est  là  que  prirent 
naissance  et  se  fortilièr'^nt  les  idées  de  liberté,  de  démocratie. 
L'instilulion  de  la  tribu  élait  en  effet  d'ordre  politique,  non 
muins  que  d'ordre  industriel.  C'est  du  moins  ainsi  que  nous 
letrouvonsà  Soullz.  Ce  sont  les  tribus  qui  éliminèrent  au 
XV«  siècle  la  noblesse  arislocralique  des  villes  et  cela  d'autant 
plus  facilement  que  celle-ci,  imbue  de  son  esprit  de  caste,  se 
confinait  h  l'écart  (i).  Au  XVI*  siècle,  les  tribus  embrassè- 
rent avec  enthousiasme  les  idées  de  libei  té  propagées  par  les 
réformateurs   Dans  toutes  les  villes  la  majorité  des  tribus 

(1)  Livre  des  serments. 

(2)  D'après  la  chronique  des  Dominicains  de  Colmar,  celle  éli- 
mination des  nobles  coiiimenre  dès  1S74.  Leur  dépari  du  Miindal 
fut  provoqi'é  par  les  imposilions  dout  l'évèquc  de  Strasbourg 
les  cLtirgea.  Selun  lu  clirouique  du  Tliann  ce  fui  ou  1407  que  plu- 
sieuis  d'colr'eui  s'élublireiit  h  Thann. 


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La  villb  bt  le  bailliaor  dk  sovlti  275 

s'allia  &  la  ligue  des  paysans,  qui  eAt  alors  déjà  Iriomphé  de 
la  féodalilé  si  le  peuple  n'avait  été  profondémenl  plongé  dans 
l'ignorance  et  s'il  ne  s'était  laissé  conduire  par  des  moines 
défroqués. 

Au  XVni«  siècle  nous  avons  vu  les  tribus  de  notre  ville 
lutter  courageusement  contre  les  entreprises  d'un  magistrat 
qui,  s'appuyanlBur  le  seigneur,  cherchait  à  créer  une  sorte 
de  gouvernement  aristocratique.  Elles  s'attaquèrent  à  la 
gestion  des  afTaires  communales,  firent  réformer  les  abus 
dans  les  finances  et  exercer  plus  de  vigueur  dans  l'admmis- 
tration.  A  la  révolution  la  tribu  devint  le  club,  ta  société 
populaire  toute  puissante.  Nous  ne  savons  s'il  ne  faut  pas 
regretter  aujourd'hui  la  disparition  de  cette  institution  des 
tribus.  Ce  n'est  pas  assurément  le  tumulte  des  meetings  qui 
pourra  rendre  actuellement  au  peuple,  plus  de  cohésion, 
réunir  dans  un  même  but,  dans  un  etfort  commun,  le  bour- 
geois, le  commerçant,  l'ouvrier,  le  cultivateur,  contre  les 
entreprises  des  gouvernements  et  de  la  féodalité  financière 
et  industrielle. 

Les  tribus  poursuivaient  encore,  outre  leur  but  politique, 
l'organisation  du  travail,  si  intimement  lié  alors  h  l'existence 
de  la  bourgeoisie.  Dans  ce  but  chaque  tribu  était  divisée  en 
corporations  qui  réunissaient  les  individus  exerçant  des 
professions  similaires.  L'organisation  des  corporations  était 
scmi  religieuse,  semi-civile.  D'un  cûté  on  réglementait 
l'exercice  du  métier,  de  l'autre  on  se  portait  un  mutuel  secours 
par  la  charité  et  la  prière .  Leurs  règlements  témoignent  que 
les  tribus  et  corporations  cherchaient  également  le  maintien 
de  la  tr-orale  et  des  bonnes  moeurs. 

Nous  verrons  les  corporations  k  l'œuvre  quand  nous  étu- 
dierons l'organisation  industrielle  de  notre  cité. 

Tous  les  habitants  de  Soultz  étaient,  dès  l'origine  de  la 
ville,  répartis  en  trois  tribus,  ;  celle  de»  cultivateurs,  celle  des 
artisans  et  nobles.  Plus  tard,  quand  la  noblesse  eut  été  pres- 
que complètement  éliminée  de  la  ville,  il  n'y  ent  plus  que 
deux  tribus,  celle  des  cultivateurs  i  Obersunft  ou  fiebleu- 
tenîunf/,  et  celle  des  artisans  :  Thiergartemunft.  Dès 
iol^,  nous  ne  voyons  plus  subsister  que  ces  deux  tribus. 
En   1S25  les  corporations  eties  tribus  furent  dissoutes  en 


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276  nsTUB  d'alsacb 

punilion  de  leur  adhésion  îi  la  ligue  des  paysans,  mais  elles 
furent  bientôt  reconslitu^es  avec  leurs  anciennes  attributions. 
Les  li'ibus  et  les  corporntions  étaient  immi^dtateinent  sou- 
mises iï  l'aulorité  du  Mundiit  h  RoulTuch. 

Tout  habitant  de  Soullz  devait  se  fiiire  inscrire  au  rAle  de 
l'une  des  Iribus,  mais  les  bourgeois  seuls  avaient  droit  aux 
élections.  Ils  nommaient  entre  eux  un  chef  ;  Zunftmeisleret 
deux  i^chevins  ou  élus,  Yrtenmeister.  Le  chef  de  tribu  était 
élu  chaque  année.  Le  chef  précédent  le  remplaçait  en  son 
absence.  Tous  deux  portoient  aussi  le  nom  de  Baàmeitter, 
architectes. 

C'étaient  eux  qui  procldaient  à  la  répartition  dei  impftts 
d'aprùs  les  rôles  de  la  tribu,  se  char^jatent  des  rappoi-ts 
entre  la  tribu  et  les  magistrats,  signaient  les  certiûjuts  de 
compagnonage  et  de  maîtrise,  servaient  d'arbitres  dans  les 
dilTérendâ  de  métier. 

Il  y  avait  aussi,  h  Wuenheim,  une  tribu  qui  dépendait  de 
celle  de  Soullz.  Chaque  tribu  avait  son  lieu  de  réunion, 
tribune  ou  poêle,  on  y  buvait  en  commun,  et  l'on  y  discutait 
lesafTitires  de  la  commune  et  du  métier. 

Le  p3!Sle  de  la  tribu  haute  se  trouvait  autrefois  dans  la 
rue  de  Wuenheim,  dans  la  maison  du  charronW  anlz,  der- 
rière une  fontaine  ornée  aujourd'hui  de  la  statue  de  Saint 
Maurice.  On  ne  remarque  plus  rien  qui  rappelle  l'ancienne 
destination  de  ce  bAliment  Le  portail  d'entrée  dans  la  cour  a 
été  démoli.  C'e^t  là  sans  doute  que  se  trouvait  l'inscription 
dont  le  texte  est  conservé  aux  archives  de  la  ville  et  que 
voici  : 


Durch  Gottes  gnat  der  obrigkeit 
Bewilligung  stetir  und  arbeit 
Uer  Zunfftlbpueter  ail  iiisgemein 
Bin  ich  erneunerl  und  soll  seyn 
Der  nebleit  zunfft  von  allers  gênant 
Durch  mûhe  gefeûrl  zu  guelem  ent 
Im  dreynzenten  der  rainder  Zabi 
Alter  zue  geiitcht  Qberall. 


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L*   TILLE  ET  LB  BAILLUGB  DB  SOdLTZ  277 

Cette  inscription  place  la  restauration  du  Mliment  ii  l'année 
1SI3,  par  la  gr&ce  de  Dieu  et  le  consentement  des  auturilés. 
Les  membres  de  la  tribu  ayant  contribué  eD  commun  de  leur 
argent  et  de  leur  travail. 

On  lit  dans  le  registre  des  audiences  de  Justice  du  magis- 
trat de  Soulli  h  la  date  de  1513,  le  lundi  avant  la  Nativité  de 
la  Vierge,  que  It&ns  MunwJlr  nlors  chef  de  la  tribu  haute 
et  les  membres  de  la  dile  ttibu  :  lleinrich  Zimiuer- 
Btein,  Ilans  Hanere,  Diebolt  Clingengenfels  et  RudoIfT 
Salzmann  ont  emprunté  à  lafab'ique  de  Saint-Maurice  une 
somme  de  2ô  livres  biloises  pour  la  construction  du  poêle 
de  la  tribu.  Celte  somme  fut  remboursée  au  bout  de  3  ans 
avec  un  intérêt  annuel  d'un  florin.  (1) 

Le  lundi  avant  la  saint  Valentin  151f>,  StefTan  Lieblin,  chef 
de  tribu  et  8  membres  concractërent  un  autre  emprunt  de 
45  livres  pour  le  même  usage.  (3) 

La  tribu  avait  du  reste  ses  renies  et  ses  biens  propres. 
:  Nous  avons  retrouvé  aux  archives  de  Soultz  la  copie  d'un 
règlement  de  la  tribu  haute,  approuvé  en  1513  par  Jacques 
d'Oberklrch,  grand  bailli  du  Mundat.  Il  y  est  dit  que  les  deux 
tribus,  haute  et  moyenne  de  la  ville,  ayant  été  réunie  en  une 
seule  par  don  prédécesseur  Louis  de  fteinach,  et  qu'à  cause 
de  la  vétusté  des  deux  poêles,  la  dernière  ayant  ("té  vendue 
et  la  première  restaurée,  il  convenait  de  faire  un  nouveau 
règlement  pour  )a  dite  tribu  haute,  sans  préjudice  des  anciens 
droits  de  la  ville  et  du  seigneur.  En  conséquence  : 

io  Quiconque  de  la  tribu  acquerra  une  maison  par  héritage 
ou  par  achat,  paiera  à  la  tribu  une  livre  bàloise  el  au  valet 
du  poêle  i  liards  de  pourboire  et  au  cas  oh  il  n'aurait  pas 
l'aient,  il  devait  fournir  caution  pour  payer  dans  un  an. 

2"  Quiconque  louera  une  maison  pourra  se  tenir  dans  la 
tribu  avec  les  compagnons  en  observant  les  règlements  :  mais 
il  paiera  annuellement  fi  la  tribu,  4  liards  bdluis. 

3"  S'il  arrive  qu'un  compagnon  Ue  la  Iribu  meurt  en  lais- 
sant des  Qls,  celui  qui  héritera  de  la  maison  paternelle  paiera 
aussi  le  droit  de  poêle  à  la  place  de  son  përe  et  fournira  un 

(1)  Archires  de  Soulli,  Gerichlsbuch  fol.  31  Teno. 
(S)  Ibidem  folio  3.1. 


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378  nm  s'usAca 

broc  de  II  valeur  de  3  liards  on  paiera  cette  somme.  Si  les 
antres  fil^  achètent  des  maisons,  ils  derroot  acheter 
■Dssi  le  droit  de  po?le.  Si  le  défani  ne  laissa 
«pi'une  lîlle,  s!  elle  se  marie  et  possède  la  mai- 
son,  son  époux  achî'lera  le  droit  de  poêle  moyennaot  10 
liards  bAlois.  Si  le  déraot  o'a  point  d'enfants,  l'héritier 
de  sa  maisou  achètera  le  droit  au  poêle  comme  no  étranger. 
4*  Si  an  compagnon  a  an  âls  qui  lui  succédera  et  s'il  reul 
le  mener  avec  lui  au  poêle,  il  achètera  son  droit  moyennant 
une  livre  bdloise. 

Sf  Quiconque  aura  été  reçu  compagnon,  ne  pourra  résilier 
son  droitau  poSIe,  il  y  restera  jusqu'à  la  fin  de  sa  vie. 

&>  Quiconque  aura  été  reçu  à  la  tribu,  qu'il  y  prenne  des 
consommations  ou  non,  devra  payer  sans  réclamation  tous 
les  droits  que  la  tribu  peut  exiger. 

7*  Si  l'un  des  comp^nons  devient  infirme  de  corps  et 
d'esprit,  le  poêle  pourra  lui  être  interdit  sans  préjudice  des 
droits  des  héritiers. 

9°  Quiconque  se  rendra  coupable  de  désordres,  querelles, 
coups,  blessures  dans  l'enceinle  du  po^le.  paiera  une  demi- 
mesure  de  vin  aux  compagnons,  sans  préjudice  du  rea>urs 
de  l'aulorit^.  Quiconque,  dans  l'enceinle  de  la  Iribu,  blasphé- 
mera ou  excitera  un  autre  ou  fera  témoignage,  paiera  un 
demi  quartaut  de  vin  et  3  deniers  à  la  Viei^e. 

9<*  Si  une  querelle  s'élève  dans  l'enceinte  du  poêle,  entre 
deux  compagnons,  celui  qui  ne  se  laira  pas  quand  on  lui 
aura  ordonné  Je  le  Caire,  paiera  à  la  (ribu  un  demi  quartaut 
de  vin,  autant  de  fois  que  cela  lui  arrivera  et  celui  qui,  dans 
le  cours  de  la  querelle,  aura  servi  une  arme,  paiera  également 
1/2  quartaut  de  vin  sans  préjudice  du  recours  de  l'autorité. 

10*  Quiconque  n'aura  pas  comparu  sur  un  ordre  du  sei- 
gneur, paiera  2  liards  bâiois  à  la  tribu,  si  l'ordre  vient  de  la 
tribu,  l'amende  sera  de  6  deniers.  Si  le  chef  de  tribu  invile  i 
une  cor\'ée  commune,  celui  qui  n'obéira  pas  paiera  2  liards 
à  boire  entre  les  compagnons. 

H"  Le  chef  de  tribu  percevra  pendant  l'année  de  son 
exercice  tout  ce  qui  revient  k  la  tribu  et  rendre  compte  de 
cet  argent  à  son  successeur. 


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LA   V1LLB   ET    L8  BAILLIIGB  DB   SODLTZ  279 

12o  Chaque  compagnon  paiera  dans  le  tronc  i  deniers  k 
à  chaque  Quatre  Temps;  la  somme  qui  «'era  ainsi  produite 
sera  employée  pour  l'utilité  de  Ja  tribu  selon  l'avis  commun 
des  compagnons. 

i3o  Chaque  année  on  nommera  quatre  échevins  (Baùmeis- 
ter)  et  un  nouveau  chef  de  tribu  fziinflmeister).  Ils  veilleront 
aux  intérêts  de  la  tribu  d'après  l'avis  des  compagnons.  Ils 
taxeront  avec  le  valet  de  poSIe  la  consommation  de  chacun 
avec  équité  Celui  qui  sera  élu  comme  échevin  ou  valet  de 
poSlc  et  ne  voudra  point  l'être,  paiera  une  livre  bflloise.  Le 
chef  de  Tribu  tiendra  à  chaque  Quatre  Temps  une  assemblée 
où  il  exposera  aux  compagnons  leund  devoirs  et  obligations, 
et  les  consultera  sur  les  besoins  de  la  tribu.  Celui  qui  ne  se 
rendrait  point  à  celte  séance  paiera  un  liard. 

140  Tout  compagnon  qui  héritera  10  livres  b&loises  à 
Souitz,  devra  donner  à  la  tribu  un  broc  de  la  valeur  de 
5  liards. 

15°  Tout  compagnon  qui  aura  besoin  d'un  ouvrier  pour 
bâtir  ou  autrement  pourra,  si  les  ouvriers  que  lui  indiquent 
sa  tribu  ne  veulent  pas  lui  travailler  dans  les  huit  jours  de 
l'ordre,  employer  alors  tout  ouvrier  qu'il  voudra. 

Le  règlement  de  la  tribu  de  WuenheTm  contient  les  mêmes 
dispositions.  Elle  d.^pendait  de  celle  de  Suullz  et  était 
régie  par  trois  £"umetjffr4  ou  échevins,  éius  annuellement 
par  la  tribu.  Son  règlement  a  été  approuvé  et  scellé  parle 
conseil  de  Souitz.  La  date  manque  dans  la  copie  que  nous 
avons  eue  sous  les  yeux,  mais  cette  copie  même  est  du  com- 
mencement du  XVI*  siècle. 

Le  mardi  après  la  saint  .Antoine  1519  les  baillis,  prévôt  et 
conseil  de  Souitz,  décidèrent,  avec  toute  l'assemblée  des  bour- 
geois, 1°  que  les  comptes  de  tribu  seraient  désormais  arrêtés 
chaque  année  en  présence  du  prévôt,  de  deux  membres  du 
conseil,  des  deux  chefs  de  tribu  et  des  quatre  échevins. 
3*  que  chaque  chef  de  tribu  percevrait  les  droits  de  récep- 
tion de  la  tribu  et  en  rendrait  compte  chaque  année,  3°  er.Bn 
que  les  autres  revenus  seraient  perçus  par  les  échevins,  (1) 


(1)  Livre  dei  serments  et  coutumes. 


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SM  umn  d'alsaci 

Le  2d  mai  1763,  les  membres  de  la  tribu  haule  firent  encore 
(tntre  eus  le  règlement  suivant  : 

l*>Nul  échevin  ne  pourrait  servir  du  vin  à  quelqu'un  qui 
ne  suit  pas  membre  de  la  tribu,  encore  moins  commander 
quoi  que  ce  soit  îi  la  tribu.  Quiconque  enfreindre  cet  article 
paiera  deux  pots  de  vin. 

2°Les  échevins  seraient  tenus,  sous  la  même  peine, 
d'obéir  au  chef  de  tribu,  ou  en  son  absence  À  l'ancien 
chef. 

3°  Quiconque  se  l'cndra  coupable  de  blasphème  paiera 
un  demi-quart  de  cire  pour  l'entretien  des  torches  de  la 
tribu. 

4°  Quiconque  aura  injurié  un  de  ses  compagnons  sera  puni 
de  2  pois  de  vin.  * 

5"  Quiconque  aura  entamé  une  querelle  avec  un  autre 
sera  puni  de  4  pots  de  vin. 

60  Quiconque  s'endormira  sur  la  table  de  la  tribu  paiera  2 
pots  de  vin, 

7°  Tout  compagnon  sera  tenu  d'obéir  aux  ordres  du  chef 
ou  de  l'ancien  chef  de  tribu  k  peine  de  3  pots  de  vin, 

S"  Pour  prévenir  le  relâchement  dans  les  pratiques  de  la 
religion,  il  sera  iDterdit  à  tout  compagnon  d'assister  k  une 
procession  sans  manteau  ou  autrement  qu'au  rang  qui  lui 
est  assigné  par  la  coutume,  Il  peine  d'une  amende  de  2  pots 
de  vin. 

90  Si  un  compagnon  se  rend  coupable  de  désordre  ou 
d'ivrognerie  et  de  grossièreté  en  assemblée  de  la  tribu  ;  sera 
punt  de  8  pois  de  vin 

10°  Comme  il  existe  plusieurs  anniversaires  et  fondations 
de  messe  au  profil  de  la  tribu,  tout  compagnon  sera  tenu  d'y 
assister  en  manteau  h  moins  de  maladie  ou  de  service  public, 
b  peine  de  8  pots  de  vin. 

Nous  n'avons  pu  trouver  aucun  document  relatif  aux  règle- 
ments de  la  tribu  inférieure,  dite  du  parc  ou  Thiergarlen- 
zunft,  mais  il  parait  qu'ils  étaient  identiques  à  ceux  de  l'au- 
tre tribu. 

Le  poêle  de  la  Iribu  du  parc,  qui  réunissait  ordinairement 
les  artisans,  était  situé  rue  de  la  fontaine,  mtiison  Redier. 
Les  murs  extérieurs  en  étaient  autrefois  peints  k  fresque  ;  on 


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LA   TILLE   ET   U  BAILLUO*  DX  301FLTZ  281 

y  voyait  tooles  fortes  d'animaux  s'ébattant  dans  un  parc. 
La  maison  Werner,  attenante  à  la  maison  Redier,  était 
autrefois  voûtée  au  rez-de-cbaussée.  C'était  une  dépendance 
du  poêle. 

Un  cerliflcat  délivré  par  la  tribu  du  parc  h  un  compagnon 
boulanger  et  daté  du  20  octobre  1775,  et  orné  en  tête  des 
armes  de  France  superposées  à  celles  des  deux  landgraviats 
d'Alsace.  Il  porte  un  timbre  composé  d'un  écusson  chargé 
d'une  licorne  dressée  dans  un  parc,  avec  l'esergue 
S.  ZVNFT:  DIER-GAllTHEN.  L\  SVLTZ.  1667.  O'après 
l'armoriai  de  France,  la  tribu  du  parc  portait  d'argent 
k  trois  jumelles  de  gueules. 

Notre  collaborateur,  M.  Gall,  a  retrouvé  chez  un  de  ses 
collègues,  un  certificat  délivré  par  la  même  tribu  du  parc  à 
un  compagnon  tailleur. 

Il  est  daté  du  17  janvier  780  et  porte  en  tète  une  vue  de  la 
ville  de  Souitz.  La  seule  vue  ancienne  que  l'on  possède  et 
dont  le  cliché  sur  bois  est  aujourd'hui  la  propriété  de  M.  le 
baron  de  Heckeren-d'.\nthès.  Ce  certificat  porte  aussi  le 
timbre  de  1667. 

Une  conlestation  fui  agitée  à  la  fin  du  siècle  dernier,  entre 
les  deux  tribus  au  sujet  du  droit  de  préséance. 

Le  2  avril  1767,  le  m^igistrat  de  Souitz  avait,  k  la  requête 
de  la  tribu  dite  Thiergarten,  rendu  une  ordonnance  qui  obli- 
geait tous  ceux  qui  avaient  appris  un  métier  d'assister  aux 
assemblées  de  la  dite  tribu  comme  aussi  d'acquérir  les  droits 
d'icellc.  h  peine  de  5  livres  b&loises.  Par  contre  tout  vigneron 
ou  laboureur  et  non  gens  de  métiers,  devaient  comparaître  ii 
la  tribu  d'en  haut,  lors  même  qu'ils  seraient  inscrits  à 
l'autre  tribu 

Les  préposés  de  la  tribu  haute  protestèrent  contre  cette 
ordonnance  exposant  que,  dès  avant  i51.*t,  la  Iribu  supé- 
rieure dite  Oberzunift  avait  eu  le  pas  sur  l'influence  dite 
Thiergartenznnftet  que  celle  prééminence  lui  avait  été  con~ 
firmée  par  une  sentence  du  magistral  en  date  du  14  décem- 
bre 1730;  que  depuis  quelque  temps  seulement  on  alTectail 
d'appeler  la  tribu  haute  Rebleuthiunft,  et  l'autre  Handwerc 
klien-lhzunft  pour  établir  l'égalité. 


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289  HBVOI   D'ALSACE 

Ils  ajoutèrent  que  partout  ailleurs  les  deux  professions  de 
vignerons  et  laboureurs  étaient  les  plus  respeclées,  tandis 
qu'à  Soullz  elles  étaient  méprisées  et  ne  comptaient  guère 
que  âO  à  40  bourgeois  tandis  que  l'autre  Iribu  compterait 
plus  de  400  Biembres.  L'exécution  de  l'ordonnance  du '2 
avril  1767  aurait  pour  effet  d'aséanlir  la  tribu  haute  dont  les 
revenu:;  ne  se  monteraient  plus  qu'à  la  redevance  de  ces 
30  k  40  bourgeois,  tandis  que  l'autre  tribu  compterait 
plus  de  400  membres. 

De  temps  immémorial,  disaienl-ils,  les  bourgeois  avaienl- 
été  libres  de  se  faire  recevoirdans  la  tribu  où  bon  leur  semblait, 
attendu  que  les  deux  avaient  les  mêmes  règlements  et  privi- 
lèges. La  tribu  haute  avait  de  tout  temps  compté  parmi  ses 
membres  et  même  ses  chefs  des  gens  de  métier.  «  Outre  cela 
elle  conserve  comme  un  monument  respectable  les  portraits 
de  trois  vénérables  vieillards  peints  dans  le  verre,  qui,  en 
1604,  étaient  les  chefs  de  cette  même  tribu,  l'un  dettquels, 
Michel  Zipfel,  était  un  meunier  » 

Comme  pièces  h  l'appui  ils  p<'ésentaient  les  extraits  des 
anciens  rAles  de  leur  tribu  prouvant  qu'en  1730,  l'Oberrunft 
comptait  parmi  ses  membres,  le  recteur  Ignace  Hieden,  le 
bailli  Marlois,  le  prévAt  Canneau,  le  bourgmei^tre  Guillaume 
Immeltn,  sept  membres  du  magistral,  H.  d'Anthès  et  autres 
gens  de  métiers.  Même  en  1767  elle  comptait  Antoine  Bach, 
prèvot,  Héglin,  médecin  et  bourgmestre,  deux  membres  du 
magistral,  M.  de  Bergeret  ancien  major  de  Schlestadl  et  vingt- 
trois  autres  gens  de  métiers,  tandis  que  dans  la  tribu 
inférieure  on  comptait  vingt  et  un  cultivateurs  et  pra- 
ticiens. 

Enfin  elle  cherchait  à  prouver  que  l'ordonnance  n'avait 
pour  but  que  d'annihiler  la  tribu  supérieure  qui,  seule,  osait 
s'opposer  avec  entreprise  des  praticiens  et  partisans  des  offi- 
ciers du  seigneur  contre  la  ville. 

Les  préposés  de  la  tribu  de  Thiergarten  opposèrent  aux 
moyens  de  l'autre  partie,  entre  autres  pièces  intéressantes: 
un  extrait  de  règlement  de  leur  tribu  du  20  août  1678,  art. 
15,  suivant  lequel  il  est  d'usage  que  les  compagnons  de  la 
tribu  sonnent  les  cloches  pendant  l'orage,  sur  l'ordre  qui  leur 
est  donné  tous  les  15  jours  par  le  chef;  une  ordonnance  du 


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LA    VILLE  ET  LE   EAILLlAflK  DE   SODLTE  283 

9  mai  1593  conSrmée  par  le  grand  bailli  d'alors,  Georges 
Guillaume  de  Newenstein  ordonnant  au^  gens  de  métiers  de 
ne  plus  se  répandre  dans  les  auberges,  h  peine  de  perdre 
leurd  droits  de  tribu,  etc. 

Là  conseil  de  la  régence  de  Saverne,  par  sentence  du  26 
avril  1769,  conilnne  purement  l'ordonnance  du  magistrat, 
mais  rOberzumft  en  appela  vainement  devant  le  conseil 
souverain.  La  sentence  de  1769  fut  acquiescée  par  un  acte  de 
dépôt  signifié  te  16  février  1761. 

il  existe  encore  des  pièces  de  procédure  contre  un  écbevin 
de  la  tribu  baute  qui  ne  s'était  pas  présenté  aux  cssemblées 
de  sa  tribu. 

Le  23  nov.  1788,  la  municipalité  de  Souitz  accorda  k  la 
tribu  de  Wuenheim  30  livres  de  subvention  ainsi  qu'aux 
deux  tribus  de  Souitz,  mais  refusa  le  traitement  payé  jusqu'ici 
k  ceux  qui  prêtaient  leur  concours  aux  processions  du  (*' 
mai  et  de  la  Fête  Dieu,  ce  qui  occasionnait  une  dépense 
annuelle  de 320  livres,  comme  aussi  les  72  livres  pourle  repas 
que  le  magistrat  prenait  à  la  Foie  Dieu. 

Les  tribus  et  corporations  ayant  été  supprimées  par  un 
décret  de  l'assemblée  nationale,  les  notables  demandèrent 
d'occuper  les  poSlos  des  tribus;  la  municipalité  décida  le  16 
mai  1790,  d'en  prendre  posse-«sion  au  nom  de  la  ville,  de 
dresser  inventaire  des  titres,  papiers  et  documents  qui  s'y 
trouvaient,  et  d'en  donner  décharge  aux  chefs  de  tribus  et 
échevins. 

Le  8  juillet  1792,  la  municipalité  afferma  les  deux  maisons 
des  anciennes  tribus  ainsi  que  leur  vigne.  Elle  revendiqua 
contre  le  gouvernement  les  biens  de  ces  tribus  comme  pro- 
priétés conrniunales  ;  puis  en  1793  la  maison  dite  Thiergarten 
fut  adjugée  au  citoyen  Jean  Bernsviller  pour  la  somme  de 
5£W0  livres  ;  la  maison  de  roi>erzunft  demeura  le  lieu  de 
réunion  de  la  Société  des  amis  de  la  Constitution  jusqu'à 
la  dissolution  de  cette  Société,  puis  elle  fut  également 
vendue. 

Manants. 

Quand  un  individu  voulait  habiter  Souitz,  il  devait  au 
préalable  en  obtenir  l'autorisation  du  conseil  ;  il  était  alors 


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38i  IIKVCE  d'alsacb 

altaché&runedestribus,Ban8pûovoirjouîr  d'aucun  des  droits 
que  les  bourgeois  y  possédaient,  mais  ils  devaient  en  remplir 
toutes  les  charges. 

Juifs 

Il  existait  encore  une  catégorie  d'individus  qui,  au  moyen 
Age  et  jusqu'il  l'époque  actuelle,  formait  une  classe  k  part. 
De  pire  condition  que  les  serfs,  le  juif  bonni,  méprisé,  en  but 
à  toutes  les  tracasseries  de  la  part  de  tous  les  autres  bommes, 
à.  quelque  condition  qu'ils  appartiennent,  semble  avoir  été 
la  créature  la  plus  misérable  que  la  terre  ait  portée.  Leur 
religion,  leurs  mœurs,  en  faisaient  un  peuple  à  part  dans 
l'Etat.  Le  soin  jaloux  avec  lequel  il  s'obstinaient  dans  leurs 
croyances,  en  ne  se  mariant  qu'entre  eux,  fit  qu'ils  ont 
conservé  jusqu'à  ce  joiir  le  type  et  le  caractère  des  nations 
orienlaiss. 

Dès  le  13'  siècle  nous  trouvons  des  juifs  établis  dans  le 
Haut-Hundat  et  à  Soullz.  Ils  étaient  alors  serfs  de  l'Empire. 
Tous  les  métiers  leurs  étaientimpiloyablementfermés, ils  ne 
leur  resta  qu'H  s'adonner  au  commerce  et  k  un  métier  plus 
inavouable:  l'usure,  par  laquelle  ils  ne  tardèrent  pasb  deve- 
nir maîtres  de  la  fortune  de  leurs  mallres.  Quand  un  sei- 
gneur était  k  court  d'argent,  c'était  chez  le  juif  qu'il  en 
trouvait  h  des  conditions  d'autant  plus  dures  qu'il  en  avait 
plus  besoin.  Plus  lard,  ce  fui  le  tour  de  la  bourgeoisie  quand 
elle  eût  acquis  quelque  prérogative,  et  du  pjiysan  qui  prit 
l'habitude  de  mêler  le  juif  dans  toutes  ses  transactions.  Celte 
dépendance  dans  laquelle  se  trouvaient  ainsi  placés  ceux 
qui  se  croyaient  en  droit  de  dominer  le  juif.ne  faisait  que  les 
irriter  encore  contre  cette  malheureuse  roee. 

Les  j  jifs  étaient  parqués  dans  les  villes,  dans  des  quartiers 
spéciaux  qui  leur  étaient  assignés  et  dont  il  leur  était  défendu 
de  sortir  pour  s'établir  ailleurs.  Souvent  ces  quartiers  étaient 
séparés  du  reste  de  la  ville  par  des  murailles  et  des  portes 
quel'on  fermait  lanuit  Des  réglementsparticuliersrégissaient 
la  juiverie.  Nul  juif  n'osait  paratlre  parmi  les  chrétiens 
sans  être  revêtu  d'un  vêtement  jaune  et  coilTé  d'un  bonnet  de 
forme  particulière. 

(I)  Voyei  Gnndl<Uer,  Schœpflin  et  Idt.  des  titres  du  baHIage. 


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LA    VaLK  m  LR  BjLILUAAB  DB  gOULTI  S85 

La  rue  où  étaient  parqués  les  juifs  de  Souitz  porte  encore 
te  nom  de  rue  des  Juifs;  c'est  Ik  qu'élait  leur  synngogue.  Il 
y  avait  aussi  une  communauté  juive  il  Harsmanwiller  où  il 
semble  qu'ils  aient  eu  alors  leur  cimetière.  On  lit  en  effet 
dans  le  livre  des  flefs  de  l'église  de  Strasbourg,  rappoi'té  par 
Berler,  que  les  Wadner  possédaient  ù  Ilartmanswiller  un 
jardin  avec  une  maison  située  an  der  muren  bey  der  Juden 
Kirc/t/ioff  (vers  1336). 

En  1308,  ilenri,  élu  roi  des  Romains,  accorde  à  l'évéque 
de  Strasbourg.  Jean  I,  en  récompense  des  services  rendus  à 
l'Empire  par  ledit  évéque,  l'échange  de  différents  biens  ;  il 
donne  en  oulre  h  l'évécbé  tous  les  juifs  demeurant  et  qui 
demeureront  k  Ilhinau,  Mulshein,  RuITacb  et  Souitz.  Cette 
donation  fut  confirmée  par  les  électeurs  de  l'Empire,  par 
iKttr'ïs  datées  de  la  même  année.  Dans  la  lettre  de  confirma- 
tion donnée  par  ledit  roi  Henri,  après  son  élection  dèlînilive 
il  l'Empire  et  datée  de  1309,  la  disposition  relative  aux  Juifa 
est  omise. 

Par  deux  lettres  de  l'année  1315,  Frédéric,  roi  des  Ro- 
mains, confirme  cependant  la  donation  des  Juifs  de  Souitz, 
(■te.,  faite  par  son  prédécesseur  k  l'évèché  de  Strasbourg. 

Enfin  cette  donation  fui  encore  confirmée  par  le  roi  des 
Romains  Charles,  par  lettres  des  années  4354  et  1336.    (1) 

Dès  le  commencement  du  XVI'  siècle  les  Juifs  furent  en 
buta  des  persécutions  de  la  part  des  chrétiens;  on  en  fit 
périr  plusieurs  sur  le  bûcher.  Leur  plus  grand  désastre  eut 
lieu  en  1338  ;  ils  furent  tous  massacrés  dans  le  llout-Hundat. 
L'évéque  de  Strasbourg  se  mit  en  possession  des  biens 
délaissés  par  ces  malheureux,  et  obtint  à  cet  effet, enl342,  un 
nouveau  privilège  de  l'empereur,  Louis  de  Bavière  (1).  Il 
donna  en  fief  ù  Jean  d'Eptingen  la  propriété  qui  avait  appar- 
tenu k  un  certain  juif  tn  oppido  Ruffach  ;  de  plus  il  en  vendit 
une  autre  U  fludolphe  de  Uuebviller  (2).  Depuis  cette  époque 
les  Juifs  ne  sont  plus  revenus  &  Roulfacb  et  leur  admission 


(1)  Berler  fol.  III. 

\ï)  La  Cbarle  était  dans  Berler  fol.  367. 

(3)  Livre  des  serments. 


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èfiè 


RBVDB  D  ALSACK 


dans  le  Hundat  a,  du  reste,  été  défendue  k  perpétuité  sous 
les  peines  les  plus  révères. 

Cependant  les  JuiTs  venuienl  toujours  faire  des  transac- 
tions dans  le  pays  et  les  habitanls  de  Souitz  se  mirent  telle- 
ment entre  leurs  mains  que  les  magistrats  durent  édicter  des 
ordonnances  pour  défendre  ii  tous  bourgeois  d'hypothéquer 
aucun  immeuble  aux  juif?,  h  peine  d'une  amende  de  10  livres 
bAloises  ;  ils  ne  devaient  également  vendre  aux  juifs  aucune 
créance,  h  peine  de  5  livres  d'amende.  Il  était  défendu,  bous 
la  même  peine,  à  tout  bourgeois  et  a  leurs  femmes  d'acheter 
quoi  que  ce  soit  aux  juifs  il  moins  de  leur  payer  comptant. 
Toutbourgeois  t'tait  tenu,  avant  de  prêter  son  serment  annuel 
au  seigneur,  de  se  di'livrer  de  toute  obligation  envers  les 
juifs,  a  peine  de  poursuites  de  la  part  de  l'autorité,  {i) 

L'inventaire  des  titres  du  bailliage  de  Souitz  et  de 
Vuenheim  qui,  contrairement  aux  règlements  faits  au  regard 
des  juifs,  s'étaient  engagés  envers  eux.  (p.  44) 

La  chronique  des  dominicainsdeGuebviller  rapporte  qu'en 
1666  les  Juifs  eurentla  nouvelle  que  le  Messie  était  nécn  Judée. 
Ils  achetèrent  alors  tout  le  corail  qu'ils  purent  acquérir  afin, 
disait-ils,  d'en  orner  la  chambre  et  la  demeure  du  Messie. 
Plusieurs  allèrent  mdme  en  Palestine,  et  le  caustique  écrivain 
ajoute  :  mieslen  aber  mît  Spoft  undt  iedermanniglichei 
Gelachter,  mit  der  langen  Nasen  widerumben  nacherHant 
gehn.  0  woht  verstockhte  blinde  Narre n. 

Après  la  guerre  de  Trente  ans,  les  Juifs  revinrent  ii 
SouUz;  ils  y  furent  même  protégés  par  les  seigneurs,  moyen- 
nant finance  bien  entendu.  A  Hartsmanwillers,  les  Waldner 
de  Sierentz  permirent  même  à  quelques  juifs  de  s'élablir 
dans  l'enceinte  de  leurchAleau.  Les  Schauenbourg  en  firent 
autant  à  Junghotiz  et  comme  alors  les  Juifs  avaient  de  la 
peine  à  trouver  un  lieu  de  :9épulture  pour  leurs  morts,  le  sei- 
gneur de  Junghoitz  leur  accorda  les  fossés  de  son  chilleau 
pour  en  faire  un  cimetière.  Le  droit  que  les  seigneui's  de 
Schaucubourg  percevaient  sur  les  ensevilissements  qu'y 
faisaient  les  juifs,  s'élevait  en  1789  à  une  moyenne  de  400 
livres  par  an.  La  plus  ancienne  sépulture  du  cimetière  juif 
de  Junghoitz  datait,  selon  Siibermain,  de  ITIS.  Ce  cimetière 

(1)  Berler,  fol.  Ml. 


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LA    VILLE  BT  Lt   BAtLUAOt  DB  SODLTI  287 

existe  encore  aujourd'hui  et  les  israëlitee  viennent  de  loin  y 
ensevelir  leurs  morls. 

Les  éveques  de  Strasbourg  permirent  aux  Juifs  de  s'établir 
à  Souitz  moyennant  undroit  de  protection.  Le  roi  accorda  i 
l'éveché  de  Strasbourg,  par  le  réglementde  1682,  «  le  droit  de 
congédier  les  juiTs  domiciliés  et  établis  dans  les  terres  de 
révécbé  et  ceux  qui  pourraient  venir  s'y  établir  dans  la 
suite,  et  de  recevoir  ce  qui  «  n  accoutumé  d'estre  payé  pour 
cet  eiïet  annuellement  par  les  dits  juifs  qui  est  pour  chaque 
famille  de  11  écus  par  an  et  pareille  somme  de  li  écus  pour 
la  réception  de  chaquejuif  dans  les  dites  terres,  moyennant 
quoi  ils  soient  exempts  de  toutes  charges  ordinaires.  »  Cepen- 
dant une  leltre  du  l"  mars  1770  déclare  que  les  juifs  ne  sont 
exempts  d'aucun  impôt. 

En  1789,  le  droit  de  protection  et  de  réception  des 
juifs  rapportait  à  l'éveché,  à  Suullz,  en  moyenne  600  livres 
par  an. 

En  1788,  il  y  avait  k  Souitz  dix  juifs  qui  payaient  l'impôt 
du  vingtième.  D'après  le  registre  foncier  de  1698,  les  juifs 
Hyriz  Weyll,  Lehhmann  Ileiman,  Meyer  Jundt,  Mars  Bruns- 
weyll, Elias  Bloch,  LehiniinnBloch,  Monele,  Proraele  etKoppel 
payaient  chacun  k  la  ville 3  livres?  sols  6  deniers  pour  droit 
de  pâturage,  et  Koppel  payait  en  outre  5  sols  pour  le  commu- 
nal où  était  son  panier. 

En  1694,  le  juif  Hirtz  était  sous-fermier  du  débit  de  fer 
dans  le  baillage  de  Soullz.  Avant  la  Hévolulion,  un  autre 
juif,  Lebeman  Lévy,  était  fermier  des  revenus  patrimoniaux 
de  la  ville. 

Dans  le  cours  du  18*  siècle,  on  vit  k  Souitz  plusieurs  Juifs 
se  convertir  au  catholicisme.  Ainsi  les  registres  paroissiaux 
de  l'Eglise  St-Maurice,  mentionnent  au  1*'  janvier  1720  le 
baptême  de  Prancois-Ernest-Joseph  Grsif  ;  au  2  septembre 
1731  celui  de  Jean-Anloine  Ijls  de  Salomon  Weil  et  de  Itégine 
Ne  ker;  le  4  juin  1741  Caspar  Maurice,  flis  de  Zegell  Reinan 
et  d'Esther  ..  âgéde  19  ans,  fut  baptisé  par  le  recteur  de 
Souitz  ;  il  devint  soldat  et  épousa  le  3  juillet  1763,  Marie-Anne 
[lolh,  bourgeoise  ds  Souitz,  dont  il  eut  un  fils  Henri,  baptisé 
le  12  juillet  1764.  Le  2  mai  1743,  baptême  de  Melchior 
Caspar-Antoine,  flIs  de  lleis  Boracb  Hecker  el   de  Tkeille 


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288  HBVDB  D' ALSACE 

Spira  de  Jungholt!!,  le  30  mai  de  la  même  année,  baptême 
de  François- Antuine-Philipi>e  Weihl  d'IngoIsheJm,  près  de 
Strasbourg,  (Ils  de  Joseph.  Le  13  octobre  1754,  baptême  de 
Joseph-Guillaume  Sée  de  Metz,  âgé  de  17  ans,  flis  de  Samuel 
et  de  VogetI  Hassennmar.  Le  7  février  1779  le  curé  de  Souitz 
baptisa  encore  une  juive  :  Ha  rie- Anne-Christine,  fille  de 
Jacob  Inkanftde  Harlmanswiller 

Ces  baptêmes  se  faisaient  toujours  en  grande  solennité; 
la  noblesse  et  les  magistrats  tenaient  à  honneur  de  tenir 
sur  les  fonds  balismaux  le  nouveau  converti. 

Le9  juillet  1721,  le  conseil  souverain  d'Alsace,  dans  un 
procès  entre  le  juif  Ilirtz  Reiman,  rabbin  de  Souitz,  et  un 
sieur  Golberi,  décide  que  les  juifs  se  peuvent  être  appelés 
en  témoignage  en  faveur  de  leurs  coreligionnaires  contre  les 
chrétiens.  Dans  une  autre  cause  du  rabbin  Reiman,  le  même 
conseil  agita,  le  22  janvier  1725.  la  question  de  savoir,  si  un 
acte  sous-seing  privé  en  faveur  d'un  juif  pouvait  être  annulé 
et  devait  être  pasjé  devant  notaire  et  grefTier. 

Celte  conclusion  fut  suspendue,  ce  qui  est  autant  que 
révoquée,  par  lettres  patentes  du  Conseil  d'État  du  12  sep- 
tembre 1733.  (1) 

Certains  juifs  étaient  bouchers  k  Souitz  ;  il  y  eut  plusieurs 
contestations  entre  eux  et  les  bouchers-chrétiens  :  Sn  1684  le 
biiWi  écrit  à  la  régence  de  Saverne  que  la  contestation  entre 
les  bouchers  et  les  juifa  de  Souitz  continuait  toujours,  qu'ils 
avaient  comparu  devant  lui,  maisqu'il  n'avait  pu  lesaccom- 
moder;  quelesjuifsinsistaient  pour  tuer  dix  pièces  depuis  PA- 
ques  jusqu'il  la  SaintBarlhélemyet  depuis  la  Saint  Darlhélemy 
jusqu'au  carnaval,  et  pour  vendre  au  poids  ce  qu'ils  ne 
pourraient  consommer  dans  leurs  ménages  ;  quant  aux  quar- 
tiers du  devant  des  dix  bœufs  qu'ils  tueraient  depuis  Pâques 
à  la  Saint  Barthélémy.  Quant  à  ceux  qu'ils  tueraient  le  resta 
du  temps,  qu'ils  pourraient  vendre  par  quartiers  tant  qu'ils 
voudraient;  qu'ils  pourraient  également  vendre  la  petite 
viande  à  volonté  toute  l'année,  soit  au  poids  ou  par 
quartier. 

La  Régi^nce  approuva  l'avis  do  bailli  et  ordonna  que, 
de  Pâques  h  la  Saint  Barthélémy,  les  juifs  pourraient  tuer  dix 

(1)  Noies  d'arrêts  du  Contèil  Souverain  d'Altace. 


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LA   vau  ET  LE   BAtLLIAOI  DB  SOCLTI  289 

pièces  et  en  vendre  au  poids  ce  qu'ils  ne  pourraient 
consommer  el  c|ue  de  la  SaiQt-Barlhélémy  au  carnaval  ils 
ne  pourraient  vendre  ni  grosse  viande,  ni  petite  par  poids, 
mais  Beulement  par  quartiers.  (1) 

En  mars  ildî  le  boucher  Georges  Larger  de  Souitz  ayant 
étâ  nommé  boucher  de  grande  viande,  dit  qu'il  ne  pouvait 
accepter  de  vendre  qu'à  la  condition  qu'il  ne  serait  permis 
aux  juifs  que  de  tuer  12  hèles  pour  leur  usage  et  que  dans  le 
cas  où  une  de  ces  bétesseraitimpure  k  leurs  yeux,  elle  devrait 
élrecomptée  pour  deux.  11  fit  aussi  l'ofTredefourniraux juifs 
de  ses  bétes  k  saigner  à  trois  deniers  meilleur  marché  que 
la  taxe,  mais  que  toute  bêle  ainsi  donnée  était  décomptée 
des  douze.  Le  conseil  de  Soullz  rendit  une  ordonnance  dans 
ce  sens,  mais  en  1764  la  communauté  juive  Al  appel 
devant  le  conseil  de  Saverne  contre  ledit  règlement 
et  présentant  un  arrêt  du  Conseil  souverain,  prononcé  la 
même  année  entre  la  communauté  de  Wissembourg  et  la 
tribu  des  bouchers  du  dit  lieu,  permetlant  aux  juifs  de 
vendre  la  viande  que  leur  loi  leur  défend  de  consommer, 
en  se  conformant  à  la  taxe  et  de  ne  vendre  celte  viande 
qu'au  refus  des  bouchers  de  la  tribu,  de  la  prendre  à  4 
deniers  au  dessous  de  la  taxe.  (2) 

En  1699,  un  Juif  de  Soultzavait  une  maison  qu'il  échangea 
contre  celle  d'un  chrétien.  Le  magistrat  défendit  l'exécution 
de  cet  échange,  <.e  Juif  s'en  plaignit  h  la  Régence  de  Saverne 
qui  consulta  siÂ^ce  le  bailli.  Celui-ci  répondit  que  le  Juif 
n'acquérant  pas  une  seconde  maison,  etcelle  qu'il  donne  en 
échange  valant  même  mieux  que  celle  qu'il  acquiert  du 
chrétien,  il  ne  voyait  pas  pourquoi  l'échange  n'aurait  pas 
lieu.  La  régence  en  ordonna  donc  l'exécution.  Alors  le 
magistrat  se  plaignit  disant  que  la  maison  que  le 
juif  acquiert  est  vis-à-vis  la  porte  de  la  paroisse,  et  qu'il 
serait  indécent,  dans  le  cas  où  l'on  porterait  le  viatique  aux 
malades,  qu'il  passât  devant  ta  maison  d'un  juif.  La  régence 
n'approuva  pas  ces  raisons,  mais  le  magistrat  ne  se  tint  pas 
pour  battu;  il  s'adressa  ù  l'inlendanl,  disant  que  le  nombre 
des  Juifs  s'accumulait  dans  la  ville  de  SouIIje,  h  un  point  que 

(4)  iDT.  cit.  p.  44. 
(1)  ArcbÎTes  de  Soultt. 


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290  rBvui  d'alsacs 

bientAl  il  surpasserait  celui  des  cbréliens,  conlrairemeot  h 
une  lettr«  de  l'évèque  Robert  accordée  en  1472  aux  villes  du 
Haut  Mundal  ;  que  ces  juifs  possédaient  déjîi  huit  des  meil- 
leures maisons  et  étaient  fort  à  charge  aux  habitJinlB  en  se 
pn'tendanl  exempts  de  toutes  charges.  L'inlendnnt  ordonna 
que  les  juif^  paieraient  les  charges  bourgeoises  pour  leurs 
biens  et  qu'il  serait  fait  un  règlement  du  nombre  des  juifs 
qui  pourraient  rester  dans  la  ville  sans  être  à  cbarfie.  Les 
bourgeois  de  Suullz  pi-ésenlèreni  alors,  en  1712  etl7IS,  deux 
requêtes  !i  la  Uégence  de  Saverne  pour  parvenir  à  ces  fins. 
Ils  ne  para  Usent  pas  avoir  eu  gain  de  cause.  (1) 

D'après  le  registre  foncier  de  1777,  il  y  avait  à  Soullz 
quinze  juifs  qui  payaient  chacun  A  livres  dix  sols  pour  droit 
de  pftlucage.  (2j 

En  1682,  les  juifs  de  Soultz  exposèrent  à  la  Ri^gence  que 
pour  jouir  du  droit  de  p&turage,  iU  étaient  chargés,  an  temps 
des  vendHDges,  de  faire  mener  le  vin  du  seigneur  dans  la 
ville  et  qu'en  outre  ils  payaient  annuellement  une  somme  de 
2  ilorins  ;  que  malgré  cela  la  bourgeoisie  de  Soultz  préten- 
duit  les  obliger  de  payer  tous  les  ans  encore  20  florins  pour 
la  même  cause,  contriiivement  à  l'usage  ancien,  dans  lequel 
iU  demandaient  d'être  maintenus.  La  Régence  décréta  que 
l'on  ne  pourrait  exiger  des  juifs  établis  à  Soultz,  au-del^  de  4 
livres  10  sols  par  an.  (3j 

Vers  1783,  la  «ommunaulé  juive  de  Soullz  prétendit  avoir 
des  forets  communales,  le  bois  de  chaufTxgef^a  l'instar  d'un 
bourgeois  et  fit  requête  h  ce  sujet  vers  l'inlendant.  Le 
magistrat  répondit  en  ccu  termes  :  e  Rien  n'est  plus  hardi  et 
plus  entreprenant  que  la  nation  juive  ;  tolérée,  elle  veut 
s'assimiler  ^  un  citoyen,  elle  veut  participer  à  tous  les  avan- 
tagea que  donne  dans  une  communauté  la  réception  h  la  boui^ 
geoisie.  »  11  continuait  en  exposant  qu'un  juif  de  Soullz, 
Emmanuel  Bloch,  avait  été  surpris  achetant  du  bois  volé  à  un 
particulier  de  Wenheim,  dans  les  forêts  communales  et  que 
la  communautéjuive  tentait  sa  requête  pour  donner  gain  de 
cause  à  Bloch.   a  Enfin,  dit-elle,  ces  prétentions  sont  trop 

(1)  Irv.  cit.  p.  49. 

(2)  Archives  de  Soultz. 

(3)  iDT   cit. 


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LA    VILLB   n   LR  BAILUAGI  VK   SODLTZ  2dl 

absurdes  pour  mériter  une  réfutation  ;  il  suffit  qu'un  juif  ne 
soit  point  twurgeois,  qu'il  ne  puisse  l'élre,  pour  qu'il  ne 
puisse  prétendre  être  traité  comme  lui.  Un  manant  qui  méri- 
terait plus  de  faveur,  n'est  pas  si  osé  :  mais  rien  ne  coûte  h 
unjuif  effronté  ;  par  précepte  il  tente  tout.  »  Et  la  ville  conclut 
en  demandant  que  les  juifs  soient  déboutés  de  leur  requête 
et  condamnés  aux  dépens.  (1) 

Les  préjugés  contre  les  juifs  étaient  tellement  enracinés 
parmi  le  peuple,  que  la  Révolution  débuta  contre  eux  dans 
les  campagnes.  Ils  avaient  tellement  accaparé  la  fortune  des 
cultivateurs  que  ceux-ci  cherchèrent  d'abord  h  se  soustraire 
h  leurs  oblif^ations  envers  les  juifs  en  fabriquant  de  fausses 
quittances,  (i)  N'ayant  pu  avoirgain  de  cause  près  de  la  jus- 
tice, ils  usèrent  de  la  force  et  pillèrent  les  maisons  juives 
dans  le  Sundgau,  dès  1789  ;  leurs  titres  furent  brCilés  ou 
lacérés. 

L'émeute  s'étendit  jusqu'il  Bergheim  où  des  excès  graves 
furent  commis  contre  les  juifs.  Un  instant  Soultz  se  vit 
menacé  de  l'invasion  des  paysans  révoltés,  mais  la  bour- 
geoisie sut  par  son  attitude  en  imposer  à  l'émeute.  Les  pay- 
sans avaient  admis  comme  principe  que  les  juifs  étaient 
payés  par  les  titres  qu'on  leur  avait  pris  et  qu'il  fallait  les 
chasser  hors  de  la  province.  Aussi  le  député  Reubell  écrivait- 
il  à  la  commission  intermédiaire  du  district  de  Colmar,  le  5 
août  1789  :  Il  n'y  a  pas  jusqu'à  la  nation  juive  qui  ne  mérite 
quelque  compassion.  Je  sfais  combien  elle  était  haïssable, 
mais  ce  sont  des  hommes,  et  l'on  ne  peut  dissimuler  que  la 
manière  dont  leur  existence  était  réglée  par  le  gouvernement 
n'a  pas  peu  contribué  à  leurs  vices  à  jamais  odieux,  maie 


(1)  Arch.  de  Soullz.  LeîTsept.  178»,  la  muui:ipalité  ordonna 
aux  juifs  de  chercher  leur  bois  de  chautTage  à  la  forêt  moyennant 
S  livres  par  corde  pour  la  ville,  outre  le  façonnage,  mais  elle  leur 
défendit  de  faire  commerce  arec  ce  bois  bous  peine  de  4S  litres 
d'amende. 

(2)  Voir  chron.  de  Wûhriin  ad  An.  1778;  les  paysans  ache- 
taient k  grand  fraie,  pour  les  opposer  aux  juifs,  des  fausses  quil- 
laoces  que  leur  dislribuaieat  des  individus  revdlus  de  l'uniforme 
des  gardes  rraD^aises,  el  qu'ils  prenaient  pour  des  représenlanls 
élevés  de  l'autorité.  Vérin-Ré  Tille.  Ris.  du  Haut-Rhin  p.  10. 


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399  RBVEi  d'alsacb 

comme  nous  espérons  que  nos  nouvelles  lois  les  rendront 
honnêtes  gens  et  laborieux,  prêchez  Messieurs,  la  pitié  pour 
ces  misérables  crialures  et  vous  aurez  rempli  le  plus  beau  des 
devoirs,  (i) 

Fdéanmoins,  le  Directoire  du  dépnrlemenl  adressa  le  31 
di'ceinbre  1790  h  l'assemltlée  naliunale,  se»  observations 
relalivcment  à  l'ôtat  civil  deBJuifs  de  In  province  d'Alsace; 
il  Tait  valoir  une  foule  de  eu nsidé rations  tirées  de  leur  état 
morni,  de  leurs  habituiies  d'extorsions,  d'usure,  etc,  et  enfin 
du  préjugé  qui  les  frappe,  pour  repousser  leur  admission  aux 
droits  de  citoyens  et  surtout  l'usage  de  ces  druits  dans  les 
assemblées  électives  (2) 

En  ceci,  le  directoire  ne  faisait  qu'exprimer  le  sentiment 
du  pays  tout  entier  :  le  23  avril  1790,  le  conseil  général  de 
la  commune  de  Soultz.  en  réponse  k  une  lettre  de  la  muni- 
cipalité deColmiir,  déclare  s'adjoindre  h  cette  commune  pour 
s'opposer  il  l'admiasion  des  juif»  en  qualité  de  citoyens.  A 
Paris,  on  criait  a  l'inlolrrance  alsacienne  et  l'on  envoya  des 
représentants  en  mission,  mais  ceux-ci  modJQérenl  complè- 
tement leurs  idées  sur  les  juifs  quand  ils  virent  les  choses  de 
près  et  les  menacèrent  même  de  mesures  exceptionnelles. 

En  elfet.  au  moment  où  les  campagnes  étaient  plongées 
dans  la  plus  profonde  misère,  suite  du  rude  hiver  de  1789, 
les  juifs,  forts  de  l'appui  qu'ils  se  sentaient  près  des  huma- 
nitaires de  l'assemblée  naiionale,  os'trenl  sai>ir  partout  les 
récultes  et  les  vendiinges  de  leurs  débiteurs,  ils  ne  reconnu- 
rent les  bienfaits  de  la  Révolulion  que  par  un  agiotage  elTréné 
sur  les  assignats  et  sur  les  subsistances.  Gr^ce  h  eux,  les 
assignats  se  déprécièrent  dès  les  premiers  jours  de  leur 
émission. 

Le  7  janvier  1791,  le  département  rendit  un  arrélé  qui 
interdit  aux  juifs  toute  action  en  recouvrement  de  leurs  quit- 
tances jusqu'b  l'institulion  des  nouveaux  tribunaux;  on  leur 
enjoignitde  fournir  un  état  complet  de  leurs  créances  sur 
les  chréiiens,  et  le  district  de  Col mar  leur  interdit  jusqu'à 
parachèvement  de  cette  liquidation,  de  prendre  aucune  part 

(1)  Voy.  Revue  d'Alsace  1862  p.  531,  dup.  arcb.  dép, 
(i)  Revue  d'Alsace  1866  p.  121. 


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LA  TILLB   BT   LB   BAILLIAGE  Dt   SOULTt  293 

aux  enchères  de  biena  nationaux.  Quant  k  leur  personne, 
le  département  ne  négligea  rien  pour  assurer  leur 
sécurité. 

Un  grand  nombre  de  municipalités,  se  plaignant  de  l'iug- 
inentalion  de  la  population  juive,  voulaient  les  expulser, 
mais  le  directoire  exigea  qu'on  les  ^ard&t  et  même  que  l'on 
admit  ceux  qui  venaient  s'établir. 

Cependant  k  DoUviller,  on  tenait  les  juifs  bloqués  dans 
leurs  maisonset  une  grêle  de  pierres  venaient  les  assaillir 
lorsqu'ils  se  présentaient. 

A  Isenheim  on  les  taxait  arbitrairement  et,  s'ils  refusaient 
de  payer,  on  les  arrêtait  et  ils  restaient  détenus  jusqu'à,  ce 
qu'ils  se  fussent  acquittés. 

Enfin  la  loi  du  15  novembre  1891  i-égla  la  situation  des 
juifs  de  la  ci-devant  province  d'Alsace,  et  ils  rentrèrent  dans 
le  droit  cummun.  Le?  décembre  1792,  les  juifs  de  Soullz 
demandèrent  h  prêter  le  serment  civique,  ce  qui  leur  fut 
accordé  i  le  36  prairial  an  II  (14  juin  179t),  ordre  leur  fut 
donné  de  présenter  leurs  registres  de  circoncision  pour  être 
paraphés.  Le  16  germinal  an  IV  (5  avril  1796),  le  citoyen 
Jacob  Joseph,  ministre  du  culte  hébraïque  ii  Soullz,  prête 
serment  d'obéissance  aux  lois. 

Cependant  le  1"  février  1793,  encore,  la  municipalité  de 
Soultz  recevait  66  livres  en  argent  d'un  juif,  pour  avuir  le 
droit  de  résidera  Soultz. 

Le  6  mars  179i,  des  fièvres  et  des  miladies  s'étant 
répandues  parmi  les  soldats  d'un  bataillon  de  volontaires  en 
garnison  à  Souitz,  In  municipatiti^,  considérant  que  la  com- 
munauté juive  possédait  le  plus  de  lits,  décida  que  les  hom- 
mes luges  chez  lesjuifs  seraient  retirés,  maisque  ces  derniers 
rourniraienl  des  lits  complets  moyennant  H)  sols  par  mois 
et  par  lit,  ce  qui  fut  signifié  au  scliullz  Abraham  Uloch. 

Le  30  janvier  1792,  un  lieutenant  au  5*  bntnillon  de  volon- 
taires déclara  au  bureau  exécutif  de  Soullz,  que  le  juif 
Wormser  de  Bolviller  avait  voulu  lui  vendre  du  drap  à  12 
8  lus  en  argent  ou  16  en  assignats,  de  plus  ce  juif  n'avait  pu 
pro  luire  si  patente.  Le  bureau  décide  que  le  juif,  prélemlant 
ignorer  l'urretj  du  département,  il  serait  condamné  à  four- 
nir au  dit  heuteiiant,  le  drap  à  16  sols  en  assignats  ou  en 


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294  RKVCB  d'alsaci 

numéraire  au  gré  de  ce  dernier;  qu'il  paierait  4  livres  10  boIs 
d'amende  pour  n'avoir  pas  eu  de  patente,  et  qu'il  resterait  en 
prison  jusqu'au  paiement  de  cette  somme. 

Le  11  vendémiaire  an  XIII  (3  octobre  180S),  l'animoBité 
r-ontre  les  juifs  était  encore  si  grande  que  le  maire  de  Soulti 
(lut  prendre  des  précautions  pour  les  protéger.  (1) 

11  y  a  chez  le  juif  une  sorte  d'instinct  qui  le  pousse,  comme 
toutes  les  races  orientales,  h  exercer  les  professions  oiJ  il  faut 
développer  plus  d'astuce  que  de  travail.  Il  répugne  k  l'exer- 
cice des  métiers  qu'il  embrasse  très  rarement  II  préfère  le 
(commerce  et  alors  il  ne  peut  se  résoudre  ii  demander  au  client 
la  valeur  exacte  de  sa  marchandise;  il  la  surfait  toujours,  et 
comme  le  client  s'en  doute,  ce  sont  entre  eux  des  maixiban- 
dages  interminables,  dont  l'objetânit  par  être  cédé  pour  la 
moitié  du  prix  demandé,  et  le  client  est  encore  volé.  Une 
autre  profession  qu'affectionne  le  juif,  est  celle  de  marchand 
de  biens.  A  toutes  tes  ventes  il  achète  toujours  et  se  rend 
acquéreur,  souvent  par  des  manœuvres  déloyales  ou  avec  la 
complicité  de  ses  coreligionnaires,  puis  il  va  chez  le  petit 
cuUivateuret  à  force  d'insistance,  il  parvient  îi  lui  faire  ac- 
quérir une  pièce  de  terre  ;  le  cultivateur  se  laisse  prendre, 
croyant  faire  un  hon  marché.  11  achète,  ne  paye  qu'un  k 
compte  et  s'engage  li  des  termes  espacés  dont  le  montant  est 
constitué  par  une  fraction  du  prix  d'acbat  augmentée  d'une 
certaine  somme  plus  ou  moins  usuraire  pour  tes  intérêts. 
Arrive  le  terme,  le  cultivateur  est  gêné,  il  a  fait  de  mauvaises 
récoltes,  la  maladie  lui  a  emporté  quelque  bétail,  ou  l'a 
atteint  lui  mâm3.  Si  le  juif  estime  que  son  débiteur  a  suffi- 
samment de  fortune,  il  lui  fait  crédit  moyennant  un  surcroit 
d'escompte  ;  le  plus  souvent  il  saisit  la  récolte  et  cela  jusqu'à 
ce  que  le  malbeureux  acculé,  soit  réduit  à  l'expropriation,  à 
moins  que,  lassé,  il  ait  abandonné  la  culture  de  sa  terre  qui 
est  transformée  en  jachère. 

A  suivre  Aug.  G&ssbr. 


(1)  Archives  de  Soullï.  ftég.  de  délibération  de  la  municipalité. 


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NOUVELLES  ŒUVRES  INEDITES 

de  GRANDIDIER 

PubUées  par  K  l'a^bé  A.  K.  P.  IigoU 
Sons  les  auspicsB  da  la  Sociité  ladustrialls  ii  Malhoiss 


Le  volume  que  nous  avons  la  satisfaction  de  signaler  est 
le  lome  lecond  des  manuscrits  réfugiés  k  Carlsnihe  eldont  le 
publication  est  confiée  à  H.  l'abbé  Ingold.  Ce  volume  est 
d'une  corpulence  supérieure  &  celle  du  précédent  :  il  se  com- 
pose de  de  6i3  pages  in  8'*,  bien  remplies  et  bien  imprimées, 
sur  beau  papier,  par  F.  Sutlerel  C'*'^  Rixheim  (liaut-Elliin), 
Comme  le  1*'  tome,  on  peut  se  procurer  le  3°  à  un  prix  rela- 
tivement modeste,  aux  librairies  IlâlTel  b  Colmar  et  A.  Picard 
et  fils,  82  rue  Bonaparte  k  Paris . 


Ce  tome  second  se  compose,  si  nous  comptons  bien,  de  442 
notices  ou  embrions  de  noLiiies  concernant  des  littérateurs  et 
des  artistes  alsaciens  dont  nos  anciens  chroniqueurs  avaient 
déjîi  signalé  les  travaux  de  quelques-uns,  mais  dont  aussi  un 
grand  nombre  étaient  demeurés  inconnus  ou  négligés  et  aux- 
quels Grandidier  se  proposait  de  rendre  hommage  dans  le 
cours  de  ses  recherches  et  de  ses  éludes. 

Ce  sont  ces  notes  préparatoires,  ces  inestimables  bribes  de 
l'héritage,  ces  petits  cahiers,  ces  feuilles  valantes,  préservés 
des  feux  de  la  civilisation  moderne  et  remisés  aujourd'hui  de 
l'autre  cdté  du  Rhin,  ce  sont  les  reliques  de  notre  intrépide 
et  malheureux  piocheur  du  siècle  dernier,  que  H.  l'abbé 


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296  HRVtn  b' ALSACE 

ingold  a  l'honneur  de  mettre  au  jour  avec  le  concours  de  la 
Société  industrielle  de  Muthoute. 

H.  Ingold  donne  à  ce  volume  le  sous  litre  d«  Dictionnaire 
biographique  des  Littérateurs  et  Artistes  Alsaciens.  Ce 
n'est  peut-être  pas  tout-b-fait  cela  :  Si  nous  comparons 
ce  l'ecueil  de  notices  et  de  notes  aux  publications  biographi- 
ques de  notre  temps,  celles-ci  ont  une  trop  grande  supériorité 
sur  cellcs-1^,  du  moins  quant  au  nombre  si  non  quant  au 
fond.  C'e<st  ainsi  que,  dansunrecuetl  moderne  concernant  les 
litttTaleurs  et  aiiisles  alsaciens,  nous  comptons  1200  biogra- 
phies, tandis  qne  Grandidierne  nous  en  accuse  que  400  sur 
le  même  terrain.  Mais  il  ne  faut  pas  oublier  que  Grandidier 
butinait  en  vue  de  Vffisfoire  de  l'Eglise  et  des  Princes- 
Evéques  de  Strasbourg  seulement,  et  qu'k  cet  égard  le  ter- 
rain à  explorer  offrait  moins  de  surface  que  celui  de  VHis- 
toire  ecclésiastique,  militaire,  civile  et  littéraire  dont 
notre  infortuné  compatriote  eut  à  peine  le  temps  de  faire 
imprimer  le  tome  1"  et  les  pièces  Justificatives  du  tome 
suivant. 

Plus  on  avancf  dans  la  publication  des  manuscrits  inédits, 
plus  il  de\-ient  évident  que  la  plus  grande  partie  de  ces  docu- 
ments devait  servir  à  combler  la  lacune  de  1202  à  1262  qui 
existe  dans  le  livre  onzième  de  la  publication  du  premier  lot 
des  manuscrits,  c'est-ii-dire  des  épiscopats  de  Henri  de 
Véringen,  1202  h  1223;  de  Berthold  de  Tec,  1223  à  1243,  et 
de  Henri  de  Slaleck,  1245  k  1260.  C'est  au  commencementde 
ce  treizième  siècle  que  s'arrèle  la  copie  qualifiée  par  nous,  et 
AiiusETTB, opérée  par  la  plume  du  cbanoine  Mélrot.d'une  main 
toujours  égaie,  sur  55  petits  cahiers  sans  marges,  dont  29 
pour  le  texte  et  26  pour  les  notes,  soit  en  tout  837  pages  qui  en 
remplissent  1209  dans  l'édition  in-S"  de  1865.  11  faut  ajouter 
que  ces  cahiers  ont  18  centimètres  de  hauteur  et  11  de  lar- 
geur. 

Une  autre  reiiian.iue  aidera  certainement  M.  l'abbé  Ingold 
H  excuser  l'anachronisme,  apparent  plus  que  réel,  qu'il 
inscrit  au  compte  de  l'éditeur  du  premier  lot  des  inédits: 
Les  deux  tiers,  et  même  un  peu  plus,  des  dits  manuscrits 
étaient  copiés  par  lui  seul,  avant  que  Ton  mit  la  main  k  la 
composition  du  tome  premier,   tjne  livraison   d'essai  ayant 


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«UVBIS   tNftDITBS   DB  GBANDIDIEB  '  297 

paru  en  1864,  M.  le  chanoine  Halfeld  mit  k  la  dispositioD  de 
M.  LibliD  «  r^mu(e/f«  »  ou,  simieux  l'on  aime,  le  Jovjou 
de  M.  Mélrat  qui  est  aujourd'hui  propriété  de  la  bihiiothèque 
communale  de  Strasbourg.  Ce  joujou  a  en  efTet  épargné 
k  M.  Liblin  diïux  déplacemenls  deColmar  k  Strasbourg  pour 
confronter  la  fin  de  sa  Iranscriplion  avec  la  fin  de  l'original 
demeuré  k  Strasbourg.  Si  ce  complément  d'information 
devait  ne  pas  suffire  pour  dissiper  l'ombre  de  l'anachronisme 
relevé  par  M.  Ingold,  il  resterait  k  H.  Liblin  la  ressource  des 
circonstances  atténuantes  dont  la  galanterie,  bien  connue.de 
M.  l'abbé  ne  manquerait  pas  de  lui  accorder  le  bénéfice.  On 
peut  se  tromper  quand  il  faut  faire  remonter  le  souvenir  à 
trente  et  quelques  années  dans  le  passé  ;  mais,  au  cas  parti- 
culier, il  n'y  a  pas  d'erreur. 

M.  l'abbé  Ingold  est  occupé  en  ce  moment  de  la  prépara- 
tion des  Tomes  III  et  IV  qu'il  intitule:  AUalia  Sacra.  Ce 
que  ces  deux  Tomes  contiendront,  le  titre  l'indique  suffi- 
samment. Il  s'agit,  sans  doute,  des  Maisons-religieuses  qui 
devaient  être  le  sujet  d'une  partie  du  livre  onzième  de 
l'Histoire  de  l'Eglise  et  <iei  Princex-Eréques  de Slratbourg, 
puis  des  divers  ordres  religieux  <|ui  occupaient  ces  Maiêoni, 
d'oiïi  Altatia  Sacra,  embrassant  l'organisation,  les  l'ègles 
des  divers  ordres,  leurs  fondations,  leurs  supf^rieurs,  leur 
adminislrstion  et  l'aulorité  épiscopale  et  seigneuriale  dont 
ils  relevaient.  Il  est  présumable  que  VAhalia  sépulta,  dont 
il  n'est  pas  question,  se  confond  dans  la  première  de  ces 
rubriques.  La  copie  que  nous  avons  prise  d'un  nécrologe 
écrit  au  commencement  du  treizième  siècle  et  tiré  du  livre 
du  livre  de  cuisine  du  Chapitre  de  Ih  Cathédrale,  nous  fait 
croire  que  la  Sépulta  avait  aussi  sa  place  dans  les  très  ac- 
tives préoccupations  de  Grandidier. 

Si  l'on  joint  à  cela  la  réunion  probable  au  dépôt  de  Carla- 
mhe,  les  manuscrits  que  Grandidier  avait  aussi  préparés  pour 
VHistoirede  la  forêt  noire,  la  matière  ne  mnnquera  pas  à 
son  nouvel  et  dévoué  éditeur.  Les  «monuments  de  Mûllenbach, 
Steinbach,  Bade,  Gengenbach  ;  la  notice  sur  Ettenheim,  les 
limites  de  t'Orteaau,  les  évêques  de  Strasbourg  et  de  BnsU, 
Salnt-Fridolin,  Saint-Columban,   Schulteren  et  Offenburg, 


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296  Bnm  d'usack 

Saint'TrDdpeii,  Saiot-LandeliD,  EltenheimmuiiBier,  Gengen- 
bacb,  Schwartzbach,Saint-Pirniin;  lescorolesde  l'Oilenau  et 
d'Urach  :  les  seigneurs  d'Urselinguen,  SaÎDle-Walbui^, 
EUenbeinimunler,  Marmoutier,  Saint-Jean  -  ile»-Cboux, 
Crauinhal,  Neubourg,  la  Toussaint  et  Bronon  d«  Huhen- 
berg,  si  lout  cela  est,  disoDs-nous,  compris  dans  le  cadre  des 
Ifoucellet  œuvres  inédite;  les  vrais  amis  de  notre  bisloire 
d'Alsace  applaudiront  M.  Ingold  et  souhaiteront  que  les 
encouragemeats  réels  et  moraux  ne  lui  fassent  point 
défaut. 

Quand,  en  ces  sortes  de  travaux,  l'œuvre  a  de  la  valeur,  il 
est  de  règle  qu'elle  rencontre  la  critique  même  parmi  les 
hommes  les  plus  éclairés.  Grandidier  en  savait  quelque 
chose.  Il  n'y  a  rien  d'étoanant  que  son  œuvre  posthume  en 
rencontre  encore  un  peu  en  arrivant  au  jour. 

Un  professeur  de  la  nouvelle  université  de  Strasboui^ 
essaie  de  faire  revivre  une  vieille  question  de  documents 
falsifiés,  question  que  l'on  croyait  épuisée  par  la  plume  de 
Grandidier,  accusé  par  le  professeur  d'avoir  le  même 
reproche  à  se  faire  ;  un  écrivain,  au  rez-de-chaussée  d'un 
journti  de  Colmar,  relevant  sommairemenl,  avec  le  sourire 
d'un  homme  capable  au  bout  des  lèvres,  les  singularités 
biographiques  que  Grandidier  a  respectées  dans  ses  notes, 
sont,  &  notre  point  de  vue  alsatique,  des  preuves  que  la 
publication  ne  passe  point  inaperçue.  Hais  ne  semble-1-il  pas, 
qu'&  moins  de  preuves  indiscutables,  Grandidier  ne  peut 
être  accusé  d'avoir  falsiité,  lui  aussi,  des  pièces  dont  il  a  tiré 
parti  dans  le  cours  de  ses  travaux?  C'est  pourtant  ce  que 
vient  de  hasarder  le  dit  professeur.  M.  Ingold  a  cru  devoir 
protester  dans  l'avanl-propos  du  tome  qui  nous  occupe;  il  a 
eu  raison.  En  fait,  Grandidier  n'a  pas  écrit  lui-même  toutes 
les  copies  des  titres  dont  il  a  d(t  faire  usage.  Ces  transcrip- 
tions sont  si  nombreuses,  que  la  vie  d'uo  copiste  vigoureux, 
habile  et  intelligent  n'y  aurait  pas  suffi.  Du  nombre  —  assez 
grand — de  ces  copies  que  nous  avons  sous  bs  yeux,  il  n'y  en 
a  pas  une,  d'une  autre  main  que  celle  de  Grandidier,  qui  ne 
porte  des  traces  nombreuses  de  scn  conlrAle,  des  marques 
saillantes  de  sa  minutieuse  révision.  La  considération  qui 
s'attache  h  la  méinoire  de  notre  historien,   repousse,  sans 


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ROTTVSLLES  «UnOS   IKtolTBS  DB  GRAHDIDIBB  299 

autre  examen,  l'idée  d'une  falsification  quelconque,  mais 
non  l'idée  d'une  erreurpossible,  et  la  famille  littéraire  et 
êcienlifique  de  l'Alsace  attend,  avec  une  parfaite  tranquilité 
d'esprit,  la  preuve  que  l'on  aurait  bien  fait  de  produire 
avant  d'accuser. 

Quoiqu'il  en  soit,  on  ne  peut  qu'engager  M.  l'abbé  Ingold  h 
ne  pas  accorder  trop  d'attention  à  la  critique  età  aller  hardi- 
ment de  l'avant  dans  la  louable  entreprise  dont  l'exécution 
est  commencée  et  qu'il  conduira  certainement  h  une  bonne 
fin. 


Frédéric  Kurtz. 


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LE  PREMIER  JIRILÉ 

DE 

L'ANCIENNE  UNIVERSITÉ 

de  STRASBOURG 


Alfred  ErichsoD.  —  Der  allen  Slratiburger  HochtrhuU 
enlet  Jahrhundertffst am  l"Sfai  i007.  —  14  pages.  Slras- 
boui^,  chez  Bull. 

Les  fêtes  qui  marquèrent  le  &'  anniversaire  de  la  oou- 
velle  Université  de  Strasbourg,  du  I"  mai  dernier,  ont  donné 
naissance  k  une  s^rie  de  brochures  relatives  au  passé  de 
cette  Haute  Ecole.  Citons  : 

Die  Kaiter-Wilhenu-Unicenilœl,  ihr  Recht  und  ihre 
Werwaltung,  par  H  Hoséus,  ex-curateur  de  cette  Univei- 
siU^,  décédé  depuis  (chez  BuU^. 

Die  Kaiêer-Wilhelm-Universitœl,  ihre  Eniwiekelung. 
und  ihre  Batilen,  par  S.  Hausmenn,  secn^taire  de  l'Univer- 
sité (chez  Heinricb). 

Die  allen  Malrikeln  der  Univertitœl  Stratxburg  1621- 
1793,  pftt  G.  Knod  (chez  TrObuer). 

Deux  brochures  parues  h  la  même  occasion,  sont  l'œuvre 
de  M.  Erichson,  le  savant  directeur  du  Thnmasstifl.  L'une 
d'elles,  Da»  Duell  im  allen  Slraxgburg,  ayant  déjà  été  ana- 
lysée en  détail,  par  la  Revue  d'Alsace.  Nous  ne  parlerons  ici 
que  de  celle  dont  le  titre  forme  l'enléte  de  la  présente 
notice. 

On  sait  qu'en  1366,  l'Académie,  issue  du  Gymnase  de 
istrasliourg,  et  d'oîi  devait,  en  1621,  sortir  l'Université,  fut 


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JUBILi  DB  [.'AJfCnNm  UKIVIRSITi  DR  3TRAIB0UHG  301 

reconnue  pnr  l'empereur  Haiimilien  II,  dans  une  charte 
dont  l'original  se  trouve  encore  aux  archives  de  la  ville 
(Voir  Engel  el  Fournier,  Université  de  Strasbourg,  i,  100 
et  382,  no  (1).  C'est  la  célébration  du  premier  centenaire 
de  ce  glorieux  événement  que  H.  Erichson  s'est  proposé 
de  nous  raconler,  et  dont  nous  allons,  h  sa  suite,  esquisser 
le  récit  succint  : 

Eal638UéjIi,  l'on  avait  fêté  le  premier  siècle  de  l'exis- 
tence du  Gymnase  par  une  série  de  solennités  dont  le  souve- 
nir était  encore  dans  toute;  les  mémoires,  el  qu'il  fallait, 
par  conséquent,  éclipser  maintenant  par  un  faste  plus 
grand,  semblable  à  celui  qui  avait  accompagné  en  1621 
l'inauguration  même  de  l'Université,  créée  par  Ferdi- 
nand 11  (1).  Le  magistrat  choisit  la  date  du  l"  mai 
(conservée  aux  fêtes  de  1872  et  de  1697),  parceque  c'est  en 
ce  jour  que  le  Recteur  Jean  Sturm  avait  proclamé  publi- 
quement, en  1367,  le  privilège  impérial  ;  mais  dès  le  6  avril, 
le  programme  d'usage,  émané  du  Recteur  Jacques  Scballer, 
professeur  de  théologie,  était  affiché  aux  portes  de  l'ancien 
couvent  des  Dominicains,  siège  de  l'Université,  invitant  pro- 
fesseurs et  étudiants  &  prendre  part  au  jubilé.  Les  termes 
pompeux  et  emphatiques  de  ce  programme,  tels  que  M. 
Erichson  nous  les  communique,  font  sourire  aujourd'hui, 
mais  étaient  tout  à  fuit  du  goût  de  l'époque  et  n'ont  pas  dA 
paraître  exagérés  aux  étudiants  et  aux  maîtres  d'il  y  a 
deux  siècles. 

Après  que  le  Convent  académique  eut  notifié  à  l'empereur 
les  fêles  prochaines,  y  eut  invité  les  comtes  palatins  de 
LQizelsteinetde  Birkenfeld  eteut  décidé  qu'un  chant  sécu- 
laire serait  composé  pour  fin  perpétuer  le  souveiiir,  le  Magis- 
trat, desonc6té,  ordonna  que  deux  médailles  commémora tives 
de  cet  événement  seraient  frappées,  l'une  en  or,  l'autre  en 


(I)  La  fêle  uni versilaire  de  ItiSl  a  fait  l'objet  d'une  aulre  élude 
que  M.  Erichson  a  publiée  au  moment  de  l'inajguralion  du 
Palais  de  rUuÏTersilé,  le  17  octobre  1884,  el  que  l'abbé  A.  Hartio 
a  iraduil  récemment  eu  français.  Cette  Iraduclion  a  été  lue  au 
congrès  bibliographique  de  Nancy  en  juin  1896, 


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302  BBVUB  D  ALSAGB 

ar^nl  et  qu'un  service  d'actions  de  grâces  serait  célébré  dans 
les  sept  églises  paroissiales.  Ce  service  religieux  introduisit 
la  série  des  fêtes,  le  dimanche  28  avril.  Le  texte  prescrit  pour 
cette  circonstance  (II  Samuel,  ii,  2S),  était  celui  même  sur 
lequel  le  président  du  convent,  le  D'  Jean  Schmidt,  avait 
prêché  son  sermon  d'essai  h  \n  Cathédrale  en  1630. 

Le  lendemain,  les  doyens  des  quatre  facultés  se  rendirent 
k  rilAtel  de  Ville,  où  le  théologien  Beliel  invita  en  leur  nom, 
le  Magistrat  k  honorer  la  fêle  de  an  présence.  Celui-ci  promit 
d'envoyer  une  délégalion  et  supprima  aussitôt  sa  séance  du 
i«'mai,  La  veille  de  ce  jour,  le  notaire  académique,  accom- 
pagné d'un  étudiant,  selon  l'usage,  alla  à  son  tour  porter 
l'invitation  au  clergé,  aux  professeurs  du  gymnase  et  aux 
notabilités  de  la  ville.  Enfin  le  1"  mai,  la  grande  cérémonie 
se  passa  k  la  vieille  église  des  Prêcheurs  ou  des  Dominicains 
{Temple-NeufJ. 

Dès  sept  heures,  les  Doyens  se  rendent  chez  le  Recteur 
pourl'escorterau  poêle  du  Miroir  (rue  des  Serruriers),  où 
leurs  collègues  les  attendent,  pendant  que  les  professeurs 
Stœsseret  Sallzmann  vont  chercher  le  Magistrat  k  la  place 
Gutemberg.  Aussitôt  que  les  deux  cortèges  sont  arrivés  dans 
le  chœur,  on  y  introduit  les  hôtes  illustres  :  le  prince  Chris- 
tian de  Birkenfeld,  les  deux  jeunes  comtes  de  Linange  et  le 
baron  de  Stein.  Alors  la  musique  se  fait  entendre;  et  un 
nouveau  cortège,  composé  des  deux  appariteurs  et  de  huit 
étudiants,  apporte  les  insignes  universitaires:  les  sceptres 
de  1566  et  de  1621  (1),  les  mat  ricules,  le  sceau  de  1567,  les 
clefs  et  les  statuts.  Les  seigneurs  Wetzd  de  Marsilien  et  de 
lluDolstein  ferment  la  marche,  portant  chacun,  sur  un 
coussin  de  velours,  une  des  deux  chartes  impériales. 

Après  un  concert  d'orgues,  trois  orateurs  se  succédèrent: 
le  D' Bebel  prononfa  le  sermon  d'apparat,  puis  le  professeur 
de  droit,  Godefroi  Stœsser,  fit  un  autre  discours  en  allemand, 
auquel  il  joignit  la  lecture  de  deux  privilèges  iiniversilaiies; 


(1)  Tous  deux  étaient  en  argent  et  altèrent  ti  la  Monnaie  le  ! 
novembre  1793.  L'Académie  protestante  de  1804  en  fit  faire  i 
autre  qui  lert  jusqu'à  ce  jour. 


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IDBILâ  DE  l'aNCIENKB  UNIVBBSITA  SB  STRASBOUBO  303 

enfin  maître  Schallesins,  proresseur  d'éloquence,  paria  eu 
lalin.  La  musique,  qui  avait  joué  après  chaque  alloculion, 
termina  comme  elle  l'avait  ouverte  la  cérémonie,  dont  M. 
Erichson  estime  la  durée  bcinq  heuresau  moins.  La  grande 
presse  de  la  foule  curieuse  ayant  occasionné  de  graves  acci- 
dents en  162t,  les  mesures  furent  si  bien  piises  celte  fois 
que  l'ordre  ne  fut  pas  troublé  un  seul  instant  ;  vingt  et  un 
hatlebardiers  (Eitie  Hollej  commandes  par  un  Rollmeitter 
suffirent  «t  maint'^nir  la  multitude  et  k  éviter  tout  excès.  La 
ville  et  le  Use  académique  leur  en  marquèrent  leur  satisfac- 
tion en  leur  accordant,  l'une  deux  mesures  de  vin,  l'antre 
deux  itsdales,  (24  marcs).  La  municipalité  eut  d'autres  frais  k 
payer.  L'ornementation  du  chœur  et  la  réparation  des 
tableaux  lui  coûtèrent  192  florins  (1536  marcs). 

le  lendemain,  la  faculté  de  droit  accorda  3  diplômes  de 
docteur  et,  8  jours  après,  celle  de  médecine  en  octroya  un 
autre  ;  des  facultés  restantes  ne  purent  procèderhaucune pro- 
motion, faute  de  candidats.  Selon  l'usnge,  les  nouveaux  doc- 
teurs offrirent  un  banquet,  qui  eut  lieu  au  Miroir  et  compta 
40  couverts    . 

La  rm  des  fetea  fut  marquée  par  des  gratiTications  de  toute 
nature,  vin,  argent  ou  médailles,  que  le  magistrat  fit  avec 
une  grande  générosité.  Des  exemplaires  de  ces  médailles 
sont  conservés  au  cabinet  des  monnaies  de  l'Alsace- Lorraine 
et  dans  la  collection  de  H.  Ilimly  de  Strasbourg. Sous  une 
autre  forme,  le  souvenir  de  jubilé  est  parvenu  jusqu'à  nous 
dans  plusieurs  odes  lutines  qui  glorifient  l'événement  avec  la 
redondance  habituelle  de  l'époque.  L'une  d'elles,  intitulée 
Vive  l'empereur  Léopold  t  a  pour  auteur  le  professeur  de 
droit  Rebhan,  oncle  de  Spener,  et  compte  i69  hexamètres. 

Le  17  mai  suivant,  la  publication  du  tableau  des  cours  an- 
nonçait la  reprisedu  travail  académique  et  le  commencement 
du  semestre  d'été. 

Ce  fut  la  dernière  féteanniversaire  que  célébra  l'Universilé 


(1)  La  minute  du  discours  latin  que  le  docteur  Meirhior  Sabilz 
prononça  alors,  eiUle  encore. 


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304  RBVUB  d'alsacb 

de  Slrasbourg.  Car,  lorsqu'on  s'appéta  ^  organiser  celle  de 
17SI,  le  préleur  royal  s'y  opposa  si  formellement  qu'on  n'es- 
saya même  pas  de  commémorer   celle  de  1767. 

En  terminant,  remercions  M.  Ericbson  d'avoir  bien  voulu 
éclairer  celle  page  inlére^isanle  de  nos  annales  universitaires, 
et  espérons  qu'un  nouveau  travail  sorti  de  sa  plume 
autorisée  nous  permettra  bientôt  de  nous  occuper  de  lui 
derechef, 

F.   B.   Baliwkilbr. 


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LES  MINES 


SAINTB-lîklARIE 


Depuis  un  an  environ  une  société  de  recherches  a  repris 
les  travaux  des  mines  de  Sle-Marie.  Sans  vouloir  se  lancer 
dans  l'exploitation  proprement  dite,  cette  Société  a  pour  but 
de  se  rendre  compte  si  les  anciennes  mines  sont  assez  riches 
pour  pouvoir  être  exploitées,  et  si  la  montagne  recèle  encore 
des  trésors  dans  son  sein.  Dans  ce  but,  grAce  aux  documents 
qu'on  a  pu  retrouver,  on  a  rouvert  les  anciennes  galer:~ 
élargi  les  passages  très  étroits  qui  servaient  h  l'exploitation, 
déblayé  les  éboulemcnls,  et  étanfonné  It  nouveau  les  parties 
faibles. 

Les  travaux,  paratl-il,  donnent  tout  espoir  à  ceux  qui  opè- 
rent ces  nouvelles  recherches,  et  il  est  très  probable  que  d'ici 
peu  de  temps,  une  activité  nouvelle  renaîtra  dans  le  pays  qui 
jadis  ne  vivait  que  de  ces  travaux. 

D'après  certains  documents  les  mines  paraissent  avoir  été 
exploitées  dès  le  neuvième  siècle,  et  ont  été  successivement 
abandonnées  et  remises  en  activité;  elles  paraissaient  avoir 
été  dénnitivement  abandonnées  au  commencement  de  ce 
3iècleversl828.Lescauses  d'abandon  étaient  diverses,  certains 
auteurs,  l'attribuent  k  l'épuisement  des  forets  dont  le  bois 
destiné  au  traitement  des  minerais  revenait  trop  cher,  d'autres 
k  l'invasion  des  eaux  souterraines,  que  les  moyens  mécani- 
ques dont  on  disposait  jadis  ne  permettaient  pas  d'épuiser, 
ce  qui  n'est  plus  le  cas  maintenant,  enQn  certains  auteurs 
prétendent  que  les  mines  sont  épuisées. 

Si  l'oD  consulte  les  listes  de  métaux  que  li;s  anciens  préten- 


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â06  RKVl-R  n'AUiAClt 

datent  trouver  daos  lc>  inonlagne^  du  la  vallëede  la  Lîëpvre, 
on  y  trouve  l'or,  l'argent,  le  plumli,  le  cuivre,  le  mercure,  le 
eioc,  le  cobalt;  toutefois,  de  fait,  on  n'en  a  extrait  que  de 
l'argent,  du  cuivre  et  du  plomb. 

On  y  rencontre  aussi  de  la  blende,  minerai  de  zinc,  déjà 
signalée  su  siècle  dernier,  mais  en  petite  quantité.  L'entre- 
prise actuelle  a  surtout  pour  but,  dit-elle,  l'exploi talion  du 
cobalt,  connu  jadis  sous  le  nom  d'azur  ou  d'azurite  et  qui  est 
d'un  bon  rapport.  Mais,  sans  l'avouerfranchement,  elle  espère 
sans  doute  tomber  sur  des  pocbes  renfermant  de  l'argent  en 
quantité  aussi  notable  qu'on  en  trouva  jadis. 

Les  travaux  des  mines  ont,  à  toutes  les  époques,  frappé 
l'imagination  des  hommes  qui  s'occupaient  de  If  description 
du  pays,  et  les  noticesqu'ilsyoïitconsacrésonl   nombreuses- 

Parmi  les  spécialistes  nous  citerons  d'abord  Hisloria  und 
Cronning  betchreiben  von  flerrn  Johann  Haubensack, 
que  nous  n'avons  pas  eu  entre  les  mains,  mais  qui  parait 
être  l'ouvrage  complet  le  plus  ancien  s'occupant  de  ces  mines. 
Nous  citerons  ensuite  la  Description  des  gftes  de  minerai  de 
M.  le  baron  de  DIETRICH,  Paris  1789,  qui  consacre  dans  son 
second  volume  p.  138,  un  chapitre  très  intéressant  et  très 
détaillé  aux  mines  de  Ste-Marie. 

Enfin  dans  les  temps  récents,  M.  Eugène  KOECHLIN,  a 
sérieusement  étudié  et  décritces  mines  dans  sa  Description 
géologique  et  minora  logique  du  Haut-Rhin,  Mulhouse  186". 
Vol.  2.  p.  407.  L'abbé  HAN.AUER  dans  son  premier  volume 
des  Éludes  Economiques  sur  l'A  Isace  ancienne  et  moderne 
p.  177-196,  a  spécialement  étudié  le  côté  économique  de  ces 
mines,  et  leur  rendement.  Ces  trois  documents  sont  les  plus 
complets  que  nous  connaissions.  (1). 

D'autres  écrivains  se  sont  occupés  de  ces  mines  d'une  façon 
plus  générale  mais  ils  n'en  méconnaissaientpas  l'importance. 
Sebastien  MU.NSTEll  dans  sa  Cosmographia  s'en  est  occupé. 
PIGUERRE  relatant  l'expédition  de  Henri  H  en  Alsace  en  1552 
(Histoire  des  rois  de  France,  138Î)  liv.  2  chap.  6,  consacre 
une  page  It  ces  mines  et  ce  passage  a  élé  reproduit  par  Dom 

(1)  H  faut  aussi  citer  l'tlistoire  inédite  des  mines  de  SIe  Marie  par 
M.  Leulin.  Archives  d«  CoUnar. 


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Les  uiNbs  db  saD(tb-ha.iue  307 

CALMET  dans  son  Histoire  de  la  Lorraine,  et  par  de 
DIETEtlCH  dans  le  livre  cilé  plus  haut. 

Après  l'occupation  de  l'Alsace  par  le  roi  de  France,  les 
intendanlK,  dans  leur^  rapports  orHciels,  consacrèrent  quel- 
ques lignes  à  ces  mines,  mais  ils  ne  durent  pas  les  étudier  de 
pr^s,  car  le  prince  de  Birckenfeld  put  assez  facilement  acca- 
parer ces  mines  et  leurs  revenus  au  détriment  du  roi. 

A  cote  des  intendants  se  trouvaient  d'autres  fonctionnants 
français,  curieux  des  choses  naturelles,  qui  eurent  aussi  occa- 
sion de  décrire  ces  mines.  Nous  avons  trouvé  dans  un  manus- 
crit de  la  bibliothèque  Nationale,  intitulé  Histoire  naturelle 
de  VÀluace  (i)parM.  MAUûUEarchiâtred'Alsacei  inspecteur 
des  hôpitaux  du  roi,  chevalier  de  St  Michel  etc....  le  passage 
suivant,  qui  peut  offrir  un  certain  intérêt,  tout  en  n-'appoKant 
aucun  fait  nouveau. 

CHAPITRE  111  (page  907). 

«  Des  Mines  de  Ste  Marie  ou  Lebrethal.  On  trouve  autour 
de  Ste  Marie  quantité  de  vieilles  mines  où  l'on  a  anciennement 
travaillé,  dont  partie  sont  sur  les  terres  d'Alsace  et  partie 
sur  les  terres  de  Lorraine.  Depuis  ce  temps  les  choses  ont 
bien  changé  puisque  les  plus  gros  travaux  de  ces  mines  ont 
été  abandonnés  il  y  a  desjk  longtemps.  D'autres  ne  l'ont  été 
que  depuis  quatre-vingts  ans.  On  essaya  il  y  a  environ  trente 
ans  de  travailler  îi  deux  vieilles  mines,  sans  succès,  et  on 
abandonna  cette  entreprise  au  bout  de  deux  ans.  » 

Il  seroit  surprenant  qu'on  eut  négligé  de  pareils  travaux 
si  ce  que  Munster  avance  dans  sa  cosmographie  estoit  vray, 
que  depuis  1528  jusqu'en  1530  on  eut  retiré  chaque  année 
6500  marcs  d'ai^ent,  et  qu'en  1530  on  eut  tiré  du  puits  qu'il 
appelle  le  four  et  en  1539  de  celui  de  St  (îuillaume  de  l'argent 
pur  du  poids  de  3  talents  ou  1800  écus.  11  ajoute  que  dans  ce 
temps  on  tirait  une  si  grande  quantité  de  métaux  dans  toutes 


(1)  Écrit  vers  17ïO.  Le  manuacrit  a  été  commencé  en  1709,  mais 
il  n'a  été  achevé  que  plusieurs  années  après;  l'auleur  7  a  m#me 
intercalté  des  passages  d'une  date  fort  postérieure  (IT3Î). 


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ces  montagnes,  qu'il  (ulloil  pour  les  Irnv.iilter,  les  fondre  et 
les  affiner,  douze  Martinets  qui  n'estoient  oc^cupés  qu'à  cela. 
Le  mesme  auteur  dit  que  les  ouvriers  qui  travaillaient  h  ces 
mines,  avoient  des  Imix  particulières,  sous  lesquelles  ils 
vivoient  et  n'en  reconaoisso'ent  point  d'autre,  ni  d'autre 
autorité  que  celle  de  leur  juge. 

Il  ;  a  trois  Bourgeois  marcfaands  de  Strasbourg,  nommas 
Nicolas  CedererfTedererJ,  Jaques  Duominguer  (Dûrninger), 
et  Simon  Knol  (Knoll),qui  entreprirent  en  1711  de  faire  tra- 
vailler de  nouveau  k  ces  mines.  Ils  y  établirent  plusieurs 
ateliers  dans  les  endroits  où  il  y  a  des  anciennes  mines,  dont 
ta  première  est  situé  dans  la  vallée  de  Ravenlhal  et  est 
appelé  l'attelier  de  St  Jaques.  Ils  y  ouvrirent  une  ancienne 
galerie  sur  400  toises  de  longueur.  Au  bout  de  ces  MO  toises 
ils  trouvèrent  trois  grands  rameaux  faits  par  ceux  qui  y 
avoient  travaillé  anciennement,  conlenans  les  trois  ensemble 
soixante  loises  de  profondeur,  ou  ils  remarquèrent  dans  le 
nettoyement  quelques  veines  de  mines,  contenansde  l'argent 
et  du  cuivre;  ils  firent  plusieurs  petits  rameaux,  ou  ils  trouvè- 
rent environ  40  quintaux  de  mine  d'argent  et  de  cuivre  qui 
produisirent  environ  7  onces  d'argent  par  quintal  et  8  à  10 
de  cuivre. 

Ils  ne  se  son!  pas  trouvés  en  estât  de  poursuivre  la  grande 
galerie  qui  va  encore  plus  loin,  parce  qu'elle  est  comblée  par 
un  éboutement  qui  s'y  est  fait,  et  ils  n'ont  pas  pu  faire  apro- 
fondir  les  trois  rameaux  dont  il  est  parlé  cy  dessus,  a  cause 
de  la  grande  dépense  des  épuisements  d'eau.  Cependant  feu 
M.  de  Hegemorte  prétendoit  qu'on  pouvoit  les  faire  écouler  en 
ouvrant  une  veille  galerie  qui  y  communique  sur  plus  de 
mille  loises  de  longueur,  mais  la  dépense  en  seroit  trop  gran- 
de et  le  produit  payeroit  à  peine  les  frais,  ce  qui  les  a  déter- 
minés à  abandonner  cet  endroit. 

Les  fouilles  qu'on  trouve  que  les  anciens  on  fait  k  droite  et 
U  gauche,  en  haut  et  en  bas  de  la  galerie,  font  juger  qu'ils 
onl  trouvé  beaucoup  de  mine  dont  les  éboulements  sont  si 
considérables,  que  les  nouveaux  entrepreneurs  n'ont  pas 
jugé  à  propos  de  faire  décombrer,  de  peur  de  n'en  pas  tirer 
ce  qu'ils  y  niettroient. 

Ils  ont  ouveri  dans  la  mesme  vallée,  une  autre  ancienne 


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LBS  HINKS  DB   SAINTB-HAItlB  309 

mine  qu'ils  appellent  St  Christian.  Ils  y  ont  trois  galeries 
principales  qui  estoient  comblées  en  partie.  Ils  ont  commen- 
cé à  parcourir  celle  du  milieu  sur  150  toises  de  longueur. 
A  en||ron  100  de  distance  de  l'entrée  de  cette  galerie,  ils  ont 
trouva  quantité  de  grands  rameaux  anciens,  qui  vont  en 
descendant  et  en  montant,  dans  lesquels  ils  ont  fait  construi- 
re plusieurs  petits  rameaux,  ou  ils  ont  trouvé  de  la  mine 
d'azur  commun.  Les  anciens  avoient  abandonné  cette  mine, 
parcequ'aparament  ils  n'en  scavoient  pas  faire  usage.  Ils  y 
ont  aussi  trouvé  quelqu'argent  cru. 

Comme  l'azur  est  le  plus  gros  produit  de  cette  mine,  ils  ont 
ouvert  les  deux  autres  galeries  principales.  La  plus  basse 
estant  de  30  toises  au  dessous  de  celle  du  milieu,  et  l'autre  de 
40  toises  au  dessus.  Moyennant  la  galerie  de  dessous,  ks  eaux 
de  tous  les  rameaux  de  cet  établissement  trouvent  leurs  écou- 
lements. L'on  y  travaille  encore  et  l'on  continuera  tant  qu'on 
y  trouvera  de  la  mine  d'azur  qui  porte  le  plus  de  revenu. 

Dans  le  commencement  de  l'ouverture  des  galerieSi  on  a 
trouvé  une  petite  veine  de  cuivre  qui  a  produit  environ  6 
quintaux  en  mine,  seulement.  Après  quoy  elle  s'est  perdile. 

Il  est  k  remarquer  qu'au  bout  de  la  galerie  la  plus  basse, 
on  a  trouvé  que  les  anciens  avoient  fait  (tes  rameaux  en  des- 
cendant, que  ces  nouveaux  entrepreneurs  ont  voulu  poursui- 
vre. Pour  cet  efTet  ils  ont  établi  avec  beaucoup  de  dépense  une 
machine  pour  tirer  les  eaux,  construite  ii  peu  près  comme 
celle  de  Harly.  11h  avoient  déjà  vuidé  les  eaux  de  trois  anciens 
rameaux  qui  avoient  ensemble  36  toises  de  profondeur,  mais 
aient  voulu  travailler  a  vuider  les  Eaux  du  4'  Rameau,  il 
survint  un  grand  débordement  qui  emporta  la  machine  et 
remplit  les  dits  Rameaux,  ce  qui  les  dégoûta  de  continuer  ce 
travail  par  rapport  h  la  grosse  dépense  qu'ils  avoient  été 
obligés  de  faire  pour  ce  rétablissement. 

Ils  avoient  commencé  Couvrir  deux  galeries  que  les  anciens 
avaient  fait  dans  la  mesme  valée  k  peu  de  distance  de  la  mine 
d'azur,  appellée  galerie  de  St  Simon.  La  première  est  de  30 
toises  de  longueur,  après  quoy  elle  se  replie  par  un  rameau 
de  14  toises  de  profondeur,  ensuite  se  trouve  une  autre  gale- 
rie de  100  toises  de  longueur.  Les  ouvertures  se  sont  faites 
avec  beaucoup  de  frais  par  les  éboulemens  qui  se  sont  trouvés 


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310  ttivcB  d'alsaci 

dans  ces  galeries,  lesquels  il  a  fallu  soutenir  par  des  bois  de 
charpente.  Dès  que  cet  ouvrage  a  éi^  fait,  on  a  découvert 
quelques  petites  veines  d'azur  qui  n'eurent  point  de  suite,  de 
sorte  que  les  entrepreneurs  furent  obligés  de  les  abandonner 
aussy. 

Ils  ont  fait  ouvrir  encore  deux  vieilles  galeries,  dans  la 
v-aléedu  petit  lièvre,  à  une  petite  liefle  de  la  précédente, 
auxquelles  ils  ont  donné  le  nom  d'atelier  de  St  Nicolas..  La 
plus  haute  a  200  toises  de  longueur,  dans  laquelle  il  paroit 
qu'il  se  trouve  quelques  veines  de  mine  d'argent  et  de  cuivre, 
que  les  anciens  ontpoursuivijusqu'ùcequ'elle  se  soit  perdue. 
La  seconde  galerie  a  600  toises  de  longueur.  Il  paroit  qu'il  en 
a  été  fait  400  depuis  son  embouchure  sans  trouver  aucuns 
minéraux,  mais  sur  les  200  autres  ils  ont  trouvé  une  veine  de 
rocher  blanc,  en  façon  de  cristail,  qui  précède  ordinairement 
la  mine  d'argent  et  d'azur  et  qu'ils  appellent  pour  cela  spot 
ou  piste;  terme  dont  on  se  sert  également  en  France  et  qui 
signifie  proprement  indice  ou  piste.  Au  bout  de  cette  galerie 
les  anciens  ont  fait  quaatité  de  Rameaux  en  descendant,  ou 
ils  ont  fait  des  fouilles  consid(!rables,  ce  qui  fait  croire  qu'ils 
y  ont  trouvé  beaucoup  de  mine.  Ils  ont  fait  aussi  des  rameaux 
en  montant  qui  joignent  la  galerie  d'en  haut,  qui  est  éloignée 
de  celle  d'en  bas  de  60  toises. 

Au  bout  de  la  galerie  d'en  bas  ils  ont  trouvé  des  rameaux 
qui  vont  en  descendant  et  qui  estoient  remplis  d'eau.  Ils  les 
ont  fait  vuider  jusqu'à  environ  ii  toises  de  profondeur  et  ils 
y  9nt  trouvé  deux  sortes  de  mine,  dont  l'une  d'argent,  rend 
sur  un  quintal  67  livres  d'argent,  mais  on  en  ti-ouve  fort  rare- 
ment; une  autre  dont  j'ay  des  échantillons,  contient  de  l'argent 
et  du  cuivre.  Le  quintal  de  mine  rend  10  onces  d'argent  et  3 
livres  de  cuivre,  lU  ont  été  obligés  de  faire  cesser  cet  ouvrage 
à  cause  d'un  accident.  Une  digue  crevée  inonda  les  72  toises 
de  rameaux  qu'ils  avoient  fait  vuider  avec  beaucoup  de  dé- 
pense. Ils  entretiennent  cependant  ce  travail  dans  le  dessein 
de  faire  vuider  de  nouveau  les  eaux  et  de  creuser  au  dessous 
de  la  galerie  la  plus  basse. 

Les  Entrepreneurs  ont  faitouvrirune  nouvelle  galerie  dans 
un  valon  au  dessous  de  Ste  Marie,  près  d'un  petit  village  qu'on 
appelle  fort  d'elbach  (Forlelbach),  ou  fertru,  ou  il  paroit  que 


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LES  Mines  de  SAtnrB  habib  311 

l«  ruisseau  qui  y  passe  a  découvert  une  veine  Je  mine  de 
plomb,  mais  ils  sont  sur  le  point  de  l'abandonner,  par  ce 
qu'elle  diminue  k  mesure  qu'ils  avancent. 

Il  se  trouve  encore  quantités  d'endroits  où  il  paroit  y  avoir 
eu  des  mines  Cela  se  maniTeste  par  les  décombres  qu'on 
trouve  aux  embouchures  des  galeries,  dont  les  entrées  sont 
recomblées;  de  sorte  qu'on  ne  peutsçavoiroù  elles  vont.  L'on 
a  seulement  trouvé  des  anciens  mémoires  qu'il  y  a  une  galerie 
souterraine  dans  la  valée  de  Raventhal,  qui  doit  avoir  plus  de 
1000  toises  de  longueur,  et  qui  servoit  nux  écoulemens  des 
Eauesdu  fond  des  mines  de  l'attelier  de  St  Jacques.  L'on 
prétend  que  cette  mesuie  galerie  va  aussi  d'un  autre  cbié  ù 
une  grande  distance. 

Les  m''moires -expliquent  encore  qu'il  y  a  une  galerie 
souterraine  auprès  du  vilage  de  Ferlru  de  1200  toises  de 
longueur,  laquelle  scrroil  aussi  pour  l'écoulement  des  eaux 
des  mines  sous  la  montagne  au  dessus  de  ce  vilage.  Cela 
parait  d'autant  plus  vraisemblable  qu'on  voit  encore  un  cou- 
rant d'eau  assés  considérable  qui  sort  de  la  galerie.  Il  parait 
par  les  débris  qui  en  sont  sortis  qu'on  n'y  a  trouvé  que  de  la 
mine  de  plomb  et  que  ce  travail  est  abandonné  depuis  long- 
temps. 

Enfin  par  tout  ce  que  l'on  voit  dans  ce  pals  on  peut  con- 
clure qu'il  y  a  eu  autrefois  de  très  grands  travaux  mais  on  ne 
s^auroit  décider  si  la  pauvreté  des  mines  ou  les  troubles  de  la 
guerre  les  ont  fait  abandonner,  ou  d'autres  raisons  inconnues. 
C'est  ce  qui  ralentit  beaucoup  l'ardeur  des  entrepreneurs  à 
faire  ouvrir  les  anciennes  galeries. 

Er  ouvrant  l'altelier  St  Nicolas  on  a  trouvé  quantité  d'ou- 
tils et  de  débris  de  machines  quiservoient  anciennement  aux 
épuisemens  des  eaux.  Ce  qui  fait  croire  que  ce  travail  n'a  pas 
été  abandonné  faute  de  minéraux.  D'ailleurs  la  mine  est  fort 
riche  et  ils  ont  envie  de  s'attacherk  celle  Va,  ne  pouvant  pas 
soutenir  les  autres,  encore  moins  faire  de  nouvelles  découver- 
tes dans  ces  montagnes,  qui  indubitablement  sont  toutes 
traversées  par  des  quantités  de  minéraux.  Mais  il  n'y  auroit 
qu'un  Prince  qui  pourroit  faire  une  grande  entreprise  pour 
donner  à  vivre  ^  tout  un  Pays,  en  emploiant  un  grand  nom- 


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312  mniB  b'alsacb 

bre  de  travailleurs,  qui  gaigneroient  bien  leur  vie  et  répan- 
draient l'argent  dans  le  commerce . 

La  manière  de  travailler  aux  miaes  est  assez  curieuse  pour 
en  donner  un  détail. 

Dès  qu'on  a  ouvert  la  terre,  et  commeocé  un  Fuîls,  on  ne 
la  creuse  que  jusqu'à  une  certaine  profondeur;  ensuite  on 
creuse  il  côté  une  galerie,  et  on  y  ouvreun  second  puits.  Après 
celui  là  on  creuse  encore  à  côté  où  l'on  fait  une  2"  galerie,  et  on 
en  ODvre  une  troisième  et  ainsi  de  suit^  jusqu'à  la  profondeur 
qu'on  doit  descendre. 

Cbaque  ouvrier  a  sa  lumière,  parce  qu'il  travaillent  dans 
l'obscurité;  pour  l'empêcher  de  s'éteindre  ils  sont  obligés  de 
se  servir  de  souflets  et  d'éventail  qui  agitent  l'air. 

En  terminant  il  nous  faut  reproduire  les  dernières  lignes 
dePiguerre,  qui  ne  sont  pas  citées  par  di  Dielrich,  et  qui 
cependant  donnent  des  détails  intéressants. 

«  Les  habilanu  de  ces  vallées  usent  pour  la  plus-part  du 
langage  François,  mesmes  du  costé  de  la  Lorraine,  et  sont 
tous  adonnés  aux  questes  minérales,  lesquelles  en  fouyllanl 
et  creusant  ils  suivent  la  conduite  et  guide  du  compas  ou 
aymant,  ny  plus,  ny  moins  que  les  pilotes  en  mer,  pourl'élé- 
vation  du  pôle  et  cognoissance  des  climalz.  » 

Piguerre  parait  avoir  eu  connaissance  de  l'œuvre  de  Sébas- 
tien Munster,  car  il  donne  fort  exactement  l'orthographe  de 
certains  noms. 

D'H.  Weisgerber. 

NOTE 

Nous  devons  à  l'obligeance  de  M.  J.  Degermann  de  Sainte- 
.Marie-aux-mines,  une  liste  des  documents  qui  concernent 
tout  spécialement  les  mines  de  la  vallée  de  Sainte-Marie.  Cette 
liste  facilitera  énormfiment  les  recherches  à  ceux  qui  vou- 
draient s'occuper  de  la  question,  et  nous  ne  croyons  pas 
pouvoir  mieux  faire  pour  en  remercier  l'auteur  que  de  la 
publier. 

H.  W. 


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MiDM  de  Saiota-Harie  a  m.  et  du  Tal  de  Lièpvre 

BIBLIOGIIAPHIE 

RISLËR.  D.  Histoire  de  t'induslrie  dans  la  vallée  de  Lièpvre.— 

Bsploitation  des  mines.  Ste- Marie  a/m.  8«  1848. 
Mt'HLENBECK.  E.  Nos  mines.  (Journal  de  Ste-Â/arte  a/m 

i  878-1 870.) 
SCHRICKER.  A.  Die  elseessischen  Bergwerke  in  Harkirch. 

(National  Zeitung,  1879.) 
I/DPER.  C.  Zur  Geschtchle  der  Bergwerke  bei  Harkirch. 

(lahrbuck  fur  getck.  Spracke  u.  Lilteratur  Elsa»»-Loth. 

kerautgegeben  von  dem  Mit.  litt.  rweigverein  dtt  Vo- 

getenelubt.  Il  lakrgang.  Strassb.)  1886  p.  72,  et  scq. 
DIETRICH.  J.-J.  La  chronique  des  mines  de  Ste-Marie  par  I. 

Haubensach.  {ûull.  Soc.  kisi.  nat.  Calmar,  1875-1876, 

p.  325  et  suiv.) 
DIETRICH.   (baron  de).   Description  des  gllesde  minerai, 

forges,  salines,  etc  ..  de  la  Haute  et  Basse  Alsace,  3"*  et 

4*  parties.  Paris  1789  p.  138  et  suiv. 
DBLBOS  et  KCECHLIIV-SCHLIIHBERGER.  Description  miné- 

ralogique  et  géolot^ique  du  dép.  du  Ht  Rhin.  Mulhouse  1866. 

2  vol.  in  8». 
HAUSEH.   B.  Das  Bei^bau-gebiet  von   Markirch.   [Betlage 

:um  Programm  der  Realtchule  tu  M.  Markirch.  1893, 

avec  1  carte. 
BERTHIER.  P.  Essai  sur  le  cuivre  gris  de  Ste-Jïarie  a/m. 

(Annales  des  minet.  1"  série  XI,  1825  p.  121  k  142. 
MONNET.  H.  Exposition  des  mines.  Londres  1772.  io  M". 
(iR.\NDlDIEH  (l'abbé).  Mémoire  historique  sur  l'origine  des 

mines  d'a''gent  de  Ste-Marie  en  .\lBace.  (Journal  de  Mon- 
sieur, avril  1779.  p.  169  k  180.  Journal  de  Nancy.  1779. 

N»  IX  à  Xi,  p.  224  k  230;  et  269  ii  273. 
FRANTZ.  G.  Rapport  au  Préfet  sur  les  mines  de  Ste-Marie- 

1850  BRIELE.  Rapport  à  M.  le  Préfet  du  Ht-Rh   sur  la 

première  partie  du  fonds  de  la  Régence  d'Engiskeim.  s. 

d.  p.  21.  et  Curiosités  d'Alsace  l.  p.  236. 


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314  unrt  d'alsuz 

LESSLIN.  Ad.  Liste  des  minéraux  elde*=  roches  de  U  vallée 
de  LiApvre,  canton  de  Ste- Marie,  (Bull.  toc.  hitt.  nat.  Col- 
marlWii.  p.  !I7.) 

BRIÈLE.  L,  Archives  départementales  du  Ht  Hhin,  antérieu- 
res k  1790,  Invenlaire  sommaire,  Fonds  de  Ribaupierre, 
série  E.  1929  à  197». 

mTELICS;.  (jott-geheiligte  Bergandachlen.  Markich  1722. 
Préface. 

SALZMANN.  J.  K.  Verzeichnisder  mineralien  die  in  Markir- 
sherTha),  elœ^sicher  Seite,  gebrochen.  (Der  Bûrgerfreund 
eiaentratêb.  Wocketuchrift.  l-  II.  p.  706.  1776,  el  UI  p. 
39. 1777. 

STOLZËNBERG.  Kurzer  Bericht  Qberdeo  bisherigen  Betrieb 
auf  den  Gruben  in  Markirch.  autour-  1897- 

UEGEKMAN.N.  J.  Le  monastère  d'Echery.  p.  4  et  36  du 
tirage  à  part  de  Bulletin  de  la  Soc.  des  monuments  hist. 
1895.  *>  série  T.  XV». 

RONNER.  E.  Die  Kupfer,  Eiaen.  Nickel,  etc..  Bergwerke  von 
Markirch  u.  St  Kreulz.  Ste  Marie  a/m.  et  La  Croix  a/m. 
Colmar.  Decker  1894.  in  4<>.  38  pages. 

COR.  Jos.  Précis  en  réplique  pour  M.  Cor,  liquidateur  de  lu 
maison  Jh.  Cor  et  Larigaudelle,  contre  MM,  de  Wimpfen. 
Paris,  s.  d.  (vers  1629)  in  4».  40  pages. 
yole.  Peut-être  existe-t-il  à  Paris  d'aatrc^i  mi^moires  judi- 
ciaires relatifs  à  ce  procès,  commencé  vej-s  1826,  après  la 
faillite  de  Cor,  Larigaudelle  et  Cie,  et  terminé  vers  1834, 
par  la  vente  de  la  concession  et  des  propriétés  des  mines. 
Vente  des  mines.  Affiches  d'adjudication  des  mines  de  Ste 
Marie  et  de  la  Croix.  4  pièces,  1833.  1874.  1877. 
UESPËCIIES.  J.  Notice  sur  les  environs  de  Sainte-Marie  et 
de  La  Croix  a/m.  Paris  1878,  in-i"  de  vingt- 
sept  pages. 

—  Id.  Paris  1879,  in-4»  de  vingt-cinq  pages. 

—  Mémoire  sur  les  mines  des  Vosge»  et  des 

Pyrénées.    Paria    1879,    in-4'>    de    vingt- 
cinq  pages. 

—  Minée  de  Sainte-Marie.  Notice,  Paris,  1883, 

in-4''  de  huit  pages. 


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LIS  MIHIS  DE  SAINTI  HABIR  315 

TAYLOR.  It.  Rapport  sur  les  mines  de  Sainte-Marie  a/m 
ttt  de  La  Croix  a/m.  1S60,  in-i"  de  quatre  pages. 

Prospectus  et  statuts  de  la  Société  Nationale  d'Exploitation 
des  Mines.  5  pièces,  formats  divers  1880. 

Id.  de  la  Société- Mark! rch  and  La  Croix  mining  Company 
limited.  London.  (Simpson  et  C°  3i  King  streal,  cheapside 
London.  Cinq  pièces  formats  divers. 

FURIET.  Notice  sur  les  mines  mi^talliques  du  Haut-Rhin. 
(Pull,  de  la  Soc.  Ind.  de  Mulhouse,  XXII,  pages  207, 
236,  1649. 

GR.AFFËN.\UER.  J.  P.  Essai  d'une  minéralogie  alsa- 
cienne des  départements  du  Haut  et  Ras-Rhin.  Strasbourg 
1806,  in-8". 

LEPAGE.  H.  Recherches  sur  l'industrie  en  Lorraine. 
Exploitation  des  mines.  Mem.  Àcad.  Nancy.  1831,  p.  228. 

BOYD,  Nelson  II,  Rapport  sur  les  mines  de  Sainte-Marie. 
.\nglais  et  Français).  Paris  1882,  in-l"  de  huit  pages. 

GEROCK.  J.  E.  Mineralogische  Exkursion  in  das  Mar- 
kircher  Thaï.  1893.  in-S»  de  trois  pages.  (Mittheil.  der 
pkilomat.  Getellschaft  in  Ehasi-Lothringen). 


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I.E  SURNOM 

MAISELOCKER 

donné  aux  Sirasbourgeois 


Dans  notre  riche  et  plantureux  paye  d'Alsace,  où  les  mali- 
cieuseB  et  rabelaisien  nés  traditionfi  des  Geiler  de  Kaisers- 
berg,  des  Murner,  des  Fiscbart,  et  de  tant  d'autres  sont  loin 
de  s'être  perdues,  il  est  peu  de  villes  ou  villages  qui  n'aient 
été  dotés  par  leurs  voisins,  plus  ou  moins  bienveillants,  d'un 
8urnotn  caractéristique,  dont  la  plupart  sont  des  jeux  de 
mots  sur  le  nom  même  de  la  localité  et  qu'il  est  impossible 
de  rendre  en  français.  Stœber  en  a  recueilli  quelques-uns  des 
plus  curieux  (1). 

Ainsi,  lorsqu'à  la  brasserie  l'un  des  fidèles  désire  lever  la 
séance  et  s'adresse  aux  autres  en  disant  :  Gefi  merrf —  Leîjt 
nil  toit  vu  Kolmer  {Gémar  non  loin  de  CoUnar)  est  la 
réponse  qu'on  lui  fait  invariablement.  Quand  on  veut  parler 
d'une  personne  peu  disposée  à  la  générosité  et  prompte  au 
refus  on  dit  couramment  :  Er  itch  nil  S»  Gewiller  (Gueb- 
willer)  oder  Gebersckwi/tr,  awer  ils  NeewiUer.  Les  habi- 
tants de  Wasselonne  ont  la  réputation,  parfaitement  immé- 
ritée du  reste,  de  trop  baptiser  leur  vin,  et,  en  présence  d'une 
mauvaise  piquette  on  dit  couramment  :  Er  i*ch  durtch 
Wassle  {Wasselonne)  gelo/fe.  Quand  on  a  aiïairc  k  une  mau- 
vaise langue  on  dit  qu'il  a- aiguisé  sa  langue  uffd'r  Schnen- 
hemer  Schiiffmûehl.  Les  estomacs  faibles  sont  envoyés  à 
Itouendor/' pour  se  guérir;  les  grands  bavards  s'embrouil. 

(1)  Alsatia  1S54,  p.  186-194. 


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aUBNOHB    DONN^   AUX   STRASBOURG  BOIS  31? 

lant  dans  d'inteFininables  récite,  ou  les  paresseux  tirant  en 
longueur  le  plus  simple  travail,  sont  traités  de /.an^enâcA/ei- 
ler  ;  les  lents  et  les  paresseux  viennent  de  Drûdenche 
(ïruchtersheim)  ;  les  gens  pieux  sont  de  Gottftheim  ;  les 
tristes  de  Thrœne  (Trsehnheîm)  ;  les  gais  de  Freudeneck  ; 
ceux  qui  ne  doutent  de  rien  et  qui  savent  tout  sont  qualifiés 
de  diplômiSs  des  universités  de  Wangen  ou  de  Weethalten 
(où  on  élève  beaucoup  d'Anes),  ou  bien  qu'ils  ont  étudié  Zu 
Brubi  (Brubach)  in  d'r  Etelsmâehl. 

Mais  parmi  les  sobriquets  les  plus  connus  figure  celui  de 
ttAJSMLOCKXR  (pipeurs  de  m^fân^ejj  que  portent  les  Strasbour- 
geois  (1).  Il  semble  fort  vieux,  mais  il  n'est  guère  possible 
de  fixer  l'époque  à  laquelle  il  a  pris  naissance.  La  plus 
ancienne  mention  qui  en  ait  été  faite  se  trouve  dans  ce  ravis- 
sant recueil,  si  précieux  pour  l'étude  des  mœurs  strasbour- 
geoises,  écrit  par  Dani«l  Martin  (2)  dans  la  première  moitié 
du  XVII°  siècle,  dans  lequel  il  raconte  que  lors  d'un  repas 
d'étudiants  nn  étranger  s'adressant  h  un  strasbourgeois 
lui  dit  : 

—  Vous  êtes  un  collationneur  et  un  appell  de  mé- 
sanges I 

—  Pour  le  premier,  ie  l'advoue,  et  m'en  trouve  bien,  et 
ne  voy  point  que  la  coustume  de  gouster  vous  déplaise,  ni 
aux  autres  estrangers,  car  vous  la  practiquez  aussi  volon- 
tiers que  muy  :  mais  pour  le  second  i'en  voudrois  bien 
savoir  la  raison. 


(I)  Les  Slrasbourgeoii  n'étaient  pas  les  seuls  &  porter  en 
Alsace  rc  sobriquet.  Dans  toute  la  Haute-Alsace  on  désignait  les 
Ferretoii  de  la  même  manière.  (Th.  Braun.  Mes  trois  noblesses 
fragment  de  chronique  mulhousienDe  p.  374  noie  S).  Communiqué 
par  H.  Rod.  Reuss.  —  On  donne  souvent  aussi  sui  Slrasbourgeois 
un  aulre  surnom,  celui  de  Steckelburjer,  mais  il  s'applique  bien 
plutôt  aux  bourgeois  de  Strasbourg,  d'Age  mùr,  portant  iuvaria- 
blemenl  une  canne  k  la  main.  Dans  le  Pfingttmontag  le  mot  est 
emplojé  dans  i^e  sens,  (page  193). 

(t)  Parlement  nouveau,  (édition  Ae  1660,  p.  797).  Une  nouvelle 
édition  de  ce  volume  rarissime  est  en  cours  de  publicatioD  dans  la 
Revue  d'AUace.  La  i»  édition  est  de  1037. 


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â18  BKVTB  k'aLSACS 

—  Je  T0U8  la  diray  en  l'oreille,  ponr  évKer  scandale,  et  le 
danger  d'estre  mis  en  quelque  amende  pécuniaire,  que  ie 
crains  comme  le  feu,  estans  désargenté  comme  un  vieux 
calice  de  village.  Escoalez  donc  bien. 

—  fay  fort  bien  entendu.  S'il  n'est  vray,  la  bourde  est 
belle,  toutes  ces  fadaises  viennent  de  la  boutique  de  ces 
moqueurs,  qui  appellent  les  Viennuis,  porteurs  de  flascon- 
nets  :  les  Linciens,  larrons  de  linceux  :  les  Tbnringiens, 
nez  de  hareng  :  les  Pomeranois,  mangeurs  de  plies  :  les 
Erfordiens,  sacs  k  houblon  :  les  .Misniens,  capbards  :  les 
Bohémiens,  h<^rétiques  :  les  Westpbaliens,  mangeurs  de 
jambons  :  les  voisins  du  Rhin,  cousins.  El  inesme  s'attaquent 
aux  artisans,  appelions  les  pelletiers,  chats  :  les  orfèvres, 
pieds  de  lièvres  :  les  tisserands,  hérissons  :  les  tailleurs, 
chèvres:  les  barbiers,  eschaudeurs  de  poux  :  les  apothicaires, 
souflle  en  culs  :  les  musniers,  larrons  de  farine  :  les  crocbe- 
teurs,  harpeurs  :  les  tireurs  de  charettes,  chevaux  h  deux 
pieds  :  les  cordonniers,  nez  de  poix  :  les  taverniers,  brouille- 
vins  :  les  messagers,  forge-mensonges  :  les  sergeaus,  lévriers 
du  bourreau  '  les  jardiniers,  testes  de  choux,  ou  chenilles  : 
les  gens  de  plume,  gratte-papiere  :  les  receveurs,  à  peine- 
iustea  :  les  escoliers  d'Allemagne,  mangeurs  d'orge  :  les 
pédagogues,  alfamez  :  tes  régens,  fofiette-culs  :  les  papetiers, 
chtffetiers  :  un  serviteur  de  marchand  ou  mercier,  courtaut 
de  boutique  :  le  page  d'une  dame  ou  damoiselle,  porte- 
esponge  ;  les  l>arbiers,  eschaude-poux  ;  les  palrouillars,  sei- 
gneurs du  mont  olivet(tj  ». 

(t)  Voici,  à  litre  de  curiosité,  le  texte  allemand  de  ces  difTérenta 
sobriquets  ; 

Die  Wienner  UtescheUrfcger  ;  die  Lintzer  ie^lachendieb  ;  die 
Tbûringer  HsRringsnasen  ;  die  Pomraern  Plaleissenfresser:  die 
ErfTorder  HopITsicck  ;  die  Meiasner  (îleisaner;  die  Bu-hmeo  Kelzer; 
die  Westphaler  SchûDckeofresser;  die  >iachbaren  dess  Rheins 
Schnaacken  pnegen  zu  schellen  und  lassen  aurh  nicht  die  Hand- 
werckaleùt  unangelaaiet,  sondern  schejleu  die  kiresner  kulzcn  ; 
die  Goldschinid  Hagenfiiss  1  die  Leinenweber  Igel  ;  die  Schneider 
tiejBsen  :  die  Apothecker  Areablaser  :  die  Mfdler  Mieldieb  ;  die 
Kra;lzenlr»gcr  HarpIfeDislea  ;  die  KiErchelzieherzwejjfuasigeRoss; 
die  Srhusier  Pechnasen  :  die  Weinscheocken  Wcinveraerber  ; 
die  Bollcn  Lugeoschmid  ;  die  Slaltknei^hl  Henckerswindbund  : 
die  GivrlDCr  Kraulkopffoder  Raupen  :  die  Leul  von  der  Feder 
UiDlcnfrcsseroder  Blackicbeiiser  ;  die  Scbaffner  vix  justos,  dai 


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SVbNOU   DONN^  AtX   STRASBOURCBOtS  àl9 

Si  la  réserve  de  Daniel  Martin  était  prudente  de  son  tempe 
puisqu'il  s'exposait  k  une  amende,  elle  ne  noua  satisfait  guère 
aujourd'hui  et  nous  eussions  désiré  en  savoir  plus  long, 
connaître  le  récit,  chuchoté  à  l'oreille  de  son  voisin.  D'aprèe 
une  tradition  qui  nous  a  ''té  communiquée  par  M.  Alfred  Tou- 
chemolin,  le  peintre  strasbourgeois  bien  connu,  auteur  lui- 
même  de  travaux  fort  estimés  sur  Strasbourg  militaire  et  le 
RégimerU  d'Alsace  et  qu'il  tenait  de  son  beau-père,  F.  Piton, 
!*■  populaire  auteur  de  À/fdJÔOKrj  (7/««^r^,  l'origine  du  so- 
briquet Rernit  toute  autre,  nous  la  donnons  &  titre  de  curio- 
sité. 

»  Du  temps  de  Daniel  Martin,  l'ainmeistre  régnant,  avait 
une  Hlle,  un  peu  sotte,  et  qui  possédait  une  mésange  îi  la- 
quelle elle  tenait  beaucoup.  Un  beau  matin  l'oiseau  réussit 
à  prendre  la  clef  des  champs.  La  pauvre  enfant  tout  en  lar- 
mes court  k  la />/'a/f£  où  siégeait  son  père  et  s'écria  en  se 
précipitant  dans  la  salle  des  séances  :  Babbe,  Babbe  !  min 
Mets  ixch  furlgfltxuje  I  Loss  g'schwind  alti  Door  eue 
mâche  dass  nie  nil  sue  d'r  Stadt  nûs  kann  !  a  (Papa,  papa, 
ma  mésange  s'est  envolée  I  Fais  rapidement  fermer  toutes  les 
portes  pour  quelle  ne  puisse  sortir  de  la  ville.)  11  esl  possible 
que  Daniel  Martin  fasse  allusion  h  cette  historiette  ou  h  une 
autre  de  même  genre  que  colportaient  alors  quelques  mau- 
vaises langues. 

Le  surnom  de  Maisenlocker  est  sans  doute  antérieur  au 
XVII'  siècle  bien  qu'aucun  document  ne  permette  dfe  l'affir- 
mer avec  précision.  Il  est  certain  cependant  que  du  temps  de 
Daniel  Martin  le  sobriquet  était  parfaitement  courant,  comme 
le  prouve  un  passage  de  la  Chronique,  disparue  malheureu- 
sement, comme  tant  d'autres,  dans  le  fatal  incendie  de  la 
Bibliothèque,  Ie24  août  1670,  et  due  au  fameux  collectionneur 


ist  kaum  gerechlen  ;  die  Sludeuteu  Gersleufresscr  :  die  Hausspne- 
ceplorca  llungerleider  ;  die  latcinischcn  Lehrmeisler  Arssfcgcr, 
Arssbaucker  .SIerngucker  ;  die  Papierer  Lumpenleul  ;  ein  Gadeii- 
diener  l'iadenheugsl,  eincn  Fraweo  oder  Jungfrawen  Edeljungen 
Schwammentrucker  :  die  Scheerer  Leusabriider  :  die  Schaarwcech- 
ler  Qel berger. 


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3SÔ  RITDK  d'aLSA<1h 

L.-B.  Kunast  (1).  Quelques  passages  de  son  travail  qui  conte- 
nait une  foule  de  renseignements  très  précieux,  des  anecdotes 
et  des  légendes  nous  ont  élé  conservés  par  L.  Schnéegans 
dans  ses  :  Slrauburgitche  Geichichten,  Sagen  (2)  etc.... 
devenu  fort  rare  aujourd'hui. 

L'un  de  ces  fragments  concerne  l'ancien  arsenal  de  la 
vieille  République  de  Strasbourg.  En  énum^rant  les  difTé- 
reots  canons,  parmi  lesquels  on  trouve  avec  étonnement  ein 
Orgeigetchoii  mil  33  Rokren,  qui  est  certes  la  plus  ancienne 
mention  connue  d'une  mitrailleuse,  il  cite  un  canon  appelé 
Meytsenlocker,  long  de  dix-huit  pieds,  ressemblant  à  une 
double  couleuvrine,  couverte  d'écaillés  et  à  gueule  étroite. 
Selon  lui  un  boulet  lancé  par  ce  canon  du  haut  des  remparts 
aurait  traversé  la  tente  d'un  roi  de  France,  établi  à  Nieder- 
hausbergen,  et  c'est  k  la  suite  de  ce  coup  de  canon  qui  dé- 
t>arR98a  lesStrasbourgeois  d'un  ennemi  dangereux  qu'ils 
auraient  été  gratifiés  du  surnom  de  Maisenlocker  (1). 

(1)  Balthazar-Louis  Kunait,  brodeur  en  loie  et  négociant,  né  k 
Strasbourg  en  4589,  mort  en  1667,  parcourut  difers  pajs  où  il 
ramassa  de  nombreuses  curioailés  et  en  forma  la  célèbre  collec- 
lion  dont  le  catalogue  fut  publié  par  son  fils  et  qu'il  vendit  en 
1646  pour  en  recommencer  une  autre.  (R.  Reiiss.  De  icriptoribut 
rerum  aUaticarum  hUtoricU,  p.  173).  — ¥.  Hciber  L'histoire 
naturelle  des  eaux  Rlrasbourgeoises  de  Léonard  Ualdner  p.  136-7. 
V.  aussi  le  na  7068  de  la  collection  Reiber.—  A.  Benoît  Collections 
et  collectionneur!  alsaciens.  (Revue  d'AUace  i875,  p.  S8-9.  —  A. 
Se; bolb,  Strasbourg  historique  p.  54i.  —  Outre  ta  chronique 
Kûnast  avait  écrit  un  Argentoralum  gacro-profanum  oder  Br- 
chreibung  der  Sladl  Strtutburg,  également  enéanli.  (Heuss  I. 
c.  173.) 

(3)  Slrasbourg,  Dannbacb  1855.) 

(3)  In  welchem  noch  Terschiedene  kleine  ganiz  ejscn  gcschmie- 
dele  und  theils  davon  gegossene  grosse  Itûchssen,  sa  Ton  denen 
allerersten  seiud  als  dass  Geschùlz  auflliommen  war  («  wie  dann 
aucb  die  Slrassburger  die  ersten  gewessen  so  Bilchssen  gebrauchet 
haben  »).  Hem,  ein  e^ssern  slûck,  so  sicb  umwcndet  ;  ein  Orgel- 
geschoss  mil  sieben  Schlachlschwertero  ;  ein  anders  mit  32  Roh- 
ren  :  ein  ScharfT  Helzer  der  RobralT  genannt,  daraufT  ein  Msnn- 
lein  zum  Absehen  slehet  ;  der  aiso  genannie,  und  von  seinem 
ersten  (iuss  her,  den  Nahmen  beballende  Meyuenloeker,  so  18 
Schuh  lang.  elner  doppelten  Feldschlang  gleich,  ganIz  schuppicht 


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SlmKOtl    DONNA  AUX   STBASBOCRGBOIS  3^1 

L'événement  auquel  Kunasl  fait  allusion  se  rapporte  h 
Henri  11  et  aurait  eu  lieu  en  t5o2.  Le  roi  de  France  venait  de 
s'emparer  des  Trois  évèchés  de  Metz,  Toul  et  Verdun  et  n'eût 
pus  été  rftché  de  s'approprier  également  la  forte  villb  de  Stras- 
bourg afin  de  posséder  un  solide  rempart  dirigé  contre  le 
Saint-Empire.  Son  séjour  en  Alsace  donna  lieu  h.  une  légende 
qui  n'a  été  dissipée  que  de  nos  jours  par  M.  A.  HoUœnder. 
Sans  nous  arrêter  longuement  ii  son  travail  qui  est  loin  d'être 
parfait  nous  nous  contenterons  d'adopter  son  récit  qui  est 
appuyé  de  preuves  suffîsammGnt  sérieuses. 

La  version  la  plus  véridique  de  cet  événement  se  trouve  dans 
les  annales  d'Aquitaine  d»  Jean  Bouchet,  Nous  le  résumerons 
brièvement.  An  moment  oli  Henri  H  se  trouvait  à  Saverne 
les  ambassadeurs  d'Angleterre  et  de  Ferrare  manifestèrent  le 
désir  de  visiter  Strasbourg.  Il  leur  fut  accordé  par  le  magis- 
trat, mais  à  condition  de  n'amener  qu'une  suite  peu  nom- 
breuse. Un  certain  nombre  de  Français,  poussés  par  la  curio- 
sité de  visiter  également  la  ville,  se  joignirent  à  eux,  en 
livrée  de  domestiques,  mais  quand  les  Strasbourgeois  virent 
s'approcher  tant  d'homntes  ils  crurent  qu'on  voulait  s'empa- 
rer de  leur  ville  par  suq)rise,  comme  on  l'avait  fait  h  Metz, 
et  tirèrent  un  coup  de  canon  qui  signifiait  qu'on  etil  à  se 
retirer.  L'intendant  de  Lézigny  sortit  alors  de  la  ville,  puis 
revint  informer  le  magistrat  du  désir  des  ambassadeurs.  Ce 
dernier  leur  fit  une  bonne  réception,  mais  n'autorisa  que  huit 
personnes  k  les  accompagner,  parnii  lesquels  les  sires  de 


nnd  eines  eugen  Mundes  iit  tod  vcichcm  gesagt  werden  will, 
ala  sol  te  darauBS  eiaem  niileinergrossen  Macbt  airh  dicaer  Landen 
und  zuglcjch  auch  dieser  Statt  gciia^hertem  Kipnig  in  Frankreicli 
(in  welchem  Seculo,  iat  ohnbekanitl),  aach  maticljerle;  vrrilbten 
Feindseligkeit  durch  sein  hej  Niederhaussbergen  geachtagen  gewe- 
aenesZell,  gea<.'hossen  wordcn  sein,  ob  nun  wr>h!  der  Weg  sebr 
weit,  soll  doch  die  Kugel  nirht  alleiu  gercicht,  soûdern  auch 
gelrofTeD  und  die  Slrasaburger  dicser  ihrer  Meiss  negcn,  den 
NahmeD  der  HEïsttB.vLocKRR  bias  aufT  dièse  Slunde  behalten  haben 
(Schneegans  Strasbg.  GeachicUlen...  p.  IH). 


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3JUI  KBVUB   d'aLSACK 

Coutey  et  de  Roustaiu,  en  liaLKs  de  domestiques,  lis  ne 
purent  toutefois  circuler  tibremeiil  (1). 

Le  lendemain  7  mai  se  produisit  un  incident  plus  grave. 
Mattre  Etienne  Chalopin  accompagné  d'un  valet  se  rendait  à 
Strasbourg  auprès  de  l'intendanlde  Lézigny  pour  s'entendre 
avec  lui  au  sujet  des  approvisionnements  à  faire  ù  l'armée 
française  quand  ils  furent  tous  deux  assaillis  entre  la  porte 
de  Pierres  et  le  cimeltère  Ste  Hélène  par  des  soldats  demeurés 
inconnus  qui  tuèrent  le  valet  et  maltraitèrent  fort  H<  Chalo- 
pin. Quand  le  magistrat  eut  connaissance  de  l'incident  il 
donna  les  ordres  les  plus  sévères  pour  en  éviter  le  renouvel- 
lement mais  Henri  II  se  plaignit  vivement  et  accusa  des  bour- 
geois d'être  les  auteurs  de  l'altentat.  Le  magistrat  répondit 
qu'il  n'en  était  rien  et  rétablit  les  fuits  d'après  l'enquête  minu- 
tieuse qu'il  avait  ordonnée.  C'est  cet  incident  considérable- 
ment exagéré  dans  les  mémoires  de  Vieilleville  qui  a  servi  de 
point  de  départ  à  la  légende  qui  a  eu  cours  depuis  (S). 

(I)  —  «La  rille  de  Strasbourg,  aulremeol  appelle  Argentorat  ou 
A^enline,  première  des  villes  impérialles  d'Allemagne,  est  moût 
belle,  forte  et  riche,  qui  eemeul  les  ambassadeurs  d'Angleterre  et 
Ferrare  d'y  vouloir  aller,  et  pnërenl  les  Seigneurs  de  Strasbourg 
d'y  avoir  seur  accez,  qui  leur  fut  accordé,  pourveu  qu'ils  vinssent 
en  petite  compagnes.  Plusieurs  de  France  curieux  de  voir  la  ville 
s'accouBlrèresl  comme  servileiirs  desdils  Ambassadeurs,  et  se 
mirent  en  la  compagnée,  s'acheminans  vert  Strasbourg,  cuidërent 
estre  cause  de  grand  meurtre;  car  ceux  de  Strasbourg  pensoieul 
que  ce  fusl  quelque  surprise,  et  qu'on  voulust  faire  insuH  sur  la 
ville,  craignans  i  ceux  mesme  accessoire  que  ceux  de  Mets,  si  bien 
qu'ils  Jaschèrenl  le  ranun,  signifiant  qu'on  eust  &  se  retirer.  Le 
■eigneur  de  Leizegni,  qui  avoit  charge  des  viures,  sortit  hors  la 
ville,  pour  voir  quelles  gens  s'esloietil,  qui  raporla  la  vérité,  que 
e'esloient  les  Ambassadeurs,  auxquels  ou  fit  bonne  chère.  Le  sei- 
gneur de  Leizegni  y  estoit  entré  luy  nejflesme,  au  nombre  desquels 
esloient  les  seigneurs  de  Couley,  et  de  Roalain,  en  acoustremenls 
de  valets,  pour  visiter  la  ville,  car  ce  sont  gens  de  grand  esprit  et 
bonne  conception;  mais  les  Germains  ne  les  permirent  oncques 
sortir  de  leur  logis  où  l'on  leur  fil  bon  traitement,  toulesfois  ne 
fut  question  de  bouger  de  lâ,  ne  se  pourmener  dans  la  ville».  (Jean 
Bouchel.  Les  Annales  d'Aquitaine  Poicliers,  Mounin,  16U,  in  fol. 
pagea  633-634). 
(3)—  Il  faut  se  servir  avec  beaucoup  de  circonspection  des  mémoi- 


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âuHNou  itomi  aox  sTRASBOunaBois  323 

Piton  fi)  le  rapporte  également  mais  donne  la  version  de 
Kunast,  inexacte  roinme  on  le  voit  puisque  Henri  II  n'avait 
pas  poussé  jusqu'il  Niderhausbergen.  Ensuite   il  est  peu  pro- 

res  de  Vieilleville.  Il  est  du  resie  le  seul  &  rapporter  ainsi  cet 
événement.  Rabulin,  Tarannes,  Brantâme,  de  Tbou  et  surtout 
SIeîdan  et  Scherilin,  bien  placés  cepandanl  pour  être  au  courant 
n'en  parlent  pas.  (HoHicDder:  Slraaaburgim  franzœsischen  Kriege 
155Î  p.  33  et  Eine  Slrasaburger  Légende  du  même  auteur  (p.  4-6) 
qui  réiablit  les  fails  d'après  les  documents  conservés  aui  archives 
municip.  de  Strasbourg. 

Voici  le  récit  de  VieilleTÎlle  reproduit  par  M.  Touchemolin  :  a  De 
Saverne  où  i)  campait,  il  envoya  son  infendant  général  de  Lézigny 
à  Strasbourg,  pour  se  procurer  des  vivres  et  obtenir  pour  le  roi  et 
les  ambassadeurs  du  pape,  de  Venise,  de  Florence  et  de  Ferrare 
l'aulorisation  de  visiter  la  ville...  Le  Sénat  consentit  à  recevoir  les 
visiteurs  annoncés,  malgré  la  mauvaise  impression  qu'avait  causée 
à  Strasbourg  la  manière  dont  le  roi  de  France  s'était' emparé  de 
Metz,  Toul  et  Verdun.  Le  lendemain  les  ambassadeurs  se  présentè- 
rent suivis  d'un  bon  nombre  de  curieux  et  escortés  par  deux  cents 
bons  soldais,  portant  valises  et  malelles,  comme  valets  de  leur 
train.  Quand  du  baut  de  leurs  remparts  les  Slrabourgeois  virent 
s'avancer  cette  longue  colonne  d'hommes  armés,  les  sentiments  de 
méfiance  reprirent  le  dessus  et  ce  fui  à  coup  de  canons  qu'il  reçu- 
rent ces  serviteurs.  Douze  de  ceux-ci  furent  lues  et  les  autres 
rebroussèrent  chemin  aussitôt  u. 

Lésigny  vint  demander  des  explications  sur  celte  réception  si  peu 
conforme  aux  promesses  faites.  Pour  toute  réponse  le  sénat  déclara 
que  le  roi  n'entrerait  à  Strasbourg  qu'A  la  condition  de  ne  point 
amener  avec  lui  plus  de  quarante  gentilshommes...  Henri  11  qui 
était  resté  6  Saverne  et  qui  tout  d'abord  parlait  démettre  le  siège 
devant  la  ville,  finit  pourtant  par  accepter  les  conditions  proposées 
se  réservant  de  faire  suivre  chacun  de  ces  quarantes  seigneurs 
d'un  page  pour  ic  faire  entrer  beaucoup  de  monde  à  la  Ole  »,  car 
nous  dit  Tavannes  «  le  roi  marchait  k  Strasbourg  pour  y  faire  de 
même  qu'à  Metz  ».  Mais  bienlùl  revenant  &  d'autres  sentiments,  il 
quitta  Saverne  le  6  mai,  arriva  le  7  à  Brumalb  d'oi^  il  se  dirigea 
sur  Haguenau;  puis  s'étant  donné  la  satisfaction  de  faire  boire  les 
chevaux  de  son  armée  dans  le  Rhin,  il  rentra  dans  ses  Etats.  (A. 
Toucbemolin  :  Strasbourg  mililaire  p.  60-6i.  V.  aussi  les  Hém,  de 
Vieilleville  ds.  coll.  Pelitot  T.  I  p,  4iS  (ou  T.  J8  de  la  coll.) 

(1)  —  Strasbourg  illustré  I  U.  —  V.  aussi  l'art,  de  1(.  Keuss: 
L'artillerie  stras  bourgeoise  du  XIV  au  XVII*  s'iiclé  {Reçue  ahacien- 


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324  RBVL'R  u'ai.sacb 

bable  que  la  Meite  m  ,\si<'  sn  longue  poilôe,  pas  plus  que  le 
Rokraff' ei\a  Rohraffin,  \es  Irttis  plus  célèbres  cnnons  de 
l'ancienne  nrtilterie  stras  bourgeoise  (1),  ait  pu  envoyer  un 
boulet  à  une  pareille  distance.  Cette  portée  n'a  été  atteinte 
que  par  les  canons  modernes  et  nous  ne  l'avons  que  trop 
(Tuellement  éprouvi'-  en  1870.  C'est  à  la  suite  du  fait  d'armes 
de  1552  que  le  dicton  de  nos  aïeux,  quand  l'ennemi  s'appro- 
chait de  la  place,  avait  pris  naissance  :  <  Nous  allons  le  piper 
avec  notre  mésange  :i)  et  le  sifTIement  de  la  mésange  aurait 
fait  dire  à  ces  derniers  :  Weim  liie  so  pfiff^  »o  miesse  m'r 
ûsriesse.  (Si  ces  gens-lh  siflleiit  ainsi,  il  nous  faudra  déguer- 
pir.) Il  est  probable  qu'il  faut  remonter  bien  plus,  hautcarla 
jtfeiV  prit  part  à  quelques  unes  des  expéditions  guerrières 
entreprises  Jadis  par  les  Strasbuurgeois 

On  a  donné  une  autre  explication  de  ce  surnom  purement 
étymologique  celle-là.  La  chasse  aux  mésanges  et  aux  petits 
oiseaux  (2)  a  été  de  temps  immémorial  une  passion  des  jeu- 
ne 187H-80)  p.  5S5.  Hermann  Notice»  hist.  et  litt.  sur  Slrasbourg 
I.  285.  Sur  k  campagne  de  Henri  II  en  Alsace  Toy.  :  Aie.  Hollffin- 
der  :  Slraseburg  im  franzopaichen  Kricgc  1592  p.  54  et  du  même  : 
Eine  SIrassburger  Légende  p.  5  (dans  :  Beïirtege  zur  Landes,  und 
Volkeskunde  von  Elsass-Lolhringen,  fasc.  VI  et  XVII)  et  aussi 
ZeilEctirift  fur  die  Gesch.  des  Oberrheins  1894  p.  722-24,  ISflS  p. 
141  la  polémique  de  Engelbaaf  contre  Hollaender. 

(1)  Lors  de  la  reddition  de  Strasbourg  en  IttSl  la  ville  dut  livrer 
il  Louis  XIV  loulc  son  Hrlillerie  soit  260  canons  et  <T  mortiers  dont 
la  majorité  fut  envojée  à  Pari»  pour  y  être  refondue.  La  Mette  ne 
le  fut  que  plus  lard  a  Vieux-Brisac  ainsi  que  le  Rohraff  et  la 
Rohraffin. 

(2)—  Les  slrasbouigeois  ont  élé  de  tous  temps  d'inirépidea 
chasseurs  de  gibier  à  plumes  ou  a  poils.  En  1501  l'évéque  Albert 
écrit  ji  Guillaume  de  Ribaupierrc  qu'il  vient  de  défendre  aux 
t)ourgeois  e(  manants  de  ses  terres  d'exercer  le  droit  de  chasse. 
«  lisse  ruinent  disait-il  tant  ils  mettent  d'ardeur  h  la  poursuite 
du  gibier,  soit  de  jour,  soit  de  nuit.  Il  Nos  paysans  perdirent  en 
général  ce  droit  b  la  suite  do  leur  soulèvement  de  1525.  Une 
ordonnance  de  1449  défendait  de  ctjasser  aux  oiseaux  du  Carna- 
val à  la  SI  Jean.  On  n'exceptait  que  las  cailles,  les  hirondelles  de 
mer  et  les  tourterelles.  Une  ordonnance  du  XVI»  sièrle  y  ajouta 
tes  écbassier*  cl  le  gibier  d'eau.  Kieu  n'est  intéreESaat  comme  de 


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SUHNOH   DONNE   AUX   STBASSOL'ROBDlg  32S 

nés  slrasbourgeois  qui  tendaient  de  préférence  leurs  pièges 
dans  les  jardins  du  Finckwiller  k  l'époque  de  Daniel  Martin 
et  depuis  un  peu  partout  aux  environs  de  la  ville,  jusqu'à  ce 
que  la  chasse  dût  en  élre  interdite  de  nos  jours.  Rien  de  plus 
naturel  si  les  gamins  ont  été  appelés  pipeurs  de  mésanges  et 
si  des  enfants  le  nom  passa  simplement  aut:  pères.  Dans  le 
/'/înff»/mon(cj)' d'Arnold  l'un  des  personnages,  Glœsler  de 
Col  ma  r,  traite  les  Strasbourgeois  de;  Ihr  Maiselocker  ihrl 
Théophile  Schuler  (I)  a  très  fidèlement  rendu  en  tèLe  de  cette 
comédie  le  type  du  vrai  gamin  de  Strasbourg  partant  pour  la 
pipée  aux  mésanges  en  exagérant  toutefois  légèrement  son 
air  débraillé .  Feu  le  professeur  Ch.  Schmidt  a  adopté  celte 
version  (2)  qui  a  été  celle  d'Ehr,  Stœber  comme  le  prouve  la 
poésie  que  nous  donnons  plus  loin. 

Les  deux  opinions  peuvent  se  défendre,  mais  il  est  bien 
probable,  étant  donnée  la  fierté  ombrageuse  des  bourgeois  de 
l'ancienne  République  de  Strasbourg,  qu'eux-mêmes  fa  Isa  lent 
remonter  l'origine  de  leur  surnom  au  célèbre  canon,  à 
l'échaufTourée  de  1552  et  à  d'autres  expéditions  guerrières. 
Kflnast  n'a  été  que  leur  interprête  et  une  origine  militaire  et 
glorieuse  peut  être  adoptée  non  sans  quelque  raison  par  les 
descendants  des  vaillants  hommes  qui  avaient  fait  de  Stras- 
bourg une  République  grande  cl  forte.  La  crainte  d'enlendre 
lu  MeUe  siffler  à  leurs  oreilles  suffisait  pour  tenir  en  respect 
des  voisins  trop  turbulents.  En  songeant  aux  belles  pages  de 
notre  histoire  locale  nous  pouvons  en  être  fiers  &  bon  droit  et 
répéter  avec  Théophile  Schuler:  Alli  Maiselocker  solle  lewe! 

Ch.  NBaLINQBB. 


parcourir  les  listes  d'animaui  et  d'oiseaux  lues  par  Léonard 
Baldner  au  XVII"  siècle  cl  dont  l'immense  majorité  a  disparu.  Leurs 
noms  mêmes  n'ont  pas  laissé  de  trace  dans  le  souvenir  populaire. 
(F.  Reiber.  L'hist.  nal.  des  eaux  si  ras  bourgeoises  p.  53-4.) 

(1)  —  Pfingatmontag  édit.  1816,  70 

(2)—  Cb.  Schmidt.  Wœrterbuch  dcr  Strassburger  Hundart  Vo 
Maùeloc/cer. 


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BIVUB  D  ALSACE 

APPENDICE 

D'Haiselocker 

Ë  jedi  Stadt  het  hait  iehr  Fraid, 
Un  andre-n-Uch  es  lang  wie  breît  ; 
Eb  derf  mi's  keiner  heisse, 
Gero  sing  i  vun  de  Meise. 

Jehr  Frenidi  scbaue  nit  mogant  t 

I  haw  e  gsundi,  satU  Hand  ; 

Itit  Liemrueth  unn  mit  Meîsegchlœje 

Gitl's  Passeletang  in  Iriewe  Dœje. 

Wenn  kuni  Doch  d'Fulefudi;  stehn, 

Unn  alli  Blueme  mien  vergehn, 

Wenn  d'Bœum  nurr  wenni  Blœlter  trauje. 

Due  i  gern  nooch  de  Meise  jauje. 

Es  hetl  d'r  VcBJel  allerhand, 

Wytt  in  d'r  Fremd,  im  Valterland  ; 

Doch  myoi  liebste  Vœjele 

Sinn  d'Brandele-n-unn  d'Blœijele. 

Isch's  z'Morjes  au  d'r  Newwel  dick 

Unn  d'Lockmeia  singt  :  Ziwick  !  Ziwick  ! 

S'hilft  nix,  es  kann  nix  batle, 

I  muess  hait  nuss  ulT  d'Malte. 

Am  Widebaum  dort  hœngl  d'r  Schlaa  ; 

Jezz  d'Limrueth  her  !...  lo  werzina  ! 

Hytl  derfi  nitt  tang  daltre, 

I  sîeh  Guhun  Eini  dattre. 

Ë  Maisele  ! . . .  o  fercht  di  nilt  I 

Du  guetes  Dierel  !  du  muesch  mit. 

Was  zucksch  ?  Meinsch's  geht  ans  Lewe  * 

I  will  d'r  e  Herberrj  gewe. 

1  due  d'r  nix.  lo  s'ieit  m'r  an  ! 

Wer  Dier  un  Mensche  plœje  kann, 

So  Einer  1  0  der  soll  mer  numme 

Sin  LebbdA  nie  vor  d'Aue  kumme 


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snniioii  DOKMi  Atx  srtiAsBerROKois  327 

D'r  Winder  isch  jezz  vor  d'r  Duer, 
Myn  Stubb  isch  nett,  kumm  dû  mit  mier  ; 
Vorfenschter  haw  i,  do  kanscht  flieje, 
Urq  gjatt  geitue  Bolsch  Nusse  krieje. 
Haneh  armer  Schpatx,  dass  Gott  erbarm, 
Er  pickt  ira  Scbnee  diid  wurd  nit  wariDt 
0  kumme,  liewi  Vo^ele, 
lebr  Braodete  I  iebr  Bkeijele  t 

(D'r  V»rnm  Dakih,  KU.) 

A  la  suite  de  la  poéne  de  Stœber,  il  convient  de  placer  la 
boutade  si  caractéristique  pour  l'esprit  strasbourgeois  qui  a 
été  publiée  dans  VAlxatia  de  18S3  (p.  171,) 

D'r  Babbe.  —  Scbakkebel,  was  besch  ? 
D'r  Bue.  —  Babbe,  i  haw  e  Mais. 
D'r  Babbe.  —  W&s  frissl  sie  ? 
D'r  Bue.  —  AUe  Daa  e  Nuss. 

D'r  Babbe.  —  DreibuDdertfQnfeBechzig  Daa,  drei- 
hundertfiinfesechzig  Nusse  !  Schakkebel  loss 
m'r  d'Hais  furt  ! 


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NOTES 

d'cn 

VOYAGEUR  ANONYME 

vers    1688 

SUR 

BALE.    BRISACH,    STRASBOURG 


Les  divers  voyages  que  j'ai  publiés  dans  la  Reçue  d'Alsace 
élaientd'abord  destinés  à  notre  maître  el  ami  Auguste  Stœber; 
ce  véritable  amateur  à  tout  ce  qui  touchait  de  près  ou  de 
loin  k  notre  chère  province,  avait  bien  voulu  recevoir  mes 
notes  pour  les  utiliser  pour  un  supplément  qu'il  comptait 
donner  à  ses  Curiosités  de  Voyages  en  Alsace  (Culmar, 
1874).  Le  mauvais  état  de  sa  santé  ne  lui  permit  pas  de 
réaliser  son  dessein  et,  h  sa  mort,  je  crus  devoir  utiliser  ce 
que  je  lui  avais  envoyé. 

Aujourd'hui  je  présente  aux  lecteurs  de  la  Itevue  un 
un  voyageur  anonyme  qui,  vers  la  fin  du  Gnind  Siècle, 
visita  l'Alsace.  Il  y  a  toujours  quelque  chose  à  apprendre 
d'un  touriste  instruit,  f?t  bien  précieuses  sont  ses  notes  sur 
]es  célèbres  chapiteaux  de  la  cathédrale  de  Strasbourg, 
connus  sous  le  nom  de  la  Procession  ou  Afesse  des  animaux 
que  l'on  voyait  encore  en  lf>8t)  dans  la  nef  de  cette  église  et 
dont  mon  ami  Ferdinand  Reiber,  enlevé  si  jeune  aux  études 
alsatiques  qu'il  menait  de  main  de  mattre,  possédait  dans  sa 
riche  collection  une  gravure  dont  l'excessive  rareté  l'avait 
décidé  îi  la  faire  lithographier  à  petit  nombre  avec  une 
savante  dissertation  comme  il  savait  les  écrire. 


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MOTBS   SUR  BALB,   BRISÀCH,    ÏT  STKASBOCBG 


Cela  dit,  laissons  parler  DOtre  Voyageur  anonyme  (1). 


Lettre  xxxviii 

«  Basle  est  la  plus  grande  ville  »,  la  plus  belle  et  la  plus 
riche  de  tous  les  cantons  ;  quoiqu'elle  n'ait  pour  clôture 
qu'une  muraille  appuyée  de  quelques  tours.  Son  Université 
la  rend  aussi  fort  célèbre.  Le  Khin  y  est  déjà  large  et  fort 
rapide,  il  passe  dans  la  ville  et  un  beau  pont  de  pierre  fait 
la  communication  des  deux  parties  que  ce  fleuve  sépare. 
Celle  qui  csL  vers  l'Allemagne  est  fort  petite  en  comparaison 
de  l'autre  et  cette  dernière  est  sur  une  hauteur. 

«  L'évéque,  soi-disant  évesque  Je  Baie,  réside  à  Porren- 
tru,  comme  celui  de  Genève  réside  b  Annecy  et  celui  de 
Lausanne  h  Fribourg  en  Suisse,  mais  ils  n'ont  ni  le;:  uns, 
ni  les  autres  aucun  pouvoir,  ni  aucune  inspection  sur  ces 
villes.  Le  chapitre  de  Basle  est  it  fribourg  en  Brisgau. 

«  On  peut  voir  à  Basle  plusieurs  bibliothèques  considéra- 
bles et  quelques  cabinets  de  curiosités.  Les  sénateurs  assem- 
blés en  conseil  avec  leurs  vénérables  barbes  et  les  habil- 
lemens  dont  ils  sont  revêtus  ne  sont  pas  une  des  moindres 
raretez  de  cette  ville,  pour  ceux  qui  n'ont  pas  les  yeux  faits 
à  ces  équipages. 

A  Dans  le  cabinet  de  M.  Sébastien  Fesch,  il  y  a  quantité 
de  rares  Peintures,  et  plusieurs  médailles  très  singulières 
qui  ne  se  trouvent  point  ailleurs.  (Ch.  Patin).  Le  cabinet 
d'Erasme  et  d'Amersbach  appartient  à  l'Université.  On  y 
garde  une  vingtaine  d'originaux  d'Holbein  entre  lesquels 
on  distingue  un  Christ  mort,  dont  quelqu'un  a  voulu  donner 
1000  ducats.  Il  y  a  quatre  belles  suites  de  médailles  grec- 
ques, consulaires,  impériales  d'argent  et  impériale*  de 
bronze.  La  médaille  d'or  de  Flautine  (femme  de  Trajan)  est 


(1)  Nouveau  Voyage  d'ilalîc,  elc,  La  UaYe,  1731.  $*  édition, 
m,  1898, 


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330  BBVUR  DALSAa 

des  plus  rares.  Au  dessous  d'un  portrait  d'Rrasme  peint  & 
mi-corps,  on  lit  cette  épigramme  : 

Ingens  Ingentem  qnem  persoonat  Orbus  Hrasmum, 
Hic  tibi  dimidium  Picta  tabella  ri^fert. 

At  cur  non  totum  ?  Hirari  desioe  Lector. 
Integra  non  totum  Terra  nec  ipsa  capit. 

Dans  la  bibliothèque  publique,  il  y  a  un  Virgile,  Manuscrit 
fort  rare  et  un  Alcoran,  manuscrit  aussi  en  papier  de  la 
Chine  (Ch.  Patin). 

«  Ceux  qui  aiment  la  peinture,  en  trouvent  de  fort  belles 
à  l'Hôtel  de  Ville  et  ne  manquent  pas  d'aller  voir  la  «  Danse 
des  Morts  »  du  fameux  Holbein.  Ce  peintre  étoit  de  Basie 
el  avoit  tout  appris  de  lui  même.  Aussi  remarque-t-on 
quelque  manière  particulière  dans  son  ouvrage.  Henri  VHI 
l'appela  en  Angislerre,  k  la  sollicitation  d'Eiasme.  On  dit 
que  Holbein  fut  ravi  de  ce  prétexte  pour  avoir  occasion  de 
s'éloigner  de  sa  chagrine  de  femme.  Sa  Danse  se  voit  dans 
un  lieu  public,  contre  la  muraille  du  Cimetière  de  l'Eglise 
Française.  C'est  une  suite  de  toute  sorte  de  gens,  qui  se 
tiennent  par  la  main,  et  que  la  Mort  qui  mène  le  branle 
conduit  au  Tombeau  ;  il  y  a  des  personnes  de  tout  âge,  de 
tout  sexe  et  de  toute  condition. 

H  L'église  catbédrale  est  un  assez  considérable  édifice. 
J'ai  copié  avec  beaucoup  d'exactitude  l'épitaphe  d'Erasme 
qui  est  sur  une  table  de  marbre  contre  un  pilier  proche  du 
chœur,  ffœres  se  rapporte  k  Amerbachius,  mais  cet  endroit 
est  fort  df^fectueux  et  en  général  le  latin  embarrassé  de  cette 
inscription  est  fort  peu  digne  du  grand  homme  pour  qui  elle 
est  faite. 

«  Derrière  l'église,  il  y  a  un  grand  Tilleul  qui  fait  un 
agréable  ombrage;  le  tronc  a  du  moins  six  pieds  de  diamètre. 
On  a  eu  soin  de  l'environner  d'une  terrasse  pour  le  conser- 
ver et  de  revêtir  ou  de  soutenir  cette  terrasse  avec  des  plan- 
ches, en  sorte  qu'on  y  peut  s'asseoir.  Ces  vers  sont  gravés 
tçut  autour  sur  les  planches  : 


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NOTKS  SUB    BALI   BHISACH   STHASBOURG  331 

Julius  Ecctesiœ  dum  prœruit  ecce  secundus, 
Uum  Bcepta  imperiî  Maiimalianus  babet. 

Hoc  opas  exciEum,  quo  Renum  cernere  amoeauni. 
Quo  Demora  et  pontes,  monticuloeque  potée. 

Quo  geminas  tutres  et  mœnia  conspicis  Urbis, 
Concentus  audis  Diileisonosque  modos. 
An.  D.  1512. 

«  Le  pape  Jules  II  mourût  l'an  1S13  et  fut  contemporain 
de  l'Empereur  Maximilien  premier.  Od  peut  conclure  que 
le  Tilleul  était  déjk  grand,  il  y  a  environ  cent  quatre  vingt 
dix  ans,  puisque  cette  terrasse  fut  faite  pour  le  conserver 
l'an  1512. 

«  Les  horloges  de  Basie  vont  toujours  une  heure  trop 
vite  ;  à  midi,  par  exemple,  elles  sonnent  et  marquent  une 
heure  et  ainsi  de  suite.  Les  uns  rapportent  l'origine  de  celte 
coutume,  au  temps  que  le  Concile  fut  tenu  dans  cette  ville 
en  144t  et  ils  disent  que  c'était  afin  que  les  personnes  qui 
composaient  l'assemblée  se  séparaBS('nt  et  se  retirassent  un 
un  peu  piutAt  qu'ils  n'auraient  fait  si  on  ne  les  avait  pas 
ainsi  trompez.  Les  autres  racontent  que  le  Magistrat  ayant 
eu  avis  que  des  conspirateurs  devaient  exécuter  leur  dessin 
à  une  certaine  heure  précise,  ordonna  pour  rompre  leurs 
mesures  qu'on  lit  avancer  l'horloge,  et  qu'en  mémoire  de  ce 
stratagème,  qui  réussit  heureusement)  on  a  toujours  fait  aller 
les  horloges  d'une  heure  trop  vite. 

«  A  BasIe,  vous  logerez  aux  Trois  Rois,  et  vous  y  serez 
bien  traité,  mais  chèrement.  Voyez  les  cabinets  de  raretez 
de  M.   Fech  et  de  M.   Mangold,  professeur    en    Logique. 

L'Arsenal,  de  la  salle  où  se  tint  le  Concile  général,  la 
la  statue  de  Munatius  Plancus,  !i  la  maison  de  ville;  la  maison 
ou  demeuroit  David  George  qui  se  disait  Père  Éternel  ;  la 
bibliothèque  de  l'Université  (il  faut  s'adresser  k  M. 
Buxlhorph)  ;  le  canon,  les  fusils  et  autres  armes  à  vent  chez 
Jean-Georges  Gintner,  le  Grand  Conseil  Assemblé,  le 
Collège,  la  maison  d'Erasme  et  son  epitaphe.  L'Université 
fut  fondée  par  Pie  II  en  1460.  Trouvez-vous,  si  l'occasion  s'en 
présente,  à  la  cérémonie  de  la  réception  d'un  Bachelier,  ou 
d'un  Maitre-ès-arts  ;  et  à  l'asseinhjée  des  Tribus  ou  Corpo- 


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iMZ  REVUI  D  ALSACE 

rations,  aux  noces  de  quelque  riche  habitant,  au  festin 
public  des  magistrats,  ou  à  celui  des  professeurs  de  l'Uni- 
versité. On  vous  dira  ce  que  c'est  que  la  cérémonie  de  (Gufs 
et  de  la  course  à  Hunioghe,  qui  se  fait  le  lundi  de 
Pasques  (?). 

«  C'est  une  Coutume  établie  par  toute  la  Suisse,  même  dans 
les  petites  villes  que  quand  il  passe  quelque  voyageur  de  gran- 
de qualité,  on  lui  envoyé  le  vin  d'honneur.  Ceux  qui  l'appor- 
tent, ont  une  rontine  de  harangue,  qui  leur  sert  pour  tout-<s 
sortes  de  gens,  c'est  à  eux  seulement  d'enchâsser  l'Excellence, 
ou  les  autres  termes  d'honneur,  selon  les  diverses  personnes 
a  quiilsontafraire,cequineleurcausepasun  petit  embarras. 
C'en  est  un  assez  grand  aussi,  de  bien  tenir  son  sérieux, 
pendant  qu'on  écoute  cette  enlilade  de  beaux  discours.  Il  faut 
remercier  M  Vofficier  pécuniairement.  (1) 


A  Strasbourg,  ce  22  Juillet  1688. 

l^  De  Basle,  on  descend  insensiblement  fi  IIu.fNiNGHBN,  en 
suivant  la  rive  gauche  du  Khin.  Le  Cavalier  qui  fut  élevi^ 
élevé  dans  celte  place,  fut  le  bastion  qui  regarde  Basle  et  ta 
batterie  de  canon  qui  est  dressée  sur  ce  Cavalier,  contre  celte 
même  ville,  signifie  assez  qu'il  y  a  fort  loin,  du  village  de 
Hunningcn  à  la  ville  de  itasle. 

B  Sans  entrer  dans  le  détail  des  fortiflcations  de  Hunnin- 
ghen,  je  trancherai  court,  en  vous  disant  qu'on   n'a  rien 


(f  )  Charles  Patia  parle  Irëa  Jonguemenl  de  MIc  (Voyages  en 
Allemagnes,  elc,  .imUerdam,in  iZ,  iG95).  Cet  endroit  du  Rhin 
ou  les  saumons  remontent  de  la  mer  pour  j  peupler,  n'eal-il  pas 
considérable?  On  ssil  précisénient  la  saison  de  leur  arriréc,  le 
temps  de  leur  demeure  et  celui  de  leur  dépari;  les  pérheurs  font 
leur  codIc  là-dessus  et  ne  s'y  trompent  point.  Le  sablon  doré  qui  y 
est  en  quelques  endroits  du  voisinage,  découvre  assez  qu'il  y  a  des 
minières  d'or.  Je  voudrais  qu'elles  fussent  déjh  ouvertes  par  des 
gens  qui  en  méritent  la  bonne  fortune  (133). 


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NOTKS  SUH  BALE  BBISACtl,    STtlAiiBOCaQ  366 

épargné  pour  les  faire  très  bonaes  ;  l'eau  du  Rhin  en  remplit 
les  fossés  quand  on  veut.  Cette  rivière  faisant  une  petite  iste, 
visii  vis  de  la  Place;  il  a  fallut  construire  un  double  pont 
sur  les  deux  bras  du  fleuve  :  ces  ponts  sont  bien  admirable- 
ment bien  fortifiez  el  dans  l'isle,  et  en  terre  ferme,  du  cAté 
d'Allemagne. 

a  D'ilunningen  nous  vîmes  à  Friroihg,  autre  place  très 
importante...  Il  y  a  quatre  bonnes  heures  de  chemin  de 
Fribourg  îi  Brisach  (1).  Je  ne  m'étonne  pas  que  cette  ville 
fut  nommée  autrefois  «  l'Oreiller  de  l'Empire  »  ;  On  la 
nommoit  aussi  la  Citadelle  d'Alsace  et  la  Clef  d'Allemagne, 
mais  tous  ces  noms  appartiennent  présentement  beaucoup 
mieux  .'i  Strasbourg)  et  la  forme  et  sa  force,  ont  bien  pu  lui 
donner  ce  nom.  Représentez- vous  une  bautetir,  qui  semble 
être  de  tenes  rapportées,  au  milieu  d'un  pays  uni  comme 
une  glace.  La  ville  est  sur  un  des  bouts  de  cet  oreiller  ;  sur 
l'autre  bout  est  la  citadelle  et  une  excellente  rortiTication 
embrasse  le  tout  au  pied  du  Coteau  {i).  On  passe  le  Rbin  sur 
un  pont  de  pierre  et  ce  pont,  du  côté  de  la  I^Vance,  est 
extrèmeir.ent  bien  fortifié. 


(1)  Une  des  plus  forles  places  ilu  momie,  c'ost  comme  tout  te 
moadc  sait  la  Conquête  de  Beraard  duc  de  Weimar  qui  l'a  remis 
b  la  FraDcc,  à  qui  elle  est  demeurée  par  le  IraUé  de  Munster;  j'ai 
VII  la  vilelle  ni^  il  mourut  entre  Baie  et  Brisar  (à  NeubourgJ'un 
des  passaf^es  du  Rbin).  IPatin). 

{%)  Citons  deux  notes  gaies  modernes  : 

Nous  sommes  entrés  dans  la  synagogue  de  Brisach.  C'est  un 
édifiée  plus  propre  que  les  hébreux  qui  la  frèquenlenl.  Leur  quar- 
tier csl  d'une  saleté  qui  n'a  d'éKalc  que  leuri  personnes.  C'est  sans 
doute  par  esprit  de  rivalité  que  les  Juifs  ont  de  l'antipathie  pour 
les  Cochons  (!)  Sainl-Muc  Girardin  ajoute  :  Les  boiseries  du 
chœur  de  l'église  a  aussi  ses  grotesques.  Là  comme  beaucoup  d'au- 
tres é|{lises,  ce  sont  les  moines  qui  sont  représentés  dans  les  posi- 
tions du  monde  les  plus  grossières  et  les  plus  boufonnes. 

C'est  Lefèvre  (Slœber.  28i)  qui  raconte  ceci  sur  le  vieux  Brisach 
en  4833  :  Arrivés  au  bord  du  Rhin,  une  pirogue  nous  conduit  sur 
la  rive  opposée. 

«  L'un  lie  nous,  jeune  militaire,  a  ajouté,  que  le  Vieux  Brisach 
fournissait  à  la  gai-nison  du  Neuf  quelques  gibiers  dont  Celui-ci 
élait  peu  pourvu  et  qu'on  faisait  sur  le  territoire  de  l'autre  des 
parties  de  Chasse  éroUqae  dont  on  revenait  content  0. 


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d34  RBVDB  o'ALSACt 

Nous  interrompons  ici  le  récit  du  voyageur  pour  donner 
quelques  détails  sur  Vieux-Brisach,  d'après  un  plan  de  l'an 
1Q48.  Le  pont  sur  le  Rhin  était  situé  au  dessous  de  la  Cita- 
delle (Ville  haute),  il  allait  aboutir  h  une  redoute  dile  Ilalia- 
nhcke  Harelin  et  allait  en  traversant  un  second  bras  du 
Hhin  k  un  fort  dit  de  Saint-Jacques,  ayant  deux  testions 
tournés  vers  la  France  et  dérendu  par  deux  ouvrages  l'un  au 
Nord,  l'autre  dans  une  tle. 

En  1697,  le  pont  du  Rhin  aboutissait  toujours  au  même 
point;  mais  c'était  alors  un  fort  à  quatre  bastions,  qu'où  nom- 
mait de  Saint-Jacques  et  gardant  au  midi  la  nouvelle  Ville,  ou 
Ville  de  Saint-Louis  ou  Ville  de  paille,  création  de  Louis  XIV, 
ville  défendue  par  deux  bastions  au  Nord  e[  cinq  au  levant  et 
au  couchant;  le  pont  arrivait  par  le  second  bras  du  Rhin  à  un 
fortin  a  le  Mortier  »  avec  deux  tenailles.  Les  bastions  de  la 
ville  de  Vieus-Brlsacb  portaient  les  noms  de  Vermandois,  Ste 
Croix,  Rictielieu,  Mazario,  Dauphin,  la  Reine,  Weimar  et 
Royal  pendant  l'occupation  française. 

D'après  la  vue  de  la  ville  prise  au  Midi  il  y  a  (en  1648)  les 
ponts  décrits  ci-dessus  et  dans  l'Ile  «  la  Grange  de  Hrd'Haus- 
sonville  »  et  plus  au  loin  le  clocher  de  Biesheim. 

De  nos  jours,  le  pont  joint  la  basse  ville  au  sud  du  rocher. 
Le  Fort-Mortier  {\)  que  l'on  côtoie  est  toujours  en  face  l'an- 
cienne forteresse. 

Mais  revenons  à  notre  voyageur  : 

a  ScHBLESTAT  (autrefois  ville  impériale)  est  dans  la  Basse- 
Alsace,  b  quatre  lieues  de  Brisach  et  ii  Irois  du  Rhin.  Elle  est 
située  dans  un  pays  plat,  sans  être  commandée  d'aucune 
hauteur  et  les  fortifications  qui  l'environnent  sont  de  la 
même  manière  que  celle  des  autres  villes  dont  je  viens  de 
voue  parler.  Quand  on  parle  de  toutes  ces  places,  il  faut 
avoir  cent  fois  en  un  quart  d'heure  le  mot  de  fortification 
on  la  bouche  {%. 


(1)  l<:u  1790,  M.  (le  Tredos  y  ëlail  comniaodanl  et  il  y  aval!  u 
(-ompagoie  d'Invalides. 

(2)  Les  fortiUcalions  de  Schlettadl  furent  rasées  après  1871. 


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NOTBS   StR  BALK,   BUSACH,    STRASBOURG  3^ 

H  Stbasbourg  (autrefois  ville  impériale)  est  un  prodîj^e 
qui  surpasse  en  cela  toutes  les  autres  forteresses  du  RMd.  je 
vous  eu  envoyé  un  plan  qui  vous  en  donnera  mieux  l'idée 
que  tout  ce  que  Je  pourrais  vous  en  dire. 

H  Vous  pouvez  vous  souvenir  que  cette  grande,  belle 
et  puissante  ville  impériale  et  toute  luthérienne,  tomba  entre 
les  mains  du  roi  de  France  le  30  sept,  l'an  1682. 

te  Le  clocher  de  la  cathédrale  (sa  hauteur  est  de  57i 
pieds.  Il  fut  achevé  l'an  1449,  Erkivin  de  Stembach  en  fut 
l'Architecte)  : 

Mirabele  Opus,  caput  inter  nubila  condit. 
^n.  Siti>. 

est  la  plus  haute  pyramide  de  l'Europe  cl  l'Église  est 
présentement  k  l'usage  des  Catholiques  Romains.  L'Évéque  y 
célébra  la  messe  et  y  harangua  le  Itoi,  peu  de  jours  après  la 
conquête  de  cette  ville. 

a  La  Grande  Horloge  surpasse  de  beaucoup  dans  la 
variété  et  dans  la  curiosité  de  ses  mouvemens,  l'Horloge  de 
Scint  Jean  à  Lyon.  J'ai  vu  l'une  et  l'autre  :  Ils  disent  k  Stras- 
boui^  que  cette  dernière  est  la  plus  rare  de  France  et  que 
la  leur  n'a  point  de  pareille  au  monde.  On  nous  a  donné  une 
description  imprimée,  avec  une  estampe  qui  la  représente 
fort  exactement. 

«  La  petite  rivière  d'UI  traverse  Strasbourg  et  s'y  distribue 
en  divers  canaux.  Le  Rhin  laisse  cette  ville  h  sa  gauche  et 
en  est  éloigné  de  prêt  d'un  mille. 

K  II  D'y  a  pas  longtemps  que  l'Arsenal  l'tait  un  des  plus 
fameux  de  l'Europe,  mais  présentement  il  est  tout 
démembré. 

«  Je  vous  dirai  encore  avant  que  de  (tnir  ma  lettre, 
que  nous  n'avons  vu  autre  chose  que  bourgs  et  vil- 
lages ruinés  entièrement  ou  demi  brûlez,  dans  la  partie 
de  l'Alsace  que  noua  avons  traversée.  Ce  beau  et  malheu- 
reux Pays  ayant  été  divers  fois  ravagé  pendant  les  guerres. 


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336  RETTB   d'al.«ACK 

«  Il  y  a  une  bizarrerie  ex] ra ordinaire  dans  les  habits  des 
femmes  de  Strasbourg  (1  ) . 

a  Je  suis,  etc. 

Dans  un  supplément  k  son  ouvrage,  intitula .tf^motr^/wur 
lf$  voyageur*,  l'auteur,  page  Ui,  parle  encore  de  la  capitale 
lie  l'Alsace. 

«  Bertius  (2)  dit  qu'il  y  a  quatre  choses  principales  à  Stras- 
bourg. La  Tour  de  la  Catht'-drale,  l'Arsenal,  la  Corne  de  Licor- 
ne et  ri.'niversilé.  Par  sa  permission,  j'ôLerai  ici  la  Corne  et 
J3  mettrai  l'Horloge  en  sa  pince.  Erasme  ne  peut  trouver  de 
termes  assez  forts  pour  louer  cette  ville  el  ses  habitants  :  ï/œc 
civitax  inter  Germanicat  iereniitima....  Non  alia  magis 
fibundat  tummi»  virit  in  i/uibu»  et  eruditionem  commendaf 
morum  integritat  et  morum  inlegritatem  ornât  eradilio. 
Hujut  nuinquam  sati»  laudare  Urbit,  faudibu»  rfivliux 
immorari  liberet,  etc. 

«De  Strasbourg  nous  descendîmes  le  Rhin  jusqu'à  Cologne; 
cela  coûte  fort  peu.  Il  ne  faut  pas  prendre  de  ces  petits  ba- 
teaux qui  ne  sont  faits  que  de  quatre  ou  cinq  planches  clouées 
ensemble;  il  s'en  trouve  de  plusi  grands  et  bien  couverts.  On 
pouiToit  prendre  le  Rhin  d<^s  Bnsic.  s  (p.  243j 

(1)  Page  101,  il  ;  a  une  planche  conlenanl  six  l'oslumes  de  fem- 

IJoe  femme  de  docteur, 

Une  bourgeoise  eu  deuil. 

Une  Aile  d'un  bourgeois. 

Une  artisane  en  deuil. 

Une  paysaoe. 

Une  Epouse  de  village. 

Ce  sont  les  anciens  costumes  que  loue  K'siconograpbeBconnalssenl. 

Charles  Patin  dit  (135)  :  «  Ce  serait  ici  le  lieu  de  pnrler  de 
Strasbourg,  si  je  ne  remettais  la  chose  à  une  aulre  fois.  Celle  ville 
fameuse  mérile  bien  une  relation  particulière.  » 

Je  chercherai  à  connaître  ce  qu'en  dit  le  célèbre  antiquaire  qui 
drtt  y  résider  vers  1670. 

(3)  Bertius  {Pierre)  oÉ  i  Beuren  en  Flandre  en  IS'IS;  savant 
hollandais,  Tovagea  beancoup  et  devint  professeur  et  bibliothécaire 
il  Leyde.  Forci  de  quitter  ces  foacliona,  il  vint  en  16li)  h  Paris  oïl 
il  sefit  colholiqie.  Louis  XIII  le  nomma  son  coamographe.  On 
voyait  sa  tombe  dans  l'église  des  Carmes  déchaussés;  sa  mort 
arriva  en  16*9.  On  lui  doit  plusieurs  ouvrages,  entre  autres  Bre- 
viarum  totiut  otbiê  lerrarum. 


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,1  Bruxelles,  ce  12  Aouxt  i688. 

«  Quelques  raisons  particulières  nous  a^aol  obligea  de  par- 
tir de  Strasbourg,  pour  nous  rendre  au  plutôt  à  Bruxelles, 
noua  nous  résolûmes  de  prendre  la  voye  du  Rhin. 

«  Entre  Strasbourg  et  Ih  petite  ville  de  Germersheim,  nous 
r&ines  arrêtés  au  Foht-Louis  [1).  Cette  place  appartient  enco- 
re ii  la  France,  et  n'est  pns  éloigni;  de  la  force  des  autres.  Le 
Rhin  fait  une  Isle  dans  cet  endroit.  L'Iale  est  occupée  par  un 
fort  de  quatre  Bastions  et  les  deux  ponts  sont  fortiflee  de 
chaque  côté,  sur  les  bords  des  deux  bras  du  Rhin. 

a  Ayant  éle  saisis  de  la  nuit,  un  peu  plutôt  que  nos  batte- 
liers  ne  s'y  (étaient  attendus;  nous  fûmes  obligez  ce  jour-là  de 
descendre  dans  un  méchant  village,  oii  nouB  trouvâmes  ni 
lits,  ni  rien  à  manger.  Mais  ce  ne  fut  pas  notre  plus  grande 
disgrice.  Une  multitude  infinie  de  ces  Moucherons  que  je 
vous  ai  déjà  nommez  des  Cousins,  nous  assassinèrent  toute 
la  nuit,  sur  la  paille  de  notre  grange,  et  ne  nous  donnèrent 
pas  un  moment  de  repos  [2).  » 

{\)  V.  Exirail  du  Journal  du  Sif^-e  du  V'ort-Vauban  en  1793  par 
le  général  Chambarliac  (Mémoires  de  Gouvion  St  Cyr.  320^33). 

Ce  fort  était  un  carré  long  régulier  composé  de  quatre  grands 
bastions  et  d'autant  de  demi  luiii?s,  le  tout  eulourë  de  chemins 
<'Ouver(s  et  de  fossés.  1/lle  était  cii  outre  défendue  par  un  fossé 
baignant  une  enceinte  de  lerre  irréguiière  composée  de  plusieurs 
bastions  et  du  redsns.  I.e  tout  é(ail  couvert  en  outre  par  deux 
létcs  de  poul.  Il  y.  avait  uu  couvent  de  capucins.  La  ville  prise 
pendant  la  Révolution  eut  ses  remparts  détruits.  Pour  hfllir  la 
place,  on  se  servit  des  pierrei  de  l'ancien  cliùleau  impérial  de  Ua- 
guenau  et  de  la  démolition  des  tours  et  du  chftteau  de  la  ville  de 
Selti.  lin  1790,  le  marécLal  de  Gonlades  était  gouverneur.  Marier 
d'Unienville,  lieutenant  du  roi,  etc.  La  garnison  était  de  800  hom- 
me» du  régiment  de  Beauvoisis  à  Wissembourg.  De  nos  jours,  les 
pêcheurs  de  Fort-Louis  sont  renommés. 

(2)  C'est  toul  le  long  du  Rhin  que  l'on  soufre  des  piqûres  de 
ces  insectes.  C'est  une  véritable  plaie  pour  le  touriste  quiec  Irouve 
dans  les  environs  du  fleuve. 


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REVtB  DAUACI 


111 


Le  voyageur  anonyme  donne  (note  de  la  page  100)  une 
description  des  plus  fantaisistes  des  fameux  chapiteaux  de  la 
cathédrale  dont  nous  arons  parlé  au  coramencement  de  ce 
travail.  Je  vais  encore  en  dire  qaelques  mots,  cela  sera  un 
petit  supplément  It  la  notice  de  mon  regretté  ami  Ferdinand 
Reiber,  à  sur  sa  reproduction  photolithographiée  de  la  rarissi- 
me gravure  originale  représentant  cette  singulière  «Frocession 
et  messe  di>s  Animaux  »  qu'il  publia  en  4890.  (1) 

Auguste  St«t>er,  dans  son  ouvrage  déjh  cité,  ne  donne  pas  la 
description  de  ces  bas-reliefs  en  parlantdu  U''  Gilbert  Burnel, 
il  dit  simplement  : 

«  Les  bas-reliefs  qui  sont  sur  les  chapiteaux  des  grands 
piliers  de  l'église  cathédrale  ne  se  voyent  pas  beaucoup,  mais 
ils  ont  quelque  chose  qui  surprend  *. 

C'est  en  Hollande  que  le  pasteur. Vnglican  eut  la  description 
de  ces  chapiteaux  par  M.  d'Ablancourt,  ancien  envoyé  du  roi 


(1}  Voici  d'après  le  calalogue  Fd  Iteiber  (1896)  la  liste  des  plan- 
ches que  l'on  connaît  de  celte  sculpture  : 

405.  D.  Johann  Fischarta  genannl  Menlzer  Erklcerung  und  Aus- 
legung  einer  Ton  rerschiedentlichen  zam  undwildeuTbierenallen- 
den  Meas,  welches  Monumentum  allhie  in  Munster  gegen  der 
Canlzel  ûbcr,  oben  in  der  Hohe,  da  die  Adcliehen  Schild  hangen, 
am  Umgang  be;  den  Fcnslcrn,  auf  die  Anno  1198,  erfolgle  grosse 
FeuerB-BuuBt,  der  fûrtreflliche  Werk  und  Bau-Meister  Erwinus 
von  Sleinbach  erbauet,  von  elnein  Sleimmelzeu  in  das  Capital 
einer  Seulen  ia  Stein  gehaulm  worden,  und  uoch  biss  dièse  Ston- 
de  daaelbsl  zu  seben  ist.  Gelruchtzu  Slrassburg bej  Johann  Carolo 
1608.  (iravure  sur  bois,  avec  pièce  de  vers  allemand*  à  gauche,  a 
droite,  et  au  bas  ;  in  f".  KAKISSIHE  I  !  1 

403.  Gravure  sur  bois.  Itéimpressiou  de  la  planche  ci-dessus, 
édition  brûlée  en  172S  par  la  main  du  bourreau  en  vertu  d'un 
Juf^emcnt  du  Grand  Sénat  de  Strasbourg. 

Épreuve  avant  toute  lettre,  grand  in-i"  ubloog.  TKÈS  UAKE  !11 

404.  Reproduction  de  la  susdite  planche  en  phololilhugraphie, 
publiée  en  1890  par  Fd  Reiber,  avec  notice  historique  au  verso  ; 
grand  in-4o  oblong  (Tirée  à  petit  nombre). 

1405.  Même  planche,  avant  toute  lettre. 


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NOTES   SUR   BAtB,    BRIaACH,    ETHASBOURG  339 

de  France  u  Strasbourg  :  «  Sur  les  chapiteaux  des  grands 
«I  piliers  de  l'église  cathédrale,  dit  le  Voyageur  aDonyme,  it  y 
«  a  CD  autres  choses  la  représentation  d'une  procession  où  un 
«  pourceau  emporte  le  bénitier  avec  l'eau  bénite,  quantité 
«  d'autres  pourceaux  et  d'Asnea  le  suivent  en  habits  sacerdo- 
c  taux.  Dans  un  autre  endroit,  on  voit  un  Asne  en  posture 
«  d'officiant  devant  un  autel.  Un  autre  Asne  porte  une  chaise 
K  à  reliquefi  dans  laquelle  il  y  a  un  Renard  et  tout  l'altirail  de 
«  la  procession  est  porté  par  des  singes.  M.  d'Ablancourt{i) 
«  cité  par  le  Docteur  Burnet  (2). 

Les  souvenirs  confus  de  d'Ablancourt  ne  peuvent  pas  être 
pria  au  sérieux  ici.  Il  en  est  de  même  pour  ce  que  dit  le  pré- 
cepteur Keysler  qui  écrivait  en  1727  :  «  Les  protestans  n'ont 
«  aucune  part  à  l'exécution  des  ridicules  sculptures  satyriques 
«  qu'on  voyait  il  y  a  peu  d'années  (il  y  avait  quarante-sept  ans!) 
«  sur  la  corniche  à  l'intérieur  de  l'église  cathédrale.  Ce  sont 
«  des  singes,  des  Anes,  des  porcs  disant  la  messe  habillés  en 
«  moine  ». 

Keysler  ne  parle  ici  que  par  ouï-dire  et  chose  surprenante, 
il  n'a  pas  vu  la  gravure  de  Tacherning  où  il  l'a  mal  vue. 

(ie  que  dit  Ferdinand  Reiber  de  la  grande  rareté  de  ta  gra- 
vure originale  brûlée  en  1728  est  parfaitement  juste.  Lorsque 
j'eus  celle-ci  en  ma  possession,  j'en  lis  pail  k  M.  le  chanoine 
Slraub,  ardent  collectionneur  do  tout  ce  qui  touchait  à  l'Alsa- 
ce; il  m'en  fit  compliment,  me  dit  qu'on  n'en  connaissait  que 
trois  ou  quatre  exemplaires  et  qu'il  avait  payé  le  sien  Cent 
thaters  (3). 


(I)  Parent  du  célèbre  lettré;  il  fui,  par  la  prolection  de  Turenne, 
envoyé  du  roi  h  Lisbonne  en  1673,  puis  à  Strasbourg.  La  Hévoca- 
lion  de  l'édit  de  Nantes  le  chassa  en  Hollande  où  11  mourut. 

(t)  Né  à  Edimbourg  en  1643,  diapetain  du  roi  Cliarlei  II  ;  il  se 
disiingua  par  sa  haine  contre  la  religion  catholique,  voyagea  en 
Halle,  eu  Suisse,  en  Allemagne,  cic.  De  rctnur  en  Angleterre  il  fut 
fait  évéque  de  Salisbury.  [|  mourut  en  4715  aumâuier  du  duc  de 
Glocester;  ou  a  de  lui  beaucoup  d'ouvrages  théologiquea.  Ses  Toja- 
ges  eu  1683  et  1686  parurent  à  itotlerdam,  1687  et  1690.  Un  toIu- 
me  in-13. 


(3)  Qui  possède  ce)  exemplaire  ? 


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340  »vi'K  d'alsacs 

i:etle  curieuse  gravure  manquait  à  la  collecUon  de  l'œuvre 
Notre  Dame  qu'avait  formée  avec  tant  de  soin  l'architecte 
liuslave  KIotz.  Le  respectable  vieillard  me  dissuada  d'en  Taire 
une  reproduction,  pour  éviter,  disait-il,  que  les  esprits  faibles 
n'y  vissent  une  atteinte  à  la  religion  catholique.  —  Étant  en 
vi»ite,  ajoutait-il,  je  sais  de  suite  oi'i  je  suis,  rien  qu'en  voyant 
sur  la  table  le  volume  de  Schadicus  ou  l'in-folio  des  fêtes  en 
l'honneur  de  Lnnis  XV  1 1  ). 

Expliquons  maintenant  ces  sculptures. 

Ces  chapiteaux  sculptés  de  la  cathédrale,  vis-à-vis  la  chaire 
à  prêcher,  sen'aientdansleurbnitalitérèali&ted'enseignement 
uu  prédicateur  et  aux  fidèles  :  «  Méfiez-vous  des  faux  prophè- 
H  tes,  serobInient-iU  crier,  méfiez-vous  des  faux  pasteurs, 
M  méfiez-vous  des  faux  frères  ;  car  il  existe  malheureusement 
«  de  ces  maudits  dans  la  société  religieuse  comme  dans  la 
société  civile  ».  Et  pour  remonter  k  la  source,  l'Évangile  ne 
dit-il  pas  :  «  Gardez-vous  des  faux  prophètes  qui  viennent  à 
«  vous  couverts  de  peaux  de  brebis,  et  qui  au  dedans  sont  des 
•  loups  ravissans.  Vous  les  connaîtrez  par  leurs  fruits  (2)  ». 

Ces  sculptures,  si  édifiantes  dans  leur  grossièreté,  furent 
donc  deux  siècles  sous  les  yeux  des  catholiques  sans  exciter 
leur  colère  ;  ils  y  puisaient  au  contraire  un  véritable  enseigne- 
ment. Il  appartenait  h  la  Réforme,  maTtresse  du  Lieu  saint,  de 
dénaturer  le  sens  de  ces  sculptures  devant  lesquels  avait  tonné 
Geyierdc  Kaisersherg. 

L'étroit  christianisme  du  Grand-Roi,  qui  se  plaisait  dans  des 
«luestioas  insondables  de  la  Grâce,  comprit  encore  moins  te 
sens  élevé  de  ces  sculptures.  Lea  prélats  et  abbés  de  cour  n'y 
virent  qu'une  insulte  à  la  religion  catholique  et  elles  durent 
disparaître  (3).  Plus  tard,  en  17i8,  un  malheureux  bedeau 
luthérien  qui  avait  mis  en  vente  la  gravure  les  représentant 
fut  pourauivi  par  devant  le  Grand  Sénat  de  Strasbourg,  sur 

(t)  Itrunet  et  Keyeler  ne  sont  pas  cités  par  Ferdinand  Reiber. 

(î)  Mathiei'.  Vil.  15.  «  In  illo  tempore,  Uixit  Jésus  discipulis  suis  : 
.\tteDdîlc  a  falsis  proplietia,  qui  vt^niunt  ad  vos  in  veetimeutiB 
ovium,  inirinaeetus  autem  rapa^es.  .\  rnictibus  éorom  cogaescetii 
eoa.  (Evangile,  Vll^  dimanche  après  la  Pentecôte). 

(3)  Elles  Turent  ûxccutées  en  tf9S  et  détruites,  d'après  Grandidier, 
enteSS. 


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SOTBS  SUK   BALS,   BRrSACH,    STRASBOlRr,  341 

l'ordre  du  Cardinal  de  Rohan,  prince  évéque,  prélat  tolérant 
comme  on  le  sait,  mais  peu  instruit,  Tscberning  fut  condam- 
né k  faire  amende  honorable  et  à  être  banni  pour  avoir  insul- 
té la  religion  catholique  dans  un  monument  qui  remonlait  h 
plus  de  deux  siècles  avant  la  Réforme  et  qui  était  au  contraire 
un  enseignement  pour  le  peuple  t  Les  exemplaires  de  la  gra- 
vure saisie  furent  tous  brûlés  par  la  main  du  bourreau. 

L'estampe  originale  que  nous  avons  sous  les  yeux  est  divi- 
sée en  deux  parties  : 

La  première,  la  procession  des  animaux,  représente  un 
ours  avec  le  bénitier  et  l'aspersoir  et  un  loup  avec  In  croix  se 
dirigeant  gravement  vers  une  petite  croix;  ils  sont  suivis 
par  un  lièvre  tenant  fièrement  un  cierge  allumé  et  précédant 
un  sanglier  et  un  bouc  portant  un  renard  sur  une  civière 
sous  laquelle  un  chien  repose  parterre. 

Le  second  sujet,  ou  la  Messe  des  animaux,  montre  un 
chevreuil  lisant  dans  un  missel  placé  sur  un  autel  sur  lequel 
est  un  calice.  La  scène  se  passe  entre  deux  colonnes  dont 
les  chapiteaux  représentent  chacun  un  des  deux  sujets  dont 
nous  nous  occupons  plus  loin;  h.  droite,  un  Une  chantait 
l'évangile  dont  le  livre  est  placé  sur  la  tète  d'un  singe 
accroupi . 

Les  animaux  étaient  représentés  t»  naturalibut,  sans 
aucuns  vêtements  sacerdotaux  ni  robe  de  moine,  malgré  ce 
qu'on  en  a  écrit.  C'était  une  véritable  arche  de  Noë  ;  il  y 
avait  dix  animaux  tant  domestiques  que  privés,  savoir  :  Un 
Ane,  un  bouc,  un  chevreuil,  un  chien,  un  lièvre,  un  loup,  un 
ours,  un  renard,  un  sanglier  et  un  singe. 

Et  pour  terminer  notre  dissertation,  citons  ce  que  dit 
Perdinand  Reiher  k  la  fin  de  sa  curieuse  notice  : 

«  Ayant  la  lionne  fortune  de  posséder  une  des  rares 
«  estampes  de  Tschening,  échappées  aux  flammes  du  boor- 
«  reau,  nous  la  reproduisons  fidèlement,  sans  obéir  k 
«  aucun  des  sentiments  qui  purent  guider  ses  précédents 
«  éditeurs. 


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142  REVUE  d'alsace 

«  Il  nous  a  paru  original  de  faire  renaître  de  ses  cendres 
<  une  curioBiti  qui  fil  jadis  tant  de  bruit,  qui  suscita  tant 
i  de  haioes,  et  dont  en  réalité  on  ne  connaissait  plus 
(  l'aspect  exact  ». 

On  ne  peut  écrire  plus  impartialement. 

Arth.  Benoit. 


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THÉOPHILE  CONRAD  PFEFFEL 


ESSAI    BIOGRAPHIQUE 


DEUXIÈME  PARTIE 


L'ŒUVRE    LITTÉRAIRE 


3.  Le  Fabulùte  (tuile.)  (i) 


4*  volume. 


L'année  1797  renferme  trois  pièces  assez  connues:  Le  Melon 
et  la  pomme  sauvage  et  Hippocrale  (p.  73)  dédiés  à  Hirzel 
de  Zurich,  et  surtout  Les  quatre  fées. écrUe  pour  les  fiancaillea 
d'Amélie  de  Berckheim  et  du  baron  de  Dietrich  L'année  sui- 
vante commence  par  les  Pensées  patriotiques  présentées  au 
mariage  d'Oclavie  de  Berckheim  avec  le  baron  thuringien  de 
Stein,  et  suivies  de  près  (p.  24).  par  la  Grotte  de  Mélusîne, 
h  Emma  {Henriette  de  B.),  pour  ses  fiançailles  avec  Aug. 
Périer,  et  par  la  Fleurette  d'hiver  destinée  k  orner  la  cou- 
ronne d'Annette  de  Rathsamhausen,  fiancée  au  baron  de 
Gérando .  Celui-ci  reçoit  Jupiter  et  Démocrite  (p.  48)  ;  NieolaT 
de  St-Pétersbourg,  Apollon  et  Afinerce{p.  68),  li  Fanny 
de  Berckheim,  la  fable  qui  porte  son  nom  (p,  46).  Cupidon 

(1)  Voy.  pp.  107  à  Ifl,  197  à  206. 


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344  RKVUB  d'alsacs 

tt  la  mort  (p.  109),  ne  doit  pas  être  oublié  ici.  Mais  le  bijuu 
(le  cette  année,  c'est  31a  fleurette,  composée  en  souvenir 
d'Ëniélie  D.,  cette  petite  parisienne  de  6  ans,  enlevée  subite- 
ment k  l'afTection  et  aux  soins  des  dames  PfefTel  dans  les 
premiers  jours  de  février. 

Les  deux  premières  fables  de  1799  sont  dédiées,  l'une  au 
jurisconsulte  Pfeiïel,  l'autre  à  sa  seconde  femme.  Le  poète  ne 
les  avait  pas  revus  depuis  qu'ils  avaient  émigi'é  ;  ils  purent 
rentrer  en  France  ("eux  ans  plus  lard,  k  la  grande  joie  du 
frère  de  Culmar,  qui  dans  l'ode  que  nous  venons  de  men- 
tionner {/.'l'mmor/n/i/c',  p.  95),  leur  avait  déjà  dit  au  revoir 
dans  l'autre  monde.  Nous  citerons  en  outre  le  quatrain  con- 
sacré k  la  mémoire  de  Schlosser,  qui  i^tait  allé  mourir  dans  sa 
ville  natale  de  Francfort,  et  deux  adaptations  de  légendes 
espagnoles  :  Guarin  et  Lydie  fp,  HOj  et  Le  pont  de  la 
veuve  à  Valence  (p.  13i). 

1800.  —  L'image  de  la  vérité  ip.  98),  modeste  pendant  ît 
la  belle  ballade  de  Schiller  Das  vertefileicrte  Bild  su  Saîs.  A 
Emma  (Mme  Aug.  Pi'rier)  après  la  mort  de  son  premier  né, 
dont  la  tombe  se  voit  encore  à  Ostheim  (Revue  d'Als.  1693, 
p.  78)  La  légende  du  navire,  racontée  par  l'auteur  à  ses 
petits-enfants  en  mars.  Le  tigre  aux  enfers,  ù  Lucé,  dont  le 
jugement  sur  cette  fable  est  conservé  dans  sa  correspondance, 
que  le  Jahrburh  des  Voi/.  Clubs  publiera  cet  automne. 
Eptlre  à  la  postérité,  |p.  fS4},  un  peu  longue  et  emphatique: 
en  1859,  lors  de  l'inauguration  de  la  statue  du  poèto, 
Aug,  Stœber  l'a  n'-éditée  et  annotée  son  père  qui 
l'avait  df'Jii  donm'-i>  à  la  lin  des  Bliptier  dem  Andenken, 
etc. 

1801.  — ftde  au  nouveau  siècle  {p.  161).  Elégie  sur  la 
mort  (en  février)  de  Fanny  de  Berckheim  (p.  idi). Kalliffonf. 
quatrain  sur  l'œuvre  de  ilerder  qui  porte  ce  titre  (p.  171^. 
Enfin  Les  trois  Fleurelles  (p.  ilZ],  <\ont  nous  ne  pouvons 
que  recommander  la  lecture. 

flinquii^me  volume 

Kiicore  1801.  —  Ode  A  wm  amis  inconnus,  en  hexamè- 
tres, genre  de  vers  ijui  ne  n'ussissentguéreà  notre  auteur.  Ce 


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THtoPHILE  CONBAD   PFBFPSI.  345 

titre,  BiRBÎ  que  plusieurs  de  ceux  qae  nous  venons  d'énumé- 
rer,  pourrait  paraître  pn^tenlieux  au  lecteur  qui  n'a  pas  pé- 
nétré dans  l'dme  de  Pfeiïel.  En  rt<alité,  il  y  a  \k  moins  une 
marque  de  sufQsance  qu'une  nouvelle  preuve  de  la  grande 
candeur  du  fabuliste  qui  est  si  peu  vaniteux  qu'il  ne  songe 
même  pas  ù  éviter  les  apparences  de  ce  sentiment.  AUa 
(p.  2â)  est  un  éloge  délicat  du  préfet  Noël,  qui  venait  de  fon- 
der la  Société  d'Emulation,  dont  Pfeffel  fut  vice  prési- 
dent. 

1802  est  une  des  années  les  moins  fécondes,  et  il  est  facile 
d'en  deviner  la  cause.  Les  travaux  du  nouveau  secrétaire- 
interprète  de  la  préfecture  commençaient  k  empiéter  sur  les 
loisirsstudieuxdu  poète;  aucunedes  huit  fables  de  cette  période 
ne  mérite  (te  mention  spéciale.  Nous  n'en  dirons  pas  autant 
de  celles  de 

1803.  Arrêtons-nous  dès  In  première,  A  Annetle  et  lisons 
les  trois  strophes  destinées  a  consoler  Mme  deGérando  de  la 
perte  de  son  premier-né  la  petite  Fanny,  Le*  deux  dryades 
sont  dédiées  k  Félix  Desportes,  successeur  de  Noël  comme 
préfet  et  comme  président  de  ia  Société  d'émulation,  laquelle 
accueillit  avec  faveur  la  leclure  de  cette  pièce  dans  sa  séance 
publique  de  l'année.  L'ailusion  des  derniers  vers  rappelle  le 
fait  que  le  préfet  Desportes  venait  de  faire  planter  556,000 
arbres  sur  les  routes  du  département.  Deux  autres  petites 
bluettess'adi'esseul{p.  43)  l'une  il  l'album  d'JIenrielteSchlosser 
l'autre  Wilhelmine  Hûller,  née  Maisch  (1),  femme  poêle  qui 
habilfiit  alors  Cnrlsruhe.  Enfin  Zensis  et  Parrhasim  (p.  641 
est  pour  le  peintre  colmarien  Casimir  Karpf . 

t804.  —  Le  dogue  elle  mendiant, k%on%f:aAT%'EhTma.nxi 
(page  24). 

Covi/il/iinre  d'un  rossignol  privé  de  la  rue  {p.  44j 

Lex  deux  brigands  {page  51). 


(1)  E.  Stœber  dit  d'elle  :  «  PfefTel  unterhicit  mit  dicser  unglûck 
licben,  gels  lu,  gefùhlvollen,  ofl  h^misch  misskauu  Frau  bis  an 
ihren  Tod  eineii  freundsch.  ttriefechael».  Parmi  Bes  poésiea,  il  cite 
celles  aufden  Enherrog  harl,  an  Selmar,  Mein  Tkàlchen  an 
Edgar,  der  Todlengrœber. 


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346  NcnrE  D  Ai&us 

18(Ki.  La  fontaine  de  Joueenee  (p.  i),k  Valérie  Goeroler, 
compagne  des  jeax  de  son  adolescence  el  belle-stEor  de  son 
frère,  et  dont  le  sonveoir  Ini  »agstn  ces  beaux  vers  : 

*  Wie  KIopfl,  wie  wallt  mein  welkes  lierz, 
Weon  auf  der  Zeit  mein  Blick  verweitel, 
Da  ich  mit  dir  baldband  in  Hand 
Mich  durch  die  Duft^basche  wand, 
Womit  der  Lenz  die  Fluren  schmùckte, 
Bald  Torder  vollen  Rebe  stand 
U.  ihregoldnen  Beeren  pflQckte... 

Wie  Kiodicb,  Freundin,  war  es  nicbt. 
Noch  schœnre  Tage  zu  erwarten  ! 
Das  Lebea  gleicbet  einem  Garlen, 
Der  oft  in  Frflbiing  mehr  verspricbt, 
Weil  mebr  als  er  im  Herbst  erfdllet  ». 

Après  la  mort  de  son  père  (1782),  le  pasteur  réfOTmé  de 
Strasbourg,  qui  résidait  k  Wolfisbeira  par  suite  d'un  vieil 
usage  interdisant  aux  Calvinistes  d'exercer  leur  culte  dans 
l'intérieur  de  la  ville,  Valiirie  Guernier  s'était  retirée  ù  Worms. 
Sa  mort  est  mentionnée  dans  une  lettre  du  27  décembre  1808, 
adressée  ù  PfelTel  pur  le  colonel  de  Gœsnitz,  son  ami  de 
Jeunesse  (Voir  Rev-  d'Alx,  1897,  p.  232}  auquel  il  dédie  Le 
Derviche  et  le  Khan  (p.   62.    Ce  litre  est  emprunté  aux 
Feuitlei  de  Palmier  de  Herder),  en  même  temps  qu'il  adresse 
i'Image  de  la  verlu  (p.  42j  h  sa  filleule  Louise  Lavater. 
Parmi   les   productions  de   cette   même  époque,  nommons 
encore  la  rhapsodie  k  ses  amis  de  Strasbourg,  Ida   Muse 
(p.  61)  (1),  et  l'ode  k  Ma  canne  (p.  59)  qui  peut  se  comparer 
k  celle  de  Béranger  A  mon  habit. 
1806.  —  La  pieuse  candeur   (p.   81),   longue   épttre   k 
Gérando  sur  la  tolérance.  Le  texte  fait  allusion  au 
mot  de  Jean  lluss  voyant  une  pauvre  vieille  appor- 
ter un   fagot   pour  son  bûcher.    Le   Cygne  noir 
(p.  104),  h  son  éditeur  Cotta. 

(1)  en  réponse  h  une  poésie  de  Dahler  lui  exprimant  au  aoin  de 
Ml  autrei  admirateurs  slrosbourgeois,  leurs  vœux  pour  le  cinquan- 
tenaire de  son  activité  poétique,  loir  £.  Stceber,  Blœtter  dem 
Andenken,  pages  3S  et  St. 


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Le  nouveau  siècle  (p.  135),  courte  vision  prophétique 
que  lu  suite  n'a  pas  démentie.  Le  lecteur  de  notre  fin  de  siècle 
s'en  convaincra  eu  la  relisaDt  : 

Ich  sah  auf  einem  Feld,  das  um  u.  um 
Prisch  umgepliaget  war,  das  neu  Sœkulum, 
Au  seinem  Gflrtei  hing  ein  Rozenkranz  von  Kronen, 
Indess  aus  seiner  voUen  Hand 
Ein  scbwarzer  Samen  fiel.  —  Was  sœ'st  du  aufdies 
Freund,  sprach  es,  Revolutionen.  —  [^Land? 

Avant  de  quitter  celte  année,  empruotons-lui  une  autre 
citation,  celle  du  quatrain  adressé  ^  Napoléon  (page  173), 
qui  venait  d'accorder  au  poète  une  pension  non  sollicitée. 

Wie  !  du  suchet  in  meiner  Sîedelei 
Hich  nail  einer  Wohlthat?  Das  macht  Freude. 
Sie  ist  nicht  der  Lohu  der  Schmeichelei 
Dies,  0  Csesar,  ehrt  uns  aile  Beide. 

1807.  —  Thrénodie  (p.  149),  sur  la  tombe  de  son 
frère  (1).  L'image  de  l'hoiitme  (p.  128),  à  M.  de  Montbrison, 
gendre  de  Mme  d'Oberkirch  et,  par  suite,  cousin  par  alliance 
de  Mme  de  Gérandu.  La  Modiste  (p.  103),  au  conseiller 
aulique  Beckert  k  Dresde,  sur  ce  thème  ;  la  vérité  est 
éternelle ,  mais  son  costume  vieillit,  car  chaque  gétiération  le 
façonne  h  son  goût. 

1808.  —  Le  hobereau  et  le  paytan  (p.  140),  tableau 
amèrement  ironique  du  triste  sort  d'un  fermier  qui  dépend 
d'un  maître  despotique.  Le  Rémouleur  (p.  154),  anecdote 
Joliment  racontée.  Plainte  d'un  écolier  fp.  164),  satire  du 
professeur  pédnnt: 

Den  Leisten  schnitzt  der  Formenschneider 
Nach  meinen)  Fuss.  Der  Saiiertopf, 
Mein  Hector,  ach  I  der  scbnitzel  leider 
Nach  seinem  Leisten  meinen  Kopf. 


(1)  iuaérée  dans  VAUat  Tatchenbach  de  1808. 


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.Wi  RBVm  O  ALSACE 

1809.  —  On  voit  que  l'activilé  du  poèt«  ne  s'arrête  qu'nu 
bord  de  la  tombe.  Les  quatre  mois  de  cette  année  qu'il  eut 
encore  à  vivre  ont  vu  naître  onze  pièces,  dont  la  dernière, 
touchant  hasard,  nous  montre  Fênelon  (p.  166)  ramenant  à 
la  pauvre  paysanne  sa  vache  égarée  (1)  et  dont  deux 
autres  méritent  aussi  une  mention  :  Le  voleur  en  juifice  (p. 
165),  rel&cbé  parce  qu'il  ne  savait  pas  l'allemand,  bien  que 
sa  culpabilité  fAt  établie,  et  Der  Postsug,  imité  d'une  fable 
polonaise  de  l'évèqtie  Krazinski  de  Gnesen. 

Nous  avons  épuisé  l'œuvre  poétique  et  allons  aborder  les 
Estais  en  prote,  non  sans  prêter  toutefois,  auparavant,  un 
instant  d'attention  k  la  Traduction  des  Fables  publiée  en 
1840  (2)  chez  Silbermann  et  Derivaux,  par  l'aul  Lehr  qui 
avait  passé  plusieurs  années  dans  la  maison  Pfeffel  comme 
pensionnaire  de  Berger. 

Son  livre  porte  l'épigraphe,  caractéristique  dans  sa  modes- 
tie et  empruntée  à  la  Fontaine  ; 

H  SI  de  vous  agréer  je  n'emporte  le  prix, 
J'aurai  du  moins  l'honneur  de  l'avoir  entrepris.  » 
Dans  la  notice  biographique  qui  introduit  ses  Fables,  il  les 
peint  en  ces  termes  : 

«  La  culture  des  lettres  était  redevenue  sa  consolation  et 
l'unique  ressource  de  sa  famille,  li^on  esprit  plein  de  sève 
tendait  toujours  k  faire  preuve  de  vie  et  les  poésies  nombreu- 
ses qu'il  composa  alors  sont  les  plus  spirituelles  et  les  plus 
philosophiques  qui  soient  sorties  de  sa  plume.  Il  s'est  surtout 
exercé  dans  un  genre  qui,  malgré  son  apparente  facilité,  a  été 
recueil  d'une  foule  d'hommes  d'esprit  et  de  talent,  parce 
qu'il  faut  pour  y  réussir  encore  autre  chose  que  des  talents 
et  de  l'esprit....  La  supériorité  que  nous  accordons  k  La  Fon- 
taine, les  Allemands  l'ont  reconnue  dans  les  fables  de  Pfeffel. 
Elles  se  distinguent  par  l'invention,  par  une  précision  pleine 
d'élégance  et  par  des  aperçus  aussi  nouveaux  qu'ingénieux; 
beaucoup  d'entre  elles  ont  une  haute  portée  philosophique, 

(1)  Kcrit  en  mars,  au  milieu  des  douleur*  de  la  maladie  suprême  ; 
ce  chant  de  cygne  ne  se  ressent  pas  de  l 'allai blissemenl  du  corps. 
Kieder  la  communique  à  la  Gd  de  sa  biographie, 

(t)  Une  édition  plus  petite  en  fut  faite  plue  lard. 


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TRfopHILE  CONRAD  ^FBFTBL  349 

et  la  plupart  se  terminent  aoit  par  une  morale  sublime,  soit 
par  un  Irait  vif,  épigrammatique  ou  d'une  spirituelle  bonho- 
mie. Dans  ses  contes  et  vers  on  retrouve  souvent  une  haute 
intelligence  des  événements,  la  verve  piquante  et  facile  de 
Voltaire  avec  un  gentiment  plus  profond  de  moralité.  Ses 
morceaux  élégiaques,  pleins  de  charme  et  de  simplicité,  sont 
la  douce  expansion  du  cœur  du  poète  aveugle,  et  nous  le  font 
aimer  et  vénérer.  Heureux  imitateur  de  nos  classiques,  Pfeffel 
est  aussi  un  des  premiers  qui  ait  su  transporter  dans  sa  lan- 
gue une  partie  des  richesses  de  la  nàtre,  dont  il  connaissait  à 
fond  tous  les  bons  auteurs.  » 

L'on  voit  que  Lehr  est  admirateur  enthousiaste  de  son 
auteur,  dont  il  dissimula  ou  se  dissimule  toutes  les  faiblesses. 
Celait  peut-être  la  meilleure  disposition  d'esprit  pour  réussir 
dans  sa  périlleuse  entreprise.  ¥  a-t-il  réussi  en  effet?  Voyons- 
le  à  l'œuvre. 


Pfaffel  an  lecteur 

Jeune  et  timide,  une  vierge  d'Athène, 
Fille  d'uQ  jardinier,  vendait  de  simples  fleurs. 

Riant  tribut  de  son  domaine. 
Dans  sa  corbeille  offerte  aux  amateurs 
Se  pressaient  le  jasmin,  la  rose  et  l'amarante.  — 

Vient  une  dame,  pflle,  à  l'ceil  dur  et  hagard, 
Vrai  spectre,  inspirant  l'épouvante 

Elle  s'arrêta  et  dit  d'un  ton  criard  : 
«  Quoi  des  bouquets  I  Je  n'en  veux  pas  ma  chère  I 
Bien  avant  le  déclin  du  jour, 
On  les  verra  se  faner  sans  retour  ». 
a  Madame,  permettez,  vous  êtes  trop  sévère  : 

Je  n'abuse  en  rien  l'acheteur  ; 
En  offrant  mes  fleurs  les  plus  belles. 
Je  ne  les  dit  pas  immortelles  ». 

De  mes  écrits  je  pense  autant,  lecteur. 

Ici  le  traducteur  sort  de  son  rAle  et  entre  lui-même  en 
scène  pour  communiquer  ses  réflexions  sur  les  vers  qu'il 


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3S0  unrE  d  alsa<z 

▼ieat  de  paraphraser  et  ses  rœns  pour  le  succès  de  sa 
|HDpre  eeuTre. 

Quelle  timplicitê  !  Qoel  modeste  langage  ! 

Non,  Pfeffei  !  non,  tes  fleors  ne  sauraient  se  flétrir; 

Snr  le  fleuve  du  temps  ta  corbeille  surnage. 

Puisse  un  Alsacien,  plein  de  ton  souvenir, 

Payer  à  ta  mémoire  une  honorable  dette, 

Et  lorsque  ta  verve  jaillit. 

Être  l'heureux  écho  du  ceur  et  de  l'espril, 

Qui  nous  font  aimer  l'bomme  i  l'égal  du  poète. . . 

Du  vrai,  du  beau  tu  propages  l'empire. 
Pour  immortaliser  ton  talent,  les  vertus, 
En  marbre  de  Carrare,  au  sein  de  ses  élus. 
L'.AIlemagne  a  placé  ton  vénérable  buste 
Si  l'hommage  est  flatteur,  le  goût  dit  qu'il  est  juste. 

Hais  la  patrie  où  tu  reçus  le  jour, 
Fière  aussi  des  lauriers  d'un  enlant  de  r.\lsace, 
La  France  doit,  PfefTel  !  te  reconnaître  à  son  tour. 
Ah  !  puissent  mes  accents  répondre  ù  mon  audace 
Et  prouver  que  ta  muse  a  droit  à  son  amour  !  • 

L'allusion  qu'on  vient  de  lire  dans  ce  vers  : 
L'Allemagne  a  placé  ton  vénérable  buste 

s'explique  par  ce  passage  d'une  lettre  écrite  par  le  poète  à 
son  neveu,  le  16  juin  180S  (Stœber,  Eco/e  Militaire,  p.  31)  : 
«  Votre  bon  prince  royal  m'a  adressé,  il  y  a  un  mois, 
»  un  habile  sculpteur  suisse  nommé  Christen,  chargé 
«  de  Taire  pour  son  musée  mon  buste  en  marbre  el  en 
«  grandeur  colossale.  Le  modèle  en  terre  est  achevé 
«  et  tout  le  monde  le  trouve  très  ressemblant  (1|. 


(l)Le  musée  de  sculpture  doiil  p&rle  prefTel  est  d'après  une  note 
de  Lehr  la  Ulyptothëque  de  HuDsch.  Edei  au  contraire  raconte 
ainsi  le  fait  {p.  ii)  :  Noch  als  KroDprinz  hatte  Ludwig  t.  Baiera 
den  Plan  zu  seiner  Walballa  bei  Kegeosburg  cntwurfen,  als  Ruh- 
mettempel  grosser  DeHlsclicD.  Auch  Prs  itlldt  wollte  er  darin 
aufnebmenu  Bchickle  Christen,  CinoTa'B  Sr:hûler,  nat^h  Oolmar, 
um  dasModell  zueineuKolosaaJen.  BûsledetiDichlerszuTerfertigen, 
u.  aie  d&RniucarrariBchemMarmorau9fi)hrenzulagsen(Cp.Rieder 
page  8S). 


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THBOPHILB  CONRAO   PFEFFIL  351 

L'ardeur  sympathique  et  l'inépuisable  bonne  volonté 
témoignée  par  Lebr,  méritaient  d'être  couronnés  de  succès. 
Et  le  fait  est  qu'en  parcourant  son  recueil,  on  ne  saurait  nier 
que  plusieurs  de  ses  fables  ont  réellement  gagné  k  passer 
dans  notre  langue  et  y  font  meilleure  figure  que  dans 
l'original.  Voici  par  exemple  : 

La  v«r  luisant 

Dans  un  asile  obscur,  sans  soins,  sans  embarras, 
Un  vers  luisant  brillait  et  ne  s'en  doutait  pas. 
Un  monstre,  un  vil  crapaud,  le  voit  de  son  repaire; 
Il  s'approche  sans  bmit,  et,  gonQé  de  colère. 
Lance  un  impur  venin  sur  l'insecte  éperdu. 
«  Hélas  !  que  t'ai-Je  fait?  —  Eh  !  pourquoi  brilles-tu? 
Tout  lecteur  en  état  de  comparer  le  texte  et  la  traduction 
avouera,  croyons-nous,  que  cette  dernière  met  plus  forte- 
ment en  relief  l'amère  et  saisissante  vérité  de  ces   vers, 
que  n'a  pu  le  faire  la  langue  allemande  dans  sa  pénombre 
et  sa  lenteur. 

Et  le  morceau  suivant,  qu'il  est  vrai  et  digne  d'être 
médité  aujourd'hui  comme  il  y  a  un  siècle  : 

La  Voix 

Pour  une  noix. 
Un  écureuil  contre  un  rusé  putois. 
Soutenait  un  combat  acharné,  sanguinaire  ; 

Le  Colmarien  Casimir  Karpf,  élèTe  de  David,  avait  déjà  fait  le 
portrait  de  Pf.  en  1796.  Le  premier  octobre  de  cette  année,  l'édi- 
teur Zuricbois  H.  H.  FiiBsli  écrivait  à  Wîeland  :  «  Wenige  Tage 
nach  Ibrer  Abreise  machlen  wie  die  BekannlBchafl  einea  jungen 

KùDSlIers  von  Golmar Er  wies  uns  eine  mit  acliwarzer  Kreîde 

ganz  Tollendete  Zeichnung  vor,  deren  Hauplgegenstand  sein  vor- 
IrefHicher  Milbûrger  PfelTel  isl.  In  seinem  gcwohulen  einfachen 
CoBtûm  fUniform  n.  Sliefeln)  silzL  derselbe  vor  de  m  Kamin,  das 
Gesicbt  ein  wenig  gegen  selnen  Sekretar  gewandt...  Der  Kamin 
iat  mit  einer  aoliken  Vase,  Lavaters  fJûaterg  ii.  eiuem  Spiegel  ver- 
zierl,  in  welchem  jene  reflectireo  :  imHintergruudfltehleinBûcber- 
scbraDk,  u.  Wander  Wand  prblickt  man  Chodovriecki's  Abscbied 
von  Calas,  etc. 


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Comme  ces  coqs  de  la  vieille  Aaçlrterre, 

Duellistes  éperoDoés, 

Qui,  pleins  d'uae  aveugle  col^, 

S'ealr'égoi^Dt  en  forcenés. 
L'écorenil  saceomba  soos  le  pnlois  avide. 
AussîtAl  le  vainqueur  se  saisit  du  butin. 
Le  croque  avec  transport...    Mais   la    noix   était 
vide.  — 
0   vous   que   la   discorde   aigrit    de    son    levain. 
Princes  et  nations  éblouis  par  la  gloire  ! 
.%vant  que  de  verser  des  flots  de  sang  humain. 
Pesez  bien  les  lauriers  que  vous  tend  la  Victoire  ! 

Nous  ne  résistons  pas  au  plaisir  de  donner  d'autres  exem- 
ples de  l'art  heureux  avec  lequel  Paul  Lebra  su  plier  la  pensée 
de  l'auteur  aux  exigences  de  notre  langue.  Nous  ne  choisirons 
que  des  morceaux  dont  nous  n'avons  pas  encore  parlé,  afin 
de  joindre  au  charme  poétique  l'attrait  de  la  nouveauté, 
uns  oublier  celui  de  la  brièveté. 


Harptgon 

Vraiment,  disait  quelqu'un,  la  Bible  m'édifie 
En  nous  prêchant  partout  l'aclive  charité  ; 
Malheur  à  qui  repousse  un  pauvre  avec  fierté!  — 
Oui-dk  !  dit  Harpagon,  dés  demain  je  mendie. 

Nous  passons  h  regret  La  pipe  Tun/ue,  trop  longue  pour 
figurer  ici,  bien  qu'elle  le  mérite  à  tous  égards,  Mon 
grillon,  dont  nous  avons  déjà  communiqué  l'original,  Ma 
Fleur,  trop  connue  pour  que  nous  nous  y  attardions,  malgré 
bon  charme  mélancolique. 

Voici  la  morale  du  Joueur  iTorguet. 

...  Sans  elTort  de  cervelle 
Tu  ne  fais  que  tourner  ta  pauvre  manivelle. 
Plaisant  aveu  ma  foi  !  Bien  des  gens  ici-bas, 
Tournent  la  manivelle  et  n'en  conviennent  pas. 


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TH^OPHtLIt  CONBAD   PFKFFEI.  3S3 

Et  celle  de  La  Girafe  : 

Avnnl  d'appeler  ijrands  tous  ceux  ({u'ainsi  l'on  nomme. 
Il  te  Taut  en  tous  sens  examiner  ton  homme, 

K'nrI  de  mourir  n'est  qu'un  quatrain  : 
A  rii6pital  un  moine  débonnaire 
Disait  en  sermonnant  un  vieillard  aux  abois  : 

«  Apprenez  &  mourir  t  —Quoi  !  l'apprendre 'fKh,  mon  père, 
llelu  se  sait  dès  la  preinière  fois.  » 

Les  degrés  de  l'échelle  ont  un  sinistre  refrain  qui  sonne 
comme  un  glas: 

«  Non,  répond  l'assassin,  je  te  tiens,  tout  est  dit  ; 
r.ar  je  suis  grand  et  toi  petit,  » 

t.e  quatrain  à  Napoléon  est  rendu  ainsi  : 
Quoi  !  ton  regard  me  clierche,  et  dans  mon  ermitage 
J'éprouve  tes  bienfaits  !  J'en  suis  tout  glorieux  ; 
Car  ils  ne  sont  le  prix  d'aucun  servile  hommage  : 
Un  tel  fait,  6  César,  nous  honore  tous  deux. 

Timanlhe  finit  par  ce  trait  charmant  : 
fi  Le  Père  des  humains  ne  sait-il  que  punir  î 
Si  vous  armez  ses  deux  mains  de  la  foudre, 
11  n'en  aura  plus  pour  bénir.  » 

Le  Captif  [p.  i9o},  par  cet  autre,  dont  la  vérité  est  banalf, 
mais  trop  souvent  oubliée  : 

....  il  ne  faut  jamais  entreprendre 
D'éclairer  tout  h  coup  le  bas  peuple  ignorant. 

Jupiter  et  les  tigres  (p.  197)  nous  rappelle  d'autre  part  qu' 
Au  peuple  tigre  il  faut  un  joug  rude  et  sévère  : 
Un  peuple  sage  est  seul  digne  de  liberté. 

L'encens  {page  203) 
convient  aux  Dieux,  mais  il  nuit  aux  mortels. 

Le  barbet  et  le  maiou  évoque  celte  expérience  : 
La  vertu  peut  braver  les  chagrins,  les  revers  ; 
Mais  dites,  dites  nous,  cœurs  généreux  et  fiers  I 
Pour  elle  n'est-ce  pas  le  plus  poignant  supplice 
Que  de  se  voir  confondre  encore  avec  le  vice  ?  (p.  210) 


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XU  Km  9USUM 

Le  wmtom,  didié  ao  pasteur  Grinv»  -p.  2IT  nppeUecHIe 
antre  T^rit»  : 

.. .  <i«  ««s  passioas  raiocn  reolnlaemrDl. 
C>st  U  qoe  ^  U  force  ainsi  qne  le  mérite. 
Citons  «ncore  Lebroekel  dans  la  mer  ip.  £24-:  La  »ébm- 
l^ute  1248.,  qui,  comme  la  vérité,  ne 

Laisse  arrirer  ven  oons  une  clarté  donteose 
qu'apte  des  milliers  d'ans  ;  Le  vaUteau  (269p,  c'est-à-dire  la 
Fraoee  ballotbre  par  les  tempêtes  de  la  Rérolution.  poia  menée 
d'une  main  forte  par  Napoléon 

Viinquenrde  l'anarchie  et  couronné  de  chêne. 
S'il  bonie  ses  vœnz  an  beao  tôt 
l)e  w  voir  premier  matelot  : 
S'il  «^lODlTe  en  son  sein  toute  voix  de  sirène 
Oui  vers  l'ambilioa  facilemenl  entraîne. .. . 
Alors  jamais  nul  héros  dans  l'histoire 
N'aura  conquis  autant  de  gloire. 
Il  convient  de  rappeler  qne  ce  morceau,  un  des  plus  Icngs 
du  recueil,  date  de  mars  1800. 

L'hirondelle  (i99),  k  laquelle  le  po£le  adresse  ce  touchant 
adieu  : 

Avec  les  fleurs  tu  reviendras. 
Sans  me  revoir  peot-èlre... 
Mais  toujoura  tu  retrouveras 
Ton  nid  sous  ma  fenêtre. 
/,*•  pîêux  ffénéral  (303),  qui 

pràs  de  perdre  l'usage 
I>e  l'ouTe  el  des  yeux,  disait  à  ses  enfants  : 
«  Je  v&is  battre  en  retraite,  accablé  par  les  ans, 
Kt  me  fais  précéder  par  mon  menu  bagage.  » 
Les  deux  Brit/ands  (306)  qui  eurent  a  toujours  de  la  reli- 
gion. » 

La  cierge  (3l5j,  c.-à  -d.  la  pureté  du  cœur,  considérée  par 
le  poète 

comme  le  bien  suprême, 
yiie  ce  trésor  brave  les  ans  ! 


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THEOPHILE  CONRAD   PFBH'BL  35S 

Et  quand  un  jour  la  mort  fermera  ma  paupière. 

Que  le  dernier  de  mea  accents 

Soit  un  cri  de  victoire  au  bout  de  ma  carrière. 

La  lourtereUe  el  te  perroquet  f349).  La  premièiedit  au 
second  : 

Je  te  vola  trop  l'ami  de  ta  fortune 
Pour  que  lu  sois  jamais  le  mien. 

Ajoutons,  en  quittant  ce  volume,  qu'il  comprend  quatre 
livres  et  se  termine  par  une  liste  des  souscriplours,  où  nous 
relevons  les  noms  suivants  : 

Altkircli  (par  M.  Bœhrer,  libraire  (1)  :  Cassai,  nvoui'-. 
Chaulfour,  percepteur.  Doll,  sous-prëfet.  Durthaler,  avoué. 
Lœtscher,  principal  du  collège.  Pflieger  maire.  De  Reinnch, 
il  llirzbacb. 

Bâle  :  Hérian,  pasteur.  Beaucourl,  Jnpy.  ilenfeld  :  Nikiès 
(Napoléon). 

Calmar  :  Abry,  libraire.  Beyser,  Bourcart,  fabricant  k 
Guebwiller.  Cbapuis  père,  négociant.  Colonel  de  Goll.  Kaeppe- 
lin  et  George,  libraires.  Kiener  frères,  fabricants  de  papier. 
Huiler,  pasteur bGunsbach.  De  Neyremand,  avocat.  Bauscher 
fils  pasteur.  Reiflinger,  libraire. 

Mulhouse  :  Hieg  (Mathieu)  fils.  Hisler,  libraire.  Thierry, 
/itber  pi^re  (Jean),  ancien  manufacturier. 

Munster  .^WWn^  (Léonce).  Btnder  (G.  Préil  ).  Hartmann 
(Fi-éd.,  député  et  Henri)  Kirschleger  fV"  Pr^d  ) 

Paris  :  Hetzel  el  Paulin,  llbr. -éditeurs.  Lehr  (Gust),  ancien 
ni'gociant.  Halter,  insp.  gén.  des  éludes. 

St.  Dié  :  Chnnzy,  juge.  Ferry,  père.  Lung,  négociant. 

Ste-Man'e.  Freppel  (Ch.)  fils  Saverne  :  Féburier,  sous, 
préfet . 

Scharrahbergheim  :  Caspari,  pasteur. 

Strasbourg  :  Bœckel,  D' en  médecine,  Bruch,  doyen.  Brun- 
ncr,  pasteur.  Goltard,  recteur.  Dietrich  (Eug.de),  député. 
Darrbach,  past.  Engelhardt  (II.),  prof,  au  gymn.  Eschenauer^ 
négociant.  Fahlmer,  pharmacien.  Fritz,  professeur  de  théol- 


(i)  Voir  Rev.  dAlt.  1897.  p.  361. 


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356  RBVDB  d'alsacB 

Go^el,  chef  de  pension.  Hepp,  prof,  de  droit.  HerreDschnei- 
der,  prof.  Ilermann,  past.  HofTet.  Hohenzollern-Hechingea 
(L.  A.  R.  le  prince  et  la  princesse  règnnnts  de).  Jung,  prof. 
de  théol.  Kern  (Aug.),  secrétaire  du  Consist.  gén.  Levrault 
(Luuis),  contràlcurk  la  Monnaie.  Maeder,  prés,  du  Consisl. 
Pfelfel  (Frédérique).  Schmidt,  prof.  Schuler,  pasteur(père  du 
peintre].  Schweighatiser,  prof.  Schwilgué.  Sengenwald  (Jules). 
Sers,  préfet  Silbermann  (les  ouvriers  de  l'imprimerie),  Stro- 
bel,  prof.  Treultel  et  Wttrlz.  Willm,  inspecteur  do  t'Acad.  etc. 

IV. 
L'œuvre  ad  prose. 

Les  Etsais  poéliquen  de  1761  se  terminent  par  trois  petits 
récita  en  prose  que  nous  ne  citons  point  k  couse  de  leur  valeur 
littéraire  (ils  n'en  ont  guère),  ni  uniquement  pour  mémoire, 
mais  plutôt  parce  qu'ils  montrent  bien  le  chemin  parcouru 
par  l'auteur  qui,  paiii  de  la  sentimentalité  débordanle(7/eAer«- 
cfiwœngtichkeit),  où  l'avait  entraîné  l'imitation  de  Klopslock. 
it  fini  par  atteindre  h  ce  calme  épique,  cette  simplicité  classi- 
(|ue,  répandus  dans  plusieurs  de  ses  dernières  Nouvelles.  Le 
premier  et  le  dernier  des  trois  récils  de  17G1  débordent  d'exal- 
tation religieuse  ;  Us  sonlin\.i[a\és  L'aulel  de  la  réconcitalioti 
et /y(i  mort;  celui-ci  cependant,  très  court  et  de  Ion  moins 
redondant,  peut  se  lire  encore  ;  il  sufTiraitd'atténuer quelques 
expressions  outrées  pour  l'accommoder  au  goât  moderne.  Le 
morceau  qui  les  sépare,  La  chenille  printanière,  présente 
sous  une  forme  idyllique  des  réflexions  philosophiques  si  bien 
amenées  et  si  élcrnellemenl  vraies  que  quelques  légères 
retouches  réussiraient,  ici  aussi,  à  nous  les  rendre  agréables. 

Le  recueil  de  1766,  Neue  BeUriege  zur  deutschen  Maku- 
faUir,  finit  également  par  quatre  fables  en  prose,  assez 
sembinbles  d'allure  ii  leurs  compagnes  rimées  et  qui,  elles 
aussi,  n'ont  d'autre  valeur  à  nos  yeux  que  de  marquer  nette- 
ment le  point  de  départ  du  style  de  Pfeffel  et  de  nous  offrir 
dos  exemples  de  sa  première  manière  et  des  tâtonnements  de 
sa  jeunesse.  Partout  d'ailleurs  y  régne  déjii  la  préoccupalion 
didactique  et  moralisante. 


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TR^PHILE  CONKAD  FFKTFBL  357 

Cela  dit,  aaalysons  rapidement  le  contenu  des  neuf  petits 
volumes,  dans  lesquels  Cotta  a  réuni  (18IO-i2>  lesNouvelles 
et  Récits  qui,  pour  la  plupart,  avaient  déjà  figuré  dans  sa 
revue  trimestrielle  Flora.  Voici,  en  guise  d'introduction,  le 
jugement  de  Rieder  (p.  63)  :  «  Dans  la  dernière  période  de 
su  vie,  il  a  encore  abordé  un  nouveau  domaine  de  la  poésie  en 
écrivant  les  nombreux  petits  récits  romantiques  qui,  minis 
et  revus  par  lui-même  (1),  sont  prêts  à  former  un  recueil 
à'Esmis  en  prose.  Ils  se  distinguent  par  la  simplicité  du 
plan,  la  description  fidèle  de  caractères  moralement  bons, 
surtout  féminins  et  par  une  connaissance  profonde  du  cœur 
humain.  Leur  sujet  est  souvent  emprunté  &  des  scènes  réelles 
de  la  vie  de  l'auteur,  si  féconde  en  expériences  intimes  ;  et 
c'est  surtout  dans  ces  histoires  raconlées  sans  apprêt  que  se 
reflète,  de  la  manière  la  plus  pure  et  la  plus  touchante,  sa 
candide  dme  d'enfant.  » 


P.  ^.  Adolphe  et  /toselle.  C'est  la  correspondance  de  deux 
amoureux;  Adolphe  Uswald  et  Rose  Reinhard.  Le  père  de 
celle-ci  (la  scène  se  passe  dans  l'Allemagne  centrale)  s'oppose 
brutalement  à  leur  union,  et  pour  se  débarrasser  sans  retour 
de  l'importun  prétendant,  qui  dirige  avec  zèle  et  succès  l'école 
d'un  village  voisin,  il  te  fait  enlever  pardes  racoleurs  prussiens. 
Mais  Adolphe  se  distingue  parmi  les  hussards  où  l'on  l'incor- 
pore, devient  orncier,e3l  chargé  de  missions  délicates,  réussit, 
au  cours  de  l'une  d'elles,  à  sauver  la  vie  de  Reinhard  et  arrive 
ainsi  au  terme  de  ses  vœux. 

F.  as.  La  cfi^vre  perdue.  Le  chevalier  souabe  .Arnulphe 
a  eu  le  malheur  de  tuer  son  adversaire  au  tournoi  de  Worms. 
Banni  pcr  l'empereur,  il  quitte  sa  femme  llerthe  et  sa  fille 
Emma,  qui  a  six  ans,  erre  à  travers  l'Europe,  se  signale  en 


(1)  Il  en  est  c|u'il  ne  termina  que  l'année  de  sa  morl,  par  ex. 
Jtarianne  (\l,li),  qui  en  même  temps  se  distingue  de  tous  les 
autres  en  ce  qu'il  est  complètement  emprunté  à  la  réalité. 


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356  BircK  d'alsacb 

Portugal  dans  la  luUe  contre  les  infidèles,  est  comblé  de  biens 
par  Emmanuel  le  Grand  et  retourne  chercher,  au  bout  de  dix 
ans,  sa  femme  et  sa  fille  qu'il  retrouve  après  de  longues  recher- 
ches, dans  une  retraite  solitaire  des  Alpes  et  qu'il  emmène  en 
Portugal. 

P.  i  iS.Le  rêve  de  Mirzah.  Un  derviche  de  l'Arabie  heureuse 
est  guéri  par  un  rêve  des  doutes  qui  Tout  longtemps  tour- 
menté, 

P.  123,  La  dame  blanche.  Ida,  l'unique  enfant  du  chevalier 
Wolfgang  de  Wolfsberg,  dans  la  Forét-Noire,  est  recherchée 
en  mariage  parCunon  de  Lœwenstein  et  Adalbert  de  Schœn- 
born,  voisins  de  son  père.  Pressée  de  faire  son  choix,  elle 
répond  qu'elle  épousera  celui  qui  passera  trois  nuits  dans  le 
vieux  donjon  que  l'on  dit  hanté.  Les  deux  prétendants  se 
soumettent  U  l'épreuve.  Mais  Cunon  cherche  k  l'emporter  sur 
son  rival  par  ruse,  en  promettant  cinquante  couronnes  k  une 
jeune  fille  pour  qu'elle  joue  le  rôle  de  la  dame  blanche,  dont 
l'apparition  doit  faire  fuir  Adalbert.  Celui-ci  est  préféré  par 
Ida,  qui  déjoue  et  dévoile  le  stratagème  de  Cunon  et  décide 
ainsi  son  père  k  consentir  à  son  union  avec  Adalbert. 

P.  139.  Don  Melchior  de  Suse.  Histoire  d'un  gentilhoinm:; 
de  Léon,  sorte  de  Don  Quicholte,  qui  refuse  la  main  de  son 
unique  héritièi'e,  Chimène,  h  Don  Diègue  de  Castro,  officier  de 
la  garde  royale,  parce  que  la  famille  de  Castro  est  d'origine 
mauresque.  Il  finit  par  céder  K  la  générosité  de  Don  Dièguo 
qui  a  eu  le  bonheur  et  l'adresse  de  le  délivrer  de  ses  créan- 
ciers. 

P,  169.  Biographie  d'un  barbet  (1).  C'est  plutôt  autobio- 
graphie qu'il  faudrait  dire,  pour  être  tout  à  fait  exact.  En 
clïet,  arrive  aux  Champs-Elysées  des  chiens,  dans  une  île 
d'un  des  lacs  de  la  lune,  ce  barbet  doit,  selon  l'usage  élublî 
parmi  les  ombres  qui  l'accueillent  sous  la  présidence  d'Argus, 
chien  d'Ulysse  leur  raconter  les  péripéties  de  sou  existenci! 
terrestre.  L'énumération  des  différents  mattres  auxqaels  il 


«)  Reproduite  par  Re;lam  i 
Werke. 


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TElfoPHrLK  CONRAD   PFBPHtL  3S9 

s'attacha  successivement  jusqu'à  ce  qu'il  retrouva  son  premier 
propriétaire,  le  grenadier  prussien  Lafleur.  dont  il  partage  le 
trépas,  lui  fait  faire  une  naïve  description  (qui  est  en  réalité 
ane  Apre  satire)  des  classes  de  la  société  avec  lesquelles 
il  entre  en  contact. 

LIVRE  il. 

P.  1.  Marianne,  encore  une  histoire  de  couvent.  L'auteur 
alTirme,  dans  un  avant-propos,  que  cette  histoire  est  véritable- 
ment arrivée  jusque  dans  ses  moindres  détails.  La  découverte 
de  plusieurs  lettre»  inédites  est  venue  confirmer  l'entière 
exactitude  de  son  assertion  et  nousa  permis  de  restituer  leurs 
vraiB  noms  aux  dilTérents  personnages  de  cet  émouvant  récit, 
dont  il  A  d'ailleurs  été  déjà  question  dans  cette  Revue  même 
(1896,  p.  103  Cp.  Annales  de  VEst  1895,  p.  540).  Nous  épar- 
gnons au  lecteur,  en  conséquence,  la  répétition  de  ce  qui  y  a 
été  dit  alors. 

P.  72.  Usbeck,  récit  oriental.  Ce  délicieux  conte  moral 
nous  retrace  l'expérience  faite  par  un  jeune  Arabe  qui  deman- 
de à  Allah  de  le  guérir  de  son  irascibilité.  Sa  prière  exaucée, 
il  s'aperçoit  que  toute  sensibilité,  toute  compassion  est  tarie 
en  même  temps  dans  son  cœur  et  supplie  l'ange  Ariel,  son  bon 
génie  de  lui  rendre  son  impressionnabihté.  Il  voit  ce  vœu 
également  réalisé  etcomprend  alors  qu'iV  n'ett  point  de  vic- 
toire réelle  tant  combat. 

P.  77.  Le  chêne  creux.  Ce  modèle  du  genre  romantique 
raconte  comment  Berthold  de  Wildeck  se  vit  capturer  par  des 
brigands  et  sauver  miraculeusement  par  son  fils  Engelbert. 
Sa  femme  Adeline  nous  offre  un  de  ces  gracieux  portraits 
d'épouse  et  de  mère  que  Pfeffel  savait  si  bien  tracer  et  que 
nous  retrouverons  souvent  sous  sa  plume. 

P.  9i.  Joël  et  Héman.  P.  98.  Pkanuel.  Idylles  bibliques 
cou  temporal  nés  l'une  du  juge  Ehud,  l'autre  de  Salomon.  Dans 
les  deux,  la  vertu  est  reconnue  et  récompensée  par  une  inter- 
vention divine. 

p.  103.  JVathilde,  nouvelle  écottaise.  Matbilde  Douglas, 


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360  BiTOB  d'alsagi 

orpheline  d'un  compagnon  d'armes  de  Robert  Bruce,  est  (*levé° 
par  ea  tante,  lady  Dunbar,  qu'elle  perd  également  ti  seize  ans. 
Son  oncle,  homme  débauche  et  avare,  épris  de  sa  beauti' 
autant  que  de  ses  richesses,  veut  lu  forcer  ii  l'épouser.  Elle 
s'enfuit  avec  une  suivante  et  réussit  h  se  cacher,  sous  l'habit 
et  l'existence  de  bergère,  dans  une  retraite  champêtre,  où  un 
ermite,  ami  d'enTance  de  son  père  et  jadis,  lui  aussi,  un  des 
plus  vaillants  guerriers  de  Bruce,  reconnaît  sur  ses  traits  ceux 
de  sa  mkve  et  va  solliciter  pour  elle  l'appui  du  roi.  Celui-ci  la 
prend  sous  sa  protection  et  lui  fait  épouser  le  comte  d'.Vrgyl 
iju'elle  avait  rencontré  et  aimé,  pendant  qu'allé  gardait  les 
troupeaux. 

luette  fiction  exquise,  riche  en  scènes  émouvantes  ou  gra- 
cieuses et  en  sentiments  élevés  fait  le  plus  grand  honneur  à 
l'imagination  autant  qu'au  cœur  du  poète. 


1*.  1.  Louise,  tableau  de  famille  (historique)  {\),  et  I'. 
126.  Fragments  de  la  vie  de  Gilbert.  Ces  deux  récits  se  com- 
pliHent  el  nous  présententles  m^mes  personnages  principaux. 
Hi  nous  saisissons  hicn  une  allusion  contenue  dans  une  lettre 
de  PfefTel  k  Aug,  Péner(lfifrim.  VI,  bibliothèque  de  Colman. 
l'original  de  Louise  serait  Henriette  de  Berckheim,  autrement 
dit  Mme  Aug.  l'érier;  ce  fait  expliquerait  le  choix  du  Dauphin'^ 
comme  théillre  de  l'histoire,  dont  certains  épisodes  soni 
iniriinlestahlemenl  trop  vivants  pour  ne  pas  ètie  empruntas  !i 
lu  i-éalité. 

Louise  est  la  IHle  (l'on  haron  veuf,  qui  s'est  retiré  avec  le 
grade  de  colonel  dans  son  chilteau  de  St  Julien,  pour  se  con- 
sacrer à  l'éducation  de  ses  deux  enfants  (le  fils  s'appelle 
Théodore),  dont  il  confie  la  direclion  ii  l'abbé  Gilbert,  qui  fut 
sou  compagnon  d'armes  Ji  la  guerre  de  sept  ans.  Théodorj 
se  pi-épare  ainsi  a  l'Kcole  Militaire,  partageant  études' et  jeux 
avec  sa  sœur.  Il  est  ofïîrier,  lorsque  survient  la  Révolulion, 
dont  la  tourmente  détruit  le  bonheur  de  celte  paisible  famille, 
mais  dont  les  tragiques  péripéties  jettent  sur  tout  le  récit  une 

(I)  V.  celte  Revue,  1893,  p.  2i8.  iouwe  parut  dans  Flora  ea  1796, 


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THÉOPHILE  CONRAD  PFEITEL  361 

intensité  de  vie  qui  a  Hù  le  rendre  bien  CHpIivnnt  pour  Ic-s 
contemporain»,  puisqu'il  nous  inspire  encore  aujourd'hui  un 
^rand  inti'-rât.  Théodore,  après  s'être  dtstinjfué  ii  Jemmapcs, 
fuit  &  l'ennemi  devant  une  mutinerie  de  ses  soklals.  Ses 
odyssées  en  Suisse,  où  il  cherche  à  entrer  en  rapports  avei; 
son  père  qu'il  ne  réussit  qu'à  compromettre  et  à  faire  arrêter, 
et  oii  il  rencontre  Gilbert  qui  lui  apprend  cette  triste  nouvelle, 
rappellent  certainement  ce  que  Uérando  et  Camille  Jordan 
ont  dit  raconter  h  Pfeiïcl  de  leur  fuite  et  de  leurs  aventures 
dans  ce  pays.  Le  baron  va  larij^uir  dans  une  prison  de 
Paris,  od  il  tombe  malade  et  où  Louise  s'apprête  k  le  rejoin- 
dre, lorsqu'arrive  la  nouvelle  de  sa  mort  et  l'ordre  de  confis- 
quer ses  biens. 

Le  récit  est  trop  long  puiir  pouvoir  litre  détaillé  ici  ;  il  nous 
suffit  d'en  avoir  donné  une  idée  et  de  faire  nailre  le  désir  de 
le  connaître  tout  entier.  Même  une  analyse  plus  iléveloppée 
n'en  remplacerait  pas  la  lecture  et  en  afTaiblirait  trop  les 
réelles  beautés.  Le  mariage  de  Louise,  le' retour  de  son  frère, 
la  vie  Et  le  bonheur  qui  renaissent  sur  les  ruines  accumulées, 
tout  cela  forme  un  tableau  ravissant,  où  l'imagination  allie 
dans  un  heureux  mélange  les  vives  couleurs  romantiques  aux 
teintes  austères  de  l'histoire  réelle. 

Les  Fragments  qui  suivent  nous  apprennent  le  séjour  di- 
Gilbert  k  Casse!  pendant  la  guerre  de  Sept  ans  ;  il  y  épouse 
In  fille  d'un  riche  négociant,  morte  après  quelques  semaines 
■A  peine  de  mariage  et  dont,  pendant  la  Révolution,  il  retrouve 
la  sœur,  épouse  du  pasteur  d'une  des  communautés  hugue- 
notes d'Allemagne. 

P.  168.  Charibert  et  Adelgunde,  légende  d'aulrefoù, 
rattachée  k  l'histoire  du  couvent  d'.AIspach  fondé  à  deux  Kil. 
de  Kaysersberg,  ii  la  lin  du  dixième  siècle,  par  le  comte 
d'Eguisheim  pour  des  llénédiclins  et  vendu  aux  C.larisses  de 
Kientzheim  en  1282. 

Le  sujet  est  celui  de  la  ballade  de  Schiller  Le  rhevalier  de 
Toggenburg. 

I'.  181.  l'our  servir  à  l' histoire  dex  xoiiffrnnre»  lie  l'hu- 
manité. Exlrail  d'un  inédit  fronçais.  Les  lecteurs  ih  CPtte 
Kcvue  connaissent  Uéjii,  par  l;i  correspondance  d'Aug.  Périer 


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362  RBVUB  n'ALSAOt 

(1895  p.  227)  l'émouvante  origino  de  <!et  authentique  souve- 
nir révolutionnaire,  dont  l'h^roTne  eft  présentée  comme 
l'Huteur  df.  la  petite  allégorie  interualée  dans  le  récit  (P.  901- 
304)  aous  le  titre  de  Leg  petUet  tourceê. 

(A  tuivre).  Tu.  Scwsll. 


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HISTOIRE 

DB  LA 

VILLE  &  DU  BAILLIAGE  DE  SOULTZ 

Suile  (1) 


Au  commencement  de  ce  siècle  {1808j,  le  gouvernement  01 
une  enquête  sur  l'uBure  ;  elle  mit  il  jour  les  agissements  de 
plusieurs  juifs  de  Soultz.  L'un  deux  avait  eu  la  spécialité  d'ac- 
caparer toute  la  vaisselle  d'étain,  le  luxe  de  table  des  bour- 
geois d'alors.  La  pénurie  d'argent  les  ror;ait  à  le  lui  donner 
en  gage  pour  la  moitié  de  sa  valeur  et  comme  souvent  on  ne 
pouvait  la  dégager  au  terme  Tixc',  la  vaisselle  demeurait  la 
propriété  du  juif.  C'est  ainsi  que  la  vaisselle  d'étain  de  notre 
bisaTcul  a  passé  entre  les  mains  du  juif  Bloch. 

Comment  s'étonner  alors  que,  détenant  des  hypothèques 
sur  presque  tous  les  biens  du  cultivateur,  d'où  il  s'arroge  le 
droit  de  se  mêler  jusque  dans  les  alTaires  intimes  de  la  famille, 
le  mariage  des  OUes,  l'instruction  industrielle  des  garçons, 
comment  s'étonner  que  lejuif  n'inspire  à  ses  débiteurs  qu'une 
hainecontenueentempsordinaire.maisquise  manifeste  à  cer- 
tains moments  par  de  violents  éclats  I 

C'est  ainsi  qu'en  1848  encore,  à  la  nouvelle  des  événements 
de  Paris,  une  grande  eiïervescence  se  produisit  contre  les 
Juifs,  parmi  les  paysans  de  Sundgau,  et,  sans  l'intervention 
de  la  force  armée,  le  pillage  de  Durmenach  se  serait  étendu 
Ji  tout  le  pays. 


(1)  Vay.  RemieimS,  p.p  m^SOi;  1894,  p.p.  ei-210-334;  1895, 
p.p.  57-Î31-437;  1896  p.p.  208-248  ;i8»7,  p.p.  Î97-30»;  1898,  p. 
360. 


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3^4  REVUK  d'illsace 

Le  juif  peut  prélexter  pour  son  excuse  le  pégime  exceplion- 
nel,  absurde  et  oppressif  auquel  le  muyen  Age  l'a  si  loDglerapa 
soumis;  mais  voici  un  siècle  qu'il  est  rentrt^  dans  le  droit 
uominun,  qu'il  est  régal  des  autres  citoyens  devant  la  loi  et 
l'Etat,  que  toutes  les  professions  lui  sont  ouvertes  ;  il  n'a  plus 
de  raison  pour  former  une  race  ù  part,  ennemie  de  celles  au 
milieu  desquelles  il  vit. 

Quand  les  juifs  revinrent  à  Soultz,  après  la  guerre  de 
Trente-Ans,  ils  établirent  leur  temple  dans  une  maison  située 
au  fond  d'une  impasse,  entre  la  rue  des  Juifs  et  celle  des 
Vignerons.  .Après  la  Révolution  la  communauté  Israélite,  qui 
ne  comprenait  en  1788  que  dix  familles,  s'augmenta  rapide- 
ment. IjC  temple  devint  insuffisant.  Ils  acquérirent  la  maison 
située  au  fond  de  la  rue  des  Bouchers,  sur  le  passage  dit 
Hœlle,  ancien  béguinage  qui  faisait  partie  des  biens  de  la  ci- 
devant  confrérie  de  Sl-Sébastien.  Aujourd'hui  ce  bâtiment 
sert  d'école  Israélite,  de  logement  aux  préposés  du  culte  et  de 
liaioB  pour  les  femmes.  Une  vaste  synagogue  a  été  construite 
en  1837,  ii  coté  de  cette  maison  et  a  été  inaugurée  en  juillet 
1838.  La  communauté  Israélite  de  Soullz  comptait  en  1880, 
trois  cent  cinquante  membres. 


Fortifications  «t  mors  d'onceiote  de  la  Tille 

La  construction  d'un  mur  de  fortification  autour  de  Soullz 
fut  le  point  de  départ  de  la  transformation  de  cette  localité 
en  ville.  Nous  avons  vu  que  cet  événement  eut  lieu  vers  1270. 
On  peut  encore  parfaitement  reconnaître  le  tracé  de  cette 
première  enceinte  ;  en  effet  la  ville  ne  s'est  guère  agrandie 
depuis.  Alors  déjà,  l'enceinte  englobait  le  château,  l'église 
paroissiale  et  la  chapelle  des  Cisterciens,  or  ces  trois  monu- 
ments lui  sont  encore  aujourd'hui  contigus. 

L'emplacement  de  la  ville  de  Souitz  présente  à  peu  près  la 
forme  d'une  demi  lune.  Elle  est  assise  sur  la  rive  droite  de  la 
rivière  de  Himbach,  qui  prend  'a  Soullz  le  nom  d'AIlbach  et 
sépare  la  ville  de  la  colline  du  Kleinberg  et  du  faubourg. 

11  est  probable  que  l'enceinte  fut  double  d&s  l'origine,  ainsi 
qu'on  en  peut  conclure  par  un  acte  du  7  octobre  1317,   par 


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La   ^LB  et  te  BAII.LtAQR  DB  SOULTZ  36S 

lequel  les  moines  cisterciens  donnent  en  emphythéose  à 
Dornberf  de  Souitz,  procureur  de  la  cour  de  BAle,  unam 
domum  titam  inter  mœnia  oppidi  in  Sults,  prope  portam 
f/ui  itur  versus  Geioilr.  (1) 

Les  deux  murailles  couraient  h  peu  près  pamllèlemenl  l'une 
k  l'autre;  chacune  avait  un  fossé  extérieur  et  était  revêtue 
inti^rieurement  d'un  rempart  en  terre,  avec  talua  en  pente 
vers  la  ville.  Les  murailles  avaient  environ  dis  mètres  de 
hauteur  sur  deux  à  (rois  pieds  d'épaisseur  et  le  rempart  cinq 
mètres  de  haut.  Les  murs  étaient  perces  de  deux  rangées  de 
meurtrières,  l'une  au  ras  du  rempart,  l'autre  plus  élevi'e  que 
hauteur  d'homme  et  l'on  y  parvenait,  sans  doute,  parune  ga- 
lerie en  bois  dont  le  plancher  était  nu  ni  venu  des  meurtrières. 
Les  o-én eaux  qui  couronnaient  la  muraille  étaient  alors  ï  hau- 
teur d'homme.  Les  fossés  avaient  dit  à  quinze  mètres  de 
largeur  et  environ  quatre  de  profondeur. 

Du  coté  de  la  montagne,  le  rempart  extérieur  suivait  le  cours 
d'Allbach  qui  lui  servait  do  fossé,  .i  partir  d'une  tour  ronde 
placée  au  sommet  d'un  angle  près  le  pont  dit  Langebruck  (i) . 
Cette  partie  est  flanquée  par  une  seconde  tour  ronde,  accolée 
aujourd'hui  h  la  maison  Beizung,  puis  par  une  petite  tourelle 
hexagonale  placée  près  du  Grabenwahl.  Non  loin  de  ce  point 
le  rempart  va  rejoindre  celui  du  château,  auquel  il  s'unit 
sans  transition.  En  ce  point  de  la  muraille  on  remarque  des 
meurtrières  disposées  pour  le  tir  oblique  aflo  de  défendre 
l'accès  de  la  poterne  du  château,  dont  on  remarque  l'arcade 
ogivale  murée  depuis  le  XV1«  Siècle.  Près  du  point  oA  la 
muraille  de  la  ville  quitte  de  nouveau  celle  du  château,  on 
voit  la  bouche  de  l'égout  qui  servait  de  déversoir  au  fossé 
intérieur  du  château.  Le  rempart  rencontre  peu  après,  tou- 
jours en  suivant  la  rivière,  la  route  de  Guebwiller.  Là  il  y 
avait  une  porte  dite  SpUalthor,  à  cause  de  la  proximité  de 
l'hApital.  Les  traces  du  rempart  se  perdent  ici,  mais  il  est 


(1)  Trouillat.  Mon.  hist.  de  l'év.  de  UAIt^,  111  p.  703. 

(2)  Ce  pont  est  établi  sur  le  canal  et  la  rivière  avant  leur  entrée 
dans  Souitz.  sur  le  chemin  qui  va  de  l'Oberlbor  vers  le  vignoble  du 
Klein  berg. 


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366  BSVns  n'ALSACK 

probable  qu'il  longeait  encore  la  rivière  jusqu'à  l'ancien 
abattoir,  puisqu'il  allait  rejoindre  obliquement  la  muraille 
encore  visible  derrière  l'ancien  presbytère.  On  peut  suivre 
cette  dernière  avec  son  fossé  jusqu'à  sa  rencontre  avec  la 
route  de  Bollviller.-Là  se  trouvait  une  porte  appelée  Feld- 
thor  déjà  dans  un  titre  du  22  février  1287  (apud  portarn 
Sulse  que  dicilor  VeUetor  (i). 

A  partir  de  cette  porte  le  rempart  extérieur  est  encore  occu- 
pé par  la  promenade  dite  Feidgraben  (2),  Elle  présente  deux 
angles  saillants  obtus,  l'un  à  la  hauteur  de  la  maison  Wein- 
zsepfel,  l'autre  à  l'ancienne  maison  de  tir.  Après  sa  rencontre 
avec  la  route  de  Wuenheim,  où  se  trouvait  la  porte  haute 
(Obet'thor'i,  la  muraille  va  rejoindre  en  ligne  droite  la  tour  du 
pont  dit  Langebruck.  Les  fossés  qui  défendent  tout  ce  parc 
de  muraille  pouvaient  être  inondés  par  un  canal  dérivé 
de  la  rivière  près  du  Zipfelmuhl  et  qui  va  de  nouveau  rejoin- 
dre l'AIlbach  derrière  l'église. 

L'enceinte  intérieure  était  distante  en  moyenne  de  vingt- 
deux  mètres  de  la  première,  A  partir  de  la  porte  haute  elle 
contourne  la  propriété  de  M.  de  Waldner,  laissant  entre  elle 
et  l'enceinte  extérieure,  lecanalet  le  chemin  dit  Bachgraben. 
On  le  suit  parfaitement  jusqu'à  la  maison  Lach  .Arrivée  derrière 
lasynagogue.elle  passe  sous  fa  maison  d'école  Israélite  où  l'on 
remarque  un  chemincouverlappe1éif<p/^e.  Cette  construction 
semble  avoir  été  primitivement  une  sorte  de  castel  oapropti- 
gnaculum.  On  y  voit  de  longues  meurtrières  et  plus  bas  les 
corbeaux  qui  soutenaient  la  galerie  supérieure  en  bois.  De  la 
maison  Lach,  la  muraille  passe  derrière  la  source  minérale 
près  de  laquelle  une  poterne,  dont  on  voit  encore  l'encadre- 
ment dans  la  muraille,  donnant  accèj au  rempart  extérieur  et 
à  la  tourelle  hexagonale. 

Puis  le  mur  contournait  le  château,  qu'il  séparait  de  lu  ville 
en  laissant  une  grande  porte  de  communication.  On  remar- 
que encore  le  rempart  intérieur  derrière  la  maison  Kageneck 
(fabrique  Kusmanl),  puis  il  se  perd  et  on  ne  le  retrouve  que 


(t)  Ti'ouillat,  loR.  cit.  II  p.  Ui. 

{i)  Cette  promenade  est  ombragée  de  lilleula  qui  ont  été  plantés 


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La  villb  bt  ls  BAiLUiàs  db  sooltz  36? 

derrière  la  maison  KrafTt,  k  parlir  de  laquelle  il  se  voit  de 
nouveau  sans  interruption  parallèlement  au  rempart  extérieur 
juBqu'ti  la  Feldthor,  puis  le  long  du  Feldgraben  jusqu'à 
rOberthor.  Cette  partie  est  de  nouveau  mieux  fortifiée. 
Remarquons  d'abord,  en  arrière  de  l'enceinte,  dans  la  rue  du 
Temple,  une  maison  appelée  Heidentempel,  mais  qui,  par  sa 
forme  carrée,  par  ses  angles  appareillés  en  bossage,  par  l'é- 
paisseur de  ses  murs  qui  atteint  trois  pieds,  ne  peut  qu'avoir 
appartenu  h  un  édifice  militaire.  Ce  devait  encore  être  un 
propuguaculum  destiné  îi  défendre  la  Feldthor.  Le  mur  d'en- 
ceinte intérieur  est  lui-même  flanqué  par  deux  tours,  la  pre- 
mière, appeléetourverte,  a  été  raséedanssa  partie  supérieure 
en  180S  et  complètement  détruite  vers  1866  ;  l'autre,  qui  est 
hexagonale,  est  appelée  tour  des  Sorcières,  elle  se  trouve  à  la 
hauteur  de  l'ancien  tir  ;  entre  les  deux  près  de  ta  maison 
Weinzœpfel  on  voit  les  restes  d'une  poivrière.  Le  fossé  qui 
défend  cette  partie  de  l'enceinte  fut  donné,  par  un  acte  du  31 
mai  1303,  en  emphylhéose,  aux  moines  cisterciens,  dont  il 
longeait  la  chapelle  et  ses  dépendances.  Ceci  d'autant  plus 
facilement  que  les  moines  l'avait  augmenté  et  amélioré  h  leurs 
frais  et  qu'ils  promettaient  de  le  revêtir  d'un  mur  à  l'inté- 
rieur (1). 

Dans  cet  acte  la  tour  des  sorcières  est  ainsi  désignée  :  pro- 
pugnacutum  quod  vocalur  Jt/eggentornes  Wichus  (2).  Cette 
tour  était  déjh  en  ruines  au  siècle  dernier  ;  elle  fut  rasée 
jusqu'à  la  hauteur  des  remparts  en  18(fê  puis  aliénée  à  un 
particulier. 

Tous  ces  prés  étaient  inondés  par  un  canal  dérivé  de  l'Alt- 
bach  au  pont  dit  Laugebenck.  Us  sont  aujourd'hui  aliénés  à 
des  particuliers  ou  donnés  en  jouissance  h  l'hApital.  Au  siècle 
dernier  ils  étaient  déjk  alTermés. 

La  commanderie  de  l'ordre  de  St  Jean,  situé  à  la  porte  de 
Guebviller,  était  elle-même  fortifiée  et  n'avait  pas  élé  com- 
prise dans  l'enceinte  primitive  de  la  ville.  Comme  la  présence 


(1)  Trouillat,  loc.  cit. 

(2)  Wicbua  ou  Wig-hus,   an,  caatnim,   castellum,    suirant  le 
glossaire  de  Wachter,  désignait  une  vigie  ou  tour  d'observation. 


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3n8  RBVCB  D  ALSACB 

de  cette  fortification  îi  la  porte  de  Souitz,  pouvait  constituer 
un  danger  pour  cette  dernière  et  que,  d'un  autre  coté,  pliisifurs 
habitations  avaient  étr^  construites  en  face  de  la  comniandcrie, 
il  fut  jug<^  nécessaire  d'englober  aussi  ce  faubourg  dans  une 
enceinte  et  de  la  rattacher  au  corps  de  la  place.  Celte  cons- 
truction eut  lieu  vers  1328,  car  il  existe  daos  le  cartulairc  de 
la  commanderie  un  acte  du  samedi  après  St-Matbiou  de  la 
dite  année,  qui  contient  un  accord  entre  l'évoque  de  Stras- 
bourg et  le  magistrat  de  Soullz  d'une  part,  et  les  chevaliers 
de  l'ordre  de  Sl-Jean  d'autre  part,  au  sujet  de  cette  fortilica- 
tion.  II  y  est  dit  que  la  ville  ayant  résolu  pour  plus  de  sâreté 
de  comprendre  dans  son  enceinte  le  faubourg  et  la  comman- 
derie, les  chevaliers  devix)nl,en  conséquence,  laisser  entrer 
dans  leur  maison  quiconque  y  sera  envoy<''  par  la  ville  pour  y 
loger,  s'y  défendre  et  y  veiller,  si  elle  en  voit  la  nécessité.  Il 
sera  permis  aux  chevaliers  d'avoir  une  porte  avec  un  pont 
BÙr  le  fossé  pour  aller  dans  leurverger,  a  condition  qu'ils  en 
livrent  les  clefs  au  conseil  de  la  dite  ville,  si  elle  en  voit  le 
besoin.  Il  sera  également  permis  k  la  ville  d'établir  sur  Ifs 
toits  de  la  commanderie,  en  cas  de  besoin,  des  poivrières  et 
autres  constructions  défensives. 

L'enceinte  du  faubourg  ne  se  composa  que  d'un  mur  défen- 
du par  un  fossé  ;  elle  partit  du  point  où  la  première  enceinte 
de  la  ville  joint  celte  du  chAleau,  pri^s  de  la  bouche  d'égoùt 
des  fossés.  Elle  longea  la  commandière  en  ligne  droite,  enire 
celle-ci  et  le  verger  qui  en  dépendait  et  qui  communlquaienl , 
parla  porte  dont  il  a  été  question,  placée  entre  deux  grandes 
tours  carrées.  De  \&,  l'enceinte  faisait  un  angle  droit  pour 
contourner  la  commanderie  et  arrivait  il  la  route  de  Gucb- 
viller  où  il  y  avait  une  porte  de  ville.  Elle  lonlînuaitensuite, 
toujours  en  ligne  droite,  Jusqu'il  une  tour  ronde  qui  se  voit 
encore  dans  la  propriété  d'Aiithès  (l|.  On  voit  )i  la  base  de 
cette  tour  des  embrasures  pratiquées  ultérieurement  pour  le 
tir  de  l'artillerie.  Au-dessus  il  y  n  une  rangée  de  meurtrières 
pour  le  tir  à  l'arquebuse,  le  couronnement  crénelé  est  un 
pastiche  moderne.  La  muraille  allait  de  \h  rejoindre  l'enceinte 


(I)  Toiile  retio  partie  de  la  muraille  est  auJiinrJ'hiii  déuiulie 


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LA   VILLB  R   LK  BAILLIA.ÛB  BB   SOrLTE  369 

de  la  ville  derrière  l'église.  A  quatre-vingt-dix  mètres  environ 
de  la  première  existait  une  seconde  tour  ronde,  démolie  en 
1868  pour  permettre  l'accès  de  la  gare.  Elle  était  placée  entre 
les  deux  arceaux  par  lesquels  le  canal  et  la  rivière  sortaient 
Je  la  ville.  Exactement  entre  les  deux  ponts  on  voit  les  mon- 
tants d'une  large  porte,  c'était  la  Matlenlhor,  condamnée  en 
1525,  seloQ  H.  KdoII,  pour  avoir  Tacilité  l'entrée  de  la  ville 
aux  paysans  révoltés. 

Une  note,  insérée  dans  le  livre  des  extaoces  de  la  ville  de 
Souitz,  mentionne  que  la  porte  de  Guebviller  fut  reconstruite 
en  1S96  et  comme  il  y  avait  peu  de  fonds  de  réserve,  on  y 
employa  une  somme  de  70  livres  provenant  d'une  rente  due 
k  la  ville  et  que  l'on  venait  de  racheter. 

Comme  il  y  avait  deux  enceintes,  chaque  porte  de  la  ville 
était  double  sauf  celle  de  Guebviller  percée  dans  l'enceinte  du 
faubourg  ;  en  avant  du  pont  qui  relie  celui-ci  k  la  ville,  il  y 
avait  une  fausse  porte  sans  gardes.  Les  portes  extérieures 
étaient  de  simples  arcades  surmontées  d'un  mâchicoulis. 
Elles  étaient  munies  d'une  herse  etd'un  pont-levis.  Les  portes 
del'enceiote  intérieure.étaient  dominées  par  une  tour  carrée 
bfltie  sur  deux  arceaux.  L'arceau  intérieur  se  fermait  par  une 
porte  k  deux  battants  en  bois,  l'extérieur  par  une  hersc  précé- 
dée d'un  pont-levis.  De  petits  b&timents  servant  de  corps  de 
garde  et  de  logement  pour  le  portier,  étaient  accolés  à  la  tour. 

Ces  portes  entravaient  beaucoup  la  circulation,  elles  furent 
démolies  en  1805.  En  1822,  pour  faciliter  la  surveillance  et 
maintenir  l'ordre  public,  on  construisit  des  grilles  ou  barrières 
avec  un  bfltiment  de  garde  pour  le  portier,  aux  portes  de 
Bollviller  et  de  Guebvilleri  cette  dernière  fut  déjà  enlevée 
vers  1868,  l'autre  l'a  été  en  1881 . 

Il  est  il  remarquer  que  dans  la  construction  de  ces  fortifi- 
cations on  s'est  attaché  surtout  à  la  défense  de  la  ville  du 
côté  de  la  montagne.  C'était  le  cdté  le  plus  exposé  dans  la 
tactique  imposée  par  les  armes  de  cette  époque.  Non  seule- 
ment l'enceinte  extérieure  est  flanquée  de  tours  qui  battaient 
le  fossé,  mais  le  rempart  intérieur  est  muni  d'une  casemate 
avec propugnaculum,  et  le  ch&teau  formant  citadelle  renfor- 
çait encore  cette  partie.  Les  fortifications  imposantes  de  la 
commanderie  donnaient  aussi  un  puissant  appui  sur  l'un  des 


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370  uvui  d'alsack 

flancs,  tandis  que  de  l'autre  cAté  les  moulins,  établis  hors  de 
la  ville  le  long  de  la  rivière  et  qui  eux  aussi  étaient  fortifîési 
formaient  autant  de  redoutes  qui  arrêtaient  l'ennemi.  Du 
côté  du  sud,  l'enceinte  intérieure  seule  est  f1anqué£  de  tours 
et  il  semble  que  le  rempart  extérieur  ait  été  élevé  postérieu- 
rement. 

Du  cdté  de  la  plaine,  l'enceinte  ne  présente  d'autre  point 
d'appui  que  l'église  du  haut,  de  laquelle  on  faisait  le  guet  et 
d'oij  l'on  pouvait  lancer  des  projectiles  sur  l'ennemi.  Il  y  avait 
encore  de  ce  coté  les  deux  petites  tours  du  faubourg,  mais 
elles  servaient  plutôt  à  la  défense  de  la  Mattenthor.  11  est 
vrai  que  les  prés  et  les  ramillcations  de  la  rivière  forment  de 
ce  coté  un  marécage  propre  b  gêner  considérablemeni  les 
mouvements  de  l'ennemi. 

HUice  bourgeoise 

Nous  avons  déjà  dit  que  la  défense  de  la  ville  était  conlit'e 
aux  bourgeois  eux-mêmes,  organisés  en  milices  soua  le  com- 
mandement du  prévôt.  Leur  chef  supérieur  était  le  bailli  qui 
avait  sous  ses  ordres  toutes  les  milices  du  bailliage  qui 
devaient  concourir  éventuellement  à  la  défense  du  ch&teau. 

Tout  bourgeois  deSouItz  et  de  Wuenheim  devait  se  procurer 
un  harnachement  de  guerre  k  ses  frais  et  le  tenir  en  bon  étal, 
ne  le  prêter  k  personne,  ni  le  vendre  ou  mettre  en  gage  sous 
peine  de  5  livres  baiotses  d'amende  payables  par  chacun, 
vendeur  et  acheteur  (1). 

En  outre  des  gardes  de  nuit,  du  guetteur  de  la  tour  de 
l'église,  et  des  portiers  aux  portes  de  la  ville,  ces  dernières 
étaient  gardées  pendant  le  jour  par  les  bourgeois,  h  tour  de 
rôle.  Ceux  qui  avaient  été  désignés  pour  la  garde  devaient  se 
rendre  à  leur  poste  dès  que  la  cloche  de  la  pone  avait  tinté 
le  matin  et  y  rester  jusqu'à  ce  que  cette  porte  fut  de  nouveau 
fermée  sous  peine  d'une  amende  d'une  livre  denier  (2). 

Sous  la  domination  française  la  ville  de  Soultt  fut  mainte- 


(1)  Livre  des  s«rment3. 
(3)  Ibidem. 


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SOtLTZ  371 

nue  comme  place  forte  de  l'Etat  et  la  garde  en  fut  donnée  à 
un  ancien  officier,  appelé  lieutenant  du  roi. Cet  oITicier devait 
veiller  à  ce  que  nul  dommage  ne  fut  apporté  aux  fortiflcalions. 
Quand  aux  milices  bourgeoises  elles  furent  maintenues  pour 
la  garde  de  la  ville  en  temps  de  paix;  elles  furent  même 
réorganisées  par  le  maréchal  de  Contades,  commandant  de  la 
province.  Une  ordonnance  fut  rendue  en  conséquence  le  4 
novembre  1762.  Elle  prescrivait  à  la  milice  de  fournir  chaque 
jour,  il  midi,  six  hommes  et  un  sergent  qui  devaient  se  rendre 
armés  de  pied  en  cap  sur  la  place.  Le  sergent  devait  s'y 
trouver  le  premier;  armé  d'une  lance  et  d'un  eabre,  il  condui- 
sait ses  hommes  au  corps  de  garde  pour  relever  la  précédente 
garde.  Une  sentinelle  était  placée  &  chaque  porte,  elle  était 
relevée  toutes  les  deux  heures  en  hiver  et  toutes  les  quatre 
heures  en  été.  La  garde  faisait  aussi  te  service  de  la  police 
dans  la  ville  et  fournissait  des  patrouilles  qui  parcouraient 
les  rues  la  nuit  d'heure  en  heure.  Tout  bourgeois  et  habitant, 
à  quelque  rang  qu'il  appartint,  devait  obéissance  a  la  garde 
et  lui  prêter  main  forte  en  cas  de  besoin.  Le  sergent,  en 
quittant  sa  garde,  devait  en  rendre  compte  au  bailli,  ou  en 
son  absence,  au  prévôt,  ou  au  bourgmestre.  Les  bourgeois  et 
habitants  étaient  tenus  de  faire  leur  garde  en  personne,  à 
moins  de  raison  grave,  et  dans  ce  cas  ils  devaient  fournir  un 
remplaçant  accepté  par  les  autorités  et  le  sergent.  En  1762  la 
milice  bourgeoise  se  composai!  de  13<)  hommes  divisés  en  39 
sectionsde  six  hommes  etun  sargent.  La  milice  bourgeoise  fut 
réorganisée  en  garde  nationale  le  2  afiut  1789.  Le  29  nov.  elle 
fut  convoquée  et  mise  sous  les  ordres  du  commandant 
Wemer,  chevalier  de  S'  Louis,  ancien  capitaine  du  régiment 
de  Lamarck,  mais  celui-ci  donna  sa  démission  le  28  février 
1790  et  fut  remplacé  par  Laurent  Neef,  ancien  capitaine  de 
hussards,  major  breveté.  Le  27  septembre  1790  la  garde 
nationale  de  Soullz  se  composait  de  695  hommes,  parmi 
lesquels  178  hommes  non  mariés  âgés  de  18  ans.  Ils  reçurent 
leur  drapeau  le  22  janvier  1792  en  l'église  paroissiale;  la  céré- 
monie fut  faite  par  le  curé  constitutionnel  Moguntz  Le  20 
décembre,  elle  fut  armée  de  piques,  en  remplacement  de  ses 
armes  qu'elle  avait  dft  livrer  à  l'année  active.  Nous  ne  suivrons 


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372  RBVtK    D  ALSACE 

pas  plus  loin  celte  milice  qui  fut  plusieurs  fois  dissoute  et 
réorganisée  dans  le  cours  de  ce  siècle. 

Compagnie  d'arquebasiers 

II  y  avait  &  Souitz  une  compagnie  d'arquebusiers  dont  l'ori- 
gine remonte  au  moins  ru  16"  siècle.  Son  lieu  de  réunion  et  son 
champ  de  tir  étaient  dans  le  fossé  à  gauche  de  la  Feldthor,  en 
sortant.  Ce  terrain  est  encore  appelé  Schutzenrain.  La  compa- 
gnie jouissait  de  certains  revenus  qui  étaient  destinés  k  l'achat 
de  prix  pour  encourager  le  tir.  Le  magistratavait  le  privilège 
du  tir  à  l'arc,  c'était  l'exercice  de  l'aristocratie.  Elle  s'exerçait 
sur  une  place  appelée  Bogenrain,  dont  l'entretien  était  à  sa 
charge  (1). 

En  1566,  par  lettre  imprimée,  scellée  du  sceau  de  Harx 
Kunenberger  prévôt,  la  ville  de  Souitz  invita  celle  de  Mulhouse 
k  concourir  pour  le  tira  l'arbalète,  pour  lequel  le  commandeur 
de  S' Jean,  Conrad  de  Schwalbach,  le  noble  Ulrtc  Théobald 
de  Schauenbourg,  seigneur  de  Junghiotz  et  les  frères  Baltha- 
sar  et  Christophe  de  Baden,  avaient  donné  chacun  10  Horins 
en  prix.  La  distance  du  tir  était  de  260  pieds. 

En  1578,  lavillede  SouUz  invite  encore  celle  de  Mulhouse  à 
concourir  k  l'arbalète,  en  18  coups,  pour  un  prix  consistant  en 
un  banc  portant  une  couverture  de  l'Inde  (Lindischen  Decket) 
et  deux  écus  d'or.  Le  tout  valait  environ  10  Qorins  (2). 

En  1700,  la  compagnie  d'arquebusiers  touchait  de  la  ville 
une  subvention  de  6  livres  13  sols  4  deniers  Elle  fut  suppri- 
mée à  la  Révolution  et  ses  biens  furent  vendus  comme  biens 
nationaux.  Ses  derniers  chefs  furent  Caspard  Bouillon  et  Jean 
Meyer,  nommés  le  24  mai  1790  en  remplacement  des  nommés 
Larger  et  Bonach  (3). 

Une  Société  de  tir  fut  organisée  au  cours  de  ce  siècle;  elle 
faisait  ses  exercices  dans  le  fossé  extérieurdu  Feidgraben.  La 


(1)  Arch.  de  Souitz.  Transaction  de  1743. 

(2)  Chem  de  Mulh.  Mieg  de  Mulhouse  p.  317. 

(3)  .\rchiTes  de  Souitz,  passim. 


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LA    VILU  ET  LB   BAILLIAGE   DU  SOITLTZ  ^7^ 

iraison  de  tir,  doot  les  ruines  se  voient  encore,  en  face  de  la 
tour  des  sorcières,  a  été  incendiée  vers  1866.  Depuis  ce  temps 
la  société  a  cessé  d'exister. 

Organisation  contra  l'incendie 

Il  est  un  fléau  aussi  terrible  que  l'ennemi,  c'est  le  feu,  et  la 
ville  prit  de  bonne  heure  des  mesures  pour  le  combattre. 

En  1578  nous  trouvons  dans  l'ordonnance  pour  la  réception 
des  bourgeois,  que  tes  récipiendaires  devaient  fournir  un 
seau  k  feu.  Mais  en  1663,  selon  la  Chron.  als.  miracul.  (1), 
un  violent  incendie  avait  menacé  de  brûler  toute  la  ville  et 
celle-ci  n'avait  échappé  que  par  miracle,  quand  le  magistrat 
eut  fait  faire  la  procession  avec  le  St  Sacrement.  Ne  voulant 
pas  tenter  Dieu,  le  magistrat  élabora,  en  1696,  une  ordonnance 
pour  le  service  en  cas  d'incendie.  Cette  ordonnance  fut  renou- 
velée en  1751  et  le  6  juin  1763.  Aux  termes  de  cette  dernière, 
tout  habitant  de  Soultz  devait,  au  premier  coup  de  tocsin,  se 
rendre  sur  la  place  ou  sur  le  lieu  de  l'incendie  pour  y  recevoir 
les  ordres  des  préposés  et  y  accomplir  son  devoir,  sous  peine 
de  10  écus  d'amende  et  de  la  perte  des  droits  civiques. 

Les  gens  de  Wuenheim  étant  co-bourgeois  devaient  accou  - 
rir  également.  Chacun  devait  remplir  ses  fonctions  et  exécuter 
les  ordres  rej^us,  après  s'être  humblement  recommandé  Ji  la 
protection  du  Dieu  tout-puissant,  h  l'intercession  de  sa  très 
sainte  Hère,  des  SS.  Maurice  et  Georges,  protecteurs  et  patrons 
de  la  ville. 

Le  meunier  de  la  Zjpfelmuhl  devait,  au  premier  coup  de 
tocsin  ou  à  la  première  réquisilion  du  portier  de  l'Obertlior, 
arrêter  son  moulin  et  diriger  toute  l'eau  dans  la  ville  par  le 
fossé  ditFènergraben.  Ce  fossé  devait  être  ouvert  deux  fois 
par  an,  en  octobre  et  en  mai,  à  la  diligence  du  twurgmestre 
qui  en  était  responsable. 

Dès  que  le  tocsin  annonçait  un  incendie,  un  homme  de  la 
garde,  le  jour,  et  deux  la  nuit  devaient  venir  [i-.trouiller 


(I)  Publiée  par  Arih.  Benoit  dans  Rev.  d'Alsace  1874  p.  iU. 


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374  RBVUB  d'alsace 

autour  de  l'église  pour  veiller  b  ce  qu'il  n'y  soit  roiDmis  ni 
vol,  ni  sacrilège.  Le  bedeau  ne  devait  pas  quitter  l'église  et 
sonner  le  tocsin  dès  qu'il  en  serait  requis,  sans  autre  autori- 
sation. Cependant  il  devait  aussitôt  en  faire  avertir  le  bailli 
ou  le  piévot. 

Les  préposés,  dès  qu'ils  entendaient  le  tocsin,  devaient  éga- 
lement accourir  sur  la  place  ou  sur  le  lieu  du  sinistre  et 
prendre  les  mesures  nécessaires  pour  le  combattre. 

Dès  qu'un  incendie  éclatait  la  nuit,  tout  habitant  devait 
suspendre  une  lanterne  allumée  dcrant  sa  maison,  sous  la 
peine  précitée.  D'autre  part  deux  bourgeois  désignés  allu- 
maient les  onze  torchères  fixées  en  difTérents  points  de  la  ville 
contre  les  maisons.  Le  receveur  devait  veiller  k  ce  qu'en  tout 
temps,  ils  soient  munis  d'une  quantité  sulTisante  de  poix  afin 
de  n'en  point  manquer.  11  devait,  avec  le  collecteur  des  amen- 
des, veiller  k  l'entretien  et.  à  la  réparation  de  ces  torchères  et 
les  visiter  chaque  année  dans  la  semaine  sainte.  D'autres 
torchères  étaient  portées  k  la  main  par  le  maître  fontainier  et 
les  valets  de  tribus,  afin  de  diriger  l'eau  convenablement  Le 
bourgeois,  Georges  Studler,  était  désigné  avec  vingt-quatre 
hommes  pour  le  service  de  la  nouvelle  pompe  k  incendie; 
Maurice  Laucher  et  douze  hommes  pour  celui  de  la  vieille. 
Onze  hommes  devaient  porter  l'eau  avec  des  hottes  dans  la 
nouvelle  pompe,  et  huit  dans  la  vieille.  Ils  étaient  tenus 
d'emmener  leurs  domestiques,  leurs  fils  et  apprentis  pour 
aider  &  porter  l'eau.  Ils  étaient  commandés  par  les  gourmets. 
Sept  hommes  étaient  chargés  des  échelles  et  quatre  des  crocs 
qui  se  trouvaient  à  l'hâtel  de  ville.  Ils  étaient  commandés  par 
le  plus  Agé  des  membres  de  la  tribu  Tiergarten,  autant 
d'hommes  étaient  chargés  des  échelles  et  crocs  de  la  tribu 
haute  et  ils  étaient  commandés  par  le  plus  âgé  des  membres 
de  celte  tribu.  EnQn,  il  y  en  avait  autant  commandés  par  le 
second  de  la  tribu  Tiergarten  pour  les  échelles  et  crocs  de 
de  cette  tribu.  Les  maçons,  tailleurs  de  pierre  et  charpentiers 
devaient  arriver  sur  le  lieu  du  sinistre  avec  leurs  haches  et 
marteaux,  soit  vingt-deux  hommes  commandés  par  Jean 
Hodel  et  ils  ne  devaient  enfoncer  et  abattre  les  maisons  que 
sur  l'ordre'  des  autorités.  Les  membres  des  tribus  étaient 
chargés  de  veiller  à  ce  qu'il  ne  se  commette  aucun  vol  et  porter 
les  ordres  des  magistrats. 
La  garde  et  la  patrouille  dans  la  ville,  étaient  assurés  pen- 


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LA   riLLIt  ET  L8  BAILLIAOB  DB  SODLTI  375 

dant  l'incendie  par  vingt  personnes,  divisées  en  deux  sections 
commandées  par  les  procureurs  du  conseil.  Les  portiers 
devaient  fermer  les  portes  de  la  ville,  à  l'exception  des  petites 
portes  et  ne  laisser  personne  transporter  quoi  que  ce  soit  hors 
de  la  ville  pendant  l'incendie,  aflnd'éviter  tout  vol. Et  comme 
il  n'y  avait  pas  suffisamment  de  seaux  pour  porter  l'eau, 
chacun  devait  apporter  un  baquet  ou  cuveau  et  tous  ceux  qui 
se  trouvaient  k  moins  de  cent  pas  de  l'incendie,  devaient  mettre 
des  cuves  &  vendange  et  des  cuves  k  lessive  devant  leurs 
maisons  et  les  tenir  pleines  d'eau. 

Afin  que  personne  n'en  ignore,  cette  ordonnance  était  lue 
tous  les  trois  mois  devant  la  bourgeoisie  assemblée  dans  les 
deux  tribus  et  deux  fois  par  an,  les  engins  et  matériel  étaient 
essayés  sur  la  place  le  premier  mai  et  le  premier  dimanche 
d'octobre,  après  te  service  divin.  De  plus  ceux  qui  amèneraient 
la  première  pompe  sur  le  lieu  de  l'incendie,  recevraienttrois 
livres  de  gratification  et  ceux  qui  amèneraient  la  seconde  30 
sols  (1). 

Après  la  Révolution  on  créa  k  Souitz  une  compagnie  de 
pompiers  qui  existe  encore,  comme  dans  les  autres  localités. 

Juridiction  haute  et  basse 


L'empereur  Wenceslas  avait  ac<'ordé  en  1365,  k  ceux  de 
UulTach  et  du  Mundat,  le  privilège  de  juger  sans  appel;  ce 
privilège  qui  se  trouvait  aux  archives  de  Rouiïach  fut  renou- 
velé par  les  empereurs  Sigismond  et  Frédéric  111  (2),  Il  ne 
s'agissait,  sans  doute,  que  de  la  bassejuridiction,  caria  haute 
a  toujours  appartenu  &  l'éréché.  La  première  instance  se 
faisait  devant  le  grand  bailli  de  KoufTach,  la  seconde  à  l'ofit- 
cial  uu  Régence  de  l'évéché,  qui  résidait  d'abord  à  Strasboui^ 
et  après  la  Réforme  h  Saverne.  La  Régence  de  Saverne 
connaissait,  lorsqu'il  y  avait  nombre  de  sept  juges,  de  tous  les 
difTérends,  les  terminait  en  dernier  ressort  quand  il  n'était 


(1)  ArchÎTea  de  Soulti. 

(2)  SchœpQin,  Ali.  iti.lp.  : 


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376  RBVOK  d'alsacb 

quesUoD  que  de  la  somme  de  500  livres  et  ce  qu'elle  ordonnait 
était  exécuté  par  provision  Jusqu'à  la  somme  de  1000  livres, 
sauf  l'appel  au  Conseil  souverain  d'Alsace  qui  connaissait  des 
procès  où  il  s'agissait  de  plus  grande  somme.  ËoSn,  ce  dernier 
recours  pouvait  avoir  lieu  au  Conseil  d'Etat  sous  la  domination 
des  rois  de  France  (1).  Hais  rien  n'était  plus  confus  et  moins 
bien  délimité  que  la  compétence  de  ces  tribunaux  ;  car,  dans 
tous  les  procès,  nous  voyons  les  avocats  et  procureurs  commen- 
cer par  discuter  li  compétence  du  tribunal  où  l'affaire  était 
portée,  et  cette  compétence  n'était  reconnue  souvent  qu'après 
d'interminables  débats. 

Les  diiïérends  entre  nobles  se  réglaient,  au  moyen  Age  géné- 
ralement, par  le  droit  du  plus  fort,  jusqu'à  ta  création  des 
tribunaux  d'Empire.  C'est  ainsi  que  la  querelle  entre  Soultz 
et  le  seigneur  de  Jungholtz,  après  des  voies  de  fait,  fut  réglée 
en  1505  par  un  tribunal  arbitral  présidé  par  le  landvogt  de 
Ribeaupierre. 

Quand  il  s'agissait  d'un  crime,  l'instruction  était  faite  par 
le  bailli  ou  à  son  défaut  par  le  prévôt,  assisté  du  greflïer  et  du 
procureur  fiscal,  les  huissiers  ou  sergents  étaient  chargés  de 
s'emparer  de  l'accusé  et  de  le  mener  dans  les  prisons  de 
Soultz,  puis,  sur  l'arrêt  rendu  par  le  grand  baillià  la  suite  du 
rapport  instructif,  l'accusé  était  tranféré  à  RoufTach  où  il  était 
soumis  à  la  torture  pour  en  obtenir  l'aveu  complet  de  son 
crime.  Après  le  jugement  qui  était  prononcé  par  des  juges 
commis  par  la  Régence  de  l'évéché,  s'il  élait  reconnu  coupable, 
il  subissait  sa  peine  dans  la  localité  où  le  crime  avait  été 


Lorsque  le  coupable  était  en  fuite,  on  afTichait  aux  portes 
de  l'église  une  assignation  k  coraparattre  avec  ordre  de  s'en 
emparer  à  quiconque  le  trouverait.  II  existe  aux  archives  de 
Soultz  une  semblable  affiche  datée  du  24  avril  1662,  scellée 
par  l'évèque  Léopold  Guillaume  et  sommant  le  nommé  Wolff 
Dietrich  Raùch,  accusé  d'assassinat  commis  à  Soultz,  de  se 
présenter  devant  les  tribunaux  et  enjoignant  quiconque  le 
découvrirait  de  le  dénoncer  et  de  l'arrêter. 


{1)  Règlement  royal  de  1683. 


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Lt   VILLB   BT  I.B   BAIUIAOB   DE   SOULTZ  377 

Quand  un  criminel  était  pris  sur  le  territoire  d'une  autre 
juridiction,  il  pouvait  être  extradé,  car  l'inventaire  des  titres 
des  bailliages  de  l'évéché,  enregistre  en  lâ71  une  reversale  de 
la  Régence  d'Ensisheim  pour  raison  de  l'extradition  d'un  cri- 
minel arrêté  et  détenu  dans  les  prisons  de  Soullï. 

Le  grand  bailli  avait  seul  le  droit  d'appliquer  la  torture  à 
l'accusé.  Les  peines  infligées  au  coupable  étaient  variées 
selon  le  crime.  Le  meurtre,  l'assassinat,  le  vol  qualifié  étaient 
punis  de  la  pendaison.  Le  gibet  se  trouvait  sur  la  route  natio- 
nale, au  point  où  les  bansdeSoultz,  d'IsenheimetdeRaeders- 
heim  se  Joignent.  Le  corps  restait  suspendu  jusqu'à  ce  que 
les  oiseaux  de  proie  et  les  bétes  fauves  l'aient  dévoré  et 
dispersé  ses  ossements.  L'infanticide  était  puni  avec  la 
dernière  rigueur  et  les  malheureuses  mouraient  souvent  dans 
les  tortures  les  plus  rafTinées  (1).  Pour  le  crime  de  lèse- 
seigneur,  le  coupable  était  passé  par  les  armes,  l'espionnage 
et  la  trahison  étaient  punis  de  l'écartèlement.  Le  faux- 
monnayeur  était  bouilli.  Le  crime  de  sorcellerie  était  puni 
par  le  bûcher  (2).  Les  injures  au  magistrat,  les  coups  et 
blessures,  les  délits  de  chasse,  le  larcin,  la  banqueroute  étaient 
punis  de  prison  du  pilori  (3)  ou  d'amende.  Les  mauvaises 
mœurs  étaient  punies  d'amende,  du  bannissement, de  fustiga- 
tion onde  peines  souvent  plus  indécentes  que  le  crime  qu'elles 
punissaient.  Les  mauvaises  langues  devaient  porter  une  pierre 
suspendue  au  cou  avec  un  lien  de  paille,  dit  la  tradition.  Cette 
pierre  existe  encore  ;  elle  est  suspendue  contre  le  pilier  k 
l'angle  Sud-ouest  de  l'église  paroissiale,  et  représente  une  tête 
de  Méduse  sculptée  sur  une  sorte  de  cul  de  lampe  deO^^SS  de 
long  sur  0"  19  de  large  et  de  haut.  Elle  pèse  enviroa  treize 
Icilogr. 

Une  grande  latitude  était  laissée  au  juge  dans  l'application 
de  la  peine  et  du  supplice.  Aussi  l'arbitraire  élait-il  une  plaie 
dans  la  juridiction  ancienne.  La  monarchie  française  y  apporta 


(1)  Voir  Hercklen,  Hist.  d'EusÎBlkeira. 

(2)  Tons  les  biens  des  suppliciés  revenaient  au  seigneur  (Urbaire). 

(3)  Le  pilori,  der  Stock,  éUit  inaiallë  à  Soullz  derant  l'égliw  sur 
la  place  du  marché. 


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378  BBvuK  s'alsacb 

quelques  réformes.  C'est  ainsi  que  la  pendaison  ou  le  fusille* 
ment  furent  seuls  maintenus  comme  peines  capitales.  La  tor. 
ture  fut  abolie  par  Louis  XVI.  Mais  la  Rérolution  seule  parvint 
à  amener  la  procédure  actuelle  qui  présente  encore  bien  des 
défauts. 

L'exécuteur  des  hautes  œuvres  pour  tout  le  Mundat  résidait 
à  Rouffach,  siège  du  tribunal  criminel.  11  se  déplaçait  éven- 
tuellement pour  les  exécutions. 

Les  chroniques  ont  conservé  le  souvenir  de  quelques  exécu- 
tions. 

En  1276  on  fit  bouillir  ou  brûler  un  faux-monnayeur, 
domestique  du  seigneur  Jean  de  Jungiioltz  (Cbron.  des  dom. 
de  Colmar  et  des  Franc,  de  Thann). 

Vers  1490,  lors  de  la  guerre  de  Souitz  contre  les  Waldner, 
deux  individus  furent  écartelés  par  les  gens  du  Mundal, 
comme  coupables  de  trahison.  A  la  conclusion  de  la  paix  il 
fut  ordonné  que  les  membres  de  ces  malheureux,  qui  étaient 
restés  suspendus  aux  portes  de  la  ville,  seraient  détaché», 
réunis  et  ensevelis  honorablement  (Chron.  Thann). 

Le  31  déc.  1527,  MarquartNériot,  bourgeois  de  Soullz,  fut 
fusillé  comme  auteur  principal  de  la  rébellion  de  cette  ville 
dans  la  guerre  des  paysans  (Chron.  Guebw.) 

En  1589,  on  brûla  six  sorcières  à  Soullz,  mais  la  Chron.  de 
Thann  qui  rapporte  de  fait  ne  donne  aucun  détail  ni  sur  les 
personnes  ni  sur  la  procédure. 

Le  1"  avril  1720,  une  servante  de  Porrenlruy,  qui  servait 
chez  la  femme  Kramer  de  Souitz,  tua  son  enfant  dont  elle 
était  accouchée  depuis  14  Jours  et  cacha  le  petit  cadavre  sous 
son  lit.  La  femme  Kramer  le  découvrit,  la  flile  fut  arrêtée  et 
conduite  îl  l'bâpital.  Le  27  elle  fut  condamnée  par  la  cour  de 
Saverne  a  être  pendue  et  son  corps  k  rester  suspendu  au  gibet 
deux  heures  durant.  Le  jugement  fut  confirmé  par  la  cour  de 
Colmar  et  l'exécution  fut  remise  au30.  Comme  tout  était  prêt 
et  que  beaucoup  de  monde  était  venu  pour  voir  ce  spectacle, 
on  apprit  que  la  Qlle  avait  disparu  avec  l'aide  de  quelques 
soldats  masqués  et  le  chroniqueur  ajoute  plaisamment: 
Werden  also  die  Sultzer  hinfûran  niemandt  mehr  henc- 
khen  oder  tie  haben  ihn  dann.  (Chron.  Guebw.). 

Le  7  déc.  1349,  Jacques  Becklin,  grand  bailli  de  Rouiïath 


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LA   VILLB   BT  LB   BAILLIAGE  DK  SOULTZ  379 

et  Jacob  Zùndt,  bailli  de  Soultz  condamnent  &  une  aineode  de 
quatre-vingt  couronnes  d'or,  le  nommé  Peter  Crumiein, 
bourgeois  de  fjouitz,  coupable  d'injures  envers  le  conseil  de 
cette  ville  (1). 

Le  registre  de  dépositions  des  témoins  aux  archives  de 
Soultz,  et  qui  va  de  1590  à  1593,  conlient  peu  de  faits  intéres- 
sanls.  n  y  a  des  dépositions  pour  différentes  alTaîres  civiles 
et  quelques  crimes.  Lea  unes,  datées  du  6  février  1590,  se 
rapportent  à  une  querelle,  avec  coups  et  blessures,  qui  avait 
surgi  entre  un  aubergiste  de  Soultz  et  un  compagnon  charron. 
D'autres  dépositions  du  2  mars  1690  ont  trait  à  une  querelle 
survenue  entre  un  bourgeois  de  Soultz  et  un  Reiter  dans  une 
auberge  de  Soultzmalt.  Les  bourgeois  ayant  pris  fait  et  cause 
pour  celui  de  Soultz,  une  bataille  avait  été  engagée  contre  les 
lleiters,  et  l'un  d'eux  avait  été  tué.  Cette  affaire  avait  suivi  le 
passage  des  troupes  françaises  dans  le  pays. 

Voici  laplus  curieuseafFaire:Le20septen]brel590,  le  nommé 
Adam  Ëlpach,  bourgeois  de  Wuenheim,  Agé  de  soixante  ans, 
dépose  que  sa  fille  étant  venue  de  Steinbach,  lui  avait  raconté 
le  fait  suivant:  Son  mari,  Mathieu  Volmar,  revenait  de  la  fête 
paroissiale  de  Wattviller  avec  son  ami  Mathieu  Martin.  Ils 
s'étaient  arrêtés  pour  se  reposer  près  de  la  montagne  S> 
Antoine,  et  la  nuit  i^tant  venue,  ils  entendirent  un  bruit 
singulier  dans  le  bois.  Martin  prit  peur,  mais  Volmar  le  rassura 
disant,  d'après  ses  parents,  qu'en  cas  de  danger  il  suffisait  de 
s'écrier  Jésus  t  pour  qu'il  n'arrive  aucun  mal.  Ils  devisaient 
ainsi  quand  ils  virent  un  veau,  avec  une  sonnette  de  vache 
pendue  au  cou,  et  le  prévenu,  Conrad  Kugel  d'Uffholtz  k  cheval, 
sur  le  veau.  Les  deux  hommes  s'étant  écrié  Jésus  t  le  veau 
s'était  enfui  dans  la  montagne  tandis  que  Kugel  était  resté 
près  d'eux.  On  se  demande  quel  fut  le  résultat  de  cette  dépo- 
sition et  si  Kugel  ne  fut  pas  un  de  ceux  qui  périrent  si 
nombreux  h  cette  époque  sous  l'inculpation  de  sorcellerie. 

Dans  une  affaire  de  difTamation,  Grégoire  Bernhart,  chape- 
lain de  Soultz,  dépose  que  lorsqu'il  était  curé  de  Feldkirch,  le 
20  juin  1587,  le  passage  des  troupes  suisses  avait  eu  lieu  et 


(1)  Orig.  parrh.  arch.  de  Soullz. 


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aoO  RBVUK  D' ALSACE 

qu'il  s'élait  rérugié  au  chAteau  de  BoUvilleroù  il  avait  mangé, 
avec  feu  Kilian  Bruckner,  bailli  et  prévôt  du  régiment 
d'Ensisheim.  Celui-ci  lui  avait  raconté  alors  que  le  nommé 
Ha na  Prensch  avait  été  condamné  k  la  pottioce  comme  voleur, 
par  la  cour  d'Ensisheim  et  qu'en  eiïet  il  avait  vu  lui-même, 
quelques  jours  après,  le  jugement  afTiché  au  tribunal  supérieur 
d'Ensisheim. 

Citons  encore  une  instruction  ouverte  par  le  grand  bailIi  de 
Nauenstein  et  le  fiscal  de  Soultz  au  sujet  d'un  meurtre  commis 
i  Soultz  le  22  août  1678  par  un  individu  en  état  d'ébriété  (1). 

Le  8  décembre  1705  le  bailli  et  le  prévôt  de  Soultz,  assistés 
dedeuxchirurgiens,  font  un  rapport  sur  un  assassinat  commis 
par  deux  soldats  français  de  régiment  inconnu,  sur  le  nommé 
Schielé,  meunier  hors  la  ville  de  Soultz  et  sur  son  fermier 
Henri  Huiler.  Le  premier  a  été  tué  d'un  coup  de  fusil  tiré  k 
balles  coupées,  l'autre  a  été  blessé  h  l'épaule  du  même  coup 
et  au  bras  d'un  coup  de  sabre  (2). 

Nous  avons  dit  que  la  basse  juridiction  appartenait  au 
magistrat  de  Soultz.  En  1708,  l'évéque  de  Strasbourg  promul- 
gua un  règlement  qui  embrassait  toutes  les  matières  de  police 
et  même  les  matières  civiles,  mais  les  magistrats  de  Soultz  et 
de  RoulTach  s'y  opposèrent  comme  étant  attentatoires  k  leurs 
anciens  droits  et  privilèges  (3) . 

On  trouve  dans  ie  livre  des  serments  de  la  ville  de  Soultz 
les  dispositions  et  ordonnances  suivantes,  concernant  la  basse 
juridiction  : 

Les  audiences  du  conseil  ne  devaient  pas  se  tenir  après 
midi,  mais  toujours  avantterepas.Celuiqui,  après  avoir  été  cité, 
ne  comparaissait  pas  devant  le  conseil,  payait  une  amende 
d'une  livre  trois  schilling  et,  si  c'était  en  audience  de  justice, 
huit  schilling  quatre  pfenuing. 

En  cas  d'appel  d'un  Jugement,  il  fallait  d'abord  payer 
seize  schilling. 

Tout  bourgeois,  qui  en  citait  un  autre  devant  l'audience 
hebdomadaire,  devait  payer  un  schilling  pour  le  jugement. 

(1)  Coll.  Knoll. 
(3)  Coll.  Knoll. 
(3)  Inv.  cit. 


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LJl  VILLB  ST  LB   BjULUAGE   DE   SOUI.TZ  381 

Quiconque  était  cité  devant  le  conseil  devait  donner  un 
fîerer  au  sergent  et  si  c'était  devant  le  tribunal,  un  rappen. 

Les  audiences  commentaient  en  été  h  six  heures,  en  hiver 
à  sept  heures,  à  l'hôtel-de-ville.  Celui  qui  était  convoqué  et 
ne  se  présentait  pas  à  l'heure  précise,  sans  excuse  valable, 
devait  payer  un  schilling  balois  et  faire  amende  honorable  au 
prévôt,  au  gredier  et  aux  conseillers. 

Nui  ne  devait  paraître  devant  le  conseil  ou  le  tribunal  en 
pantalon  et  justaucorps,  !t  peine  de  cinq  schilling  d'amende. 

Aucun  conseiller  ne  pouvait  prendre  part  k  une  sentence  s'il 
était  parent  ou  allié,  jusqu'au  quatrième  degré,  de  l'une  des 
parties. 

Si  une  afTaire  concernait  des  étrangers  qui  ne  pouvaient 
attendre  les  jours  d'audience,  et  demandaient  une  audience 
extraordinaire,  ils  devaient  payer  huit  schillings  b&lois  dès 
que  la  cloche  appelait  l'audience  et  deux  schillings  au  courrier 
pour  droit  de  caution  dés  que  l'afTaire  était  appelée. 

Si  l'on  voulait  faire  passer  en  jugement  un  criminel  passible 
de  la  peine  de  mort,  on  devait  l'en  prévenir  quatre  jours 
d'avance  aûn  que,  s'il  le  voulait,  il  puisse  se  préparer  k  la 
confession  et  k  la  réception  de  la  sainte  Communion. 

Quand  les  témoins  étaient  cités  en  justice,  le  grefller  leur 
Usait  d'abord  la  formule  du  serment  qui  est  assez  longue  ; 
ensuite  chaque  témoin  k  son  tour  levait  la  main  droite,  deux 
doigts  levés,  et  la  main  gauche  sur  la  poitrine  répondait  :  Je 
donne  ma  foi  et  j'aiTirme  que  je  vais  dire  la  vérité  fidèlement 
et  sans  félonie,  avec  l'aide  de  Dieu  et  des  saints.  EnQn  le 
grefHer  avertissait  les  témoins  que  celui  qui  prête  un  faux 
témoignage  renonce  à  Dieu  et  k  ses  saints,  et  aux  grâces  et 
mérites  des  souffrances  et  de  la  mort  de  N.  S.  Jésus-Christ, 
ensuite  le  faux  témoin  enlève  à  celui  pour  lequel  il  doit 
témoigner,  l'honneur  et  les  biens,  enfin  il  induit  les  juges  k 
prononcer  une  sentence  injuste  et  enlève  le  bien  de  l'un  pour 
le  donner  k  celui  k  qui  il  n'appartient  pas,  en  sorte  qu'il  ne 
pourra  désormais  avoir  son  salut  qu'en  restituant  ce  qu'il  a 
détourné.  Il  se  damne  lui-même,  se  retranche  de  tonte  Société 
honorable  et  sa  fausseté  arrive  toujours  au  jour.  En  un  mot  le 
Tout-Puissant  punit  le  faux  témoin  dans  le  temps  et  dans 
l'éternité. 


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382  BWEI  p'alsace 

Tout  témoin  cité  en  justice  payait  au  conseil  une  taxe  de 
deux  et  plus  tard  cinq  schillings. 

Tout  témoignage  devant  le  conseil  ou  le  tribunal  était 
recueilli  par  le  courrier  juré  selon  la  coutume  ;  quant  aux 
annonces  pour  héritage  ou  par  le  commissaire  priseur  elles 
étaient  faites  par  le  courrier  de  ville  moyennant  une  taxe  de 
huit  rappen. 

On  trouve  encore  enregistrée  dans  le  livre  des  serments  une 
ordonnance  du  mercredi  avant  la  Chandeleur  1443,  prise  par 
le  conseil  avec  l'assentiment  du  seigneur  Conrad  de  Busnang, 
du  bailli  Henri  Cappler  et  du  receveur  Jean  Rostmus,  par 
laquelle  toute  personne  qui  ne  comparaissait  pas  après  citation 
devant  le  conseil  ou  le  tribunal,  devait  payer  au  prévôt  une 
amende  de  huit  schillings. 

Une  outre  ordonnance  prescrit  que  l'on  ne  pouvait  faire 
appel  d'un  jugement  k  moins  que  la  sentence  ne  porte  que  la 
plainte  ne  pouvait  être  renouvelée.  On  ne  pouvait  également 
taire  appel  d'une  sentence  où  il  s'agissait  de  moins  de  huit 
florins.  Mais,  dans  le  cas  contraire,  on  appelait  au  bailli  de 
BoufTacb  en  déposant  le  jugement  et  une  livre  bàloise.  De 
même  on  pouvait  appeler  de  tout  jugement  touchant  des 
reiites  emphythéotiques,  des  héritages  et  des  contrats  de 
mariage  quels  qu'ils  soient.  Celui  qui  n'appelait  pas  immé- 
diatement dans  l'audience,  devait  faire  son  appel  devant 
notaire  dans  le  délai  de  dix  jours  et  onze  nuits. 

Dans  tous  les  cas,  l'appelant  devait  déposer  les  pièces  h  la 
chancellerie  de  Saverne  ou  k  RoulTach  dans  le  délai  de  deux 
mois  faute  Je  quoi  le  jugement  de  première  instance  devait 
avoir  cours.  Dans  le  cas  où  un  enipôchenient  valable  s'oppo- 
sait h  la  remise  des  pièces  dans  le  délai  prescrit,  on  devait 
accorder  k  l'appelant,  sur  sa  demande,  tout  délai  nécessaire. 

Les  coutumes  de  droit  civil  étaient  les  mêmes  &  Soullz  que 
dans  toute  l'Alsace,  le  livre  des  serments  n'en  enregistre  que 
quelques-unes  qui  méritent  d'être  relevées: 

Dans  le  cas  de  séparation  des  conjoints,  le  tribunal  enga- 
geait les  parties  à  se  réconciler;  si  api-ès  toute  exhortation 
elles  persistaient  dans  leur  inimitié,  le  tribunal  prononçait  la 
séparation  et  l'enregistrait. 


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LA   VILLB  BT  LB  BAILLIAGB  DE  SOULTZ  383 

Si  l'un  des  conjoinls  dans  un  mariage  avait  des  enfants 
avant  ce  mariage  soit  illégitimes,  soit  nés  d'une  première 
union,  il  ne  pouvait  les  donner  en  don  matulinal.  Cette 
ordonnance  fait  voir  que  la  coutume  du  don  malutinal  était 
en  vigueur  k  Souitz.  C'était  un  vieil  usage  que  l'on  retrouve 
déjà  ï  l'époque  franque.  Sous  les  Mérovingiens  le  lendemain 
du  mariage,  comme  un  gage  spécial  de  reconnaissance  et  de 
tendresse,  le  mari  remettait  k  sa  jeune  femme  la  Morgengabe, 
dont  le  montant,  laissé  k  sa  discrétion,  fut  fixé  par  la  loi 
ripuaire  en  l'absence  de  stipulations  précises  au  tiers  des 
acquêts  conjugaux. 

Voici  dans  quelles  formes  cela  se  faisait  d'après  les  délwls 
au  sujet  de  la  Morgengabe  que  devait  donnera  Galesvind, 
Hilpéric,  roi  des  Francs  en  567  :  Le  lendemain  k  son  lever 
Gahswint  re(;ut  le  morgengabe  avec  le  cérémonial  prescrit. 
En  présence  de  témoins  choisis,  le  roi  Hilpérick  prit  dans  sa 
main  droite  la  main  de  son  épouse  et  de  l'autre  jeta  sur  elle 
un  morceau  de  paille  en  prononçant  k  haute  voix  les  noms 
des  cinq  villes  qui  devaient  devenir  la  propriété  de  la  reine. 
Voici  l'acte  de  cette  donation  tel  qu'il  a  été  rétabli.  Puisqu'il 
a  été  comnandé  que  l'homme  abandonne  père  et  mère  pour 
s'attacher  k  sa  femme,  qu'ils  soient  deux  en  une  môme  chair 
et  qu'on  ne  sépare  point  ceux  que  Dieu  a  unis,  moi  ililpérick, 
roi  des  Francs,  homme  illustre,  k  toi  Gahswint  ma  femme  que 
j'ai  épousée  suivant  la  loi  salique  par  le  sol  et  le  denier,  je 
donne  aujourd'hui  par  tendresse  d'amour  pour  le  nom  de  dot 
et  de  Morgâne  ghiba,  la  cité  de  Bordeaux,  Cahors,  Limogea, 
Béarn,  et  Bigorr  (1).  Je  veux  qu'k  compter  de  ce  jour  tu  les 
tiennes  et  possèdes  en  propriété  perpétuelle  et  je  te  les  livre 
transfère  et  confirme  par  la  présente  charte  comme  je  l'ai  fait 
par  le  brin  de  paille  et  par  le  Handelang  (2). 


(1)  Es.  formul.  Bignonian.  ap.  script.  Re.  franc,  t.  JV  p.  539.  C. 
Gregor  enron.  p.  344. 

(S)  Per  banc  Chartutsin  libelli  datis  live  per  festucam  atque  per 
handelangum.  Ex.  formul.  Lindenbrog.  ap.  Scripl.  R.  IV  p.  35S.  — 
Conf .  ausaiThiery,  nouvelle  lettre  >ur  l'hisl.  de  Franc,  Rer.de>  Deux- 
Mondes  1833  p.  Î74  et  P.  Gregor  Enron,  hîet.  francor.  Eccl.  Lib. 
IV  p.  îl. 


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384  BKVQK  p'als&ci 

D'après  une  note  remise  k  H.  de  Corberon  le  24  déc.  1738 
par  H.  d'Havile,  bailli  dee  seigoeuries  deBolIviller,  Jangholtz 
et  Rimbacb  et  insérée  dans  l'ancien  statuaire  d'Alsace,  oo 
connaissait  dans  ces  seigneuries  deux  sortes  de  douaires,  t'un 
appelé  Morgengaah,  l'autre  Wittumb.  Le  Horgeugaab  que 
les  juristes  allemands  appellent  morgenatica  est  défini  par 
eux  :  tpotitatitica  largitat,  quae  datur  in  praemium  de/lo- 
ratae  virginttatis,  et  par  cette  raison  elle  n'est  réguliàrement 
accordée  qu'aux  filles,  et  par  des  veuves  aux  garçons  qu'elles 
s'associent  en  secondes  noces. 

La  Morgengaab  était  ordinairement  une  somme  d'argent  ou 
des  immeubles  ou  meubles  que  la  femme  fait  les  siens,  de 
façon  qu'elle  en  pouvait  disposer  en  toute  propriété  après  la 
mort  de  son  mari  ou  de  son  consentement,  même  pendant  le 
mariage  ;  elle  transmettait  cette  Morgengaab  à  ses  enfants  par 
son  décès,  mais  si  elle  décédait  avant  son  mari  sans  enfanta 
issus  de  ce  mariage,  ses  héritiers  ascendants  ou  collatéraux 
étaient  exclus  à  y  prétendre  et  la  morgengaab  retournait  au 
mari  &  moins  qu'il  n'en  soit  autrement  convenu  par  contrat 
de  mariage. 

Il  parait  que  l'on  donnait  des  personnes  en  Morgengab, 
ainsi  qu'il  ressort  de  la  coutume  de  Soullz  et  de  la  suivante  : 
Sa  mag  er  linem  wibe  geben  ann  xiner  erbeti  witop  ainen 
KNECHT  und  ain  hagt,  die  re  iren  jarn  komen  tint  uni 
geiûne  und  gezimmer  ob  dererde...  injure Prov.  Suev  cap. 
20nM(l). 

Dans  le  cas  de  naissance  illégitime,  on  inscrivait  sur  les 
registres  paroissiaux  le  nom  du  père  d'après  la  déclaration  de 
la  mère. 

Si  alors  l'individu  inscrit  voulait  protester  il  était  admis  à 
faire  la  preuve  qu'il  n'était  pas  le  père  et  s'il  y  parvenait  un 
jugement  ordonnait  la  radiation  de  son  nom  sur  les  regis- 
tres {2). 

(A  suivre).  Aug.  Gassbh. 


{!)  In  Albert  Argent,  in  Clironic.  Urstisium  Scrip.  Rer.  Germ.  II 
p.  tl3.Voy.  encore  Thèse  «urle  Morgengaab  par  Jean  Rud  Dinckel, 
unir,  de  Slasb.  1764. 

(9)  Registres  paroissiaux,  passion. 


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UNE    PAGE 

de 

L'HISTOIRE  CONTEMPORAINE  m  L'ALSACE 

A  CONSERVER  ET  EMPRUNTÉE 
à    L'EUROPE    NOUVELLE  (l) 


Mulhouse  le  15  Mari  1798,  —  Il  y  a  aujourd'hoi  un 
siècle,  la  ville  de  Mulhouse  se  donna  librement  h  la  France. 
Au  moment  où  fut  consommée  cette  union,  que  tous  alors 
croyaient  devoir  être  éternelle  comme  la  patrie  française  elle- 
même,  la  petite  République  pouvait  à  bon  droit  se  gloriOer  — 
et  c'était  Ik  sa  très  grande  originalité  parmi  les  autres  mem- 
bres (le  la  famille  alsacienne  —  de  plusieurs  siècles  d'auto- 
nomie et  de  liberté.  A  l'occasion  du  centenaire,  noua  avons 
pensé  qu'il  était  bon  de  faire  connattre  les  faits  essentiels  de 
ce  long  passé  avec  son  aboutissement  suprême,  l'union 
voloataire  de  Mulhouse  k  la  France. 

Mulhouse,  si  l'on  en  croit  la  tradition,  fui  d'abord  ud  moulin 
b&ti  sur  les  bords  de  l'ill,  h  l'entrée  de  la  grande  plaine 
d'Alsace,  k  peu  près  à  égale  distance  du  Rbiu  et  des  Vosges. 
De  quelques  misérables  habitations,  huttes  ou  cabanes, 
groupées  autour  de  ce  moulin,  une  bourgade  naquit.  Quand  ? 
on  ne  sait.  Cette  bourgade  devint  plus  tard  une  ville  ceinte 
de  mura,  qui  fut  rattachée  au  royaume  de  Germanie  par  les 
hasarda  des  partages  carolingiens  ;  plus  tard  encoi.-,  un  acte 

(1)  Cinquième  année,  a"  SI,  du  t*r  avril  1898. 


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386  RKVUB   n'AL^ÂCK 

de  Frédéric  II,  dans  la  première  moitié  du  XIII*  siècle,  en  fil 
une  ville  impériale.  La  ville  impériale  était  gouvernée  par  un 
prévôt  impérial  qui  jugeait  souverainement,  percevait  lei 
impôts,  commandait  la  milice,  veillait  au  maintien  des  droits 
et  de  l'autorité  des  empereurs.  Il  était  assisté  d'un  vice-prévAt 
et  d'un  conseil  de  douze  membres  appelés  échevins,  dont 
huit  choisis  parmi  la  noblesse  de  la  haute  Alsace,  et  quatre 
dans  les  familles  bourgeoises  notables  qui  formèrent  plus 
tard  une  véritable  classe  patricienne. 

De  ce  point  de  départ, Mulhouse  s'achemina  lentement  vers 
l'indépendance.  Les  pauvres empereur8desX[II*,XIV*etXV* 
siècles,  qui  aimaient  tes  villes,  parce  qu'elles  étaient  à  peu 
près  seules  i  aimer  l'empereur,  et  qui  leur  accordaient  volon- 
tiers des  privilèges  parce  qu'elles  les  payaient,  reconnurent 
aux  bourgeois  de  Mulhouse  le  droit  d'être  jugés  uniquement 
par  les  juges  de  la  ville  et  le  droit  de  choisir  leur  bourgmestre  ; 
ils  s'obligèrent  à  prendre  te  bourgmestre  parmi  les  bourgeois, 
et  Unirent  par  supprimer  la  charge  même  de  prévôt  impérial. 
A  la  fin  du  XlV*siècle,  Hulhousen'avaitplusderspporlavec 
l'empereur  que  par  le  paiement  de  quelques  revenus  ;  quand 
elle  eut  racheté  les  droits  impériaux  en  1457,  la  ville  devint 
une  véritable  république.  Elle  s'était  organisée  pour  vivre 
d'une  vie  distincte  et  indépendante.  Sa  population  était  répar- 
tie en  tribus  ou  corporations,  dont  les  chefs  étaient  de  droit 
membres  du  conseil  de  la  cilé.  En  réglementant  la  production 
et  la  consommation,  elle  réalisa,  sur  une  petite  échelle,  ainsi 
que  le  dit  fort  bien  un  de  ses  historiens,  ce  que  nous  appelle- 
rions aujourd'hui  l'organisation  du  travail.  Elle  pourvut  à 
tous  ses  intérêts  matériels  et  moraux.  Bref,  elle  était  devenue 
un  Etat  miniscule,  —  son  territoire  était  de  deux  à  trois  lieues 
carrées,  —  mais  se  suffisant  à  lui-même,  libre  et  autonome. 

C'est  un  miracle  que  cette  ville  ait  pu  défendre  son  exis- 
tence, du  XIII*  k  la  fin  du  XV*  siècle  contre  les  ennemis 
acharnés  qui  de  près  ou  de  loin  menaçaient  son  indépendance. 
Elle  est  d'abord  assaillie  par  les  évéques  de  Strasbourg,  et 
conjointement  avec  eux,  par  les  féodaux  dont  les  repaires  se 
dressent  k  deux  pas  des  murailles  de  la  cité.  Mulhouse  est 
industrieuse,  laborieuse,  riche  relativement,  bien  résolue  h  ne 
partager  avec  personne  le  fruit  de  son  travail.  Les  féodaux 


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UNS  PAGE  DB   L  HISTOIBE  CONTBMPORAINB  DE   L  ALSACE       387 

lie  savent  ;  ils  la  bloquent,  l'afTament,  détruisent  les  cultures, 
s'entendent  avec  quelques  familles  nobles  établies  dans  la 
ville,  où  elles  jouissent  du  droit  de  bourgeoisie  et  sont  tou- 
jours prêtes  à  trahir  les  compatriotes  bourgeois.  Vains  elTorts  I 
Les  Hulbousieng  rendent  coup  pour  coup.  Comme  on  n'a 
guère  de  libertés  au  moyen-Age  que  celles  qu'on  a  conquises 
et  dont  la  force  assure  le  maintien,  ils  s'acharnent  à  se  rendre 
forts  et  y  réussissent.  Tout  comme  les  seigneurs  et  en  manière 
de  représailles,  ils  arrachent  les  vignes,  ravagent  les  cultures, 
pillent,  massacrent.  Us  ne  se  contentent  plus  d'attendre 
l'ennemi  derrière  leurs  murs;  ils  se  risquent  en  rase  campagne 
et  vont  enfumer  dans  sa  tanière  la  bète  féodale. 

Décidément,  la  petite  cité  s'obstine  k  vivre.  Hais,  voici  que, 
de  tous  les  points  de  l'horizon,  à  la  noblesse  féodale,  cet 
ennemi  permanent  soutenu  un  moment  par  l'Autriche,  vien- 
nent s'ajouter  d'autres  ennemis,  et  combien  plus  redoutables  t 
Ce  sont  les  routiers  des  Grandes  Compagnies,  auxquels  la 
paix  de  Brétigny  a  fait  des  loisirs,  les  bandes  des  Armagnacs, 
retour  de  BAle  et  de  la  bataille  de  Saint-Jacques  ;  c'est  le  grand- 
duc  d'Occident,  Charles  le  Téméraire,  auquel  le  landgravtat 
d'Alsace  vient  d'échoir  comme  garantie  d'une  somme  prêtée 
Jt  la  maison  d'Autriche,  etc.  C'est  un  miracle,  on  ne  saurait 
assez  le  dire,  que  Mulhouse  ait  pu  résister.  11  est  vrai  qu'elle 
faisait  partie  de  la  Ligue  des  dix  villes  impériales  de  la  Déca- 
pôle  d'Alsace.  Mais,  comme  elle  est  située  h  l'extrémité 
méridionale  du  territoire  confédéré,  il  était  rare  qu'elle  pût 
être  secourue  par  des  alliés  d'ordinaire  très  lents  k  se  mouvoir. 
D'ailleurs  la  Ligue  Mail  elle  même  en  proie  à  des  dissensions, 
et  ne  tenait  que  médiocrement  k  entrer  en  conDit  avec  la 
maison  d'Autriche. 

Mulhouse  se  détacha  peu  k  peu  de  ses  confédérés  d'Alsace 
dont  elle  n'avait  rien  à  attendre.  Elle  ne  se  souvenait  déjà 
presque  plus  de  l'Empire  ;  mais  au  moyen  âge,  et  principale- 
ment dans  cette  Germanie  anarchique,  en  proie  a  tous  les 
déchaînements  de  la  force  brutale,  vivre  dans  l'isolement, 
c'était  se  condamner  k  périr.  Mulhouse  le  comprit  ''l  pourvut 
k  sa  sûreté  :  elle  s'agrégea  aux  cantons  helvétiques  ;  l'acte 
d'Union  date  des  premières  années  du  XVI"  siècle.  C'était  de 
bonne  politique  :  les  Suisses  et  Mulhouse   avaient  le  même 


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388  BBVUB  D  ALSACR 

ennemi,  l'Aatrïche;  de  plus,  les  cantons  étaienl  alors  une 
puissance  militaire  redoutable,  avec  laquelle  toutes  les  puis- 
sances de  l'Europe  étaient  obligées  de  compter. 

En  ISIG,  Frangois  I"  conclut  avec  eux  la  fameuse  pail 
dite  perpétuelle.  Mulhouse  se  trouva  comprise  dans  ce  traite 
qui  donnait  à  la  France  le  droit,  moyennant  une  pension 
annuelle  de  sept  cent  mille  écug  d'or,  de  recrut<tr  des  soldats 
dans  les  cantons  fédérés.  Désormais  les  Hulhousiens  versent 
leur  sang  au  service  du  pays  dont  les  rois  les  appellent  dans 
leurs  lettres  :  «  très  chers  et  grands  amis  alliés  et  confédérés.  » 
La  petite  République  est  à  un  des  tournants  de  son  histoire  : 
désormais,  se  détournant  de  l'Allemagne,  c'est  vers  la  Suisse 
et  la  France  qu'elle  regarde. 

Survient  I4  grande  eribe  de  la  Iléforme  religieuse.  Lef 
désordres  du  clergé,  le  relâchement  des  ordres  monastiques^ 
la  fiscalité  de  la  cour  de  Rome,  les  scandales  des  indulgences. 
rélimioatioD  li  peu  près  complète  de  Jésus  du  christianisme, 
toutes  ces  causes  agirent  à  Mulhouse,  comme  dans  le  reste  de 
la  chrétienté,  et  notamment  dans  les  villes  de  la  rive  droite  et 
de  la  rive  gauche  du  Rhin.  A  Mulhouse,  comme  dans  lei 
autres  villes  de  la  région,  la  révolution  religieuse  ne  se  fit 
pas  brusquement  et  par  une  seule  et  violente  secousse.  Pen- 
dant plusieurs  années,  dans  les  débuts  de  la  Réformation,  dit 
un  historien  éminent,  cette  partie  de  l'Allemagne  n'aurait  pu 
dire  si  elle  était  protestante  ou  catholique.  Catholique 
romaine,  il  est  fort  clair  qu'elle  ne  l'était  plus  ;  mais  protes- 
tante, au  sens  que  prit  ce  mot  plus  tard  quand  il  impliqua  des 
croyances  communes  en  dépit  des  diversités  confessionnelles, 
certainement,  elle  ne  l'était  pas  encore.  Dès  1523,  le  conseil 
municipal  de  Mulhouse  décide  qu'on  chantera  les  psaumes 
en  allemand  et  que  la  communion  sera  faite  sous  les  deux 
espèces.  Deux  ou  trois  ans  après,  la  messe  est  abolie,  la 
confession  auriculaire  supprimée.  En  1528,  les  biens  du 
clergé  sont  convertis  en  propriétés  communales;  le  catholi- 
cisme est  interdit,  la  reliçioo  réformée  seule  permise.  La 
révolution  religieuse  est  consommée,  mais  une  partie  de  la 
population  était  restée  sinon  catholique,  tout  au  moins  flot- 
tante; il  faut  l'ndmettre,  ou  renoncer  h  expliquer,  par  des 


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VUK   PAGK    DB  L'HISTOIRB  C0NTBMI>0HAINB  DE   l'ALSAGB       389 

raisons  plausibles,  les  désordres  sanglants  dont  Mulhouse 
fut  le  thé&lre  dans  les  dernières  années  du  XV>  siècle. 

En  effet,  vers  1580,  une  effroyable  guerre  civile  y  éclate 
BOUS  l'œil  médiocrement  bienveillant  des  confédérés  suisses, 
divisés  eux-mêmes  en  cantons  catholiques  et  en  cantons 
protestants.  C'est  pour  la  domination  qu'on  s'égorge.  Au  plus 
fort  de  la  lutte,  le  chef  d'un  des  partis  abjure  la  Iléforme, 
fait  retour  au  catholicisme,  invoque  l'appui  des  cantons 
catholiques,  se  faisant  fort  auprès  d'eux,  s'il  l'obtenait,  de 
ramener  Mulhouse  à  l'aDcienne  foi.  La  lutte  prend  un  carac- 
tère de  plus  en  plus  atroce  :  les  cantons  catholiques  et  les 
cantons  protestants  interviennent  tour  à  tour,  ces  derniers  k 
main  armée,  et,  &  la  fureur  de  ta  mêlée,  sans  pitié,  sans 
merci,  on  sent  bien  que  les  passions  religieuses  sont  en  jeu. 
Aucun  des  deux  partis  ne  dispose  de  forces  suffisantes  pour 
écraser  l'adversaire  ;  le  vainqueur  de  la  veille  est  le  vaincu 
du  lendemain,  et  la  guerre  se  poursuit  ainsi  jusqu'6  la  fin 
du  siècle,  implacable,  avec  son  cortège  ordinaire  d'exils,  de 
délations,  d'amendes  de  confiscations,  de  supplices.  Par 
centaines  on  compte  les  morts.  C'est  la  première  page  san. 
glante  dans  l'histoire  de  Mulhouse,  c'en  sera  aussi  la  dernière. 

La  petite  République  sortit  de  cette  épouvantable  crise 
brisée,  anéantie,  réduite  k  l'alliance  des  cantons  protestants, 
k  peu  près  exclue  de  la  Confédération  helvétique,  où  l'hosti- 
lité des  cantons  catholiques  ne  lui  permettra  de  rentrer  qu'en 
1777.  Ses  ennemis  relevèrent  la  tète.  La  maison  d'Autriche 
crut  que  le  moment  était  enfin  veau  de  l'assujettir.  Il  fallut 
l'intervention  d'Henri  IV  pour  couper  court  k  des  convoitises 
qu'aucun  échec  n'avait  pu  décourager.  La  guerre  de  Trente 
Ans  vint  s'ajouter  k  toutes  ces  misères;  l'Alsace  fut  en  proie 
aux  Suédois,  aux  PraD(aÎ8,  aux  Impériaux.  Coupée  de  ses 
communications,  Mulhouse  faillit  deux  ou  trois  fois  mourir 
de  faim.  La  paix  de  Westphalie  rendit  enfin  pour  un  moment 
la  paix  k  l'Europe  (1648).  L'Alsace  fut  cédée  k  la  France,  et 
Mulhouse  reconnue  comme  Etat  libre  et  partie  intégrante  de 
la  Confédération  helvétique.  Après  quelques  années  de  paix 
précaire,  la  guerre  reprit,  une  longue  guerre  d'un  demi-siècle, 
soutenue  par  la  France  de  Louis  XIV  contre  l'Europe  coalisée. 


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390  DBVUE  d'alsage 

Mulhouse  en  soulTril  cruellement,  malgré  ses  r&pports  géné- 
ralement bons  avec  le  gouvernement  français. 

Les  cantons  protestants  durent  plusieurs  fois  l'aider  à 
protéger  sa  neutralité  :  ce  qui  ne  l'empêcha  pas  de  leur  résis- 
ter, lorsque  un  jour,  h  propos  d'un  incident  d'assez  mince 
importance,  ses  alliés  firent  mine  de  méconnattre  sa  pleine  et 
entière  souveraineté  de  juridiction.  L'épreuve  passée,  Mul- 
house, avec  la  décision  des  peuples  qui  voient  les  abus  et  ont 
la  volonté  d'y  remédier,  porta  résolument  ta  main  à  sa  cons- 
titution, afin  d'y  introduire  des  modifications  reconnues 
nécessaires.  La  ville  était  sagement  démocratique  ;  le  caractère 
démocratique  se  marqua  davantage.  A  partir  de  1739,  le 
gouvernement  se  composa,  comme  dans  la  plupart  des  Etats 
suisses,  d'un  grand  et  d'un  petitConseil,  et,  en  matière  civile, 
il  y  eut  apppel  du  petit  au  grand  Conseil,  n  Ce  changement 
apporté  à  la  constitution  de  la  République  fut  le  dernier,  dit 
un  de  ses  historiens,  et  elle  continua  d'exister  sous  cette  forme 
jusqu'b  sa  réunion  k  la  France.  C'est  aussi  à  peu  près  k  cette 
époque,  vers  le  milieu  du  XVIII"  siècle,  que  Mulhouse  entre 
dans  la  période  moderne  de  son  histoire,  et  que  commence  k 
s'y  développer  ce  génie  industriel  et  commercial  qui  en  a  fait 
un  des  centres  tes  plus  importants  de  la  France  et  du  monde.  » 


Avant  le  XVIII»  siècle,  l'industrie  de  Mulhouse  était  à  peu 
près  insignifiante.  On  y  exerçait  quelques  petits  métiers  ;  on 
y  fabriquait  des  cuirs,  des  draps  de  qualité  médiocre,  en  petite 
quantité,  car  la  loi  se  montrait  toujours  attentive  i.  réglemen- 
ter la  production  et  la  consommation,  de  façon  k  maintenir 
entre  les  fortunes  un  certain  équilibre  qu'à  tort  ou  à  raison  on 
jugeait  indispensable  au  bon  ordre  et  k  l'harmonie  de  la  cité. 
Ses  relations  commerciales  étaient  renfermées  dans  de  très 
étroites  limites  :  son  existence  était  presque  exclusivement 
agricole.  L'introduction  de  l'industrie  cotonnière  vint  modifier 
profondément  cet  état  de  choses.  Elle  existait  depuis  quelques 
années  k  Mie  et  sur  quelques  autres  points  de  la  confédéra- 
tion helvétique.  C'est  de  Bkle  qu'elle  passa  k  Mulhouse. 
Jacques  Scbmaitzer,  Samuel  Kœchlin  et  Jean-Henri  Dollfus  y 


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UNI  PAO!  DE  L'urSTOIU  CONTBHPOUINB  DE  L'USACB  391 

fondèrent,  en  1746,  la  première  fabrique  d'indiennes.  Six  ans 
après,  un  autre  établissement  fut  créé.  En  1768,  on  comptait 
dijk  quinze  manufactures  d'indiennes;  l'élan  était  donné  et 
rien  désormais  ne  pouvait  l'arrêter,  ni  la  réglementation 
légale,  ni  la  jalousie  des  autres  corporations,  ni  les  imperfec- 
tions de  l'outillage  et  de  l'installation ,  très  imparfaite  au  déhut. 
C'est  de  B&le  et  de  NeuchAtel  que,  dans  le  principe,  les  fabri- 
cants mulhousiens  avaient  fait  venir  leurs  ouvriers,  graveurs, 
imprimeurs,  etc.  ;  ils  en  trouvèrent  bientôt  chez  eux  qui  furent 
supérieurs  k  ceux  des  pays  voisina,  leurs  maîtres.  Les  procé- 
dés de  fabrication  s'améliorèrent;  les  débouchés  se  déve- 
loppèrent rapidement  et  des  industries  complémentaires  ne 
tardèrent  pas  à  s'établir  k  cblé  de  l'industrie  principale. 
Mulhouse  prenait  de  plus  en  plus  l'aspect  d'une  ville  indus- 
trielle moderne. 

Aussi  bien,  la  situation  douanière  de  Holhouse  était  alors 
on  ne  peut  plus  favorable  :  elle  avait  liberté  entière  de  com- 
merce avec  la  Suisse,  l'Allemagne  et  l'Alsace.  Il  ne  faut  pas 
oublier  que  l'Alsace,  bien  que  française  depuis  plus  d'un 
siècle,  n'en  était  pas  moins,  su  point  de  vue  économique, 
traitée  comme  pays  étranger  ;  les  Hulhoastens,  commerçant 
avec  l'Alsace,  ne  rencontraient  donc  pas  l'obstacle  des  douanes 
françaises.  Quant  à  la  France,  elle  était,  pour  Mulhouse,  un 
incomparable  débouché.  Les  produits  manufacturés  mulhou- 
siens y  étaient  frappés,  k  l'entrée,  de  droits  assez  élevés  ; 
mais  ils  n'y  trouvaient  d'autre  concurrence  que  les  indiennes 
proprement  dites,  les  indiennes  de  l'Inde  ;  la  Compagnie  des 
Indes  orientales  avait  fait  interdire  l'établissement  dans  le 
royaume  de  manufactures  de  toiles  peintes. 

Cité  &  peu  prés  fermée  Jusqu'alors,  Mulhouse,  en  s'enri- 
chissanl,  fut  obligée  de  s'ouvrir  ;  les  paysans  y  afOuèrent, 
attirés  par  l'appât  d'un  salaire  relativement  élevé  ;  des 
étrangers  vinrent  s'y  fixer.  Au-dessus  de  la  médiocrité  géné- 
rale et  vraiment  démocratique  des  temps  passés,  des 
fortunes  s'élevèrent  ;  une  prospérité  générale  se  développa, 
dont  le  maintien  était  intimement  lié  k  la  conservation  du 
marché  français.  Retenons  bien  ce  fait  capital,  où  se  trouve 
l'explication  des  événements  qui  préparent  la  réunion  de  Mul- 
house k  la  France.  En  effet,  ce  marché  hoi-s  de   pair,   la 


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France  le  tenait  ouvert  ;  mais,  pour  des  raisons  <iont  elle 
seule  était  juge,  elle  avait  incontestablement  le  droit  de  le 
fermer  ;  et  alors,  c'était  une  catastrophe  ;  c'était  ta 
ruine  de  l'industrie  colonnière,  et,  par  suite  de  toute 
industrie.  Mulhouse  était  donc  à  la  merci  de  la  France. 

En  1785,  une  ordonnance  royale  du  moi  d'avril  créa 
une  nouvelle  Compagnie  des  Indes  orientales,  et  une 
ordonnance  du  mois  de  Juin  de  la  même  année  interdit 
d'une  manière  absolue,  au  profit  de  la  Compagnie,  l'importa- 
tion des  toiles  de  colon  (étrangères.  Appliquée  dans  toute 
sa  rigueur,  cette  mesure  entraînait  la  cessation  de  la  fabrica- 
tion mulhousienne.  Le  magistrat  s'alarma  et  se  hftta 
d'envoyer  k  Paris  une  députation  à  la  tête  de  laquelle  se 
trouvait  un  homme  respectable  entre  tous,  le  plus  dévoué, 
le  plus  éclairé  des  serviteurs  de  la  République,  Joxué  Hofer. 
Des  pourparlers  s'engagèrent.  Les  députés  demandèrent 
que  Mulhouse  fut  traitée  comme  le  reste  de  l'Alsace.  Le 
gouvernement  français  leur  fit  observer  que  la  situation  de 
leur  cité  était  tout  à  fait  particulière  :  soustraite  k  l'action 
de  l'autorité  française,  elle  deviendrait  un  dépôt  de 
marchandises  de  contrebande  ;  il  leur  donna  à  entendre 
qu'on  accorderait  k  Mulhouse  les  privilèges  les  plus  éten- 
dus, si  elle  consentait  k  se  mettre  sous  la  puissance 
du  roi.  Bref,  les  pourparlers  n'aboutirent  pas,  et,  en 
mars  1789,  un  nouveau  règlement  soumit  l'importation 
de  ses  toiles  h  des  droits  sensiblement  supérieurs  à  ceux 
qui  pesaient  sur  les  produits  similaires  de  l'Alsace. 

Ces  mesures,  dont  les  premiers  troubles  de  la  Révolution 
aggravèrent  encore  les  fâcheux  effets,  frappèrent  si  cruelle- 
ment Mulhouse,  que  plusieurs  maisons  durent  renvoyer  la 
plus  grande  partie  de  leurs  ouvriers.  En  1790,  la  situation 
empira.  L'Assemblée  Constituante  substitua  tes  départe- 
ments aux  provinces,  cl,  en  matière  d'impôts,  d'administra- 
tion et  de  douanes,  elle  lit  disparattre,  au  grand  profit  de 
l'unité  française,  ces  diversités  locales  et  provinciales  sur 
lesquelles  l'ancien  régime  n'avait  pas  osé  porter  la  main. 
L'Alsace  cessa  d'être  considérée  comme  pays  étranger, 
et  la  ligne  de  douanes  qui  s'arrêtait  auparavant  à  la 
frontière    de    Lorraine,    fut   portée  jusqu'à   la    ligne  du 


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UNR  PA6B  DB   I.  HISTOthB  GONTIMPORAINS  DE   L'ALSACE       3^ 

Rhin.  Eoclavée  dans  le  département  du  llaul-Rhin,  par 
quelque  cblf  que  Mulhouse  tent&t  de  sortir,  c'est  k 
l'Alsace  complètement  assimilée  h  la  France,  ou,  pour 
mieux  dire,  c'est  à  la  France  qu'elle  venait  se  heurter. 
Four  communiquer  avec  la  Suisse  et  l'Allemagne,  c'est 
par  le  territoire  français  qu'il  fallait  passer.  En  présence 
d'une  situation  si  menaçante,  les  deux  conseils,  renforcés 
de  quarante  bourgeois  élus  par  les  tribus,  envoyèrent 
&  Paris  une  députatïon  composée  de  Josué  llofer,  de 
Nicolas  Thierry,  Hartmann  Koecblin,  et  Jacques  Dollfuss, 
avec  mission  d'obtenir,  si  possible,  du  gouvernement 
français,  que  le  commerce  mulhousien  fût  admis  aux 
mêmes  avantages,  et  soumis  aux  mêmes  charges  que  celui 
de  l'Alsace. 

Il  furent  reçus  &  l'Assemblée  constituante  le  18  novembre  ; 
la  demande  qu'ils  exposèrent  fut  renvoyée  au  comité  de 
commerce  et,  par  celui-ci,  au  pouvoir  exécutif.  La  réponse 
fut,  que  c'était  k  Mulhouse  et  non  eu  gouvernement  français 
de  se  prononcer  sur  la  nature  et  les  bases  du  traité  qu'elle 
entendait  conclure.  Mis  en  demeure  de  faire  connaître  leurs 
prétentions,  les  députés  demandèrent  un  traité  de  com- 
merce ;  il  l'obtinrent,  et  plus  avantageux  même  qu'ils 
n'avaient  osé  espérer.  Malheureusement  pour  Mulhouse, 
toutes  conventions 'devaient  être  approuvées  par  l'Assemblée 
avant  ratification  ;  or,  la  Constituante  touchait  à  son 
terme  ;  il  fallait  attendre  l'Assemblée  Législative.  D'autre 
part,  la  situation  générale  devenait  de  plus  en  plus 
sombre  :  la  journée  du  10  août  1791avait  consommé  la 
chute  de  la  royauté,  et  une  coalition  se  formait  contre  la 
France.  Le  traité  ne  fut  même  pas  discuté.  Les  députés  ren- 
trèrent k  Mulhouse. 

Dès  lors,  les  événements  se  précipitent.  Les  intérêts  oppo- 
sés k  Mulhouse  l'emportent  définitivement  ;  les  mesures  les 
plus  rigoureuses  sont  prises.  Le  2  mars  179S,  un  arrêté  du 
département  du  Haut-Rhin  déclare  la  ville  et  ses  dépendan- 
ces territoire  étranger  et  l'enserre  dans  un  cercle  de 
douanes,  établies,  au  nombre  de  douze  dans  les  villages  les 
plus  rapprochés.  La  situation  devenait  intolérable  :  non 
seulement  tout  commerce  était  anéanti,   mais   l'eïislence 


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■éMe  4e  b  ville  était  es  jeu  ;  les  déniées  n'estraient 
ph»  qne  par  coatr^MMie,  U  mit,  ^  des  prix  iaabordaUoS  ; 
le  Moeiu  était  eomplei.  Cespé  fie  toatee  aes  eoauMai- 
ealioos  arec  le  dehors,  prise  eomne  dans  sa  étUk, 
Mnlhonse  étonSaîL  Les  négociatMww  réieat  doae  repnaai. 
Il  ne  pooTsit  plus  ètn  question  des  exigeâmes  i^isutiTes  : 
la  dépotation  nmlboasienne  se  borne  à  demander  le  trxBMt, 
la  libre  coannanicatioa  arec  l'étraager.  L'a  arrêté  du  Comité 
de  Salai  poblic  reada  en  mara  179i  veut  bien  autoriser  le 
transit,  mais  pour  certaines  marcfaandises  netteoMat  sped- 
fiéea,  dont  la  quotité  devra  être  débattue  par  deux  bureaux 
de  douanes,  sous  peine  de  confiscation,  et  cette  faveur  était 
accordée  pour  la  durée  d'une  année  seulement,  bientôt  éten- 
due k  quinze  mois. 

Arec  sa  décision  babitnelle,  Mulhouse  se  bite  de  profiter 
do  répit.  Elle  se  remet  au  traTait  ;  elle  rétablit  ses  relations 
commerciales  avec  l'Alleaugne  et  la  Suisse  ;  elle  renourelle 
ses  ressources  k  pen  près  épuisées.  Quand  les  quince  mois 
soot  révolus,  la  convention  est  maintenue  d'un  consente- 
ment tacite  jusqu'à  la  fin  de  l'anut^  1796.  C'est  la  dernière 
faveur  de  la  fortune.  Il  faut  sortir  k  tout  prix  d'un  provi- 
soire énervant  pour  les  deux  parties.  Le  gouvernement 
français  devient  pressant.  Le  Grand  Conseil  envoie  à  Paris 
une  nouvelle  députation,  toujours  avec  mission  d'obtenir, 
si  possible,  un  traité  de  commerce  et,  au  pîs-aller,  la  conti- 
nuation du  transit.  Hais,  dès  les  premières  démarches,  les 
députés  comprennent  l'inutilité  de  toute  négociation  qui 
n'atirail  pas  pour  base  la  réunion  de  Mulhouse  k  la  France. 
Peu  de  temps  après,  comme  pour  leur  enlever  toule  illusion 
k  cet  égard,  le  Directoire  ordonne  que  toutes  les  mesures 
de  rigueur  soient  reprises  contre  la  petite  République,  et 
déclare  aux  membres  de  la  députation  qu'il  est  temps 
de  mettre  un  terme  à  des  hésitations  qui  ne  peuvent  plus 
que  retarder,  au  détriment  de  tous,  un  événement  désor- 
mais inévitable. 

La  nation  qui  parlait  sur  ce  ton,  venait  de  vaincre 
l'Europe  coalisée  et  de  signer  la  paix  de  Campo-Kormio.  Du 
dehors,   rien  k  attendre,  pas  même  de   la  Confédération 


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VUE  PAGK  DB  L'HISrOIRE  CONTEHPORAIHK  DE  C'ALSACB       395 

Helvétique,  dont  les  rapports  avec  la  France  commençaient 
à  se  tendre.  Que  faire?  céder  à  d'inéluctables  nécessités. 
Les  députés  le  comprennent,  et  leur  opinion  ne  va  pas 
hmler  k  devenir  celle  de  l'immense  majorité  de  leurs 
concitoyens.  Le  bourgmestre  et  le  syndic  sont  invités  à 
faire  au  Grand  conseil  un  rapport  fidèle  sur  la  situation. 
Le  3  janvier  1798,  le  Grand  Conseil  et  les  Quarante  sont 
assemblés  pour  entendre  la  lecture  du  rapport  et  du  projet 
de  traité  de  réunion  avec  la  France.  On  procède  au 
vote  ;  quatre-vingt-dix-sept  voix  contre  cinq,  se  pronon- 
cent pour  la  réunion.  Le  lendemain,  les  bourgeois  au 
nombre  de  six  cent  six,  se  rendent  k  l'église  Saint- 
Étienne,  où,  suivant  la  coutume,  ils  sont  appelés  indivi- 
duellement k  donner  leur  avis.  C'est,  pour  ainsi  dire, 
k  l'unanimité  (cinq  cent  quatre-vingt-onze  contre  quinze) 
qu'ils  confirment  le  vote  de  leurs  magistrats.  Le  même 
jour,  noblement,  simplement,  avec  une  sorte  de  gravité 
religieuse,  les  cantons  helvétiques  autorisent  Mulhouse  à 
reprendre  sa  liberté  et  lui  envoient  un  suprême  et  fraternel 
adieu.  Le  28,  le  traité  est  signé  ;  il  est  soumis  au  peuple 
réuni  k  l'église  Sant-Ëlienne  et  reçoit  de  lui  une  for- 
melle et  définitive  ratification.  La  France  le  ratifie  le 
1"  mars,  et  la  fête  de  la  réunion  est  fixée  au  15  du 
même  mois.  Un  vaillant  petit  peuple  venait  de  se  donner 
librement  k  la  France. 

Oui,  librement,  en  dépit  des  apparences  qui  semblent 
entacher  de  contrainte  le  vote  du  traité  de  réunion.  Il 
faut  s'expliquer  sur  ce  point.  Qu'on  veuille  bien  se  rappeler, 
d'abord,  que  la  vieille  monarchie  avait  toujours  été  respec- 
tueuse des  droits  de  ses  chers  alliés  et  confédérés  ; 
et  ceux-ci,  h.  leur  tour,  sans  rien  abandonner  de  leur 
autorité,  san  rien  compromettre  de  leur  dignité  de  peuple 
libre,  n'avaient  jamais  laissé  échapper  une  occasion  de 
montrer  combien  ils  étaient  sensibles  aux  bons  procédés 
du  peuple  puissant  qu'ils  avaient  pour  voisin.  En  1790, 
il  est  vrai,  ces  rapports  avaient  perdu  quelque  chose  de 
leur  ancienne  cordialité  ;  les  années  suivantes,  ils  s'étaient 
tendus    ;    vers    1796-97,    ils    menaçaient    de    se    rompre. 


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3W  REVD8   DALSACB 

Mais,  dBDs  ce  fait,  peut-on  raisonnablement  voir  autre 
chose  qu'une  de  ces  fatalités  historiques  qui  déconcertent 
toutes  les  combinaisons  de  la  sagesse  humaine  ?  Ce  conflit 
entre  Mulhouse  et  la  France,  peut-on  l'isoler  de  l'histoire 
générale  de  ce  temps,  et,  si  l'on  veut  avoir  un  juste 
sentiment  de  la  réalité,  ne  faut-il  pas  se  représenter 
l'Europe  d'alors  :  les  États  du  pape  diminués,  Venise 
rayée  de  la  liste  des  nations,  le  pays  de  Vaud  émancipé  de 
de  la  domination  de  Berne,  la  constitution  de  la  Suisse 
menacée  dans  ses  oeuvres  vives,  la  rive  gauche  du  Rhin 
faisant  retour  h  la  France  î 

Au  milieu  de  cette  Europe  ébranlée  jusque  dans  ses 
fondements,  h.  côté  de  cette  France  glorieuse,  agrandie, 
débordant  par  delà  les  frontières  que  la  vieille  monarchie 
lui  avait  léguées,  pouvant  réduire  son  adversaire  à  merci 
sans  employer  la  force,  rien  qu'en  usant  en  toute  rigueur 
de  son  droit  strict,  était-il  possible  que  Mulhouse  conserv&t 
son  autonomie  ?  Etait-il  possible  que,  lorsque  tout  changeait 
en  Europe,  elle  restât  ce  qu'elle  était  avant  1789  t 
Evidemment  non.  —  C'est  ce  que  comprirent  les  vieux 
Mulhousiens  ;  Ils  firent  résolument  le  sacrifice  de  leur 
indépendance,  et  la  petite  République  confondit  ses  destinées 
avec  celles  de  la  France. 

Ce  ne  fut  pas  sans  émotion.  Le  jour  ou  fut  voté  le  traité 
de  réunion,  lorsque  fut  définitivement  consommée  la 
rupture  avec  le  passé,  avec  les  ancâtres,  avec  la  liberté 
plusieurs  fois  séculaire,  un  des  assistants  éclata  en  sanglots  ; 
beaucoup  se  sentirent  atteints  au  plus  douloureux  de  leur 
cœur.  Hais  combien  d'autres,  parmi  les  plue  jeunes  surtout, 
s'élancèrent,  pleins  d'espérance,  vers  un  avenir  qui  ouvrait 
k  l'action  et  au  rêve  un  champ  illimité!  Ce  n'était  pas  un 
honneur  si  méprisable,  après  tout,  celui  de  faire 
partie  d'une  nation  qui  faisait  si  grande  figure  dans 
le  monde. 

'  D'ailleurs,  Mulhouse  n'était  point  resté  fermée,  tant 
s'en  faut,  aux  idées  qui  passionnèrent  le  XVIII'  siècle 
et  furent  le  programme  de  la  Révolution  française  com- 
mençante. Et  nous  pouvons  afUrmer,  en  forçant  un  peu  la 


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UKB   PAGE  DR   L'fllSTOIRK  CONTBMPOBAINB  DE  L'ALSACB       397 

valeur  des  termes,  qu'antérieurement  h  cette  date  de  mars 
1798,  il  y  arait  depuis  longtemps  k  Mulhouse  un  parti 
français  ;  en  1789,  il  était  déjà  assez  Tort,  et  depuis 
il  ne  fit  que  grandir.  Nul  doute  que  son  active  propagande 
n'ait  incliné  les  esprits  vers  les  idées  françaises  d'abord, 
et,  plus  tard,  vers  la  France.  Oubliés,  méconnus,  démodés 
aujourd'hui  ces  principes  d'humanité,  de  Justice,  de  progrès, 
étaient  alors  dans  tout  l'éclat  de  leur  rayonnement,  avec  je  ne 
sais  qu'elle  Tratcheur  d'aube.  Même  dans  les  mots,  signes  de 
ces  idées,  une  vertu  résidait,  une  sorte  de  charme  fascinateur. 
Comme  tant  d'autres,  les  Mulhousiens  se  liiissérenl  charmer. 
Si  la  réunion  eut  lieu,  ce  fut,  sans  doute,  par  calcul,  par  inté- 
rêt, par  nécessité  de  vivre,  sous  la  pression  de  cette  fatalité 
qu'on  appelle  la  force  des  choses,  mais  aussi  par  sentiment, 
entraînement,  pour  ces  raisons  du  cœur  oii  la  raison  n'a  rien  à 
voir.  Ce  ne  fut  point  ii  une  France  quelconque,  banale,  que 
Mulhouse  s'annexa,  ce  fut  à  la  France  de  la  Révolution,  de 
la  République,  des  droits  de  l'homme.  Ce  que  l'intérêt  et  la 
nécessité  avaient  commencé  s'acheva  paternellement  par 
une  sorte  de  communion  dans  un  noble  idéal  de  liberté,  de 
justice,  de  large  et  généreuse  humanité. 

La  fête  de  la  Réunion  avait  donc  été  fixée  au  15  mars.  La 
veille,  les  délégués  du  gouvernement  français  arrivèrent  ii 
Mulhouse;  le  S,  au  point  du  jour,  des  salves  d'artillerie 
annoncèrent  ia  solennité.  De  nombreux  arbres  de  la  liberté 
attiraient  les  regards.  Un  beau  cortège  se  forma,  composé 
des  anciens  magistrats,  des  autorités  françaises,  de  détache- 
ments de  troupes  françaises  et  mulhousiennes,  de  jeunes 
gens  tenant  en  main  des  bêches  et  des  pioches  ornées  de 
banderoles,  de  jeunes  filles  soutenant  un  cousin  de  satin  hianc 
sur  lequel  était  posée  la  Constitution  française,  d'un  autre 
groupe  de  jeunes  gens  portant  des  rameaux  et  des  fleurs,  etc. 
Ce  cortège  se  rendit  à  la  grande  place  o£i  deux  tribunes  avaient 
été  préparées,  l'une  pour  les  magistrats  mulhousiens,  l'autre 
pour  les  autorités  françaises.  Le  commissaire  français  adressa 
une  allocution  k  l'ancien  Conseil,  et  lui  demanda  s'il  y  avait 
encore  quelque  acte  de  souveraineté  qu'il  désir&t  accomplir. 
En  réponse,  le  magistrat  délia  les  habitants  d'illzach  de  tous 


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aHa  BEVUK  D  ALSACE 

leurs  devoirs  envers  Mulhouse  —  ces  petites  républiques 
avaient  des  sujets  —  et  leur  remit  leur  lettre  d'aR'r&nchisse- 
ment.  Le  traita  de  réunion  fat  lu  une  dernière  fois.  La 
nouvelle  municipalité  fut  installée;  vers  deux  heures  d« 
l'après-midi,  banquet,  où  de  nombreux  toasts  furent  échangés. 
On  y  but  à  la  République,  à  la  liberté  fondée  sur  les  lots,  à 
réalité,  aux  nations  alitées  de  la  Bépublique.  On  parla  des 
enfants  de  la  victoire,  du  temple  de  la  liberté,  du  bonheur  du 
monde,  de  la  perfide  Albion,  des  délices  de  la  pais.  —  Le 
tangage  du  temps  était  déclamatoire,  mais  les  sentiments 
n'avaient  rien  d'artiDciel.  Peu  de  temps  aprf-s  Fructidor, 
BOUS  la  menace  de  Brumaire,  on  croyait  sincôrement  h  la 
liberté,  et,  à  la  veille  d'une  guerre  de  dix-sept  ans,  pendant 
une  embellie, on  croyait  non  moins  sincèrement  !i  la  fraternité 
d«s  peuples. 

Ce  que  celte  ville,  industrielle  entre  toutes,  avait  été  avant 
sa  réunion  à  la  France,  elle  le  fut  après,  c'est-à-dire  une  per- 
sonne, une  individualité  ;  telle  elle  est  restée,  sous  un  régime 
de  centralisation  extrême,  pendant  près  de  trois  quarts  de 
siècle.  C'était  là,  dans  la  patrie  française,  sa  marque  propre. 
A  Mulhouse,  point  de  trace  de  ce  qu'on  appelle  l'esprit  fonc- 
tionnaire; les  enfants  étaient  élevés  pour  être  des  commerçants 
et  des  industriels.  Comme  par  une  sorte  d'atavisme,  Mulhouse 
avait  jusque  dans  les  moelles,  avec  l'impérieux  besoin  de 
l'action,  les  mœurs,  la  passion  et  les  pratiques  de  la  liberté. 
Pays  protestant,  l'instruction  k  tous  ses  degrés  y  était  en 
honneur:  écoles  de  filature,  de  tissage,  de  chimie,  coui'S 
d'enseignement  secondaire  pour  jeunes  filles,  société  indus- 
trielle, cités  ouvrières,  dispensaires,  cercles  d'ouvriers,  cercle 
de  vieillards,  établissements  d'instruction,  de  bienfaisance, 
de  perfectionnement  industriel,  toutes  ces  institutions  qu'on 
aurait  eu  bien  du  mal  k  trouver  disséminées  ailleurs,  on  les 
avait  là,  sous  la  main,  accumulées  sur  un  seul  point  ;  et  tout 
cela  sans  le  moindre  concours  de  l'Etat,  par  le  seul  et  libre 
jeu  de  l'initiative  individuelle.  Grand  et  salutaire  exemple  ! 
Que  ne  nous  a-t-il  été  donné  d'en  jouir  plus  longtemps  !  Nous 
en  aurions  peut-être  tiré  un  encouragement  à  agir  par  nous- 
mêmes  et  h  déployer  librement  toutes  nos  énergies. 


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<]NR   PAO!  DB  l'hISTOIRI  CONnWPOR.lINK   OB   L'aLSACB       399  - 

Mulhouse  en  était  Ik  de  son  magniUque  épanouisse  méat 
lorsque  la  |H)litique  de  fer  et  de  sang  vint  l'arracher  îi  la  mère- 
patrie.  Celui  qui  écrit  ces  lignes  était  de  ceux  qui  espéraient 
Téler  k  Mulhouse  le  centenaire  de  la  réunion  !i  la  France. 
Hélas  I  il  a  vu  de  ses  yeux  la  séparation  ;  il  était  Ik  et  il  garde 
au  cœur  nn  deuil  éternel.  XX 

Le  gérant  :  Victor  Hichbrt. 


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JEAN-JACQUES  HENNER 


Les  œuvres  qui  ont  valu  à  H.  Ilenner  la  médaille  d'honneur 
sont  les  suivantes:  le  Lévite  d'EphraXmetsa  femme  morte; 
Portrait  de  Mlle  L.  L... 

Esquissons  maintenant  la  silhouette  du  victorieux  : 

M.  Henner  a  soixante-neuf  ans.  Il  est  né  en  1829  k  Dern- 
willer,  dans  la  Haute-Alsace,  près  d'Altkirch.  Fils  d'un  petit 
cultivateur,  et  le  dernier  d'une  nombreuse  lignée,  il  a  mani- 
festé de  très  bonne  heure  ses  goûts  artistiques  en  copiant, 
avec  une  ardeur  à  laquelle  s'intéressait  tout  le  village,  des 
images  de  piété,  des  gravures.  Quoique  les  ressources  du  père 
fbssent  modiques,  on  envoya  l'enfant  au  collège  d'AllkiPch, 
où  il  eut  la  chancp  de  rencontrer  un  professeur  de  dessin 
vraiment  épris  de  son  métier,  très  artiste,  qui  lui  transmit 
avec  joie  ce  qu'il  savait.  A  quatorze  ans,  Jean^acques  en  eut 
assez  de  la  vie  de  collège  et  déclara  tout  net  qu'il  voulait 
apprendre  k  peindre  pour  de  vrai. 

On  le  dirigea  sur  Strasbourg  oii  un  artiste  alsacien  très 
renommé,  Gabriel  Guérin,  tenait  alors  un  atelier  d'élèves  Irt^s 
couru.  11  y  rencontra,  dans  la  bande  de  rapins  qui  recevait 
l'enseignement  du  mattre,  un  petit  groupe  de  jeunes  gens 
d'un  ou  deux  ans  plus  Âgés,  qui  devaient  se  faire  un  nom  à 
ses  cAtés  dans  les  arts,  HalTner,  Brion,  Théophile  Schuler, 
Jundt.  11  y  éprouva,  par  contre,  une  déception  des  plus  vives. 
On  refusa,  dans  les  premiers  mois,  de  l'autoriser  k  étaler  des 
couleurs  sur  une  toile,  et  on  le  mit  au  régime  exclusif  du 
dessin.  Si  son  amour-propre  en  souffrit,  son  talent  naissant  y 
gagna.  Tandis  que  les  camarades,  dans  l'atelier  du  maître, 
presque  toujours  absent,  se  livraient  k  de  folles  plaisanteries, 
Henner,  son  carton  sur  ses  genoux,  travaillait  d'après  les 
maîtres  dans  le  musée.  Il  sut  ainsi  dessiner  k  fond  avant  de 


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iBAM-ZACOUBS   HEHNEH  401 

peindre,  et,  quand  il  vint,  vers  l'ftge  de  dix-huit  ans,  à  Paris, 
prendre  place  dans  l'atelier  de  Drolling;,  il  s'y  affirma,  dès  le 
d^bat,  comme  quelqu'un.  S'il  n'obtint  qu'en  1858  le  prix  de 
Kome, c'est  qu'il  s'était  vu  obligé  k  deux  reprises,  mourant  de 
faim,  de  rentrer  sous  le  toit  paternel  et  de  renoncer  pendant 
des  douze  ou  quinze  mois  k  l'enseignement  de  l'école. 

Cette  interruption  lui  fut  plus  utile  que  nuisible.  Le  musée 
de  B&le  était  tout  proche  de  Bernwiller.  Ëo  deux  heures,  le 
chemin  de  fer  y  transportait  le  jeune  Henner,  qui  allait 
pendant  des  journées  entières,  s'y  installer  en  contemplation 
devant  les  chefs-d'œuvre  de  Uolbein. 

Les  menus  frais  que  lui  occasionnaient  ces  voyages  étaient 
couverts  par  le  prix  des  portraits  que  le  débutant  exécutait, 
pour  dix  francs,  dans  tous  les  villages  d'alentour,  et  qui, 
malgré  la  modicité  de  la  rémuoération,  n'en  étaient  ni 
moins  consciencieux,  ni  moins  fermes. 

De  1866  k  1859,  Henner  vécut  sans  cesse  h.  Paris.  De 
l'ateherde  Drolling,  il  avait  passr  dans  celui  de  Picot,  oii  le 
père  Ingres  venait,  de  temps  à  autre,  corriger  les  composi- 
tions des  élèves.  La  première  fois  qu'IIenner  y  vit  le  grand 
homme,  empesé  et  gourmé,  se  pencher  sur  l'esquisse  de  nu 
qu'il  venait  de  peindre,  il  en  eut  un  tremblement  dans  les 
membres.  11  lui  semblait  que  de  ces  lèvres  serrées  allait  tom- 
ber un  arrêt  que  rien  ne  pouvait  révoquer.  L'arrêt,  fort 
heureusement,  ne  fut  pas  un  arrêt  de  mort.  Ingres  avait 
passé,  sans  rien  dire,  devant  dis  autres  élèves,  et  la  désappro- 
bation que  renfermait  ce  silence  n'avait  pas  peu  contribué  au 
toc-toc  que  faisait  le  cœur  d'Uenner.  Ingres,  devant  son 
esquisse  k  lui,  s'arrêta,  la  regardant  longuement. 

—  Ça,  c'est  bien  t  fit-il,  et  il  passa,  sans  regarder  le  jeune 
homme,  au  suivant. 

—  Je  l'aurais  embrassé,  dit  Henner,  quand  il  raconte  l'his- 
toire. Du  moment  que  le  père  Ingres  m'approuvait,  je  me 
sentais  sauvé.  J'étais  sAr  que  je  décrocherais  un  jour  ou  l'autre 
le  prix  de  Rome. 

Et  le  prix  de  Rome,  au  bout  de  trois  ans,  vint  enfin,  appor- 
tant au  jeune  peintre,  avec  la  consécration  de  ses  efforts,  la 
délivrance  du  terrible  souci  qui  pesait,  depuis  son  arrivée  à 
Paris,  sur  sa  vie,  de  cette  crainte  de  mourir  de  faim  dont  la 


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402  RBvuB  d'alsace 

hantise  l'obsédait.  Au  pain  noir  qu'il  avait  mangé  jusque-là 
succédait  le  pain  lilanc  de  la  villa  Hédicis.  Tout  pour  lui, 
dans  son  séjour  de  Rome,  fut  lumière.  Les  quatre  ans  qu'il  y 
passa  furent  une  suite  ininterrompue  de  ravissements,  de 
jouissances  quotidiennement  renouvelées,  de  pures  extases. 
Il  en  revenait  en  1865  avec  cette  Suzanne  au  bain  qui  est  au 
Luxemboui^  et  qui  fit  sensation,  la  même  année,  au  Salon. 
Après  tes  deux  ou  trois  ans  nécessaires  pour  asseoir  définiti- 
vement sa  renommée,  Ilenner  était  célèbre.  La  médaille 
d'honneur  qu'on  lui  décerne  aujourd'hui  n'ajoute  rien  'a  sa 
gloire.  Elle  fait  juger  sévèrement  les  artistes  qui  ont  attendu, 
pour  la  lui  conférer,  qu'elle  eût  été  discréditée  quelque  peu 
par  l'imprévu  et  la  bizarrerie  de  certains  choix. 

Inutile  d'esquisser  ici  la  carrière  du  maître.  Elle  est  sulli- 
samment  connue  de  tous  ceux  qui  s'intéressent  Ji  l'art  pour 
qu'il  soit  nécessaire  de  lu  retracer. 

Journal  Lk  Temps  du  '^8  mai. 


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NOTES  HISTORIQUES 

SUR 

L'ORIGINE  DU  LUTHÉRANISME 

à  Strasbourg  (*) 


La  Revue  a  publiL^  en  1866  des  notes  importantes  relatives 
aux  origines  de  la  Itéforme,  ou  plus  exactement  du  Luthéra- 
nisme, h  Strasbourg  et  en  Alsace.  Ces  notes  provenaient  des 
papiers  de  Grandidier  dont  le  Directeur  de  la  Revue  avait 
pris  copie  d'un  certain  nombre  en  1852.  Un  plus  grand  nom- 
bre lui  est  revenu  après  le  bouleversement  de  1870.  C'est  de 
cette  provision  que  sont  extraites  les  Communications  de 
1866.  A  ta  fin  de  ces  communications,  nous  avons  lâché,  un 
peu  à  la  légère,  l'habituelle  Qimlc  :  à  suivre.  Soit  que  cette 
formule  n'engage&t  pas,  dans  notre  esprit  l'obligation  de  tenir 
parole,  soit  que  nous  ayons  jugi'  k  la  légère,  que  les  notes 
inédites  ne  méritaient  pas  l'honneur  d'un  examen  plus  serré, 
soit  qu'un  grain  de  paresse  ait  dominé  notre  pensée,  l'enga- 
gement: A  suivre  est  demeuré  inaccompli.  Or,  on  a  l'occasion, 
non  de  nous  le  reprocher,  mais  de  nous  le  dire,  simplement 
et,  sans  aucun  doute,  sans  arrière- pensée.  Précisons  ; 

M.  l'abbé  Ingold  s'exprime  ainsi  page  VIII  de  l'avant-propos 
de  son  second  volume  : 

«  Depuis  l'apparition  de  son  second  volume,  quelques  arti- 
cles oubliés  dans  la  «  Bibliographie  de  Grandidier  »  lui  ont 

(1)  Vo;.  livrais,  de  Juillet -aodUiepIcmbre  de  \&  Revue  d'AUace, 
de  1896,  p.  p.  396-417, 


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404  RBVL-X  d'auack 

été  signalés  par  des  lecteors  aaxquels  il  témoigne  sa  recon- 
naissance. De  ce  nombre  sont  :  .\olex  historiquet  »ur  l'ori- 
«  gine  du  lutkéranUme  à  Strasbourg,  dans  la  Revue 
d'AUace,  1896,  p.  306-417  ».  Puis  il  ajoute  daas  une  note  au 
bas  de  la  page  : 

«  BT  A  St'IVBI.  MAIS  CETTS  SUfTI  ^'A  PAS  CtClWI  Slé  PCBLIKE  ». 

Le  fait  est  vrai.  Nous  venons  d'en  dire  les  raisons,  bonnes 
ou  mauvaises.  Mais  nous  tenons  essentiellement  a  dégager  la 
promesse  faite  aux  lecteurs  de  la  Afrueetque  l'on  a  eu  raison 
de  nous  rappeler.  Voici  donc  la  fin  de  ce  que  nous  possédons 
à  cet  égard. 


Nous  sommes  arrivés  ù  l'épiscopalde  N...  tl),  époque  aussi 
remarquable  dans  l'église  de  Strasbourg  que  celle  de  Charles- 
Quint,  qui  monta  sur  le  trOne  impérial  vers  le  même  temps, 
esi  célèbre  dans  l'Europe.  Mais  ce  qui  plongea  l'Eglise  et 
l'Empire  dans  un  abtoie  de  misère,  ce  fut  l'hi-rôsie  de  Luther 
au  quel  l'Alsace  s'est  vue  en  proie  jusqu'au  rùgnc  de  Louis-le- 
(irand;  et  le  diocèse  de  Strasbourg  fut  un  des  premiers  qui  ait 
eu  le  malheur  d'ouvrir  son  sein  aux  novateurs.  La  contagion 
corrompit  premièrement  la  ville  de  Strasbourg,  d'oA  elle  se 
répandit  comme  de  son  centre,  avec  une  rapidité  prodigieuse, 
dans  tontes  les  parties  de  cette  province. 

Lathéranisme 

On  a  si  savamment  et  si  souvent  écrit  sur  cette  matière,  que 
nous  ne  nous  étendrons  pas  k  faire  sentircombien  peu  le  nom  de 
Réformation  convient  à  ces  entreprises  sur  l'autorité  de 
l'église.  Nous  nous  contenterons  d'observer  que  pour  entre- 
prendre un  aussi  grand  ouvrage,  il  fallait  au  moins  avoir  un 
caractère  :  or  quel  caractère,  quelle  mission  légitime  avaient 

(1)  Guillaume  de  Honstein,  élu  le  9  octobre  1506.  — Vojei  T.  IV, 
p.  370  et  Buivantes  des  œuv.  higt.  inéd.  i866,  concernant  l'inlro- 
duction  du  Luthéranisme  a  Strasboui^  et  en  Alsace. 


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ORIGINE   DU   LUTHâRANISUK   A    STAASBOl'RG  405 

Luther,  Buceret  autres  réformateurs?  [Is  ne  tenaient  pas  leur 
pouvoir  de  l'église,  ils  le  tenaient  encore  moins  immédiate- 
ment de  Dieu.  La  mission  extraordinaire  dont  leurs  défenseurs 
ont  voulu  les  décorer,  n'a  été  soutenue  ni  de  mira(;les,  ni  de 
prophéties,  ni  d'aucune  des  autres  marques  qui  ont  éclaté 
dans  Moïse  et  dans  J.  C.  Quels  abus  ont-ils  prétendu  corri- 
ger? La  foi  de  la  présence  réelle,  de  la  IransubstanLialion,  du 
mérite  des  bonnes  œuvres,  la  prière  pour  les  morts,  les  jeûnes, 
les  vœux  monastiques,  le  célibat  des  prêtres  etc?  Hais  il  suffit 
d'ouvrir  l'histoire  ecclésiastique  pour  reconnaître  qu'on  avait 
cru  et  pratiqué  toutes  ces  choses  dans  l'église  dès  la  première 
antiquité  ;  et  que  s'il  ne  tient  qu'à  se  parer  du  prétexte  de 
réformation  et  du  titre  de  réformateur,  chaque  particulier  va 
bientôt  renverser  tout  ce  qu'il  y  a  de  plus  solidement  établi 
en  fait  de  créance  ou  de  morale.  C'est  ce  que  n'ont  que  trop 
justifié  et  leurs  propres  principes  et  l'expérience  ;  leurs  prin- 
cipes, en  attribuant  h  chaque  particulier  le  droit  de  régler  sa 
foi  sur  l'intelligence  qu'il  n  des  écritures  et  par  là  même,  en 
n'établissant  au  milieu  d'eux  aucune  autorité  légitime  pour 
décider  les  questions  de  foi  ;  l'expérience  par  leurs  propres 
variations,  et  par  cette  multitude  de  sectes  sorties,  depuis 
deux  siècles,  du  protestantisme. 


Un  moine  de  Saxe,  courageux  jusqu'à  la  témérité,  doué 
d'une  imagination  forte  —  Si  nous  examinons  en  gros  l'ou- 
vrage de  la  Réformation,  il  faut  convenir  qu'il  en  résulta  un 
avantage,  c'est  que  les  théologiens  des  deux  Communions, 
obligés  de  combattre  de  la  plume,  étaient  forcés  de  s'instruire, 
le  besoin  de  savoir  les  rendit  savants.  Ue  grands  hommes 
parurent  en  chaque  parti. 

Tel  fut  le  bien  que  produisit  la  Réforme.  Si  nous  le  compa- 
rons aux  maux  qu'elle  causa,  il  faut  convenir  que  le  bénéfice 
qu'il  opéra  a  été  chèrement  acheté. 


On  lit  ces  paroles  dans  un  ouvrage  de  Jean  Marbach,  page 
H  ft  Die  papisten  hauchen  in  ihrer  mess  Zauberische  wort 
I  aber  die  élément  brod  und  wein.  » 


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REVUE  D  ALSACE 


L'Église  catholique  de  Strasbourg  connait  si  parfaitement 
le  mérite  de  la  plupart  des  ministres  protestants,  qu'elle  se 
féliciterait  à  jamais  de  les  voir  dans  son  sein.  Il  ne  s'agirait 
plus  de  rappeler  les  querelles  passées  ;  de  reproduire  ces  temps 
orageux  où  chacun,  emporté  par  la  vivacité,  sortit  des  règles 
de  la  modération  chrétienne.  Hais  il  serait  question  de  réunir 
dans  une  même  croyance  fondée  sur  l'écriturp  et  sur  la  tradi- 
tion, telle  qu'on  la  trouve  chez  les  apôtres,  l.-s  conciles  et  les 
pères. 


Je  ne  dirai  rien  qui  ne  soit  tiré  le  plus  souvent  des  propres 
écrits  des  Protestants  et  toujours  d'auteurs  peu  suspects  ;  de 
sorte  qu'il  n'y  aura  dans  tout  ce  que  j'en  dirai  aucun  fait  qui 
ne  soit  authentique  et  incontestable.  Pour  ce  qui  regarde  les 
actes  pubhcs  des  Protestants  faits  à  Strasbourg,  outre  leurs 
confessions  de  foi  et...  etc.  qui  sont  entre  les  mains  de  tout 
le  monde...  etc.  Xa  reste  pour  le  fond  des  choses,  il  est  bon 
de  dire  quel  est  mon  sentiment  ;  car  assurément  je  suis  catho- 
lique et  enfant  soumis  aux  décisions  de  l'Eglise.  Après  cela, 
aller  faire  le  neutre  et  l'indifférent,  à  cause  que  j'<^cris  une 
histoire,  ce  serait  faire  au  lecteur  une  illusion  trop  grossière; 
mais  avec  cet  aveu  sincère,  je  prie  les  Prolestanls  de  ne  pas 
me  refuser  leur  croyance,  puisque  dans  tout  ce  que  j'aurai  à 
dire  sur  la  Réformation,  je  n'en  raconterai  rien  qui  ne  soit 
tiré  de  leurs  auteurs  ou  prouvé  clairement  par  leurs  propres 
témoignages. 


J3:i'-i.  --  On  imprima  à  Strasbourg,  en  (323,  chez.  Jean 
Schotl,  le  recueil  des  sermons  de  Luther,  in-4°.  On  y  voit  en 
tète  la  figure  de  Luther  habillé  encore  en  moine  augusUn. 


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OniGINK   or   LUTHÉBANISWE   A   STRASBOURB  407 

ayant  la  tète  de  même  rasée,  tenant  un  livre  en  main,  une 
couronne  rayonnante  k  l'entour  de  la  tête  comme  on  représente 
les  saints,  et  le  S*  Esprit  au-dessus.  Au  bas  de  l'estampe  on  lit 
ces  mots  :  Marttnu»  Luther  ein  dyner  Thetu  Chrixti.  und 
ein  wiâer-Uffrichter  christlic/ier  leer. 


1325.  —  On  imprima  ii  Strasbourg,  en  1533,  te  nouveau 
testament  de  Luther,  in-fol.,  sous  ce  lilre  :  Dos  neue  testa- 
ment,  recht  grundlfch  tetucht,  mit  schœnen  vorreden,  und 
der  schweresten  œrten  Kurtz,  aber  gut,  avtslegung.... 
Gedruckl  su  Stratbunj  dtirch  Joltan  Knnblouch.  imjav 
MDXXV. 

Le  même  ouvrage  fut  imprima,  chez  le  même  imprimeur 
en  ISSft,  aussi  in-folio. 


L'hérésie  de  Luther  donna  occasion  ù  la  guerre  des  paysans  : 
Sleidan,  lui-même,  l'avoue  au  commencementde  son  cinquiè- 
me livre.  Luther  lui-même  disait  :  das  Evangefium  muit 
rumoren  wo  es  kinkommet:  thuls  nicht,  so  ist  nicht  recht. - 
Tisch-reden  Lutheri  getruck  zu  Eissieben  an.  1S66,  fol.  195, 
und  zu  Dresden  an.  1723,  fol.  456. 

La  même  année  1525,  les  Strasbourgeois  suivant  la  doctrine 
de  Bucer,  envoyèrent  des  Députés  à  Luther  pour  l'avertir  de 
conserver  l'unité  de  la  religion,  aQn  qu'unis  ensemble  ils 
puissent  détruire  le  papisme  plus  racilement.  —  Lavather 
in  hit.  nacram,  pag.  6.  Pappux,  in  der  Widerlegung  des 
Zweybrûckisehen  berichts,  p.  424. 

Luther,  entr'autres  choses,  écrivit  aux  strasboui^eois, 
en  1525,  qu'il  pouvait  se  glorifier  d'avoir  prêché  le  premier 
J.-C.  —  «  Christum  à  nobis  primovulgatum,  r-i.lem  un 
«  glioriari  »  —  Voyés  Pappus  Widerlegung  det  ZweybrU- 
ckischtê  berichtt,  pag.  427  et  428. 


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REWB   D  ALSACR 


Conrad  Dannhauer,  célèbre  ministre  de  Strasbourg,  avoue 
dans  son  :  Stœts-Wnchenden  Sckutz-Engel,  pag.  400. 
que  le  génie  Strasbourgeois  était  fort  semblable  au  Calvi- 
nisme, et  que  les  cérémonies  antérieures  ressemblaient 
beaucoup  au  Calvinisme.  «  dass  dcr  ijtrasburgische  genius 
dem  Calvinisme  schier  gleich  seye,  und  das  die  ausserliche 
Ceremonien  auch  nadi  dem  Calvinisme  rieclipn,  etc. 


Dans  le  catéchisme  luthérien,  imprimé  ii  Strasbourg  en 
1691,  hs  rédacteurs  avaient  inséré  que  le  Pape  avait  voulu 
6ter  J.C.  de  son  trAne  et  que  le  Pape  mentait,  comme  le 
Diable  Bon  idole.  Les  Luthériens  furent  obligés,  par  autorité 
publique,  d'effacer  et  d'oter  ces  paroles  fanatiques  et 
jnjurïeuses.  —  Weiglinger  Fris»  Vogel  oder  stirb.  —  Vor- 
red,  num  8,  p.  243. 


Godefroi  Rœderer  de  Strasbourg  soutint  et  (it  imprimer 
en  1713,  une  thèse  publique  de  théologie:  de  Aretissimo  cre- 
dendorum  et  agundorum  rerum.  sous  le  prœsidivm  de 
Daniel  Pfeffinger.  On  y  lit  cette  phrase,  pag.  37,  —  «  Cum 

consîliotridontino eamdem    virgulam    sensoriam   mer 

entur  turcarum  alcoranus  et  Judeorum.  ~  Talmud. 

Luther,  dans  une  lettre  aux  stnisbourgeois,  dit  que  ce 
n'est  qu'avec  peine  qu'il  s'eit  porté  à  croire  la  présence  de 
J.C.  dans  l'Eucharistie,  parcequ'il  savait  qu'il  aurait  donné 
un  grand  coup  au  papisme  en  la  niant.  Voici  ses  propres 
paroles  insérées  dans  l'édition  de  ses  œuvres  imprimées  à 
Jena  en  1556,  Tom.  3,  fol.  113,  k  Wiltemberg  en  1548, 
tom.  2,  fol.  110  et  à  Altenberg,  en  1661,  tom.  3,  fol.  104. 
«  dass  er  sich  grossen  gewalt  angetban,  die  gegeowarl 
Chisti  in  heiligen  sacrament  zu  glauben,  sumahlen  da  er 
durch  verlaugnung  der  selben  dem  pahstum  hasle  kœnnen 
den  grœsten  sirofs  gebcn  ». 


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ORIGINE  DU   LUTHER  AN  ISHK  A    STRASBOURG 


Pergamen  d»  anno  1525,  mardi  13  septembre 

(Original  dans  tes  archives  de  l'hâpiial  de  Strasbourg) 

Le  Gardien  et  Cordelîera  dj  couvent  des  Déchaussés 
représentent  au  Mayer  que  dans  le  temps  de  leur  jeunesse  et 
ignorance,  ils  furent  engagi's  par  leur  përe  et  parents  d'entrer 
dans  le  couvent,  mais  que  pour  la  conservation  de  leur  &me 
et  de  leur  corps  ils  demandent  &  sortir  et  à  être  quittes  de 
voeux  ;  comptant  pintdt  faire  leur  salut  dans  le  monde  qu'au 
couvent. 

Pargunan  de  anno  1585.  —  14  mars 

(Original  aux  archive»  de  l'hôpital  de  Stratbourg) 

Même  requête  présentée  par  l'Abbesse  prieure,  secrétaire 
et  religieuses  Claristes  de  la  Werd. 

Même  requête  présentée  le  26  avril  1525,  paries  Clarisles 
du  Rossmarck. 

Recès 

lie  l'Empire  conclu  îi  la  diète  tenue  à  Spire  par  le  vicaire  et 
les  commissaires  de  l'Empereur  Charles  V.  On  y  conclut  que 
rien  ne  sera  entrepris  de  nouveau  dans  les  atTaires  concernant 
la  foi  et  la  religion;  qu'un  concile  g<-néral  on  du  moins  natio- 
nal sera  convoqué,  que  sa  Majesté  impériale  sera  suppliée  d'y 
employer  ses  soins  et  son  autorité,  et  de  venir  en  personne 
en  Allemagne  le  plus  tôt  qu'il  sera  possible  ;  que  cependant 
l'édit  de  Wornis  et  la  paix  publique  seronl  observés  etc.  Donné 
à  Spire  le  27  aoAt  15â6.      - 

Germanicé  étidëruot  :  Lunig,  Reichs-archiv.  part  général, 
contin.  p.  460.  —  Rousset  supplément  au  cod.  diplomatique 
de  Duraont,  tom.  2,  part.  1,  p.  78. 

A  ce  recês  assistèrent,  en  personne  Guillaume,  évéque  de 
Strasbourg,  Martin  Herlin  et  Jacques  Sturm  députés  de  la  ville 
de  Strasbourg. 


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En  1589  les  Sti'asbourgHOia  publièrent  un  nouveau  Direc- 
toire ou  Kirch-ordnung,  qui  fui  renouvelé  en  1670,  et  changé 
en  plusieurs  points  notables.  Ce  Directoire  de  1589  ne  plut 
point  aux  Calvinistes,  et  voici  ce  que  ceux-ci  en  pensèrent  dans 
la  préface  d'un  livre  imprimé  îi  Deus-Ponts  en  1603,  sons  le 
litre  de  Wiirhafftigen  bericht  von  der  Strn»burgiiclien 
neran  derten  Kirch-Ordnung . 

a  Der  jetzigen  Strasburgere  unordentliche  neurerung  ist 
a  nichts  anders,  als  ein  offenllicker,  leichtfertiger  ah  fall  von 
«  ihrer  vorigen  rechten  evangelischen  lehr,  zu  einer  neuen 
«  falchen  opinion...  Sie  stecken  selbal  in  deralbergrœslen 
«  und  schœdelichsten  Kclzerey,  die  jemals auf  erden  geweaen . 
«  oder  noch  Kunfftig  enlstehen  werden  Kseonen.  Die  liebe 
«  warheit  ist  von  ihren  (Strasburgiachen)  verblendten  und 
a  mit  dicker  unvei^œnglichcn  finsternisa  geschlagenen  prœ- 
dicanten  verdunckelt  vorden  ». 


i5g4.  —  Il  y  a  prés  de  deux  cents  ans  qu'on  chantait 
encore  dans  les  églises  et  écoles  luthériennes  de  Strasbourg 
les  hymnes  :  Vexilla  Régis  et  Pange  lingua.  —  Voyez 
Cantica  ex  sacrii  lUteris  in  ecclesia  canlari  solita  etc,  in 
usum  scolœ  Argentinensis.  —  Argentorati  exudebai 
Josias  Rihel.  1594. 


1603.  —  On  imprima  h  Strasbourg,  en  1603,  chez  Lazare 
Zclsner,  in-folio,  la  Bible  de  Luther,  selon  la  version  de  ce 
docleur.  On  n'y  trouve  pas  le  fameux  verset  de  Saint-Jean, 
i  jok.  ly.  7,  ainsi  que  dans  las  éditions  du  nouveau  testament 
imprimé  dans  la  même  ville  en  1617  et  1Ô18.  Cependant  ce 


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ORiaiNB  DU    LUTHÉRANISIie   A   STRASBOURG  111 

verset  ee  trouve  dans  les  Bibles  imprimées  h  StrasJwurg  en 
i619,  in-40,  en  1620  et  1624,  in-foK,  en  1626,  in-8»,  en  1630, 
in-fol.,  en  1648,  in-«4  et  en  1708,  in-4". 


On  lit  dans  les  éléments  de  l'histoire  de  l'abbé  de  Valle- 
mont,  tom.  3,  lii\  7,  art  4,  pag.  294.  que  Bucer  disait 
publiquement  de  Saint  Thomas  d'Aquin  :  Toile  Thomam 
aquinatem  et  dissipabo  ecclesiam.  Cependant  Jean-Georges 
Dorchée,  ministre  de  Strasbourg,  en  voulut  faire  un  prédé- 
cesseur de  la  Confession  d'Augsbourg  et  publia  à  ce  sujet, 
un  livre  à  Francfort  en  1656  sous  le  titre  de  :  Thomas  aqui- 
nus,  dictus  doctor  angelicut,  confextor  veritati»  eoange- 
licœ  Auguttand  repelilfp. 

Sur  Martin  Lutber 

Martin  Luther,  Augustin  de  profession,  docteur  et  profes- 
seur de  théologie  il  l'Université  de  Witembergke. 

Il  avait  de  la  force  dans  le  génie,  de  la  véhémence  dans 
ses  discours,  une  éloquence  vive  et  impétueuse  qui  enlrai- 
nait  les  peuples  et  les  ravissait  ;  son  savoir  était  médiocre 
au  fond,  mais  grand  pour  le  temps  ;  une  hardiesse  extraor- 
dinaire quand  il  se  vit  et  applaudi,  avec  un  air  d'autorité  qui 
faisait  trembler  devant  lui  ses  disciples  ;  de  sorte  qu'ils 
n'osaient  le  contredire,  ni  dans  les  grandes  choses,  ni  dans 
les  petites.  —  Bosêuet,  Hhloire  des  variations  des  églises 
protestantes,  liv  i,  pag.  0. 


11  faudrait  ici  raconter  les  commencements  de  sa  doctrine 
s'ils  n'étaient  connus  de  tout  le  monde.  Mais  qui  ne  sait  la 
publication  des  indulgences  île  Léon  X  et  la  jalousie  des 
Augustins  contre  les  Jacobins,  qu'on  leur  avait  préférés  en 
cette  occasion  !  Qui  ne  sait  que  Luther,  Docteur- Augustin, 


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413  RBvuE  d'alsacb 

choisi  pour  maintenir  l'honneur  de  son  ordre,  attaque  pre- 
mièrement les  abus  que  plusieurs  faisaient  des  indulgences 
et  les  excès  qu'on  en  prêchait  ?  Mais  il  était  trop  ardent  pour 
se  renfermer  dans  ces  bornes  :  Des  abus  il  passe  bientiït  h  la 
chose  même.  II  avançait  par  degrés  ;  et,  encore  qu'il  allât 
toujours  en  diminuant  les  indulgences  et  les  réduisant 
presque  à  rien  par  la  raanif^re  de  les  expliquer,  dans  le  fond 
il  faisait  semblant  d'être  d'accord  avec  ses  adversaires  puis- 
que lorsqu'il  mit,  en  1517,  ses  propositions  par  écrit,  il  y  en 
eut  couchée  avec  CCS  termes  num.  71.  a  SI  quelqu'un  nie  lu 
vérité  des  indulgences  du  Pape,  qu'il  soit  anathèmc  ! 


Quoiqu'Erasme  n'ait  jamais  quitté  la  communion  de 
l'Eglise,  il  a  toujours  conservé,  parmi  ces  disputes  de 
religion,  un  caractère  particulier  qui  a  fait  que  les  Protes- 
tants lui  donnent  assez  de  créance  dans  les  faits  dont  il  n 
été  témoin. 


Snr  les  Mariages 


Bucer  introduisit  une  nouveauté  étrangement  scandaleuse. 
Il  se  maria  et  cet  exemple  tll  des  effets  surprenants  dans 
l'ordre  sacerdotal  et  dans  les  cloîtres.  C'était  une  des 
maximes  de  la  nouvelle  Réforme  que  les  vœux  étaient  une 
pratique  judaïque,  et  qu'il  n'y  en  avait  point  qui  obligent 

moins  que  celui  de  chasteti^  Bucer  avait  alors ;  et  cet 

homme  qui,  ii  la  faveur  de  la  discipline  religieuse,  avait 
passé  toute  sa  jeunesse  sans  reproche  dans  la  continence,  ne 
rougit  point  de  quitter  un  état  de  vie  si  parfait.  Luther  s'était 
marié  en  151S. 


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ORIGINE  DU   LtlTHÉflAKISHB  A   STRASBOURG 


Sur  ZwiDgle 

Zwingle,  pasteur  de  Zurich,  était  un  homme  hardi  et  qui 
avait  plus  de  feu  que  de  sçavoir.  11  avait  beaucoup  de  netleté 
dans  son  discours  et  aucun  des  préteodus  r^rormateurs  n'a 
exphqué  ses  pensées  d'une  façon  plus  précise,  plus  uniforme 
pX  plus  suivie  ;  mais  aussi  aucun  ne  tes  a  poussées  plus  loin, 
ni  avec  plus  de  hardiesse.  —  Livre  2,  paragraphe  19. 

Sur  les  Réformateiirs 


Tels  étaient  tes  chefs  de  la  nouvelle  Kéforme,  gens 
d'esprit  à  la  vérité  et  qui  n'étaient  pas  sans  littérature,  mais 
hardis,  téméraires  dans  leui's  décisions  et  enflés  de  leur  vain 
savoir,  qui  se  plaisaient  dans  des  opinions  extraordinaires  et 
particulières,  et  par  IJi  croyaient  s'élever  non  seulement  au- 
dessus  des  hommes  de  leur  siècle,  mais  encore  au-dessua  de 
l'antiquilé  la  plus  sainte. 

Sur  les  Hariages 

Fatigué  du  célibat  comme  les  autres  Réformateurs,  il 
épousa  une  jeune  Ûlle  dont  la  beauté  l'avait  touché.  Il 
semble,  dit  Erasme  dans  une  de  ses  lettres,  que  la  Réforme 
aboutisse  h  défroquer  quelques  moines  et  à  marier  quelques 
prêtres  ;  et  celte  grande  tragédie  se  termine  enfin  par  un 
événement  toul  à  fait  comique,  puisque  tout  finit  en  se 
mariant  comme  dans  les  comédies. 

La  doctrine  sacramentalre 

Carlostad  écrivit  le  premier  contre  la  présence  réelle. 
Zwingle  et  jlDcolampade  écrivent  pour  défendre  ce  dogme 
nouveau  ;  le  premier  avec  beaucoup  d'esprit  et  de  véhémence  ; 
l'autre  avec  beaucoup  de  doctrine  et  une  éloquence  si  douce 


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414  BKTDB  B'ALSAfS 

qu'il  ;  avait,  dit  Erasme,  lib.  13,  Episl.  9,  de  quoi  séduire 
s'il  se  pouvait,  et  que  Dieu  le  permit,  les  élus  même. 

La  doctrine  de  Carlostad  se  répandait  de  plus  eu  plus  ; 
Zwiogle  et  ^colompade,  avec  des  expressions  un  peu  difTé- 
reates  de  celle  de  Carlostad,  convenaient  au  fonJ  que  ces 
paroles  Ceci  etl  mon  corps  étaient  figurés.  Est,  veut  dire 
signifie,  disait  Zwingle  ;  Corpt,  c'est  le  tigne  du  corps, 
disait  CCœlampade.  Ceux  de  Strasbourg  entrèrent  dans  tes 
mêmes  interprétalions.  Biicer  et  Capiton,  qui  les  conduisaient, 
devinrent  zélés  défenseui-s  du  sens  figuré.  La  iléfonne  se  divisa, 
et  ceux  qui  embrassèrent  ce  nouveau  parti  furent  appelés 
Sacramentairet.  On  les  nomme  aussi  Zwingliens,  parce 
que  Zwingte  avait  le  premier  appuyé  Carlostad,  ou  que  son 
autorité  prévalut  dans  l'esprit  des  peuples  entraînés  par  sa 
véhémence. 

Lfl  célibat  des  prdtns 

Le  mariage  des  Prêtres  est  un  de  ces  changements  remar- 
quables que  la  Réformation  ait  produit  dans  le  clergi^  protes- 
tant. Je  ne  prendrai  pas  pour  règle  les  décisions  de  l'église 
catholique  et  romaine,  que  les  Protestants  ne  veulent  pas 
reconnaître,  mais  celles  d'une  saine  politique  k  laquelle  tout 
le  monde  doit  se  soumettre  et  de  l'expérience  qui  ne  nous 
trompe  guère  dans  les  choses  de  ce  monde.  Le  mariage  des 
ecclésiastiques  diminue  le  respect  qu'on  avait  poureux.  Les 
travers  d'une  femme  sont  capables  de  faire  tomber  un  minis- 
tre dans  le  mépris  qui  rejaillit  sur  son  caractère. 

Les  hommes  raisonnables,  satisfaits  îles  ridicules  que  la 
nature  a  atlachés  )t  chaque  individu,  se  mettent  le  moins 
qu'ils  peuvent  dans  la  nécessité  de  répond.-e  de  ceux  des 
autres.  C'est  peut-être  cette  raison  qui  de  tout  temps  empê- 
che la  plupart  des  philosophes  et  des  hommes  de  lettres  de 
se  marier.  Un  grand  homme  auprès  du  peuple  perd  du  res- 
pect qui  lui  est  dû  k  mesure  qu'il  a  plus  de  choses  communes 
avec  les  autres  hommes. 

Le  mariage  met  souvent  des  entraves  aux  qualités  des 
Grands-hommas.  Ceux  qui  sont  libres  de  ce  joug  travaillent 


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ORIGIKB  DU   LDTRiBANISIIG  A   SrHASBOUBG  415 

davantage  k  Taire  passer  leur  mémoire  fa  la  postérité.  Il  n'y 
a  pas  k  craindre  que  cette  remarque  fasse  perdre  des  sujets 
à  l'Etat.  Ceux  qu'elle  regarde  sont  rares. 

Nous  devons  ce  qui  a  été  fait  de  plus  recommanda ble  pour 
la  société  à  des  hommes  qui  ne  sont  pas  mariés.  Ceux  qui, 
par  leur  état,  ne  peuvent  fixer  sur  une  seule  personne  le 
penchant  secret  qui  nous  porte  à  aimer,  sont  communément 
plus  humains  et  plus  charitables  que  les  autres.  C'est  une 
nouvelle  raison  qui  décide  en  faveur  du  célibat  des  ecclésias- 
tiques, lis  doivent  âtre  d'autant  plus  animés  de  l'esprit  de 
charité  que  demande  leur  ministère,  qu'ils  n'en  sont  détournés 
par  aucune  affection  mondaine.  Le  célèbre  Bacon,  lui-même, 
le  regarde  comme  le  seul  état  qui  leur  convienne.  //  est  rare, 
dit-il,  t/u'on  s'occupe  à  arroser  des  plantes,  lorsque  l'on  a 
besoin  de  l'eau  pour  soi-même. 

«Qu'un  homme  se  prive,  lui-même,  de  ce  dont  il  pourrait 
«  jouir  légitimement,  el  cela  pour  se  livrer  plus  parfaitement 
«  et  plus  librement  au  soin  de  l'Eglise,  on  ne  voit  pas  pourquoi 
1  il  n'aurait  point  à  espérer  une  grande  récompense  dans  la 
«  vie  future.  »dil  un  Protestant,  Jacques  Wetstein.  —  Voyez 
tes  actes  de  Leipsick,  Janvier  1756. 


Parftatoire 


L'enfer,  un  des  principaux  points  de  la  foi  Catholique, 
n'en  est  presque  plus  un  pour  les  plus  sensés  Protestants. 
Ce  serait,  selon  eux,  faire  injure  à  la  Divinité  d'imaginer 
que  cet  être,  également  bon  et  juste  fut  capable  de  punir, 
par  des  tourments  éternels  des  fautes  passagères.  Ils  expli- 
quent et  détournent  les  passages  formels  de  l'écriture  sainte 
qui  sont  contraires  b  leur  opinion,  et  ils  prétendent  qu'il  ne 
faut  jamais  prendre  à  la  lettre  dans  les  livres  saints  tout  Ce 
qui  paraît  blesser  la  raison  et  l'humanité.  Ils  croient  donc 
qu'il  y  a  des  peines  dans  une  autre  vie.  E  nen  bornant  leur 
durée  avec  Zwingle,  ils  croient  encore  que  ces  peines  ne 
sont  que  pour  un  temps.  Ainsi  le  Purgatoire  qui   a  été  une 


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410  RBVUB  D  ALSACB 

principales  causes  de  la  séparation  des  protestants  d'avec 
l'Eglise  romaine,  parait  aujourd'hui  la  seule  peine  que  plu- 
sieurs d'entre  eux  admettent  après  la  mort. 

La  Doctrine  Sscramentaire 

Carloslad  écrivit  le  premier  contre  la  présence  réelle. 
Zwingle  et  (!t)colainpade  écrivirent  pour  défendre  ce  dogme 
nouveau  ;  le  premier  avec  beaucoup  de  doctrine  et  une  élo- 
quence si  douce  qu'il  y  avait,  dit  Erasme,  lib.  13,  epist.  9, 
de  quoi  séduire,  s'il  se  pouvait  et  que  Dieu  le  permit,  les 
élus  mêmes.  La  doctrine  de  Carlostad  se  répand  de  plus  en 
plus  Zwingle  et  Œcolampade,  avec  des  expressions  un  peu 
(iifTéi'entes  de  Carlostad,  convenait  enfin  que  ces  paroles  : 
ceci  est  mon  corps  étaient  figurées  est  veut  dire  signifie, 
disait  Zwingle  ;  corps,  c'est  le  signe  du  corps,  disait  Œno- 
lampade.  Ceux  de  Strasbourg  entrèrent  dans  les  mêmes 
interprétations.  Bucer  et  Capilon,  qui  les  condui^ient, 
devinrent  zélés  défenseurs  du  sens  ligure.  La  Réforme  se 
divisa,  et  ceux  qui  embrassèrent  ce  nouveau  parti  furent 
appelés  Sacrementaires.  On  les  nomma  aussi  Zwingliens, 
parce  que  Zwingle  avait  le  premier  appuyé  Carlostad  ou  que 
son  autorité  prévalut  dans  l'esprit  des  peuples  entraînés  par 
sa  véhémence. 

Antoine-UIric  de  Brunswick- Wolfenbilttel,  le  même  qui 
avait  voulu  conserver  h  la  paix  de  Biswick  un  cannonicat 
protestant  dans  la  cathédrale  de  Strasbourg,  el  qui  se  lit 
catholique  en  1710,  avait  engagé  Liebnilz  ut  Molanus  à 
traiter  par  écrit  avec  les  meilleurs  théologiens  catholiques, 
pour  faire  cesser  le  schisme  qui  divise,  depuis  le  XVI'  siècle, 
l'Eglise  d'Occident.  Les  pièces  de  cette  grau  le  négociation, 
qui  malheureusement  n'a  pas  réussi,  sont  da:is  la  collection 
de  M.  Du-tens. 

Un  professeur  en  droit  de  l'Université  di;  Eliswick  doit 
avoir  entre  les  mains  une  démonstration  mathématique  du 
mystère  de  la  transubstantation  par  Liebnitz.  —  Journal 
encyclopédique  du  mois  de  Janvier  1774  pag  333. 


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ORIGINE  DU    LtTH^ANISME   A 

Il  serait  assez  singulier  que  la  géomélrie  eut  conduit  au 
catholiciame  le  même  homme  que  l'on  accusait  de  n'être  pas 
chrétien,  parcequ'il  il&il  bon  géomètre. 

Extrait  d'une  lettre  de  capiton  à  Fare  son  ami, 
(1537.  Epiêt.  Calvini,  pag.  15) 

«  L'autorité  des  Ministres  est,  dit-il,  entièrement  abolie, 
0  tout  se  perd,  tout  va  en  ruine.  Il  n'y  a  parmi  nous  aucune 

«  l'glise,  pas  même  une  seule  où  il  y  ait  de  la  discipline 

«  Le  peuple  nous  dit  hardiment  I  vous  voulez  vous  faite  les 
«  tyrans  de  l'église  qui  est  libre  ;  vous  voulez  établir  une 
a  nouvelle  papauté.  Et  peu  après.,.  Dieu  me  fait  connaître 
ti  ce  que  c'e^t  qu'être  pasteur  et  le  tort  que  nous  avons  fait 
<<  k  l'église  par  le  jugement  précipité  et  la  véhémence  incon- 

0  sidérée  qui  nous  a  fait  rejeter  le  pape  ;  car  le  peuple 
«  accoutumé  et  comme  nourri  k  la  licence,  a  rejeté  tout  îi 
«  fait  le  frein,  comme  si,  en  détruisant  la  puissance  des 
H  papistes,  nous  avions  détruit  en  même  temps  toute  la 
H  force  des  sacrements  et  du  ministère.  Ils  nous  crient  :  Je 

1  sçais  assez  l'Evangile  ;  qu'ay-je  besoin  de  votre  secours 
«  pour  trouver  Jésus-Christ?  Allez  prêcher  ceux  qui  veulent 
«  vous  entendre.  » 

Quelle  Babylone  est  plus  confuse  que  cette  église  qui  se 
vantait  d'être  sortie  de  l'église  romaine  comme  d'une  Baby- 
lonne.  Voilk  qu'elle  était  l'église  de  Strasbourg,  elle  que  les 
nouveaux  réformés  proposaient  sans  cesse  à  Erasme,  lorsqu'il 
se  plaignait  de  leurs  désordres,  comme  la  plus  réglée  et  la 
plus  modeste  de  toutes  les  églises,  voil^  qu'elle  elle  était 
environ  vers  1637,  c'est-it-dire  dans  sa  force  et  dans  sa  fleur. 


Il  ne  faut  pas  s'étonner  si  la  nouvelle  Réforme  pi  M  tant  au 
Magistrat  de  Strasbi)urg,  qui  s'y  rendit  maître  de  tout  et  même 
de  la  doctrine.  C'était  un  malheur  inévitable  ;  la  Réforme 
s'était  établie  en  se  soulevant  contre  i'évéque  sur  les  ordres 


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418  RKVUB  d'alsace 

du  Magistrat.  Le  Magistrat  suspendit  la  messe  et  donna  1» 
forme  au  service  divin.  Les  nouveaux  pasteursi^taient  insti- 
tués par  son  autorité  ;  il  était  juste  après  c^'lii  qu'il  eut  toute 
la  puissance  dans  l'église.  Ainsi  ce  que  l'on  gagna  dans  la 
Réforme  en  rejetant  le  pape  ecclésiastique,  successeur  de  St 
Pierre,  fut  de  se  donner  un  pape  laïc  et  de  mettre  entre  les 
mains  des  Magistrats  l'autorité  des  apAtres.  C'est  aussi  la 
plainte  que  fit  en  ce  tems  Mycon,  ministre  de  B&le:  Les 
laïques,  dit-il,  s'attribuent  tout  et  le  Magistrat  £ait  le  pape. 


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KT 

RÉGIONS-  VOISINES 

EN  TEMPS  DE  GUERRE 

{1794) 
(Suile  (i) 


Cavalerie  de  l*armée  do  Rbin 

28  A  rril  1794(9  floréal  an  2).  Le  Directoire  enregislre  un 
ari'èlé  du  ciloyen  Uuroy,  représentnnl  du  peuple,  député  par 
la  Convenlion-nHtiunale  pr.'îs  l'année  du  Rhin  i>our  y  surveiller 
l'incorporaliun  et  l'organisation  des  troupes  Ji  cheval.  Cet 
ari'dti^  est  dati'  de  Colmar,  le  15  germinal  an-2  (4  avril).  Il 
ordonne  : 

Que  l'Inspecteur  des  dépûts  des  régiments  de  cavalerie  de 
cette  armée  réunira,  autant  que  possible,  dans  Colmar,  les 
cnvalliers  destinés  aux  régiments  de  ladite  armée  ; 

Que  ceux  de  dragons  réunis  Ji  Pbaisbourg  y  resteront. 
Cependant,  vu  l'absence  d'eau  dans  celle  place,  l'Inspecteur 
pourra,  si  cela  est  nécessaire,  les  transférer  Ji  Schlestadl  ; 

Qu'il  accélérera  la  conTeclion  des  effets  d'habillement,  équi- 
pement et  armement  ;  qu'il  emploiera  d'abord  les  ouvriers  des 
ateliers,  et  en  cas  d'insufTJsance,  les  corps  administratifs 
metlranl  en  réquisition  le  nombre  d'ouvriers  nécpa«nires  ; 

Que  les  corps  administratifs  sont  tenus  de  prociiier  et  dis- 
poser les  emplacements  pour  loger  les  soldats,  ouvriers  et 

(1)  Voj.  vv  HK-iCO  du  Irimcalre  Avril-Mai-Juin  1898. 


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420  Rrvuk  d  als\cS 

chevaux  ;  que  le  grand  hangard,  situé  derrière  le  ch&teau  de 
Saverue  sera  converti  en  écuries  ;  que  le  distri- 1  donnera  les 
Ordres  nécessaires  pour  cette  opération  ; 

Qu'il  fera  également  faire  les  approprintioas  utiles  pour 
convertir  en  caserne  la  partie  ancienne  du  cb&teau  ; 

Que  toutes  les  matières  et  objels  propres  à  la  confection  des 
effets  d'équipement  et  armement  seront  mis  &  la  disposition 
de  l'inspecleur  par  les  corps  administratifs  etc.  etc. 

D'autres  prescriptions  de  l'arrêté  sont  relatives  aux  mesures 
organiques  et  h  la  comptabilité  de  ce  service. 

Aatorlsation  commerciale 

28  Avril  i794  (9  floréal  an  2).  Le  Directoire  enregistre 
le  brevet  d'invention  obtenu  par  Jean  Immer,  Sébastien 
Gavey,  Abichel  Kessel  l'aini',  et  Conrad  Florer,  citoyens  de  la 
ville  de  Riquewihr,  ayant  pour  objet  la  vente  et  le  débit  sur 
tout  le  territoire  de  la  République,  du  goudron  ou  braisgras, 
de  la  poix  navale,  de  l'huile  de  Ihérébentine  et  du  noir  de 
fumée  fabriqués  par  les  procédés  déflnis  au  procés-verbal  du 
dépAt  qu'ils  ont  fait,  le  3  juillet  1792.  au  secrétariat  du  dépar- 
tement du  Haut-Rhin. 


Partage  des  bieos  Communaux 

30  Avril  i794  (ii  floréal  an  2).  Les  administrateurs  du 
département  du  Haut-Kbin  écrivent  la  lettre  suivante  aux 
administrateurs  composant  le  Directoire  du  district  de  Belforl. 

«  Des  citoyens  de  différentes  communes  se  sont  plaints  de 
l'exécution  des  loix  des  10  juillet  1793  et  26  nivôse  (IS  janvier^ 
derniers,  relatives  au  pirlage  des  communaux  et  du  bois 
de  chauffage  :  ils  ont  obtenu  des  arrêtés  qui  enjoignaient  aux 
municipalités  des  lieux  de  mettre  les  dites  loix  à  exécution; 
et  non  obstant,  quelques  unes  de  ces  municipalités  se  refu- 
sent obstinément  h  un  partage  égal  entre  ce  qu'ils  appellent 
encore  des  Bourgeois  et  les  Manans,  h  moins  que  ceux-ci  ne 
paient  au  profit  de  la  commune  une  rétribution. 


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L  ALSACE   KN   TEMPS  DE  GtIKRHB  421 

«  Pour  faire  cesser  un  pareil  brigandage,  nous  voue  invi- 
tons, sur  des  plaintes  de  non  exécution  d'arrêtés  pris  à  ce 
sujet,  d'envoyer  des  Commissaires,  aux  frais  personnels  des 
municipalités  en  défaut,  qui  mettent  desuite  les  citoyensen 
possession  de  ce  que  la  loi  leur  accorde  notamment  des  Gobes 
de  bois  de  chauffage. 

«  //ii>  Collombel  -  /"  Buob  (e  jeune  -  Probst  ■  Ortlieb  ■  Blin. 
«  Pour  le  procureur  général  » 

FONTAINK. 

Deniers  publics  —  VirÛcationt 

1 7  mai  1 794  (38  floréal  an  2).  En  exécution  du  décret  du 
23  août  1793  {6  fructidor  an  1),  qui  établit  un  nouveau  mode 
de  comptabilité,  l'administration  du  département  airète  : 

«  Que,  par  le  citoyen  Ortlieb,  accompagné  d'un  Commis- 
aire  que  les  Directoires  des  districts  de  Colmar,  Altkirch  et 
Belfort,  chacun  pour  son  arrondissement,  seront  invités  de 
nommer  daus  leur  sein,  il  sera,  de  la  manière  et  dans  la  forme 
prescrite,  procédé,  au  domicile  de  tous  les  anciens  compta- 
bles, receveurs  d'impâts  indirect?  résidant  dans  l'étendue  du 
département,  à  la  vérillcation  Ai  leurs  comptes,  pour  consta- 
ter leur  situation  et  faire  verser  au  trésor  public  les  sommes 
qui  auraient  pu  rester  entre  leurs  mains. 

n  A  quel  effet  le  vérificateur  et  le  Commissaire  sont  auto- 
risés à  faire  telles  réquisitions  qu'ils  Jugeront  convenables 
pour  le  succès  de  leur  opération.  » 

Riqnisitions  «nlirées  —  Réquisitions  noavelles 

il  Juin  1794  (22  prairial  on  2)  A  la  suite  d'une  lettre 
du  citoyen  Prieur,  Commissaire  ordonnateur  en  chef  de  l'ar- 
mée du  Rhin,  l'administration  du  département  ordonne  que, 
dans  les  six  jours,  l'arriéré  de  la  léquisitJon  du  }5  germinal 
soit  livré  dans  les  magasins  de  l'armée  du  Khin,  et  qu'à  l'ave- 
nir le  contingent  nouveau  soit  jevé  avec  la  plus  grande  célérité. 


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iSS  REVt-g  d' ALSACE 

Les  Directoires  des  districts   rendront  compte,    toutes   les 
décades,  des  livraisons  Faites. 

Le  10  juillet  (l'S  messidor).  Le  conligent  requis  le  25 
germinal  est  loin  d'i^lre  réalisé.  L'administration  prescrit  de 
nouvelles  mesures  pour  en  hâter  la  livraison. 

Réserves  et  distractioDS  de  linges 

30  Juin  1794  (12  messidor  an  S).  L'administration  du 
département  arrête  que  les  réserve»  et  distractions  de  linge 
ordonnées  par  arrêté  du  comité  de  salul-pnblic  du  26  floréal 
{15  mai),  seront  faites  par  les  Commissaires  nommés  pour 
procéder  aux  inventaires  et  ventes  mobilières  qui  auront  lieu 
k  l'avenir  dans  les  maisons  d'émigrés,  déportés  ou  autres 
condamnés,  dont  les  biens  sont  confisqués  au  profit  de  la 
Répablique. 

Réquisitions  de  chevaux  et  de  seigle 

3  juillet  1794  (13  messidor  an  2)  Le  représentant  du 
peuple,  le  citoyen  Goujon,  notifie  à  l'administration  du  Haul- 
Rhin  la  réquisition,  datée  de  Landau,  de  fournir  cent  chevnux 
qui  devront  élre  rendus  le  24  mcssi<lor  (t2juiliel)  au  quarlier 
k  Bourç-libre  (Saint-Louis,  canton  de  Iluninguej  aux  ordres 
du  général  Galbose.  —  Le  district  d'Altkirch  en  fournira 
quarante,  celui  de  Belfort  trente  et  celui  de  Colmar  aussi 
trente. 

6  juillet  1794  (18  messidor  an  2).  Nouvelle  réquisition 
de  huit  mille  quintaux  de  8eigl<>  de  la  nouvelle  récolte  dont 
l'administration  du  Haut-Rhin  prescrit  la  diligente  levée  et 
termine  ainsi  son  appel  : 

«  Le  triomphe  de  la  liberté  sur  les  despotes,  et  leur  pro- 
«  chaîne  destruction  présagée  par  les  victoires  signalées  que 
«  nos  défenseurs  viennent  de  remporter  dépendent  particu- 
«  lièren"ent  de  l'approvisionnement  de  l'armée.  Tous  les 
«  citoyens,  toutes  les  sociétés  populaires,  comités  de 
«  surveillance  et  aulorités   constitués   réuniront,  dans  ces 


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l'alsagb  bn  tbhi>s  db  gubrrb  423 

«  momeots  précieux,  leurs  eiïorlB  pour  le  prompt  versement 
«  de  ce  contingent  et  dénonceront  au  tribunal  criminel  comme 
«  ennemis  de  la  Patrie  tous  les  malveillants  qui,  par  paroles 
«  ou  actions,  empêcheraient  l'exécution  de  cette  réquisition.  — 
«  Ortiieb,  président.  —  Jourdain,  secrétaire  général.  » 


Hôpital  militaire 

13  juillet  1794  (24  meisidor  an  S).  Le  dépôt  d'Ensisheim 
est  mis  à  la  disposition  des  Commissaires  ordonnateurs  prés 
l'armée  du  Rhin  pour  y  établir  un  hôpital  militaire.  Les 
enfants  qui  y  sont  établis  seront  transférés  au  couvent  des 
récolets  de  RoufTacfa. 


Récolte  de  biens  d'émigrés 

6'  juillet  1 794  (18  messidor  an  2)  Le  Directoire  du  district 
de  Colmar  arrête  que  tous  les  biens  des  pères  et  mères  d'émi- 
grés déjà  ensemencés,  ainsi  que  leurs  prairies  non  louées 
encore,  ne  le  seront  qu'après  la  récolle  des  blés  et  des  foins  ; 
que  les  fruits  seront  vendus  aux  plus  offrants  et  derniers 
enchérisseurs,  après  aflicheset  publications  préalables  et  que 
les  acquéreurs  verseront  le  montant  de  leur  adjudication  en 
nature  dans  les  magasins  militaires  de  Colmar  jusqu'au  1^' 
frimaire  (H  novembre)  prochain. 

L'administration  départementale  homologue  cette  décision 
ilu  district  de  Colmar  et  la  rend  également  exécutoire  dans  les 
districts  d'Allkircb  et  de  Belfort. 


Seigneur  de  Florimont 

23  juillet  1794  (5  thermidor  an  2).  Le  représentant  du 
peuple,  le  citoyen  Hentz,  avait  ordonné  l'arrestatiou  de 
Xavier  de  Ferretle  h  Florimont  et  son  transfert  dans  les  pri. 
sons  de  Belfort;   mais  celui-ci  déjoua  la   vigilance   de   la 


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4ït  HEVUE   D'ALSAHB 

gendarmerie  et  passa  k  l'étranger.  L'admiDislration  du  dépnr- 
tement  ordonne  son  inscription  sur  la  liste  supplémentaire 
des  i5migré8  et  nomme  le  Chirurgien  Lacour,  de  Faveroia, 
pour  apposer  les  scèlés  sur  les  meubles,  efTets  et  denrées 
délaissés  par  Xavier  Ferrette. 


RéqaisitioDS 

29  juillet  1794  (t!  Thermidor  an  2).  LaCommisssion  du 
commerce  et  des  approvisionnements  réquisitionne  2^,000 
quintaux  de  grains  &  prélever  sur  la  nouvelle  ri^colte.  L'admi- 
nistration du  département  prescrit  les  mesures  nécessaires 
pour  la  levée,  mais  se  dispense  de  la  répartir  entre  les 
districts. 

2  août  i794  (15  Thermidor  an  2).  L'administration  du 
département  est  informée  par  les  préposés  aux  subsistances 
que  les  magasins  sont  vides.  Elle  prescrit  les  réapprovision- 
nements dans  l'espace  de  quatre  décades. 

Le  district  de  Colmar  fournira  aux  magasins  de  : 
Colmar  4.U00  quintaux  de  foin  2.000  quintaux  de  paille 

Brisach  4.000        »  »     2.000        »  » 

Ënsisheim     3.000        »  »     1.500        *  » 

Soultz  i.OOO        »  »        600        »  » 

Le  District  d'Altkircb  fournira  aux  magasins  de  : 
Altkirch         2.000  quintaux  de  foin  l.OOOquinUuxdepaille 
Huningue      3000         »  .j     2.500         »  » 

Olmarsheim  1.000        »  >.        300        »  » 

Sien»  U  Kcabt  1.000        »  »        500        «  » 

llaesingen      1.200        »  «        600        »  » 

Habsheim      6.000        »  »     3.000        »  » 

Le  district  de  Belfort  pourvoiera,  également  dans  le  délai 
de  quatre  décades,  au  réapprovisionnement  des  magasins  de 
Belfort  et  de  Cernny  au  moyen  de  10.000  quintaux  de  foin  et 
5.000  de  paille  pour  les  magasins  de  Belfort.  Les  magasins 
de  Cernay  recevront  de  leur  coté  2.000  quintaux  de  foin  et 
1.000  de  paille. 


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L  ALSACB  KN  Tl 


Allkirch,  il  Fructidor  an  II  (3  septembre  1794), 

Le  3  septembre  1794,  on  procéda  &  la  vente  en  bloc  des 
objets  déposés  dans  un  magagin  dépendant  de  l'ancienne 
école  d'Altkirch  et  provenant  des  églises  du  district  :  Ils 
consistaient  en  croix  de  fer,  chandeliers,  encensoirs,  navettes, 
eaubenitiers,  clochettes,  battans  de  cloches  etc,  chassubles  en 
soie,  fond  de  dais  et  quantité  d'autres  menus  objets,  venant 
des  communes  de  Lutterbach,  Frankcn,  GalRngen,  Sausheim, 
fiixheim,  Zimmersheim,  Ballersdorf,  Hertzen,  Wittenheim, 
Landser,  Illfurlh,  Iluningue  et  Blolzheim.  Ces  objets  sont 
adjugés  pour  38  tiv.  10  sous  3  deniers  par  Coudre,  KaufTmann 
et  HoiTmann,  notaire  et  membres  du  Directoire  du  district. 


Œlenberg,  2?  Frimaire  an  III  (7  décembre  1794). 

L'inveptaire  du  mobilier  de  cette  maison  comportait  292 
articles  dont  oit  n'a  pu  retrouver  la  monenclature.  La  vente 
eut  lieu  le  13  décembre  1794  par  l'ordre  du  Directoire  d'Alt- 
kirch et  le  ministère  de  M.  Neuville,  notaire  au  dit  Altkirch. 
Ëlte  produisit  6336  livres. 

Enclos  de  l'Abbaje  de  Locelle  —  Deecriptloo  —  Eatimation 

7  décembre  1794  (17  frimaire  an  3).  Antoine  Schwartz 
d'Oberlarg  et  Ambroise  Terrier,  de  Délie,  procédèrent  à  la 
reconnaissance  et  à  l'estimation  de  l'Abbaye,  se  composantde: 

i"  Un  corps  de  bâtiment  appelé  la  menuiserie,  situé  a  la 
gauche  de  l'entrée  de  la  grande  cour,  composé  d'un  rez-de- 
chaussée,  de  deux  étages  non  compris  les  greniers,  et  distribué 
en  22  pièces  de  différentes  longueur,  prenant  Jour  au  levant 
et  au  couchant. 

2"  Entre  ce  b&timent  et  l'Abbaye,  se  trouve  l'Eglise  qui 
consiste  en  une  grande  nef  et  deux  petites,  de  la  longueur 


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426 


HBVL'E  n  ALSACIi 


d'environ  3)0  pieds,  sur  une  largeur  d'environ  70  pieds, 
prenant  jour  des  quatres  faces. 

■f  L'Abbaye,  qui  est  composée  d'un  rez-de-chaussée  avec 
deux  étages,  non  compris  ses  greniers,  et  de  grandes  caves 
voûtées,  formant  un  cami  avec  l'Eglise  et  divisé  en  83  pièces 
de  difTérentes  longueur  et  largeur,  avec  de  grands  vestibules, 
prenant  jour  dans  tes  quatre  parties. 

4»  Un  bâtiment  appelé  la  grosse  Kellerie,  situé  à  la  droite 
de  l'entrée  de  la  grande  cour,  composé  d'un  rez-de-chaussée 
avec  deux  étages,  distribui!  en  47  pièces,  outre  ses  greniers  et 
vestibules,  prenant  jour  de  tous  cotés, 

5"  Un  grand  corps  de  bûliment,  h  deux  ailes,  dont  l'une 
consiste  en  trois  grandes  écuries  doubles,  deux  grandes  remi- 
ses et  deux  chambres  pour  les  harnais  et  logement  des 
domestiques  ;  prenant  jour  de  trois  cotés,  avec  six  grandes 
caves  voûtées  et  des  greniers  pour  déposer  le  foin. 

Et  l'autre  [aile]  consiste  en  un  rez-de-chaussée  avec  un 
étage,  où  se  trouvent  un  moulin,  une  boulangerie,  une  buan- 
derie, une  boucherie  et  une  tannerie,  le  tout  consécutivement, 
contenant  des  logements  pour  chacun  des  ouvriers  respeclirs. 

6"  Un  b&timent  situé  dans  le  fond  d'un  grand  jardin,  servant 
ci-devant  k  une  orangerie  avec  logement  d'un  jardinier, 
consistant  en  un  rez-de-chaussée  avec  un  étage  et  des  greniers. 

7"  Plus  des  cours,  jardins  et  vergers,  traversés  par  le  ruis- 
seau dit  La  Lucelle,  qui,  avec  les  susdits  bâtiments,  ne 
forment  qu'un  même  enclos  contenant  environ  12  arpens 
enfermés  d'un  mur  dans  toute  In  circonférence. 

8"  Plus  et  finalement,  près  de  la  grande  porte  du  dit  enclos, 
un  grand  bâtiment  servant  d'auberge,  consistant  en  un  rez- 
"de-chaussée  avec  un  étage,  une  grande  cave  i;t  des  greniers. 
Le  rez-de-chaussée  et  l'étage  se  trouvent  distribués  en  17 
pièces  de  logement,  A  coté  du  bâtiment  est  uni-  écurie  double 
et  une  simple  ;  au-dessus,  des  greniers  h  foin,  nvec  jardin  et 
un  verger. 

Ces  bAtimenls  nous  ont  paru  exclusivement  propres  et 
avantageux  à  établir   une  manufacture  ;  d'autant  que  les 


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i  TEMPS   DE  GUERHE 


427 


communes  environnantes  présentent  une  population  assez 
nombreuse  qui  ne  demande  que  du  travail.  Et,  après  cela, 
nous  avons  jugiï  qu'il  ne  pouvait  y  dire  Tait  aucune  division 
sans  porter  préjudice  k  l'entreprisfi  principale  k  laquelle  ils 
pourront  donner  lieu,  pourquoi  nous  estimons  qu'ils  valent, 
en  leur  ensemble  et  fiai  acluel,  une  somme  de  140.157  livi-es. 

Le  17  frimaire  an  3  H  décembre  1794J. 
Schivarl:  Anfoine,  d'Oberlag.  Atnbroise  Terrier,  de  Délie. 


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PREVOTS,  ABBES  &  DOYENS 

de  Honau,  Rheinau  et  Saint-Pierre-le- Vieux 

(notes   DB  GBANDIDIEh) 

Abbés  de  Honau 

Saint  Benoît,  premier  abbé  et  Corevéque  en  733. 

Saint  Tuban,  ou  Duban,  second  abbé  et  Corevéque  en  7i8, 
749  et  760. 

Thomas,  troisième  abbé. 

Etienne,  quatrième  abbé  en  770. 

Saint  Béatus,  cinquième  Abbé  et  Corevéque  en  776,  778, 
783  et  810. 

Saint  Egidan,  sixième  abbé. 

PrevfttH  de  Houq 

Brunon  en  il04.  Devient  Évéque  de  Strasbourg  en  1133. 

Adalbert  en  1160. 

H...  en  1180. 

Ulrich  de  Sigenowe  +  le  14  Janvier. 

Bertholde  1  d'Ochsenstein,  doyen  de  la  cathédrale  de 
Strasbourg  en  1209,  vivait  encore  en  1237  +  27  avril. 

Bertholde  U  d'Ochsenstein,  custos  de  la  Cathédrale  en 
1244  et  1261. 

Bertholde III d'Ochenatein,  custos  dd  la  cathédrale  en  1264. 

Henri  en  1269,  et  1279,  et  1284  +  13  février. 

Honau  est  transféré  à  Rheinau  en  129i. 
PrevAts  de  Rheinaa 

Henri  dernier  prevAt  de  Honnu  et  premier  de  Rheinau  en 
1291  et  1292. 

Gebeharde  deFribour^,  prevdt  de  la  cathédrale  de  Stras- 
bourg, était  prévôt  de  Rheinau  es  années  1308  et  1327.  Il 
mourut  le  31  mars  1337. 

Jean  en  1340  et  1348. 

Hugues  de  Mullenheim  en  1354  et  1376,  -|-  le  2  octobre. 

Gauthier  de  Mullenheim,  en  1383  et  1391. 
Rheinau  est  transféré  à  Strasbourg  dans  l'église  de 
Saini-Pierre-le- Vieux  en  139S. 
Prevdts  de  Saiot-Pierre-le-Vieux 

Pierre  de  Epflch,  dernier  prévôt  de  ilheinau  et  premier 
prévôt  de  Saint-Pierre-le- Vieux  en  1398  +  en  1400,  3  mai. 


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i 


PRévÔTa   DB   $Alirr-nBRillt-C.B-VlRUX  4Î!1 

Georges  de  ZorD  en  1418. 

Nicolas  de  Hullenheim  -j-  28  octobre. 

Pierre  II  de  Epflch  eo  1437  et  1447. 

Eberbarde  de  PfTafTenlaap  en  1448. 

Pierre  de  Zorn  en  1448  -f  le  11  décembre  1482. 

Tbomas  WolfT,  dit  le  vieux  d'ËckboUheim,  1404  + 
16aoàtl511. 

JérAme  Belschelin,  élu  le  20  décembre  1511  +  1542,  le  23 
septembre. 

Jean  WolfT,  nommé  en  1542,  par  le  cardinal  Moixm,  légat 
du  Saint-Siège  ;  mais  sa  nomination  n'eut  pas  lieu. 

Jean  Brauo,  élu  le  25  septembre  1542  -{-  le  1"  février  1S62. 

Jean  Zesler,  élu  le  26  février  1502  -f  1568. 

lodoque  Frontzing,  élu  en  1568  -f  1569. 

Paul  Grave +  1571. 

Jean  Delphius,  évéque  de  Tripoli  et  sufTragant  de  l'évécbé 
de  Strasbourg  est  nommé  par  le  Pape  Pie  IV  en  1571,  mais 
cette  nomination  n'eut  pas  lieu. 

Mathieu  Gering,  élu  le  22  octobre  1571  -f-  1613,  le  10  août. 

Exupérance  Langhans,  élu  et  confirmé  le  17  septembre 
1613  + le  17  février  1624. 

Adam  Petz,  évèque  de  Tripoli  et  suffragant  de  l'évèché  de 
Strasbourg,  élu  le  14  mars  1624  +  le  25  novembre  1626. 

Martin  Merckel,  élu  le  2  janvier  1627,  +  le  3  Janvier  1661 . 

François  Schlilzweck,  .élu  coadjuteur  le  3  avril  1658  +  le 
15  mai  1671. 

Constantin  Heldt,  élu  le  25  mai  1671,  se  démet  en  1683. 
Le  Pape  nomma  le  sieur  Rauch,  et  le  chapitre,  l'abbé 
le  Laboureur:  le  Roi  de  France  confirma  l'élection  du  dernier. 

Nicolas  le  Laboureur,  élu  le  2  juin  1683,  mort  le  25  juin 
1741,  ayant  permuté  avec  son  frère  le  29  mai  1731. 

Jean  le  ï.nboureur  devint  prévôt  en  1731  +  le  19 
novembre  173'J. 

Jean-Charles  de  Boisgautier,  élu  le  29  décembre  1739, 
mort  le  31  mars  1742. 

Nicolas  Payen  de  Montmort,  élu  le  17  mai  1742  +  le  9 
mars  en  1770. 

Guillaume-Eléonore  Mackau  d'Hurligheim,  élu  le  18  avril 
1770,  mort  le  29  septembre  1774. 


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430  uvTK  d'alsace 

Jean-Fnoçois-Josapb  Hdffel,  élu  le  22  DOvembre  1774. 

IkrjmB  de  Honaa 

Sigefroi«n  1180. 

Rodolphe  en  1239  et  1262. 

Conrad  en  1281. 

Doyens  de  Rtaeiiua 

llermao,  dernier  doyen  de  Honaa  et  premier  du  Rheiuau 
enl2»l. 

Ysenbarde  en  1308. 

Henri  de  Holsheim  en  1383. 

Frédéric  en  1398  et  Hartman  de  Wflltelsheim,  vice-doyen. 
Doyens  de  Saint  Pierre  le  vieu 

Henri  SchafTnei-,  dernier  doyen  de  Rheinau  et  premier  de 
S»  Pierre  le  vieux  en  1398  et  1402. 

Jean  Kugman  en  1408. 

Nicolas  Itymer  en  1407,  le  12  août. 

Jean  Iselin  en  1415  -|-  1453. 

Jean  ReilTstec  -|-  20  septembre  1447. 

.Nicolas  Dûrrûger  en  1447  et  1454  +  1455. 

Nicolas  Iteiner  en  1436  -|-  149^. 

Louis  d'Odratzheim  1493  +  1300. 

Jean  WolIT  en  l.WI  +  en  1509,  fi  Rom?,  un  fr^re  du  prevùl 

Nicolas  Betschelin  +  le  2  novembre  1510. 

Harlzollire  Vesler  vice-doyen  1523. 

Jean  Wetzel  di!  Marsilli  en  1511  et  1333  +  1534. 

Wolfgangue  Jench  en  1538  +  156J. 

Malhias  Gering  en  1571,  devient  prévôt. 

Paul  Gartner  +  1373. 

Michel  Reinlin,  élu  le  15  décembre  1573  -{-  en  1608. 

Exupèrc  Langhansen  1611.  Devient  prevdt  en  1613.  Il  l'iait 
vice-doyen  en  1607. 

Martin  Merkel  était  doyen  en  1614.  Mort  le  17  juin  1638. 

(îabriel  liang,  suffragant  de  l'évéché  de  Strasbourg  et  évô- 
que  de  Tripoli  en  1646  et  1652  -f  le  10  janvier  1691 . 

Lambert  de  Laer  en  1684.  Résigne  en  1686  à  M.  Merlin. 

Edouard  Merlin  obtient  le  doyenné  par  une  Bulle  en  1686  ; 
vivait  encore  en  1713. 

Jean-Cbarles  Boisgautier,  doyen,  devient  prévôt  en  1739. 

Jean-Louis  Dulruck  -f-  174i  le  21  juin. 

Geges-Louis  Geiger,  élu  le  28  juin  1742  +  1765. 

Pierre-Joseph  de  Martigny,  élu  le  15  janvier  1766. 


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PORTRAITS  &  PAYSAGES 

SOUVENIRS  D'ALSACE 
par  M.  Charles  GOUTZ-WILLER 


On  a  lu,  pnr  Tragnients  délauhps,  les  portraits  et  paysages 
qui  sont  l'objet  du  bel  in-K°  dont  la  parcimonieuse  MUion 
causera  des  regrets,  car  il  n'y  a  qu'environ  soixante-dix  h 
quatre-vingts  exemplaires  à  la  disposition  de  nos  bibliothè- 
ques spéciales  concernant  le  pays  annexé.  Bien  que  le 
moment  entraîne  les  esprits  à  des  préoccupations  plus  absor. 
bantes,  il  est  certain  que  celte  mince  provision  ne  répond  pas, 
ou  ne  saurait  répondre  aux  besoins  complémentaires 
de  nos  bibliothèques  communales  et  de  nos  bibliothèques 
privées.  Nous  faisons  celle  re;nan|ue  et  ne  parlons  de  cette 
belle  collection  de  souvenirs  h  travers  le  passé,  que  pour  en 
rappeler  un  moment  l'actualité  et  en  dehors  de  lout  sentiment 
spéculateur  qui  ne  saurait  avoir  de  place  là  où  la  préoccupation 
artiotique  et  littéraire   n'a  cessé  de  régner. 

Ce  qui  ne  nous  empêche  pas  d'ajouter  que  M.  C.  (ioutzwiller 
est  le  professeur  du  collège  d'Allkirch  sous  les  encourage, 
ments  duquel  M.  Jean-Jacques  llenner  n  fait  ses  débuts;  et 
que  le  volume  du  maître  de  près  de  cinq  cents  pages,  est  taxé 
k  8  francs  rr\cmplaire. 

Tout  aussi  spécial,  en  fait  d'édition,  se  trouve  nn  in-8*  de 
XXXV  —  deux  cent  quatre-vingt-neuf  pages  et  taxé  7  f.  50, 
ayant  pour  titre  : 

SEUî-NEimS,  PAYSANS  ET  PROPRIÉTÉ  KUHAI.E 

RN   ALIsaCK    au  MOVBN-AGK 

j)ar  Ch.  Slimidl,  professeur  émérite  de  Théoloyie 


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43Z  RSVt'B  D  ALSAC8 

De  même  que  les  lecteurs  de  la  revue  d'A  Itace  connaissent 
partiellement  les  portraits  et  paysages  de  H.  Goul2witler,  de 
même  anssi  le  lecteur  des  Annalet  de  t'Est  connaît  les  sei- 
gneurs, les  paysans  el  la  propriété  rurale  en  Alsace,  qui  est 
un  tirage  k  part  de  ce  recueil  académique. 

L'auteur  de  cettcr  étude,  que  la  mort  ne  lai  a  pas  permis 
d'achever,  est  trop  connu  par  ses  autres  travaux  et  même 
sa  coltkboration  k  la  Revue  d'Alsace  pour  que,  dans  cette 
note,  nous  insistions,  pendant  une  minute,  à  le  rappeler  k  la 
mf^moire  de  tous.  Notre  confrère  des  Annales  s'est  chargé  de 
ce  soin  en  consacrant,  troisième  biographe,  Irenle-cînq  pages 
k  l'édition  qui  nous  occupe  et  que  nous  devons  nous  borner  'u 
signaler  en  même  temps  que  l'œuvre  alsalique,  captivante, 
historique  et  littéraire  de  notre  collaborateur,  H.  Charles 
Ooutzwiller. 

Frédéric  Kurti. 


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CORRESPONDANCE  INTIME 

EN  tri; 

ULRIC   OliRECHT,  PRÉTEUR  ROYAL 

ET 

JEAN-BAPTISTE  KLINGLLN,  AVOCAT  GÉNÉRAI. 

KT    SYNIJIC 

DE  LA  VILLE  LIBRE   DE  STRASBOURG 
(1688-1698) 

publiée  d'après  un  manuscrit  de  la  liibliolhèque 
Municipale  de  Strasbourg 


AVANT-PROPOS 

Loi'sqiie  la  riche  bibliothèque  de  M.  Alilfeld,  curé  de  Saint- 
Pierre-le-Vieiix,  fut  vendue  aux  enchères  h  Strasbourg  en 
1S78,  la  lïibliothilque  municipale  fil  l'achat  d'un  certain  nom- 
bre de  numéros,  manuscrits  et  imprimés  rares,  intéi'essant 
l'hisluire  provinciale  et  locale.  Parmi  ces  acquisitions  se 
trouvait,  sous  le  n°  ITDS,  un  volume  ainsi  annoncé  : 
«  (Obrechl^  Lettres  manuscrites  in-qiiarto,  copiées  par 
fiambs.  1)  En  l'examinant  de  plus  près,  je  dus  malheureuse- 
ment constater  que  le  recueil  était  incomplet  et  qu'il  avait 
existé,  cent  ans  auparavant,  un  second  volume  de  c,>llc  corres- 
pondance entre  Obrecht  et  Klinglin.  Il  ressort  égaleraentde  la 
note,  placée  en  létc  du  manuscrit  par  l'archiviste  Ganibs,<iue  ce 
n'est  pas  lui  mais  le  sieur  Fleischmann,  qui,  dans  le  premier 


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434  HEVUE  d'alsacb 

tiers  du  XVni"  siècle  d^jft,  avait  lire  la  présente  copie  sur  les 
minutes  originales  d'Obrecht  (1), qui  sont  perdues,  car,  si  elles 
ont  jamais  été  déposées  aux  Archives  de  la  Ville  —  ce  dont 
je  doute  fort  —  elles  ont  disparu  depuis. 

Cette  correspondance,  toute  fragmentaire  qu'elle  est,  mérite 
cependant  d'être  mise  au  jour,  non  pas  tant  pour  les  quelques 
affaires  administratives  qui  y  sont  retat<-es  que  parce  qu'elle 
jette  un  jour  curieux  et  partiellement  nouveau  sur  les  procé- 
dés gouvernementaux  du  temps  et  sur  les  personnages  qui 
furent  les  représentants  directs  de  Louis  XIV  auprès  de  la 
«  ville  libre  royale  »  de  Strasbourg,  On  y  ur..l  étudier  sur 
le  vif  les  intrigues  nées  de  la  jalousie  féroce  d'Ulric  Obrecht 
et  de  Christophe  Gitntzer  ;  on  y  verra  comment  chacun  de  ces 
hauts  fonctionnaires  dénonce  l'autre,  comment  il  lâche  de 
dépasser  son  rival  en  obéissance  obséquieuse  vis  h  vis  de 
l'intendant  et  des  ministres  ;  on  y  verra  surtout  comment  l'un 
et  l'autre,  nouveaux-convertis  tous  deux,  demeurent  en  butte 
aux  attaques  violentes  ou  sournoisesdu  haut  clergé  qu'ils  ne 
cessaient  pourtant  de  servir,  mais  qui,  là  comme  partout, 
n'était  satisfait  d'aucun  succès  lorsqu'il  n'était  pas  le  maitre 
absolu.  Nous  trouvons  ainsi  dans  celte  correspondance  intime 
des  indications  précieuses  sur  l'état  moral  de  Strasbourg  dans 
les  dernières  années  du  XVII*  siècle,  indications  qui  complè- 
tent,d'une  façon  fort  heureuse,en  ce  qu'elles  viennent  du  camp 
opposé,  les  doléances  du  Mémorial  de  l'ammeistre  François 
Reisseissen,  publié  par  nous,  il  y  vingt  ans.  Nous  avions  pris 
copie  autrefois  du  manuscrit  de  la  Itibliothèque  Municipale  (2)  ; 
pour  en  élucider  certains  détails,  nous  avons  parcouru  les 
procès- verbaux  du  Conseil  secret  des  XIII,  relatifs  aux  années 


(1)  A  moiûB  que  le  préleur  n'ait  redemandé,  de  son  vivaut,  les 
lettres  Écrites  à  sim  sutwrdoDné,  il  semble  peu  probable  que  Klin- 
glin  ait  pu  avoir  l'idée  de  se  dessaisir  de  papiers  aussi  curicin  ; 
eomme  il  survécut  de  beaiicoup  à  Obrecht,  don)  il  fut  le  second 
sucresseur  t.  la  préture  royale,  ou  doit  adincllre  que  ce  sont  les 
minutes  de  cotte  correspondance  intime  que  rieischmann  retrouva 
dans  les  papiers  du  fila  Obrecht,  en  les  Iriant  après  décès. 

(2)  Il  porte  actuellement  le  no  302  dans  le  catalogue  des  manus- 
crits de  la  Bibliolbèquc  de  la  Ville. 


ENTRE    CLHIC    OBnECHT   ET    J.-l*.    KUNIH.IN  435 

durant  lesquelles  furiint  écrites  les  lettres  qui  nous  restant, 
et  nous  en  avons  tiré  quelques  renseignements  supplémentai- 
res, consignf^s  dans  les  notes  ou  sei-vant  tie  transition  entre 
les  pii^ces  de  la  correspondance  elles-mêmes. 

Rod.  Reuss. 


Lettres  de  M.  Ohreckt 

En  Itïle  du  manuscrit  de  Fleischmann  se  trouve  la  notice 
suivante  : 

Ces  deux  volumes  de  lettres  de  M.  Ûbreelil  (1)  à  M.  Klin- 
glin  i2)  avocat  puis  Sj-nilic  rayai,  enlin  Prêteur  roj- al  de  la  ville 
de  Strasbourg  m'ont  été  donnés  en  prési'nt  par  M.  Fleiscli- 
mnnn,  qui  en  ayant  trouvé  les  originaux  dans  le  dépouille- 
ment qu'il  lit  des  papiers  de  M.  Olirecht  fils  décndé  a  l'aris, 
(où  il  avait  la  ville  pour  prison,  après  sa  révocation  de  la 
charge  de  Préteur  i-oyal  de  Strasbourg)  en  172...  (3)  ayant 
Vouvc  les  originaux  de  ces  lettres,  en  fit  tirer  des  copies. 


(1)  On  vient  de  voir,  par  l'avanl-propos,  que  malheureusement 
le  second  volume  est  perdu  ou  du  moins  ([u'il  ne  figurait  pas  ilans 
la  collection  AhireJd;peut-iHrr  le  renconlrera-t-on  quelque  jour  dans 
une  autre  bibliothèque. 

(i)  Jean-Baplisle  do  Kliojjlin,  était  le  flls  cadet  de  François 
Kiinglin  conseiller  au  Conseil  souverain  d'Alsace,  L'aine,  Krançois- 
Itomaiu,  succéda  ù  son  père  en  ItiTI),  devint  second  président  du 
Conseil  en  J(i97  et  mourut  en  17l!4.  Jcan-Bapllste  fut  d'abord  avo- 
ral  nu  Conseil  souverain,  puis  il  entra  au  service  de  la  ville  de 
Strasbourg,  après  la  capilulation,  comme  avocat  général,  devinl 
le  collaborateur  lé  plus  intime  d'Obrecht,  et  après  la  révocation 
du  fils  de  son  protecteur,  lui  succéda  comme  préteur  royal  de  la 
ville  libre  et  occupa  ce  poste  important  JHsqu'à  sa  mort,  arrivée 
le  7  juin  1725, 

(3)  Henri  Obrecht,  né  le  17  mars  1675,  successeur  île  son  père 
comme  préteur  royal  fi  vingt-deuï  ans,  fut  déposé  de  ses  fonctions 
par  ordre  du  roi,  après  une  gesliiin  de  cinq  années  seulement 
(1701-1706),  et  mourut  à  Paris  en  1728. 


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43(1  RBvuE  d'alsace 

M.  Fleischmann  (1)  a  également  les  avis  de  M.  M.  les  inten- 
dants de  la  Province  d'Alsace  jusqu'après  le  ministère  de  ces 
Inlendans,  donné  par  eux  à  la  Cour  sur  les  affaires  de  la 
Province,  qu'il  a  tirés  sur  les  originaux,  que  la  veuve  du  Sr... 
secrétaire  de  M.  de  La  Houssaye  (2)  luy  avait  confiés. 

Strasbourg,  ce  29  novembre  1773 

Gaubs  (3)  Archivaire. 


Lettres  de  M.  Obrecht  à  M.  de  KUnylin  pendant 
son  séjour  à  la  Cour,  depuis  1688  jusque)  1701. 

A  Strasbourg,  ce  25  mars  1688, 
Monsieur, 
J'ay  différé  jusqu'à  présent  de  vous  mander  la  mort  du  S' 
Grad,  avocat  général  de  cette  Ville  (4),  parce  que  je  voulois 
auparavant  faire  les  préparatifs  nécessaires  pour  vous  pouvoir 
offrir  cette  place  avec  plus  de  sftreté  :  en  quoy  j'ay  tellement 
avancé  qu'il  ne  manque  plus  que  votre  déclaration  si  vous  la 
voudriés  bien  accepter,  si  (fol.  3  *■)  elle  vous  étoit  conférée  par 
le  Magistrat.  En  ce  cas  j'ay  déjà  écrit  Ji  M.  de  Louvois  pour 


(t)  Le  jurisconsulte  G.  G.  Fleischmann  est  l'auleur  d'une  thèse 
historique  sur  la  Guerre  des  Paysans,  qu'il  soutint  devant  la 
faculté  de  droit  de  Strasbourg  en  \l\î  :  il  entra  plus  tard  au  service 
de  la  ville  cl  occupa  diverses  fonctions  adminislrallves  ;  il  vivait 
encore  au  moment  où  l'archivisle  Gambs  rédigeait  sa  notice,  mais 
il  était  décédé  quand  (irandidier  rédigeait  la  sienue  sur  la  famille 
Obrecht  (Oeuvres  inédites,  V,  \i.  18î). 

(2)  M.  Le  l'elletier  de  la  Houssavc  fut  inlcndanl  d'Alsace  de  1700 
a  17 1«. 

(3)  Jacques-Sébastien  Gambs  fut  nommé  archiviste  de  la  ville  on 
17S9;  il  partagea  successivement  ses  foni^tions  avec  le  dernier  des 
Wcncker,  Petlmesscr  et  llorrer.  En  1787  il  fut  nommé  archiviste 
honoraire  et  rcmplacô  par  C.  Ehricn.  (Brueker,  Les  Archives  de 
Strasbourg,  p.  13). 

(4)  Jean-George  Grad  mourut  dans  les  premiers  jours  du  mois 
(\III,  :t  mars  1088). 


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vous  avoir  une  dispense  d'incompatibiliti^  avec  la  charge 
d'avocat  et  de  secrétaire  interprète  que  vous  avés  au  Con- 
seil (1),  el  M.  l'Intendant  m'a  assunî  qu'elle  ne  vous  sera  pas 
reTusée,  si  vous  la  jugez  nécessaire.  J'ay  ajouté  à  ceile-cy  les 
appointemens  que  j'ay  eu  lorsque  je  faisais  celte  fonction.  En 
attendant  l'honneur  de  votre  réponse,  je  voua  prie  d'être 
persuadé  que  je  suis  plus  que  personne  du  monde,  etc. 

P.  S.  Celte  charge  ne  vous  empêche  pas  d'avoir  de  la  pra- 
tique étrangère  f2),  pourvu  que  ce  ne  soit  pas  contre  la  Ville 
elles  bourgeois. 


Lettres  écrites  à  M.  de  Klinglin  pendant  son  séjour 
à  la  Cour  (3). 

A  Strasbourg,  ce8  novembre  169i. 
Monsieur, 
Vos  lettres  du  31  octobre,  1  et  3  novembre,  viennent  de 

(1)  11  s'agit  du  Conseil  souverain  d'Alsace  siégeant  à  Brisach. 
Obrechl  qui,  depuis  le  30  avril  16S3.  occupait  le  poste  de  préteur 
royal  la  ville  libre  de  Strasbourg,  désirait  avoir  sous  la  main  un 
boinme  habile  el  de  conllance  qu'il  put  déléguer  k  la  cour  pour 
traiter  les  alTaires  délicalcs  avec  le  ministre  ou  qui  pût  surveiller 
de  près  le  Magistral  quand  il  devail  s'absenler  lui-même.  Mon  pas 
le  Magistrat  lui-même,  dans  son  eascmbic,  car,  au  fond,  il  était 
bien  docile,  mais  les  meoées  de  lliialzer,  son  afné  de  beaucoup, 
qui  au  lendemain  de  la  capitulation  de  l(>81  avait  été  nommé  par 
Louis  XIV  syndic  royal  k  Strasbourg  et  exerça,  de  fait,  les  mêmes 
fonctions  qu'Obrccht  lui-même  après  1683.  Celui-ci,  incontestable- 
ment mieux  doué,  plus  énergique,  moins  «  grapillard  n  que 
Cùnlzer,  plus  chaudement  soulenu  a  la  cour,  avait  flni,  grâce  à  sa 
conversion,  préparée  par  Bossuel,  par  remporter  sur  le  vieux  secré- 
taire de  la  Ville,  qui  manquait  par  trop  de  prestige  au  sein  des 
Conseils  secrets  où  il  avait  tenu  jadis  un  rdie  subalterne.  A  partir 
de  ce  moment  il  y  eut  entre  Gûnlzer  et  Ubrecht  une  baine  sourde 
mais  profonde,  dont  celte  correspondance  est  la  preuve  érialantc, 

(2)  De  la  clientèle.  —  Les  avocals-généraux  de  la  république  de 
Strasbourg  pouvaient  donner  des  consullalions  aux  particuliers, 
pourvu  que  ce  ne  fùl  pas  au  délrimenl  do  la  rite,  usage  qui  s'est 
conservé  en  Angleterre  pojr  les  légistes  de  la  couronne  jusqu'à  ce 
jour. 

(3)  Celte  première  letlre  se  rapporte  à  la  mission  donnée  par 


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Aon  BEVUE   D  ALSACE 

m'èlre  rendues  ù  la  rois.  Vous  n'avésqu'k  présenter  à  Mr  de 

leMiigiBtral  ii  Klinglin  de  [irésenlcr  fkVeraailIcsIescondoléaDrfsde 
la  ville  libre  surla  inori  de  Louvors,  et  de  s'assurer  on  mi>jiiD  temps 
IcB  bonnes  jiràces  de  son  aucesseur.  La  délégalion  de  l'avocnt-géné- 
rul  avait  été  [)réc('di>e  d'une  violenta  passe  d'armes  entre  Obreelit 
et  (liintzer.  L>ans  la  séance  duConseil  des  Treize,  du  8  octobre  I6t>l, 
le  svndic  prit  la  parole  pour  dire  que  la  veille,  enlre  neuf  et  dix 
heures,  Klinglin  Était  venu  le  soir  pour  lui  anaonccr  son  dcpnrt 
pour  la  Cour,  d'après  la  proposition  Taite  par  M.  Obrecht.  Lui, 
ôiiDtzer,  se  trouvant  k  Osiwald  re  jour  là,  o'a  pas  eu  l'honneur  de 
sif^ger  avec  rea  Messieurs  quand  ils  ont  pris  cette  décision  là;  ce 
voyage  est-il  bien  nécessaire  ?  Sans  doute,  il  n'a  dans  tout  cela 
qu'un  vote  consullalir,  mais  il  se  demande  si  cette  ambassade  ne 
l'era  pas  plus  de  tort  que  de  bien,  sans  com|iter  que  l'aris  et  Ver- 
Biiilles  siint  >'un  tirés  cher  pavé».  En  tout  cas,  si  Klinglin  pari,  il  faut 
•lélibéror  sur  ses  instructions  en  Conseil  ',  la  qiiaestio  an  et  la 
■/uaealio  quomodo  devront  être  examinées  en  comité,  d'autant  plus 
que  Klinglin  n"a  pas  encore  prÈté  serment,  «  encore  qu'il  doive  ne 
penser  que  du  bien  d'un  honnâle  homme.  »  L'absence  d'Ûbrecht, 
qui  gardait  In  chambre,  fil  que  les  Treize,  enlratnés  par  cette 
harangue,  décidèrent  que  le  serinent  serait  prêté  el  l'instruction 
rédigée  par  Klinglin  lui-même.  Le  préleur,  avisé  |iar  une  députation 
du  Magistrat,  se  montra  Tort  irrité  et  l'a  vocal-général  {ieiger  trans- 
mil  reipressiun  peu  atténuée  de  son  mécontentement  au  Conseil. 
Il  n'est  nul  besoin  d'une  instruction,  puisqu'il  n'y  a  aucune  question 
spéciale  &  traiter  !  Gûnlzer  répond  alors,  assez  logiquement,  que 
s'il  n'y  a  rien  ii  négocier  ii  la  Cour,  il  est  bien  inutile  d'envoyer  un 
personnage  et  que  le  premier  honncle  homme  venu  peut  remettre 
a  Versailles  les  dossiers  dont  parle  M.  le  préteur. 

Le  lendemain  Klinglin  lit  son  inslniclion,  en  Trançats,  el  dit  que 
M.  de  Chamlay  lui  a  écrit  <[ne  le  moment  est  propîie  pour  discuter 
ft  loisir  les  alTiiires  strasbourgeoises.  qu'il  doit  se  hâter  de  venir. 
Giintxcr  se  plaint  de  ce  que  le  document  n'ait  pas  été  mis  en  alle- 
mand, comme  par  le  passe;  il  revient  sur  la  question  de  la  dépense  ; 
il  raconte  que  M.  de  Souvré,  arrivé  hier  de  l'armée,  lui  assure  que 
le  ni'iment  est  peu  propice  aux  entreliens  d'affaires  puisque  M.  de 
Itarbezieui,  son  frère  (le  nouveau  ministi'e)  vase  marier,  etc.  L& 
dessus  les  autres  avocats-généraux opincntanssipourunediscusûon 
gcnéralesur  la  matière.  Klinglin  déchire  que,  pcrsouneilemenl,  il 
n'a  nu''un  intcrét  à  ce  voyti^'e,  qu'il  n'a  point  d'ambition,  qu'il  obéit 
il  M.  le  préteur  ;  ces  Messieurs  feront  ce  qu'ils  voudront,  mais  il 
lioute  fort  que  il.  le  syndic  ail  le  droil,  en  vertu  de  sa  chaire,  de 
proposer  rien  de  pareil,  i'  .Si  vous  aviez  assisté  lï  la  dernière  séance, 
comme  c'élnit  votre  devoir,  interrompt  lîûntzer,  vous  sauriez  que 
je  ne  veux  nullement  escamoter  votre  voyage  '."  —  «Je  suis  un 
honnête  homme,  crie  de  son  côté  Klinglin,  el  je  connais  mes  detoirs 


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CORRESPONDANCE  BNTRE  [ILRIG  OBRICKT  ET  I.-B.  KLINGUM      439 

Barbesieus^  (1)  la  lettre  qui  vous  a  été  envoyée  touchant  lee 
divorces  :  mais  il  faudra  lui  marquer  dans  des  termes  les  plus 
perceptibles  qu'il  se  pourra,  qu'elle  vient  de  la  part  des  magis- 
trats luthériens  et  que  c'est  de  l'ordre  de  M.  Gûntzer  que  l'on 
vous  l'a  adressée  (i).  Car  elle  n'a  ny  été  lue  dans  aucune 
assemblée  (3),  ni  communiquée  qu'à  luy  en  particulier  (fol. 
4  ^)  :  ainsy  c'est  k  luy  à  répondre  du  contenu  et  j'ai  pris  les 
devans  afin  que  le  Roy  en  soit  informé  avant  que  Mr  de  Bar- 
busieux  la  porte  au  Conseil. 

Comme  il  ne  se  fera  rien  au  changement  des  routes  sans 
l'avis  de  M.  le  marquis  d'Huxelles  (4)  ou  de  M.  l'Intendant  (5), 
il  vous  sera  facile  de  renvoyer  les  solliciteurs  de  la  commu- 
nauté de  Dorljsheimitceluy  de  ces  deux  que  M.  deChamlay(6) 
vous  indiquera.  Ladite  communauté  a  promis  cent  pistoles  k 


et  c«  que  m'impose  mon  serment  !  «  —  Le  procès-verbal  officiel 
ajoute  diploinatiquemenl  :  h  Ici  s'élève  un  pelit  malentendu  entre 
H.  le  syndir  et  M.  l'avocal  Klinglia,  mais  il  a  été  supprimé  (getilgt) 
par  l'autorité  des  Messieurs  du  Conseil.  » 

En  déHnilive  fiimlzer  propose  d'ajouter  une  dizaine  de  points 
secondaires,  affaires  de  détail,  à  ceux  que  l'envoyé  traitera  dans 
les  bureaux  du  ministère,  el  le  Conseil  adopte  ces  additions.  Dans 
une  séance  dusoir(lem^me9oclolire)  la  paix  est  faite  évidemment, 
car  le  syndic  déclare  qu'il  n'y  a  plus  qu'A  présenter  à  M.  Klinglin 
les  meilleurs  vœux  el  souhaits  pour  son  voyage,  persuadé  qu'il  y 
saura  faire  voir,  dans  les  occasions  données,  son  habileté  ordi- 
naire. 


(2)  Les  rapports  entre  Gûntzer  et  Obrecht  avaient  été  si  tendus 
doraut  l'aulomne  que,  pendant  des  semaines,  le  préteur,  dénoncé 
par  le  syndic  A  Versailles,  n'avait  pas  mis  les  pieds  à  l'Hôtel-de- 
Ville,  pour  bien  marquer  qu'il  ne  voulait  point  élrc  responsable  de 
ce  qu'on  y  faisait,  (Xill,  18  septembre  1691). 

(3)  Séance  oflicielle.- 

(i)  Nicolas  du  Blé,  marquis  d'Huxelles  avait  remplacé  Montclar 
comme  gouverneur  de  la  province.  (XllI,  20  mars  1690). 

(5)  L'intendant  était  Jacques  de  La  Grange. 

(C)  H.  de  Chamiay  était  l'un  des  principaux  <i  commis  n  de 
Louvois,  el  restail  le  conseiller  en  lit  re  de  son  Jeune  cl  peu  capa- 
ble continuateur. 


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440  REVUE  d'alsace 

M,  Gflntïer  en  cas  de  réussite  et  c'est  ce  qu'il  voudrait  profiter 
de  votre  voyage. 

11  ne  faut  pas  que  vous  songiez  avant  votre  retour  {fol.  5  '} 
à  la  rôparlilion  des  fourages,  qui  ont  élA  iinpcjsés  aux  villages 
de  M.  de  Chamiay  ;  j'en  ay  parlé  à  Mr  l'intendant,  qui  n'a  pu 
refuser  lus  deux  mil  el  tant  de  rations  auxquelles  les  dit  villa- 
geois ont  éti^  taxés  au  dernier  quartier.  Je  vous  instruiray 
pleinement  de  l'étal  des  atfaires  de  M.  (jiknlzer  par  le  premier 
ordinaire,  étant  un  peu  trop  pressi^  présentement. 


A  Strasbourg,  ce  9  novembre  1691. 
Monsieur, 

Vous  verres  par  la  copie  cy-jointe  de  la  lettre  de  M.  de 
Bnrbesieux,  qui  ne  m'a  été  rendue  qu'hier,  que  le  Roy  trouve 
bon  que  je  fasse  remettre  à  Monsieur  (1)  les  papiers  que  je 
vousay  confiés  ffoLS  ''),  touchant  les  pierreries  engagées  aux 
(;antons  suisses  protestans  par  feu  M.  l'Electeur  j)alatin. 
Ainsy  vous  n'aurez  qu'à  prendre  les  ordres  de  Monsieur  pour 
Sfavoir  à  qui  Son  Ait^sse  Royale  veut  que  vous  les  donniês, 
pour  en  retirer  une  décliarge  qu'il  sullira  de  nie  rapporter  à 
votre  retour. 

Je  fais  tout  mon  possible  pour  vous  faire  avoir  les  pièces 
qui  peuvent  servir  à  éclaircir  les  articles  nouvellement  ajoutez 
a  votre  instruction  (2),  mais  vous  sravcz  la  lenteur  de  notre 
Chancellerie,  a  Inquelle  on  m'a  pourtant  assuré  aujourd'huy 
que  la  plus  part  des  dites  pièces  (Hoieut  actuellement  en  che- 
min. Je  suis  cncoi-e  d'avis  (fol.  (»»)  que  lorsque  vous  aurés 


(I)  Philippe  d'Orléans,  frère  de  Louis  .\IV,  gendre  de  l'Ëlecleur 
palatin  Cliarles-I.ouis,  beau-frère  de  l'I^Iccteur  palalia  Charles,  le 
dernier  ropri^scutaDt  de  la  branche  de  Simniern;j'ig'nore  lequel  des 
deux  princes  avait  engagé  ses  pierreries  en  Suisse. 

(i)  Il  s'agissait  surtout  de  plaintes  outre  les  enlrcprencurs  des 
forlificatious  nouvelli-s,  de  réclamations  contre  Mayeuec  relative- 
ment à  la  navigation  sur  le  Rhin,  du  pavage  des  rues,  des  dépenses 
de  la  garnison,  etc.  (XRI,  9  octobre  1H9I). 


expédié  le  sujet  principal  de  votre  voyage, 'vous  renfermiés 
toutes  les  minuties  des  additions  de  MrGUnlzerdansun  plaeet 
et  en  laissiés  la  poursuite  ii  M.  LeCorreur  (1),  lorsque  vous 
pnrtirés  de  Paria.  L'article  du  bois  enlevé  par  les  enlrepren- 
neurs  n'est  qu'un  piùge.  Car,  à  ce  que  j'ny  appris  de  M. 
Ursinus  (2)  si  vous  en  Taisiés  des  phiintes,  elles  retomberaient 
sur  M.  rinlendant,  el  la  chose  en  etle-inéme  est  de  si  peu  de 
consé(iuencc  qu'elle  ne  vaut  pas  la  peine  d'en  parler. 

Le  P.  (3)  a  dit  à  M.  l'Intendant  que  (fol.  6  '')  vous  luy  aviés 
écrit  une  grande  lettre  de  complimens  mais  qu'elle  nel'empè- 
choit  pas  de  croire  que  vous  luy  jouiriés  (sic)  tous  les  plus 
méchans  tours  que  vous  pourries,  Auprès  de  ses  confidens  il 
fait  passer  cette  lettre  pour  une  espèce  d'hommage  et  i-épara- 
ration  d'honneur.  Il  a  fait  casser  ces  Jours  son  frère  le 
lohner  (4),  par  la  Chambre  des  Vingt-Un  en  mon  absence, 
mais  lorqu'on  a  voulu  procéder  ensuite  à  l'élection  d'un  nou- 
veau lohner,  j'ay  représenté  au  Conseil  des  Quinze,  où  elle 
se  devaitfaire,  qu'il  ne  falloit  avoir  aucun  égard  à  la  proposi- 
tion du  P.  ni  au  décret  qui  l'a  suivi,  1"  parce  qu'il  ne  luy  (fol. 
7")  appartenait  pas  de  faire  casser  un  ofiicier  en  mon  absence, 
i"  parce  que  la  dite  proposition  procédait  d'un  esprit  de  ven- 
geance auquel  le  P.  s'étoil  laissé  aller,  parce  que  son  frère 
l'avoit  accusé  de  plusieurs  violences,  et  qu'il  ne  seroit  pas 
séant  que  le  Magistrat  fut  l'instrument  de  l'injure  d'aufruy, 
3"  qu'il  seroit  d'un  très  méchanl  exemple  de  casser  un  officier, 
quelque  négligent  qu'il  put  dite,  sans  l'avoir  entendu.  Sur 
quoi  il  a  été  ordonné  qu'il  sera  informé  de  la  conduite  dii 
lohner,  pour  voir  s'il  mérite  d'être  continué  dans  sa  charge 
ou  d'être  cassé. 

(fol.  7  '')  Mr  de  Cageneck  a  été  élu  samedy  passé,  au  Conseil 


(t)  Celait  l'agent  ordinaire  de  la  ville  à  Paria,  commis  de  con- 
liance  de  Louvois, 

{1)  Cl  Le  1'.  est  le  syndic  Gûnlzer.  »  (Noiode  (iambs). 

f3)  Un  des  emplovés  subalteroes  de  la  Chaiiceilerie  slrasbour- 
gcoise. 

(i)  Le  lohner  était  un  entrepreneur  chargé  soil  de  l'enlèvement 
des  boues,  immondiccB  (HorbloAner),  soii  de  l'entretien  du  pont 
du  Hhin  (Hheiiilo/oitr)  elc;  nous  ignorons  laquelle  de  ces  entrepri- 
ses municipales  était  dirigée  par  ic  frère  de  Gimlzer. 


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442  RBVUB  d'alsacb 

des  Treize  à  la  place  de  Mr  V0II7,  décédé  trois  jours  aupara- 
vant. Le  P.  a  fait  tout  ce  qu'il  a  pu  pour  porter  les  magistrats 
à  élire  un  luthtVien,  quoique  l'alternative  établie  par  !a  lettre 
de  cachet  du  Roy  rtemandilt  incontestablement  un  catho- 
lique (i).  Son  but  a  été  de  tirer  M.  de  Wormser  hors  du  Conseil 
des  Quinze,  de  confirmer  les  magistrats  luthériens  dans  l'opi- 
nion qu'ils  ont  conçue  de  luy  qu'il  protège  leur  religion,  même 
au  péril  de  sa  fortune,  et  de  me  rendre  odieux,  en  me  jettant 
dans  la  nécessité  (fol.  8")  de  deffcndre  les  intérêts  de  la  Reli- 
gion catholique,  comme  j'ay  fait  eiïeclivement,  avec  toute  la 
fermeté  requise,  par  laquelle  j'ay  dessigné  toutes  ses  intrigues 
et  mis  la  fausseté  de  ses  raisons  dans  un  sigrand  jour  qu'il  n'y 
en  a  eu  aucun  qui  ait  osé  opiner  en  faveur  du  luthéranisme,  de 
sorte  que  Mr  de  Cageneck  a  eu  toutes  les  voix,  excepté  une 
seule,  qui  a  été  pour  Mr  de  Rotzenhausen  (2). 

J'en  ay  écrit  h.  Mr  de  Barbesieux  et  j'enverray  une  copie  de 
ma  lettre  à  Mr  de  Choinlay  par  le  premier  ordinaire.  Car 
comme  le  temps  s'approche  (fol.  8  ''}du  renouvellement  des 
magistrats,  je  serois  bien  aise  de  scavoir  l'intention  du  Itoy 
au  sujet  des  ordres  que  S.  M.  m'a  donnés  par  feu  Mr  de 
Louvois  pour  faire  entrer  des  catholiques.  Je  suis  avec  tout 
l'attachement  possible,  etc. 


A  Strasbourg,  ce  12  novembre  1691. 
Monsieur, 
J'ay  cru  vous  pouvoir  donner  plutôt  quelque  éclaircisse- 
ment sur  l'affaire  de  Mr  Guntzer,  mais  il  m'est  survenu  depuis 
quelques  occupations  plus  pressantes,  et  J»  vous  dire  la  vérité 
(fol.  î»»),  je  n'y  vois  pas  moi-même  presque  plus  clair  que  le 
premier  jour-  M.  l'Intendant  continue  toujours  îi  dissimuler 
qu'il  en  ait  reçu  des  ordres.  Cependant  outre  ce  que  m  a 


(1)  Reiaseiïsen  a  rapporté  longuement  dans  son  Mémorial  (p-  156- 
157)  les  raiions  alléguées  par  les  deux  anlagonistea. 


(i)  RattasambauBen. 


COBHESPONDANCB  RtlTBE  ULKIC  OBHBCHT  ffT   J.-B.  KttNGUN      443 


mandé  Mr  de  Chamlay,  je  m'apperçois  du  contraire  par  les 
instances  qu'il  m'a  fait  de  luy  donner  des  mémoires  sur  le 
sujet  de  nos  contestations.  Je  ne  scay  quel  usage  il  en  veut 
faire,  cependant  j'espère  toujours  d'obtenir  te  but  que  je  me 
suis  proposé,  qui  ne  tend  qu'à  ce  que  lu  Roy  soit  informé  des 
désordres  que  ce  malheureux  comnnit  icy  (1)  alin  que  l'un 
(fol.  9  '')  de  ces  jours  l'on  ne  me  puisse  pas  imputer  les  suites 
qui  en  arriveront,  ni  me  tenir  pour  complice. 

Je  crois  vous  avoir  mandé  que  sur  une  proposition  qu'il  a 
faite  au  Conseil  des  XX(,  en  mon  absence,  pour  faire  casser 
son  frère,  le  lohner,'  il  a  été  ordonné  ensuite  à  la  Chambre 
des  XV,  qu'il  seroit  auparavant  informé  de  sa  conduite.  On  a 
commencé  de  le  faire  avant-hier  et  il  s'est  trouvé  du  premier 
abord  qu'il  a  vol6  tous  les  ouvriersqui  ont  travaillé  pour  la 
ville  et  qui  ont  reçu  le  payement  de  ses  mains.  1!  prétend 
cependant  (fol.  10')  se  laver  en  montrant  que  son  frère  le 
Syndic  est  un  plus  grand  voleur  que  luy  ;  et  c'est  pour  cet 
elfel  qu'il  a  donné  le  mémoire  cy-Joint  que  je  vous  prie  de 
remettre  à  Mr  de  Chamlay,  afin  de  lai  faire  connaître  plus 
naïvement  le  sort  déplorable  des  affaires  de  cette  ville,  pen- 
dant qu'elles  sont  entre  les  mains  de  pareilles  harpies  (2).  Mr 
de  Ixtuvois  en  étoit  instruit  et  il  commençoit  à  se  mettre  en 
train  pour  nous  en  délivrer,  comme  vous  pourrez  encore  faire 
connaître  k  mondit  Sr  rie  Chamlay  par  la  lettre  cy-jointe  qu'il 
m'a  écrite  en  réponse  d'un  rûcit  que  je  luy  avois  fait  de  tout 
(fol.  10  •>)  le  détail  des  malversations  du  P.  et  voua  scavez  de 
quelle  manière  il  l'avoit  fait  calculer  pendant  prez  de  six 
semaines.  D'ailleurs,  je  suis  certain  par  ce  que  j'ay  vu  dudit 
calcul,  que  si  mondit  seigneur  de  Louvois  avait  vécu  seule- 
ment encore  un  mois,  il  luy  en  auroit  payé  la  peine  de  la 
façon  qu'il  a  déjîi  long  tems  mérité.  Je  ne  scay  quelles  assu- 


(1)  On  ne  connail,  à  la  charge  de  Gunlzer,  aucun  <>  désordre  » 
de  nature  politique,  et  il  semble  bien  que,  malgré  son  amour 
exln^me  de  l'argent,  il  ail  été  plus  populaire  dans  les  Conseils  que 
Obrecht,  parce  qu'il  était  moins  cassant  ;  mais  c'est  lu  précisément 
ce  qui  irritait  le  préteur. 

(i)  Nous  ne  connaissons  pas,  mallieureusement,  ce  document 
d'amour  fraternel. 


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4i4  BKVUE  d'alsacb 

rances  il  peut  avoir  ou  du  cdté  de  la  Cour  ou  de  la  part  de  Mr 
l'Intendant  (1),  mais  il  n'a  encore  en  rien  rel&chi^  de  ses 
anciennes  manières,  même  de  celles  qui  sont  les  plus  (foi.  Il*) 
criminelles,  scavoir  la  vexation  des  sujets  du  Roy  par  corvées 
et  impositions  dans  les  bailliages,  et  les  intrigues  pour  empê- 
cher que  les  catholiques  ne  soient  avanci's  aux  charges,  pour 
lequel  sujet  il  veut  par  force  faire  supprimer  la  charge  de 
gredier  de  iL'nyelt  (2j,  devenue  vacante  par  la  mort  de  Mr 
Flach,  et  ne  fait  pas  procéder  à  l'élection  d'un  grelTier  crimi- 
nel, parce  que  l'un  et  l'autre  de  ces  employs  doit  tomber  à 
un  catholique,  conformément  aux  ordres  du  Roy  (3). 

Mr  Frid  m'a  dit  qu'il  vous  a  mandé  (fol.  11  '>)  de  tâcher 
d'obtenir  un  ordre  contraire  à  celuy  que  nous  a  envoyi^  feu 
Mgr  de  Louvois,  pour  fournir  la  moitié  des  frais  pour  la  cons- 
truction de  l'hôpital  (4).  Si  vous  voyiés  quelque  jour  à  y 
réussir,  il  seroit  elfectivement  à  souhaiter  que  la  Ville  pût  être 
exemptée  d'une  dépense  si  considérable,  mais  comme  vous 
scavcz  qu'il  y  a  un  ordre  réitOré  de  mondit  seigneur  de 
Louvois  et  qu'à  ce  qu'il  paroit  par  les  discours  du  P.,  il  a  déjà 
capitulé  pour  les  premiers  termes  du  payement,  j'appréhende 
qu'il  se  serve  encore  en  cecy  de  son  ancienne  méthode,  qui 
est  de  porter  (fol.  12»j  les  magistrats  à  s'opposer  k  l'exécution 
des  ordres  du  Roy  et  de  représenter  cependant  à  la  Cour  que 
par  son  rrédit  et  par  ses  soins,  il  les  déterminera  k  s'y  con- 
former. Cela  va  toujours  ii  son  but,  qui  est  de  s'acquérir  de  la 
faveur,  au  risque  de  perdi-e  tout  le  magistrat  en  le  rendant 


(1)  M.  de  la  (Irange  semble  avoir  eu  pour  mission  secrète  de 
bruuillerde  son  mieux  les  deux  adversaires  pour  pouvoir  d'autant 
mieux  les  surveiller  l'un  par  l'autre. 

(2)  VUngelt  était  une  espèce  d'octroi  payé  pour  les  vins  intro- 
duits dans  la  ville. 

(3)  Cette  accusation  était  absolument  fausse,  puisque  «iiinlzer 
faisait  tout  le  possible  pour  plaire  au  gouvernemcut  dans  les  qucs- 
tu) us  relatives  k  l'iDlroduction  des  catholiques  dans  tous  les  emplois, 
grâce  à  l'allernative,  imposée  par  Louis  .XIV,  mais  Olirecht  savait 
bien  que  c'était  la  plus  meurtrière  qu'il  put  diriger  coalrc  le  syndic. 

{i)  Il  s'agit  de  VHi'.pital  militaire  (  Welsch  Spital)  que  l'un  bAtis 
■ait  alors  dans    la  Krutenau. 


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COftllESlKlNDANCE  BNTHB  DLBIC  ODRBCHT  ET  J.-B.  KLIKOLIN      445 

odieux  par  des  remontrances  importunes  et  déraisonnables. 
Ce  qui  me  le  fait  soupçonner  en  cette  rencontre,  c'est  le 
mouvement  qu'il  s'est  donné  pour  faire  envoyer  des  députez 
il  Mr  l'intendant,  afin  d'en  obtenir  une  (fol.  12  ^j  surséance  de 
l'ordre  qu'il  avoit  donné  de  payer  mille  écus  en  déduction  de 
la  somme  qui  reviendroit  sur  la  Ville  de  celle  dépense.  Si  vous 
en  avez  le  moindre  vent  qu'il  agisse  doublement  en  cecy, 
comme  s'est  (sic)  sa  coutume,  il  ne  faudra  pas  hésiter  de 
répondre  à  M.  Frid  {()  que  l'on  vous  a  dit,  sur  vos  remontran- 
ces, que  ce  n'étoit  pas  la  coutume  du  Roy  de  rétracter  ses 
ordres,  surtout  lorsqu'il  lésa  donnés  pour  la  seconde  fois. 
J'oubliois  presque  de  vous  dire  qu'il  a  fait  faire  ladite  dépu- 
tation  en  mon  absence,  profitant  de  l'assemblée  du  Cammer- 
gerickt  (fol.  13')  après  dîné,  où  il  sçait  bien  que  je  n'assiste 
jamais.  On  avoit  été  assemblé  le  matin  du  même  jour,  sans 
que  personne  ait  eu  envie  de  mettre  cette  matière  sur  le  tapis, 
quoique  l'ordre  de  Mr  l'Intendant  eût  déjà  été  donné. 

P.  S.  J'avois  écrit  ce  que  dessus,  le  matin,  avant  d'allerà 
la  Maison-de- Ville,  où,  m'élant  rendu,  j'ai  assisté  à  la  lecture 
des  informations  contre  le  lohner  et  j'ay  remarqué  que  les 
charges  qui  y  ont  d'abord  paru  touchanlles  ouvriers, procèdent 
de  la  rancune  (fol.  13  ^)  du  V.  et  que.  du  reste,  les  petits  vols 
et  concussions  du  lohner  comparés  à  ceux  de  ccluy-ci,  ne 
sontquedes  mouches  comparées  k  des  éléphans. 

Messieurs  du  Directoire  de  la  Noblesse  ont  fait  apposer  le 
scellé  k  la  succession  duSr  Voltz  (2),  quoique  bourgeois  et  du 
Conseil  des  Treize  et  ils  se  servent  du  prétexie  que  les  héritiers 
qu'il  a  laissés,  sont  de  leur  corps.  Mr  l'Intendant  ne  m'en  a 
pas  parlé  mais  j'ay  appris  d'ailleurs  qu'il  goûtait  fort  leurs 
raisons  et  qu'il  les  appuyeroit  aussi  en  ce  cas.  Nous  y  avons 
cependant  aussi  fait  apposer  le  scellé  de  notre  cûté  (fol.  14*) 
et  j'ay  dit  ii  Mr  Salomon  (3),  qui  a  passé  par  icy,  de  prendre 

(1)  Jcan-Jai^i|ucs  Krid,  secrélairedu  CodecîI  des  Xlll,  puisavocat- 
gtnéral  eu  Ifi97. 

(2)  Il  a'agil  du  sieltmcisire  Henri-Thierry  Volu,  mort  le  1 
novembre  1601  ;  il  y  eut  conflit  de  juridiclion  entre  la  Ville  et  le 
Directoire  de  la  Noblesse. 

(3)  H.  Silomon  était  alors  procureur  ilc  la  Ville  nu  Conseil  sou- 
verain I  l'Alsace. 


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446  RBVUE  d'alsacb 

une  commission  en  chancellerie  afin  de  faire  assigner  ces 
messieurs  en  troubles.  Si  par  le  moyen  de  Mr  l'Intendant  cette 
affaire  étoil  portée  en  Cour,  j'espère  qu'il  ne  vous  seroit  pas 
difficile  d'obtenir  h  être  renvoyé  h  la  justice  ordinaire. 

Je  vous  supplie  surtout,  monsieur,  pour  le  bien  de  la  Ville. 
de  faire  tout  votre  possible  à  pénétrer  la  route  que  prendront 
les  atTaires  et  desçavoir  au  Juste  les  départemens.et  où  il  faudra 
s'adresser  pour  chacune,  carje  voisqueceux-môme.qui  (fol. 
14'')  devroients'yconnaftrc,  se  méprennent  à  tous  niomens(l). 
Mr  de  Chamlay  aura  la  bonti'  de  vous  servir  en  cela  de  guide. 
Je  suis  sans  réserve  et  avec  toute  la  sincc^rité  possible,  etc. 

La  lettre  que  l'on  vient  de  lire  est  la  dernière  du  préteur 
relative  à  cette  mission  de  Klingliii,  Les  procés-verbnux  du 
Conseil  des  3'reize  nous  apprennent  que, dans  la  séance  du  29 
novembre,  l'ammeistre  en  régence  voulut  donner  lecture  de 
deux  dt'péches  de  M.  l'avocat-général,  mais  que  les  trouvant 
«  quelque  peu  illisibles,  M.  le  préteur  royal  voulut  bien  avoir 
l'obligeance  de  les  déchiffrer  lui-même  et  de  les  interprêter 
en  allemand.  »  La  première,  dat(^e  de  Versailles,  le  2i  novem- 
bre, expose  qu'il  n'a  pas  encore  de  réponse  à  ses  mémoires, 
messieurs  les  wiin(ii(ri>ejj(  étant  accablés debesogiie. Au  sujet 
de  la  défense  de  battre  dorénavant  monnaie,  la  demande  en 
autorisation  à  étéremiseàM.LePelletien  la  question  de  l'Hùpi- 
tal  militaire  ne  sera  pas  tranchée  en  faveur  de  la  Ville  ;  les 
bureaux  lui  ont  répondu  :  «  C'est  déjà  la  seconde  fois  que  Sa 
Majesté  a  réglé  cet  arlicle  ;  il  n'y  sera  rien  changé.»  Dans  la 
seconde  lettre,  écrite  le  24,  Klinglin  annonce  pour  bientôt  une 
réponse  de  Barbezieux  ;  le  minisire  lui  a  dit  foit  poliment  la 
veille  que  S.  M.  avoit  vu  le  mémoire,  qu'il  y  avoit  quelques 
points  qui  ne  pouvaient  être  accordés,  mais  que  sur  d'autres 
M. M.  de  Strasbourg  S3raient  satisfaits.  Le  Conseil  ordonne 
l'insertion  de  la  lettre  au  procès-verbal  et  vote  des  remerct- 
menls  à  son  délégué. 

Celui-ci  parait  à  la  séance  du  10  janvier  1692  et  présente 
un  rapport  détaillé  sur  sa  mission, vantant  la  bienveillance  des 
ministres  et  se    louant  en  particulier  de  l'amabilité  de  M.  le 

(1)  On  voit  que  les  plaintes  contre  le  désordre  dans  les  bureaux 
des  ministères  datent  de  loin. 


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BNTHB  ULHIC  OBRBCIIT  ET  J.-B.  KLI.VGI.IN      447 

marquis  de  Ctiamlay.  Lii-dessus,Giln[zer  félicite  M.  l'avocat 
d'avoir  monlri;  SOQ  talent  accoulumé,  déclare  qu'on  lui  doit 
des  remerclments  et  demande  qu'on  en  exprime  aussi  nomine 
Magistratus,  îi  MM.  de  Barbezieux  et  Chamlay.  Obrecht  prend 
également  la  parole  pour  se  réjouir  de  l'heureuse  issue  des 
négociations  de  Klioglin  k  Versailles;  on  a  ainsi jelé les  fon- 
dements  solides  d'une  entente  avecla  Cour,  pour  les  occasions 
futures. 

Quelques  mois  plus  tard,  en  effet,  la  nouvelle  transpirait 
dans  les  sphères  gouvernementales  à  Strasbourg,qu'un  édit 
royal  allait  être  promulgué,  créant  une  foule  de  charges 
nouvelles,  contre  finance,  et  spécialement  h.  Strasbourg  des 
charges  de  conseillers-procureurs,  de  secrétaires-grclliers,  de 
conseillers- receveurs,  etc.  On  devine  l'agilalion  des  esprits 
dans  le  Magistrat,  qui  voyait  déjà  ses  attributions   légales 
méconnues  et  des  étrangers   usurper,  au  prix  de  quelques 
milliers  d'éciis,  sa  juridiction  et  s'immiscer  dans  son  admi- 
nistration flnanciôre.  Le  Conseil  des  XIII  se  réunit  le  25 
septembre  161)2,  fait  prèler  serment  k  ses  membres  de  ne  pas 
divulguer  pour  le  moment  la  fatale  nouvelle  et  envoie  son 
secrétaire  chez  le  syndic,  souITrant  et  alité  à  Oâtwald,  pour 
avoir  d'urgence  son  avis.  Le  lendemain  le  secrétaire  présente 
son  rapport  ;  il  a  montré  les  aFfiches  de  l'Edit,  expédiées  de 
Paris,  il  M.  Giintzer;  celui-ci,  bien  évidemment,  n'a  pas  voulu 
se  compromettre  vis  \\  vis  du  pouvoir  royal  ;  ces  créations  de 
charges  nouvelles  sont  contraires  ii  I»  capitulation  ;  mais  il  ne 
sait  que  conseiller  à  ces  Messieurs  et  se  sent  trop  faible  pour 
envoyer  un  avis  motivé  parécrît.  Après  de  longues  discussions, 
confuses  et  montrant  l'effarement  des  esprits,  Obrecht  tAche 
de  calmer  ses  collègues.  Certes  le  danger  est  sérieux  ;  si  l'on 
exécute  l'Edil,  les  magistratures  politiques  et  financières  de  la 
Ville  devien!i:Mit  désormais  un  objet  de  trafic  et  il  n'y  aura 
plus  aucune  liberté  d'élection,  elc.Pour  lui,  il  n'a  reçu  aucune 
communication  de  la  Cour  à  ce  sujet,  il  ne  peut  donc  parler 
des  intentions  de  S.  M.  mais,  en  tantque  relatif  ii Strasbourg, 
l'Edit  doit  être  l'uîuvre  de  quelques  ignorants  ou  de  gens  hos- 
tiles fc  l'ordre  des  choses  établi  ici.  M.  de  Courcelles  (le  mattre 
des  postes)  avait  déjà  parlé  de  la  chose  devant  M.  Klinglin 
dans  les  salons  de  M.  l'Intendant.  Cependant  il  ne  faut  pas 


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446 


KK  riALSACK 


désespérer  ;  le  Roi  a  gardé  jusqu'ici  religieusement  la  parole 
donnée.  Il  faut  écrire  immédiatement  à  M.  M.  de  Barbezieiix 
et  Ghamlay,  et  offrir  n  un  don  gratuit  »  de  conséquence,  si 
l'Edit  était  révoqué.  En  attendant  il  faut  tenir  la  chose  elle- 
même  secrète,  «  /juia  nulla  magna  civitas  est  quœ  non 
improbos  habeat  cives.  » 

I-e  i  octobre,  les  Treize  décident  que  Klinglin  partira  pour 
Paris,  et  celui-ci  donne  lecture,  le  lendemain, des  instructions 
qu'il  emporte,  inspirées  par  Obrecht  et  déclarées  excellentes 
par  Gilntzer.  Elles  se  résument  en  une  autorisation  de  gagner 
les  bonnes  volontés  des  bureaux  à  tout  prix,  afin  d'ôchapper 
îi  «  la  mise  en  finances  »  des  charges  delà  ville  («  Uerr 
Klinglin  bekompt  o/fene  Haende  in  die  bureaux  nach 
seiner  dexlerictaet  rw  verekren.  »  XIII,  3  octobre  lt>92). 

A  ce  moment,  où  il  est  plus  occupé  que  jamais  des  aiïaires 
importantes  de  son  ressort,  le  préteur  royal  se  voit  attaqué 
avec  violence  et  dénonci'  par  le  grand-vicaire  épiscopal  de 
Strasbourg,  l'abbé  de  Hennequin,  ainsi  que  nous  l'apprend  la 
pièce  suivante  de  notre  manusorit. 


Lettre  à  M.  de  Barbe neux,  du  i  Octobre  1692. 

Monseigneur, 

Je  ne  sfaurois  me  défendre  plus  long  tems  d'implorer  le 
secours  de  Voire  Grandeur,  contre  le  procédé  que  tient  îi  mon 
égard  Mr  l'abbé  de  Hennequin,  noire  grand-vicaire  (1).  Ce 
n'est  pas  que  je  trouve  mauvais  (fol.  15»)  qu'il  censure  ma 
conduite  sur  la  religion.  Comme  je  n'ai  pas  le  bonheur  d'avoir 
été  élevé  dans  l'Eglise  catholique,  je  reconnois  assez  de  moi- 
même  que  je  puis  être  sujet  à  plusieurs  défauts,  dont  cepen- 
dant je  me  scrois  fait  une  application  particulii^re  h  me  corri- 
ger, s'il  avoit  bien  voulu  m'en  avertir  charitablement.  Mais, 

(I)  Le  prince-éTêque  de  Strasbourg,  ne  résidait  presque  jamais 
à  Strasbourg  (c'était  alors  Guillaume-Ëgon  de  Furslemberg).  Son 
grand-vicaire  était  un  personnage  important  dans  la  cité. 


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fDANCE  ENTHE  L'MIIC  OItRECILT  ET  J.-B.  KUMIU.N      -iill 

fiu  lieu  de  celn,  il  me  détrie  auprès  di;  ceux  iiiii  rapprochent 
et  débite  dans  la  Ville  cjn'ii  a  des  mémoires  en  main  pour 
prouver  qne  je  ne  favorise  pas  les  calhu1ii|ues  cl  que  je 
m'oppose  aus  (fol.  13  >>)  intérêts  et  h  l'avancement  de  la  reli- 
gion, et  qu'il  attend  teponse  de  Votie  (irandcur  sur  une  lettre 
iju'il  luy  II  écrite,  pour  obtenir  Ji  permission  d'adresser  les 
dits  mémoires  immédiatep-enl  su  Roy.  yuoiiju'il  n'ait  pas 
encore  ddigné  s'expliquei  sut  le  ktiil  des  dils  mémoires,  je 
suis  néanmoins  srtr  qu  ils  ne  p  uvcnt  contenir  que  des 
impostures,  par  rappoit  a  la  «ource  dont  ils  viennent,  et 
s^'achant  qu'il  puise  de  chez  (iiinlzer  In  plus  part  des  avis 
qu'il  envoyé  ii  la  Cour.  Et  ce  n'est  pas  pour  le  détourner 
(lu  dessein  d'informer  Sa  Majesté  [fol.  16*)  de  ce  qu'il  tit>uve 
à  moy  à  redire,  que  je  me  plains  îi  Votre  Grandeur,  c'est 
seulement  pour  le  supplier  très  humblement  d'avertir  Hr  le 
(irand-Vicaire  que,  s'il  croit  avoir  contre  moy  des  chefs 
d'accusation  si  atroces,  que  ni  mes  supérieurs,  qui  sont  icy, 
de  la  part  du  Roy,  ni  même  Votre  Grandeur  y  puisse  remédier, 
mais  qu'il  en  faille  avoir  recours  personnellement  à  Sa 
Majesté,  il  diffère  du  moins,  en  attendant  que  j'en  sois  con- 
vaincu ou  justifié,  de  me  décrier  iey,  paree  que,  quelque  hi«n 
établie  que  soit  ma  répulalioTi  en  cette  ville,  .{fol. 16  '')  particu- 
lièrement contre  les  imputations  de  la  nature  cy-dessus.  Cela 
seul  qu'on  me  sçacbe  avoir  été  déféré  au  Roy  par  une  personne 
lie  son  caractère,  ne  peut  pas  manquer  de  diminuer  le  crt'dil 
dont  j'y  ai  besoin  pour  soutenir  l'autorité  du  Roy.  Je  suis, 
Monseigneur,  etc. 


Le/tre  t)  M.  de  Klinglin 

Strasbourg,  12  octobre  1692. 

Monsieur, 

J'espère  que  vous  serés  heureusement  arrivé  <^  f.ris  et  que 

vous  vous  souviendrés  de  ce  dont  nous  sommes  convenus, 

qu'avant  que  de  rien  cntairmer  en  Cour,  vous  travaillerez  de 

concert  avec  Mr  le  Correur  pour  (fol.  17=)  découvrir  dans  les 


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450  HBVL'E  o'aLSACU 

bureaux  si  nos  lettres  k  Messieurs  les  Ministres  ont  été  rendues 
dans  le  tems  et  ce  qui  peut  avoir  été  <'-critpf)i' Gûnt^er,  ou 
d'ailleurs,  à  ce  sujet.  Le  lrallr<!  s'est  indubitablement  mis  de 
moitié  avec  Courcelles  (1)  ;  mais  il  commence  à  abandonner 
les  grandes  espérances  qu'il  avoit  conçues  parce  qu'il  scail 
que  Mr  de  Pontcharlraln  (2)  s'est  déjk  déclaré  par  avance  que 
le  Roy  est  inlenlionné  de  réunir  les  charges  portées  par  l'Edit, 
aux  Villes  moyennantquelqueréti-ibution.  L'abbé  Hennequin 
a  gçu  tout  le  contenu  de  votre  instruction,  et  que  vous  avez 
ordre  d'offrir  cent  mille  écus  (fol.  17  •>},  Je  ne  sçais  si  c'est 
immédiatement  de  Giintzer,  ou  par  le  moyen  de  Mr  le  Prince 
de  Soubize  (3),  à  qui  ce  malheureux  en  a  fuit  conlidence.  Mr 
l'Intendant,  de  qui  je  le  s^ais,  en  est  extrénr.einent  outré  et  il 
est  d'avis  que  vous  le  niés  forleraeDt  et  qu'en  cas  que  le 
Grand-Vicaire  ou  Courcelles  l'ait  mandé  en  Cour,  vous  leur 
donniés  un  démenty,  le  plus  vigoureusement  que  vous  pourras. 
Cependant  comme  vos  ordres  vous  mèneront  toujours  aux 
dits  orTres,  je  suis  d'un  autre  sentiment,  aussi  bien  que 
Messieurs  les  députés  du  Magistrat  (fol.  18*)  qui  sont  commis 
pour  terminer  celte  alîaire,  et  il  nous  parolt  que  d'abord  que 
vous  aurés  vu  jour  à  obtenir  les  assurances  nécessaires  contre 
toutes  sortes  de  finances,  que  vous  devez  solliciter  en  vertu 
de  votre  instruction,  vous  alliés  rondement  et  ouvertement 
avec  Mr  de  Pontchartrain  et  sans  vous  arrêter  aux  deux  cent 
mille  livres,  vous  disiés  d'abord  où  va  et  k  quoi  se  borne  votre 
commission.  Cependant  vous  dev^s  toujours  supposer  que, 
sur  tout  ce  qu'on  vous  écrit,  l'avis  de  Mr  de  Chamlsy  surpasse 
et  doit  régler  les  ordres  que  vous  recevrés.  Je  ne  sçaurois 
vous  exprimer  combien  (fol.  18  '>)  la  lettre  qu'il  a  écrite  aux 


(1)  Directeur  des  postes  à  Strasbourg. 

(î)  Louis  Phéljpeaux,  comte  de  Pontchartrain,  aecrélaire  d'Etat 
depuis  1690. 

(3)  Le  prince  de  Rohan-Soubise,  l'un  des  comtes  chanoines  du 
Chapitre  de  Slrasboiu-g  et  plus  lard  coadjtleur,  puis  le  auccosseur 
de  riuillaume  de  Furstemberg. 


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i:i>itni{si>uND\Ni:K  tNTRs  uauv  ifuitiiciiT  et  j    h.  klindlin     151 

magislnits  les  a  consolés.  Il  ma  loiiscillé  d'c'crire  de  i:Mc 
niïaii'e  (lu  Uoy,  eu  que  j'ai  fait  il  y  a  qualri.  jours,  c[y:  vous 
enverray  demain  une  coppio  de  mn  lettre  paree  que  j'y  ni 
eiiipluyc  quelques  raisons  Icsquelli  s  nous  n  avons  pas  encore 
employées  auprès  des  ministres  (ii.  Je  suis  avec  liiut  l'iitla- 
cliement  possible,  elc. 


I)e  Sti-ashourg,  22  octobre  1692. 

Monsieur, 

.le  viens  de  recevoir  celle  que  vous  m'avez  fait  l'honneur 
de  m'éiTJre  le'17  île  ce  mois.  Si  celles  que  je  vous  ayadressiVs 
sous  l'enveloppe  de  (fol  l'J»)  Mr  le  C.orreur,  vous  ont  été  ren- 
dues, vous  s^^avés  ihjà  en  partie  de  quelle  manitVe  le  conlenu 
de  voire  instruction  a  él6  publié  ici  ot  il  n'est  pas  mal  aisi' 
de  deviner  par  quelle  voye  il  sera  allé  h  la  (^our.  Le  1'.  a  dit 
déjà  avant  votre  di'pait  au  (irand- Vicaire,  an  prince  de  Soubize 
et  h  Courcelles,  la  Boniuie  que  vous  déviés  oiïrir  en  dernier 
Heu  et  Jugez  de  \\ï  s'il  lic  sera  fait  un  scrupule  de  la  mander  k 
Mrde  Pontclmrlraiu.  Quant  il  moy,  j'ai  employé  d'autres  rai- 
sons et  je  leur  ay  donné  un  autre  tour  dans  les  lettres  que  j'ay 
écrites  à  Messieurs  de  (fol.  11)  **)  l'unlchartrain  et  Barhezieux, 
(pie  dans  celle  qu'î  j'ay  adressée  au  Itoy,  mais,  quant  aux 
oITros  je  nie  suis  partout  contenu  dans  des  termes  généraux, 
me  paraissant  absurde  (ju'on  envoyât  un  iléputé  en  Cour  tout 


(t)  Celle  lettre  de  M.  de  Chamiay,  envoyée  de  FonlainebUau, 
avant  que  Klinglin  y  fût  arrivé,  Jcllre  IrÈa  polie  et  dans  laquelle 
il  asaitrail  sponlauénient  Messieurs  de  Strasbourg  de  sod  afTectioa, 
fut  lue  à  la  séance  des  XIJI,  le  il  octobre  H)9i  et  calma  un  peu 
l'elTroi  du  Magistral,  Obrecht  ayant  di'claré  que  désormais  <i  une 
bonne  partie  des  apprëliensions  pouvait  tomber.  » 

(i)  Reisseisseu,  qui  pourtant  n'aimait  pas  beaucoup  Olirechl, 
analyse  dans  son  Mèmor-ial  la  dépêche  du  préteur  en  l'appelant 
0  ein  ùber  die  massen  stallliches  und  :u  semern  ewigen  fta/im 
dienendes  Schreibeii.  n  (p.  162). 


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432  HBvuB  d'alsmik 

exprès  el  quasi  uniquement  pour  traiter  avec  les  ministres 
de  la  somme  qu'il  conviendra  d'offrir  au  Roy,  et  que  l'on 
déclar&t  par  avance  à  quoi  ces  offres  devront  atwutir  linnte- 
ment.  Comme  vous  aurés  d^^jà  fait  les  dites  offres  lorsque 
vous  recevrés  la  présentejen'ajouleray  (fol.  20")  rien  à  ce  que 
je  me  suis  déjk  donné  l'honnneur  de  vous  mander  à  ce  sujet. 
Je  réitère  seulement  de  vous  supplier  que  vous  ne  perdiez  pas 
de  vue  le  principal  but  de  votre  nt^gociation,  qui  est  de  pro- 
curer h  la  Ville  et  k  ses  dépendances  une  seurete  générale 
contre  toute  sorte  de  finances.  Mr  l'Intendant  veut  toujours 
que  nous  acheplions  les  charges  portées  pni'  l'Edit  pour  les 
faire  réunir  ii  notre  magistrature.  Mais  cela  ue  nous  distingue 
pas  des  moindres  villes  de  la  Pn)vince,  auxquelles  il  a  con- 
seillé de  faire  (fol.  20  '>)  la  même  chose  par  des  lettres  circu- 
laires qu'il  a  fait  imprimer  et  qu'il  a  envoyées  partout,  même 
aux  villes  seigneuriales,  comme  sont  Molsheim,  Vasselonne, 
Chatenoy,  etc.  En  outre  celte  réunion  est  sujette  à  tous  les 
inconvéniens  de  la  finance,  el  bien  loin  d'en  exempter  les 
autres  charges,  employs  et  vacations,  elle  frayeroit  le  chemin 
pour  l'y  introduire  el  entratneroit  avec  elle  quantité  de  réu- 
nions pareilles.  Du  reste,  si  nos  offres  viennent  hêtre  acceptées 
(fol.  2i'),  il  faudra  régler  avec  MrdePimtchartrain  les  termes 
du  payement  el  tâcher  de  les  étendre  It  deux  ou  trois  ans,  ce 
qui  ne  sera  pas  trop  difficile  d'obtenir  parce  que  les  traités 
même  qui  se  font  avec  le  Roy  à  forfait,  portent  presque 
toujours,  cl  ce  que  l'on  m'assure,  des  semblables  termes.  Et 
comme  vous  avez  les  pièces  en  main  pour  faire  voir  que  nous 
ne  pourrons  pas  satisfaire  k  nos  offres  des  revenus  ordinaires 
de  la  Ville,  il  faudra  indispensablumcnl  venir  h  demander 
la  permission  (fol.  21  *>)  d'en  emprunter  une  partie  et  de  tirer 
le  reste  des  bourgeois  et  manans  (1)  de  la  Ville  par  une  impo- 
sition extraordinaire  Vous  vous  souvenez  sans  doute  que  le 
P.  a  soutenu,  en  pleine  assemblée,  que  nous  pouvons  faire 
l'un  et  l'autre  de  notre  propre  chef,  mais  comme  il  ne  l'a  fait 
quedansunniauvaisdesscin.il  ne  faut  pas  s'y  arrêter.  Je  joins 


(1)  Les  protégés  (Schirmer)  ou  htibitaDlsni 
ritoire  de  la  ville. 


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COhBESFOHD.\nCB  ENTRK  ULRIG  OBRHCItr  HT  I.-B. 

ici  le  certificat  que  Mr  le  Correur  vous  a  demandé  et  persévère 
d'être,  avec  tout  l'attachement  possible,  etc. 
(fol.  22») 


De  Strasbourg,  25  octobre  1692. 
Monsieur, 

En  attendant  de  vos  nouvelles  je  n'ay  point  d'autres  à  vous 
donner,  sinon  que  les  partisans  commencent  à  désespérer 
eux-mêmes  du  succès  de  leur  projet  touchant  les  charges 
qu'ils  ont  voulu  introduire  ici.  Mr  de  Courcelles  m'a  dit  avoir 
reçu  une  lettre  de  Hr  Goujon(l)  par  laquelle  il  luy  mande  que 
le  Roy  et  Mr  de  Pontchartrain  sont  entièrement  portés  à  favo- 
riser Messieurs  de  Strasbourg. 

Le  F.  de  La  Chaise  a  écrit  au  P.  Dez  qu'il  a  parlé  au  Roy 
en  votre  faveur  et  qu'il  se  dispose  d'en  faire  de  même  auprès 
de  ti'  de  Pontchartrain.  Ainsi  si  l'occasion  s'en  présentait  il 
ne  (fol.  22  '')  seroit  pas  hors  de  propos  de  luy  témoigner 
votre  reconnaissance,  tant  en  votre  nom  qu'en  celuy  du 
Magistrat  (2). 

Lorsque  vous  aurés  la  résohilion  de  S.  M.  touchant  la  sup- 
pression de  la  finance  ri  la  révocation  de  i'Edit,  il  faudra,  s'il 
vous  plail,  incessamment  et  avant  que  les  lettres  patentes 
soient  expédiées,  travailler&vuiis  faire  donner  des  provisions 
de  Procureur  du  Roy  de  la  Ville,  en  supprimant  la  charge  de 
Syndic  pour  le  Roy,  et  vous  attribuant  tes  mêmes  fonctions 
et  émolumeos  (3),  Vous  n'avez  qu'à  m'indiquer,  après  que 


1)  J'ignore  quel  était  ce  personnage,  évidemment  mêlé  aux 
alTaires  du  temps. 

2)  L'inquiélude  fut  ai  grande,  un  moment,  que  le  Magistrat 
s'adressa  au  R.  P-  Dez,  supérieur  du  Collège  des  Jésuites  à  Stras- 
bourg, pour  demander  son  appui,  et  le  P.  Uez  s'empressa  de 
donner  à  l'amindstre  Luc  Weinemer  (le  premier  catholique  qui 
occupill  celle  charge,  en  4630)  des  lettres  de  recommandation  pour 
le  P.  La  Chaise,  le  confesseur  si  influent  du  roi  (Xlll,  28  oc- 
tobre 1693).  — 

3)  "  Le  projet  de  M.  Obrechl  était  de  joindre  la  charge  de  Pi-o- 


izedbyGoOQlc 


451  B8\TB  D'ALSACK 

VOUS  en  aurez  (fol.  23  •;  confi^ré  avec  M'  dti  Chamlay,  à  qui 
j'en  'loi*  t'crirp,  et  je  suis  assez  muni  «le  raisons  pour  faire 
l'iuclifîr  au  (ioigt  ijue  rinf'nH  «lu  Itoy  cl  lie  la  Ville  requiert 
tnili^p''ns;ililenifnt  un  pareil  f:han;.'ement  Je  pourr«y  mt'me 
me  i^onslitiier  pour  jiarant  que  ni  le  peuple,  ni  les  mapslmls 
n'en  si'ront  [loiul  fai-hi'-s.  M^  (iuntzer  floil  se  contenter  s'il 
ftarile  lu  place  île  prcfTier  en  chef  ou  de  directeur  de  la  Chan- 
cellerie, i{u'il  aurojt  perdu,  Il  y  a  déjà  long  tems,  si  on  luy 
avoit  voulu  rendre  justice.  Il  s'e>t  voulu  mettre  en  train  à 
mener  wi  première  vie  (l)  :  ce  qui  a  pensé  le  faire  crever,  il 
y  n  'fol.iîJ  ""j  triiis jours,  îi  Vasseloime,  cl  ilenaactuellement 
la  fièvre  jilus  fortement  que  jamais.  Ce  qui  me  feraagiren 
i-L>la,  n'est  ni  avirsiftn  pijur  luy,  ni  l'nirection  que  je  vous 
porte,  mais  uniquement  le  hien  du  service  de  S.  M.  et  le  salut 
lit:  ma  patrie,  aimant  mieux  réserver  à  d'autres  occasions  :t 
vous  témoigner  avec  combien  d'i'Stime  et  d'attachement  je 
Euis  etc. 


Du  27  octobre  1692. 
Monsieur, 

J'ay  reçu  hier  la  lettre  que  vous  m'avez  fait  l'honneur  de 
m'écrire  le  i!t  de  ce  mois,  avec  relie  qui  y  étoit  jointe  pour 
M'(;eigcri2;.   Je  n'ay  eu  garde  de  (fol.  24  *)  la  luy  rendre, 

cureur  du  my  i  cette  d'à  vocal -général,  auquel  la  Ville  aurait 
donné  de  sa  pari  le  titre  de  Svnilic  de  la  Ville  et  de  Directeur  de 
la  Chancellerie,  en  faveur  de  M.  IvlinKlin,  pour  lors  avocat-général 
de  la  Ville,  alin  de  débusquer  le  Sr.  Gunt/er,  syndic  roval.  en 
réunissant  sa  charge  supprimée  à  celles  dont  la  disposition  appar- 
tient  au  Magistral  conformémenl  A  la  capilululion,  c(  s'en  rache- 
tant a  l'oi'i'aaion  de  l'Kdirt  de  iG9i,  purlantcréation  de  nouvelles 
char;.'cs,  du  pavement  de  la  finance  desquelles  el  de  l'cxéculion 
du<|ucl  Kdit  Ih  Ville  fut  excmtéo  movennunt  la  somme  de  .tOO.OOO 
livres  ou  cent  mille  écus.  »  (Note  de  llambs). 

i)  Oiirechl  vi'iil  dire  évidemmant  qu'il  g'esl  livré  h  des  débauches 
que  Kiiii  rtge  ou  snti  état  de  sauté  ne  lui  pcrmeHnient  plus  de  sup- 
porler  iuipunémenl.  - 

2)  L'avoeat-générol  Jenn-Jncques  (leinor,  othII  épiiosé  la  lille 
aillée  de  l'amiiieislre  Heisseissen,  Salmué,  cl  cette  parenté  rendait 
défiant  ObrechI,     Né  en  HiSti,  deigcr  mourut  on  1701, 


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GORRRâPONDANCE  BNTRB  ULRIC  OBfIBCHT  ET  J.-B.  KLINOLIK      435 

ne  jugeant  nullement  à  propos  d'abandonner  h.  sa  discrétion 
les  expressions  dont  vous  vous  servez  contre  ceux  qui  ont  relevé 
notre  secret  et  qui  n'auraient  pas  assurément  manqué  de  se 
faire  un  mérite  d'être  maUrailés  pour  avoir,  à  ce  qu'ils  pré- 
tendent, rendu  service  au  Itoy,  en  luy  faisant  gagner  deux 
cent  mille  livras. 

Mais  j'en  ay  rapporté  la  substance  aujourd'huy  moi-même 
à  l'assemblée  générale  des  trois  chambres  et,  quant  à  la 
divulgation  du  secrel.j'ay  dit  qu'à  la  Coor  on  regardoit  comme 
une  chose  infâme  et  très  indigne  (fol.  24  '')  que  les  offres  que 
vous  déviés  porter  au  Koy  et  que,  par  conséquent,  perèonne 
ne  devoit  sçavoir  avant  Messieurs  de  Pontchartrain  et  de 
Itarbezieux,  eussent  éclaté  ici  et  à  Paris,  avant  que  vous 
eussiés  mis  le  pied  hors  de  la  Ville.  Et  c'est  ce  tour  que  vous 
devés  donner,  monsieur,  à  la  première  lettre  que  vous  écri- 
rez k  Messieurs  du  Magistrat,  et  même  &  votre  rapport  que 
vous  ferés  de  votre  négociation  dans  la  suite,  k  moins  que  vous 
ne  vouliés  donner  lieu  à  ces  fourbes  de  proliter  et  de  se  glori- 
fier de  leur  friponnerie  :  ce  qui  arriveroit  (fol.  25')  indubita- 
blement si  nous  témoignions  d'être  fâchés  de  ce  que  Mr  de 
Pontchartrain  a  été  informé  du  contenu  de  votre  instruction, 
ou  qu'il  en  a  informé  le  Koy,  Mhis  comme  il  arrive  ordinaire- 
ment que  les  scélérats  sont  aussi  aveugles  en  leur  conduite, 
(jilnlzer  ne  s'est  pas  contenté  de  s'ouvrir  à  l'abbé  Hennequin, 
ni  l'abbé  Hennequin  d'en  écrire  à  Mr  de  Pontchartrain,  mais 
l'autre  en  a  aussi  fait  part  au  PriiicedeSoubizeet&Courcelles 
et  celuy-ci  l'a  prôné  partout,  de  sorte  que  l'un  et  l'autre  donne 
assès  de  prise  à  les  traiter  suivant  leur  mérite.  Mr  (fol.  23  ^) 
l'intendant  en  est  au  désespoir,  et  c'est  ce  qui  luy  a  fait 
échaper  (sic)  un  secret  qu'il  n'auroit  eu  garde  de  nous  com- 
muniquer dans  une  autre  conjoncture,  qui  est  que  GUntzer 
cherche  la  survivance  de  ses  charges  pour  son  fils.  Vous 
pénétrés  combien  il  importe  au  Roy,  k  la  Ville,  à  toutes  les 
honnêtes  gens,  qu'il  échoue  en  celte  poursuitte  (1)  et  c'est 


(1)  Quand  on  songe  qu'Obrecht  en  agissait  absolument  de  mdme 
et  qu'il  trouvait  tout  naturel  que  son  fds  incapable  lui  euceédltl,  on 
Irouie  son  indignalion  aasez  comique. 


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456  RBvt'E  d'al^acb 

poun]uoi  il  faut  iihsolumenl  que  vuus  disposiez  Mr  de  Cham- 
lay  qu'il  nous  assiste  prése  nie  ment  de  ses  conseils  el  dans  la 
suile  lie  sa  protection.  Jamais  le  Roy  ne  pourroit  rien  faire 
de  plus  pernicieux  pour  son  service,  ni  de  plus  cliagrinant 
ifol.  2t)  »|  pour  tout  le  Ma.i^istrat  el  la  bourgeoisie  que  d'éter- 
niser, pour  ainsi  ilire.  le  chagrin  que  tout  le  monde  aurait  de 
viiir  n'-conipcnser  et  autoriser  par  cette  survivance  les  crimes 
et  In  tirannie  d'un  Itominc  qui  fait  depuis  long  teins  l'oprobre 
de  toute  la  magistrature. 

Comme  Mr  l'Intendant  a  env<jyé  ses  lettres  circulaires  ii 
llarri'tiiWasselunnr,  il  ne  faudra  pasoulilier  de  faire  insérer 
dans  les  lettres  qu'on  expédiera  pour  la  ii-vocaliori  de  l'Edit, 
les  dépendances  de  la  Ville.  Je  suis  sans  réserve,  etc. 


l)u  28  octobre  IfiM. 
Monsieur, 

J'ay  reçu  aujounl'huy  l'honneur  des  vôti'esdu  21  et  du  23 
de  ce  mois,  avec  celle  ijue  vous  avez  pris  la  peine  d'écrire  aux 
magistrats.  Pour  ré|)ondrc  autant  que  le  tems  me  le  permet, 
aux  points  les  plus  essentiels,  vous  sfavez  déjk  que  ces 
messieurs  souhaitent  d'avoir  la  permission  d'en  emprunter 
une  partie  sur  les  bourgeois.  Quant  aux  deniers  d'octroy, 
après  avoir  examine  tous  nos  droits,  je  n'en  ai  point  trouvé 
qu'on  puisse  hausser,  ni  même  aucun  lieu  d'en  introduire  de 
nouveaux  (fol.  27  •).  Cependant  comme  dans  votre  lettre  aux 
dits  magistrats  vous  marquez  qu'il  dépend  de  vous  d'obtenir 
lafacultéd'employertous  ces  moyens  ensemble,  nous  sommes 
tous  d'avis  qu'il  les  faudra  tous  trois  faire  comprendre  dans  le 
mémo  arrêt,  sauf  à  nous  de  nous  en  servir  suivant  les  oceu- 
rences;  sans  cela  j'aurais  cru  qu'il  vaudroit  mieux  de  réserver 
les  deniers  d'octroy  h  des  occasions  plus  pressantes,  ou  du 
moins  k  foriuer  dans  la  suite  un  fond  pour  rembourser  les 
deniers  que  nous  emprunterons.  (Juant  aux  assurances  que 
Mr  de  Fontchartrain  (fol.  27  >■)  vous  demande,  j'en  ai  parlé  au 


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»  ULHiCOBBECHT  BT  J.-B.  KUNGLI.V      4»7 

Irésorier,  Mr  le  fl],  qui  recevra  l'ordre  que  Mrdc  Pont- 

charirain  luy  enverra  de  toucher  la  somme  en  question  sur  la 
Ville,  pour  argent  comptant.  Ainsi  l'expédient  de  Mr  de 
Ghamlay  est  sans  doute  le  plus  convenable,  et  vous  pouvésen 
mèire  temps  donner  avis  Ji  Mr  de  Fontchartrain,  de  ce  que  je 
viens  de  remarquer.  Oe  n'est  pas  la  première  affaire  que  le 
magistrat  fait  avec  luy  el  comme  on  luy  a  toujours  tenu  parole 
(fol.  28  •),  il  si'ait  qu'il  ne  risque  rien  en  se  fiant  k  nos  pro- 
messes. Vous  verras  par  la  lettre  cy-jointe,  ce  que  Mr  l'inten- 
dant a  fait  espâi-erb  Messieurs  les  députez,  touchant  les  termes. 
.S'il  en  (^crit  Ji  Mr  de  Pontcharlrain  et  obtient  les  dits  termes, 
nous  aurons  sujet  de  l'en  remercier,  sinon  il  ne  conviendra 
pas  que  nos  offres  et  votre  négociation  perde  sa  grftce  en 
voulant  de  nouveau  marchander  pour  lesdils  termes.  On  ne 
sfauroit  être  plus  contant  (tic)  que  le  sont  tous  nos  magistrats 
(loi.  26  '')  de  l'issue  de  votre  voyage,  mais  le  tems  ne  souffre 
pas  de  vous  le  marquer  plus  amplement  présentement.  Il  n'y 
a  que  le  malheureux  quel'on  pousse  comme  il  faut,  aux  termes 
que  je  vous  ai  mandé  parmaprécédente,  qui  estdansundépit 
à  crever  (2).  Je  me  réfère  k  ce  que  j'ay  eu  i'honneur  de  vous 
dire  touchant  la  charge  de  procureur  du  Roy,  il  y  a  quelques 
jours.  Indiquez  moi  seulement  à  qui  il  faudra  écrire  là  dessus, 
et  laissés  moy  faire  ensuite.  Le  {fol.  29  •)  Magistrat  est  dans 
une  si  grande  animosité  contre  le  traître  que  s'il  dépendoit  de 
luy,  il  n'attendroit  pas  l'ordre  de  la  Cour  pour  le  casser.  Je 
suis  très  parfaitement,  etc. 


Du  29  Octobre  1692. 


Plus  je  réfléchis  sur  la  nécessité  qu'il  y  a  pour  le  service  du 
Iloy  et  le  bien  de  la  Ville,  qu'il  y  ait  ici  un  Procureur  du  Roy 


fl)  Ce  nom  propre  est  illisible  dans  le  maouEcrit  ;  lans  doute 
Kk'itirliLnaDn  n'avait  pu  le  déchiiïrcr. 

(2)  tJiinIzer. 


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458  RsvcE  d'alsack 

plus  je  la  trouve  pressante,  et  il  faut  absolument  ne  pas 
manquer  de  faire  insérer  dans  la  déclaration  que  vous  devés 
obtenir,  à  l'endroit  où  le  Roy  confirme  au  Magistrat  la  liberté 
de  toutes  leséleclionslf.  29  '')que  S.  M.  se  reserve  néanmoins 
le  pouvoir  de  pourvoir  aux  charges  qui  concernent  <lirei;te- 
ment  son  service,  comme  sont  celles  de  Procureur  du  Roy,  à 
la  place  de  celle  de  Syndic  qu'elle  veut  demeurer  supprimée, 
et  celle  de  Préteur  royal,  etc.  Je  ne  vous  marque  que  l'idée 
confuse  que  j'en  ay  ;  c'est  h  vous  de  luy  donner  le  tour  qu'il 
conviendra.  Surtout  ne  tardés  pas  de  dire  mon  sentiment  à 
M'  de  Chamiay,  et  que  je  l'assure  en  foy  d'homme  d'honneur 
que  le  {fol.  30  ■)  Roy  ne  sc^uroit  rien  faire  déplus  agréable 
aux  magistrats  et  à  la  bourgoisie  que  de  les  délivrer  de  cet 
homme,  qui  les  a  si  long  tems  et  si  cruellement  volé  et 
Uraonisé. 

Je  luy  en  écrirai  amplement  lorsque  je  sçauray  de  vous 
à  qui  il  faudra  en  outre  s'adresser,  afin  que  tout  ce  que  je 
représenteray  à  ce  sujet  arrive  et  opère  à  la  fois.  Pour  re- 
tarder votre  retour  jusqu'à  ce  que  vous  ayez  vos  provisions, 
il  sera  bon  d'enfourner  l'affaire  de  la  Monoye  auprès  de  H' 
le  Peletier  (1),  et  mander  aux  magistrats  (fol.  30  '')  qae  vous 
êtes  occupé  k  la  terminer,  et  je  vous  feray  avoir  un  ordre 
pour  le  faire.  Je  vous  envoyé  à  cet  effet  les  réponses  qu'on 
m'a  remises  de  la  Chiimbre  des  Monoyes  ii  votre  mémoire,  sur 
lesquelles  il  ne  sera  pas  mal  fait  de  conférer  avec  H""  Dielric, 
qui  en  a  une  parfaite  connaissance  (2). 

Dans  l'assemblée  d'aujourd'huy  il  a  été  résolu  qu'on  lèvera 
un  simple  stallgelt  (S),  encore  avant  Noél,  et  un  autre,  entre 


1)  Michri  Le  Pelletier,  aurinlendanl  des  finances.  — 
3)  11  s'agjl  de  Jean  Dielrii'h.  (ils  du  vieil  amnieislfe  Dominique 
Dii^trich,  BÎ  indigncmeni  Irailé  parLeuisXJV  ell.ouïois;  il  siégeait 
celle  auuée-ei  (1692)  pour  la  première  fuis  nu  liraml-Sénat,  comme 
représentant  de  la  tribu  de  la  Moresie,  relie  des  «^anda  commer- 
çants, et  était  à  Paris  sans  do-ite,  ù  ce  momeni,  pour  afTaires 
personnel  les. 

3)  l.e  Stallgelt  ôlail  un  imp6t  direct  sur  le  reveii  i,  prélevé  en 
temps  de  crise  surtout,  sur  les  bourgeois,  et  parfois  même  à  deux 
reprises  dans  une  même  année.  On  voit  qu'il  s'élevait  ft  23.000 
Ocuj,  ce  qui.  pour  une  ville  de  30.000  Ames,  consliluail  une  somme 
assez  considérable. 


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COSRKSPONDAItCE  BNTIIE  l'LHtC  OBRKCHT  ET  l.-B.   KLINCLIN      43!) 

NoËl  el  Pàque,  qui  feroiil  les  50.000  écus  (fol.  31  ■),  c'est  U 
dire  la  moiti'^  de  h  somme  totale,  et  on  emprunt)^ra  l'autre 
moitié.  Le  P.  o  soutenu  que  vous  aviés  mal  fait  de  demander 
la  permission  pour  faire  ladite  imposition,  parceque  le  Magi- 
stral le  pouvoit  faire  sans  la  parlicipalion  du  Roy,  en  vertu 
de  SCS  privilèges  cl  de  la  capitulation  (1).  Je  l'ayrecoigni! 
comme  il  faut,  et  ay  fait  remarquer  h  rassemblée  qu'aucune 
privilège  ne  pouvoit  dérogera  la  souveraineté  et  à  la  loy  géné- 
rale de  l'Etat,  en  vertu  de  laquelle  il  ne  se  doit  faire  aucunes 
nouvelles  (loi.  3t  ^]  impositions  sur  les  sujets  du  Roy,  dans 
tout  le  Ituj  aume,  sinon  de  l'aulonté  de  S.  M.  et  que  la  capi- 
tulation porloit  bien  que  le  Roy  ne  ferait  point  d'imposition 
cxiraord inaire,  mais  non  pas  que  le  magistrat  en  feroit  sans 
sa  participation.  Il  a  été  sifflé  d'une  commune  voix  et  n'a 
fait  que  confirmer  ce  que  tout  le  monde  sçait,  qu'il  s'est  fait 
un  atlaclie  de  s'opposer  en  tout  aux  ordres  du  Roy  el  d'ex- 
poser le  Magistral  à  eniourir  sa  juste  indignation.  La  poste 
(fol.  32  •)  va  partir,  et  je  suis  très  parfaitement,  etc. 


Du  30  octobre  1692. 
Monsieur, 
On  vient  de  m'avertit  que  notre  Grand-Vicaire  fait  un  va- 
carme terrible  de  ce  qu'on  a  loue  l'endroit  que  vous  sfavés 
dans  la  maison  de  M'  de  Cbamlay,  aux  comédiens  (2^.  Il  doit 

1)  U  ne  semble  pas  dnuleux  qu'au  fond  Gûnlzer  n'eût  raison  et 
que  le  Megisirat  avait  aussi  bleu  entendu  se  réserver  le  droit  de 
lever  des  imposilions  que  celui  de  frapper  moinaie,  en  se  mellant 
sous  la  proleclioD  du  mi  de  France.  Mais  Obreclit  élait  dans  ta 
logique  du  pouvoir  absolu  en  profitant  de  taules  les  occasions  pour 
réduire  à  de  simples  apparences  l'indépendance  adininislralive  du 
Magistral.  — 

2)  Il  ne  s'agit  point  évidement  d'une  maison  particulière  dans 
ce  pasaage,  bien  que  le  tente  d'Dbrccht  semble  l'aflirmer.  I.a  salle 
de  théi\tre  des  comédiens  dont  il  parle  ici,  devait  être  un  local  plus 
vasle  que  les  demeures  de  ce  temps,  et  de  plus,  ajaul  servi  autre- 
fois de  lieu  de  cullc  el  mainicnant  de  magasin  militaire,  puisque 
M.  de  Chamiay  ;  possédait  un  pied  à  terre. 


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même  en  avoit  écritenCour,  du  moins  menace-t-il  deleraîre. 
Vous  sçavez  que  depuis  que  Calvin  y  a  prêché,  ce  lieu  a  tou- 
jours servi  k  des  usages  profanes,  et  que  c'esl  actuellement 
un  grenier  et  rien  autre  chose  (1).  Si  le  Roy  (roi.  32  ")  venoit 
k  en  être  informé  et  que  S.  M.  désapprouvât  que  les  comédiens 
s'en  servissent,  il  faudroit  tacher  de  faire  en  sorte  que  l'ordre 
qui  les  obligera  d'en  sorlir,  les  fit  en  même  tems  décamper  de 
la  Ville,  sous  quelque  autre  prétexte,  ou  même  sans  aucun 
prétexte.  Pourvu  que  le  Grand-Vicaire  n'ait  pas  l'occasion 
de  faire  le  même  usage  de  cet  ordre  qu'il  a  fait  de  tous  ceux 
qu'il  a  rctus,  en  s'en  servant  que  pour  insuller  les  honnêtes 
gens.     Je  suis  entièrement,  etc. 


Monsieur, 

Ce  mot  n'est  que  pour  accuser  la  réception  de  celle  que 
vous  m'avez  fait  l'honneur  de  m'écrire  le  23  du  mois  passé  et 
pour  vous  dire  que,  bien  loin  que  vous  déviés  être  en  p<'ine 
des  termes  du  payement  de  la  somme  accordée  au  Koy,  il  est 
k  propos  que  vous  informiés  M'  de  Pontcharlrain  de  lu  pcirl 
du  Magistrat,  que  nous  travaillons  à  acquitter  50.000  écus 
avant  Noiil,  pour  être  d'autant  mieux  un  état  de  fournir  le 


1)  Calvin,  lors  de  sa  venue  k  Strasbourg,  en  septembre  1538 
prêchad'aborddanBl'églisedeSaint-Nicolas-aux-Ondea,  le  quartier 
de  cavalerie  Saint-Nicolas  d'arant  1870  ;  mais  bicnlùl  i!  transporta 
le  culte  français  au  couvent  des  Filles-ltepeiitiea,  l'église  Sainte- 
Madeleine  actuelle;  eniin,  à  partir  de  1940,  il  célébra  le  culte  dans 
le  chœur  de  l'église  des  Dominicains,  l'amien  Tumple-Neuf,  in- 
cendié durant  le  bombardement  de  1870,  avec  Kg  riches  biblio- 
thèques strnsboui'geiiiscs  qu'il  abrilail.  Il  ne  peut  pas  être  ipiCHliiin 
de  ce  dernier  êdilicc  qui  HVHil  été  magasin  de  I'KIhI  jusqu'en  11)81 
■nais  était  occupé  depuis  Iovb  par  la  paroisse  pi'uleslante  éloignée  de 
la  Cathédrale  par  la  capilulalion;  c'est  donc  vraisemblablement  de 
Sainl-Nicolas-aux-Undcs  qu'il  s'agit. 


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CORRESPOND ANCK  ENTRE  CLRIC  ODRBCHT  ET  I.-B.  KLINGLIN      H'tl 

reste  avant  Pasques,  el  marquer  en  (fol.  33  '•)  même  temps  le 
zâle  avec  lequel  nous  embrassons  cette  occasion  pour  con- 
tribuer à  l'avancement  du  service  de  S.  M.  Tout  ce  que  vous 
devds  tAcherIcplus.c'estd'éviter  que  nous  ne  soyonscompris 
dans  une  déclaration  générale  que  W  l'inleudent  prétend 
d'obtenir  par  toutes  les  villes  d'Alsace  et  dans  laquelle,  si  on 
l'i'coutoit,  il  voudroit  clîectivement  nous  faire  comprendre. 
Notre  cause  (fol.  34  *)  n'a  rien  de  commun  avec  la  leur  et 
quoiqu'elles  donnent,  cela  ne  peut  avoir  la  figure  do  noire 
don,  soutenu  comme  il  est,  de  la  capitulation. 

Ne  négligés  pas  d'y  faire  insérer  que  S.  M.  réserve  de 
pounoir  aux  charges  de  Préteur  Royal,  et  Ji  celle  de  Syndic 
puur  le  Hoy,  en  substituant  îi  lu  place  de  cetle  dernit're,  dès 
à  présent,  celle  de  Procureur  du  Boy.  Il  faut  absolument  que 
S.  M.  fasse  sortir  de  la  magistrature  Guntzer  (fol.  34  *)  si 
elle  ne  veut  voir  déiroirc  tout  ce  que  Ion  a  fait  jusqu'icy  pour 
le  bien  de  son  service  et  de  la  Religion  (i).  Cet  homme  ne 
s'occupe  qu'it  ruiner  l'un  et  l'autre.  Les  magistrats  et  les 
bourgeois  y  sont  portés  par  d'autres  motifs  et  je  ne  vois  point 
de  vuye  plus  naturalle  que  celle-cy.  Si  cependant  vou.s  en 
trouvez  une  plus  commode  avec  Mr  de  Chamlay,  enfournés 
toujours  la  chose  et  soyez  persuadé  que  je  vous  seconderny, 
comme  il  faudra  (fol.  33  •)  et  cela  partout,  sans  exception^ 
étant  sans  réserve,  etc. 


Du  «  novembre  lfi92. 
Monsieur, 
.l'ay  reçu  aujourd'huy  k  la  fois  celle  que  vous  m'avés  fait 
l'honneur  de  ni'écrire  de  Versailles,  le  29,  et  de  Paris  le  34  du 
mois  passé.  La  première  ne  demande  point  de  réponse  et  vous 
aurez  vu,  par  ce  qui  vous  est  revenu  depuis,  quesi  un  s'est 
attendu  à  un  plus  grand  délay  pour  le  [layement,  des  cent 


^)  Tout  le  caraclérc  impérieux  d'Obreclil  se  uianiue  dans  cette 
iéi-liirmiim  el  iuiski  la  ronvictiun  •[u'il  a  ilùlrc  indispensiiblc. 


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Mii  BEVUE   d'ALSACE 

mille  écus,  ce  n'a  été  qu'à  la  (fol.  :to  '')  suggestion  <le  Mr  l'iii- 
tenilnnt,  qui  s'est  offert  de  son  chef,  et  sans  ctrc  prié,  d'en 
écrire  à  Mr  de  Pontchartrain. 

On  a  fait  part  de  l'heureuse  issue  de  votre  négociation  aux 
trois  cents  Echevins  qui  en  ont  témoigné  une  satisfaction 
générale,  et,  comme  je  vous  disois  dernièrement,  on  se  met 
actuellement  en  état  à  payer  du  moins  la  moitié  encore  avant 
Noiil. 

Je  ne  vois  rien  qui  (fol.  36  ')  presse  d'envoyer  l'arrêt  de 
Basié  (1),  quand  mdme  vous  devric's  rester  encore  quelque 
tems  en  Cour,  et  il  vaut  mieux,  par  plusieurs  raisons,  que 
vous  l'apportiés  avec  vous,  pour  le  joindre  au  raport  (sic)  que 
vous  ferés  de  bouche  du  succès  de  votre  voyage. 

Quant  à  la  seconde,  je  suis  ravi  d'aprundre  que  Mr  de 
Chamlay  soit  de  noire  avis  qu'il  s(!  faut  servir  dans  cette 
occasion  pour  faire  supprimer  la  charge  de  syndic  ifol.  30  '') 
pour  le  Roy,  qui  n'est  plus  qu'un  masque  affreux  d'inirigues 
et  de  friponneries,  pour  y  Rubslituer  en  sa  place  celle  d'un 
Receveur  du  Roy  de  la  Ville.  Ce  n'est  pas  simplement  le  service 
de  S.  M.  ni  le  hien  du  public,  mais  une  nécessité  indispensa- 
ble pour  l'un  cl  pour  l'autre,  qui  le  requiert.  Je  me  meltray 
dès  h  pri'senl  après  à  travailler  îi  la  lettre  pour  Mr  de  Pont- 
chartrain, et  s'il  m'est  possible,  je  In  donneray  dcMiiain  à  la 
poste,  pour  vous  ia  faire  (fol.  37  ■(  tenir  au  plutrtt.  Mr  votie 
frère  (2)  m'a  promis  les  raisons  qui  luy  tomberont  dans  l'cs- 
pril  et  j'en  ay  à  la  main  qui  me  paraissent  ne  point  souffrir 
de  n'-pljque.  Il  faut  que  dans  les  bureaux  on  ne  sache  pas  que 
Gunlzer  a  une  espèce  de  commission  de  la  Cour,  pour  croire 
(jue  le  Magistrat  le  pourroil  destituer.  En  outre  il  faudroit 
qu'il  ne  fût  pas  protégé,  comme  il  l'est,  de  Mr  de  la  (irange, 
qui  ne  manquera  pas  en  cette  oct^urence  de  faire  tous  ses 
efforts  pour  renrlre  les  nôtres  [fol  37  '')  inutiles,  h.  moins  qu'il 
n'apprenne  par  quelque  avis  charitahli>,  soit  de  MrdeChamlay, 
ou  des  bureaux,  que  l'on  y  est  las  de  supporter  un  vaut-rien, 

(1)  Nous  ignorons  ipiello  éliiil  raffiilre  [icndaule  cnirc  Knsléel  le 
Mn^'islral;  c'élail  un  huissier  de  Itrisarh  (Xlli,  18  mai  101)7). 

(2)  Kran^ois-Uoniain  do  Klinglin,  cimsciller  au  Conseil  soiivernin 
d'Alsnrc. 


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UORHESPONDAHCB  ENTHK  ULRIC  OBRECIIT  ET  J.-B.   KLIMlLiN      463 

qui  n'a  pas  autrement  profilé  de  toulcs  les  corrections  qui 
luy  en  sont  venues  que  pour  répandre  plus  en  cachette  sur  les 
affaires  du  Roy  et  de  la  Ville  le  poison  dont  il  est  rempli  e  t 
qui,  depuis  la  dernière  mercuriale  qu'il  a  reçue  de  Mr  de 
Barbezieux,  fait  la  consistance  de  toutes  ses  occupations. 

Il  n'y  a  rien  de  gM(-  (fol.  38  •)  pour  ce  que  vous  me  man- 
deréa  ou  rapporterés  de  bouche  touchant  le  mauvais  effet  qu'a 
produit  la  révélation  du  secret  de  vos  instructions,  attendu 
que  dans  le  récit  que  j'ay  fait  du  contenu  de  votre  lettre  du 
19  du  mois  passé,  j'y  ay  donné  le  tour  que  je  vous  ay  indiqué 
dernièrement,  sçavoir  qu'à  la  Cour  on  avoiL  été  ejtlràmeuietit 
surpris  de  ce  que  les  offres  que  vous  deviez  faire  au  Iloy 
eussent  été  divulgués  ici  et  à  Paris,  avant  qu'ils  eussent  pu 
parvenir  à  S.  M.  par  votre  (fol.  38  '')  moyen,  mais  que  vous 
aviez  répondu  que  les  magistrats  avaient  pris  toutes  les  pré- 
cautions pour  tenir  la  chose  secretle,  qu'ainsi  ce  ne  ponnoil 
étie  que  des  parjures  de  qui  elle  put  être  émanée  en  public. 

11  sera  d'autant  plus  nécessaire  de  faire  insérer  à  la  déclara- 
tion que  vous  obtiendrés,  les  dépendances  de  la  Ville,  parcc- 
que  j'ay  vu  chez  Mr  de  Courcelles  que  Wosselonne  et  Marlen 
sont  encore  actuellement  sur  l'état  (1) .  J'ay  été  présent  lors- 
que Mr  l'Intendant  ouvrit  la  lettre  de  MrdeChamlny,  (fol.  39  ") 
dans  laquelle  il  luy  propose  de  vous  employer  pour  faire  les 
accomodemens  des  autres  villes  d'.Msace.  Il  me  la  lut  tout 
haut,  mais  je  remarquay  d'abord  un  changement  en  son  front, 
et  pendent  le  reste  du  tems  que  je  fus  avec  luy,  il  me  demanda 
plus  de  six  fois  si  vous  ne  reveniés  pas  bientôt,  et  me  répéta 
autant  de  fois  qu'il  falloit  que  vous  revenniésaussitàt  que  vous 
auriés  vos  expéditions  pour  celle  Ville.  Vous  concevés  ce  que 
cela  signifie  et  ce  que  vous  en  devez  attendre  h  ce  sujet,  sans 
avoir  besoin  d'interprète.  Vous  ne  doutez  pas  (fol.  39  t)  que 
je  ne  prenne  toulc  la  part  que  je  dois  îi  rnugmentaliun  que  le 
Roy  vient  de  l'aire  de  votre  pension,  étant  h  un  point,  et  avec 
l'attachement  que  je  le  suis,  etc. 


i)  ('.  i  d.  sur  la  liste  des  localités  d'Alsace  <|iic  M.  ilc  la  Grange 
Toidail  faire  dispenser,  par  édil  géuéral,  ilc  In  (^réntion  des  charges 
iiiio|ibéos  |.nrr?:«lit  île  l«9i. 


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REVUE  D  ALSACE 


i)ii  fi  novembre  Ifitfi. 
Monsieur, 
Je  viens  de  voir  entre  les  mnins  de  Mr  de  l^libatie  1 1 1  une 
lettre  par  lai|uellc  iWgr  de  Darbezîeux  luy  mande  que  le  Roy 
a  été  informé  qu'il  ne  s'occupe  ici  qu'U  susciter  des  brouilleriez 
et  h  mettre  partout  la  <légunion  et  que,  s'il  continue.  Sa  Ma- 
jesté prendra  de  filcheuses  résolutions  contre  luy.  Il  ne 
fauilroit  point  du  tout  connoilre  ifol.  40  •)  la  carte  pour 
douter  qnc  cet  avis  ne  fâl  venu  de  l'abln'-  lleunequin  et  que  ce 
ne  fût  l'un  des  articles  que  luy  a  fourni  Giint7.er;  et  par  cet 
endroit  je  vous  avoue  que  celte  lettre  m'a  lourlié  aussi  vive- 
ment que  si  elle  me  regardoit  moi-mt!me.  11  n'y  a  que  trois 
semaines  que  vous  êtes  hors  dicy  et  vous  sfavez  qu'il  n'y  n 
aucune  désunion  si  ce  n'est  que  toutes  les  honnêtes  gens  qui 
se  tiennent  éloignées  detîiintzer,  ni  d'autres  brouilleries<|ue 
celles  que  l'abbé  llennequin  s'est  à  toule  force  voulu  faire  avec 
Mr  d'Huxelles,  Madame  de  Cbamilly  (fol.  40  •>)  (2),  Mr  l'Inten- 
dant, moi  et  le  Magistrat  en  gém'ral,  sans  que  néanlmoins  il 
y  ail  pu  parvenir,  el  auxquelles  Mrde  In  Uastie  n'a  pas  plus 
(le  part  qu'à  celles  qu'il  a  actuellement  suscitées  dans  le  Granil- 
Chapitre.  Si  donc  ces  raports  qui  n'ont  aucune  ombre  de 
vérité  sont  néantmoins  écoutés  et  peuvent  proiluire  des  elfels 
si  fâcheux,  que  ne  doit  on  pas  appréhender  lorsque  ce  scnbe 
trouvera  quelque  peu  matière,  innocente  en  soy-même,  mais 
susceptible  d'une  interpn'-tnlion  sinistre  et  capable  d'être 
habillée  (fol.  41  ■)  de  fausses  circonstances?  En  quoi  je  sfai 

(1)  M.  <le  la  Itiislle,  uinjnr  de  la  iilnec  de  .Slrasbmirg  de|>uis  4683. 
cl  très  uinl  vu  du  Magistrat  qu'il  noenblail  de  l'éctamalions  porpé- 
luellea  pour  grossir  ses  éinolumenlt:.  ixa  procès  verbaux  des  Treize 
le  menti  un  no  lit  i)  loul  moment.  a)llii'itHnt  un  supplémeni  de  fuit  r- 
riigcs.  une  l'é par» lion  i)  son  1<>(!ement  onieiel,  une  fournilure  de 
1h>îs,  eU:.  On  peut  npprèvior  la  véradié  d'Ohreclit,  n»end)re  du 
.Mngialrat  et  son  rlief  iiriieicl,  <pinnd  il  anirinc  ici  <(ue  retle  ilénou- 
l'ialion  de  In  Basile  n'est  qu'une  nouvelle  calomnie  <le  lifmlzer  el 
de  SCS  acol.ïtes. 

(i)  Il  est  bien  cliriivile  de  eroire  ipic  le  grnnd-vîi'4iire  ait  dierelié 
querelle  a  Mme  de  i:hnnnllv,  la  femme  du  gouverneur  de  .'^lms- 
liDurg.  qui  avnil  déployé  nn  zèle  dévorant  imur  la  conversion  îles 
béi'étiqucs.  accompagnant  clle-mCme,  à  ce  qu'on  assure,  les  capu- 
rîns  cl  les  jésinles  envoyôs  pour  l'ouvcrtir  les  paysans  de  In  Ilnsse- 


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i:0RHB8PO.ND.«NGE  ENTRE  tJLIItC  OBIIBCUT  Kl   J.-H.  KLINULIN      465 

par  ma  propre  expérience  qu'il  n'est  pas  moins  habile  mafire 
queGQntzer.  Je  n'ay  jamais  eu  aucun  démâlé  avec  luy,  et  qui 
plus  est,  je  ne  me  suis  jamais  trouvé  dans  aucune  occasion 
prochaine  d'en  avoir,  l'ayant  toujours  évité  de  fort  loin,  parce 
qued'abord.dans  la  deuxième  entrevue,  je  l'a  vois  reconnu  par 
ses  discours  et  jugemens  indiscrets  des  personnes  du  premier 
rang,  pour  un  homme  de  très  dangereuse  conversation  : 
cependant  il  méfait  (fol  41  ^}  écrimer  (t)  contre  luy,  par  des 
dialogues  qu'il  débile,  les  plus  extravagans  du  monde  et  que 
le  caractère  qu'il  porte  le  devoit  assurément  empêcher  d'in- 
venter, comme  il  l'a  fait  contre  vérité.  Je  ne  sçay  quel  bien 
il  pourra  faire  en  ce  pays  cy  pour  la  Religion,  a'étant  attiré 
en  si  peu  de  lems  et  de  gayeté  de  cœur,  l'aversion  de  tout  le 
monde  comme  il  l'a  fait;  mais  je  s(ay  bien  que  quand  mt^me 
il  aeroit  révoqué  dès  k  présent,  son  successeur  aura  beaucoup 
de  peine  Ji  eiTacer  (fol.  42  ')  le  mal  qu'il  y  a  causé.  Je  me  voy 
contraint  d'en  informer  à  la  fin  le  Hoy  par  la  voye  du  R.  P. 
de  la  Chaize.  Cependant  j'ay  cru  devoir  vous  en  faire  part 
afin  qu'en  travaillant  dans  le  pays  où  vous  i^tes,  pour  le  bien 
et  les  intérêts  de  cette  Ville  vous  n'ignoriez  pas  le  danger 
dontelleestmenacéc,  si  on  laisse  éclore  les  pernicieux  desseins 
que  le  Grand-Vicaire  s'est  laissé  inspirer  pur  ceux  qui  n'en 
peuvent  souffrir  le  repos  et  qui  nous  envient  le  bonheur  de 
posséder  les  bonnes  grdces  du  Roy  et  de  ses  ministres.  Je  suis 
avec  tout  l'attachement  imaginable,  etc. 


(fol.  42») 

Du  7  novembre  1692. 
Monsieur, 

I^es  députés  du  corps  des  Marchands  viennent  de  m'appor- 
ter  la  lettre  et  te  mémoire  cy-joints  pour  me  demander  mon 
approbation  h  vous  l'envoyer.  Mais  comme  je  suis  d'ailleurs 
extrêmement   pressé    d'affaires,    j'ay    seulement    prié    ces 

(1)  H'efcrimerf 


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messieurs  de  m'en  dire  de  bouche  le  contenu,  et  croyant 
d'ailleurs  qu'il  n'y  avait  pas  un  momeut  île  tems  à  perdre 
pour  vous  le  faire  tenir,  je  l'ay  retenu  sans  qu'il  fût  signé  ni 
autrement  expédié,  afin  de  vous  l'adresser  incessamment.  Si 
dans  le  mémoire  (fol.  43  *)  ils  ont  fait  mention  des  étolTes  de 
laine,  comme  ils  me  l'ont  dit,  c'est  une  extravagance  à  laquelle 
vous  ne  devés  avoir  aucun  i^gard.  Du  reste  vous  en  userés 
suivant  l'air  du  bureau.  J'ay  aussi  recules  raisons  de  Mr  votre 
frère,  auxquelles  je  m'en  vay  travailler  sans  perte  de  tems. 

On  vous  a  voulu  envoyer  des  lettres  de  remerclmcnts  ;  je 
les  ay  retenues  parce  qu'elles  m'ont  paru  trop  seiches,  et  qu'il 
me  semble  qu'il  faudroit  les  différer  k  vos  audiences  de  congé, 
et  je  m'appliqueray  k  ce  que  la  (fol.  43  >>)  reconnaissance,  du 
moins  envers  Mr  de  Cbamiay  ne  consiste  pas  en  pures  paro- 
les. Mandez  moi  je  vous  en  supplie,  votre  pensée  là-dessus, 
et  soyez  très  persuadt5  qu'il  n'y  a  personne  qui  soit  avec 
plus  d'attachement,  etc. 


Du  9  novembre  1691. 
Monsieur, 
J'avois  déjii  minut«^  la  lettre  pour  Mr  de  Pontchartrain 
lorsque  j'ay  reçu  par  la  voye  de  Mr  de  Courcelles,  l'Edit  dont 
copie  est  cy-jointe,  qui  après  m'av^iir  un  peu  embarrassé  îi  la 
première  lecture,  m'a  fait  envisager  (fol.  44  •)  présentement 
noire  projet  comme  très  facile  à  exécuter.  L'embarras  qu'il 
m'a  donné  d'abord  est  que  le  Roy,  en  unissant  et  incorporant 
aux  Corps  des  Villes  les  offices  des  Procureurs  du  Roy  et  des 
secrétaires  ou  greffiers,  dispense  les  particuliers  qui  seront 
nommés  par  les  Magistrats  de  prendre  les  provisions  de  S.  M. 
d'où  il-  arrive  que  si  Klle  en  usait  autrement  à  l'égard  de 
Strasliourg,  en  se  réservant  de  pourvoir  k  la  dite  charge  de 
pnicriireur  du  Roy,  cette  Ville  scroit  de  pire  condition  que  les 
moindres  communautés  du  Royaume,  et  on  nous  pourroît  ' 
accuser  (fol.  44  ^)  d'avoir  trahi  ses  inti'rôts.  Mais  aussi  d'ail- 
leurs je  vois  que  si  nous  obtenons  seulementt  de  Mgr  de 
Pontchartrain  la  grâce  de  faire  ajouter  li  la  déclaration  qu'il 


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COnnESPONDANCE  KST&e  ULHin  OBnET.HT  KT  l.-H.  KLtNCLrN      467 

nous  fera  expi'dier,  ce  qu'il  y  a  de  favorable  dans  ce  même 
Edit,  cela  suffira  pour  délivrer  le  Magistrat  des  impostures  et 
la  Ville  des  voleries  de  Guntzer  et  vous  ouvrir  la  carrière  de 
servir  le  Roy  et  te  public  en  sa  plaec,  soit  en  qualité  de  syndic 
pour  Sa  Majesté  et  la  Ville,  soit  en  celle  de  Procureur  du  Roy 
et  de  laVille,  dont  les  noms  ont  la  même  significalion,  comme 
les  fonctions  sont  les  mêmes  (fol.  \">  •'. 

Sur  quoy  je  ne  vois  pas  qu'il  y  puisse  avoir  la  moindre  diffi- 
culté, ni  que  Mgr  de  Pontcharlrnin  veuille  hésiter  k  nous 
accorder  pour  noire  don  ce  qu'il  a  offert,  de  son  chef,  h  toutes 
les  communautés  où  les  dites  charges  n'ont  pas  été  levées,  et 
qui,  par  conséquent,  ne  peuvent  pas  élre  des  plus  considéra- 
hles.  Etiln'yauraqu'ii  veiller  seulement  k  ce  que  les  termes  de 
la  déclaration  soient  en  cecy  accomodés  a  l'élat  de  noire  gou- 
vernement. Par  exemple,  qu'après  la  révocation  de  l'Edil  et 
la  confirmation  des  privilèges  el  capitulation  de  la  Ville,  le 
Roy  dise  :  que  pour  donner  [fol,  45  *•)  une  assurance  entière 
nu  Magistrat  et  h  la  Ville  de  Strasbourg  k  l'égard  des  charges 
portées  par  ledit  Edit  des  (Conseillers  Procureurs  du  Roy  el  de 
la  Ville,  Greffiers  ou  secrétaires  el  Conseillers  receveurs.  Sa 
Majesté  les  a  réunis  et  incorporés  aux  Corps  des  Villes  avec 
les  fondions  y  attribuées,  sans  que  les  particuliers  qui  seront 
nommés  par  les  Préleurs,  Consuls  et  Magislrats  de  la  Ville  de 
Strasbourg  aux  dites  fondions  soient  tenus  présentement  et 
k  l'avenir  en  cas  de  vacance  par  mort  ou  autrement,  de  pren- 
dre ses  lettres  de  provision  ny  qu'ils  puissent  {fol,  46  ») 
prétendre  d'autres  gages,  appoinlemens  et  vacations  que  ceux 
dont  jouissaient  autrefois  les  syndics,  secrétaires  ou  greffiers 
et  receveurs  pourvus  par  lesdits  magistrats,  révoquant  pour 
cet  effet  toutes  commissions,  lettres  et  provisions  qui  pour- 
roient  avoir  été  obtenues  de  Sa  Majesté  des  charges  de  syndic. 
Directeur  de  Chancellerie,  grefiier  ou  secrétaire,  ensemble  les 
dons  de  droits  de  greffe  ou  de  chancellerie,  comme  contraires 
k  la  dite  union  el  incorporation,  k  condition  toutcsfois  que 
celuy  qui  sera  nommé  k  ladite  charge  de  Procureur  du  Roy 
el  de  la  Ville  fasse  profession  (fol.  46  "■)  de  la  religion  catho- 
lique, apostolique  et  romaine  et  qu'à  l'égard  deis  greffiers, 
secrclaires  et  receveurs  soit  observée  rallernalive  entre  ceux 
faisant  profession  de  ladite  religion  catholique  et  les  Luthé- 


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468  RBVUK   D  ALSACE 

riens,  de  la  manière  qu'il  se  pratique  &  toutes  tes  autres 
charges  et  employs  de  la  dite  Ville,  etc.  Après  cela  une  Lettre 
de  cachet  écrite  en  votre  Taveur  ou  une  simple  lecommanda- 
tion  de  Mr  de  Pontcharlrain  ou  de  Mr  de  Ohamiay,  vous 
vaudra  des  lettres  de  provision.  Je  me  ferois  même  fort  d'y 
mener  le  Magistrat  par  moi-même  si  Je  n'appréhendois  de 
trouver  Mr  (fol.  47  ■)  l'Intendant  en  mon  chemin. 

Voilà  mes  dernières  pensées  sur  cette  affaire  Si  cependant 
Mr  votre  frère  m'envoit  ses  raisons  encore  aujourd'huy,  je  ne 
manqueray  pas  de  vous  adresser  ma  lettre  à  Mr  de  Pontchar- 
train,  afin  que  vous  vous  en  puisbiés  servir  suivant  queMr  de 
Chamlay  et  vous  le  jugerés  k  propos.  Gunlzer  h  élé  dépeint 
au  Roy  par  le  It.  P.  de  la  Chaize  qu'il  n'est  pas  besoin 
d'employer  d'autres  raisons  en  cet  endroit  là  (I).  Je  suis  tout 
à  vous,  etc. 

Obrbcht. 


(fol.  47  ") 

Du  10  novembre  1092. 
Monsieur, 

Voici  la  lettre  pour  Mr  de  Pontchartrain  avec  les  raisons  de 
Mr  votre  frère,  que  je  n'ay  pu  faire  autrement  entrer  que  de 
la  façon  que  vous  le  voyés.  Si  .Mr  de  Chamlay  et  vous  les 
trouvii's  propres  ii  faire  plus  facilement  réussir  la  chose,  il 
faudroit  les  mettre  dans  un  mémoire  séparé  et  les  donner  avec 
ma  lettre.  A  quoi  il  faudra  principalement  prendre  garde, 
c'est  d'informer  ce  seigneur  de  bouche,  des  engagemens  que 
Mr  l'Intendant  a  avec  le  P.,  même  de  (fol.  48  *)  l'endroit  par 
où  il  s'y  trouve  embarqué  (2).  Voyez  aussi  avec  Mr  de  Cham- 

(1)  Ce  mol  en  dit  Ion;;,  et  sur  l'influence  du  célèbre  confesseur 
du  monarque  et  sur  l'aulorîté  que  s'était  acquise  te  préleur  royal 
par  ECS  rtlatious  personnelles  ft  la  Cour. 

(2)  Lu  «iriingc  pnssQil  —  on  le  verra  plus  loin  —  pour  un  des 
plus  f^rnnrls  voleurs  du  l'iiraumc  ;  il  est  possible  qu'il  ait  employé 
(iiinhci'  pour  lui  préparer  certaines  uflnii'es  illiciles  ;  sous  ce  rapport 
Obreclil  Ipur  l'Init  inconlestnlilemenl  supérieur,  encore  que  son 
indignation  soil  bien  bruyante  cl  sa  haine  bien  cauteleuse. 


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CORRESPONDANCE  BHTRB  ULRIC  OBBECETT  Kt  J.-B.  KLINGLtN      469 

lay  quelles  mesures,  il  conviendra  de  prendre  avec  Mr  de 
BarbesieuK,  el  s'il  ne  sera  pas  &  propos  de  luy  remettre  un 
mi^moire  au  contenu  de  ma  lettre,  afin  qu'il  n'ait  pas  sujet  de 
traverser  notre  dessein  qui  ne  tend,  je  le  dis  comme  je  le  pense, 
devant  Dieu,  qu'au  bien  public,  que  le  malheureux  va  détruire 
d'une  fafon  ou  d'autre,  ai  le  Roy  n'y  met  pas  la  main. 

En  tout  cas  ma  lettre  me  servira  toujours  de  décharge 
envers  le  ministre,  et  je  persévère  d'être,  avec  un  attachement 
inviolable,  etc. 


(fol.  48  *•) 

Du  12  novembre  1692. 
Monsieur, 

J'ay  fait  lire  aux  magistrats  la  lettre  que  vous  leur  avés 
écrite  le  6  de  ce  mois.  Le  projet  de  la  déclaration  est  admi- 
rable :  mais  si  nous  avons  un  arrêt  du  Conseil  d'Etat 
particulier  pour  les  chirurgiens,  barbiers  et  perruquiers, 
voyés  s'il  ne  sera  pas  nécessaire  d'en  avoir  au  sujet  du 
café  (1),  etc.  dont  la  finance  est  actuellement  introduite,  et 
et  contre  l'Edit  qui  L'tablit  des  furets,  que  vous  sçavés  avoir 
été  envoyé  ici  par  Mrle  Procureur-Général  (fol.  19  »)de  Urisac, 
et  si  enfin  la  confirmation  de  la  capitulation  aura  plus  de  force 
que  la  capitulation  même  pour  empêcher  que  Le  Févre  et  les 
autres  commis  des  maltoliers  et  traitans  n'inquiètent  nos 
cabaretiers  et  artisans,  comme  ils  ont  menacé,  à  moins  que 
vous  n'obteniés  des  defTensesexpressesd'exéculericilesEdits, 
arrêts  et  ordonnances  qui  sont  contraires  à  la  capitulation, 

Ouant  au  projetde  la  permission  d'empninler,  etc.  on  n'y 
peut  rien  ajouter  ni  souhaiter  de  plus  avantageux. 

Sur  la  lettre  que  vous  m'avés  fait  l'honneur  de  m'écrire  le 
5  de  ce  mois,  j'ay  incessamment  (fol,  49  ^)  fait  sortir  les  comé- 
diens de  chez  Mr  de  Rotzenhaussen  (i)  et  je  vous  supplie  de 


(1)  C'est  sans  doute  des  cnfé»  qu'il  voulait  i 
(t)  RBthsRmhaunen. 


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470  HEVUB  d'alsacb 

faire  auprès  de  Mr  de  Chamiay,  que  le  grand-vicaire  ait  la 
confusion  d'avoir  été  prévenu,  en  cas  qu'il  ait  écrit  en  Cour, 
et  que  l'on  sache  (jue  Mr  de  Chamiay  y  a  remùdié  de  son 
chef  (Ij,  sur  le  premier  avis  qui  luy  en  a  été  donné  par  vous 
et  moi,  comme  c'est  effectivement  la  vérité.  Us  n'y  ont  joué 
que  quatre  ou  cinq  fois  et  comme  cet  établissement  n'étoit  pas 
de  mon  goût,  Je  leur  avois  conseillé  de  ne  pas  aliattre  le  téatre 
qu'ils  avoient  au  Poèle  des  Massons  (2),  de  sorte  que  leur 
retour  audit  poèl  (sic)  s'est  (fol.  50  »)  fait  sans  bruit  et  sans 
scandale. 

.Mr  de  Chamiay  a  mandé  à  Mr  l'Intendant,  qu'il  a  de  l'obli- 
gation nu  Grand-Vicaire  de  luy  en  avoir  donné  avis  :  je  vois 
qu'il  veut  parler  du  vacarme  qu'il  en  a  fait.  D'ailleurs  je  vois 
bien  que,  comme  il  vous  a  dit,  il  ne  connoil  pas  encorde 
personnage,  car  sans  doute  il  ne  me  chargeroil  pas  de  luy  en 
faire  quelque  civilité,  s'il  savoit  que  c'est  un  homme  envers 
lequel  on  ne  peut  pas  user  d'honnêteté  h  moins  de  courir  ris- 
que de  s'en  faire  étrangler. 

Si  vous  avés  garJé  mes  lettres  vous  y  trouverez  que  je  vous 
ay  mandé  d'abord  au  commencement  (fol,  50  *•;  que  liuntzer 
avoit  révélé  le  secret  de  voire  commission  k  Mr  le  prince  de 
Soubizeet  à  Mr  l'abbé  Uennequin.  tjuantau  premier,  il  l'avait 
dit  luy-mème  k  Mr  l'Intendant,  et  du  dernier,  Guutzer  l'avoit 
avoué  h  plusieurs  dos  magistrats.  Je  vous  répète  ici  ces  cir- 
constances parce  que  le  Grand-Vicaire  s'étant  aperçu  qu'il  s'est 
attiré  par  ]h  l'aversion  de  tout  le  magistrat  el  de  la  meilleure 
partie  de  la  bourgeoisie,  s'en  doit  avoir  fait  un  mérite  auprès 
de  Mgr  de  Ponlcliartrain,  afin  que  si  l'occasion  se  présente, 
vuus  fassiés  connoflre  (fol.  SI  ")  que  ces  messieurs  se  sont 
attirés  l'indignation  publique,  non  pas  pour  avoir  donné  des 


(1)  Il  aeinblo  résiiller  do  celte  iudiriilion  que  M.  de  Cliiuiday 
drinoiirtiil  cbcî!  M,  de  Itallisamhuuïen  à  Strasbourg. 

(2)  La  Maurerttub  ou  l'oélc  des  Mat,'ons,  se  trouvait,  dans  la  nie 
des  Juifs  ;  on  y  avait  installé  une  salle  de  sfiectncle  en  \&X±  ;  elle 
bniln  en  1700,  parsii)lecriin|>niden,-e.  a|irésla  représentation  d'une 
pièce  de  Molii^i-c  Ce  fui  l'mgteuips  le  seul  Ihêatre  exislnnl  A 
Strasbourg. 


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CORHRSPONDANGB  ENTRB    ULtllC    OBRECHT  ET    J.-B.    KLINGLIN  171 

lumières  à  la  Cour  sur  le  sujet  de  votre  voyage,  mais  pour 
9'ètre  fait  fête  ici,  dans  la  Ville,  d'un  secret  dont  le  magistrat 
croyoit  être  en  droit  de  prétendre  en  devoir  être  le  maître  et 
en  espérer  seul  tout  l'honneur  auprès  du  Roy  et  ses  ministres. 
Car  effectivement,  si  Guntzer  ne  s'éloil  trahi  luy-mème  envers 
les  magistrats  de  s'être  laissé  tirer  les  vers  du  nez  par  l'abbé 
Hennequin,  et  si  celuy-ci  ne  s'étoit  vanté  en  plusieurs  occa- 
sions d'avoir  (roi.  5J  ■>)  prévenu  vos  négociations  par  ses  avis, 
l'un  et  l'autre  auroient  été  exempts  de  la  haine  publique  el 
l'on  auroit  en  tout  cas  attribué  les  discours  qui  se  sont  tenus 
chez  Mr  le  Prince  de  Soubize  au  peu  de  sens  que  tout  le  monde 
croit  que  la  dernière  maladie  a  laissé  k  GuntKer.  Je  suis  très 
parfaitement,  etc. 


Du  3  décembre  1692. 
Monsieur, 

Je  n'ay  pas  présentement  le  lems  de  répondre  à  tous  les 
chefs  des  lettres  que  vous  m'avez  fttit  l'honneur  de  m'écrire 
le  26  et  le  30  du  mois  passé  (fol.  52  »).  Je  vous  dirny  seulement 
que  pour  exécuter  le  dernier  avis  de  Mr  de  Chninlay  au  sujet 
du  P.  il  faut  que  vous  me  renvoyiés  incessament  la  lettre  que 
je  vous  ay  adressée  pour  Mr  de  Pontcharlrain,  Le  scélérat 
pousse  les  choses  à  un  tel  point  de  fourberies  et  d'impostures 
que  je  ne  puis  plus  balancer  k  l'entreprendre  ouvertement.  Et 
je  prendray  la  route  qui  m'auroil  d'abord  paru  la  plus  natu- 
relle et  la  plus  efllcace,  qui  est  d'écrire  en  même  tems  au  Roy 
par  Mr  de  Chamiay  et  à  Mr  de  Uarbezieux  en  droiture.  Je  vous 
supplie  de  (fol.  52  ^)  m'envoyer  en  même  lems  quelques  pro- 
visions ou  autres  pièces  contenans  les  devoirs  d'un  Procureur 
du  Roy,  afin  que  je  puisse  montrer  d'autant  plus  clairement 
de  quelle  manière  le  P.  s'en  acquitte.  Je  tiens  k  un  grand  bon- 
heur que  l'aiïaire  n'a  pas  encore  été  entamée  pendantque 
son  jumeau,  Mr  le  (îrand-Vicairea  été  encore  dans  son  lustre, 
qui  ne  s'offusquera  pas  peu,  si  je  ne  me  trompe,  entre  ceey 
et  le  temps  que  mes  lettres  viendront  en  cour,  el  je  ne  les 


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472  BEVUE  d'alsici 

retarderay  pas  un  momenl,  (fol.  53*)  d'abord  qnej'auray 
reçu  celle  do  Mr  de  P.onlchartrain  dont  j'ay  parlé  cy-dessus. 
Vous  veirés  du  reste  k  quoi  m'a  poussé  notre  bon  pasteur  fl), 
par  In  copie  cy -jointe  de  la  lettre  quej'ay  adressée  par  la  poste 
^  Mr  de  Barbezieux,  et  que  je  vous  prie  de  montrer  k  Mr  de 
Chamiay  et  à  Mr  d'Huxelles  Je  l'ay  fait  partir  lundy  dernier 
et  vous  me  ferés  plaisir  de  sonder  si  elle  est  arrivée  à  bon 
port  et  de  quelle  manière  elle  a  été  reçue.  Ce  n'est  pas  que 
ses  extravagances  me  fassent  de  la  peine  ;  mais  je  suis  pour- 
tant curieux  (fol.  53  ''}  de  savoir  de  quel  côté  penchera  la 
balance  auprès  du  minisire.  Je  suis  avec  tout  l'attachement, 


Du  8  dZ-cembre  1692. 

Monsieur, 

Ce  mot  n'est  que  pour  vous  donner  avis  que  J'uy  mis  k  la 
poste,  sous  l'adresse  de  Mr  le  Curreur,  des  échantillons  de  nos 
monnoyes.  J"ay  écrit  au  dos  du  pacquet  que  ce  sont  des 
monnoyes  de  la  Ville  de  Strasbourg  pour  Mr  le  Pelletier,  Ainsi 
il  ne  pourra  pas  manquer,  à  ce  qu'il  me  semble,  d'arriver  à 
bon  port.  On  a  récrit  de  la  part  du  magistrat  h  Mr  de  {fol.  54  ■) 
Barbezieux  pour  obtenir  la  permission  de  vendre  quatre  mil 
sacs  de  blé,  et  l'on  devoil  vous  envoyer  une  copie  de  la  IcUrc. 
Hais  je  viens  d'apprendre  qu'elle  n'est  pas  encore  partie,  à 
cause  d'une  indisposition  survenue  fi  Mr  Gambs.  Je  la  feray 
partir  demain  sans  faute.  On  s'est  plaint  en  même  tems  que 
Minville  (â)  a  acheté  sur  les  greniers  des  particuliers  six  mil 
sacs,  sans  avertir  les  magistrats,  sous  prétexte  des  ordres  de 
Mr  de  Pilles  (3),  et  que  cela  a  fait  enchérir  considérablement 
les  grains  au  marché.  Je  ne  sçay  quel  compte  il  en  tiendra  à 


(4)  Le  vicaire-général  do  Ilennequin.  Il  doit  s'agir  d'une  autre 
leKre  que  celle  du  même  au  môme  sur  ce  personnage,  érrite  le  i 
octobre  et  donnée  plus  haut. 

(3)  MuDÎtionnaire  de  l'armée  du  Rhin, 

(3)  Inleodanl  gonër&t  de  l'armée. 


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COHHESPONDAl'CB  BNTRB  ULBIC  OBHBGHT  ET  J.-B.  KLINOLIN      173 


Mr  de  (fol.  54''  )  Pilles,  mais  je  sçais  bien  qu'il  a  payé  de  la 
paire  huit  écus  b  Guntzer,  quoique  parlout  ailleurs  on  ne  les 
luy  ait  vendus  qu'à  vingt  et  trois  livres  au  plus  (i).  C'est  une 
nouvelle  espèce  de  concussions.  Je  suis  très  passionnément. 


Du  9  décembre  1692. 
Monsieur, 

Je  vois  par  celle  que  vous  m'avés  fait  l'honneur  de  m'écrire 
le  4  de  ce  mois  que  j'ay  été  un  peu  trop  proml  k  vous  envoyer 
des  échantillons  de  noire  monnoye,  puisque  vous  en  avez 
trouvé  chez  les  banquiers  (fol.  53  •)  de  Paria.  Cependant  les 
dits  échantillons  serviront  k  faire  voir  à  Mr  le  Pelletier  quelles 
monnoyes  nous  avons  fabriquées  autrefois,  parlicutièrement 
en  or,  pour  lesquelles  il  est  bon  que  vous  lui  fassiés  ronnottre 
que  nous  avons  àes  lettres  patentes  des  Empereurs. 

Puisque  vous  avez  toutes  vos  expéditions,  il  n'est  pas  besoin 
que  vous  attendiez  l'issue  de  l'alTaire  de  la  monnoye,  ni  de 
celle  du  commerce  et  il  dépendra  absolument  de  vous  de 
reprendre  le  chemin  de  Strasbourg  quand  et  comment  vous  le 
jugerés  à  propos. 

(fol.  as"-  ) 

On  n'a  pas  encore  expédié  a  notre  misérable  chancellerie 
la  copie  que  l'on  devoit  envoyer  de  la  lettre  du  Magistrat  îi 
Mr  de  Barbczieux,  touchant  la  vente  des  grains.  Et  je  croy 
même  qu'il  n'est  plus  tem^  de  la  faire  partir,  puisqu'avant 
qu'elle  puisse  vous  dire  rendue,  il  faut  que  la  chose  soit  réso- 
lue de  l'une  ou  de  l'autre  façon. 

Nos  négociana  se  font  fort  de  prouver  ce  qu'ils  ont  avancé, 
touchant  des  étoffes  que  l'on  doit  fabriquer  (fol.  50')  en 
Suisse,  de  la  façon  d'Angleterre.  C'est  à  eux  de  voir  de  quelle 
manière  ils  s'y  voudront  prendre,  et  ii  moins  que  Mr  le  mar- 
quis d'Iluxelles  ne  soit  d'un  autre  avis,  il  ne  faut  pas* que 

(1)  On  ne  Toil  pas  l'intérêt  qu'aurait  eu  Minville  à  faire  gagner 
cet  argent  à  Guntzer,  ni  comment  celui-ci  aurait  pu  en  profiter. 


IzedbyGOQt^lC 


474  HBVtJB  d'alsack 

cela  vous  arrête  un  seul  moment.  Il  m'a  témoigné  qu'il  soti- 
haiteroit  fortement  de  voua  rencontrer  encore  en  ce  pays  là, 
mais  il  ne  m'a  pas  dit  quelle  raison  il  en  avoit. 

Je  vous  souhaite  un  prompt  et  heureux  retour,  et  suis  très 
pnssionément,  etc. 


Ici  s'arrèlc,  pendant  plusieurs  années.  In  correspondance 
d'Obrecht  avec  Klinglin,  soit  que  l'avocat-général  n'ait  plus 
quitté  Strasbourg  pendant  qu'Ubrecht  y  résidait  (1),  soit  que 
les  lettres  du  préteur  aient  i^té  perdues.  Le  document  de  notre 
dossier  le  plus  rapproché  date  de  la  fin  de  1695.  Le  préteur 
royal  allail  avoir  la  satisraction  de  se  voir  enfin  d*51ivré  de 
son  rival  détesté,  non  par  uu  acte  du  pouvoir  royal  "  qui 
avait  trop  intérêt  k  prolonger  cette  surveillance  jalouse  pour 
sacrifier  absolument  l'un  des  adversaires  k  l'autre  —  mais 
parla  mort.  Le  syndic  Gilntzer  meurt  en  effet  le  11  décembre 
1695,  pendant  qu'Obrechl  est  «  la  Cour,  et  le  12  le  Conseil 
des  XIII  notifie  le  décès  à  M.  de  Barbezieux  et  demande  la 
permission  de  désigner  lui-même  un  successeur  et  de  repren- 
dre le  maniement  des  revenus  de  la  chancellerie  dont  le  feu 
syndic  «  s'^X^ilimptiironisé  ex  propria  aulhorilate  «(XIII, 
15  déc.  16<JS).  C'est  quelques  jours  avant  le  décès  de  son 
intime  ennemi  qu'Obrecht  écrivait  h  Klinglin  le  billet  par 
lequel  s'ouvre  une  nouvelle  série  de  ses  lettres. 

(A  suivre.)  bod.  Rbuss. 


(1)  (fol.  56  b)  Autres  lettres  de  Mr  Obrecht,  de  Pans,  de 
Versailles  et  de  Fraurfort,  depuis  le  5  décembre  169S  —  t  avril 
1701. 


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LE  CHAPEAU  DE  SAINT-CHRISTOPHE 


LA  BOURSE  DE  SAINT-DENIS 


DE     BELFORT 


Voici  deux  Saints  qui  tiennent  beaucoup  de  place  dans 
l'histoire  de  Belfort.  Christophe  est  le  premier  occupant, 
Denis  ne  vient  que  de  longs  siècles  après  lui  s'y  fixer  assez 
opulemmentet  éclipser,  enquelque  sorte,  la  renommée  de  son 
compagnon.  Mais  l'éclipsé  ne  sera  pas  éternelle,  car,  il  faut  le 
reconnaître  aujourd'hui,  Christophe  a  un  peu  repris  le  rang 
qui  lui  appartient  et,  h  son  tour,  Denis  est  descendu  dans 
l'ombie,  pour  ne  pas  dire  dans  l'oubli. 

Cbrislophe  a  sa  légende  (a)  au  canton  de  Itelfort.  La  voici< 
telle  que  nous  la  détaillait,  il  y  a  vingl-huit  ans,  une  bonne 
femme  du  voisinage  : 

Ai  y  uTai  enne  foi  —  ai  y  é      1  11  y  avait  une  fois  —  il  y  a 

binlontemp.bin  lonlemp!!  — -  de  ça  bien  longtemps,   bien 

D  saint  hanno  que  vcgoai  de  longtemps  I  !  —  un  saint  honi- 


(n)  J.  de  Voragine,  Légende  dorée.  Il  (Christophe)  se  voua  après 
ta  coDvcrsiiia,  k  transporter  les  voyageurs  d'une  rive  b  l'autre  d'un 
grand  fleuve.  Un  jour  un  enfant  sollicite  te  passage.  Christophe  le 
prend  sur  ses  épaules,  mais  au  milieu  du  fleuve  il  se  sent  fléchir 
comme  écrasé  par  un  fardeau  accablant.  Quand  il  eut  atteint  le 
bord  opposé,  il  dil  à  l'enfanl  :  n  Tu  m'a  mis  en  grand  danger,  car 
si  j'avais  porté  le  monde  entier  sur  mes  épaules,  il  ne  m'aurait 
point  pesé  plus  lourd  que  toi.  a  L'enfant  répon  I  it  :  «  Ne  l'étonné 
point,  car  lu  as  porté  te  monde  et  celui  qui  l'a  créé. 

Ce  récll  valut  à  Si  Christ,  une  immense  popularité  en  France, 
Allemagne,  Espagne  et  lla|,ie. 


.  Gt>(.:)t^lc 


476 


Té  Lion  chu  le  Rio.  Ai  a'erralé 
tôt  pré  d'enne  petèle  veile 
qu'eu  aipelfti  Arcn'que.Céiai 
JD  Ermile  et  lé  djens  d'Arcn- 
que  djagin  enne  Atre  laoguc 
que  lai  sine,  ça  po  quoi  quai 
l'ain  reuToyie  po  meotre  ai 
Bai  piaice  in  oomé  Morant 
que  vegDai  di  pays  dei  Diaices. 
Not  Ermite,  que  s'aipelai 
Criitof  rcpregnet  le  tchmiD 
de  Lion  et  a  bou  d'eDDcgrande 
djoÎDai  de  merlsche,  e!  airri- 
ïèt  chù  enne  lairdje  revière 
que  u'aivai  pe  de  pon  el  que 
foyai  pesBai  po  entrai  dain  lai 
Telle  quC'tai  de  l'àtre  seul.  Ai 
j  ftÏTai  achi  in  boueba,  que 
B'aipclai  Criste,  et  que  o'oue- 
geal  entrai  dain  l'ave  po  alai 
daio  la  Telle.  Dinlàà,  Crisluf, 
son  gro  bâton  ai  lai  main,  le 
prcgniet  chù  ses  épales  el  le 
poitschel  dain  lai  velle.  Cria- 
tof  V  a  achi  demoïrai,  y  n  fait 
enne  magcnate,  enne  Ischai- 
pèle,  y  a  praylc  bin  des  an  en 
Ermile,  j  a  moue  el  y  l'eut 
enterrai.  Ça  po  quoi  cl  a  deTe- 
gnu  le  Patron  de  Béfoue. 


me.  Tenu  de  vers  Lyon  sur  le 
Rhin.  11  s'arréla  tout  près 
d'une  pelile  TÏlIe  qui  s'appelait 
Allkirch.  C'était  un  hermrte 
et  les  gens  d'AlIkirch  par- 
laient une  autre  langue  que  la 
sienne  ;  c'est  pourquoi  qu'il 
l'ont  renToyé  pour  mettre  à 
la  place  un  nommé  Morand 
qui  Tenait  du  pays  des  glaces. 
Notre  hermite,  qui  s'appelait 
Christophe,  reprit  )e  cbemin 
de  Lyon  et  au  bout  d'nne 
grande  journée  de  marche,  il 
arriTait  sur  une  large  rivière 
qui  n'aTait  pas  de  pont  et 
qu'il  rallail  traTerser  pour 
enlrer  dans  la  Ville  qui  était 
de  l'autre  cdlé.  Il  y  aTaïl  aussi 
un  jeune  gardon,  qui  s'appe- 
lait Christ,  el  qui  n'osait 
ei.trer  dans  l'eau  pour  aller 
dans  la  ville.  Alors  Christophe, 
son  gros  bâton  à  la  mnin,  le 
prit  sur  ses  épaules  et  le  porta 
dans  la  Ville.  Christophe  y  est 
aussi  resté,  y  a  fait  une  petite 
maison,  une  chapelle,  y  a  prié 
bien  des  années  en  hermite, 
y  est  mort  et  y  fui  enterré. 
C'est  pourquoi  il  esl  devenu  le 
Patron  de  Belfort. 
L'histoire  locale  nous  dit  que  dès  l'arrivée  de  Denis,  en  1342 
jusqu'en  1750,  les  deux  Saints  vécurent,  côte,  à  côte,  en  assez 
bonne  intelligence  et  que  si,  en  1756,  des  diflicultée  surgirent 
dans  !e  ménage  commun,  ce  ne  fut  pas  la  faute  des  deux 
Patrons,  mais  le  fait  de  leurs  lieutenants.  Denis,  il  est  vrai, 
fut  toujours  absorbant,  quoique  dernier  venu  au  pays,  ou 
peut-être  parce  que  dernier  venu  ;  tandis  que  Christophe  eut 
la  sagesse  de  se  contenter  de  la  portion  dont  ou  voulut  bien 
lui  laisser  la  jouissance.  En  fait,  Denis  ne  tarda  pas  à  devenir 
le  Patron  des  citadins,  le  protecteur  intéressé  des  paysans, 


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LB  cHAPBAU  DB  ST-CURISTOPHE  KT  t.\  BOURSE  ÙH  âT-DEN[S      i" 

alors  qut!  Christophe  ne  cessa  point  d'èlre  leur  modeste  servi- 
teur. Mais  sa  bonhomie  alla  si  loin  que  citadins  et  paysans 
durent  enfin  prendre  fait  et  cause  pour  Christophe,  néglig<<, 
oublié  en  quelque  sorte,  et  k  propos  d'un  couvre-cbef,  d'un 
toit  dont  la  vétusté  et  les  intempéries  avaient  Tait  une  loque 
absolument  délabrée. 

Christophe  était  venu  au  pays  en  pauvre  pèlerin  et  dans  les 
temps lesplus  sombresduChristianisme.tandisqueDenîsy  fut 
apporté  beaucoup  plus  tard«t  opulemment  installé  par  Jeanne 
de  Montbéliard,  devenue  Comtesse  de  Katzélenbogen,  par  sa 
troisième  étape  matrimoniale.  Sans  doute  il  y  avait  dans  les 
esprits  égalité  parraile  entre  les  deux  saints  au  point  de  vue 
religieux,  mais  en  était-il  de  même  au  point  de  vue  tempo- 
rel? —  Une  simple  question  de  couvfe-chefdevait  suffire  pour 
troubler  profondément  la  circonscription  paroissiale  et  ame- 
ner le  Conseil-Souverain  de  l'Alsace,  siégeant  k  Colmar,  k 
formuler  un  arrêt  qui  mécontentera  les  paroissiens  de  Saint- 
Christophe  et  satisfera  les  bénéficiaires  de  Saint-Denis.  Voici 
donc  la  cause  de  ce  conllit. 

En  1751,  le  chapeau,  ou  toiture,  du  chevet  de  l'église  Saint- 
Christophe,  était  arrivé  h  un  degré  de  détérioration  si  grand 
que  l'on  dut  reconnaître  l'urgence  de  le  remplacer  par  une 
coiffure  neuve,  ou  tout  au  moins,  par  une  grosse  réparation 
de  l'ancienne,  La  dépense  était  assez  importante  pour  éveiller 
les  esprits  et  les  amener  à  poser  la  question  :  à  qui  devait 
incomber  cette  dépense?  —  Les  paroissiens  de  Saint-Chris- 
tophe, qui  étaient  alors  les  habitants  de  Valdoye,  Offemont, 
Cravanche,  Salberl  ainsi  qu'un  certain  nombre  de  Belfortains 
et  surtout  ceux  des  faubourgs,  déclarèrent  qu'elle  incombait 
au  curé  de  la  paroisse,  lequel  n'était  autre  que  le  Prévôt  du 
chapitre,  fondé  par  la  comtesse  de  Katzenellenbogue.  Somma- 
tion lui  fut  fnilc  d'y  pourvoir.  Les  paroissiens  basaient  leur 
demande  sur  les  usages  de  la  Province  et  sur  des  arrêts  du 
conseil  d'Etal  qui  mettaient  k  la  charge  des  curés  l'entretien 
du  chœur  de  l'église  paroissiale  dont  ils  percevaient  la  dhnc. 
Or  l'église  de  Saint-Christophe,  ou  de  Brace,  était,  selon  eux 
et  de  temps  immémorial,  éghse  paroissiale  et,  6  ce  titre,  le 
curé  demeurait  essentiellement  tenu  de  pourvoir  aux  frais 
d'entretien  et  de  décoration  du  chœur,  tandis  que  l'entretien 


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i19  tIfiVLE   D'AU-iACB 

et  la  décoration  de  la  nef  étaient  h  la  charge  (les  paroissiens, 
ou  de  la  fnbriquo.  I^e  Prévôt  et  le  chapitre  de  Saint-Denis  ne 
furent  pas  embarassés  pour  répondre  aux  exigences  des 
paroissiens  de  Saint-Cbristophe:  ils  alli^guèrent  que  depuis 
1342,  ou  la  fondation  de  la  collégiale  et  l'institution  de  son 
Prévôt  comme  curé  de  la  paroisse,  l'i'glise  de  Brace  avait 
perdu  sa  qualité  paroUsiale,  au  profit  de  Saint-Denis  et 
qu'ainsi,  quoique  décimateur  ecclésiastique,  le  curé,  Prévôt 
du  chapitre,  n'avnit  rien  à  fournir  pour  les  réparations  et 
l'entretien  du  chœur  de  Brace,  Engagé  dans  ces  termes,  le 
différend  ne  pouvait  être  résolu  que  par  l'autorité  judiciaire. 
On  dût  y  avoir  recours  sans  tarder,  car  le  chef  de  Saint- 
Christophe  ne  pouvait  demeurer  plus  longtemps  k  découvert. 
Cependant,  on  eut  d'abord  recours  aux  moyens  de  concilia- 
tion, mais  ils  n'aboutirent  pas.  II  fallut  donc  plaider  et  l'on 
arriva  au  Conseil  Souverain,  devant  lequel  les  deux  thèses 
furent  défendues  et  développées  très  amplement.  Dans  son 
mémoire  de  défense,  la  fabrique  de  St  Christophe  soutint  que 
son  église  n'avait  pas  cessé  d'être  l'église  paroissiale  de 
Belforl  ;  que  si  les  fonds  baptismaux  et  le  Saint  Viatique  furent 
transférés  en  ville,  ce  fut  pour  être  en  quelque  sorte  dans  la 
main  du  curé,  sous  le  toit  de  Saint-Denis,  mais  que  cette 
mesure  de  convenance  personnelle  ne  dépouillait  pas  l'église 
mère  de  sa  qualité  d'église  paroissiale.  Le  conseil  de  fabrique 
ajoutait  ; 

«  On  a  toujours  dit  à  Brace  (a)  une  messe  paroissiale,  tous 
les  dimanches  et  fêles,  depuis  Pdques  jusqu'à  la  Toussaint, 
pour  la  commodité  des  paroissiens  externes  ;  on  y  fait,  en 
carême,  le  cnthéchisme  trois  fuis  la  semaine  pour  préparer 
les  enfants  des  paroissiens  externes  h  leur  confession  et 
communion  pascales.  Les  lendemains  de  PAque  et  de  Pente- 
côte, on  y  va  proce^sionellcment  et  le  service  solennel  s'y 
célèbre.  On  y  fait  le  prône,  on  y  offre  le  pain  héni,  on  y  va 
à  l'offrande,  on  y  publie  les  bans,  on  y  pn>che  et  tout  service 
de  paroisse  cesse  en  ville  ;  on  y  célèbre  l'oflice  paroissial  le 
jour  des  morts.  Saint-Christophe,  patron  de  Brace,  y  est  fêté 
dans  toute  l'étendue  de  la  paroisse  ;  la  vigile  et  le  service  du 

(a)  Extraits  dea  pièces  de  procédure. 


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I.B  CIIAI>eAU  DB  ST-OHRISTOPHK  ET  LA  BOL'llSB  DR  ST-DBNIS      i7H 

jour  du  patron,  ainsi  que  l'ofTice  de  la  dédicace,  le  dimanche 
suivant,  se  font  k  Drace  et  tout  service  solennel  et  paroissial 
cesse  en  ville,  au  lieu  que  Saint-Denis,  patron  de  la  collégiale, 
n'est  fèié  que  dans  l'intérieur  de  la  ville,  sans  l'être  dans  le 
reste  de  la  paroisse,  pas  même  par  les  paroissiens  des  fau- 
bourgs situés  devant  la  ville. 

a  11  y  a  dans  Brace  d'anciennes  chapellenies.  Le  Seigneur, 
le  Chapitre  et  le  Magistrat  y  ont  leurs  bancs.  Le  Chapitre  y 
perçoit  les  oITrandes  ;  il  tire  seul  la  nHribulion  qu'on  pnye 
pour  les  Fosses  dans  !e  chœur,  et  il  partage  avec  la  Tahrique 
celles  de  la  nef. 

«  En  un  mot,  hors  les  fonds  baptimaux  et  le  Saint- Viatique, 
il  n'est  aucun  caractère  d'Eglise  paroissiale  qui  ne  se  rencon- 
tre dans  Brnce  depuis  un  temps  qui  excède  toute  mémoire 
d'hommes. 

a  Aussy  est-elle  reconnue  et  qualifiée  pour  telle  dans  le 
pouillé  du  diocèse  et  dans  toutes  les  visites  diocésaines  dont 
les  procès- verbaux  existent,  el  c'est  dans  ce  principe,  qu'en 
1686  M.  l'archevêque  de  Besaufon  a  fait,  contradictoi rement 
avec  le  Magistrat  et  le  Chapitre,  un  règlement  des  droits 
curiaux  relativement  au  service  qui  se  fait  dans  les  deux 
églises  paroissiales,  o 

Le  o  février  4752,  le  curé.  Prévôt  de  la  collégiale,  fournit 
défense  alléguant  de  nouveau  que  l'église  de  Brace  n'était 
plus  paroissiale,  que  la  demande  tendait,  à  (orl,  h  lui  imposer 
une  charge  qu'il  n'avait  jamais  supportée  et  h  laquelle  de 
droit,  il  n'était  pas  plus  tenu  que  ses  codéimateurs  de  la 
paroisse,  M'"*  la  duchesse  de  Mazarin,  les  Sieurs  de  Stnal, 
Klinglin  et  te  curé  de  Danjuutin. 

Celle  défense  continuant,  en  apparence  du  moins,  à  mettre 
en  problème  la  qualité  paroissiale  de  l'église  Saint-Christophe, 
le  Couseil-Soiivorain  ne  crut  pas  pouvoir  se  prononcer  sur  la 
question  sans  entendre  les  codécimateurs  du  curé  el  du  cha- 
pilre  En  conséquence,  il  ordonna,  par  un  arrêt  du  22  juin 
1752,  la  mise  en  cause  des  dits  codécimateurs. 

M""  la  Duchesse  soutient  qu'étant  décimalrice  laïque  elle 
ne  peut  être  tenue  li  rien,  tandis  que  les  autres  dirent  que 
lesdlmes  qu'ils  percevaient  «  étaient  par  leur  nature  exemptes 
de  toutes  charges.  »  Les  habitants  des  quatre  villages,  avec 


izedbyGoOQlC 


4bU  IIEVL'I!    D  ALSACE 

le  Magistrat  Je  Belfort,  restèrent  fermes  sur  le  point  de  fait 
que  Brosse  n'avait  pas  cessé  d'être  leur  église  paroissiale. 

Une  année  avait  passé  en  préparalions  chicanières  et  le  eticf 
de  Saint-Christophe  demeurait  exposé  aux  intempéries  et 
aux  détériorations  qui  s'en  suivent.  Maison  était  prêt,  de  part 
et  d'autre,  h  cmmencer  le  débat  et  ce  fût  le  Magistrat  de  la 
ville  qui,  dans  un  intérêt  de  salubrité,  formula  une  requête 
ur^nte,  concluant  k  ce  que,  provixioneUement,  les  décima- 
teurs  soient  condamnés,  conjointement  ou  séparément,  à 
faire  les  réparations  nécessaires.  Le  Conseil-Souverain  ne 
pouvait  manquer  de  donner  salisfaclion  provisionnelle  aussi 
au  Magistrat,  sauf  à  aviser  ensuite  qui  paierait  les  pots  cassés. 
L'n  arrêt  du  9  mars  1753  condamna  le  chapitre  décîmateur 
ecclésiastique  ;i  faire  réparer  le  chœur,  sauf  à  récupérer,  s'il 
y  avait  lieu,  après  arrêt  définilif. 

Deux  années  de  discussions  et  de  manœuvres  procédurières 
avaient  donc  abouti  h.  ordonner  que  des  mesures  seraient 
prises  par  le  Chapitre  de  Saint-Denis  pour  préserver  désor- 
mais Saint-Chiistophe  du  rhume  de  cerveau  et  de  l'anémie  : 
po  voidjai  saint  Crichelof  die  reuckena  et  de  lai  pieuvre. 
Mais  enfin  l'arrêt  provisionnel  était  rendu  ;  il  ne  restait  plus 
qu'à  se  mettre  k  la  besogne  pour  abriter  convenablement  le 
chœur  de  l'une  des  plus  anciennes  églises,  sinon  dcréglise 
primitive,  du  val  de  la  Savoureuse. 

Il  semble  que  ce  n'était  pas  une  grosse  affaire  que  d'édifier 
une  coiffure  neuve  ou  seulement  de  procéder  au  raffiBlolage 
de  l'ancienne.  Eh  bien  !  l'on  se  trompe  :  le  chapttre  avait  ' 
toujours  négligé  de  se  constituer  une  réserve  qui  lui  permit 
de  faire  face  à  des  besoins  éventuels,  de  sorte  qu'il  fallut 
boursiller  pour  couvrir  Christophe,  fort  honoré  sans  doute 
au  spirituel,  mais  en  ce  moment  i;i  fort  ennuyeux  au  tempo- 
rel. La  plupart  des  chanoines  n'apparaissaient  que  rarement 
nu  chapitre,  dont  ils  se  partageaient  religieusement  i'intigra- 
lité  de  la  dfme,  et  dont  le  Prévôt,  (^uré  de  la  paroisse,  avait 
double  part,  sauf  à  participer  aussi  pour  double  part  dans  la 
dépense.  On  comprend  que  ces  circonstances  n'étaient  pas 
favorables  k  une  prompte  réalisation  des  ressources  néces- 
saires pour  commencer  les  travaux.  Christophe  dut  donc 
patienter,  et  il  patienta  jusqu'à  ce  qu'il  plût  aux  chanoines 


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LB  CHAPEAU  DB  ST-CBQISTOPHE  ET  1^  BOl'RSB  DB  ST-DBMS      481 

de  lui  accorder,  occasionnellement,  une  petite  part  delà  com- 
pétence de  chacun  d'eux.  Or,  la  nouvelle  période  d'altente  et 
de  privation  devait  être  plus  longue  encore  que  la  période 
préparatoire;  commencée  en  janvier  1734,  celle-ci  aboutissait 
ài'arrêt  provisionnel  du  9  mars  1753,  c'est-^-dire  après  deux 
ans  et  deux  mois  de  manœuvres  et  de  discussions  intéressées, 
mais  peu  intéressantes  ;  puis.  Messieurs  de  la  collégiale, 
condamnés  h  faire  les  frais  du  couvre-chef,  sauf  k  les  récu- 
pérer sur  qui  de  droit,  s'il  y  avait  lieu  après  arrêt  défmitif, 
n'eurent  terminé  la  besogne  que  dans  les  premiers  mois  de 
1730,  c'est-à-dire  plus  de  trois  années  après  la  condamnation. 

Ce  n'est  pas  le  délaut  de  ressources  qui  occassionna  ce 
retard  dans  la  marche  des  travaux,  mais  la  difficulté  de  les 
faire  sortir  des  mains  qui  en  disposaient.  Aussi,  dès  que 
l'œuvre  fut  achevé.  Messieurs  les  chanoines  s'empressèrent  de 
mettre  en  demeure  le  Conseil -Souverain  de  dire  »on  dernier 
mot  dans  la  question  dont  il  était  saisi  depuis  près  de  six 
années.  Ce  dernier  mot  fut  prononcé  le  6  juillet  1756  et 
signillé  le  7  août  suivant  par  un  arrêt  condamnant  le  Magistrat 
delà  ville  de  Helfort  à  restituer  au  Chapitre  tous  les  frais  delà 
couvertureduchefdeChristophe, de  l'entretien  et  de  ladéco- 
ralion  de  son  chœur;  et  cela,  a  l'exclusion  de  ses  paroissiens 
des  communes  de  Cravanche,  V;ildoie,  Snlbert  et  OITemont. 

Une  lettre  d'un  avocat  de  Bilfort  h  un  avocat  de  Colmar 
exprime  le  mécontentement  du  Magistrat  de  sa  ville  el  se  livre 
h  la  critique  de  l'arrêt  du  Conseil-Souverain.  Selon  lui,  et 
il  avait  raison,  le  Magistrat  de  Belfort  n'était  pas  en  cause, 
mais  bien  le  conseil  de  fabrique  de  Saint-Christophe  ou  les 
habitants  des  quatre  village»,  de  la  paroisse.  D'un  autre  cAté, 
un  des  cinq  juges  qui  ont  rendu  l'arrêt,  M.  de  Boug,  est  le 
neveu  du  Prévit  du  Chapitre,  intéressé  pour  deux  parts.  A  ce 
litre,  il  aurait  àù  se  récuser  ;  ne  l'ayant  pas  fait,  il  fournit  un 
moyen  décisif  de  cassation. 

Nous  ignorons  si  lo  magistrat  de  la  ville  eut  recours  ii  ce 
moyen,  car  toutes  nos  recherches  aux  archives  de  la  ville  sur 
ce  sujel,  et  beaucoup  d'antres  concernant  son  territoire,  ont 
été  peine  perdue.  Quoi  qu'il  en  soit,  nous  constatons  que  la 
guerre  entre  Saint-Denis  et  Saint-Christophe  de  Belfort  fut 
aussi  une  Guerre-de-Sepl  ans.  i.  Liblin. 


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THÉOPHILE  CONRAD  PFEFFËL 


ESSAI     BIOGRAPHIQUE 


DEUXIEME  l'AUTiE 


L'Œuvre  eo  prose  ((in)  (I) 


LIVRE   IV 


V.  1.  Charlotte  Hellborn  élait  Ja  Htle  d'un  pasteur  du 
Ilolstein  et  d'une  descendante  de  réfugiés  huguenots.  Son 
demi-frf^re,  Gustave  Sommer,  fruit  d'un  premier  mariage  de 
M"*  Hellborn,  interrompant  ses  études  à  Kiel,  g'embarqu&it 
pour  les  Indes  comme  secrétaire  d'un  voilier  danois,  au 
moment  oii  celle-ci  suivait  son  second  mnri  dans  In.  tombe. 
Devenue  orpheline  et  presijue  sans  ressources,  Charlotte 
gagna  d'abord  sa  vie  comme  apprentie  modiste  à  Hambourg, 
puis  comme  femme  de  chambre  chez  Emilie  Woldemar,  fille 
unique  d'un  riche  négociant  de  Copenhague.  Emilie  et  Char- 
lotte deviennent  bientôt  d'excellentes  amies,  au  grand  déplai- 
sir de  In  mère,  femme  orgueilleuse  et  mondaine  qui  n'attend 
qu'une  occasion  pour  congédier  la  dernière.  Celle  occasion  se 
présente  au  bout  d'un  an,  à  la  visite  d'un  jeune  millionoaire 
d'Altona,  Edouard  Osten,  auquel  on  espère  marier  Emilie,  et 


(!)  Voy.  pp.  107  à  lîi,  197  à  Î06,  343  à  3tiî, 


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THÉOPHELB   CONRAD    PrSFFBL  483 

qui  n'a  d'attention  que  pour  sa  suivante,  dont  l'éducation  et 
les  qualités  forment  un  sîn^lier  contraste  avec  ses  humbles 
fonctions.  Mais  Charlotte  a  une  généreuse  amie  qui  lui 
ménage  une  paisible  retraite,  où  elle  peut  se  remettre  h  ses 
travaux  de  modiste.  Osten  vient  l'y  surprendre  par  l'offre  de 
sa  main,  que  l'aimable  jeune  ûlle  n'accepte  que  pour  le 
moment  où  Emilie  serait  mariée,  afin  d'éviterjusqu'k  l'appa- 
rence de  lui  enlever  un  prétendant.  Comme  elle  refuse  aussi 
la  subvention  trimestrielle  décent  thalers  qu'il  veut  lui  faire, 
il  prend  ses  dispositions  pour  que  le  fruit  de  ses  travaux  soit 
aussitôt  acheté  k  bon  prix  et  qu'elle  retrouve  tous  ces  objets 
chez  lui.  Au  bout  de  six  semaines,  Emilie  se  (iance  avec 
Gustave  Sommer,  qui  vient  de  revenir  de  l'tle  de  Ste- Croix, 
où  il  a  fait  fortune,  et  qui  ne  tarde  pas  h  reconnartre  sa  sœur. 
Leti  deux  heureux  couples  se  marient  en  même  temps. 

P.  09.  Lex  Eiclnvet.  Histoire  de  corsaires  et  de  renégats. 
Rosalie  Négroni,  voguant  de  Palerme  vers  Naples  pour  s'y 
marier,  est  enlevée  avec  son  frère  et  son  Hancé  par  un  pilote 
tripolilain,  qui,  par  un  hasard  certes  peu  commun,  se  trouve 
être  le  plus  vertueux  des  hommes.  Si  te  récit  était  authen- 
tique, il  faudrait  avouer  que 

Le  vrai  peut  quelquefois  n'âlrc  pas  vraisemblable 

Malgré  cette  teinte  d'invraisemblance  et  la  banalité  dn  sujet, 
l'honnéleté  et  la  cordialité  du  style  pfeffélien,  qui  embellit 
tout  ce  qu'il  touche,  lui  donne  un  cachet  et  un  charme  inat- 
tendus. Après  une  série  de  péripéties  ou  merveilleuses  ou 
touchantes,  Rosalie  et  ses  compagnons  retrouvent  dans  leur 
martre  Omar  le  frère  de  leur  père  et  par  conséquent  dans 
Sélim,  son  (ils,  qui  les  a  capturés,  leur  propre  cousin. 
Francesco,  frère  de  Hosalie,  se  fiance  avec  sa  ravissante  cou- 
sine Sofana,  et  les  deux  heureux  couples  (comme  dans  le 
récit  précédent)  s'en  vont  ii  la  première  occasion  se  marier  à 
Home  accompagnés  d'Omar,  qui  s'empresse  de  reprendre, 
avec  sa  fille,  la  foi  de  ses  pères. 

LIVRE  V 

P.  1 .  Lettres  de  l'époque  de  la  Terreur.  Ces  douze  lettres 
retracent  l'histoire   du  chevalier  de  Reaumont,   officier  de 


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484  Etavi'B  d'al^^acb 

marine  sous  l'ancien  régime,  et  de  Clémentine  de  Roch«rort. 
orpheline  d'un  fédéré  de  Lyon.  Tous  deux  sont  obligés  de  se 
cacher  pendant  la  Révolution,  lui  comme  soldat  du  train  des 
équipages  puis  comme  secrétaire  d'hôpital  h  DelemoDt,eIle  11) 
comme  ftlle  adoptive  de  la  veuve  qui  la  logeait  et  la  nourris- 
sait. 

Les  jeunes  gens  s'aiment  sous  leur  humble  déguisement, 
sont  brusquement  séparés  par  les  événements  et  se  retrou- 
vent à  Paris  après  le  9  Thermidor,  qui  leur  permet  de 
reprendre  leur  rang  dans  la  société  et  de  s'épouser. 

P.  158.  Waller  de  Géroldseck  tombe  dans  un  guet-apens 
préparé  par  un  méchant  voisin,  qui  le  jette  dans  une  oubliette 
du  chftteau  de  Liitzelhardt,  en  faisant  croire  à  la  femme  et  aux 
fils  de  sa  victime  que  celle-ci  a  péri  sous  le  poignard  des  bri- 
gands. Mais  Walter  parvient  îis'échapp'sr  au  bout  de  deux  ans 
d'une  horrible  captivité  et  réussit  à  se  faire  reconnaflre  de  son 
épouse  après  avoir  été  repoussé  parses  fils  comme  un  impos- 
teur. —  L'épisode  est  emprunté  à  la  Chronique  de  Bernard 
Herzog,  publiée  à  Strasbourg  en  1SÎ92. 

P.  169.  L'enfant  trouvé.  Le  prince  Salomon  de  Géorgie, 
fuyant  devant  le  Schah  SéS,  abandonne  son  fils  unique  k  la 
générosité  du  négociant  arménien  Théodore,  auquel  il  laisse 
ignorer  son  rang,  et  revient  le  chercher  au  moment  oii  .Vlexis 
(c'est  le  nom  de  l'enfant)  va  épouser  la  lille  de  Théodore. 

P.  178  Ewnld  et  Lina.  Encore  une  histoire  d'amoureux, 
dont  les  vœux,  contrariés  par  les  hommes  autant  que  par  les 
événements,  finissent  par  se  réaliser  en  leur  permettant 
même  de  témoigner  leur  graliluJc  envers  ceux  qui  leur  ont 
été  secourables.  Le  lieu  est  le  château  de  Lenzbourg  en 
Thuringe. 

P.  205.  liéiir  et  lédida.  Scénette  biblique  du  temps  de 
Salomon. 


(  I  )  Son  frérc  échappe  aux  masBacres  de  Lyon  el  se  soustrait  aux 
poursuites  en  s'cngageanl  dans  un  régiment  de  cavalerie,  tout 
comme  Joseph  de  Gérando. 


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p.  i.  Ernetline.  Uéveloppement  un  peu  long  et  assez 
semblable  k  ceux  qui  précèdent,  cependant  point  du  tout 
banal,  de  la  Bitualion  d'une  jeune  veuve  qui.de  séjour  dans 
une  ville  d'eau,  est  recherchée  par  deux  prétendants  bien 
difTérenl3  d'esprit  et  d'origine.  Le  contraste  de  ces  deux  natures 
ressort  nettement,  bien  qu'en  général  l'esquisse  des  caractères 
ne  soit  pas  le  cAté saillant  du  talent  de  PfefTel.  Les  person- 
nages sont  trop  uniformément  vertueux  et  ses  portraits  de 
femme  notamment  sont  d'une  simplicité  qui  est  toutà  l'hon- 
neur de  son  entourage,  auquel  ils  les  a  empruntés,  mais 
qui  permet  à  peine  de  les  distinguer  les  uns  des  autres  et  qui, 
surtout,  ne  trahit  pas  une  étude  psychologique  bien  appro- 
fondie. Gervinus  ne  se  fait  pas  faute  de  reprocher  à  notre 
auteur  et  à  son  ami  Jacobi  le  ton  doucereux  et  fademcnt 
sentimental  auquel  ils  ont  accoutumé  leur  cercle  de  lecteurs 
ou  plutôt  de  lectrices.  Car  la  Flora  était  surtout  une  revue 
pour  dames,  presqu'autant  que  l'avait  été  la  première  Iris 
de  Jacobi,  Le  reproche  nous  semble  exagéré.  Chez  Pfeffel  du 
moins,  ce  ton  est  parfaitement  naturel,  il  répond  à  son  senti- 
ment intime,  et  quand  on  y  est  familiarisé,  surtout  quand  on 
a  pénétré  dans  l'intimité  du  poète  et  du  cercle  féminin  qu'il 
sut  créer  autour  de  lui  dans  la  dernière  période  de  sa  vie,  on 
oublie  la  critique  pour  se  laisser  aller  au  charme  de  cette  voix 
toujours  honnête,  profondément  vertueuse, qui  ignore  le  fard, 
les  apprêts  et  les  réticenses  et  vous  transporte  dans  un  monde 
idéal  où,  si  l'on  n'en  sort  pas  meilleur,  l'on  oublie  du  moins 
un  moment  les  misères  du  monde  réel. 

P.  168.  Charité.  Courte  pastorale  écrite  dans  le  goût  du 
temps,  mais  où  rien  ne  blesse  le  nfitre. 

P.  19i>.  Phanor  et  Dina.  Scène  de  la  captivité  de  Baby- 
lone,  avec  reproduction  très  réussie  du  style  et  des  idées 
bibliques. 

LIVRE  Vil 

P.  \.  Henriette  ou  l'enfant  trouvée.  Les  descriptions  que 
Gérando,  Périer,  Jordan  firent  h  Pfeffel  du  siège  de  Lyon  ont 


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486  HEVL'fi  d'alsacb 

dû  bien  impressionner  le  vieil  lard,  pour  lui  fournir  le  a 
Ue  tant  de  scènes  touchantes.  Car  voici  encore  une  nouvelle 
dont  le  point  de  départ  et  le  cadre  sont  fournis  pur  ce  tragique 
«événement.  Comme  les  récits  analogues  qui  le  précèdent, 
celui-ci  a  gardé  pour  nous  tout  son  intérêt  et  sa  fratcheur, 
grAce  à  l'attrait  irrésistible  et  irraisonné  qui  se  dégage  <le 
toute  allusion  aux  grands  faits  et  personnages  historiques, 
surtout  au  fait  capital  des  temps  modernes,  la  Révolution, 
dont  les  suites  réagissent  encore  ai  vivement  et  si  directement 
sur  notre  vie  et  notre  pensée  d'aujourd'hui. 

La  trame  authentique  du  récit  est  founiiu  par  ta  prise  de 
Lyon,  les  excès  qui  en  furent  la  conséquence,  la  fuite  des 
proscrits  sous  divers  déguisemenls,  la  surexcitation  de» 
passions  politiques  el  autres,  jusqu'aux  plus  basses,  l'exploi. 
tation  des  circonstances  par  les  intrigants  inconscients, 
représentés  ici  par  l'ex-capucin  Morant  devenu  prèlre 
constitutionnel,  puis  président  du  comité  de  surveillance 
du  village  où  habite  Henriette  (I)  Dufort  avec  son  vieux  père 
infirme,  vétéran  de  la  guerre  de  Sept  ans,  Celui-ci  est  affecté 
par  les  horribles  nuavelles  venues  de  Lyon  au  point  d'en 
mourir,  laissant  sa  fille  seule  au  moment  où  elle  aurait  le 
plus  besoin  d'assistance,  pour  échapper  aux  poursuites  de 
Horant,  type  de  l'ambitieux  sensuel,  dont  les  événements 
viennent  attiser  le  désir  el  favorise  les  projets.  .\  côté  du  traî- 
tre dont  les  manœuvres  louches  ne  sont  que  trop  bien 
secondées  par  la  propre  servante  d'ilenriclte,  congédiée  après 
la  mort  de  Dufort,  il  y  a  nécessairement  l'honnête  homme  qui 
protège  la  vertu  el  se  dévoue  même  pour  elle.  C'est  le  rAle  du 
voisin  Robert,  qui  est  la  Providence  d'IIenrielte  dans  sa 
détresse,  en  lui  apportant  de  l'argent  et  des  consolations  dans 
sa  prison  de  Lyon,  oii  Morant  l'a  fait  jeter,  parce  qu'elle 
repousse  ses  avances,  et  où  elle  fait  la  connaissance  de  la  mère 
et  des  sœurs  de  celui  qu'elle  finira  par  épouser,  après  avoir 
été  abandonnée  par  son  fiancé  Ménard,  qui  ajoute  foi  aux 


(t)  Ce  nom  est  emprunté  à  relie  de»  Deiie<  de  Berckheim  quifut 
tiinK  ^ig.  Piirier  la  (^rdadc-taiile  du  i'-  préslilent  de  noire 
RépublJi|uc. 


■iritttti 


THÉOPHILE  GOKlUn   l'I^EFFEL  487 

cclomnies  de  Horant.  Nous  laissons  forci^menl  de  côlé  bien 
des  détails  touchants,  surtout  ceux  qui  ont  Irait  a  l'enfant 
Iroiiv**  qu'lleùrielte  recueille  et  soigne  comme  sa  propre  fille 
et  qui  se  trouve  être  la  nièce  de  son  futur  ôpoux.  En  somme 
celle  nouvelle  est  une  des  plus  captivantes  et  des  plus  habi- 
lement exposées,  parmi  toutes  celles  qui  sont  sorties  de  la 
plume  de  Pfeffel.  Nous  en  recommandons  tout  spécialement 
la  lecture  à  ceux  qui  voudraient  juger  par  eux-mêmes  le 
talent  du  narrateur. 

P.  U7.  Réginald  et  Pauline  est  te  titre  d'un  récit  tiré  de 
l'histoire  de  Lorraine.  En  effet,  Réginald  de  Vassy,  garde  du 
corps  de  Charles  le  Téméraire,  est  blessé  au  siège  de  Nancy 
et  soigné  chez  les  Béguines  de  Lunéville  par  une  novice, 
Pauline,  orpheline  d'un  marchand  flamand  ruiné.  C'est 
encore  l'histoire  d'un  amour  conlrarié,  dénouée  par  un 
heureux  mariage. 

LIVRE  VIII 

P.  I.  Lina  de  Sanlen.  Extraits  de  son  Journal  et  de 
diverses  lettres.  Nous  revoici  en  Allemagne.  Le  premier 
fragmetil,  emprunté  au  journal  intime  de  Lina,  nous  trans- 
porte h  Mannheim.  le  14  janvier  1788  ;  le  dernier,  de  la  même 
source,  est  du  30  avril.  Le  récit,  bien  qiie  relativement  long, 
se  trouve  ainsi  resserré  dans  un  laps  de  temps  de  trois  mois 
et  demi.  L'histoire  est  un  peu  plus  mondaine  que  les  autres, 
Lina,  la  fille  d'un  uflicier  recruteur  d'Ileilbronn.qui  est  de 
passage  dans  un  hùtel  de  Mannheim,  y  est  remarqué  par  le 
lieutenant  Charles  de  Dorneck,  que  les  suites  fdcheuses  d'un 
duel  ont  obligé  de  quitter  momentanément  son  régiment  Ji 
Strasbourg,  et  qui  communique  ses  impressions  par  lettre  à 
son  cousin  demeuré  k  Strasbourg.  Le  capitaine  de  Saaien  est 
joueur,  perd  non  seulement  tout  ce  qu'il  a,  mais  encore  des 
sommes  qui  lui  sont  confiées,  et  fuit  en  Hollande,  laissant  sa 
fille  presque  sans  ressources.  Elle  se  réfugie  cach''-^  sous  le 
nom  de  sa  mère,  Roland,  chez  une  modiste,  M<°*  M.iller,  dont 
ta  fille  Frédérique,  devient  son  amie,  et  où  Dorneck  trouve  le 
moyen  de  la  découvrir  pour  lui  avouer  son  amour.  Mais  sa 


famille  veut  le  marier  k  une  IK"*  dePalmfeld.lInepeut  donc 
encore  dévoiler  son  amour.  Dans  ces  conditions.  Lina  remet 
son  oITre  à  des  temps  meilleurs  et  accepte  une  pince  de  lectrice 
chez  M""  de  Sonnenstein  à  Waldingen.  D'ailleurs  elle  n'a  pas 
dis-huit  ans  et  il  n'en  a  pas  vingt-et-un.  On  devine  le  reste; 
plutôt  non,  on  ne  peut  deviner  queDorneck  n'est  qu'un  nom 
d'emprunt,  que  le  vrai  nom  du  lieutenant  est  Sonnenstein, 
que  Lina  gagne  par  sa  seule  présence  l'aiïeclion  de  ses  futurs 
beaux-parents  et  que  tout  finit  par  s'arranger  selon  les  désirs 
des  divers  personnages. 

P.  170.  La  vengeance  fraternelle,  légende  alsacienne. 
C'est  l'histoire  bien  connue  de  Gofitz  et  Sej-rried  de  Lichten- 
berg  et  du  prêtre  Benno,  qui  après  avoir  trahi  GoStz  auprès 
de  Seyfried,  est  obligé  par  celui-ci  de  partager  avec  lui  la 
mort  qu'il  cherche  dans  l'abtrae  au  pied  du  château,  pour 
échapper  aux  tortures  de  sa  conscience. 

P.  183.  Kenan,  C'est  le  nom  du  seul  Israélite  qui  d'après 
la  tradition,  reste  en  Egypte  au  moment  de  l'Exode,  et  dont 
un  descendant  accorda  l'hospitalité  ii  Joseph  et  Marie  fuyant 
devant  Ilérode.  PfelTei  raconte  son  histoire,  qui  est  mêlée  & 
h  celle  de  MoTse. 


P.  1.  Correspondance  d'Agathe.  Trente-trois  lettres  de 
ou  à  Agathe  Léonhard,  fille  d'un  hOtelier  allemand  qui  veut 
la  marier  contre  son  gré.  Elle  finit  par  se  résigner  à  celte 
union,  lorsque  la  mori  subite  de  sa  mère  vient  en  retarder  la 
réali  sation .  Pendant  une  visite  de  quelques  jours  qu'elle  fait 
chez  son  amie  Joséphine,  son  père  se  brouille  avec  le  préten- 
dant, qui  est  congédié,  dès  qu'elle  revient,  et  remplac  é  dans 
lecneiir  d'Agathe  par  Charles,  le  frère  de  Joséphine,  nommé 
b  ailli  dans  le  voisinage.  Léonhard  surprend  des  signes  de 
c  ette  inclination  et  juge  le  moment  veau  de  révéler  h.  Agathe 
qu'elle  n'est  pis  sa  fille  et  qu'il  d'sire  l'épouser  lui-même. 
Epouvantée  d?  cette  perspective,  la  jeune  fille  s'enfuit  dans 
la  nuit.  En  route  elle  fait  la  renc  ontre  (par  trop  miraculeuse.) 
de  sa  véritable  mïre  qui  lui  révèle  son   vrai  nom  de  Léopoldine 


CONRAD    PFEFFBL  489 

et  toute  son  origine.  Cette  mère,  orpheline,  à  seize  ans  d'un 
secrétaire  de  chancellerie  viennois,  et  trompée  par  nn  simn- 
laci-e  de  mariage,  se  laisse  séduire  par  un  oITicicr  véronais, 
de  Bonaldi,  qui  l'abandonne  au  bout  de  deux  ans.  Elle  en 
devient  folle  et  c'est  alors  que  son  enfant  est  recueillie  par 
Léonhard  qui  avait  joué  le  rôle  de  témoin  dans  la  cérémonie 
nuptiale  simulée,  et  dont  la  mère  guérie,  après  trois  ans, 
cherche  en  vain  les  traces  de  Vienne  &  Munich. 

Par  contie,  elle  rencontre  dans  celte  dernii^re  ville  une 
tante,  dont  elle  savait  ii  peine  l'existence  et  q^ii  lui  lègue  en 
mourant  la  petite  propriété  où  Agathe,  devenue  désormais 
Léopoldine,  trouve  dans  sa  fuite  un  refuge  si  inespéré.  Le 
merveilleux  déborde  partout  :  une  bataille  est  livrée  dans  le 
voisinage  et  le  colonel  Bonaldi,  grièvement  blessé,  est  trans- 
porté chez  le  bailli  Charles,  auquel  il  se  fait  connaître  en  lui 
dictant  son  testament  en  faveur  d'Agathe,  et  qui  lui  apprend 
l'existence  de  cette  lllle  qu'il  désespérait  de  retrouver.  11 
meurt  en  mariant  Charles  et  Agathe. 

1*.  118.  La  harpiste  nous  reporte  au  moyen  Age  alsacien. 
Albert  de  Lùtzelbourg,  fiancé  à  Hélène  de  Landscron,  est 
parti  pour  l'Italie  avec  Reinold.  son  futur  beau-frère,  et  oublie 
ses  serments  auprès  d'une  belle  et  astucieuse  Romaine. 
Hélène,  prévenu  par  son  frère,  essaied'oublier  l'infidèle  au  cou- 
vent. Mais  ce  couvent  n'est  qu'une  retraite  temporaire  et  non 
le  tombeau  de  la  vie;  c'est  le  cloître  noble  d'.\niJlau,  dont 
l'abliesse,  Berlrade,  est  la  tante  d'Hélène  ;  et  d'oii  cette  dernière 
peut  ressortir, lorsqu' Albert  repentant  vient  lui  demander  son 
pardon.  Elle  le  lui  accorde  après  avoir  mis  sa  sincérité  à 
l'épreuve  en  allant  l'observer  elle-même  au  chAteau  de 
Lutzelbourg  sous  le  déguisement  d'une  harpiste  ambulante. 
D'où  le  titre  du  récit. 

1'.  150.  A'Ieline.  Cette  nouvelle  nous  est  présentée  sous 
In  forme  d'un  petit  drame  en  douze  scènes  el  nous  introduit 
également  dans  un  couvent,  où  Adeline  de  Schœnau  se  réfu- 
gie pour  échapper  à  un  mariage  auquel  son  beau-père  veut  la 
contraindre.  Elle  a  été  fiancée  b  .Adolphe  d'Helmar,  Jeune  offi- 
cier hollandais  parti  pour  le  Cap  et  dont  on  lui  a  conOroié  la 
mort.  Mais  cette  nouvelle  est  fausse,  et  il  vient  la  retirer  du 
couvent  dès  le  lendemain. 


490  RBvuB  d'alsace 

1'.  171.  La  grotte  de  Crolone.  Scène  de  l'expulsion  des 
Pythagoriciens  par  lu  tyran  Cylon.  L'un  deux,  Agénoi-, 
retrouve  miraculeusement  son  amante  Zoé  dans  la  grotte  qui 
avait  servi  de  rclraite  it  Pythagore  méditant  sursa  philosophie. 
Celui-ci  accourt  de  Métaponte  à  Tarente  pour  bénir  l'union 
de  son  disciple  favori  avec  la  fille  de  son  meilleur  ami . 

CONCLUSION 

Si  aprèslarevuedecesdivers  récils, revue  sommaire  sansdou- 
le,mais  cependant,  croyons-nous,  complète  en  ce  sens  que  nous 
nous  flattons  de  n'y-avoir  rien  omis  d'essentiel  et  d'y  avoir 
réuni  les  matériaux  d'un  jugement  raisonné  sur  le  talent  nar- 
ratif et  descriptif,  ainsi  que  sur  le  style  de  notre  auteur,  si, 
dis-je,  nous  essayons  de  formuler  ce  jugement,  en  analysant 
l'impression  esthétique  que  la  lecture  des  Nouveilex  produira 
sur  l'esprit  d'un  lecteur  de  notre  temps,  nous  aurons  ù  faire 
la  part  de  l'éloge  comme  de  la  critique. 

Répondons  d'abord  aux  exigences  de  cette  dernière  cl 
avouons  que  le  plan  en  est  trop  uniforme  et  Irop  simple,  que 
le  merveilleux  et  l'invraisemblable  y  jouent  un  rùle  trop 
marqué,  que  la  plupart  des  caractères  ne  sont  pas  creusés  et 
onlun  trop  grand  air  de  famille,  surtout  les  types  féminins  ou 
plutôt  le  type  féminin  —  car  nous  n'en  voyons  guère  qu'un, 
qui  est  charmant,  il  c^l  vrai,  mais  Unit  par  lasser  eu  se  repro- 
duisant constamment.  Tout  au  plus  pourrait-on  distinguer  le 
type  de  la  jeune  fille,  de  la  mère,  de  l'épouse  et  de  la  veuve. 
En  un  mol  du  tout  se  dégage  une  conception  naïve  de  la  vie 
et  de  l'art  ;  les  NouveUex  nous  transportent  dans  un  monde 
enfantin,  inachevé,  celui  d'un  infirme  qui  n'entre  en  contact 
avec  la  réalité  que  par  l'intermédinire  de  cœurs  amis  habiles 
H  ménager  ses  nerfs  et  son  impressionnabilité. 

Kt  voilîi  le  secret  de  la  vogue  qu'elles  ont  eue  auprès  des 
femmes,  qui  y  ont  retrouvé,  comme  peut-être  nulle  part 
ailleurs,  leur  manière  particulière  d'envisager  et  de  compren- 
dre la  vie,  leur  tendance  à  juger  les  hommes  et  les  choses  par 
leur  petit  côlé  et  sous  un  angle  étroit;  leurs  instincts  de 
compassion  et  de  dévouement  y  ont  aussi  trouvé  une  ample 


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THÉUPUILE  CONRAD    PFEKFEL  491 

satisfaction,  leur  psychologie  rudimcntaire  et  leur  logique 
capricieuse  ne  s'y  sentaient  pas  moins  k  l'aise,  enfin  les 
invraisemblances  et  les  excès  de  merveilleus  qui  nous  cho- 
quent ont  dû  au  contraire  les  attirer  et  les  flatter.  Partout 
d'ailleurs,  elles  se  retrouvent  enire  elles,  dans  leur  monde 
d'amour,  de  charit<^,  de  sacriQce;  les  personnages  masculins 
ne  font  qu'y  passer,  ne  servent  pour  ainsi  dire  que  de 
repoussoir,  n'agissent  que  dans  la  mesure  indispensable  et 
que  dans  leurs  rapports  avec  la  femme,  comme  amants  ten- 
dres ou  odieux,  comme  époux  dévoués  ou  tyranniques,  comme 
pères  affectueux  ou  chagrins. 

Mais  à  cûté  île  ces  ombres  —  ombres  subjectives,  si  l'on 
veut  nous  permettre  l'alliance  de  ces  deux  mots,  qui  s'éton- 
nent sans  doute  d'être  unis  —  que  de  gracieuses  cchappées, 
que  de  ravissants  coups-d'œil  dans  ces  frais  tableaux  !  A  c<!)t<^ 
de  ces  faiblesses  —  infirmités  de  malade  et  inexpérience  de 
solitaire  ^  quelle  droiture,  quelle  candeur,  que  d'enseigne- 
ments profonds  et  utiles  !  l'feffel  ne  connaît  ou  du  moins  ne 
révèle  la  connaissance  que  d'un  calé  de  la  vie  et  du  cœur 
humain  imaîs  ce  côté  spécial,  comme  il  le  dévoile el  l'éclairé! 
On  prend  plaisir,  api-ès  un  premier  moment  de  surprise,  à 
vivre  dans  ce  cercle  choisi,  honnête  et  compuiissanl,  à  respi- 
rer cette  atmosphère  saine  et  vivifiante,  au  sortir  de  notre 
morbide  lin  de  siècle  qui  exhale  la  décomposition  d'une 
littérature  naguère  si  ilorissantc,  et  qui  trahit  la  décadence 
d'un  grand  peuple.  Combien  ces  Nouvelle»  mériteraient  de 
passer  dans  notre  langue,  si  pauvre  en  productions  simples, 
et  naïves,  capables  d'élever  le  cmur  de  la  jeunese  vers  un 
idéal  haut  placé,  de  lui  inspirer  des  sentiments  virils  et  des 
aspirations  généreuses,  alors  que  tant  de  publications  autour 
de  nous  travaillent  à  la  dégrader,  en  flattant  son  égolsme  el 
sa  vanité,  en  lui  préchant  la  basse  satisfaction  de  toutes  ses 
passions. 

PfefTel  aurait  certainement  réussi  en  français  comme  il  a 
réussi  en  allemand,  et  nous  ne  pouvons  qu'exprimer  notre 
vif  regret  de  ce  qu'il  ji'a  pas  cru  devoir  s'y  essayer.  Les  solli- 
citations ne  lui  ont  cerlainemenl  pas  manqué  de  ce  côté;  car 
il  comptait  dans  les  lettres  françaises  plus  d'un  ami  qui 
partageait  l'avis  de  Marmontel  adressant  à  Pfeffel  du  fond  de 


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492 


RBVUB    D  ALSACB 


sa  relraite  d'Abbeville  (Eure),  le  i"  février  1793,  cel  éloge 
qui  n'est  pas  un  vain  compliment  :  «  Votre  lettre  m'annonce 
une  plume  exercée,  et  celui  qui  écrit  fii  purement  et  si  élé- 
comment  le  franjais,  doit  le  bien  traduire  »  H). 

L'auteur  des  Contes  moraux,  de  Bélisaire  et  des  Incax 
n'exagérait  rien  en  disant  cela,  la  correspondance  de  PfefTel 
nous  le  prouvera. 


(^1  suivre). 


Th.    Schikll 


(1)  Voir  la  lettre  entière  dans  tpt  Souvenirs  biographiques 
conaacréa  par  Mme  Hcck-Bernard  à  son  arnèrc-grand-përe 
(Lausanne,  lS(i6). 


LA  VIE  A  STRASBOURG 

commencement  du  XVII^  siècle 

Suite  H) 


CHAPITBE  CINQUANTE-NEUVIEME 
De  la  sage-femme 

Que  faut-il  a  nostre  voieine,  qu'elle  enlle  h.  veue-d'œil  de 
jour  k  autre?  Auroil-elle  bien  l'hydropisie?Ce  aeroit  dommage. 

Bien  prèsl  c'est  une  enneurc,  qui  se  passera  plus  aisément 
h  t'aide  de  Dame  Elisabeth, quedu  docteur. Vous  estes  encore 
bien  de  vostre  pays,  ne  voyez-vous  pas  qu'elle  est  enceinte  ou 
grosse  d'enfant? 

Je  ne  pensois  pas  que  ce  pust  estre  cela,  h  cause  qu'il  y  a 
desja  six  ans  qu'elle  est  en  mariage  sans  devenir  grosse, 
mais  est  demeurée  stérile  Jusques  icy. 

Ceik  n'est  rien  de  nouveau.  J'ay  une  coueine,  qui  est 
enceinte  du  premier  enfant,  bien  qu'il  y  aye  desjà  dix  ansi 
qu'elle  est  mariée. 

Comment  s'appelle-elle  ? 


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494  REVUE  d'alsacb 

Vous  la  cognoissiez  très  bien.  C'est  la  cousine  Geneviève 
qui  (l<;meure  auprès  de  la  Honlée  des  Chate  (I). 

Il  n'y  a  toutesfois  guère  d'apparence  qu'elle  aye  quatre 
pieds  (Icins  deux  souliers  (2). 

Si  esl-ce  qu'elle  ne  conte  plus  :  car  il  y  a  quinze  jours 
qu'elle  asseura  une  sage-femme,  et  me  dit,  en  retournant  de 
chez  elle,  qu'elle  n'avoit  plus  que  douze  jours  de  terme.  Elle 
ne  conte  plus,  son  mari  attend  k  chasque  heure  qu'elle  crie 
les  petits  pastez,  et  face  pieds  neuTs  (3).  Ils  ont  desjà  au  logis 
la  selle  à  accoucher,  de  In  chair  fresche,  de  l'eau  de  lys 
blancs,  un  cuveau  II  bain,  uae  esponge,  et  la  boSette  au 
castoreum.  Le  berseau  n'est  pas  encore  fait,  mais  le  menuisier 
le  doit  aujourd'huy  achever.  (Juant  au  reste,  il  est  tout  prest, 
la  paillace  remplie  de  paille  un  baie,  uu  bien  de  menuiis  rabo- 
teures,  k  la  mode  du  pays,  les  coussinets,  maillots  et  la 
bandelette  avec  le  cercle. 

Qui  est-ce  qui  lèvera  l'enfant  ? 

Je  ne  sçaj ,  si  ce  n'est  moy  :  car  il  y  a  longtemps  qu'ils  m'en 
font  tous  deux  la  feste,  et  disent  que  puis  que  ie  fay  tant  de 
bien  à  mes  lilleuts  et  filleules,  qui  ne  sont  pas  mes  parens, 
ils  ne  veulent  point  d'autre  marraine  que  moy  pour  leur  pre- 
mier enfant:  ni  d'autre  parrain  que  mon  mari  pourte  second; 
car  ce  n'est  pas  la  coustume  en  ceste  ville,  que  le  mari  levé 
un  enfant  avec  sa  femme  (4). 

D'où  vient  cela  1 

C'est  un  reste  de  superstition  venue  de  l'Eglise  de  ceux. 


(1)  Le  Katsemteg  élaîl  un  poni  jeté  sur  le  canal  du  Khin  qui  se 
détache  du  fleuve  en  amont  du  pelil  poot  du  Rhin  el  rejoint  l'Ill 
en  plein  Strasbourg.  Il  a.  été  comblé  peu  de  temps  après  ia  guerre 
et  forme  auj.  larae  de  Zurich.  De  sinialreB  légendes  se  ratlachaieat 
à  ce  iiuarlicr  de  la  ville  ainsi  qu'à  la  vieille  tuur  ^ui  se  dressait  a 
l'angle  dii  quai  el  qui  a  disparu  également.  (Pilun  II  14.  Sevbolh 
Alte  SlrassbgSi;!). 

(2)  Dois  sie  mil  vier  Fàixen  um  den  llerd  heram  gehe. 

(3)  Dots  sie  xerfallen  oder  eu  hauffen  fallen  solle. 

(4)  Cette  défense  a  été  faite  par  le  concile  de  Majcnce  813.  Voir 
pour  plus  de  détails  l'étude  de  l'abbé  î.  Corblet  :  Parrains  et  mar< 
raines  (dans  Hevue  de  l'art  chrétien  )88t)  el  à  part:  Paris,  J. 
Uaur,  1881,  iu-8°48pp. 


L.\   VIE    A   STRASBOURG  495 

qui  en  font  une  parenté  spirituelle,  et  tiennent  pour  inceste 
l'habitation  et  le  mariage  d'un  compère  avec  sa  commère,  A 
pi-opos  de  quoy  ie  vous  raconteray  combien  servit  ccste 
doctrine  à  une  grande  putain  nommée  Krédégonde.  Les  histo- 
riens racontent  qu'un  Roy  de  France  nommé  Chilpéric  ou 
plutost  Hilprich  (ou  IlUffreich,  c'est-k-dire  Riche  en  secours) 
estant  en  voyage,  la  Reine  accoucha  d'une  fille,  laquelle  la 
pauvre  simplette  tint  sur  les  fonts,  par  l'induction  des  ecclé- 
siastiques corrompus  par  la  dicte  Krédégonde,  qui  estoit  une 
belle  courtisane,  rusée  au  possible,  dont  le  Roy  se  servoit. 
Celi  fait,  et  le  Roy  de  retour  en  cour,  les  gens  d'Eglise 
l'avertissent  de  ceste  parenté  spirituelle,  et  lui  remonstrant 
l'inceste,  qu'il  commeltroit  s'il  avoit  charnellement  à  faire 
avec  la  Reine,  luy  conseillent  par  mesme  moyen  d'en  prendre 
une  autre,  et  luy  annonçant  la  Une  Frédégonde,  de  laquelle 
sans  cela  il  estoit  coëfTé,  ou  embeguiné.  Ainsi  fut  la  simple 
Dame  désarçonnée  et  recluse  en  un  monastère  :  et  la  fine 
matoise  ayant  heureusement  ioilé  au  boute-hors  ou  \  vostre 
place  me  plail,  fut  mise  en  son  lieu,  mais  comme  une  peste 
mortelle  en  la  Maison  Royale;  car  le  Roy  estant  un  matin 
entré  en  sa  chambre,  et  l'ayant  doucement  frappée  d'une 
houssiné  sur  la  teste,  comme  elle  se  peignoit  et  avoit  les 
cheveux  espars  sur  les  yeux,  la  fausse  femme  pensant  que  le 
Roy  fut  desjîi  allé  à  la  chasse,  et  que  ce  fust  son  estallon 
Landri  (ou  Landreich,  c'est-à-dire,  riche  en  pays),  qu'elle 
entretenoil  secrètement,  dit  :  0  Landri  Landri,  tout  bon 
cavalier  frappe  (on  attaque)  par  devant,  et  non  pas  par 
derrière  (1). 

Que  dit  le  Roy  la  dessus  ? 

Rien  du  tout:  car  la  Reine  s'estanl  retournée  et  devenue 
muette  d'estonnement,  le  Roy  le  devint  aussi  de  colère,  et 
après  un  hochement  de  teste,  pour  secouer  ses  cornes  en  bas; 
il  s'en  alla  k  la  chasse,  plus  to^t  pour  penser  aux  moyens  de 
prendre  et  chastier  convenablement  les  adultères,  que  le 
gibier  ordinaire.  Mais  Frédégonde  ayant  adverti  de  bonne- 
heure  son  Landri  du  Qui-pro-quo,  qui  leur  cousleroit  la  vie, 

(1)  Ce  réi^il  est  tout  à  fait  fantaisiste.  Grégoire  de  Tours  (liv.  VI) 
n'en  parle  pas. 


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496  -  HBVUB  d'alsacb 

s'il  ne  prevenoit  le  Roy,  il  apposta  en  haste  des  assassins, 
qui  masâaci'èi'ent  le  misérable  Ililpérik  en  un  lieu  escarlé,  et 
dénué  de  secours,  contre  la  significalion  de  son  nom. 

Muis  pour  en  revenir  k  nos  moutons.  Qui  est-ce  qui  fournit 
la  lavayole  (l),  et  le  beau  lange  avec  quoy  on  porte  l'enfant 
k  l'Eglise  ? 

La  sa^e-femme,  si  les  gens,  qui  font  la  nopce  de  paille 
(comme  on  l'appelle  icy),  n'en  ont  point. 

Je  plains  ma  bonne  cousine,  si  elle  a  autant  de  peine,  que  sa 
sœur  il  allaicler  son  enfant.  Sesmammelles  (ou  poictrines)  se 
sont  endurcies  comme  pierres  enflammés,  cl  fenduSs  de  sorte, 
que  l'enfant  teltant,  le  pur  sang  en  sorloit  avec  une  douleur 
extrême.  Par  ainsi  elle  a  esté  contrainte  de  le  sevrer,  et  de 
luy  donner  à  boire  de  l'eau  avec  une  tulcrolle('Z.K//A:(F7in- 
lein),  dans  quoy  estoient  dissoutes  des  tablettes  de  manus- 
Christ. 

Selon  que  ie  puis  iuger  à  ses  bouts,  que  i'ay  veus,  elle  ne 
tombera  pas  en  cet  inconvénient. 

tjue  vous  semble  de  vostre  nifpce,  qui  crache  de  travers, 
et  est  desgouté  ?  Voudroit-elle  bien  multiplier  le  monde,  ceste 
jeune  femmelette  avec  son  vieux  mnri  ? 

Elle  a,  sans  doute,  beu  ri  la  bouteille.  Son  homme  n'est  pas 
si  vieux,  que  vous  scauriez  bien  dire  :  outre  cela  on  dit  en 
allemand,  un  vieillard  et  une  jeune  femme  font  asseure- 
menf  des  enfant. 

Vous  en  appercevez-vous  d'aujourd'huy?  Elle  est  k  plus  de 
demi-terme,  et  a  fait  auparavant  une  desnharge. 

0  que  le  bon  vieillard  seroit  resjouy  si  elle  accouchoit  d'un 
gardon  ou  fils. 

Vous  le  pouvez  bien  penser,  puisqu'il  traictoiten  princesse 
sa  première  femme  en  ses  couches,  ou  durant  sa  gésine  : 
bien  qu'elle  n'aye  iamais  fait  son  chef-d'œuvre,  mais  toutes 
fillettes,  qu'en  France  on  appelle  Pisseuses,  mi  compagnons 
fendus  (2). 

C'est  un  fort  bon  homme  &  femmes:  les  poulus  boQilIeg  ne 
luy  manqueront  point,  et  deussenl-elles  renchérir  de  trois 

(1)  Taufftuch. 

(ï)  Die  man  FeiverOlaaen.  Schlil:gabetn  unnd  dreif  Ifeller 
X  ahr  heUsI. 


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LA   VIB   A    STIIASBOL'HO  497 

schillings  sur  pièce,  et  coueterun  florin.  Elle  n'aura  qu'à  dire. 
Bouche,  que  veux-tu  ?  Quand  son  terme  sera  proche  ou 
passé,  il  demeurera  de  pied  ferme  en  la  maison,  pour  tuy 
assister,  lors  que  les  douleurs  d'enTantemenl  seront  vernies, 
et  qu'elh  sera  en  travail  d'enfant,  et  iors  on  le  verra  de  fois 
h  autre  se  retirer  en  une  chambre  Ji  part  pour  prier  Dieu  de  la 
vouloir  bien  tost  et  heureusement  délivrer.  Une  pauvre 
femme  estant  en  ces  angoisses,  a  grand  besoin  d'aide  Divine 
et  humaine  :  c'est  pourquoy  l'Escriture  Saincte  parlant  d'une 
extrême  douleur,  l'accompare  à  celle  de  l'enfantement.  Cause 
qui  m'a  cent  et  cent  fois  fait  esmerveillir,  moy,  qui  ay  si 
souvent  passée  par  les  piques,  et  ay  tant  de  fois  esté  assise 
sur  la  selle  d'angoisse,  comment  ces  pucelles  a  In  mode  (qui 
font  de  si  petits  enfants,  qu'ils  ne  scavent  encore  ni  marcher 
ni  parler)  se  peuvent  délivrer  et  accoucher  toutes  seules, 
sans  aide  pu  consolation  d'aucune  personne.  Il  est  à  présu- 
mer, et  vrny  semblable,  que  l'Esprit  immonde,  qui  les  a 
induit  k  fcire  des  membres  d'une  paillarde  de  leur  corps, 
qui  doit  eslre  le  Temple  de  Dieu  le  Sainct  Esprit,  leur  presta 
la  main  :  alln  que  ces  filles  dessillées  en  estans  eschappées  îi 
la  sourdine  et  h  la  desrobbée,  deviennent  aussi  par  après 
(comme  tlères  lionnes  desnaturées)  bourrelles  damnnhles  de 
leur  misérable  fruict,  qui  las  I  n'en  peut  mais.  En  suite  dequoy 
la  vengeance  divine  les  saisit  au  collet,  pour  les  tirer  sur  un 
eschaffaut,  afin  de  rendre  sang  pour  sang  par  la  perte  de  leur 
teste:  ou  bien  faire  la  culbute  du  haut  en  bas  du  pont  des 
Escorcheurs  (i)  en  la  rivière,  pieds  et  mains  liez,  avec  un 

(1)  La  SchiDdsbruck  auj.  P*  du  Corbeau  s.  139  lire  son  nom 
allemand  du  fait  qu'il  aerrut  de  lieu  d'exécution  pour  les  crimi- 
nels condamnés  h  être  noyés.  Jadis  il  j  avait  d'uu  côté  quelques 
maisons  adossées  contre  la  Douane  et  vis-A-vis  des  cassines, 
occupées  plus  lard  par  des  boutiquiers,  dont  la.  partie  de  derrière 
reposait  sur  des  pilotis.  L'une  de  ces  caasinea,  servait  alors  de 
chapelle  où  les  pénitents  faisaient  lejrs  prières  devant  une  très 
belle  croix,  arlislemcnt  sculptée  qui  se  dressait  sur  le  pont  ;  dans 
l'autre  qui  portait  le  nom  de  Scheuchkaut,  on  plaçait  les  con- 
damaÉB  a  mort  dans  un  panier  suspendu  au-dessus  de  h'  ilviëre  et 
auquel  on  faisait  faire  la  bascule  pour  précipiter  le  condumné  dans 
l'eau.  Dans  notre  ancienne  législation  ce  supplice  était  réservé  aux 
parricides  et  aux  infanticides  que  l'on  jetait  dans  l'Ill  après  les 


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bâillon  en  la  bouche  :  comme  i'en  vis  noyer  une  en  ceste 
ville  l'an  (si  ie  ne  me  trompe)  mille  six  cens  dix  sept  ou  dix 
huict.  Que  si  la  longue  patience,  el  inépuisable  misi'ricordede 
l'Oeil  tout-voyant,  permet  qu'un  te!  fait  demeure  cacbé 
devant  le  monde,  ces  carognes  font  bonne  mine  en  mauvais 
jeu,  se  disent  pucelles  triées  sur  le  volet,  el  à  l'espreuve, 
bien  qu'elles  ayent  pissé  des  os  (1),  portent  la  couronne 
virginale  en  allant  aux  nopces,  et  morguent  les  mesdisans  : 
tellement  qu'un  pauvre  malheureux  s'embarquant  h  yeux 
clos,  et  teste  baissée  sur  l'Océan  du  Mariage  avec  une  telle 
pièce  de  chair,  el  pensanl  passer  Is  première  nuict  au 
destroict  de  Gibraltar,  se  trouve  ietté  dans  les  basses  de 
Hollande  (c'est-k-dire,  pays  creux)  et  de  Va  en  un  large  pays, 
qui  est  la  route  ordinaire  de  Cornoflaille. 

Parlons  (l'autre  chose,  H'amie:  Ce  discours  m'est  ennuyeux. 

Hé  pourquoy  ? 

Parce  qu'il  me  gratte  où  il  ne  me  dt^mange  pas,  en  me 
ramentevant  la  lourde  faute  de  ma  nièpce  N.  qui  sous  pm- 
messe  de  mariage  s'est  laissée  abuser  et  engrossir  par  un 
Escolier:  mais  le  vilain  putier  a  bien  monstre  qu'il  enten- 
doit/e  mariage  de  Jean  des  Vignes,  tant  tenu  tant  payé: 
Car  ayant  emprunté  de  la  pauvre  sotte  un  pain  sur  la  fournée, 
il  a  pris  la  clef  des  champs,  comme  c'est  l'ordinaire  de  tous 
mauvais  garnemens. 


avoir  cousus  lout  Tivants  dans  un  sa  ;  ;  les  femmes  c< 
d'adultère  aubissuient  également  celle  peine.  Au  XVI*  siècle 
l'adultère  était  puni  pour  la  première  fois  de  quatre  semaines  de 
prison,  au  paiu  et  à  l'eau  et  d'une  amende  de  cinq  livres  pfen.  ; 
la  seconde  fois  la  punition  était  doublée,  le  coupable  ne  pouvait 
plus  être  élu  à  aucun  emploi  public,  el  s'il  en  avait  un,  il  en  était 
dépossédé  ;  aux  femmes  il  élail  interdît  de  se  présonler  au\  ba1«, 
noces,  festins  el  en  toute  honorable  réunion  publique  aux  poêles 
des  diverses  tribus,  comme  aussi  de  porter  des  vêtements  en  soie 
et  des  panires  en  or.  La  troisième  fois  ils  étaient  incarcérés, 
exposés  sur  le  dit  ponl  el  transportés  bors  du  territoire  de  la  ville 
el  de  l'évécbé  ;  le  condamné  qui  y  revenait  sans  l'aulorisaliou  du 
Magistral  était  décapité  si  c'était  un  homme  ;  si  c'était  une  femme 
on  la  uovail  du  haut  de  ce  ponl.  (R.  Reuss.  La  justice  criminelle... 
h  Strasbourg,  p.  Sfl8-9). 
(1)   Wieirol  aie  ein  /tuff'eiten  abgerennet  kaben. 


LK  VIS   A   STRASBOURG  499 

Comment  est-ce  que  ces  rusées  font  pour  cacher  leui^ gros- 
sesse, que  leurs  mères  mesmes,  beaucoup  moins  les  gens  de 
la  rue,  n'en  npperçoivenl  rien?  tellement  qu'il  arrive  par 
fois  qu'une  mariée  réputée  puceile  :  et  allant  h  l'Eglise  avec 
le  turban  virginal,  accouche  le  lendemain,  el  mesme  le  jour 
de  ses  nopces. 

Elles  font  des  bourrelets,  qu'elles  grossissent  par  derrière 
h  mesure  que  le  ventre  croisl,  jusques  à  tant  qu'elles  ressem- 
blent k  des  tours  rondes.  Quand  donc  vous  voyez  de  ces  gros 
culs  ù  courts  habits,  et  un  visage  maigret  et  décoloré,  sachez 
que  la  vache  est  preste  k  veeler,  ou  ie  n'y  entends  rien.  Les 
dames  et  demoiselles  fran^oises  (car  sachez  que  chaque  pnys 
a  ses  villaines)  aroient  à  ceste  mesme  fin  inventé  les  vertu- 
gadin»!  (Reiffschûrls). 

Dien  que  ie  ne  puisse  nier  quece  fait  de  vosire  niepce  ne 
soil  une  tache  ternissant  le  lustre  de  vostre  honorable  race  ; 
ioutesfois  il  ne  vous  en  faut  pas  beaucoup  afiliger  ou  avoir 
honte,  puis  que  les  Empereurs,  Kois  el  Princes  n'en  sont  pas 
exempts  :  lesmoing  ce  grand  Empereur,  qui  voyant  ii 
Nuremberg  [comme  i'ay  entendu  de  plusieurs)  une  eacritare 
de  ceste  teneur,  Cetuy,  i/ui  n'a  putain  ni  larron  en  sa  race, 
avance  icy  namain,  et  l'escriture  eff'ace,  se  voulut  mettre  en 
devoir  de  l'effacer,  mais  il  en  fui  destourné  par  un  seigneur 
il  luy  familier,  qui  luy  chuchetant  en  l'oreille,  luy  rameutent 
la  faute  d'une  sienne  tante  ou  cousine  (car  le  mot  allemand 
signilie  tant  l'une  que  l'autre)  qui  avoit  fait  la  folie  aux 
gardons. 

Changer  de  propos  resjouït  l'homme,  (disent  les  François). 
Et  les  femmes  aussi,  ainsi  que  ie  l'expérimente  en  moy-mesme 
el  en  d'autres.  Car  quand  ie  suis  moy  troisième  ou  quatrième 
sur  nostre  banc  devant  la  porte,  ou  ailleurs  en  lieu  lenable, 
où  il  ne  face  ni  trop  froid  ni  trop  chaud,  l'enfileun  discours 
bigarré  de  cent  diverses  couleurs,  sautant  du  coq  h  l'asne  à 
chasque  bout  de  champ. 

Mes  compagnes,  qui  sont  mes  sœurs  d'alliance,  n'ayans  pas 
la  pépie,  mais  des  langues  habiles  et  bien  pendues,  mi;  secon- 
dent courageusement  avec  leur  Tiquetaque-liqui^.nque  :  el 
encor  que  les  hommes  disent  que  plusieurs  peuvent  bien 
chanter  tous  ensemble,  mais  non  pas  parler,  si  trouvons-nous 


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la  règle  fausse  entre  nous,  veu  que  ce  bruit  confus  est  si 
mélodieux  et  barmonieux  en  nos  oreilles,  qne  rien  plus. 

Qui  vous  fournit  le  subject  de  tant  du  discours?  De  quoy 
parlez-vous  si  longtemps  (i)  ? 

Comme  nous  estions  hier  en  nostre  caqueloir  (2),  ie  racon- 
tay  comment  i'avois  une  fois  fait  enrager  nostre  voisin  le 
savetier  du  coin,  en  luy  demandant  si  sa  paille  estoil  .i 
vendre  :  car  le  bon  compagnon  faisant  l'estonné,  et  deman- 
dant d'où  luy  pouiroil  venir  de  la  paille,  ie  lui  repartis,  qu'il 
en  devoit  bien  avoir,  puisqu'il  avoit  battu  le  jour  de  devant. 
Or  sachez  qu'il  avoit  battu  sa  femme.  J'avois  à  peine  achevé 
de  parler  qu'une  autre  mît  sur  le  bureau  une  liste  des  défauts 
de  son  double-Jean  (car  Jean  est  son  nom  de  baptesme),  dit 
qu'il  avoit  les  dens  langues  et  aiguës,  les  maschoires  souples, 
et  le  gosier  ample,  le  tout  bien  disposé  k  manger  en  homme 
sain,  et  boire  en  malade,  mais  que  l'estomac  ne  pouvoit 
digérer  le  travail  :  qu'il  vit  de  son  bien  qu'il  n'avoit  pas  une 
bonne  chemise,  lorsqu'ils  se  marièrent,  qu'elle  l'a  relevé  de 
gueuserie,  et  en  a  fait  une  honneste  homme  :  que  quand  it 
mourra  les  cendres  ne  demeureront  pas  sur  l'atre  :  mais 
qu'elle  a  envie  de  se  tenir  it  son  apport,  et  le  laisser  placarder 
comme  saffranier  (liankrotierer). 

Une  autre  interrompant  le  discours  de  ceste  femme,  (qui  de 
colère  cnmmençoil  it  escumer,  et  planter  les  deux  pouces  sur 
ses  hanches  pouf  faire  le  pot  à  deux  anses)  se  prit  à  nous 
demander  de  quoy  elle  se  devoit  servir,  d'autant  que  son 
enfant  faisoit  si  dillicilement  des  Jens,  qu'il  crioit  presque 
jour  et  nuict  depuis  six  semaines,  et  si  n'apparoissoient 
encore  que  deux  petites  dents.  L'autre,  sans  attendre  que 
nous  missions  en  avant  nos  receptes,  et  luy  conseillassions  de 
luy  acheter  on  hochet  avec  une  dent  de  loup,  pour  en  frotter 

(I)  Warvon  papell  ihr  bo  lang  J"  Voici  un  exemple  assez 
curieux  d'une  vieille  loeatiou  slrasbourgeoise  qui  s'est  maintenue. 
On  en  trouve  un  autre  exempte  au  chap.  IX  :  Halle  dich  nil  aiitT 
der  liasscD  ein  slund  laag  mit  papeln  auff.  Daus  Moactaerosch 
(I>hi].  Ton  Sillewald  II.  354^  on  trouve  :  Was  hasi  vtel  mit  diesem 
altca  Narreu  zu  bapplen.  AuJ.  on  dit  babble  qui  vient  de  babiller. 
(Scbmidt  Wuerlerbuch  der  SIrassburger  Muodart  V"  Babble). 

(î)  Schtcœttplatt. 


LA    VIE  A   STfiASBOUHG  501 

ses  gencives,  se  iette  b  la  traverse  nous  racontant  la  plaisante 
fiirce,  qu'elle  avoit  veu  ioCler  depuis  quatre  ou  cinq  jours  en 
la  ilaute-rue,  devant  le  Poite  des  Mareschaux  (i),  c'est  qu'un 
railleur  de  paysan  regardant  la  maison  d'un  boulenger 
grande  et  nouvellement  bastiu,  se  seignoit,  faisoît  de  grands 
agios  et  signes  d'estonnement,  et  estant  enquis  d'un  autre  de 
quoy  il  s'esbahissoit  si  fort,  respondit  qu'il  s'esmerveilloit 
comment  les  petits  pains  pouvoient  bastir  de  si  grandes 
maisons. 

Toc  toc  toc. 

Regarde,  Apollonie,  qui  c'est  qui  Trappe  ainsi  en  sourd, 
l'ay  toute  tressaillie  (2),  le  sang  en  a  rougi  dans  mes  veines. 

C'est  uns  vieille  h  large  baratte  de  drap  (Scklapphut)  ,qui 
semble  avoir  autrefois  esté  noir  ;  elle  tient  un  papier  long  et 
cstroict  en  une  main,  et  du  crayon-rouge  (ïtœdel&tein)  en 
l'autre. 

C'est  sans  double  N.  la  semonneuse  de  baplesmes,  qui  me 
veut  prier  h  quelque  nopce  de  paille,  comme  on  dit  en  ces 
quartiers.  Elle  n'en  fait  point  d'autres,  c'est  unevraye  llurlu- 
burlu  (Rillze). 

Laisse-moy  mettre  la  teste  h.  la  fenestre  pour  ouyr  sa 
harangue. 

Madame,  i'ay  charge  de  la  part  de  Mad.  N.  de  vous  prier 
d'assister  demain  à  une  heure  et  demie  au  baptesme  de  son 
enfant  que  l'un  portera  au  Monstier. 

Qu'est-ce  que  Dieu  luy  a  donné,  un  nis  ou  une  lille,  ou  bien 
tous  deu:i  en  deux  gémeaux  ? 

C'est  un  beau  gros  garçon. 

Dieu  )e  vueille  garder.  |e  m'en  resjuuys  pour  l'amour  d'elle 

Ah  !  ie  vous  prie,  ne  manquez  point  d'y  venir. 

le  ne  monqueray  pas,  si  Dieu  me  preste  vie  et  santi^  A  Dieu. 


(1)  AuJ.  Grande  rue,  portail  succcsaivement  les  noms  de  Ober- 
slrasse  (Ii49  au  XVUh  siècle)  Strata  superior  (1230,  1283,  1296) 
puis  au  XVIII«  s.  me  Haute  et  Grande  Rue  (Schmidl  Strassb. 
Gassen  n.  Hreusernamea  ISO-I  —  Scybolh  Dasalte  Slrassbg.  78). 
Le  poêle  des  maréchaux  se  trouvait  aolcricurement  au  XV*  siicle 
au  a»  129  actuel.  Dès  1427  nous  1c  Irouvons  établi  au  a<>  138 
actuel  (Pilon  1,  203). 

(2)  [ch  bin  gantt  in  einander  gefakren. 


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602  REVUE   d' ALSACE 

Regardez,  voisine,  comme  cesle  halebreda  courl  en  veirier 
deschargé  (i). 

Pour  fournir  aux  frais  des  repas,  la  vieille  redouble  le  pas. 

Je  n'ay  jamais  esté  à  aucun  baptesme,  ie  ne  sçay  comment 
il  s'y  faul  comporter.  Inslniiaez-moy  un  peu,  ie  vous  prie. 

le  n'y  fay  pas  beaucoup  de  chimagrées,  si  losl  que  le  suis 
entrée  au  poiJe  de  l'accouchée,  ie  m'en  vay  dioict  a  son  licl, 
luy  présente  la  main  (i'eusse  quasi  dit  la  patte  (die  dappe), 
et  use  de  ce  compliment  raccourci,  car  si  i'aime  quelque 
chose  de  long,  ce  ne  sont  pas  les  discours)  Madame,  Dieu 
vous  donne  ioye  et  tout  contentement  en  l'enfant  qu'il  vous 
a  donné  de  sa  gr&ce:  le  faisant  croislre  en  tous  biens  tant 
spirituels  que  temporels. 

Pour  féliciter  la  marraine  ie  dis  :  Madame,  ie  vous  souhaite 
tout  bonheur  en  l'action  saincte,  où  vous  avez  esté  jugée  digne 
d'estre  employée  :  et  prie  Dieu  que  par  le  prolongement  de 
vostre  vie,  et  la  continuation  de  vostre  bonne  santé,  vous  la 
puissiez  souvent  réitérera  vostre  honneur  et  ioye. 

Qu'est-ce  qu'elles  ont  accoustumées  de  respondre  lii -dessus  ? 

Elles  payent  quasi  en  mesme  monnoye  celle,  qui  parle  k 
elles,  souhailans  de  la  voir  bien  tost  en  leur  place,  si  c'est 
chose  qui  luy  soit  aggréable.  Quand  c'est  un  baptesme,  où  ie 
sçay  qu'il  y  viendra  beaucoup  de  braves  dames,  et  glorieuses 
paonnes  (2),  ie  me  retire  du  poile  en  l'antichambre,  là  où,  au 
retour  de  l'Ëglise,  les  femmes  de  bas  estât  boivent  k  l'alle- 
mande, sans  retenue  (3). 

Quoydonc,  les  femmes  de  qualité  ne  boivent-elles  point  ? 

Si  font  bien,  car  on  porte  un  gobelet  ou  une  grande  coupe 
d'argent  pleine  d'excellent  vin  {Butsetwein)  ou  d'hypocras- 
à  l'entour,  que  l'on  leur  présente  à  la  ronde,  mais  elles  ne  font 
quasi  que  l'altoucber  du  bout  des  lèvres. 

i  Schuttcr  der  den 

(2)  Da  ick  iDeiss  dat  viel  ttattUche  Fraicen  und  Sperrlœ- 
cher  oder  itoUte  Sprâtten  kommen  sollen. 

(3)  Anlichanibre  —  Haussœhr Ohn  schew  sau/fen  wie  die 

Biirstenbinder.  Voir  plus  haut  au  cbap.  ÏSfrfe  ia /afflnrfrtrpV  un 
autre  exemple  du  goùl  exagéré  des  femmes  de  la  basse  classe  pour 
le  vin. 


LA   VIE  A   STtlASBOCRG  603 


Qiielques-uDes  ne  rentrent  pas  en  la  i 
relournent  nu  logifi,  ou  bien  dès  l'Eglise  mesme  se  joignent  k 
une  autre  partie,  reconduisans  un  enfant  des  fonts  ao  logis, 
après  en  avoir  conduit  un  autre  au  bapteeme. 

Je  croy  qu'il  nie.faudra  bien  tost  tenir  un  enfant:  dites 
moy  comment  i'auray  h  faire  devant  l'autel. 

Quand  le  Pasteur  sera  au  milieu,  ou  vers  la  lin  de  sa 
lecture  louchant  l'institution  de  ce  Saincl  Sacrement,  la  sage- 
femme  vous  présentera  l'enfanl,  avec  lequel  vous  vous 
tiendrez  deboutdevanirautel,  jusqu'à  Amen.  Alors  vous  vous 
approcherez  du  Pasteur,  qui  ayant  pris  l'enfant  d'entre  vos 
bras,  pour  le  baptiser,  vous  vous  retirerez  en  vostre  place, 
d'où  vous  pourrez  voir  que  l'enfanl  estant  baptizé,  le  prin- 
cipal parrain  le  reprendra  du  Pasteur,  et  le  présentera  au 
second  parrain  (si  c'est  un  dis),  lequel  le  vous  viendra  rendre, 
afin  que  vous  le  r'apporLiez  en  la  maison  de  sa  mère.  Or 
avanlque  de  partir  de  l'Eglise,  assavoir  après  la  bénédiction 
du  Pasteur,  les  deux  parrains  vos  compères  vous  viendront 
féliciter  vos  honneurs,  et  en  mesme  temps  poseront  sur 
l'enfant  leurs  médailles,  ou  présens  baptismaux  {Schaw- 
pfenninge  oder  Pfet(ergeld)  en  quelque  pièce  d'or  ou  d'ar- 
gent. Pour  la  marraine  (Gœltel),  elle  diffère  h  le  donner 
jusquea  à  ce  qu'estant  de  retour  vers  l'accouchée,  elle  prenne 
congé  d'elle:  car  alors  en  la  remerciant  de  l'avoir  estimée 
digne  d'un  tel  honneur,  elle  luy  met,  comme  par  mesgarde, 
ledit  présent  U  la  main.  Que  si  l'enfant  est  une  ûlle,  il  n'a 
<|u'un  parrain,  mais  deux  marraines,  et  en  ce  cas  le  parrain 
doit  rendre  l'enfant  baptizé  k  la  seconde  marraine,  pour  le 
reporter  (comme  dit  est)  au  logis. 

11  ne  me  reste  plus  qu'un  doute.  Qui  est-ce  qui  déclare  le 
nom  de  l'enfant  au  curé,  ou  ministre  ? 

C'est  la  marraine,  qui  luy  présente  l'enfant. 

l'avois  quasi  oublié  de  vous  advertir,  que  celles  qui  ont 
envie  de  faire  faire  un  pellissonnet  ou  robbette  (Pelttlein 
oder  liœcklein)  k  leur  tilleul  ou  filleule,  ne  donnent  qu'une 
pièce  de  trois  sols  à  l'accouchée.  Si  la  dite  accouchi^e  est  de 
plus  basse  qualité  que  lu  marraine,  on  luy  doit  envoyer  une 
poule,  du  pain  blanc,  des  œufs  avec  un  bon  pot  de  vin  vieux  : 
les  riches  veulent  Seulement  estii:  visitées  de  fois  k  autre 


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504  BSVUB  d'alsacb 

durant  les  six  semaines  de  leurs  couches  ou  purification, 
après  quoy  elles  se  font  accompagner  à  l'Eglise  par  quelque 
dame  de  bonne  cognoissance,  avant  que  de  sortir  pour 
d'autres  affaires. 


CHAiniIlE  SOlXAiNTlEME 


Du  Marchand  de  bestail 


tjuel  traffique  est  ce  que  meine  vostre  père  ?  De  quoy  se 
inesle-il  i  De  quoy  s'enlretienl-il  ? 

il  est  marchand  <le  bestail  (Viehelreiber);  pourtant  a-il 
fait  baslir  une  grande  maison  ou  plus  tost  haie  distinguée  en 
plusieurs  eslables  pour  mettre  chasque  espèce  à  part.  Il  y  a 
une  vacherie  ou  estable  &  vaches,  veaux,  bœufs  et  taureaux; 
une  à  chèvres,  houes  et  cahrils  ou  chevreaux  :  une  bei^erie, 
ou  estable  à  brebis,  moutons,  belliei-s  et  agneaux  ;  un  lect  k 
pourceaux,  truyes,  verrats  et  cochons. 

Où  est-ce  que  se  tient  le  marché  aux  bestes  ? 

Devant  la  porte  des  boucher!». 

Puis  que  vous  oyez  tous  les  jours  parler  de  ceste  marchan- 
dise, et  que  vostre  grand-pèro  estoit  boucher,  vous  vous 
entendrez  bien,  sans  doute,  en  babines  de  vaches,  et  me 
pourrez  bien  dire  quel  est  le  plus  profitable  et  avantageux 
d'acheter  un  porc  à  la  livre  sur  le  pied  et  vivant,  ou  tué. 

le  vous  asseure  (bien  qu'il  vous  semble  incroyable)  qu'un 
porc  vif  avec  sa  foye,  ses  trippes,  boyaux,  llentc  et  sang,  est 
plus  léger  qu'un  tué,  bruslé  {ou  pelé)  ouvert  et  vuidé  de  aang 
et  d'entrailles,  ou  habillé. 

D'où  peut  provenir  la  cause  de  cela  ? 

Cela  vient  de  l'ame  vivante,  du  souflle,  et  esprits  de  la 
beste,  qui  soulèvent  en  partie  le  corps,  et  le  rendent  plus 
léger;  comme  il  s'en  void  un  petit  eschantillon  es  corps  sans 
àme,  qui  sont  poreux  ou  spongieux,  contenant  de  l'air  en 
eux  ;  car  à  ce  sujet  ils  sont  légei^s  ;  et  les  massifs  sont  pesans, 
comme  l'or,  le  plomb. 


LA  VIE   A   STHASBOURO  505 

Vous  estes  quasi  trop  savant  philosophe  pour  demeurer  en 
la  ToCHtion  de  vos  anceslres.  Uites-moy  un  peu  les  propres 
termes  concernans  la  gént'ration  des  bestes  :  car  ie  croy  qu'il 
y  n  des  mots  divers  pour  diverses  espèces 

le  vous  diray  ce  que  i'en  sçay.  Le  masie  du  beslnil  est  dît 
saillir  ou  monter  sa  Temelle:  la  vache  vcele  ;  la  chèvre 
chevrette;  les  brehis  agnellent;  les  tniyes  cochonnent;  les 
asnes  baudouinent  ;  les  béliers  belinent.  Et  ai  vous  voulez 
savoir  ces  actions  en  d'autres  bestes,  i©  vous  les  diray.  Les 
chiens  couvrent  les  chiennes,  lesquelles  puis  après  chienent 
ou  chieiieltent  ;  les  jumens  poulinent  ;  les  chattes  ayans  esté 
k  marcou,  chatunnent. 

Racontez-nioy  tout  d'un  train  le  nom  propre  de  leurs  voix, 

Le  cheval  hannit;  le  taureiu  et  le  bœuf  beugle;  la  vache 
meugle  ;  l'asne  brait  ;  le  pourceau  grogne  ;  les  grands  chiens 
clabaudent,  les  moyens  abayent,  les  petits  jappent  et  tous 
ensemble  grondent;  les  renards  glapissent;  les  cerfs  bra- 
ment; les  lions  rugissent;  les  chats  miaulent;  les  bi-ebis 
beelent. 

Puis  que  vous  en  estes  venu  si  avant,  achevez  de  dire 
quelque  chose  des  autres  bestes  à  quatre  pieds. 

Le  sanglier  est  un  manger  de  prince,  principalement  la 
hure,  qu'on  doit  servir  une  fois  à  la  table  d'un  Empereur, 
deux  fois  à  celle  d'un  Roy  ou  Prince,  et  jusques  k  la  fin  k 
celle  d'un  gentilhomme.  Le  marcassin  est  aussi  un  manger 
royal  :  sa  mère  s'appelle  laye  ;  les  longues  dens  sont  défenses 
ou  armes.  Un  quartier  de  cbevreul  ou  biche  vaut  mieux  que 
la  cuisse  d'un  mulet  (n'en  déplaise  aux  Espagnols),  ou  d'un 
buiïle.  Les  chameaux  sont  bestes  de  somme  ou  charge,  dont 
se  servent  les  Turcs  en  leur  caravane,  allans  en  pèlerinage, 
au  sepulchre  de  leur  faux  prophète  Mahomet.  Pouf  les 
singes,  babion  ou  babodines,  et  guenons,  ce  sont  bestes  de 
bateleurs,  comme  aussi  les  ours  qui  savent  danser.  Les  lièvres, 
i»>nnins  ou  lapins  sont  fort  souvent  hermaphrodites,  car  tel 
est  masIe  une  année,  qui  l'autre  est  femelle  portant  des 
levrauts  ou  levreteaux,  et  levreteant  comme  haze,  ou  faisant 
des  connilleaux,  ou  lapreaux,  comme  connille.  Les  bestes 
farouches  deschirans  les  autres,  et  parfois  les  hommes  pour 
s'en  repaislre,  sont  outre  les  susdits,  le  loup  qui  aligne  la 


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506  HSVUB  d'alsaci 

louve,  pour  Taire  des  louveteaux;  le  loup-garou ;  la  hyenc, 
qui  fait  la  civette,  k  ce  qu'on  dît  ;  le  tigre,  la  panthère  ;  on 
parle  aussi  fort  de  la  férocité  du  loup-cervier,  qui  est  comme 
un  chai  sauvage  de  la  grandeur  d'un  léopard,  et  a  une  vefle 
si  aiguë  et  perçante,  qu'il  peut  voir  à  travers  une  muraille. 

Je  le  croy  fort  bien  pourveu  qu'elle  soit  percée  a  Jour,  à 
peu  près  comme  le  clocher  de  Strasbourg. 

Si  vous  ne  le  croyez,  charbon  nez- le. 

11  y  a  encore  d'autres  bestes  dommageables  ou  nuisibles, 
mais  non  si  dangereuses,  comme  la  martre,  la  belette,  la 
fouine,  le  putois,  qui  mangent  les  pigeonneaux  etpoullels,  et 
hument  les  œufs  dans  les  bougeotles  des  colombiers,  et  nids 
des  poullailliers.  Pour  les  rats,  souris  et  mulots,  ils  mangent 
le  grain  ;  les  loirs  et  les  laupent  gastent  les  jardins  et  rongent 
les  racines  dessous  la  terre.  Les  daims,  chamois,  elends, 
hérissons,  porc  espics,  taissons,  hermines,  soublines,  loutres 
sont  bestes,  que  le  n'ay,  pour  la  plus  part,  ia  mais  veOes  vives; 
mais  seulement  les  peaux  ou  la  fourrure.  Les  escurieux  ont 
ce  nom  des  Grecs,  par  ce  qu'ils  font  ombre  h  loul  leur  corps 
et  le  couvrent  de  leur  queue.  Le  furet  est  une  beslelelte,  dont 
on  se  sert  à  la  chasse,  comme  s'ensuit:  On  luy  pend  une 
sonnette  au  col,  et  si  on  le  fourre  dans  le  trou  d'un  lièvre,  ou 
d'un  clapier,  alors  courant  d'une  lanière  h  l'autre  et  visitant 
tous  les  recoins,  il  fait  sortir  les  lièvres  ou  lapins,  qui  y  sont, 
lesquels  les  chiens  attendent  au  sortir  pour  se  ruer  dessus; 
de  là  vient  qu'on  dit  fureter  pour  chercher  exactement  partout 
comme  furets,  ou  fures  en  latin. 

A  quoy  pensez-vous  d'avoir  oublié  les  deux  plus  puissantes 
et  grosses  bestes  du  monde,  la  licorne  et  l'êléphtint  ? 

i'ay  tort,  ie  l'advouë:  les  peignes  d'yvoire  faits  des  dents 
d'éléphant,  et  la  corne  de  licorne  d'admirable  grandeur,  que 
i'ay  veuë  icy  dans  la  Thrésorerie  (1),  m'en  devroient  bien 

(1)  Celle  corne  de  licorae  avait  èlé  achetée  en  IS65  parla  ville 
de  Strasbourg  d'Adam  de  Clermonl,  bourgeois  d'Aivers.  Le  certi- 
ficat d'aulhenlic.ité  en  lalin  qui  l 'accompagnai  l  a  élé  donné  par 
Schiller  (KœnigBhoven  éd.  1698  page  1115).  Cesdéfoosei  <le  narval 
ont  jqué  \>n  grand  rrtle  au  moyen  Ape,  éUient  ronsidérées  i^oinme 
des  objets  eslrêniernenl  précieux  et  soigneuse menl  conservés  dans 
les  trésors.  La  cathédrale  de  Straebo-jrg  en  conserva  également 


dbydoot^le    


LA   VIB  A   STBASBOCHIi  507 

avoir  fait  ressouvenir.  Hais  à  propos  de  la  grandeur  de  \'û\é- 
phant  avec  son  énorme  trompe;  il  faut  que  ie  concilie  ce 
chapitre  par  ce  récit,  assavoir  qu'une  fille  se  voulant  deffaice 
d'un  importun  discoureur,  luy  demanda  quelle  esLoit  la  plus 
grande  besle  du  monde:  luy  ayant  respondu que  c'estoit  un 
éléphant,  elle  luy  repartit:  Allez-vous-en  donc  arrière  de 
moy,  monsieur  l'Eléphant. 

Foin  de  la  pauvre  mémoire!  si  ie  n'eusse  jette  l'ieit  sur  vos- 
tre  chapeau,  i'eusse  mis  toutii  fait  en  oubli  la  beste,  du  poil 
de  laquelle  il  a  esté  fait,  assavoir  le  Castor,  qui  a  receu  ce  nom 
deTHebrcu  Kotsar,  couper,  rogner (partransposition  Kaslor), 
parce  qu'estant  chassé  et  près  d'estre  attrappé,  il  se  coupe 
les  couillons  pour  sauver  le  reste  ;  sachant  par  un 
instinct  naturel,  qu'il  est  poursuyvi  pour  l'amour  d'iceux, 
dont  on  se  sert  en  médecine  sous  le  nom  de  Casloreum, 
comme  escrivent  les  docteurs  en  médecine. 


CH.VPITRE  SOIXANTE-UNIE-ME 


Du  Ferronnier 


Uon  jour.  Monsieur. 

Soyez  le  bienvenu  Monsieur.  Que  demandes-vous'?  Que 
voulez- vous  acheter  ? 

Du  fer  de  Elotau,  si  vous  en  avez. 

Vrayement  on  n'en  peut  recouvrer  en  toute  la  ville,  quand 
on  en  donueroit  six  sols  de  la  livre.  Mais  il  y  en  a  bien  de 
celuy  de  N.  de  toutes  sortes,  du  dur  et  du  mol. 

Combien  vendez-vous  le  cent  de  celuy  de  N  Celuy  de  N. 
est  tri'p  dur  pour  moy. 

le  ne  le  vous  surferay  pas,  puisque  vous  estes  mon  chaland  : 
ie  vous  le  laisseray  pour  six  florins. 

une  dans  son  Iréior.  Voir  sur  ces  cornes  la  note  de  F.  Iteiber 
dans:  L'histoire  naturelle  des  eaux  sti-asbourgeoiscB  de  Léonard 
Baidner  p.  H5  et  suivantes. 


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508  RBVUB   B  jLLSACK 

C'est  trop  cher,  ce  seroit  assez  de  cinq  florins  et  un  quart, 

le  ne  sçaurois  donner  ma  marchandise  k  ce  prix.  Vous 
l'aurez  à  cinq  florins  cinq  schillings. 

le  n'y  mettray  pas  un  denier  d'avantage  :  i'en  auray  bien  à 
ce  prix  ailleurs.  Ne  perdez  pas  ma  marchandise  pour  peu  de 
cas. 

Choisissez,  ie  ne  sçaurois  longtemps  barguigner 

Hais  est-ce  du  fer  de  N.  ?  Je  ne  voy  pas  la  marque. 

La  voilà. 

Pe3e.z-raoy  ces  trois  barres. 

Elles  pèsent  cent  vingt-cinq  livres* 

A  combien  montent-elles? 

.\  six  florins  et  demi,  sept  liards  et  un  heller  (qui  est  un 
denier  et  maille). 

Voilk  l'argent,  il  ne  s'en  faut  que  les  septpfcnningsetle 
heller. 

Quel  argent  est-ce  \k  ? 

N'est-il  pas  donc  bon  ? 

le  nesay:  mais  puis  qu'on  ne  le  veut  pas  prend le  de  moy, 
aussi  ne  le  veux-je  pas  prendre  d'un  autre. 

.\h  !  c'est  le  meilleur  argent  de  nostre  pays,  l'ay  encore  six 
cens  florins  en  pièces  de  cinq  sots.  S'il  en  va  ainsi  il  mêles 
faut  changer,  avant  qu'elles  soient  aussi  descriées  en  nos 
quartiers.  A  quel  prix  prenez-vous  cet  or  f 

Les  pîstoles  h.  cinq  florins  et  huict  schillings. 

le  les  ay  receuës  h  six  florins. 

[e  ne  les  y  prendray  pas  :  ma  marchandise  m'est  plus  chère 
que  de  l'argent  à  si  haut  prix. 

le  les  retiendray  donc.  Voilà  treize  testons,  qui  font  juste- 
ment vostre  conte. 

Ué  bien,  cet  argent  est  bon,  ce  sont  testons  de  France. 
N 'achetez-vous  point  d'autre  marchandise  t 

Nenny,  pour  l'heure.  le  prendray  bien  d'avantage  de  mar- 
chandise,  mais  ie  n'ay  plus  de  voicturier,  chartier,  ou  en 
Lorraine  charion.   Quelle    marchandise    avovous    donc  t 
Avez-vous  de  toutes  sortes  d'acier,  de  barre  el  de  ballon  ^ 
Il  y  a  fort  peu  d'acier  de  ballon  icy. 

Avez-vous  aussi  de  toutes  sortes  de  fil  de  fer,  comme  des 
vergetles,  fil  d'apraphes,  et  de  Bohème  ? 


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509 

Ouy,  il  y  en  a.  Voilà  qui  seroit  bien  voslre  fait,  toutes  sortes 
de  fourneaux,  comme  l'histoire  de  Susanne,  d'Absalon,  la 
luslice,  etc.  larges  eslroicts,  longs,  courts,  hauts,  bas,  moyens 
et  petits,  des  cruches  h  eau,  pots  de  coins,  ou  coins  de  fer,  pla- 
tines de  fer,  toutes  sortes  de  plaques,  courtes,  noires,  doubles 
et  simples,  et  blanches,  qu'on  appelle  fer-blanc. 

Excusez-moy,  ce  n'est  pas  marchandise  pour  moy,  elle  est 
de  trop  grand  coust.  Qu'est-ce  que  vaut  une  Susanneavec  les 
viz  et  les  listes  ? 

Trente  florins. 

C'est  trop  cher.  Toutesfois  s'il  y  avoit  paix,  et  que  les 
paysans  peussent  se  rétablir  aux  villages,  nous  tomberions 
bien  d'accord,  car  ils  seroient  de  dt^bit  :  parce  que  les  soldats 
ont  enfoncé  et  emmené  tous  les  fourneaux,  aussi  bien  que  les 
serrures,  gonds  et  pivots  des  portes,  les  cremailliers  des  che- 
minées, les  chenets  ou  landiers.  l'ay  aussi  de  beaux  fers  de 
chevaux  de  trois,  deux  et  une  marque,  doux  de  mareschaus, 
bandet  de  roufs,  et  doux  de  charrettes,  grands,  moyens,  et 
petits,  k  rondes  testes  et  quarrées. 

Desfoncez  moy  un  tonneau. 

Voilk  un  lieau  tonneau. 

Ouy,  ie  prendray  cesluy-lk  quand  ie  reviendray.  N'avez- 
vous  pas  aussi  des  paeles,  doubles  et  des  simples,  des  faux, 
faucilles  et  contres? 

Ouy  dîi,  tout  est  icy,  et  aussi  des  fers  de  charrue. 

Que  vaut  la  bote? 

Quatre  florins  :  mais^  la  double  bote,  sept  florins  et  demi. 

l'aurois  aussi  volontiers  de  la  colle. 

l'en  ay  de  très  belle  de  Cologne  et  de  Haguenan . 

Monsirez  la  moy. 

Lh  voilk. 

Qu'elle  est  moite  t 

Si  ceste  colle  est  moite,  il  n'y  en  a  point  de  sèche  en  ceste 
ville.  Elle  est  tousjours  icy  à  l'air,  et  non  en  la  cave,  comme 
l'y  tiennent  quelques  espiciers. 

Elle  n'est  pas  aussi  belle  et  claire. 

Que  dites-vous  I  Elle  est  transparente  ou  diaphane,  comme 
un  crystal. 

Ouy,  elle  reluit  comme  une  escarboude  au  trou  d'un  four- 


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510  REVUS   n'ALSAGIi 

neau,  dit  l'Allemand,  ou  comme  dit  te  François,  ainsi  qn'uii 
estronc  dans  une  lanterne,  sauve- correct  ion. 

l'aime  beaucoup  mieux  qu'on  me  méprise  ma  marchandise, 
que  de  la  louSr. 

A  quelle  occasion?  Cela  semble  eslre  contre  toute  raison. 

Parce  que  le  voy  par  là  qu'on  a  envie  d'acheter;  mais 
quand  on  la  lou?,  c'est  un  signe  qu'on  n'y  veut  pas  mordre. 

Que  pèse  bien  une  cordelette  ? 

Selon  que  vous  la  prendrez. 

N'avez-vous  point  de  potiers  en  vos  quartiers  ?  l'ay  de 
toutes  sortes  de  marchandise  pour  eus,  comme  de  l'escume 
de  fer  du  paye-bas  et  de  la  II  au  le- Allemagne,  gros  et  petit 
airain,  cendres  de  cuy  vre,  couleur  de  fer,  de  la  simple  et  de 
la  meilleure.  Il  y  en  a  plusieurs,  mais  ils  viennent  eux-mesmes 
en  ceste  ville  pour  acheter  ce  qu'il  leur  faut. 

Venez  avec  moy  en  la  chambre  aux  stocflsches  ou  merlus 
secs,  ie  vous  monstreray  de  bonne  marchandise  pour  le 
Quaresme,  où  nous  allons  entrer.  Voilà  de  toutes  sortes  de 
rouleaux  de  slocfisches,  grands  et  petits,  comme  vouslcs  pour- 
riez désirer.  Voilà  aussi  des  plies  (i)  :  il  est  bien  vray  qu'il 
n'y  en  a  plus  que  cini:(  ou  six  contes,  l'uy  aussi  de  belles 
rayes  (2)  ;  quelques  tonnes  de  laperdans,  merlans,  lamproyes. 
harengs-sorez  :  il  y  a  aussi  des  harengs,  mais  plus  des  cer- 
cles, mais  seulement  de  petites  mai'ques. 

le  verrais  volontiers  une  de  ces  caques  ouverte  :  car  K.  B. 
est  ordinairement  fort  défectueux,  et  est  piètrement  empa- 
queté, cnquoy  nous  autres  graissiers,  qui  la  débitons,  avons 
une  insigne  perte. 

Si  vous  les  voulez  voir,  il  vous  faut  venir  avec  moy  à  la 
Douane  (3)  :  mais  ie  vous  monstreray  premièrement  mes  fro- 
mages :  Voilà  du  fromage  de  Hollande,  Friselande,  d'Embden, 


(1)  Platteitslein.  D'après  V.  tteiber  il  s'agirait  Ici  du  (let 
(Plalessa  fleius)  très  goûté  au  XVII*  a.  en  Alsace  mais  complète- 
ment délaissé  de  nos  jours  sauf  pur  les  Allemands  qui  l'ont  ramené 
avec  eux  eu  1870  sous  le  n«m  de  Flunder.  (Kûchenzettel  and 
Itegeln  einei  strassburger  FrauenkloâCers  des  XVl  Jhr,  p.  48- 
43). 

(ï)  Hochen,  Laperdan,  Meinfigch,  Pricking,  Bicking-Baring. 

(3)  Le  Kaufkaui  actuel  date  de  t3S8  el  1389.  (Seybolh.  /.  c.  508) 


izedbvGoOQle 


Lh   VIB   A    STRASBOUHG  511 

Parmesan,  de  Mflnster,  de  Suisse.  Voilà  aussi  des  jambons 
de  Mayence. 

Hé  Lien,  toute  ceste  marchandise  est  bonne  :  Allons  donc 
k  ceste  heure  voir  les  harengs. 

En  voilà  une  caque  ouverte  :  ce  sont  de  beaux  harengs  i 
mais  ie  doute  si  on  en  laissera  passer  une  tonne.  Il  le  faut  de- 
mander. 

Où  le  dois-Je  demander  ?  En  la  doUane,  ou  au  bureau  de  ta 
gabelle  ? 

Ne  savez-vous  pas  encore  cela  ?  vous  qui  avez  desjh  si 
longtemps  traffiqué  en  ceste  ville.  Il  vous  faut  payer  l'acquit 
en  la  doflane,  et  puis  le  faire  seeller  en  la  cave  de  la  ga- 
belle. (1) 

La  guerre  est  cause  qu'il  y  a  longtemps  que  ie  n'ay  esté 
icy.  l'y  vay  donc,  et  de  là  au  Coin-des-Fripons  (2),  quérir  un 
cheval  k  deux  pieds  (X)  pour  mener  le  fer  ii  la  Grue  (4)  dans 
le  bateau. 

Quand  il  viendra,  laisse-le  luy  prendre. 

Bien  Monsieur. 


CHAPITRE   SOIXANTE-DEUXIÈ.ME 
De  rOUelear 


Comment  est-ce  qu'on  appelle  ce  quartier  de  I»  ville  de  Ik 
l'eau  auprès  des  moulins  ?  (5) 


<l)  Im  Ungeld. 

(3)  Le  Bubeneck,  se  trouvait  entre  le  Pont  du  Corbeau  et  la 
Dounne  qui  n'irrirait  pas  encore  alors  jusqu'au  pont.  Il  doit  son 
nom  a  une  famille  du  nom  de  Bube  déjà  litée  en  1386.  (Schmidt 
I.  c.  117.)  D'après  Scybotb  re  nom  viendrait  de  ce  que  les  commis- 
sionnaires, porle-faix,  etc.,  slaiionnaienl  là  aux  abords  de  lu 
grande  halle  et  oiïralent  leurs  services  aux  marchands  (Strasbourg 
hist.  p.  509.) 

(3)  Etn  Kœrcheliieher. 

(4)  Voir  plus  haut. 

f5J   l'/ier  der  Preùch  nahe  liei  den  i/û/ilen. 


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312  MtVUB  k'aljacb 

On  l'appelle  le  Hameau  des  Pinsons  (f)  :  lii  demeurent 
{comme  î'entends)  force  oiseleurs  et  vendeurs  de  pigeons. 

Ne  vendent-ils  donc  que  des  pinçons  ? 

Ouy-dk  :  ie  les  ay  souvent  vens  devant  le  Palais  contre  la 
court  de  la  Chancellerie  (2),  et  le  dimanche  dessous  la  haie 
aux  pois  (3)  avec  des  voliers  remplies  de  pigeons,  coulombs  et 
colombes  par  paires  :  Item  des  cages  ayant  leurs  iucs  ou  iu- 
choirs,  baquets,  abbreuvoirs  (4),  pleines  de  toutes  sortes 
d'oiseaux  et  oiselets,  comme  fauvettes,  tarins,  serins,  char- 
donnerets, verdmontans,  loriots,  hochequeues,  mésanges, 
moineaux,  roitelets,  gorgerouges,  grosbecs,  linottes,  cou- 
cous (5). 

Comment  prennent-ils  ces  oisillons  ? 

Au  trébucbet,  k  la  glu,  ou  avec  des  filez  (6).  Ils  engluent 
une  quantité  de  vergetlesi^qu'on  appelle  gluaux  ou  gliions  (7i 
lesquelles  ils  arrangent  sur  le  t>ord  d'un  ruisselet  ou  fontaine 
avec  un  appellant  auprès,  qui  appelle  les  pauvres  altérez 


{{)  Finckweyler,  quartier  de  la  ville  ainii  nommé  d'après  les 
nombreux  pinsons  qui  nichaient  Jadis  dans  les  arbres.  Ancienne' 
ment  hors  des  murs  et  s'étendaDl  jusqu'au  Heirilz  la  moitié  fut 
englobée  dans  la  nouvelle  enceinte  de  1228.  Pendant  très  long- 
temps encore  il  y  eut  dans  ce  quarlier  de  vaates  jardins  et  des 
maisons  habitées  seulement  par  les  jardiniers  comme  dans  le 
Bruecb.  Au  XV^  s.  ils  furent  assez  Dombreui  pour  avoir  un  polie 
particulier.  Zitm  Holtzapfel.  La  partie  située  près  des  Ponis 
r^urerls  s'appelait  la  Tenn  (Scbmidt  I.  c.  65-06)  A.  Se.vbolb 
Slrasbg.  bist.  p.  583). 

(2)  Vor  der  PfalU  an  der  CanttUy  Iloff. 

(5)  f/nter  der  Erbilauben.  Ancleanemenl  le  marché  aux  pois 
so  tenait  Ik  (lobium  pisarum  13^il).  Les  pois  étaient  au  mojeo  âge 
un  aliment  de  première  importance.  Peu  à  peu  les  boutiques  ftirent 
oooupées  par  d'autres  denrées  et  le  sens  primitif  s'oublia  et  deviDl 
llewerbslauben  (les  Grandes-Arcades).  Toutefois  le  peuple  emploie 
parfois  encore  la  forme  primitive.  (Scbmidt  l.  c.  83-84). 

(4)  Mit  lampl  den  stœngefn  odrr  sprengelntrerglein,  trinck- 
getckirrlein, 

(5)  Gratmucken,  ceissle,  sitrinle,  ditlelfincken  oder sliglitz, 
grûnfincken,  golâkammer  oder  hœmmerling,  bachiteltsen 
meysen,  apatsen,  zaunkaeniglein  oder  taunschlupff'erlein,  rolk- 
brûêllein,  kirtcAfincken,  flachsfincken,  gukœuch. 

(6)  Mit  dem  VogeUchlag.  mit  leym  odergame. 

(7)  Leimruthen. 


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LA   TK  A    STHASfiOtnû  8l3 

pour  engluer  leurs  pattes  et  ailes,  et  être  pris  ù  la  maio  en 
pensant  eslancher  leur  soif. 

Comment  prend-on  les  canards,  oyes  sauvages,  francolins, 
vaneaus,  corneilles,  geais,  corbeaux,  cormorans,  ou  corbeaux- 
pescherets,  coqs  de  bruyère,  poulies  de  bois,  poulies  d'eau, 
perdris,  beccassei,  pluviers,  faisans,  grives,  estouroeaux, 
plongeons,  grues,  hérons,  hérons  blancs,  dont  viennent  les 
plumes  nommî-es  aigresles,  torcols,  pigeons  ramiers,  pelli- 
cans,  pies  ou  ngasses,  pivers  ou  becbos  ou  becliebois,  austra- 
cbes,  oustardes,  et  huppes  (I)  t 

Quelques-uns  sont  tirez  à  l'arquebuse  de  chnsse,  avec  des 
balles  coupf'es  en  quartier,  des  postes  et  de  In  dragée  (2). 
D'autres  sont  prix  aux  ûlez,  il'aulres  h  la  pipée  avec  une 
chouette,  chat-huant  ou  hibou  attaché  sur  un  arbre  garni  de 
gluaux.  Le  rossignol  (que  le  Canarin  contrefait)  est  pris  par 
sa  curiosité  avec  un  ver  dans  une  fossette.  Quant  aux  cigognes 
et  arondelles  ou  hirondelles,  elles  ont  un  passeport  pour 
n'eslre  point  guettées  et  arrestées.  l'ay  veu  attrapper  les 
chauve-souris  avec  un  espée  nue  remuée,  k  l'entour  de 
laquelle  elles  viennent  voleter,  alors  elles  sont  aisées  à  blesser 
et  ietter  parterre. 

Quels  oiseaux  sont-ce  qu'on  appelle  oiseaux  de  proye  ? 

Ce  sont  ceux  qui  mangent  de  la  chair,  et  vivent  lie  rapine 
ou  proye:  comme  l'autonr,  l'esmerillon,  l'espervier,  le  mou- 
chet,  l'aigle,  le  sacre,  le  corbeau,  le  faucon,  le  grilfon,  le 
milan,  le  vautour,  le  gerfaut,  le  lunier  i3). 

Et  les  oiseaux  passagers  ? 

Ceux  qui  l'hyver  approchant  quittent  le  pays. 

(1)  Antvœgel,  wUde  gan»a,  Hmelliùner,  GyiciUen,  Krœhen, 
Htftren.  Raben  oder  Krappen,  Wataerraben,  Ahruan,  Waldhû- 
ner,  Wasterhûner,  Rebkûner,  Scknepfen,  Regenvœgel,  Fatanen 
KrameUvatgel,  Staaren,  Taitcher,  hrœnch,  Reijger,  weiue 
lieyger  davon  die  weisse  ipitafedem  kommen,  Drahalz,  Holtc- 
taaben,  Lœff'elgœni,  Atzeln  oder  Helîen,  Gruntpecht,  Straui- 
sen,  Trappgœmi  und  Widhopffen  oder  Kothienen. 

(i)  iVil  dem  barjtrohr  to  min  mil  ujeloirleln,  ichrœteau  nd 
duntt  geladen. 

(.t)  fier  ffabk/i,  Schmirlin,  Sperber,  Sprints,  Adjer,  Sacker- 
faitk,  Rabe,  Falck,  Greiff,  Wethe,  Geyer,  Geyrfalck,  Laneten- 
falck. 


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814  «KVCk  u  aLs;^CB 

N'y  a  il  point  d'autres  oiseaux  que  les  susdits  ou  susmen- 
tionnez  ? 

It  y  en  a  possible  quelques  uns,  dont  i'ny  parl4  au  chapitre 
du  coquetier,  atisquels  il  faut  adiouster  ceux-cy,  assavoir  une 
buse  ou  un  busart,  un  butor,  un  martinet,  alcyon,  cygne, 
paon,  perroquet,  phénix  (IJ,  que  l'on  dit  estre  unique  en  son 
espèce,  dont  on  dit  aussi  qu'estant  parvenu  en  son  extrême 
vieillesse,  it  amasse  un  las  de  bûchettes  et  aulre  matière 
combustible  et  qui  prend  aisf^menl  feu,  sur  quoy  il  se  couche, 
Gt  se  hrusie,  tes  rayons  du  soleil  ayans  allumé  le  dit  buscher, 
et  que  de  ses  cendres  naist  un  ver,  qui  à  la  longue  derient 
oiseau  et  nouveau  phénix. 

Dispensez-moy  de  ne  pas  le  croire,  ie  vons  prie  Geste 
matière  est  didicile  ù  digérer  en  l'esprit  d'un  parent  de  l'in- 
crédule Thomas. 

le  vous  le  rends  pour  le  prix,  que  ie  l'ay  rcceu,  vous  avez 
le  chois  de  le  croire  ou  de  le  laisser  :  vous  ne  serez  pas 
damné  pour  une  telle  mescrèance. 

Il  noe  sou  vient  encorequevousm'avezditcy-dessDS  quelques 
proprielez  des  voix  des  bestes  &  quatre  pieds  ;  faites  en  de 
mesme  es  bestes  qui  ne  pettent  ni  ne  pissent. 

le  ne  suis  pas  chiche  de  ce  peu,  que  ie  say,  mais  aussi  vous, 
ne  soyez  pas  insatiable,  ains  vous  contentez  de  ce  qui  s'ensuit  : 
la  colombe  roucoule,  le  coulomb  caracoule,  la  perdris  cacabe, 
te  corbeau  croaille  ou  croasse,  le  coq  chante  ou  coquelique, 
te  coq  d'Inde  glouglotte,  la  poulie  glosse  et  caquette,  le  poullet 
pépie  et  piaule,  la  caille  courcaille,  le  geay  cageole,  le  rossi- 
gnol griugotle,  le  grillon  gresillonne,  l'arondelle  gazoiiille,  le 
milan  huyt,  le  iar  jargonne,  la  grue  craque  ou  trompette,  le 
pinçon  fringotte,  le  hibou  hue,  la  huppe  pupule.  le  merle 
siffle,  le  perroquet  et  la  pie  causent,  la  tourterelle  gémit, 
l'alotiette  tirelire  (2).  Pour  la  bonne  bouche  ou  le  surcroist, 
ie  vous  nommeray  quelques  parties  des  oiseaux.  L'humidité, 
qui  se  change  en  pissat  es  autres  bestes.  se  tourne  en  plumes  : 
les  plumes  it  gros  tuyaux  s'appellent  pennes,  comme  sont 

(1)  Einbuashard,  rokr  reyer,  tpirschwalb,  eittvogel,  soAwan^ 
pfaw,  papegay,  phénix. 

(3)  Non  traduit  parD.  Martin. 


La  VIB  A  STRASBOUltC  Slâ 

celles  des  ailes  :  les  menues  el  molles  se  nommenl  duvet.  La 
matière  des  dens  se  tourne  en  la  coine  du  bec.  Ce  qui  est 
eslomac  es  personDes.et  pance  au  bestail,  se  dit  gi^sier  es 
oiseaux,  où  leur  viande  se  digère  en  sortant  de  leur  poche  ou 
jabot.  Les  pattes  s'appellent  griffes,  et  serres  es  oiseaux  de 
proye. 


CHAPITRE  SOIXANTE-TROISIEME 


De  l'exerceor  dea  soldats  appreotifs 


Marchez  avec  la  rourchelte  en  la  main.  Marchez,  et  portez 
la  fourchette  ioincte  au  mousquet.  Prenez  le  mousquet  en  la 
main  gauche,  el  portez  la  fourchette  ioincte  au  mousquet. 
Prenez  la  mèche  en  la  main  droicte.  Laissez  haisser  la  four- 
chette; el  prenez  le  mousquet  de  dessus  l'espaule.  Tenez  le 
mousquet  haut  de  la  main  droicte,  et  le  laissez  couler  en  la 
main  gauche.  Soufflez  la  mèche  et  la  tenez  bien.  Mettez  la 
mèche  sur  le  serpentin.  Compassez  ou  essayez  la  mèche. 
Soufllcz  la  mèche,  et  ouvrez  le  bacinel.  Tenez  haut  le  mous- 
quet el  enjouëz,  ou  couchez  en  joue.  Tirez.  Reprenez  le 
mousquet,  el  le  portez  ioinct  h.  la  fourchette.  Reprenez  la 
mèche,  el  la  remettez  enlre  les  doigts.  Soufflez  le  bacinet. 
Secouiez  le  bacinel.  Tournez  le  mousquet.  Tirez  la  baguette. 
Prenez  la  baguette  courte.  Bourrez  et  battez  la  poudre.  Retirez 
la  baguette  hors  du  mousquet.  Prenez  la  baguette  courte. 
Remettez  la  baguette.  Ramenez  le  mousquet  en  devant  avec  ia 
main  gauche.  Tenez  le  mousquet  droict  avec  la  main  droicte, 
cl  reprenez  la  fourchette.  Mettez  le  mousquet  sur  l'espaule. 
Marchez,  el  portez  la  fourchette  ioincte  au  mousquet.  Tenez 
le  mousquet  sur  la  fourchette  en  contrepoids  de  la  main 
gauche  seulement.  Couvrez  le  bacinet  et  vous  tenez  presl. 
Tenez  le  canon  haut. 


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T«rmez  da  l'exercice  de  la  piqae 

La  pique  étant  plantée,  portez  la  haute  en  trois  temps. 
Remettez,  ou  plantez  la  pique.  Mettez  la  pique  sur  l'espaule, 
et  la  portez  platte.  Portez  la  pique  de  biais.  Baissez,  ou  pré- 
sentez la  pique  par  la  porte.  Portez  la  pique  haute  en  trois 
temps.  Présentez  la  pique  en  un  temps.  Prenez  la  pique  k  In 
poinule.  Traînez  la  pique.  Présentez  la  pique  en  paUniant  en 
trois  temps.  Posez  la  pique  contre  le  pied  droict,  et  tirez 
l'espée.  Ayant  la  pique  sur  l'espaule,  présentez  là  en  arrière 
en  trois  tennps. 

L'exercice  des  soldats  as  moDvemens 

A  droicte.  Remettez-vous.  A  gauche.  Remettez-vous.  Demi- 
tour  k  droicte.  Demi-tour  à  gauche.  Serrez  vos  rangs.  Remet- 
tez-vous. Ouvrez  vos  rangs  k  double  distance.  Serrez  vos  flies 
a  droict.  Remettez- vous.  Serrez  vos  files  à  gauche.  Remettez- 
vous.  Ouvrez  vos  fîtes.  Serrez  vos  rangs  el  vos  fîtes.  Doublez 
vos  rangs  k  droicle.  k  gauche.  Doublez  vos  files  k  droicte,  h 
gauche,  louer  ou  faire  de  la  pique.  Manier  te  drapeau  ou 
l'enseigne. 

CHAPITRE  SOIXANTE-OUATRIÈME 
De  t'Arqaebnsier 


l'ay  une  bonne  paire  de  pistolets  :  mais  il  y  a  si  longtemps 
que  l'on  ne  s'en  est  servi,  qu'ils  sont  tous  enroilillez. 

Faites-les  démonter,  et  nettoyer  le  canon  dedans  et  dehors. 

Qui  est-ce  en  ceste  ville  qui  le  voudra  faire  k  la  hasie  :  car  ie 
n'ay  pas  le  loisir  de  beaucoup  attendre  après 

Un  pauvre  arquebusier,  qui  n'aye  guère  h  faire,  ou  un 


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LA   vu  A   STRASBODHO  517 

monteur  d'arquebuses,  ou  bien  un  serrurier  (1). 

Obligez-raoy  donc  de  tant  que  de  les  luy  envoyer,  et  iuy 
bien  encharger  qu'il  n'y  change  ni  rouët,  ni  coq,  ni  pierre  k 
feu,  ni  visse,  ni  baguette  :  car  comme  le  canon,  qui  a  un  gros 
calibre,  et  l'afTust  sont  bons  par  excellence,  aussi  l'est  le 
surplus. 

Que  vous  semble  de  ce  mousquet? 

Il  me  semble  beau  et  bon,  la  croce  ou  la  couche  est  bien 
faite,  le  serpentin  et  le  bacinet  bien  travaillez,  la  doQille  si 
grande  qu'elle  peut  servir  de  charge,  k  laquelle  on  peut  atta- 
cher un  tirebourre,  tirabelle,  et  un  racloir  maie  la  pesanteur 
veut  une  fourchelte. 

Avez-vous  un  fourniment  on  un  flasque  {2)  ? 

Nenny,  ie  n'ay  qu'une  bandoliëre,  à  laquelle  pend  une 
douzaine  de  charges,  à  y  mettre  la  poudre  et  le  poulverin 
pour  amorcer,  et  un  petit  fer  poinctu  à  nettoyer  la  bouche  du 
poulverin. 

Qu'est-ce  qu'on  appelle  la  garde-serre? 

Ce  qui  empesche  que  le  pistolet  ne  se  desbande  contre  la 
volonté  de  son  maistre.  La  clef  ou  le  bandage  est  ce  avec 
quoy  on  bande  et  desbande  le  rouët.  Le  fourreau  sert  à 
mettre  le  pistolet  et  les  cartouches.  Avez-voua  un  moule 
il  ietter  des  balles  t 

Guy,  et  aussi  des  postes  et  de  la  dragée  pour  tirer  de  gros- 
et  petits  oiseaux, 

Nommez-moy  un  peu  les  outils  d'un  arquebusier,  et  autres 
appartenances. 

le  me  confesse  incapable  de  vous  satisfaire  en  cel&,  n'ayant 
point  eu  de  familiarité  avec  telles  gens  en  leurs  boutiques.  le 
vous  diray  ce  peu  que  l'en  tiay,  qui  est  presque  commun  k 
tous  les  forgerons,  qui  manient  le  marteau.  Ils  ontune  forge 
avec  les  soufflets,  un  baquet  d'eau-de-trempe,  du  charbon  ou 
de  la  houille  (ie  n'ay  pas  ouy  dire  qu'ils  bruslent  des  tourbes), 
une  enclume,  des  estocs,  limes,  pour  limer  le  fer,  et  faire  de 
la  limeure  ou  limaille.  Puis  que  vous  demeurez  desja  court, 
recompensez  ie  reste  par  quelques  proverbes  tirez  de  telles 

(1)  Ein  armer  Rûchtentchmidt,  etn  Bdchtetuchiffter  oder 
aller  ein  Schlo*»er. 
(8)  Pulverflasch. 


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5i8  BKVUS  d' ALSACE 

boutiques.  En  forgeant  on  devient  forgeron.  Chascun  est 
forgeron  de  sa  propre  fortune,  li  faut  battre  le  fer,  pendant 
qu'il  est  chaud.  Il  ne  faut  pas  mettre  le  doigt  entre  l'enclume 
et  le  marteau.  C'est  une  vraye  lime  sourde. 


CHAPITRE  SOIXANTE-CINQUIÈME 


Mon  maistre,  ie  say  que  les  noms  de  toutes  les  pièces  d'ar- 
tillerie vous  sont  cognus,  avec  les  appartenances  d'un  canon  ; 
c'est  pourquoy  ie  m'addresse  à  vous  pour  en  estre  bien 
informé. 

Excusez-moy,  Monsieur,  vous  me  prenez  pour  mon  frère, 
h  que  ie  ressemble  fort  de  visage  et  d'habits.  Toutesfois  si 
V0U3  voulez  prendre  en-gré  ce  que  i'en  ay  appris  par  ses 
discours,  ie  vous  le  communiqueray  très  volontiers. 

Vous  m'obligerez  de  le  recognoistre  îi  la  première  occasion. 

Escoutez  donc  bien.  Pour  forcer  une  place,  qni,  comme  un 
mauvais  chat,  monstre  les  grifTes,  et  ne  se  laisse  pas  prendre 
-sans  mitaines,  il  faut  avoir  des  pièces  de  batterie,  des  demi- 
pièces,  des  morliers,  pour  y  envoyer  des  grenades  (les 
canons-perriers  ne  sont  plus  en  usage),  des  coulevrines  dou- 
bles, coulevrines  ou  dragons  es  pervters,  faucons,  fauconneaux, 
piêces-de-cam pagne,  coulevrines  bastHrdes,  aspics,  pellicans, 
basilics  ou  serpentines,  pétards,  arquebuse-à-croc;  les  feux 
d'artifice,  traînées,  fusées,  et  semblables  appartiennent  aussi 
k  un  canonnier. 

Hacontez-moy  tout  d'un  Iratn  les  parties  et  appartenances 
d'un  canon. 

I!  y  a  les  bras,  les  daulpbins,  les  frises,  la  culasse,  le  calibre, 
l'Ame,  la  bouche  ou  emboucheure,le  niveau-de-l'Ame,  la  lumiè- 
re, des  ballesou  boulets,  le  bouschon,  une  eu  il  lier-de-charge  ou 
un  chargeoir,  une  caque  de  poudre,  un  quintal  de  poudre, 
la  portée,  une  canonnade  ou  une  volée  de  canon,  un  marti- 
net, guindal,    eschellette,  pied-de-chevre,  rouleau,    levier. 


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LÀ  VIS   A   STBASBOUBG  K19 

l'afTiist.  Les  actions  du  canonnier  sont  braquer  ou  poJncter  le 
canon,  charger,  faire  joiier  rarlillerie,  faire  brèche  sufTisante 
ou  raisonnable,  de  sorte  que  six  cavalliers  y  puissent  monter 
de  front,  miner  un  rempar,  faire  ioiler  la  mine,  battre  une 
ville  en  ruine,  attacher  un  pétard,  pétarder  une  porte  et  l'en- 
foncer, dresser  une  batterie,  charger  de  doux,  cailloux  et 
chaines.  On  ne  peut  mettre  le  feu  h.  un  canon  encloQé.  Je 
conclurois  volontiers  ce  chapitre  par  une  plaisante  et  vraye 
histoire,  que  i'ay  depuis  environ  huict  jours  ouy  raconter  k 
un  de  mes  escohers,  qui  en  a  esté  tesmoing  oculaire. 

Commun iquez-Ia-moy,  ievous  en  prie. 

L'an  mille  six  cens  trente-six,  au  mois  de  may,  les  Impé- 
rialistes ayant  fait  amener  quantité  de  grosses  pièces 
d'artilleries  du  pays  ou  de  la  Duché  de  Wilrtemberg  Ji 
Schwœbische  Hall  pour  les  fondre,  et  en  faire  de  plus 
petites,  qu'on  appelle  pifices  de  campagne,  ils  en  firent  faire 
n"uf  entre  autres  avec  les  armoiries  de  France,  et  les  montè- 
rent d'affusts  parsemez  de  Heurs  de  lys  blanche  k  fond  bleu, 

A  quel  dessein  cela  ?estoit-ce  pour  en  faire  présent  au  Roy 
de  France  ? 

Bien  près!  ils  les  envoyèrent  k  l'Empereur,  comme  un 
trophée  de  ses  ennemis. 

On  appelleroit  cela  en  France,  hefller  un  Seigneur,  le  mener 
par  le  nez,  luy  faire  accroire  que  vessies  sont  lanternes,  luy 
passer  la  plume  par  le  bec,  le  repaislre  de  bayes  et  de 
bourdes. 

Celle  plaisante  farce  me  ramenloit  le  semblable  tour  des 
traistres  ligueurs  du  temps  passé,  lesquels  ayans  esté  bien 
frottez,  et  souvent  batus  îi  platte  cousture  par  Henri  qua- 
trième ou  le  Grand,  père  de  nostre  Louys  le  Juste,  faisoient 
néantmoins  faire  k  la  haste  plusieurs  drapeaux  semblables  k 
ceux  de  leur  dit  ennemi,  et  les  envoyent  k  Messieurs  les 
Parisiens  leurs  partisans  pour  les  embabouïner,  el  pour  une 
fausse  ioye  de  la  desroule  du  Béarnois  (comme  ils  l'appel- 
loienl)  lirer  une  bonne  somme  d'argent  de  leurs  bourses  pour 
les  frais  de  la  guerre. 

0  que  la  sentence  est  bien  vraye  1  qui  dit  que  La  vérité  est 
un  rare  melt  à  la  table  des  Grands,  où  l'on  ne  l'apporte  que 
fardée,  ou  bien  que  les  bourdes  et  la  flatterie  sont  les  vian- 


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BSO  BtTOK   D'JkLSACB 

des  ordinaires,  dont  on  repatst  les  Rois  et  Princes. 

Que  pouvoient  bien  penser  les  bourgeois  voyans  ceste 
drollerie? 

Us  ne  pensoient  pas  seulement,  cor  ils  disoient  selon  leur 
patois  que  ces  gens  vouloienl  vendre  un  chapeau  poinctu  à 
leur  Haistre,  mais  ie  n'entends  pas  bonnement  que  veut  dire 
ceste  façon  de  parler. 

CHAPITRE  SOIXANTE- SIXIÈME 


Dd  Fonrblsseiir 

Mon  maistre,  i'ay  icy  une  tionne  lame  d'Espagne,  de  Solin- 
gue,  de  Vienne,  ou  une  lame  au  vieux  loup,  que  ie  voudrois 
faire  monter  d'une  bonne  garde  à  coquille,  ou  d'une  autre  à 
'a  mode  avec  un  pas  d'asne  artistement  fait,  et  une  poigix-e 
de  fii  d'argent  avec  un  pommeau  à  iour  à  la  mode  toute 
nouvelle. 

Où  est  ceste  lame  ?  Voyons  que  c'est . 

La  voitîi  en  ce  fourreau. 

A  la  voir  par  dehors,  elle  ressemble  h  une  vielle  rapière  de 
palrouillarl  ou  vieux  sergent.  Il  n'y  a  point  de  bouterolle  &  la 
gaine,  ou  plus  tosl  au  fourreau  :  la  garde  est  faite  à  l'antique  : 
la  croisée  elles  branches  sont  torLues,  et  si  tout  en  est  enroQillé  : 
ie  ne  say  si  elle  sera  mieux  qualifiée  par  dedans. 

Tirez-liivous  le  verrez. 

Là  voilà  dehors  k  toute  peine.  C'est  dommage  qu'on  l'a 
ainsi  laissé  manger  ii  la  rouille,  le  voy  bien  qu'elle  est  excel- 
lente et  de  bonne  trempe.  Ne  l'a vez-vous  jamais  esprouvée  ? 

Ouy  d.i,  et  plusieurs  fois.  le  I'ay  frappé  trois  fois  de  suite 
sur  une  table,  sur  un  licl  et  sur  l'eau  et  si  elle  n'est  pas 
faulsée . 

11  la  faudra  esmoudre,  fourbir  et  aiguiser  un  peu  la  poincte. 

Où  avez-vous  pesché  ceste  antiquaille  ? 

le  I'ay  prise  en  l'arsenal  de  la  villette  de  N.  qui  dernière- 
ment nous  fut  donnée  en  pillage.  Il  n'esloit  guère  bien  fourni 
d'artillerie,  mais  il  y  avoit  force  mousquets,  cuiraces,  et  de 


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LA  va  A   STHASBOUHO  S21 

toutes  sortes  d'armes  de  vostre  métier  aux  rasleliers,  savoir 
est  des  espadons  ou  espées-k-deux-mains,  un  estoc,  espée  de 
duel,  item  une  espée  de  cheval,  une  espée  de  chasse,  un  bra- 
quet, un  malchus,  un  sable  ou  cimeterre,  une  espée  rabbalue 
ou  fleuret,  une  bayonnelte,  dague  et  poignard.  Une  halebarde 
une  parthisane  ou  pertuisane  avec  la  crespine  de  soye,  et  la 
hante  parsemée  de  doux  à  testes  iaunes,  un  espieu,  une 
iaveline  ou  iavelot. 

CHAPITRE   SOIXANTE-SEPTIÈME 

De  nngénienr 

Vous  entendez-vous  bien  k  la  rortification  ? 

Si  peu  que  rien,  la  plus-part  de  ce  que  i'y  sjay  est  de  sca- 
voir  discerner  les  parties  par  leur  figure,  et  les  nommer  par 
leurs  noms. 

Obligez-moy  de  me  les  raconter. 

Premièrement  ce  qui  rend  une  place  forte  est  l'assiette,  les 
rempars,  avec  les  murailles,  parapt'ts,  plattes-formes,  terre- 
pleins,  faussebraye,  escarpe,  bastions  ou  boulevarts,  caval- 
liers,  casemattes,  tours,  tourions,  demi-lunes,  cornes,  fossez 
en  dos  d'asne  ou  en  laïus,  k  fond  de  cuve,  au-delk  desquels 
sont  les  palissades,  la  lontrescarpe,  le  corridor  ou  chemin 
couvert,  le  banquel,  tes  barricades,  st-ccades,  l'esplanade,  les 
fortifications  de  dehors  que  l'on  nomme  en  quelques  lieux  les 
dehors,  comme  forts  royaux  et  esloilles,  retrenchemens. 

Quelles  sont  les  parties  d'un  bastion  ? 

La  face,  les  espnules,  les  dancs,  qui  flanquent  la  courtine. 
J'ay  oublié  de  vous  dire  les  tenailles,  les  canonnières,  corps- 
de-garde  et  cschauguellcs  on  sentinelles,  Une  ville  qui  a  toutes 
ces  parties,  et  n'est  commandée  d'aucune  montagne  semble 
imprenable.  Si  est-ce  quelle  ne  l'est  pas,  car  ce  que  les  mains 
des  hommes  peuvent  fiiire,  elles  !e  peuvent  aussi  desfaire  par 
des  inventions  et  ouvrages,  dont  voicy  les  noms  Pour  assié- 
ger une  vilte  et  In  prendre,  on  lait  les  approches,  trenchées, 
travers,  redoutes,  batteries  pour  faire  la  brèche,  des  galleries, 
pour  miner  le  rempar  et  le  faire  sauter,  le  fossé  estant  comblé 


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639  nevuK  d'alsacb 

de  fascines  et  saulsices  (si  on  n'en  est  empesché  parune 
conlremine),  et  puis  monter  à  r»ssaut. 

Quelles  gens  a-on  pour  faire  tout  cela  ? 

Des  pîooniers  avec  leurs  pics,  paeles,  sappes,  boyaux, 
hottes,  brouettes  et  clayes.  Si  le  terroir  est  marescageux,  ou 
a  des  poseracques  pour  le  mettre  ik  sec,  comme  Messieurs 
les  Estats  avoieot  devant  Boisleduc,  qu'on  prononce  Bolduc. 
Pour  bien  faire  ceeouvrages  et  coramodf^ment  plan  ter  le  camp 
du  siège,  il  faut  bien  recognoislre  la  ville,  ou  en  avoir  le  plan 
bien  tracé. 

CHAPITRE  SOIXANTE-HUICTIÈME 

Da  Serrarier 

Allez  quérir  un  serrurier  pour  lever  la  serrure  de  la  porte 
de  mon  cabinet  (1)  ;  car  ni  crochet,  ni  passeparlout  ou  rossi- 
gnol ne  la  sçauroient  ouvrir,  parc€  qu'elle  est  double,  et  a  de 
bonnes  garnitures. 

Avez-vous  enfermé  la  clef  dedans  ? 

Ouy,  comme  l'en  suis  sorti  en  haste. 

Pour  remédier  h  cet  inconvénient,  on  fait  en  noslre  pays 
des  serrures,  qui  ne  se  peuvent  fermer  qu'avec  la  clef:  par 
ainsi  on  ne  la  peut  oublier  dedans,  et  n'est  besoin  d'envoyer 
quérir  le  serrurier,  si  non  quand  un  larron  a  faulsé  ou  pluslot 
forcé  la  serrure  en  la  voulant  ouvrir  avec  quelque  ferrement, 
ou  clef,  qui  ne  s'y  rapporte  pas. 

Voicy  le  serrurier. 

Bonjour,  Monsieur.  Qu'y  a  il  ii  faire  icy  ? 

Mon  maistre,  i'ay  derechef  oublié,  comme  la  semaine 
passée,  la  clef  de  mon  cabinet  au  comptoir,  pendue  à  mon 
poulpitre  :  mai»  pour  obvier  à  l'avenir  h  ce  fréquent  incon- 
vénient, ie  l'osteray  hors  du  clavier,  et  la  sépareray  de  celles 
du  pulpilre  et  du  coffret. 

I'ay  donc  bien  fait  d'avoir  apporté  mon  marteau,  mes 
tenailles  et  des  doux:  car  tous  mes  engins,  que  voicy,  n'en 

(1)  .■ichveibttûblein  oiier  Cavetlein. 


,yGotiglc 


LA    TIB   A   STHASBOnnO  5z3 

sçauroient  venir  J»  bout  sans  lever  la  serrure. 

Combien  prenez-vous  pour  la  façon  d'une  clef? 

Selon  qu'en  sont  les  gardes  :  trois  sols,  six  sols  ;  selon  l'ar- 
gent l'ouvrage. 

l'ay  une  vieille  serrure,  dont  le  ressort  est  gasté,  et  la  clef 
enroilillée.  le  voudrois  que  vous  me  la  desroûillassiez,  et 
racommodassiez  comme  il  faut. 

CHAPITRE  SOIXANTE-NEUVIÈME 

Du  Verrier 

Va  quérir  le  verrier  de  dessus  la  place  des  Deschaussez.,  ioî- 
gnant  l'appenli  et  le  vendeur  de  farine  sourdaut  (1),  pour 
refaire  nos  vitres.  Il  y  a  deux  ou  trois  rondeaux  cassezen 
noslre  poille  et  quatre  losengesen  noslre  chambre. 

Oui  les  a  cassées  lîi-hnut  ? 

Les  mescbants  garsons  de  la  rue  en  iottant  'a  la  balle. 

Vos  fenestres  sont  garnies  par-dehors  de  bons  eventil- 
lons  (2),  mais  non  les  nostres  :  elles  n'ont  que  des  volets  par 
dedans. 

Le  voicy,  Madaim,  avec  son  panier  plein  de  rondeaux, 
losenges,  quarrcaux  et  triangles.  Il  a  aussi  son  esmery  (3), 

Qu'y  a-il  à  refaire  icy.  Madame  ? 

Voyez  vous-mesme  ce  qui  manque  à  ces  vitres. 

(4)  Au/fm  Parfùêserplalt  nebendem  Vberhang.  Place  Kléber 
actuelle.  Son  nom  sncieD  lui  venait  d'un  couveiiL  de  cordelicrs 
fondé  en  lâ30  A  l'endroit  oi)  se  trouve  acluellemeal  l'Aubelle.  La  ' 
parlic  poslérieiire  du  couvent  louchait  au  Fosaii  dea  Tanneurs  sur 
lequel  élaitjclé  un  poni:  non  loin  de  là  se  irouvail  le  Rintburge- 
tor  (porta  boum,  porte  dalanl  de  l'ancienne  enceinte  el  par  laquelle 
on  faisail  sortir  les  Iroupeaus  de  la  ville)  qui  fui  démolie  en  1321 
et  sur  son  emplacement  on  éleva  le  Pfenniytkarm  pour  conser- 
ver les  deniers  de  la  ville  et  les  archives. 

(2)  Ltpden.  Uans  te  Icxie  allemand  D.  Marlin  ajoule  que  les 
Tolels  inlérieurB  étaient  en  usage  à  Paris. 

(3)  Mit  veinent  bogenkorb  voll  sc/ieiben,  rauten,  vierteln  und 
kornaffen.  Er  haï  auc/i  ein  schmirgtl  hey  aick. 


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BU 


BIWB  D  ALS&CB 


En  vérité  elles  sont  bien  malades,  vous  en  devriez  faire 
faire  de  neuves  en  la  place  :  car  encor  qu'il  n'y  aye  que  trois 
ou  quatre  rondeaux  de  caasez  tout-à-fait,  la  plus  part  des 
autres  sont  feslez,  le  plomb  est  vieus,  et  ne  lient  plus 
guère  (i)  :  les  vergettes  sont  destachées,  et  le  premier  tour- 
billon de  vent  qui  y  viendra  heurter,  enfoncera  tout  dedans. 

Despendez  les  donc,  et  les  portez  en  vostre  logis,  pour  les 
refaire  comme  il  faut,  les  châssis  sont  encore  bons,  l'ay  veu 
cesle  semaine  un  char,  venant  d'une  verrière,  arreslé  devant 
vostre  maison,  quelle  belle  marchandise  vous  a-on  amenée. 

Des  verres  communs  de  feuchère  (2),  d'autres  de  crystal, 
des  verres  k  distiller,  des  bouteilles  de  toutes  fafona,  petites, 
moyennes  et  grandes,  de  rondes  et  quarrées,  des  attrape- 
mousches,  des  bouteilles  clissécs,  des  pistolets,  trompettes, 
fourchettes  et  gargoililies  pour  les  biberons  (3).  Nous  avons 
aussi  des  verres  si  espais,  que  les  bons  compaignons  les  ayans 
vuidez,  jettent  pardessus  leurs  testes  ou  derrière  la  porte  sans 
les  casser,  si  d'advenlure  ils  ne  tombent  trop  rudement  sur 
un  clou  ou  quelque  autre  fer. 

CHAPITRE  SEPTANTIÈMG 

Bu  Sorcier  et  de  la  Sorcière  (4) 

Quelles  gens  sont-cc  qu'on  appelle  sorciers  t 
Ce  sont  proprement  des  hommes,  qui  ayans  renonces  k  leur 
baplesme  et  k  leur  Créateur,  et  receus  la  marque  du  Grand- 
Guillaume,  du  Diantre  (5)  ou  on  bon  François  du  Diable  d'un 

(1)  Undhebt  nick  mehr. 

(2)  Gemeine  t/lœser  von  farenipgchen. 

(3)  Muckenglttter,  (letieunte  Glceser,  pistolen,  trommrten, 
gabeln,  und  engster  oder  gutter  fur  die  Weingitryeln 

(4)  Pour  plus  de  détails  voir  reicellenle  étude  de  It.  Rciiss.  La 
Sorcellerie  aa  XVI  et  au  XVII"  siècle  (l'uris  1871),  puis  Slœber 
die  Hej:enprocesieimElaass{\\Mi\B.\^iï).  —  Y^^:\t  Hexeitwahn 
iind  ffe^enprocease  inderehenalitfi-nHeichsstadl und  /.andoog- 
tei  Hagenau  (Hagenuu  18fl3)  —  Levrault  Procès  de  torcellerie 
en  Alsace  (Revue  U'AlBace  t8;-t3). 

(5)  Teuhencket. 


U   Vu  A    STRASBAURO  SiS 

coup  de  griffe  profondément  empreinte  en  quelque  endroict 
de  leur  corps,  en  signe  qu'ils  sont  devenus  ses  esclaves, 
s'addonnent  par  son  commandement  à  destruire  les  œuvres 
de  Dieu,  faisans  mourir,  ou  du  moins  estropians  gens  et  bes- 
tes  par  le  moyen  des  drogues  et  poisons  diaboliques,  qu'ils 
mettent  ou  jettent  en  un  lieu  par-où  doit  passer  celuy  qu'ils 
veulent  faire  mourir  ou  maléllcier,  appelans  cela  ielter  le  sort 
sur  quelqu'un,  et  de  ce  mot  sort  (en  latin  sort)  est  venu 
sorcier,  sorcière,  sorcellerie,  ensorceller. 

Ne  se  servent-iU  point  d'aulrea  moyens  ? 

Ouy  dà:  ils  estropient  au  font  clocher  un  cheval  en  le 
frappant  de  la  main  ou  d'une  houssine.  Une  sorcière  ayant 
un  jour  donné  un  morceau  de  tourteau  à  une  autre,  icelle 
après  l'avoir  mangé,  fut  trouvé  avoir  un  couteau,  des  doux, 
de  la  bourre,  des  cheveux,  etc.  dans  une  apostume,  qui  s'éleva 
en  son  corps.  Telles  gens  aussi  font  (à  leur  advis)  élever  des 
tempestes,  geler  les  vignes. 

Quel  plaisir  prennent-ils  &  celk  ?  puis  qu'ils  sentent  eux- 
mesmes  une  partie  du  dommage  par  la  cherté  du  blé  et  du 

Par  l'instigation  de  Satan  (qui  est  à  dire  adversaire  haineux) 
ils  se  bruslent  pour  eschauiïer  leur  prochain,  et  prennent 
plaisir  Ii  destruire  les  œuvres  de  Uieu,  à  l'exemple  de  leur 
maistre-mousche  Beelzebub,  qui  s'appelle  aussi  Sathan  avec 
un  H,  du  mot  hébreu  Nalhas  renversé,  qui  signilie  destruire, 
par  ce  qu'il  est  l'Ange  Destructeur. 

Quel  loyer  leur  donne  en  ce  monde  te  Prince  des  ténèbres, 
pour  récompense  de  leurs  services  si  fidèlement  rendus  ? 

Rien  autre  que  des  danses  et  banquets  imaginaires,  qu'ils 
font  en  leur  sabat  (1),  qui  est  une  assemblée  nocturne  de 
sorciers  et  sorcières  de  divers  pays,  en  un  bois  ou  sur  une 
montagne 

Comment  s'y  peuvent  rendre  si  tost  des  gens  de  si  loing  î 
car  en  telles  assemblées  se  trouvent  souvent  des  personnes 
éloignées  de  plus  de  cent  lieueus  de  li. 

Ils  se  graissent  d'un  onguent  diabolique,  se  mettent 
ji-chevauchons  sur  un  manche  de  balayou  queuS  de  ramon, 

(I)  Die  aie  auf  ihrem  Beyberg  hatlen. 


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S26  *  BSVDB  d' ALSACE 

et  là-dessus  (romme  par  le  chevalet  de  Pacotel)  sont  emportés 
par  la  chemiaée,  comme  en  un  instant,  au  lieu  assigné.  Lk 
ils  font  hommage  au  Diable  en  forme  de  bouc,  le  haîsans  au 
derrière:  puis  se  metlei>t  à  table  bien  couverte  de  quartiers 
de  chevreux,  de  grives,  cailles  et  perdrix  en  apparence,  dont 
quelques-unes  ayant  rapporté  ans  morceaux  enveloppez  en 
leur  mouchoir  au  logis,  on  a  trouvé  que  c'estoit  de  la  cha- 
rogne de  la  voierie,  des  grenoililles  et  crapeaux.  et  le  tout 
non  salé. 

C'est  donc  de  \h  que  vient  le  proverbe,  dont  on  use  envers 
les  servantes,  qui  oublient  de  mettre  la  salière  sur  la  table, 
lorsqu'on  leur  dit,  comment  carogne  nous  veux-tu  faire  faire 
un  repas  de  sorcières,  sans  sel  t 

Vous  avez  raison.  Après  ce  beau  repas,  ils  s'empoignent 
tous  par  les  mains,  et  dansent  un  branle  ou  une  danse  en 
rond,  les  visages  tournés  en-dehors  au  son  de  quelque  mes- 
chant  violon,  cornemuse  ou  sifflet. 

Quelles  gens  sont  ce  ceux  qu'on  appelle  magiciens  et 
négromantiens? 

Ce  sont  sorciers  scavans,usansdeconjuratioas,faisansdes 
cernes  (i)  et  invoquans  les  esprïls  malings  en  lisant  dans  un 
grimoii'e  (2). 

Quelle  fin  prend  une  telle  vermine  ? 

Ue  telle  vie  telle  fin.  Ils  meurent  ordinairement  du  chaud 
mal,  ou  de  la  (leuvre  chaude,  pour  avant-ieu  de  la  fournaise 
infernale  ;  car  il  n'v  a  ni  apparence,  ni  espérance  que 
celuy,  qui  a  commis  félonnie  contre  son  Créateur  et  Seigneur, 
pour  se  rendre  esclave  d'un  bourreau,  qui  attend  luy-mesme 
son  supplice,  doive  eslre  fait  cohériiier  du  Fils  de  Dieu, 

Que  vous  semble  des  Egyptiens  qu'on  appelle  aussi 
Bohémiens  el  Irlandois  en  France,  en  Italie  Zingari,  en  .\lle- 
magne  Zigœiner  ou  Hei/den  qui  disent  la  bonne  adventure 
k  la  sotte  populace,  ne  sachanspas  la  leur  propre. 

Je  les  tiens  pour  cousins-germains  des  susdits  (3). 


(i)  Circ/cel 

(2)  Ein  achwarUkûnttlersbuch. 

(3)  Sie  seind  vier  hoten  eintt  tuchê. 


db,  Google      _A 


LA.   VIB   A    STtlAgBOtniC  S2? 

De  qnoy  est-ce  que  ces  vagabonde  se  nourrissent;  n'ayans 
nulle  demeure  asteun^e  ? 

Ils  savent  iouër  des  tours  de  passe-passe,  et  faire  passer 
l'ai-gent  de  la  bourse  des  gens  en  la  leur:  desrobent  à  toutes 
mains,  gaignenl  de  l'argent  a  dire  les  vérîtez  aux  curieuses  et 
lascives  gurses,  et  volages  garnemeus. 

Tout  beau.  Monsieur.  11  y  a  de  braves  gens  qui  leur  vont 
monstrer  leurs  mains,  afin  que  par  l'inspection  des  lignes 
d'icelles,  ils  puissent  apprendre  ce  qui  leur  doit  arriver. 

0  que  vous  estes  simple  I  Pensez-vous  donc  qu'il  n'y  ait 
que  les  ge:is  de  bas  estât  capables  de  folie?  le  tiens  et  soustiens 
tout  le  contraire,  savoir  est  qu'il  y  a  plus  de  fols  de  qualité 
que  d'autres,  el  le  prouveray  quand  la  nécessité  le  requerra, 
il  est  bien  vray  que  c'est  un  paradoxe,  par  ce  que  la  sagesse 
d'un  pauvre  est  estimée  folie  el  qu'au  rebours  les  folies  d'un 
riche  s'appellent  sagesse,  ou  du  moins  galanteries,     j, 

Sont-ils  Egyptiens,  comme  ils  se  disent,  et  que  leur  couleur 
le  semble  tesmoigner  ? 

Nenny,  autant  que  moy  ou  vous  ;  mais  ils  se  graissent  tout 
le  corps  d'un  onguent  composé  pour  la  plus-part  (comme  on 
dit)  de  graisse  d'oye,  qui  les  noircit  de  la  sorte  el  rend  insen- 
sibles au  froid,  tellement  qu'au  cœur  de  l'hyver  ils  courent 
nuds,  mesmes  descbaux  parmi  la  neige,  avec  leurs  enfantons 
qu'ils  traînent  de  mesmes  après  eux.  Or,  encepoinct  void-on 
bien  qu'ils  savent  plus  que  leur  pain  manger,  qu'estant  logez 
dans  une  grange,  ils  lonl  du  feu  grand  et  clair,  dont  la  llamme 
louche  les  gerbes,  la  paille  et  foin  sans  rien  allumer,  et  cepen- 
dant demeurent  sans  aucune  appréhension  assis  ou  dormans 
à  l'entour. 

De  quel  pays  sont-iis  donc? 

le  ne  siy,  ils  parlent  ordinairement  la  langue  du  paysdvec 
les  cstrangers,  mais  entre  eux  ils  ont  un  langage  particulier 
qu'on  appellejargon  (i). 

Et  de  ceux  qui  vont  aux  devins,  ou  font  tourner  le  tamis, 
quand  ils  ont  perdu  quelque  chose,  pour  savoir  qui  l'a 
trouvée  ou  desrobbée,  qu'en  dites-vous  ? 

le  le  mets  au  nombre  des  novices  et  apprentifs  de  Lucifer. 

(1)  Rot/noeUck. 


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Sz8  HBTDK    D  ALSACX 

Pourquoy  cela?  voua  estes  bien  rigoureux  en  vos  ju^- 
menst:  est  ce  si  grand  mal  de  dire  quelques  mois  de  nulle 
importance,  après  lesquels  si  on  nomme  le  nom  de  celuy,  quj 
»  la  chose  perdue,  le  crible  ou  tamis  posé  en  balance  sur  la 
poincle  d'une  force,  tourne  de  soy-mesme  ? 

Ne  croyez  pas  celï  :  un  corps  inanimé  ne  se  peut  mouvoir 
de  Boy  mesme,  si  non  vers  son  lieu  naturel,  et  siège  de  son 
élément.  C'est  pourquoy  il  faut  tenir  pour  asseuré  que  ce 
tamis  n'ayans  pas  plus  d'inclinalion  k  se  mouvoir  de  caste,  et 
se  tourner  au  son  delà  prononciation  d'un  nom  que  de  l'autre, 
il  s'en  suit  qu'il  est  poussé  par  un  esprit,  non  de  lumière, 
mais  de  ténèbres  :  puis  que  nous  n'avons  nulle  promesse  fin 
\a  saincte  Escriture,  ni  nul  exemple  que  les  bons  anges  de 
Dieu  comparoissent  au  gré  de  chasque  galefrelier  (1)  bartto- 
tant  des  paroles  barbares,  pour  leur  faire  retrouver  une  pièce 
d'argent  ou  de  ménage. 


CHAPITRE  SOIXANTE-ONZIÈME 
Dn  Berlandier  (2) 

l'ay  souvent  ouy  parler  des  berlandiers  sans  entendre  que 
c'est  ;  rendez-moy  un  peu  plus  savant,  ie  vous  en  prie. 

Vous  estes  encore  bien  de  vostre  pays  (3)  comme  ie  voy  : 
c'est  un  fripon,  qui  du  ieu  en  fait  un  mestier:  h  qui  on  trouve 
plus  tosl  un  ieu  de  caries  dans  la  poche,  qu'un  livre  de  prières 
ou  de  psea urnes,  qui  n'os^  sortir  en  rue  sans  avoir  sur  soy 
une  couple  de  dez,  de  peur  que  le  Diable  ne  le  prenne  sans 
verd:  qui  est  quasi  jour  et  nuict  es  brelands,  que  profané- 
ment  ils  appellent  Académies  ou  Cadcmles  de  ieu  :  comme  les 
bordeaux  ou  bordels,  Académies  d'amour. 

Mais  que  veut  dire  ce  mot  Berland  ?  car  ayant  la  racine,  ie 
viendray  bien  au  Ironc  et  aux  branches. 

(1)  EinKahler  Bernheiter. 
(8)  Vont  Rasster  oder  ex-profeaao  Spieler. 
(3)  Ihr  itt/d  nicht  weit  her    fripon  —  tchlemmer  ;  poche  — 
futtertack. 


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U   VIE  A   STRiSBODRG  OZU 

C'est  proprement  un  recoin  caché,  ou  logis  secret,  où  les 
fainéants,  garnemens,  Tripons,  filous,  escrocs  (1),  et  sembla- 
bles canailles,  gens  de  sac  et  de  corde  s'assemblent  pour 
joner,  et  attraper  l'argent  les  uns  des  autres  en  trichant. 

Hais  quand  ils  entrent  en  dispute  ou  castille  qui  est  ce  qui 
les  met  d'accord,  n'y  a-il  personne,  qui  par  son  authorit^ 
décide  leurs  dilTérens. 

Es  disputes  du  berland  le  Diable  y  est  président.  Le  Père 
de  discorde  en  voyant  deux  piquez,  l'un  contre  l'autre,  pour 
avoir  pipé  les  dez(2),  oujoué  quelque  autre  tour  de  souplesse, 
excite  ces  pendards  l'un  contre  l'autre,  les  pousse  k  renier, 
renasquer,  maugréer  et  diablasser,  et  (inalement  à  ruider  la 
querelle  k  belles  gourmades,  coups  de  couteaux,  poigualadcs 
ou  estocades. 

Où  pensez-vous  que  ces  Ames  acharnées  l'une  contre 
l'autre,  vont,  s'estant  ainsi  délogées  de  leurs  corps. 

Le  jugement  n'en  est  pas  k  nous,  qui  devons  estre  jugez; 
toutesfois  il  est  ti  présumer  qu'ayans  suyvi  la  piste  ou  trace 
du  vieux  Dragon  ou  Serpent  iusqu'au  dernier  souspir,  elles 
n'arrivent  pas  au  sein  d'.\brËhan],  mais  vont  se  loger  chau- 
dement pour  leur  hyverau  poile,  où  se  rostissent  les  pomn-es 
sur  la  fenestre  (3),  au  logis  appelle  Nebenauss  par  les 
Allemands. 

Pour  conclusion  dites  moy  d'où  vous  penses  que  puisse 
avoir  son  origine  ce  mot  de  Berland, 

le  ne  say,  s'il  ne  vient  pas  d'adventure  de  l'bébreil  Borlal, 
c'est  k  dire  fosse  cachée. 

CHAPITRE  SOIXANTE-DOUZIÈME 

Du  Joaenr  de  quilles 

Ponrquoy  avez-voas  la  mine  si  endormie  ? 
C'est  pitr  ce  que  ie  n'ay  pas  dormi  mon  saAul  cette  nuict  ; 
car  ie  me  couchay  hier  k  une  heure  après  minuict,  et  me  suis 

(i)  Betchisiene  diib  und  ichmaroUer. 

(2)  Wegen  Knùpfung  der  Wûrfet;  pendard  —  Galgmtvœgel; 
diablasser  —  den  Teufel  im  Maul  herumbfû/trtn. 

(3)  Dcerinnen  mandieœpffelauffm  timbter  brœtet. 


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530  RBvuB  d'alsacb 

levé  k  six  heures  ;  voilk  pourquoy  ie  suis  d'advis  de  me  ieeler 
en  chausses,  et  pourpoint  sur  mon  lit  incontinent  après  le 
disner  pour  faire  un  petit  sommeil  (1). 

L'escole  de  Salerne  enseigne  que  le  sommeil  est  mal  sain 
après  midi.  11  vaudrait  beaucoup  mieux  vous  divertir,  et 
chasser  le  sommeil  par  quelque  exercice  du  corps. 

Et  quel  exercice  ?  ie  ne  monte  point  à  cheval,  ne  tire  point 
des  armes,  ne  fay  point  de  la  pique,  et  ne  say  jouSr  à  la 
paume,  ni  au  ballon. 

l'ay  envie  de  faire  une  promenade  hors  de  la  ville  après  le 
disner,  si  vous  en  voulez  estre,  nous  cberclicixtus  une  couple 
de  bons  amis  pour  passer  le  temps  ensemble  h  jouEr  aux 
quilles  en  nostre  jardin;  par  ce  que  ie  ne  suis  pas  aujour 
d'huy  en  bonne  humeur  d'estudier. 

le  suyvray  voslre  conseil,  puis  qu'il  est  profitable  à  ma 
santé,  et  vous  iray  trouver  en  vostre  logis  entre  midi  et  une 
heure. 

Hé  bien,  i'envoyeray  un  peu  devant  nostre  servante  à  mon 
compatriote  N.  le  prier  de  venir  chez  moy,  et  d'amener  son 
camarade  (2)  avec  eoy,  pour  pouvoir  iouër  deux  à  deux. 

Qui  est-ce  qui  dressera  nos  quilles?  Quant  &  moy,  ie  suis 
trop  lasche  et  paresseux  aujourd'huy  pour  me  baisser  si 
souvent. 

l'y  mettray  ordre,  c'est  à  faire  à  un  sol  que  nous  donne- 
rons au  premier  garçon  que  nous  rencontrerons. 

A  Dieu  donc  iusqu'au  revoir. 

A  Dieu,  Monsieur,  ne  manquez  pas  de  venir;  nous  vous 
attendrons. 

Dieu  vous  gard'  Monsieur,  me  voicy  desjh.  Les  autres  ne 
sont-ils  pas  encore  venus  ? 

Nenny,  mais  ils  m'ont  fait  dire  que  nous  allassions  devanl. 
et  qu'ils  nous  suivroient  bien  tost  après.  Ils  savent  bien  où 
est  ie  jardin.  Allons  devant.  Voicy  tout  k  propos  un  garçon 
mendiant  qui  sera  très  aise  de  gaigner  un  sol,  et  un  morceau 
de  pain  à  dresser  nos  quilles. 


(1)  Ein  nickerUin. 
(î)  Stubengetellen. 


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LA   VIB  A   STRASBOURG  531 

Garçon,  veux-tu  dresser  des  quilles  en  un  jardin  ?  et  nous 
te  donnerons  un  sol,  grand-blanc  ou  douzain  avec  un  bon 
morceau  de  pain  pour  ton  gouster. 

Ouy-dà,  Monsieur,  où  est-ce  t 

Suy-nous  un  peu  de  loing,  nous  y  allons.  Voicy  le  jardin  : 
la  porte  est  ouverte,  il  y  aura  desjk  quelqu'un.  Entre,  et  va 
quérir  les  quilles  et  boules,  qui  sont  en  la  maisonnette,  et  les 
dresse  sur  le  quillier  de  pierre  de  taille,  qui  est  sous  ceste 
treille  (1).  Voicy  venir  nos  gens.  Soyez  les  bien  venus, 
Messieurs,  vous  venez  tout  à  propos.  Nous  ne  faisons  que  de 
quitlei  les  manleaux. 

Nous  en  ferons  de  mesme,  cor  la  haste  et  la  chaleur  du 
soleil,  nous  ont  lassez  et  eschaufTez. 

Reprenez  un  peu  haleine  sur  ce  banc  k  l'ombre  :  et  cepen- 
dant nous  adviserons  comment  nous  iougrons. 

le  n'y  say  point  d'autre  difTiculté  que  de  iecter  la  boule,  et 
quiller  h  qui  sera  le  plus  près,  aQn  que  les  deux  plus  proches 
soient  ensemble  et  compagnons,  et  ayent  la  boule,  et  que  les 
deux  autres  monstrenl  le  icu.  Outre  cela  il  nous  faut  tomber 
d'accord,  à  combien  nous  louerons  :  si  la  Dame  vaut  neuf  ou 
non:  si  celuy,  qui  brusle,  perd  leieu,  comme  en  France,  ou 
recule  de  neuf,  n'en  ayans  plus  que  quinze,  comme  en 
Allemagne. 

le  suis  d'advis  de  ne  rien  innover  auxcoustumes  d'icy, 
car  la  maxime  publique  chante,  qu'il  nous  faut  trouver  et  non 
apporter  les  loix  et  coustumes  en  un  pays,  que  tout  change- 
ment est  dangereux  :  partant  nous  Jouerons  h  vingt-quatre,  la 
dame  vaudra  neuf,  pour  proche  que  soit  le  ieu  :  qui  brusiera 
n'en  aura  plus  que  quinze:  qui  ne  fera  rien  de  venuG,  ne 
pourra  rabbattre.  La  question  est  seulement  de  ce  que  nous 
louerons,  car  il  n'y  a  point  de  plaisir  de  se  peiner  pour  néant. 

loUons  un  pot  de  vin,  s'il  vous  plaît. 

Excuaez-moy,  Monsieur,  il  vaut  mieux  ioûer  de  l'argent; 
car  i'ay  desia  mis  ordre  qu'on  nous  apporte  de  nostre  logis 
une  bouteille  de  vin  avec  une  miche  de  pain. 

l'en  suis  content:  pourveu  que  nous  ne  joûyon^  pas  trop 
gros  ieu,  car  ma  bourse  est  bas  percée. 

(1)  Rebheld. 


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532  REVUE  d'alsace 

Nous  jouerons  seulement  un  plappard,  ou  dix-huict  deniers 
h  chasque  ieu,  nous  ne  ioflous  pas  pour  ravarir". 

Soit,  i'en  suis  bien  content  pour  ma  part. 

Et  moy  aussi,  quillons,  iectcz  la  boule.  Gare  les  iambes. 
Elle  est  quasi  trop  loing  :  toutesfois  nous  avons  de  bons  bras. 
Le  premier  va  devant,  ie  m'en  vay  quilier.  Courage,  me  voilà 
tout  auprès  de  la  boule. 

Et  moy  guère  loing  ;  j'espère  que  nous  serons  compagnons. 

Aussi  sommes-nous.  Monslrez  le  ieu  Heijsieurs. 

louez  de  là,  c'est  un  beau  ieu  pour  faire  la  Dame. 

Hé  bien,  i'y  viseray.  LS  voilk  par  terre.  Neuf  à  rien. 

l'y  viseray  aussi  ;  mais  ie  ne  say  si  ie  seray  si  adroict  que 
(le  l'assener  toute  seule. 

La  voilà  aussi  bas,  mais  elle  a  deux  compagnes.  C'est  tout 
un,  i'cn  ay  trois  à  neuf,  l'addresseray,  peut  estre.  In  seconde 
fois. 

C'est  à  moy  îi  rabbattre.  En  voilà  cinq.  Quatorze  k  trois. 

Vous  courrez  bien  visle,  si  vous  nous  T'atteignez.  Rabattez 
aussi,  mais  pietez  bien. 

Ne  vous  en  mettez  point  en  peine,  et  ne  comptez  Jamais 
quatre,  que  vous  ne  les  ayez  dans  le  sac.  le  ne  vous  donne 
pas  encore  gaigné.  En  voilà  six,  qui  avec  les  trois  font  neuf. 
Si  mon  compagnon  me  seconde  bien,  nous  rendrons  te  jen 
bien  douteux,  et  si  le  vostre,  qui  n'est  pas  grand  abbatteur  de 
bois,  pouvoit  faillir  de  venue,  ie  ferois  mon  conte  de  gaigner 
par  ce  que  nous  aurions  sur  vous  l'avantage,  que  vous  avez 
sur  nous. 

louez  donc.  Monsieur. 

Geste  boule  est  trop  pesante,  j'ay  grand  peur  de  ne  rien 
faire. 

Roulez-la  seulement  droict  au  quillier,  le  chemin  est  uni  : 
vous  serez  bien  maladroict  si  vous  n'en  faictes  une,  pour 
pouvoir  rabbattre. 

A  lasl  la  boule  m'est  échappée:  elle  n'ira  pas  iusquesaus 
quilles. 

Si  fera  :  mais  elle  passe  sans  rien  faire. 

le  serois  bon  roulier,  ie  charrie  droict  :  mais  i'en  suis  mal 
salarié, car  i'en  perds  le  rabbat. 

Courage,  compagnon:  ils  ont  perdu  leur  avantage:  ne  vous 


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LA   VI£  A   STBASBOrilG  S33 

amusez  point  h  la  Dame,  mais  abbattez  le  plua  de  quilles  que 
vous  pourrez. 

le  suis  de  votre  advis,  il  vaut  mieux  ioûer  au  seur.  En 
voilà  cinq,  qui  avec  nos  oeuf  en  font  quatorze  :  oous  sommes 
tant  k  tant,  et  si  ay  encore  mon  rabbat  de  bon.  En  voilà 
encore  cinq.  Contez,  pendant  que  i'aideray  k  dresser  mes 
quilles. 

Nous  en  avons  dix-neuf  h  quatorze. 

Donnez-moy  vostre  boule,  faible  compagnon  :  ie  ne  voudrais 
pas  qu'elle  fust  plus  légère  pour  moy.  Il  me  faut  faire  la 
Dame  encore  une  fois,  autrement  nous  sommes  décrottez,  et 
avons  perdu.  La  voilà  derechef  abbattuS,  mais  ma  boule  est 
bien  éloignée  des  quilles  :  ie  doute  fort  si  l'en  pourray  rabbattre 
une  toute  seule  de  si  loing. 

Compagnon,  ie  vous  prie  de  ne  vous  point  éloigner  du 
quillier,  et  n'en  faire  qu'une  ou  deux  :  car  ie  sayasseurémenl 
que  Mr  N.  bruslera  de  là  où  il  est,  s'il  piëte  bien,  ou  ne  fera 
rien  du  tout. 

Hé  bien,  en  voilà  deux,  nous  en  avons  vingt-une,  et  ay  la 
main  aux  quilles;  ie  ne  saurois  manquer  d'en  faire  trois,  si 
nostre  contre  partie  manque  à  faire  sa  quille. 

Prenez  bien  garde  h  vous,  M.  c'estuncoup  départie.  Prenez 
cesle-Iîi  par  la  poincte. 

La  voilà  bas.  Hé,  courage  !  vous  devez  Messieurs. 

Il  est  vray,  nous  le  confesson=,  prenez  l'argent  :  mais  laissez 
vostre  enjeu  ;  car  nous  voulons  avoir  nostre  revenche.  Peut 
esire  que  te  ieu  nous  en  dira  mieux  à  ceste  heure  que  nous 
avons  la  boule. 


CHAPITRE  SOIXANTE-TREIZIEME 


Du  Joueur  de  dez 


Qnelle  est  vostre  opinion  louchant  le  ieu  des  dez  f 
C'est  un  ieu  de  laquais,  soldats,  goujats  et    berlandiere, 
inventé  pour  attraper  le  bien  d'autniy.  Uu  tel  gain  et  acquest 


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S34  RRVUB  n'ALSACK 

ne  vaut  guère  mieux  qu'un  larcin,  car  ces  Joueurs  usent  de 
toutes  sortes  de  ruses  pour  dupperles  simples  en  cbarmaDt 
et  escamotant  les  dez,  qui  sont  de  petits  os  en  forme  cubique. 
C'est  pourquoy  ces  pendards  ne  se  flans  plus  les  une  aux 
aux  autres  ne  laissent  plus  manier  les  dez  à  la  main,  mais 
les  iettent  dans  un  cornet  (1),  et  avec  iceluy  les  lancent  sur 
la  table. 

On  auroit  tort  de  me  mettre  au  rang  de  ces  gens-là  :  car  ie 
n'en  ayiamais  manié  que  pour  iouër  au  trictrac,  et  mesme  il 
n'y  a  pas  plus  de  trois  sepmaines  que  ie  say  (2)  que  c'est 
d'ambezas,  double  deux,  ternes,  quadernes,  quines,  senes,  et 
un  poinct. 

Une  telle  ignorance  vous  tourne  plus  «  loQange  qu'à 
blasme;  cari'ay  leu  un  proverbe  latin,  qui  dit  que  Quo 
peritior  aleœ  magisler,  eo  vir  improbior,  c'est  h.  dire,  tant 
meilleur  ioQeur  de  dez,  tant  plus  meschant  bomme. 


CHAPITRE  SOIXANTE-QUATOKZIÈME 
Dn  loueur  de  caries 


Que  direz-vous  du  ieu  des  cartes?  il  me  semble  que  c'est 
un  ieu  d'addresse,  au  quel  louent  plusieurs  honestes  gens. 

Pour  le  couper  court,  ie  vous  diray  qu'il  vaudroit  mieux 
qu'il  n'y  en  eust  iamais  eu  au  monde  :  car  cent  hommes  s'y 
sont  plustot  appauvris,  qu'un  enrichi.  En  l'espace  de  quarante 
trois  ans  ou  environ  que  Dieu  m'a  fait  la  grâce  de  vivre,  ie 
n'en  ay  cognu  qu'un  saul,  qui  y  ay  fait  sa  bourse:  encore  ne 
say-je  pour  l'heure  si  ceste  richesse  est  parvenue  jusques  & 
ses  enfans,  car  il  y  a  plus  de  vingt  ans  que  ie  n'ay  ouy 
nouvelles  de  luy. 


(1)  Ein  Kuckenkaat,  scharnùtxel  oder  dutte. 

(2)  DoM  ich  weû»  icas  tey,  te»»  aile,  dauai  aile,  oder  aile 
dœuieralle  drey,  aile  quatuor, aile  cinç, aile  secht  und  einaug. 


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LA   VIE  A   STRASB0DR6  535 

Que  si  l'on  manie  les  cartes,  comme  un  iouët  et  amusoire 
pour  charmer  les  pensées  chagrines  (ce  que  toutesfois  pour- 
roît  beaucoup  plus  utilement  faire  la  lecture  de  la  parole  de 
Dieu)  et  qu'on,  n'en  face  pas  des  outils  à  gaigner  par  la  perte 
et  dommage  de  son  prochain,  encore  passe:  comme  quand 
on  iouS  au  trente  et  un,  à  la  triomphe,  au  piquet,  etc.  et  qu'on 
ne  couche  pas  gros  ieu,  mais  seulement  quelques  liards  pour 
faire  prendre  garde  au  ieu,  autrement  il  n'y  auroît  aucune 
attention,  ni  plaisir.  Hais  la  grimpe  est  un  ieu  pour  rendre 
un  homme  de  moyens,  gueux  en  peu  de  temps,  en  enviant  et 
renviant:  car  outre  l'enieu  l'on  peut  perdre  pour  une  fois 
vingt  ou  trente  risdales,  ou  autant  de  pistoles,  selon  la 
qualité  des  loueurs. 

l'y  ay  quelques  fois  ioué  par  cy-devant,  mais  peu  gaigné  : 
parce  que  ie  m'opiniastrois  à  tenir,  et  renvier  sur  un  dus,  ou 
une  grimpe  de  neuf,  mon  adverse  partie  ayant  un  flus  de  trente 
un,  une  grimpe  de  quatre  ou  cinq  un  tricon,  ou  bien  la  main 
en  ieu  égal.  Le  lansquenet  est  un  ieu  de  lansquenets,  goujats 
et  laquais,  duquel  ie  fay  gloire  de  ne  savoir  aucune  particula- 
rité. Pour  le  jeu  de  l'homme,  qu'on  appelle  icy  la  Beste,  i'y 
ay  souvent  ioué,  taotost  à  gain,  tantost  à  perte.  C'est  celuy 
qui  me  plaît  le  mieux,  pourveu  que  l'on  ne  iouë  pas  pour 
l'avarice.  Le  plaisir  est  de  faire  la  beste  à  celuy,  qui  entre- 
prend de  jouer  sans  bon  ieu,  ou  bien  sans  l'addresse  de  le 
bien  conduire.  Tel  fait  les  dejx  premières  mains,  qui  ne 
gaigne  pas  pourtant:  h  cause  qu'un  autre  prend  les  trois 
dernières. 

Pourquoy  appelle-on  cela  faire  la  Beste  f 

Pour  le  bien  entendre,  il  faut  que  vous  sachiez  que  Beste 
estant  dit  d'une  personne,  signifie  sot  et  lourdaut,  partant 
faire  la  beste  c'est  faire  le  sot,  entreprenant  de  iouer  :  sans  le 
moyen  ou  l'addresse  de  gaigner. 

Monstrez-moy  le  ieu  de  trente  et  un. 

il  est  bien  aisé  k  comprendre,  c'est  un  ieu  de  femmes  et 
d'enfans.  Coupez,  nous  louerons  un  ieu  ou  deux. 

Ne  regardez  pas  rous  la  coupe,  il  est  défendu,  car  cela 
importe  de  beaucoup. 

Qui  brusle  perd.  Tenez  en  voilk  trois.  Contez  bien,  les  testes 
valent  dix  poincts,  l'as  n'en  vaut  qu'un,  et  non  onze  :  autre- 


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536  HBVtB  d'alsacs 

ment  on  en  pourroit  avoir  trente  et  un  en  Irois  cartes.  En 
voulez- voua  encore  T 

Nenny,  ie  m'y  tiens. 

Sans  doute  vous  en  avez  trente,  ost  bien  près. 

l'ay  ce  que  i'ay  :  prenez-en  pour  voua. 

le  ioueray  à  descouvert  ;  en  voilk  vingt-cinq,  ce  n'est  pas 
assez  :  il  m'en  faut  encore.  Çh,  un  six.  Foin  !  c'est  un  sept, 
i'ay  bruslé.  L'apprentir  a  gagné  le  maistre. 

Monstrez-m'en  autant  au  ieii  de  la  triomphe,  et  première- 
ment Dommez-moy  les  quatre  plus  hautes  cartes  avec  leurs 
couleurs. 

Il  y  a  l'as  de  coeur,  le  Itoy  de  quarreau,  la  Dame  de  pique 
et  le  Valet  delrefUe.  On  coupe  pour  voir  qui  fera,  celuyqui 
a  la  plus  basse  donne.  Qui  mesdonne  perd.  Après  qu'on  a 
donni!  neuf  cartes  k  chacun,  on  tourne  ta  première  qui  suit, 
laquelle  est  tenue  pour  la  triomphe.  Celuyqui  a  l'as  de  ceste 
couleur,  pille  ceste  triumphe,  et  tant  qu'il  s'en  ensuit  immé- 
diatement, en  la  place  de  quoy  il  en  faut  remettre  autant 
d'autres  meschanles  par  un  profitable  eschange,  et  cela 
s'appelle  cscarler:  si  on  oublie  de  le  faire,  on  perd  le  ieu. 
comme  aussi  quand  on  renonce.  Qui  a  le  plus  de  poincts, 
gaigne.  L'as  en  vaut  quatre,  le  Roy  trois,  la  Dame  deux,  el 
le  Valet  un:  le  reste  des  cartes  n'est  conté  pour  rien.  La 
triomphe  s'appelle  aussi  de  l'atout,  et  ietter  de  la  triomphe 
se  dit  autrement  iouër  k  tout.  Quand  chascun  a  un  meschant 
ieu,  on  refait,  si  tous  si  accordent.  On  dit  deceluy,  qui  a  tout 
pris,  ou  fait  toutes  les  mains,  qu'il  a  fait  la  volte,  et  gaigné 
deux  ieux  d'un  coup,  ou  l'a  fait  double.  L'as  emporte  le  Roy, 
et  une  triomphe  pour  basse  qu'elle  soit,  emporte  toutes 
autres  couleurs. 

Faisons-en  l'apprentissage  avec  ce  beau  ieu  de  cartes  toutes 
neuves  et  tarautées.  11  en  a  deux,  qui  s'entrebaisent,  remet- 
tez-les. Frotlez-les  sur  le  tapis  elles  couleront  mieux. 

Comment  est-ce  que  les  prophanes  berlandiers  appellent 
les  cartes  ? 

Un  livre  descousu,  ou  le  livre  des  Roys. 


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LA  yU  X  SnUSBODBG 

CHAPITRE    SOIXANTE-QUINZIÈME 

Da  iea  des  galets  (1) 


Voilk  une  belle  table  à  iouër  aux  galets.  Voulez-vous  y 
iouër  pour  une  pinte  de  vin  ? 

Ouy,  si  vous  me  voulez  donner  de  l'avantage,  car  il  me 
serait  impussible  de  vous  iouër  but  fa  but  avec  espérance  de 
gaigner  :  vous  me  mèneriez  viste  comme  le  vent. 

Hé  bien,  ie  vous  donneray  deux  coups  de  vingt. 

C'est  trop  peu,  donnez  m'en  six. 

0  que  ie  m'en  garderay  bien  :  vous  voudriez  que  ie  vous 
donnasse  à  demi  gaigné  avant  que  de  commencer  k  iouër. 

Donnez-m'en  donc  cinq. 

Non  feroy,  s'il  vous  platt  :  vous  en  aurez  quatre,  pour 
vous  monstrez  qu'avec  vous  la  perte  et  le  gain  me  sont  choses 
indifTérentes. 

Où  sont  les  galets  ?  Ah  I  les  voilà  dans  le  tiroir.  Les  uns 
de  fer,  les  autres  d'airin  ou  de  laiton.  Lesquels  voulez-vous? 
Four  mon  regard,  ce  m'est  tout  un. 

le  prendray  ceux  de  fer.  louons  à  croîs  ou  pile  h  qui  com- 
mencera, lettez  en  haut. 

Que  prenez-vous  î 

Croix.  Poin  t  C'est  pile.  Commencez. 

Courage,  le  premier  est  noyé. 

Ouy,  mais  vous  ne  dites  pas  que  te  second  est  si  franc  qu'il 
en  vaut  bien  deux,  et  que  vous  ne  sauriez  le  devancer. 

Hé  bien,  ie  le  débuteray. 

Ouy  bien,  si  le  pouvoir  seconde  le  vouloir  :  mais  du  dit  au 
fait  y  a  grand  trait. 


(1)  Vont  Spiel  auff  der  ScMestta/fet  oder    Bitckeiuteinen- 
tpiel. 


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RBVO*  d'aLSACB 


CHAPITRE  SOIXANTE-SEIZIÈME 


Da  ira  des  Danua 


Voulez-vous  passer  une  heure  de  temps  b  iouâr  aux  Daines? 
Voilk  un  Damier  pendu  à  ce  croc. 

Pardbnnez-moy  c'est  un  tablier  h  ioûer  au  trictrac. 

Ouy  bien  par  dehors,  mais  par  dedans  il  y  a  un  ieu  de 
merelles  d'un  costé,  el  un  de  Dames  de  l'autre,  sur  lequel 
on  peut  aussi  ioûer  aux  eschets. 

Comment  l'ouvre-on  t 

Donnez-le-moy,  i'en  say  bien  l'adresse. 

Or  ça,  comment  est-ce  que  nous  ioûerons  ? 

But  à  but,  et  à  toute  rigueur,  c'est-i-dire.  Dame  touchée, 
Dame  iouée.  Oui  oublie  à  prendre,  perd  le  ieu.  Qui  gaigne 
sans  que  son  adversaire  aye  esté  à  Dames,  l'a  double . 

l'accorde  tout,  horsmis  que  ie  veux  qu'il  soit  permis  de  se 
laisser  soudler  le  pion,  où  ta  Dame,  qui  pouvoit  prendre. 

Soit,  poussez  donc. 

lofiez  Tous-mesme,  ie  ne  fay  point  d'avantage  en  la  pri- 
mante. 

Tenez,  faisons  une  pour  une  pour  avoir  plustost  fait. 

Comment  vous  desdamez-vous  desja. 

Il  m'est  bien  force. 

le  seray  par  ce  moyen  bien  lost  b  Dames. 

le  ne  saurois  qu'y  faire. 

Damez  ce  pion  :  [a,  k  ceste  heure  par  derrière.  Voilà  désia 
une  besace  :  l'un  ou  l'autre  ne  me  peut  eschapper. 

A  qui  me  suis-je  frotté  ? 

A  votre  maistre,  comme  vous  voyez  :  ie  vous  feray  faire  la 
vieille. 


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LA   VIS  A  STRASBOtBG 


CHAPITRE  SOIXANTE-DIX-SEPTIEME 


Dn  lea  desBcfaecs 


loQez-vous,  ou,  gavez-vous  bien  iofler  aux  eschecs  ? 

Nenny.  Ce  ieu  me  semblant  trop  sérieux  long  et  mélanco- 
lique, qui  sont  quelitez  contraires  k  !&  récréation,  ie  ne  me 
suis  pas  mis  en  peine  de  l'aijprendre  :  toulesfois  les  termes 
m'en  sont  assez  bien  cognus. 

Les  pièces  ont  ces  divers  noms-cy. 

Le  Roy,  la  Heine  ou  Dame,  les  deux  fols,  deux  Chevalliers, 
deux  Rochs  ou  Tours,  et  huict  Pions.  En  tout,  il  y  a  seize 
pièces  de  chasque  costé.  Le  coup  de  la  partie  est  donner 
eschecs  et  mat. 

Les  proverbes  que  les  François  ont  tiré  de  ce  ieu  sont  mé- 
morables. Les  rolssontordinairementauprèsdes  Rois,  pour  dire 
qu'il  y  a  des  gens  plus  heureux  que  sages,  et  qu'en  l'hospital 
sont  les  bons  ouvriers,  et  en  dignité  les  gros  asniers.  11  ne 
craind  ni  Koy  ni  Roch,  pour  lequel  les  allemands  disent,  il  ne 
craind  ni.I^  Diable  ni  sa  mère.  La  vie  des  hommes  est  un  ieu 
d'eschecs,  lequel  estant  achevé,  on  ielte  Roys,  Reines,  fols, 
cavalliers,  rochs  et  pions  pesle-mesle  dans  le  sac. 

CHAPITRE  SOIXANTE-DlX-aUlCTlÈME 


Da  len  da  Bsllon 


Où  allez-vous,  faiseur  de  ballons  ?  Que  vous  avez  la  miné 
altérée. 

R  y  a  quatre  ou  cinq  estudiants,  qui  veulent  passer  l'après 
disnée  à  louer  au  ballon  sur  la  place  des  Deschaussez  :  ié 
m'en  vay  chez  tels  et  tels  voir  s'ils  veulent  estre  de  la  partie. 

l'en  serois  moy-mesme,  si  i'avois  un  bon  brassail . 


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S40  BBVUB  d'alshck 

Trouvez-vouB  à  une  heure  sur  la  place,  ie  tous  en  appor- 
teray  un,  et  en  mesme  temps  la  syringue  à  enfler  le  ballon. 

le  ne  suis  pas  encore  grand  iofleur  :  dites-moy  quelque 
bonne  addresae  pour  ne  me  point  faire  mal  au  brax  :  derniè- 
rement ie  l'avois  tout  meurtri. 

Entortillez  vostre  bras  d'une  serviette  par  dedans  le  bras- 
sait :  frappez  le  ballon  iustement  entre  le  coude  et  le  poignet, 
plustot  plus  haut  que  plus  bas,  et  l'attendez  au  bond,  laissant 
la  volée  aux  maistres. 

Pour  ioUer  aussi  plus  commodément,  vûus  pouvez  apporter 
votre  calotte,  ou  bonnet  de  paysan  verd  :  c'est  maintenant  la 
mode . 

CHAPITRE  SOIXANTE-DIX-NEUVIÊME 


Do  Fermier,  Censier  on  Métayer  (1) 


l'ay  ouy  dire  que  vous  avez  une  belle  censé,  ferme  ou  mé- 
tairie à  trois  lieues  d'icy. 

Vous  avez  ouy  dire  la  vérité,  c'est  la  plus  belle  fleur  de 
mon  bouquet.  C'est  ce  qui  fait  boQitlir  ma  marmite.  Il  y  a  une 
belle  maison  avec  lesestables,  la  grange,  le  charreti,  et  des 
iardins  k  herbes  et  à  arbres,  sans  les  terres  qui  rapportent 
environ  deux  cens  sexliers  de  froment,  cent  cinquante  d'or- 
ge et  de  seigle  et  quatre-vingts  d'aveine,  sans  le  fruict  et  les 
légumes. 

Y  avez-vous  un  censier  ? 

Voue  le  pouvez  bien  penser  :  car  ie  ne  saurais  prendre  le 
soing  et  la  peine  du  labourage  en  la  charge  où  je  suis. 

Vous  paye-il  bien  vos  cens  ? 

Assez  bien,  si  non  depuis  dix  ans  qu'il  me  doit  vingt  cinq 
ou  trente  sextiers  d'arrérages:  par  ce  que  les  soldats,  et  gens 
d'armes,  par  une  courtoisie  outrageuse  luy  ont  fait  ce  fascheux 
et  importun  honneur  de  luy  aider  à  batU^  son  blé,  et  mesme 
&  le  seyer  ou  moissonner.  Vous  eussiez  esté  estonné  de  voir 

(4)  Vom  Gultmann  ader  Mayer. 


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t^   VIB  A   STRASBOURG  S41 

l'année  passée  lesgarses  des  soldats,  les  goujats,  et  mesme 
les  manteaux  d'escarlatle  venir  (en  ^iee  de  caravane)  en  ceste 
ville  assis  sur  des  sacs  de  blé,  pour  le  vendre  au  marché: 
ayans  la  faucille  pendue  d'un  costé  et  le  fléau  de  l'autre. 

Mais  ceux  qui  n'avoient  point  de  van,  comment  pouvoient- 
its  le  vanner  et  nettoyer  f 

Il9  le  secouoient,  comme  ils  pouvoient,  dans  leurs  man- 
teaux, ou  quelques  linceux,  pour  séparer  les  graine  de  la 
balle  ou  paille,  n'ayans  point  de  crible. 


CHAPITRE  QUATREVINGTIESME 
Du  Bluehiuear  (1) 


Monsieur  mon  voisin,  vous  platt-il  me  tenir  compagnie 
ceste  après  disnée  ? 

Où  voulez-vous  aller  ? 

Ma  femme  veut,  avec  sa  servante,  porter  quelques  pièces 
de  toile  en  1a  Prairie  Robert  (2),  pour  les  soleiller,  et  m'a 
prié  de  l'accompagner  :  mais  ie  ne  suis  pas  volontiers  en 
compagnie  de  femmes,  si  îe  n'ay  un  homme  avec  qui  te 
puisse  deviser  d'autre  sujet  que  de  taster  les  poulies,  filer, 
faire  la  buée,  combien  on  donne  d'œufs  pour  un  schilling, 
ou  à  qui  il  appartient,  ou  n'appartient  pas  de  porter  des 
souliers  veloutez,  et  des  grenats  sus  poignets,  etc. 

Si  vous  voulez  que  i'ameine  ma  femme  avec  moy,  ie  vous 
tiendray  volontiers  compagnie,  aussi  bien  luyay-ie  au  disner 
donné  parole  de  la  mener  faire  une  promenade. 

Ma  femme  en  sera  tres-aise,  et  moy  fort  content. 

Elle  se  pourrontentretenirdudiscoursde  leur  lin,  chanvre, 
estoupe,  filé,  et  comment  leurs  servantes  filent  du  vray  lUé 
de  putains,  comme  elles  le  nomment,  lorsqu'il  se  rompt  k 
tous  coups  :  et  quels  tisserands  sont  les  plus  grands  larrons. 

Les  voicy  toutes  deux.  Allons  devant,  et  marchons  douce- 

(i\  Vont  Bleicher. 

(i)  La  Koberlsau  près  de  Strasbourg. 


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542  RBVUR  D' ALSACE 

ment,  comme  en  conUnt  nos  pas,  afin  qu'elles  nous  puissent 
suyvre. 

Madame  ma  voisine,  hastons-nous  un  peu  pour  r'atleindre 
nos  marie  :  ils  se  baslent  comme  s'ils  estoient  de  loing. 

Nous  les  r'attrapperons  bien  au  giJste,  notre  traicte  n'est  pas 
si  longue  que  nous  les  puissions  perdre  de  veOe. 

A  propos,  que  donne-oD  au  blanchisseur  pour  sa  peine  ? 

Deux  liards  pour  aulne,  si  ie  ne  me  trompe. 

C'est  un  cher  blanchissage,  car  l'aulne  d'icy  n'i^st  pas  en- 
core une  demie  aulne  de  Paris. 

Ils  ont  aussi  beaucoup  de  peine  sans  les  frais. 

Quoy  donc  ?  y  font-ils  autre  chose  que  de  l'estendre  sur 
l'herbe  au  soleil,  l'arrousser  avec  un  arrousoir  de  cuyvre  ou 
de  terre,  et  la  laisser  sécher  ? 

Ouy  dk.  Il  la  faut  aussi  souvent  huer,  laver  et  battre,  com- 
me le  linge  sale  :  k  quoy  sont  requis  force  servantes  et  valets, 
comme  aussi  de  gros  mastins  et  chiens  d'attache,  comme 
dogues  d'Angleterre,  qui  sont  encliainez  de  iour,  et  laschez 
de  nuict  pour  donner  la  chasse  aux  larrons,  et  les  deschirer, 
si  quelqu'un  estoit  assez  osé  que  de  mettre  le  pied  dans  l'en- 
clos où  les  pièces  de  toile  demeurent  estendues  à  millieurs  sur 
l'herbe,  tant  la  nuict  que  le  jour. 

Tout  bien  conté,  il  me  semble  qu'on  gaigneroit  plus  d'ache- 
ter de  la  toile  toute  faite  :  car  premièrement  la  fliace  est  sou- 
vent aussi  chère  que  le  filé  megme  :  puis  le  loyer  du  tisserand 
est  grand,  outre  ce  que  quelques  uns  desrobhent,  le  pain  et  le 
vin  qu'il  leur  faut  porter,  quand  on  leur  porte  le  filé  en  pelo- 
tons pour  ourdir  Mais  ce  qui  me  fasche  le  plus  est  qu'ils  em- 
ployent  quasi  tout  mon  DIé  à  la  chaîne,  ou  l'estaim,  et  qu'il 
me  faut  derechef  dévider  d'autres  escheveaux  pour  la  trame 
ou  traime. 

l'estime  que  les  gens  de  ce  mestier  ne  seront  pas  plus 
consciencieux  que  ceux  des  autres,  et  que  la  navette  saura 
aussi  quelques  tours  de  soupplesse,  aussi  bien  que  les  ciseaux 
des  tailleurs,  les  quatre  doigts  et  le  pouce  des  douaniers  et 
gabelleurs,  la  maict  des  boulengers,  l'aulne  des  marchanda- 
drapiers,  la  balance  des  etc. 

Vérité,  demeure  en  ma  bouche, 

Que  malheur  ma  teste  ne  touche. 


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LA   TIB   A    STRASBOURG 


GHAPITIW  OCTANTE-UNIËME 


De  quoy  doit  estre  fourni  un  charretier  ou  chartier,  qu'en- 
tre Paris  et  Orléans  on  appelle  roulieur,  et  en  Lorraine 
chartoD  ? 

D'une  bonne  charrette  neuve,  dont  les  roQes  soient  hien 
graissées  de  vieux-oingt,  aftn  qu'elles  tournent  aisément  et 
sans  crier  à  l'entour  de  l'aiasieu  :  l'assier  doit  estre  fort  et 
bien  attaché,  de  peur  que  la  charrette  cahotant,  il  ne  sorte  et 
que  les  rodes  se  desjoignants  ne  tombent.  En  outre,  il  doit 
estre  bien  attelle,  avoir  un  bon  limonnier  ou  cheval  de  limon, 
un  fouet  ou  escourgée  avec  quelques  chassoirea,  et  roesme 
un  martinet,  des  hasts  et  colliers  et  une  boflette  &  vieux-oingt. 
Il  doit  aussi  bien  entendre  les  termes  et  divei-g  ions  de  voix  ù 
gouverner  les  chevaux,  comme  Hay,  Dia,  Hurre  ou  Hurhau, 
Ou  ou  ou  da  (1). 

Poorquoy  dit-on  ordinairement  d'un  grand  iureur,  qu'il 
iurc  comme  un  chartier. 

Parce  que  quand  leur  charrette  est  embourbée,  ils  lurent 
furieusement,  diablassent,  et  maugréent  horriblement. 

A  quoy  bon  est  cela  ? 

Pour  chasser  les  chevaux  et  les  encourager  :  pendant  quoy 
le  malinEspritpousse  à  la  roâe,  aQnqueces  maudisseurs  et 
maudite  eslans  desbourbez  imaginairement  parce  moyen,  ils 
lurent  encore  de  plus  belle  une  autre  fois. 

Lequel  est-ce  qui  lire  mieux  d'un  cheval  ou  d'un  bœuf? 

C'est  le  cheval  :  car  le  bœuf  pousse  seulement  du  front,  et 
n'a  point  de  traits. 

On  s'en  sert  en  dos  quartier  h  mener  des  bennes  de  char- 
bon, d'autant  qu'ils  charrient  doucement  el  sans  secousses  {2). 


{i)  Hieh,  hotta,  hietsch,  tchwa  da  hoooo. 
(S)  l/ngetchockeit. 


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CHAPITRE  OCTANTE-DEUXIEME 
Da  Gordier 

le  vous  proposeray  un  énigme,  voyez  si  vous  le  pourrez 
bien  soudre.  Quelles  gens  sont-ce  qui  gaignent  leur  vie  à 
reculons? 

Qui  a'auroit  iamais  veu  de  cordier  filer  ses  cordes  auroil  de 
quoya'alembiquer  l'esprit  là-desBUE.  11  me  semble  que  c'est 
un  mesUer  aisé  k  apprendre  :  ie  serois  d'advis  de  le  faire 
apprendre  k  mon  pupille,  qui  n'est  pas  fort  spirituel,  et  n'est 
pas  du  bois  de  quoy  l'on  fait  les  grands  docteurs. 

Vous  ne  ferez  (ce  me  semble)  que  très  bien,  en  considéra- 
tion du  peu  de  bien  qu'il  a,  qui  toutesfois  luy  suffira  &  ache< 
ter  du  chanvre,  dont  il  pourra  faire  de  toutes  sortes  de  cor^ 
dage,  des  chables,  des  cordes  à  puits,  des  traicts  de  cbevaux 
des  cordelettes,  des  chassoires,  de  la  ficelle,  de  la  mèche. 
Comme  aussi  des  sangles,  licols,  muselières,  et  sondes,  des 
cordes  k  pendre,  et  des  trenchefiles  à  eslrangler,  qui  est  la 
sauce. 

Les  proverbes  tirez  du  cordier  sont  : 

A  longue  corde  tire,  qui  mort  d'autroy  désire. 

Les  pères  et  mères  indulgens  sont  aussi  cordiers,  car  ils 
Qlentla  corde  pour  pendre  leurs  enfans. 

(La  fin  prochainement)  Chaklbs  Nbrlingbr. 


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HISTOIRE  D'UNE  VILLE  D'ALSACE 


SES  ENVIRONS 


DURRWELL 

DBi;\tËUK    PARTIE 

CSuiti>)(i) 


FELDKIRCH 
La  Tbar  et  Pulv6rsb«im  —  Staffelteldea 

V'eldkirch  :  son  histoire.  —  L'église  de  Feldkirch  el  sod 
cimctiËre.  —  La  Thur  :  souvenirs  d'un  pécheur  A  la  ligne.  — 
Piilversheim  :  aourenirs  d'un  gourmand  --  Le  couvent  de 
ScbœDeD-Steinbacb,  Staffelfelden   et  son  histoire. 

A  deux  pas  de  Bollwiller,  de  l'autre  cûté  de  la  ligne  du 
chemin  de  fer,  qui  traverse  sur  un  double  viaduc  la  route 
d'Ensisheim  et  le  ruisseau,  se  trouve  située  la  petite  commune 
de  Fedikirch.  La  paroisse  formée  par  le  village  est  la  plus 

(1)  Voj.  pp.  333-339  et  490-406  de  l'année  IS97. 


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iii 


RBVCK   D  ALSAdli 


ancienne  de  la  contrée;  son  église  a  été,  pendant  longtemps, 
la  seule  qui  se  soit  élevée  entre  Marbacb  et  En'^i'sheim.  C'est 
Même  dans  celte  particularité  qu'il  faut  rerheroher  l'origine 
du  ndnl  dii  village,  en  le  traduisant  par  «  i^glise  qui  dessert 
loutéa  les  canlpagnes  environnantes  «  feld-Kirch  ».  Le  palro- 
rtage  de  Cette  église  a  appartenu  jusqu'au  commencement  du 
quatorzième  siècle  au  comté  de  Ilorbouig,  qui  le  vendit  en 
1319  k  l'abbaye  de  Marbacb  (1).  Quant  à  la  comtriune  elle- 
même,  elle  dépendait  de  la  seigneurie  de  Bollwiller  qui  la 
tenait  en  flef  de  la  Maison  d'Autriche.  Une  ancienne  babita- 
lion  appelée  le«  ChAtelet  »,  qui  parait  avoir  servi  de  rési- 
dence aux  ducs  d'Autriche,  existe  encore  dans  le  villuge.  Les 
armes  de  feldkirch  consistaient  en  trois  fers  à  cheval. 

Le  territoire  de  la  petite  commune,  aujourd'hui  si  paisible, 
a  servi  jadis  de  Champ  de  bataille  aux  gens  de  Colmar  et  de 
ItoufTach.  C'était  k  l'époque  de  la  lutte  de  l'empereur 
Frédi^ric  II  avec  le  comte  Guillaume  de  Hollande.  Frédéric 
ayant  été  excommunié  par  le  pape  Innocent  IV,  et  déclaré 
déchu  du  trône,  la  cour  de  Home  avait  offert  sa  succession 
au  prince  Guillaume  ;  et  deux  partis  s'étaient  aussitôt 
formés  dans  l'empire.  En  Alsace,  les  habitants  de  Colmar 
étaient  restés  fidèles  it  la  cause  de  l'ancien  souverain,  tandis 
que  l'évéque  de  Strasbourg  s'était  déclaré  en  faveur  du 
candidat  papal.  Profitant  de  ce  diUérend,  l'évéque  Henri  de 
Slahleck,  que  la  prospérité  de  la  nouvelle  cité  inquiétait, 
ian^a  sur  Colmar  ses  gens  d'urmosdu  mundat  de  HoufTach. 
Les  deux  petites  années  se  rencontrèrent,  en  1248,  aux 
environs  de  Feldkirch  ;  cl  la  lutte  se  termina  par  une  victoire 
complète  des  partisans  de  l'évéque.  Ajoutons  que  Colmar  prit 
sa  revanche  quelques  années  plus  tard,  et  infligea  à  son  tour, 
en  1236,  aux  gens  de  Koutl'ach,  une  sanglante  défaite  nii 
Tieffenbach. 


{I)  I. 'abbaye  de  Marbacb,  fondée  en  lOSi  par  Mangold  de 
Lullenbnch  (Lautenbach),  s'élevait  entre  le  Tillage  de  Vœf^llia)»- 
hoiïen  el  relui  de  Ihisseren,  dans  le  canton  de  Winlzenbeim,  ii  une 
dizaine  de  hilomëlres  de  Colmar.  Il  n'en  resie  plus  aujourd'bni 
que  quelques  ruines. 


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HISTÛIRB  D'UNS   ville  D'aLSACB  ET   DE   SBS   ENVIRONS  547 

Feldkirch  est  presque  uniquement  composé  d'une  longue 
rue  formée  par  les  maisons  Je  paysans  qui  bordent  la  roule 
de  Bollwiller  k  Ungersheim.  L'église,  en  forme  de  croix 
latine,  avec  son  clocher  surmonté  d'une  flâche  hardie  et 
lancée,  est  fort  élégante. 

Selon  la  coutume  du  bon  vieux  temps,  et  contrairement  h 
toutes  les  régies  modernes  de  l'hygiène,  le  petit  cimetière 
campagnard,  toul  vert  de  cette  verdure  grasse  des  sépultures, 
entoure  le  aanctuaire:  les  braves  paysans  dorment  Ih  leur 
dernier  et  paisible  sommeil  au  milieu  même  de  ceux  qu'ils 
ont  aimés;  et  l'on  peut  voir  leurs  tombes  de  toutes  les 
maisons  environna  ntes- 

A  sa  sortie  de  Bollwiller,  après  avoir  traversé  la  voie 
ferrée,  la  route  de  Mulhouse  ne  tarde  pas  k  gagner  les  bois 
qui  bordent  la  Thur.  Que  de  souvenirs  ce  nom  me  rappelle 
encore,  et  combien  de  joyeuses  parties  de  bains  dans  les  eaux 
transparentes  de  la  jolie  rivière  !  Et  la  pèche  I  je  ne  parle  pas 
des  grandes  battues  au  filet,  qui  ne  sont  que  des  massacres 
d'un  pur  intérêt  gastronomique,  des  hécatombes  de  truites 
et  de  brochets  ;  mais  de  la  douce  et  tant  poétique  pèche  à  la 
ligne,  dont  je  me  déclare  sans  fausse  honte  un  amateur 
passionné.  N'en  déplaise  au  sceptique  qui  a  inventé  la  sotte 
âéRnition  qu3  tout  le  monde  sait,  et  auquel  la  confrérie  atta- 
quée peut  retourner  son  compliment,  ce  paisible  exercice  a 
des  charmes  infinis.  Mais  il  faut  pour  cela  que  le  cadre  s'y 
prête  ;  que  la  rivière  soit  belle  et  claire  ;  que  ses  eaux  coulent 
à  l'ombre  de  grands  arbres  bien  verts;  et  que  la  capture 
souvent  problématique  d'une  friture  ne  soit  enfin  qu'un 
prétexte  et  qu'un  accessoire.  Peu  de  rivières  peuvent,  à  ce 
point  de  vue,  être  comparées  k  la  Thur,  qui  joint  k  l'agré- 
ment du  site,  l'incontestable  avantage  de  nourrir  un  peuple 
nombreux  de  poissons  exquis,  .\llez  y  taquiner  le  goujon  et 
l'ablette,  incrédules  endurcis,  et  vous  reviendrez  convertis. 

Un  magnifique  pont  en  fer  est  jeté  sur  la  rivière.  Parfois, 
par  les  belles  journées  d'été  ou  d'automne,  les  lavandières 
des  environs  viennent  étendre,  sur  les  sables  et  les  i^nlets  des 
deux  rives,  leur  lessive  d'une  éclatante  blancheur;  et  donnent 
à  ce  petit  coin  de  paysage  une  gaieté  et  une  animation 
toutes  particulières. 


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S48  REVUE  o'm.saok 

De  l'autre  calé  du  pont,  les  bois,  plus  touffus  et  plus  hauts, 
rejoignent  presque  la  route,  dont  ils  ne  sont  Sf^parés,  <le 
chaque  côté,  que  par  une  simple  bordure  de  prairies.  On  ne 
tarde  pas  arriver  à  Pulversbeim. 

Ce  petit  village,  auquel  le  joli  ruisseau  qui  court  tout  le 
long  de  sa  rue  principale,  donne  un  charmant  aspect  de 
fraîcheur,  est  un  des  buts  de  promenade  les  plus  appréciés 
des  gourmets  des  environs.  A  l'extrémité  du  pays,  vers 
Mulhouse,  se  trouve,  en  effet,  au  milieu  d'un  jardin  bien 
aménagé,  une  bonne  auberge  campagnarde,  dont  rh<>tes»e, 
véritable  cordon  bleu,  a  su  se  créer  uno  spécialité  qui 
fait  une  active  concurrence  à  la  fameuse  carpe  frite 
d'Uffholtz. 

Pulversheim  s'est  appelé  jadis  Wulfersheim,  puis  Bulvers- 
heim.  La  commune  dépendait,  au  moyen-&ge,  de  la 
Seigneurie  de  BoIIwiller  qui  la  tenait  en  sous-ûef  de.  In 
maison  de  Ribeaupierre  :  elle  avait  été  précédemment  cédée 
k  cette  dernière  par  le  comte  de  Wurtemberg.  Elle  apparte- 
nait enlin,  au  moment  delà  révolution,  aucomtedeForbach, 
qui  y  avait  une  résidence. 

Ne  quittons  pas  celte  partie  de  la  plaine  sans  nous  arrêter 
en  passant,  au  hameau  de  Schœnen-Sleinbach,  qui  dépend 
de  la  commune  de  Wittenheim  et  est  ailué  Ii  proximité  de 
la  croisière  des  roules  de  Guebwiller  \  Lucelle  et  de  Mulhouse 
h  Colmar.  H  s'y  trouvait  autrefois  un  couvent  de  Domini- 
caines, fondé  en  1135,  par  NoUtjr  de  Wittenheim:  et  dont 
les  religieuses  suivaient  originairement  la  règle  de  l'ahbaye 
de  Cilcaux.  Les  vastes  bâtiments  de  l'ancien  monastère  sont 
aujourd'hui  convertis  en  auberge. 

Sur  la  Thur,  en  amont  de  Pulversheim,  et  dans  la  direc- 
tion de  Cernay,  se  trouve  la  commune  forestière  de  StafTel- 
felden,  tout  entourée  de  praieries  et  de  bois.  L'ancien 
chAleau  de  Staiïelfelden  a  appartenu  d'abord  h  la  maison  de 
Ferrelte  qui  l'offrit  en  fief,  en  1310.  au  duc  Léopold  d'Autriche, 
landgrave  de  Haute-Alsace.  Dix  années  plus  lard,  en  1321, 
le  comte  Ulrich  de  Ferrelte  le  sous-intéoda,  avec  le  village, 
aux  nobles  de  Masi'vaux.  Puis  il  passa  successivement  de 
Jean -Rodolphe  Bopst  aux  Reding  de  Bibereg  pour  .'ohrucr 


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HUiTOIRR   D'U^E   VILLB   D'àLSACB   CT   DE  SB!>  ENVIRONS         549 


enfin  aux  Peschery  ({),  qui  le  possédaient  au  moment  où 
éclala  lu  révolulion  française.  Un  bel  élablissemenl  industriel 
s'élève  aujourd'hui  sur  l'uniplacenient  de  l'ancien  manoir 
féodal. 

(A  suivre.)  G.  Dukrwill. 


(1)  La  famille  de  l'erchcrj,  installée  en  Alsace  après  les  traités 
de  WeBlphalîc,  possédait.,  en  outre,  les  ofTicea  de  ReichsTogl  à 
Kaysersberg,  et  de  prévôt  à  EasiBhe|m. 


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NOTE 

SUR  UN  PASSAGE  DE  LA  BROCHURE 

«  "WISSEMBOURG  » 

PAR  LE 

GÉNÉRAL  DUCROT 


C'est  une  bien  petite  rectification  que  je  propose  :  le  géné- 
ra! Ducrot  est  arrivé  à  Lembach  le  4  août  1870  k  huit  heures  " 
du  matin  et  non  à  midi  (I).  C'est  peu  :  mais  en  guerre 
souvent  les  minutes  sont  des  heures.  Ici,  il  n'en  était  pas 
ainsi.  Le  général  ne  pouvait  plus  porter  secours  k  la  division 
Douai  et  s'il  avait  été  à  Wissembourg,  il  aurait  peut-être 
rendu  le  malheur  plus  grand.  Il  alla  reprendre  son  ancienne 
position  à  f  rœsuhwiller  et  il  fit  bien. 

Mais  laissons  le  parler  : 

«  Le  lendemain,  4,  de  bonne  heure,  nous  nous  mimes  en 
route  pour  Lembach  (2),  et  il  était  midi  environ  quand  nous 
arrivâmes  sur  l'emplacement  du  bivouac  ;  nous  étions  encore 
à  cheval  occupé  de  l'établissement  de  nos  troupes,  lorsque 
nous  reçûmes  la  dépêche  suivante  du  colonel  de  Franches- 
sin  (3),  commandant  le  96*  de  ligne  : 


{i)  Guerre  des  Frontières.  Wissemboni^.  Réponse  du  général 
Ducrot  à  l'Elat-major  allemand.  Paris,  1873,  ia-S'^  32  p.  p.  Le 
général  déclare  n'avoir  dunné  aucun  ordre  au  général  Douai  et 
c'est  la  vérité. 

[i)  Lembach  est  à  14  hil.  de  Wissembourg  et  a  3  de  Klimbach. 

Ci)  Le  colonel  de  Fraifcbessin  occupait  depuis  la  veille  Klim- 


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NOTE  SUR  UN  PASSAGE  DE  LA  BIIOCHURB  «  WISSBUBOtRG  »      5ol 

«  Klimbach,  le  4  août  1870,  h.  11  heures. 
«  Mon  Gén^nl, 

«  J'ai  l'honneur  de  vous  rendre  compte  que  l'ennemi  tire 
«  sur  Wissembourg;  on  me  dit  que  le  feu  s'est  déclaré  dans 
K  plusieurs  maisons.  Cet  avis  nous  est  donné  par  le  poste  du 
K  Pigeonnier, 

«  Le  78*  vient  d'arriver;  Je  fais  plier  mes  bagages  et  lever 
«  le  camp.  Je  ne  me  mettraien  route  qu'à  midi.  » 

«  Je  suis,  etc. 

Le  colonel  db  Fhanchessin. 

«  Immédiatement  nous  fîmes  mettre  sac  au  dos,  pdmes 
DOS  dispositions  pour  marcher  au  premier  signal  et  de  notre 
personne,  nous  courûmes  k  la  redoute  du  Pigeonnier,  d'où 
l'on  découvre  toute  la  vallée  de  la  Lauter. 

«  Nous  y  arrivâmes  justement  pour  voir  nos  troupes 
débordées  de  toutes  parts  et  obligées  d'évacuer  le  Geisberg, 
en  se  repliant  dans  les  directions  de  Cléebourg  et  de 
PfalTenschlick.  » 

Nous  ne  comprenons  pas  que  le  Général  Ducrot  dise  qu'il 
prit  «  ses  dispositions  pour  marcher  au  premier  signal  ». 
Car  le  général  Douai,  commandant  la  2"  Division  du  Corps 
(l'armée  de  Mac-Mahon,  était  sojs  ses  ordres  et  il  n'avait  par 
conséquent  aucun  signal  k  lui  donner.  On  sait  que  la  plue 
grande  partie  de  la  division  battue  rallia  par  Cléebourg  le 
général  Ducrot  à  Klimbach  et  que  tous,  le  lendemain,  ils 
étaient  campés  k  PixBschweiler  et  dans  les  environs. 

La  mémoire  du  général  Ducrot  lui  fait  défaut  pour  l'heure 
de  son  arrivé  à  Lembach,  il  n'arriva  pas  dans  ce  village  k 
«  midi  environ  »,  mais  bien  entre  huit  et  neuf  heures  du 
malin. 

Et  voici  mes  preuves  : 

Ayant  montré  vers  1874  la  brochure  du  général  Ducrot  au 
docteur  Bierk,  maire  de  Lembach  en  1870  et  alors  médecin 


bach,  le  Pigeonnier  et  PfafFenschlick.  Le  colonel  tomba  glorieuse- 
meul  deux  jours  après  à  Frœschwiller.  Le  78*  faisait,  partie  de  la 
dimioD  Douai  :  il  venait  relever  le  !IJ<  <|ui  devait  se  porter  eu 
aranl  vers  N^lhweiler.  Uq  escadron  <lu  3e  hussards  était  aussi  à 
Klimbach. 


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Soi  RBvuB  d'alshce 

h  Fénétrange;  celui-u,  après  avoir  tu  me  ilt  de  suite  cette 
réflexion:  «  Le  général  fait  erreur,  il  est  venu  chez  moi  en- 
a  tre  huit  et  neuf  heures  du  malin  ;  je  m'en  souviens  comme 
a  si  c'était  aujourd'hui  et  ma  femme  lui  ayant  demandé  s'il 
K  voulait  déjeuner,  le  général  lui  dit  qu'il  viendrait  prendre 
a  du  café  au  lail  dés  qu'il  aurait  visité  l'installation  de  ses 
«  troupes.   » 

Cette  assertion  du  docteur  Bierk  (mort  depuis  quelques 
années)  est  corroborée  parle  récit  qu'un  habitant  deLembach 
nommé  Georges  Millier  fait  des  événements  passés  dans  son 
village  en  1870.  C'est  écrit  avec  nsTvelé,  mais  avec  un  grand 
air  de  vérité.  (1) 
-     Voici  ce  qu'il  dit  page  67  : 

«Aujourd'hui,  i  août,  il  fait  très  beau  temps  et  tout  le 
monde  est  levé  de  bonne  heure,  parce  qu'il  y  aura  beaucoup 
à  voir  et  à  entendre. 

H  Déjà,  le  général  de  Bernis  (i)  est  à  l'auberge  du  Mouton 
et  hier  le  cuisinier  du  général  Ducrot  est  arrivé  et  a  apporté 
des  pigeons  et  des  pelils  coqs  pour  être  préparés  dans  la  cui- 
sine de  M.  le  Maire. 

V  Le  général  arrivera  avec  deux  régiments  venant  de 
Frœschweiler ;  cela  va  commencer,  dit-on.  A  huit  heures  du 
matin,  le  général  s'arrête  devant  la  maison  du  docteurBierk, 
échange  quelques  paroles,  disant  qu'il  va  faire  un  tour  au 
camp  et  qu'il  reviendra  déjeuner  chez  lui. 

M  L'idée  que  le  général  était  venu  de  si  bon  matin,  fait 
penser  à  quelques  uns  qu'il  pourrait  bien  avoir  une  rencontre 
aujourd'hui.  Nous  ne  lapeiisions  passi  proche.  Mais  voilîiqu'un 
hussard  du  3»  régiment  arrive  comme  une  flèche  en  criant  ; 
«L'ennemi  est  lii«!  et  tout  le  monde  de  répéter:  «L'ennemi  est 
là»  I  Un  voit  des  soldats  sortir  de  toutes  les  maisons  et  se  di- 
riger en  toute  hàle  au  camp  ou  nous  nous  rendons  en  obser- 
vant tristement  que  tout  k  l'heure  on  criait  :  Victoire  I  et  que 
maintenant  on  dit  :  L'ennemi  est  là  ! 

(1)  1879.  Krieges  ErioneruDgen  elnes  Elsasaers.  Weissemburg, 
189i,  in-fio,  287  p.p.  Ouvrage  très  intéressant. 

(2)  La  brigade  de  Bernii  arriva  une  dea  premières  à  Niederbroon 
avec  le  S**  hussards.  lies  tentes  des  offleiers  furent  dressées  sur  la 
promenade. 


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DE  LA  BROCHURE  «  WISSKHBOUBG  »      553 

«  Au  camp,  tout  est  en  mouvement  ;  on  bat  In  géiférnle  ; 
les  soldais  mettent  sac  ao  dos  ;  l'artillerie  attelle  et  un  régi- 
ment part. 

«  Un  autie  cavalier  arrive  et  remet  une  dépêche  au  général, 
qui  se  trouvait  devant  l'auberge  du  Mouton.  On  le  voit  après 
l'avoir  lue  se  promener  d'un  air  très  agité  dans  la  cour  de 
l'auberge  ;  il  donne  une  réponse  au  cavalier  qui  retourne  Ii 
Klimbach. 

«  Le  propriétaire  du  ^o«/on  (M.  Schilleins-Licht)  voyant 
le  général  k  cheval,  lui  demande  :  Est-ce  que  le  combat  prend 
une  mauvaise  tournure  î  —  Laissez-les  venir,  lui  répond  vi- 
vement le  général,  nous  leur  réglerons  leur  compte.  Et  il  par- 
tit vers  le  Galgenfeld  ou  l'artillerie  était  campée. 

a  Pendant  toutes  ces  péripéties,  nous  oublions  d'aller 
dtner,  et  la  femme  de  M.  le  Maire  et  le  cuisinier  préparaient 
un  bon  dtner  ;  on  rôtissait  les  petits  coqs,  mais  ils  ne  devaient 
pas  être  mangés  par  le  général,  mais  bien  le  lendemain  par 
les  soldats  bavarois. 

((  Le  général  attendait  une  nouvelle  dépêche,  mais  vers 
midi,  il  ordonna  au  docteur  Bierk  de  se  rendre  à  Klimbach, 
pour  soigner  les  blessés  du  combat  de  Wissembourg  ;  te  doc- 
teur trouva  dans  cet  endroit  soixante-dix  blessés  dont  beau- 
coup de  Turcos  ;  il  resta  k  les  soigner  Jusqu'il  dix  heures  du 
soir. 

s  Avant  de  partir,  le  docteur  avait  ordonné  de  faire  char- 
ger les  bagages  de  la  troupe  sur  des  voitures  et  de  les  conduire 
à  la  Schcrholl  oii  se  trouvait  alors  le  général.  Les  soldats 
quittèrent  alors  le  campement  de  Lembach.  ■  Frœschweiler 
fut  le  point  de  ralliement. 

Ainsi  d'après  le  docteur  Bierk  et  Georges  Millier,  le  générai 
Ducrot  n'arriva  pas  k  Lembach  à  «  midi  environ  »  mais  bien 
entre  huit  et  neuf  hèui'es  du  matin.  A  midi  ou  environ,  il  se 
retirait  sur  Frœschweiler.  11  ne  pouvait  rien  changer  à  l'issue 
du  combat  de  Wissembourg  ;  mais  il  n'était  pas  loin  de  cette 
ville,  de  même  que  le  surlendemain,  6  août,  les  trois  divi- 
sionnaires du  maréchal  Bazaine  n'étaient  pas  loin  du  général 
Frossard,  occupé  alors  à  Spickeren  !  Mais  il  y  a  une  diffé- 
rence.... 

Aimi.  BBNorr. 


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BULLETIN 

HISTORIQUE    ET   PHILOLOGIQUE 

DU   COMITÉ 

-     DB8  TRAVAUX  HISTORIQniS  ET  SdEffTIFIQinS 

m 
Miniftire  de  l'Instruction  publique  et  des  Beaux-Ans 


ANNÉE   1897 

N"  1  et  2 


Cet  in-S"  de  554  pages  est  publié  par  le  Ministère  de 
l'instruction  publique  et  sort,  comme  de  règle,  de  l'imprimerie 
nationale.  C'est  une  série  nouvelle  qui  correspond  k  la 
transformation  de  nos  sociétés  savantes  en  Académies 
régionales;  ce  qui  n'tjmpéche  pas  l'ancien  Comité  des 
travaux  historiques  et  scientifiques,  établi  précédemment, 
decuesister,  de  prcâidereo  quelque  sorte  les  groupes  Torains, 
d'analyser  el  même  de  publier  les  communications  directes 
qui  lui  arrivent,  de  se  réunir  chaque  mois  et  île  publier  son 
Bulletin  à  la  fin  de  chaque  année.  Le  Couiité  a,  comme 
autrefois,  ses  Président,  Vice -président,  Secrétaire  et  ses 
membres,  soit  ensemble  21  hommes  de  sciences,  et  compte 
37  membres  honoraires  lésidenlE,  59  non  résidents,  t^ Corres- 
pondants honoraires  et  200  Correspondants  actifs,  soit 
ensemble  une  famille  de  400  membres,  ou  hommes  de  savoir 
e)  relativement  laborieux. 


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BULLETIN   HfSTUniOUB   RT   FHaOLOGIQUE  355 

Quand  oa  se  met  en  présence  de  cette  statistique,  il  semble 
que  son  Bulletin  doit  offrir  une  grande  série  de  travaux  variés 
et  instructifs  au  suprême  degré,  Eh-bien!ou  éprouve  une 
déception  quand  on  a  parcouru  l'ensemble  des  travaux  qu'il 
renferme  ;  mais  cette  déception  disparait  à  la  première  consi- 
dération que  les  nombreuses  notabilités  dont  on  a  lu  les  noms 
sur  les  listes  du  Bulletin  ministériel,  font  partie  des  Acadé- 
mies régionales  et  donnent  &  celles-ci  l'éminent  contingent  de 
leur  savoir,  de  leurs  recherches  et  de  leurs  travaux.  C'est 
donc  dans  ces  diverses  publications  qu'il  faut  puiser  les 
éléments  d'une  appréciation  équitable  du  mouvement 
littéraire  et  scientifique  de  l'époque. 

On  serait  encore  dans  l'erreur  si,  de  ce  qui  précède,  on 
concluait  que  les  rapports  dont  les  procès-verbaux  des 
séances  mensuelles  sont  remplis,  offrent  peu  d'intérêt,  peu  de 
vie,  peu  de  variété.  Il  y  a,  an  contraire  dans  ces  laconiques 
analyses,  toute  la  substance  hisloriqne  qui  ne  se  dégagerait 
que  coofusément  d'une  dissertation  ptusélendue^  plusQeurie. 
Ici,  la  compétence  est  presque  toujours  d'une  lueur,  d'une 
clareté  qui  coupe  court  au  doute  et  h  toute  contestation.  C'est 
la  science,  non  la  littérature,  qui  a  la  belle  place  dans  notre 
Bulletin  ministériel. 

Cependant,  en  fait  de  littérature,  ce  Bulletin  n'est  pas  plus 
exempt  qu'un  Procès-verbal  de  police  judiciaire  n'est  exempt 
de  la  formule  imposée  au  commencement  et  à  la  fin  aussi  de 
toute  pièce  impliquant  autbenticité.  Cette  enseigne  nous  a 
toujours  paru  nuire  h  l'examen  d'un  livre  ne  relevant  que  du 
savoir,  du  goût  et  de  l'intelligence  de  son  auteur.  Si  nous 
avions  obéi  k  ce  préjugé,  nous  n'aurions  certes  pas  l'avantage 
d'appeler  particulièrement  l'attention  des  lecteurs  de  Ui 
Revue  d'AUace  sur  un  travail  extraordinaire,  que  te  Comité 
minialériel  a.  l'avantage  et  l'honneur  de  lancer  au  grand- 
jour.  Ce  travail  est  dû  h  M.  Jban  Guibeaud,  archiviste  de  la 
ville  de  Perpignan.  Il  a  pour  lUre  :  Etude  tur  les  nomt  de 
baptême  à  Perpignan  de  1516  à  1738. 

Cette  étude  se  compose  de  148  pages  dont  une  notice 
critique  et  explicative  fort  claire  et  bien  écrite,  initie,  le 
curieux,  le  chercheur  au  système  et  à  la  pensée  de  l'opérateur. 
pes  tableaux,  au  nonibre  de  117,  savamment  étages,  captu- 


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566  HEnia  d'alsacb 

rent  t'allention  et  démontrent  h  l'esprit  le  plus  indifTèrent 
que  la  statistique,  ainsi  comprise,  devient  une  source 
extrèmenient  riche  en  déductions  irréfutables,  k  l'appuide  la 
vérité  de  fait  et  ne  laisse  aucune  place  à  la  contradiction. 
Nous  ne  pouvons  que  renvoyer  le  penseur  h  l'examen  de  ce 
beau  et  excellent  travail  de  M.  l'archivisle  de  la  ville  de 
Perpignan  et  féliciter,  encore  une  fois,  le  Comité  des  travaux 
historiques  et  scientifiques  de  lui  avoir  réservé  une  belle 
place  dans  son  Bulletin  de  1896. 

PROGRAMME 

DBS   PRIX   A  DÛCERNBH  BH   1898-99    PAR   LA   SOaÉTÉ  IMDUSTRIBLLK 
DB      UULHOUSE 

«  Ce  programme  des  prix  parait  chaque  année  »  et  celui 
que  nous  signalons  «  annule  les  éditions  précédentes  ».  Les 
modillcations  résolues  se  rapportent  à  la  suppression  de  trois 
questions  concernant  les  arts  chimiques  et  une  quatrième 
relative  aux  beaux  arts.  Sept  autres  propositions  se  rappor- 
tant aux  fondations,  aux  arts  chimiques  et  k  l'utilité  publique 
ont  été  modifiées  par  la  Société,  de  sorte  que  les  concurrents 
feront  bien  de  réclamer  le  programme  k  la  Société  indut- 
Irielle,  qui  s'empressera  de  les  satisfaire,  sans  frais  à  leur 
charge. 

Les  grandes  divisions  de  ce  concours  pour  les  prix  à 
décerner  en  1898-99,  embrassent  donc  les  fondations,  les 
généralités,  les  arts  chimiques  et  ses  nombreuses  subdivi- 
sions, les  arts  mécaniques,  l'histoire  naturelle,  le  commerce, 
l'histoire,  statistique  et  géographie,  l'utilité  publique  et  les 
Beaux-Arts.  Les  questions  formulées  et  bien  défloies  pour 
chacune  de  ces  grandes  divisions,  sontau  nombre  de  140  et 
oITrent  ainsi  un  vaste  champ  d'exploration  à  toutes  les 
connaissances  du  travail  humain.  Ou  ne  peut  qu'applaudir 
aux  efforts  de  la  Société  industrielle  pour  exciter  et 
récompenser  l'émulation  des  travailleurs  dévoués  au  progrès 
de  la  civilisation, 


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Bl'I.LBTlN    HISTORIQUE  ET   FtlILOLOCIQUli  557 

PRÉCIS    ANALYTIQUE 

DKS  TRAVAUX   DK   L'aGAD6uIB   DBS   SC[BNCBS,  BKLL8S-LKTTRBS   KT  ARTS 
DB  ROUEN   PENDANT    l'aNNÉE   1896-1897 

Le  volume  que  l'Académie  de  Rouen  fait  paraître  en  1898 
contient  le  réBunié  de  ses  travaux  et  la  liste  des  prix  qui 
seront  distribuas  pour  la  période  correspondante  de  1898- 
1899  et  1900.  Ce  volume,  in-8»,  se  compose  de  349  pages, 
embrassant,  outre  les  discours  et  réponses  de  réception 
ainsi  que  les  procès-verbaux  des  séances,  des  notices  spéciales 
concernant  l'bisloire  et  les  intérêts  de  la  Normandie.  La  liste 
(les  prix  qu'elle  distribuera  n'est  pas  aussi  longue  que  la 
liste  du  même  genre  présentée  parla  Sociélée  industrielle 
de  Mulhouse  dont  il  vient  d'être  question  ;  mais  elle  est  assez 
convenablement  dotée  pour  stimuler  les  concurrents  et  les 
encourager  dans  leurs  éludes  et  leurs  recherches. 

La  Classe  des  Belles- Lettres  et  des  Arts  occupe  la  plus 
grande  place  des  travaux  de  l'Académie  dans  le  Précis 
analytique  que  la  Revue  d'Alsace  s'empresse  de  signaler. 

LA  SOCIÉTÉ  PHILOMATIQUE 

KT  LE  VERSANT   ALSACIEN    DES    VOSnES 


M.  Henri  Bardy,  Président  de  la  Société  philomatique 
vosgienne,  nous  doune,  dans  un  in-12  de  20  pages,  un  rapide 
aperçu  des  travaux  réalisés  par  la  société  qu'il  préside  et 
tlont  la  création  du  Musée  de  Saint-Dié  est  le  principal 
résultat  tangible.  11  saisit  celte  occasion  pour  faire  une  rapide 
et  bien  intéressante  excursion  sur  les  sommets  de  la  Vosge 
des  lieux  arrondissements  de  Saint-Dié  et  de  Remiremont, 
qu'il  sait  par  cœur,  et  ne  peut  se  dispenser  de  prolonger  son 
voyage  sur  le  versant  oriental,  partout  enfin  où  le  versant 
occidental,  l'abbaye  de  Uemiremont  notamment,  étalent 
intéressés  avant  1789. 

Bonne  et  utile  remémorance,  remplaçant  avantageusement 
un  discours  de  fin  d'année,  fréquemment  ennuyeux. 


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CLUB  ALPIN  FRANÇAIS 

SECTION    DUS  HAUTK3-V0SGES 

(Belfort-Epinal) 
BulleliD  N"  40 


Ce  Bullelin  est  annuel.  li  est  publi<^  par  le  groupe  des 
Alpinistes  de  Belfort.  On  ne  devine  pas  pourquoi  les  Spina- 
liens  sont  associés,  ou  figurent  comme  têts,  au  groupe  de 
Belfort  plutôt  qu'au  groupe  Nancéien,  fondateur  de  ces 
réunions  àès  le  lendemain  de  la  nouvelle  frontière  k  l'Est, 
vers  Is  Rhin,  il  n'y  a  vraisemblablement  d'autre  cause  fa  cette 
anomalie  apparente  que  le  recrutement  du  grand  nombre  des 
Belforlains  établis  k  Epinal  et  le  département  des  Vosges;  de 
sorte  que  la  remarque  n'a  d'autre  portée  que  la  constatation 
d'un  fait  en  passant. 

Le  Bullelin  du  groape  de  Belfort  est  donc  annuel.  FI  est 
imprimé  par  Devillers,  23  et  23  rue  Thiers.  C'est  un  bel  in-12 
de  72  pages.  Il  contient  le  compte  des  recettes  et  celui  des 
dépenses  de  l'année,  les  procès- verbaux  des  réunions  et  du 
banquet;  les  discours,  les  allocutions,  les  toasts  et  autres 
manifestations  d'usage.  Il  y  a,  en  outre,  une  notice  sur  les 
dernières  années  de  l'abbaye  de  Masevaux  et  une  légende 
sur  le  moulin  de  Délie. 

Le  Bulletin  du  Club  générateur,  c'est-à-dire  du  Club  de 
Nancy,  est  hi-mensuel  et  ses  trois  premiers  numéros  de 
l'année,  formés  de  52  pages,  demeurent  dans  la  donnée 
primitive  des  excursions  projetées  ou  accomplies  et  des 
diverses  voies  de  communications  améliorées,  rectifiées,  créées 
ou  h  créer  sur  ces  hauteurs  et  leurs  versants.  La  question 
forestière  n'y  est  point  déplacée  et  y  est  toujours  traitée  avec 
toute  la  compétence  des  excursion istes  appartenant  à 
l'administration. 


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Hi'LL^iN  Historique  et  philolMiOUE  Sud 

CORRESPONDANTS 

DE  6RANDIDIBR   —   DOH  LA   FOHCADB  ET  DOU   POIRIER 

On  trouve,  parmi  les  manuscrits  conservés  k  la  Biblio- 
thèque nalioDale,  trois  lettres  de  Grandidier  dont  Hr  l'abbé 
Ingold  a  fait  l'objet  d'une  intéressante  brochure  de  22  pages 
in  -8.  Le  nom  de  l'imprimeur  est  oublié  ou  passé  sous  silence, 
ce  qui  permet  de  penser  que  ces  vingt-deux  pages  font 
partie  de  VÀhatia  tacra  annoncée  et  peut  être  en  cours 
de  composition. 

Les  trois  lettres  deGraDdidierdemandenl.k  DomIaForcade 
et  Dom  Poirier,  copie  des  pièces  qui  existent  aux  archives 
bénédictines  de  Saint-Denjs  concernant  les  prieurés  de 
Lièvre,  au  val  de  ce  nom,  et  de  Saint-llyppolyle,  près  de 
Scblestadt,  prieurés  dont  Saint-Fulrade  fut  le  fondateur.  Ces 
copies  furent  livrées  et  il  est  probable  que  Grandidier  les 
indique  dans  la  note  du  tome  VI,  p.  20  et  suiv.,  des  œuvres 
inédites  de  1865. 

La  brochure  de  M,  l'abbé  Ingold  est  accompagnée  delà 
reproduction  d'un  a  double  dessin  de  l'ancienne  église  de 
Lièvre,  qui  existe  aux  archives  de  Calsruhe  ».  On  aurait  bien 
fait  de  donner  la  traduction  Française  des  légendes  allemandes 
dont  ce  double  dessin  est  orné  el  dont  certaines  parties,  de 
seconde  main,  sont  d'une  lecture  presque  insaisissable  à 
cause  de  leur  extrême  ténuité. 

ALSATECA 

'  ou  CATALOGUB  K"   i    D'OUVRAORS   SUR  l'aLSACB 

En  Alsace,  le  collectionneur  ne  fait  de  différence  entre  les 
livrets  de  ce  genre  qu'en  faveur  d'un  catalogue  concernant  la 
bibliothèque  d'un  particulier,  d'un  concitoyen,  d'un  compa- 
triote tout  au  moins  et  se  composant  de  livres  voués  h  la  vie, 
aux  faits,  h  la  chose,  en  un  mot,  de  l'ancien  Duché  de  la  rive 
gauche  du  tthin.  Dans  ce  cas,  le  catalogue  a  sa  place  dans  une 
section  de  la   bibliothèque  alsatique,   lorsque  la  mort    ou 


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SdO  REVUE   d'aLSACE 

autre  événement  de  force  majeure,  condamne  ta  colleclion 
h  être  déposée  sur  les  tables  du  marché  local. 

Est-ce  le  cas  dans  la  circonstance  qui  nous  dicte  ces  quelques 
mots  î  . .  Assurément  non  !  Et  cependant,  il  y  a  des  raisons, 
ayant  leur  origine  dans  \-.  pas^é,  pour  que  nous  nous 
montrions,  cette  fois,  moins  exclusif,  un  peu  plus  libéral  que 
la  doctrine  généralement  professée  dès  les  premiers  jours  du 
désastre  national. 

Et  d'abord  M.  J.  Noriel,  libraire  k  Strasbourg,  avait,  en 
quelque  sorte,  le  privilège  de  la  spécialité  des  livres  concer- 
nant l'Alsace.  Son  successeur,  M.  F.  Slaat,  a  jusqu'à  présent, 
suivi  les  traces  de  M.  Noriel  et  c'est  sous  l'invocation 
commerciale  et  permanente  de  ce  nom  que  le  catalogue  vient 
de  paraître. 

En  second  lieu,  après  avoir  parcouru  es  livret  de  1984 
numéros,  J'y  ai  renouvelé  connaissance  avec  de  bons  et 
vieux  amis  dont  le  sympathique  et  salutaire  idéal  a  suffi  pour 
me  décider  à  revivre  un  instant  avec  eux,  et  me  promettre 
encore  de  revenir  quelques  fois  dans  leur  instructive  et 
agréable  société.  D'autres  aussi  feront  de  même. 

On  ne  rencontre  plus,  dans  le  petit  groupe  du  successeur  de 
Noriel,  les  principales  notoriétés  littéraires  de  nos  premiers 
temps  d'aisatiqueur,  mais  assez  de  titres  sonnants  donnés  k  des 
produits  de  minces  dimensions.  Le  prix  de  ces  brochures  se 
trouve  imprimé  k  la  queue  de  leur  enregistrement  et  empêche 
l'amateur  de  se  tromper  sur  l'importance  de  l'objet.  Bref,  le 
catalogue  est  bAti  un  peu  à  la  façon  d'outre  Rhin  et  dans  le 
système  alphabétique,  quant  aux  noms  des  auteurs. 


attifa 


UNE   PAGE  DE   BIBLIOGRAPHIE 

M.  Marckweld  bibliographe 
La  doctflar  Kassel  —  Les  Beitroge 


C'esl  de  quelques  publications  faites  récemment  en  Alsace 
même,  et  pour  la  plupart  en  langue  allemande,  que  nous 
désirons  parler  ici. 


I 


Voici  d'abord,  pour  commencer  par  la  bibliographie  de  la 
bibliographie,  la  suite  des  utiles  travaux  de  M.  le  bibliothé- 
caire Marckavald,  qui  donne  depuis  plusieurs  anni^es  dans  la 
Zeitschrift  fftr  Geschichte  de»  Oberrheins,  après  l'avoir 
donné  dans  le  Jahrbuck  des  Voigesen  -  Clubs,  l'exact 
inventaire  de  tout  ce  qui  a  été  imprimé  sur  l'histoire  de 
de  l'Alsace.  Sun  dernier  talilea»,  paru  ce  printemps 
(Zeitschrift  etc  XIII,  p.  302),  comprend  les  publications  de 
l'année  1896,  classées  comme  dans  les  tableaux  précédents, 
sous  les  XVII  rubriques  suivantes  ; 

1)  Dix-neuf  périodiques,  dont  cinq  français  {Annales  de 
l'Est  et  de  la  Société  d'émulation  des  Vosges,  Bulletin  de  la 
Société  belforlnine  démulalion  et  de  ta  Société  phHomati- 
que  vosgienne,  Revue  d'A  Isace)  et  quatre  alsaciens  en  langue 
française  (Bulletin  de  la  Société  des  monuments  historiques 
et  du  Musée  historique  de  Mulhouse,  le  Passe-Temps  et  la 
Re9ue  catholique  d'Alsace).  Le  T'ou/'isre,  journal  hebdoma- 
daire illustré  paraissant  depuis  18S9  chez  Sailé  ,'i  (^olmnr, 
dans  les  deux  langues,  a  malheureusement  disparu  avec  la 
Qn  de  l'année  1895.  C'était  l'organe  ofUciel  de  l'association 


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362  HBVUE  DALSACB 

des  bateliers  d'Alsace.  11  mérite  bien  que  nous  lui  consacriond 
un  souvenir  et  un  regret. 

2)  Douze  bibliographies  ou  catalogues  lii^a  que  celui  de  la 
collection  Reiber,  ou  les  Notes  ei  documents  publias  ici- 
mème,  le  Répertoire  méthodique  du  moyen  âge  français 
par  Vidier,  etc. 

3)  Vingt-sept  écrits  divers  sur  l'histoire  générale,  par 
exemple  un  extrait  du  liull.  oftkegeogr.  Club  of  Philudel- 
pkia,  intitulé  Some  facls  about  Alsace  und  Lorraine;  le 
Guide  pour  Strasbourg  rt  les  Vosges  d'E.  Kœnig,  en  trois 
langues  ;  celui  d'A.  Stegmuller  pour  Si  Dié  et  ses 
environs, elc. 

4)  Epoque  préhistorique  et  romaine  onze  numéros,  dont  le 
Guide  pour  les  recherches  archéologigues  de  l'Est  de  la 
France  par  Bleicher  el  Beaupré,  et  La  guerre  Germaniche  di 
FI.  A.  Guiliano  par  L.  Oberziner. 

5)  Moyen  âge.  Citons  ici  en  première  ligne  YHitloire  de 
Nancy  de  M.  Pllster,  dont  la  Revue  d'Alsace  a  parlé  l'année 
dernière  (p.  289). 

Gj  Temps  modernes  :  Les  premiers  combats  de  1814  par 
P.  Bouvier.  L'invasion  austro-prussienne  (1792-94)  par  L. 
Pingaud,  etc. 

7)  Historiographie  locale  :  G .  Keru,  Geschichle  des  Colma- 
ter Vernhfenerungsvereins  :  Ch.  Lenoir,  Les  trois  sièges 
d'Nuningue  (Extrait  de  la  Revue  du  Génie  militaire)  ;  P. 
(iirard.  Excursion  à  Ferrelte  (Extrait  de  l'almanach  des 
Kneippistes  de  Mulhouse),  etc. 

H)  Etudes  biographi([ues,  telles  que  celles  de  Maurice  Bloch, 
Femmes  d'Alsace,  analysée  ici-ménie  il  y  a  deux  ans  (p.  12") 
et  de  Henri  Jouve  dans  les  Dictionnaires  déparlementau.r. 
Articles  nécrologiques  de  la  Revue  de  l'Art  chélien,  M\ 
Journal  de  la  Société  d'Arrhéoloi/ie  Lorraine,  âe  l'Alma- 
nnch  d'Alsace  el  de  Lorraine,  du  Cenlralblnlt  der 
R'tuvericfiltang  et  de  la  Deutsche  Bauseitung  sur  l'archi- 
tecte strasbourgeuis  K.  Bœswillwald  ;  ceux  que  les  ilnnn/ef 
des  mines  et  La  Nature  ont  consacrés  à  M.  Daubrée  et 
celui  que  L.  Mtmgerot  a  tracé  sur  J,  Macé  dans  La  ligue  de 
l' Enseignement .  Essai  deE.  LienhardsurMoscherosch  dans 
Dus  :iO  Jahrhundert  :  communication  d'E.  Muller  dans  la 


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USB   PAGE  DE  BIBLIOGRAPHIB  563 

Zeitschrifl  fi'ir  rergleichende  IJtleraturgeschkhte  sur 
Pfeffel  im  Urleil  sioeia  Zeilycnossen;  Biographie  de 
Quinten:,  l'invenleur  de  ta  bascule  décimale,  et  origine  de 
l'Usine  de  Grafenstaden,  pur  F.  Brauer,  an  Bulletin  de  la 
Société  des  Sciences,  Agriculure  et  A  rts  de  la  Passe- Alsace; 
Lettres  inédites  de  Ramond  publiées  parTainisey  de  Larroque 
dans  la  Revue  des  Pyrénées;  enfin  Mémoires da général 
Bapp,  revus  et  annotés  par  U.  Lacroix. 
«)  Histoire  ecclésiastique  et  10)  des  JuiTs. 

tlj  Art  et  archéologie. 

12]  Histoire  savante  et  littéraire,  arcliives  etimprinnerie. 
A  ciler  surtout  Das  Markcken  von  OÔerkirch,  cette  piécette 
de  Gcclhe  qui  évoque  un  souvenir  de  la  Terreur  à  Strasbourg 
et  qu'Erich  Schinidt  n  étudiée  dans  Cosmopolis  (Elle  figure 
au  18*  vol.  des  œuvres  de  Guethe,  que  G.  Itocke  vient  de 
publier;,  puis  les  drames  imités  des  Anciens  par  Wolfnrl 
Spangenberg  (1)  et  Isaac  KiTcreisen,  représentés-  sur  le 
Theatrum  academicum  du  Gymnase  et  publiés  maintenant 
dans  la  Bibliotkek  des  litler  Vereins  de  Stuttgart. 

13)  Histoire  de  la  civilisation  et  des  mœurs. 

14)  Légendes  et  folklore. 

15)  Linguistique. 

16)  Héraldique  cl  nLinaismatii{ue. 

17)  Cartographie.  Celte  rubrique  reste  aussi  vide  en  I8DC 
qu'en  18D5  et  en  18!U. 


Il 


Voici  maintenant  quelques  nouveaux  travaux  du  docteur 
Auguste  Kassel  de  HochTelden,  dontles  Notes  sur  Ingiriller 
aux  XV'II'  et  XVI II"  siècles  ont  été  résumées  ici  même  l'an 
dernier  (p.  62).  Depuis,  il  a  complété  ces  Notes,  nu  dernier 


(I)  Fit  imprimer  à  Strasbourg  son  lïécube  {llîO-^>)  el  son  Amfi- 
(rMo{l60«)  et  trmJuitl'/tjrtx  de  Sophocle  d'après  le  Ittlij.L'Scalij^vi; 
fui  un  niileur  dramatique  Tort  apprécié  de  son  temps.  Frœreisen 
traduisit  le  Ci'ësus  de  trusius,  V Andromède  de  Bralovius,  les  Xaérs 
d'Aristophane,  etr.  Pour  plus  de  détails  sur  rrs  deux  éLTivaius 
alsaciens,  voir  Genlinus  III ,  y.  71  et  suivantes. 


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S64  nevuK  d'alsacb 

Jahrbuch  des  Vog.-Clubs  (et  en  tirage  à  part),  dans  une 
éliiJe  sur  les  familles  nobles  d'Ingwiller  du  XV[«  au  XVIII* 
siècle,  dont  il  a  puisé  les  mati^riaux  auxîirniiives  de  Stras- 
bourg, Ingwiller,  iN'iederbronn,  Dunzenhcim,  Oberhronn,  etc. 
et  qui  donne  des  renseignements  nouveaux,  absents  du 
Deutschfis  Adelslexicon  de  Kneschke  (1861),  du  Grosse» 
Wappenbuch  de  Siebmacher  (1871),  du  Goldenes  Buch  von 
Slrassburg  de  Kindler  d?  Knobloch  (1885),  ainsi  que  de 
V Alsace  noble  de  Lehr  et  de  V Histoire  d'Ingwiller  récem- 
ment écrite  par  l'insLituteur  Charles  Delz.  H.  Kassel  nous 
fournit  des  détails  inédits  plus  ou  moin  î  (^tendus  sur  cent 
qualre-vingt-sept  familles  qui  ont  deiu«urn  ou  passt'  à 
Ingwiller.  Celles  doot  il  pnrle  le  plus  longuement  sont  les 
Bernhold,  Bœcklin,  Callpnstein,  Kreudeiislein,  Haiiau-Lich- 
tenberg,  Hoym,Kippenheim,LœbeLi,  Nelspach,  Scbmidiburg, 
Simmern,  Waldtnianshausen,  etc.  Un  appendice  renseigne 
sur  les  résultats  des  fouilles  opérées  dans  les  caveaux  de 
l'ancienne  église  d'Ingwiller,  qu'on  démolissait  au  moment 
même  où  s'imprimait  l'élude  du  docteur  Kassel. 

Rappelons  aussi  qu'il  a  communiqué  au  Jahrbuch  de  1893 
une  contribution  Zur  \olkskunde  im  alten  ffanauerland, 
où  il  parle  de  la  curieuse  «  planchelteii  tonnerre  «employée 
dans  beaucoup  de  villages  d'Alsace  pour  désigner  l'habitanl, 
qui  devait  sonner  les  cloches  au  prochain  orage  et  briser 
ainsi  la  force  de  l'éclair  (fiilgura  frango  dit  la  Cloche  de 
Schiller),  selon  l'opinion  populaire  bien  connue.  La  plsn- 
cbelte  de  Minversheim  (canton  de  llochfelden),  dont  M.  Kassel 
s'occupe  spécialement,  fut  retrouvée  en  1868  ;  elle  est  en  bois 
decbène,  longue  de  vingt-lrois  cenlimètres,  large  de  quinze. 

Il  mentionne  ce  même  village  de  Minversheim  au  Jahrbuch 
de  ISyfi,  pour  prouver  par  de  nombreux  textes  que  le  w 
(double  v)  iiilroduil  dans  l'orlogrnphe  du  mot  estapocryplie. 
Cette  lettre,  en  eifet,  n'iipparait  qu'en  1810  dans  les  titres  du 
Recueil  ofitciel  des  Actes  de  la  préfecture  du  Bas-ltbin,  et 
elle  ne  figure  que  sporadiquement  dans  les  documents  locaux 
de  1818  il  1831,  Les  formes  primitives  sont  Mumfredouilla 
(en  711)  eiMunifredeshein  (743). 

l'n  autre  travail  de  M.  Kassel  est  inséré  dans  la  S{ra*sb. 
Post  des  16  et  23  Janvier  derniers  sous  le  titre  de  Ans  den 


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[INK  PAGB  DE    BIBLIOCBAPHIK  565 

«  gulen  allen  Zeiten  ».  Cet  appoint  à  l'étude  des  mœurs 
alsaciennes  au  'XVIII*  siècle  tend  à  montrer  que  le  «  bon 
vieux  temps  »  si  vanté  ne  valait  guère  mieux  que  le  nôtre. 
Les  documents  utilisés  k  cetelfel  sont  notamment  les  Actes 
presbytéraux  de  Miltelhausen,  conservés  pour  les  années 
^737,  1740-42,  1756-70.  Ce  sont  les  comptes  rendus  des 
séances  et  des  jugements  du  tribunal  ecclésiastique,  composé 
du  pasteur  et  de  deux  anciens,  qui  Tonctionnait  dès  t6S9au 
Hanauer  Lœndet  et  qui,  sa  juridiction  étant  tombée  en 
désuétude,  fut  réorganisé  en  1736,  c'est-à-dire  aussitôt  que 
la  région  devint  hessoise.  Les  censures  publiques  qu'il  eut  à 
prononcer  dans  la  période  qui  nous  occupe  visent  notamment 
les  jurons,  l'ivrognerie,  l'immoralité,  les  querelles,  fréquenta- 
tion des  danses,  transgression  du  repos  dominical,  etc.  Les 
punitions  consistent  en  amendes,  rétractations  et  pénitences 
publiques.  Pendant  ces  dix-neuf  ans,  il  se  produisit  à  Mittel- 
hausen  vingt,  cas  graves  d'immoralité,  dont  un  seul  adultère, 
il  est  vrai,  et  dont  un  seul  autre  ne  put  être  réparé  parle 
mariage,  parce  que  le  jeune  homme  qui  avait  compromis  deux 
jeunes  lllles,  ne  put  évidemment  pousser  le  repentir  jusqu'il 
les  épouser  toutes  deux. 

D<Hail  curieux  :  la  sage-femme  aussi  était  soumise  à  ce 
tribunal  ecclésiastique. 

Enlln  notons  ii  l'actif  de  M.  K^'.ssel  le  feuilleton  des  6,  8,  Il 
et  13  janvier  du  IVetier  Zorntkal-Bote,  organe  officiel  du 
cercle  rural  de  Strasbourg,  paraissant  à  Brumath  trois  fois 
par  semaine  et  qui  se  trouve  dans  la  quatorzième  année  de 
son  existence.  Le  feuilleton  en  question  est  intitulé  :  Âus 
dem  Nolisbuch  eines  hanauixchen  Schreinerx  (17ft5-94): 
Ce  mattre  menuisier  eut  en  sept  ans  vingt  apprentis,  dont 
sept  catholiques  ou,  au  point  de  vue  de  la  nationalité,  neuf 
Allemands  (de  Hatislionne,  Hechingen,  Berlin,  du  Palatinat, 
deux  de  Hambourg,  deux  Wilrtenbergeoîs).  L'époque  était 
importante  pour  le  brave  menuisier  de  Miltelhausen  ;  car 
c'est  lie  1788  k  1790  qu'on  restaura  l'église  et  que  notam- 
ment on  en  renouvela  le  mobilier.  Le  local  rénové  fut  inau- 
guré le  14  février  1790  par  le  pastor  loci  Pétri,  ceux  de 
Pfaffenhofen,  (i.  J.  Schaller,  et  dtr  Brumath,  Martin  Barth. 
Ce  dernier  nom  a  son   importance;   car  sa    présence   sert 


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k  rectifier  une  erreur  faite  par  M.  Kiefer  h  ta  page  121  de  son 
Pfarrbuch  der  Grafschaft  Hanau-Lichtenberg.  Autres 
détails:  l'înlroduclion  en  4790  de  la  monnaie  française 
permet  de  donner  d'utiles  indications  sur  la  valeur  changeante 
des  assignats,  qui  dès  Juillet  1793  valent  moins  que  la  moi- 
tié du  numéraire  (3  Horins  en  argient  —  7  11.  5  ss.  en  papier). 
I.e  4  octobre  1792,  3500  prisonniets  de  guerre  traversent 
Brumalh  pour  aller  se  loger  h.  la  caserne  de  la  Finkmatt. 


m 


Nous  arrivons  &  une  collection  de  publications  alsatiques 
qui  paraissent  depuis  onze  ans  à  des  intervalles  indétermi- 
nés. «  Elle  se  compose  d'études  détachées  sur  l'biBtoire 
proprement  dite,  sur  l'histoire  littéraire,  sur  la  langue  de  nos 
anciennes  provinces  de  l'Est  a  (Annales  de  l'Est  III,  598). 
Chaque  fois  que  cinq  de  ces  études  ont  paru,  on  en  forme  un 
volume.  C'est  ainsi  que  les  Beitrœge  sur  Landet-und 
Votkexkunde  von  EUass-Lothringen,  c'est  le  titre  de  la 
collection,  comprennent  déjà  quatre  volumes,  analysés 
successivement  par  les  Annales  de  l'Est  (lil,  59S.  Vi,  483. 
XI,  455),  auxquelles  nous  nous  permettons  d'adresser  le  lec- 
teur désireux  de  puiser  des  renseignements  précis  sur  les 
Beilrœge.  Quant  au  5*  volume,  en  voie  de  formation,  nous 
allons  rendre  compte  ici  des  trois  fascicules  qui  en  ont  déjà 
paru  et  qui  portent  dans  la  collection  complète  les  n"'  21,  22 
et  23(1). 

N°  21 

Théodor  Vulpinus,  Ritter  Friedrich  Kappler  1896, 
m  pages. 

On  sait  que  Vulpinus  est  l'ingénieux  pseudonyme  de  M. 
Renaud,  inspecteur  scolaire,  qui  cache  sous  ce  transparent 
voile  latin  son  nom  si  français.  Cela  rappelé  passons  k  l'ana- 
lyse de  son  œuvre. 


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UNE   PAGE   DB    BtBLIOGRAPHIR  567 

Les  frères  Frédéric  et  Guillaume  Kappler  sont  connus 
surtout  par  le  rrtle  qu'ils  jouèrent  aux  côtés  de  Pierre  de 
llagenbach  lors  du  drame  de  Brisach  (Voir  Annales  de  l'Est 
V,  62-76).  Frédéric  fut  *  l'un  des  plus  grands  capitaines  de 
son  temps  »,  (Ravenez)  «  vaillant  chevalier  et  bien  expi'ri- 
menlé  tant  en  France  qu'en  Italie  »  (Commines);  Sébastien 
Brant  le  cite  avec  éloge. 

Le  village  d'où  sa  famille  semble  tirer  son  nom  est  au 
canton  de  Landser  el  apparaît  en  1144.  En  1284,  les  frères 
Otton  et  Jean  Cappeler  sont  cités  comme  bourgeois  de 
Mulhouse;  et  dnns  une  procuration  donnée  pour  Brunon  de 
Ribeaupierre  (Luxeuil,  20  janvier  1381),  un  messire  Cappe- 
laire  ligure  parmi  les  témoins.  Mais  voici  le  père  de  nos  deux 
frères,  Henri,  conseiller  du  Landvogt,  Jean  de  Thierstein  à 
Ensisheim  en  1422,  bailli  !i  Masevaux  en  1430,  vassal  du 
sire  de  Ribeaupierre,  qui  l'investit  de  la  colonge  d'Eguis- 
heim(l441).  Un  an  après,  il  guerroie,  avec  d'autres  chevaliers, 
contre  Mulhouse.  La  lutte,  interrompue  par  l'invasion  des 
Armagnacs,  est  reprise  de  plus  belle  et  ne  cesse  que  par 
l'intervention  de  l'empereur  qui  écrit  îi  Henri  Copier  une 
lettre  conservée  au  Carlulaire  de  Mulhouse  (1446).  Mentionné 
encore  en  1452  comme  conseill  irde  la  régence  d'Fnsisheim, 
il  a  dû  mourir  bientôt  après.  Sa  veuve,  de  la  famille  des 
Ferrette,  se  retira  à  Gildwiller  (non  loin  de  llagenbach)  avec 
ses  deux  lils,  dont  l'alné,  Frédi'iic,  avait  environ  vingt  ans, 
IlériLier  de  la  haine  de  son  p^re  contre  Mulhouse,  il  prit  part 
au  Plappert/crieg  (1465),  en  quahlé  de  vassal  de  Ribeau- 
pierre, et  à  l'incursion  du  chevalier  Bock  de  Stautlenbourg 
en  Lorraine.  En  (471,  il  est,  d'après  Schœpflin,  prœfeclus 
Etitishemio.  Un  an  avant,  il  était  déjà  au  service  de  Hagen- 
bach  qui,  les  17  et  19  septembre  1470,  réclame  de  Mulhouse 
le  paiement  d'un  cheval  appartenant  à  Kappler  et  tué  par 
des  buurgeois  de  la  ville.  Cette  réclamation  est  renouvelée  le 
H  novembre  \\  la  diète  de  Colmar.  Les  négociations  qui  s'en 
suivirent  et  la  situation  offlicielle  de  Kappler  à  Ensisheim 
l'empêchèrent  de  prendre  part  à  l'expédition  contre  Ortem- 
berg  (Annales-  de  l'Est  V'IIJ,  32)  et  Ji  la  levée  de  troupes 
faite  le  printemps  suivant  contre  Louis  XI,  Son  frère,  par 
contre,    partagea    l'emprisonneniciit     du    grand    bailli    à 


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Oberkirck  (tbid.  III,  529). 

Lorsque  le  Téméraire  vint  &  Brisach  le  24  décembre  1473, 
Frédéric  y  commandait  déjà  les  lansquenets  allemands.  C'est 
lui  qui  parait  avoir  été  le  boui^mestre  noble  que  Hagenbach. 
revenant  après  son  mariage,  mit  à  la  place  du  bourgmestre 
roturier  .Stéhelin  (l'auteur  de  la  Aei/icAroniA:  d'après  Moue) 
et  qui  fut  destitué  à  son  tour  avec  tout  le  conseil  après 
l'attaque  nocturne  des  Fribourgeois.  Lorque,  le  6  avril,  le 
bailli  arriva  à  la  lèle  des  mercenaires  picards  et  ordonna  aux 
lansquenets  de  leur  faire  place,  Kappler  et  ses  officiers 
demandent  leur  congé,  ne  restent  à  Brisach  qu'à  la  prière 
d<:s  bourgeois  et  interviennent  de  leur  mieux  entre  ces 
derniers  et  Hagenbach.  Les  révoltés  l'emportent,  le  mardi  de 
Pdques  11  avril,  et  veulent  mettre  la  main  sur  le  bailli. 
Kappler  obtient  qu'on  le  garde  simplement  prisonnier  dans 
sa  maison  et  il  est  des  quatre  chevaliers  qui  partagent  avec 
quaire  bourgeois  et  quatre  lansquenets  la  surveillance  du 
captif.  Lorsque  ce  dernier  fut  enfermé  dans  la  tour  le  vendredi 
suivant  et  qu'après  l'arrivée  des  députés  de  Sigismond  (et  de 
la  ligue  de  Constance)  annonçant  le  rachat  du  pays,  un  tribu- 
nal fut  institué  pourjuger  son  ancien  chef,  Kappler  quitta  la 
ville  pour  ne  pas  devoir  figurer  comme  témoin  à  charge  et  ne 
retourna  sans  doute  à  Gildwiller  qu'après  avoir  conféré  avec 
Guillaame  de  Ribeaupierre,  auquel  il  avait  déjk  envoyé,  de 
Brisach  même,  un  rapport  que  Mone  date  du  15  ou  du  16, 
mais  qui  ne  peut  pas  avoir  été  écrit  avant  te  20.  Son  frère 
resta  auprès  du  bailli  et  reçut  ses  dernières  volontés  (flecue 
d'Alsace,  1893,  p.  386). 

Leur  mattre  mort,  les  deux  frères  furent  un  moment  sans 
ressources.  Comme  on  leur  devait  un  arriéré  de  solde,  ils  se 
payèrent  eux-mêmes,  d'après  l'usage  de  l'époque,  en  allant 
piller  la  seigneurie  de  Hlamont  (l'f  juillet),  provoquant  ainsi 
les  représailles  des  Bourguignons  qui.  le  mois  suivant, 
ravagent  le  Sundgau  pendant  quatre  jours.  La  Basse-Union 
entre  en  campagne:  Kappler  prend  part  il  la  victoire  de 
Chénebier  {\'à  novembre),  au  siège  (8-16  nov.)  et  à  la  prise 
d'II^ricourt,  dont  il  est  nommé  commandant.  Laissé  seul 
pendant  l'hiver  avec  deux  cents  cavaliers  et  autant  de  lans- 
quenets,  il  soutient   plusieurs    escarmouches    victorieuses> 


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UNB  PAGE  DG   BISUOaRAPKtB  569 

s'empare  le  10  juin  1473  du  ch&teau  de  Lomontprès  de  Lure 
el,  en  novembre,  de  Luxeuil.  Sa  dernière  expédilion 
(3  mars  1476)  le  mène  h.  Monlbozon  sur  l'Oignon  el  à  Gram- 
moat  près  Rougemont,  où  il  se  heurte  k  Elienne  de 
Hsgenbach. 

Le  malin  du  2i  juin,  il  la  lisière  de  la  forêt  de  Horat,  leB 
deux  frères  sont  frappés  chevaliers  par  !e  Landcogt  Oswald 
deThierstein,  en  même  temps  que  René  de  Lorraine,  Wecker 
de  Bilche  et  plus  de  cent  nobles  deSundgau  et  de  Brisgau. 
Après  la  victoire,  ils  poussent  jusqu'au  pays  Je  Vaud  avec 
la  plupart  des  chevaliers  d'Alsace  el  ne  sont  de  retour  à  B&le 
que  le  6  juillet.  Etant  vassal  de  Guillaume  de  Ribeaupîei're, 
qui  succéda  à  Thierstein  el  conduisit  le  contingent  alsacien 
contre  Nancy,  Kappler  a  dû  assister  à  la  mort  du  Téméraire. 

Ses  autres  expéditions  nous  intéressent  moins.  Disons 
seulement  que,  dans  la  campagne  de  1487  contre  Venise,  il 
fut  commandant  de  la  ville  de  Trenle,  et  défit,  le  vendredi  10 
aoAt,  à  Calliano,  un  ennemi  beaucoup  supérieur  en  nombre, 
ayant  sous  ses  ordres  Christophe  de  Hallstal,  Louis  de 
Ueinach,  Caspar  BLBcklin,  Henri  d'AndIau,  Simon  de 
Ferrettc,  llermann  Waliiner.  Cette  brillante  victoire  lui 
rapporta  la  possession  du  village  de  Gildwiller  el  le  titre  (que 
son  père  déjà  avait  porté)  de  bailli  de  Hasevaux. 

Le  19  janvier  14D3,  il  fut  encore  vainqueur  à  Dournon  près 
de  Salins,  contre  Baudricourl,  le  commandant  de  la  place  de 
Poligny.  Son  succès,  chanté  par  Sébastien  Brant,  ne  contribua 
pas  peu  k  la  conclusion  de  la  paix  de  Senlis,  le  23  mai. 

Le  26  mars  1495,  tous  les  vassaux  wurtcmbergeois  assis- 
taient ik  la  diète  de  Worms,  oli  le  comte  de  Wurlenberg  était 
proclamé  duc.  Kappler  figure  parmi  eux.  soit  comme  homme 
lige  de  Ribeaupierre,  soit  qu'il  détint  directement  quelque  fief 
wurtem  berge  ois.  De  Worms,  il  alla  en  Italie,  où  il  commanda 
les  troupes  autrichiennes  au  siège  de  Navare.  Après  l'issue 
malheureuse  de  la  guerre  dite  de  Souabe,  au  moment  même 
(sept.  1499)  où  la  paix  de  Bàle  rompait  les  derniers  biens 
qui  rattachaient  encore  celte  ville  à  l'empire,  il  entra  au 
service  du  Wurtemberg  et  devint  bailli  de  Monlbéliard,  tout 
en  restant,  semble-t-il,  celui  de  Masevaux.  Pendant  la  guerre 
de  la  succession  de  Bavière  (1504),  il  commanda  la  cavaleriç 


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670  BBVUB  d'alsack 

wurtembergeoise  et  contribua  à  la  prise  de  Besigbeim  et  de 
Weinsbergr.  Après  la  mort  du  dernier  sire  de  NeucbAtel,  il 
fut  chargi!  d'occuper  la  seigneurie  de  Ulamont  (oct.  150S),  ce 
qui  l'entrafna  dans  deî  démêlés  avec  le  bailli  d'Ënsisheim. 
Quatre  mois  après,  il  mourait,  ne  laissant  qu'une  fille  qui 
épousa  d'abord  un  Reich  de  Ileichenstein ,  puis  un  Landeck, 
mais  noD  pas  Simon  de  Ferrette  comme  le  veut  Kavenez,  qui 
rattache  aussi  la  femme  de  Kappler  à  la  famille  de  Waldner, 
tandis  qu'elle  appartenait  k  celle  de  Hattstadt. 

Guillaume  Kappler,  le  frère  de  notre  héros,  eut  une 
descendance  illégitime  qui  garda  le  nom  et  dont  la  dernière 
représentante  entra  dans  un  couvent  d'Ënsisheim  au  début 
du  XVil»  siècle. 


m  22  (1) 

Cette  3*  édition,  quoiqu'augmentée,  ne  dilTère  pas,  pour  le 
fond  et  la  tendance,  d-  la  première,  que  M.  Pfister  a  briève- 
ment appréciée  dans  les  Annale»  de  l'Esc  (II,  427j.  On  y 
trouvera  d'abord  un  aperçu  géographique  (p.  4-8)  et  admi- 
nistratif (lO-lSj  de  l'Alsace  en  16i8  et  l'exposé  des  articles 
du  traité  de  Munster  relatifs  h  celte  province  (16-21)  ;  puis  un 
des  jugements  sur  la  politique  française  vis-à-vis  de  la  déca- 
pole  (22-25,  28  30,  35-36),  sur  la  diète  de  Ratisbonne 
(Annales  de  l'Est  III,  309)  et  l'activité  du  Conseil  Souverain 
érigé  en  (Ibambre  de  Réunion  (39-42J  (2)  ;  enfin  une  nouvelle 


(1)  De  Hulleaheim,  Bechberg,  die  Annexion  de»  EUata  durck 
Prankreih,  1896,  73  p. 

(3)  A  celle  ocxaaion,  l'auteur  fait  une  erreur  qui  a  di'jà  été 
relevée  par  la  Zeitschrift  fur  die  ffeschichle  de»  Oberrhein» 
(1897,  p.  374).  Pour  prnuver  les  droits  ilesouverHiiielc  de  la  France 
■ur  toute  l'Alsace,  l'aTocal  général  Favier  avait  ra.'welé  qu'en  IttâS 
l'èvËque  de  Strasbourg,  cq  sa  qualité  de  Laudgravo,  coovoqua  les 
Ëlata  de  Basae-AUace  à  Schlesladl.  Le  roi,  héritier  des  adribulions 
du  landgrave,  avait  donc,  concluait  Favier,  les  droi'sde  souverai- 
neté sur  tes  Etais  de  Basse-Alsace.  M.  de  Mullenheint  objecte  que 
cette  conrocation,  sans  précédent  connu  dans  l'bistoire,  n'est  à 
considérer  que  comme  la  démarche  d'un  homme  inHueiit  désireux 
de  conférer  avec  ses  égaux,  et  non  comme  l'acte  officiel  d'un 
supérieur  réunissant  ses  subordonnés  en  diète  provinciale. 


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VHS  PAGB   DK  BIBLIOGR&PHIR  S71 

relation  de  la  capitulation  de  Strasbourg  et  de  ses  conséquen- 
ces, surtout  religieuses  (43-63  ;  opinion  de  Fénelon  p.  48)  et, 
en  guise  de  conclusion,  quelques  remarques  sur  la  politique 
du  gouvernement  allemand  en  Alsace. 

(A  tuivre.)  F.  B.  Baltiwbilkb. 


En  réalité,  celle  confocation,  loin  d'Être  un  fait  isolé,  se  renou- 
velait chaque  année  depuis  le  début  du  XVl"  siècle  et  était  bien, 
comme  l'enleDdait  Favier,  un  des  derniers  vestiges  de  l'autorité 
souveraine  exercée  jadis  parle  landgrave. 

inclinons-nous,  en  quittant  le  livre  de  M.  de  Hullenheim, 
devant  l'esprit  de  louable  imparlialilé  (|ui  a  dicté  i,  la  Zeitichrift 
celle  note  rectificative. 


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TABLE  DES  MATIERES 

Année  1898 
JANVIER  —  FÉVRIER  —  MARS 


Arth.  Bbnoit.  —  Strasbourg  et  VieHX-Bri«ach,  d'après  un 
auteur  du  XVllo  siècle.  —  Alsace.  —  Strasbourg.  — 
Brisach.  —  Fort-Mortier.  —  Neur-Brisach     ....        4-Î5 

D'  H.  WRtSGERRRB.  —  Mémoire  inédil  de  l'Intendance.  — 
1,'Alsace  au  commeacenieiit  du  XVIII"  siècle.  — 
Noblesse  et  fiefs.  —  Présidial  de  Basse-Alsace  —  Droits 
et  corvées.  —  Corvées  aui  évêquea  . —  Strasbourg.  — 
Juridiclions  —  Tribus.  —  Bâtiments  publics.  —  Univer- 
sité. —  Monnoyes.  —  linposilions,  elc 26-46 

Auo-  Gasskr.  —  Ville  et  bailliage  de  Souitz.  —  Inslilulions 
communales.  —  Privilèges  rommunaux.  —  Domaines 
et  rentes.  —  Droils  de  la  ville.  —  Sceaux.  —  Offices.  — 
Fiscal.  —  Greffier.—  Prévôt.—  Conseil.  —  Rérormes.  — 
Gardes  des  portes.  —  Forestiers.  —  Veilleurs  de  nuil.  — 
Posie,  etc.,    etc 47-82 

Ch.  GoiTZWiLr.ER.  —  A  travers  le  passé.  —  Poriraita.  — 
Paysages.  —  Grad,  —  Ueichstag.  —  Pèlerinage  à 
Lourdes.  —  Panama.  —  Famille  Herzog.  —  Miniatu- 
riste Hertricb.  —  Le  chanoine  Haimbourg.  —  Colosse 
de  New-Yorck.  —  Monde  de  la  féerie,  etc.,  etc.     .     .     .    83-lft6 

Th.  Sch(ell.  — Essai  biographique.  —  Théophile  Conrad 
Pfeffel.  —  Récréations  théiltrales.  —  Essais  poétiques.  — 
Fabuliste J<l7-iîl 

Ahth.  BBNorr.  —  Notes  et  documenta  pour  servir  k  l'his- 
toire de  la  presse  en  Alsace -Lorraine.  —  Périodiques  de 
la  Heurthe  et  appendice  des  Vosges IS3-1X9 

Cu.  Behobllé.  —  Traduction  de  quelques  poésies  d'Aug. 


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fABI.R  DBS   UATikRES 


Slœber.  —  A.  Guillaume  Tell.  —  Gulenberg.  —  Les 
Héroi.  —  Dana  les  monlagnes.  —  En  automne.  —  En 
Fêïrier.  —  La  mère.  —  Les  œufs  de  Pâques.  .  .  .  I 
I.  LmuN.  —  Hôtel  de  l'ancienne  Douane  de  Colmar  par 
André  Wallz.  —  ÉmulaUon  de  Belfort.  —  Église  d'Alsace 
en  1769  par  Schikelé,  curé  de  la  Madclalnc  Slras- 
boui^.  —  Thèse  au  Ductorat  de  M.  Rod.  Reusj.     .     .  i 


AVRIL  —  MAI  —  JUIN 


1.  Ubli.n.  —  Alsace  et  Réj^ionsToisines  CD  temps  de  guerre 

—  1794  ~  (kimmissairc  des  guerres  —  Réquisition  et 
.    Répartition   —    Alimentation    ciTile  —    Admonitions 

ministérielles  —  Anniversaire  de  la  mort  du  tyran  — 
NouTelles  réquisitions  —  Landau  —  Brïsach  —  Toiles 
peintes  —  Onirihution  —  Poudres  et  Salpêtres  —  Im- 
portations et  Exportations  —  Mission  Mairan  de 
Relforl  —  Dons  patriotiques  —  Efacualion  du  Palatlnat 

—  Armes  de  Guerre  —  Assistance  interdépartementale 

—  iFer  blanc  —  Années  du  Rhin  el  de  la  Moselle  — 
Rassemblement  séditieux  en  Suisse 14S-ltiO 

Ch.  lioi'TzwiLLRR.  —  Excursion  de  di'ui  Alsaciens  en  Bel- 
gique et  Hollande  —  Musées  de  Bruxelles,  Uand,  Bruges, 
Anvers  —  Impressions  du  touriste  —  Flandre  A  vol 
d'oiseau  —  .\rchiteoture  des  Jésuites  —  Harlem  et  ses 
tulipes  —  Artistes  —  Diamants  —  Lahaje  —  Trésor 
d'un  musée  —  Fayence  de  Delfl,  etc.,  ctc 16l-19(i 

Tii,  ScHoei-L.—  Essai  biographique  —  Théophile  (imrad  — 

PfelTel 197-206 

Ch.  Nerlingeh.  —  La  vie  à  Strasbourg  au  commencement 
du  XVIIe  sièi'lc  —  De  l'écorclieur  el  cureur  de  privez  — 
Du  Colpotciir  —  Do  Cordonnier  —  De  l'Knlerreur  de 
morts  •-  De  l'Escujer-Tranchant  --  Du  Faquin  -  Du 
Fendeur  de  Bois  —  Du  Revendeur  d'amorces  et  de  fusils 

—  Du  Jardinier  —  De  la  Lavandière  —  Du  Larron  — 
Delà  Lingère-  Du  Sellier  el  Soliloque -Du  Maquignon 

—  Du  Mareschal  -■  Du  Prédicateur  -  Du  Relieur  de 

livres  -  Du  Mari 207-it« 

Aie.  Gassrr.  —  Histoire  de  la  ville  et  du  bailliage  de  Soullz 


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ftï4  RHVCK   D*ALSaCE 

PagM 

—  Bourgeoiaie  —  Tribut  —  ManaolB  —  Juifs,  etc.,  etc.    .  S69-S9i 
Fréd.  Kuhte.  -  NouTelles  (euvres  iaédiles  tie  Grandidier— 
Tome  2<  —  Ce  qu'il  RODlient  --  Le  Joujou  du  chanoine 
Métrol  ~  Tomes  en  préparalion  —  Aperçu  de  ce  qu'ils 

contiendront 295-299 

P.  B.  Batzwdlleb.  —  Le  premier  Jubilé  de  l'Ancienne 
Université  de  Slrasboui^ 300-304 


JUILLET  —  AOUT  —  SEPTEMBRE 


0^  H.  Wbisrgehbbr.  ~  Les  mines  de  Sainle-Harie.  — 
Reprise  des  travaux  de  recherr.lie.  ~  Historique.  — 
Causes  de  l'abandon.  -  Eugène  Kœcblio.  --  Abbé 
Haaauer.  -  Leberthal.  —  Fouilles.  -  Vieilles  galeries,    .  30S-31X 

S.  Druerkan.  —  Bibliographie  des  mines  el  du  val  de 
Lièpyre 313-315 

Ch  NBBLLfOBR.  -  Le  surnom  de  Maùetocker  donné  aux 
Strasbourgeois.  -  Pipeurg  de  Mésanges.  —  Surnoms 
fréquents  en  Alsace.  --  Jeux  de  mots.  -  Exemptes.  -- 
Canon  appelé  Meytêenlocker.  —  Point  de  départ  d'une 
légende.  -  Explication  élymologiquo. -Appendice   .    .  316-327 

Arth.  Benoit.  Notes  d'un  voyageur  anonyme  sur  Bïle, 
BHsacb  et  SIraabourg  vers  IU88.  -  Bâle.  -  Cabinets 
particuliers.  —  Anciennes  peintures.  --  Bibliothèques 
publiqjes.  ~  Huniugue,  Fribourg,  Vieux-Brisach, 
Sdielestat,  Strasbourg.  ete.,etc .S2S-342 

Th.  Schcell.  ~  Théophile-Conrad  Pfeltel,  L'œuvre  litté- 
raire. ~  Fabuliste.  -  Au  lecteur  —  Le  ver  luisant.  — 
La  noix  ~  Harpagon  ~  L'œuvre  en  prose ai.1-.')6S 

Al'u.  GikSSBH.  —  Histoire  de  la  ville  el  du  bailliage  de 
Soullï.  —  Enquôle  sur  l'usure  des  Juifs.  -  Arrestations. 
-  ElTervesceucf:  en  1848,  ~  Pillage  dans  le  Sundgau.  ~ 
Fortificatione  de  la  ville.  —  Milice  bourgeoise.  —  Arque- 
busiers. -'  Incendies.  -  Haute  et  basse  justice,    .    .    .  363-384 

NovvBLLB  Europe.  -  Une  page  de  l'histoire  contemporaine 
de  l'Alsace.  ~  Véritables  causes  de  la  réunion  de  Mul- 
house à  la  France :t85-.199 

Lb  Temps.  —  Jean-Jacques  Henner.  ~  Esquisse  biogra- 
phique, ~  Son  cenvre  pour  la  médaille  d'honneur  au 


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TABI.B   DKS   UATlKREâ 


Ôïft 


salon  de  1898 400-403 

P.  A.  GniNDioiER.  --  Origine  du  Lulhéraaisme  à  Stras- 
bourg. -  Sur  Martin  Lulher.  ~  Sur  Erasme.  -  Sur  les 
mariages.  —  Sur  Zwingle.  ~  Sur  les  réformateurs.  ~  Ls 
doctrine  sacrem  eu  taire.  --  Le  t^élibat  des  prêtres.  — 
Purgatoire.  -  Extrait  d'uue  lettre  de  Capilon  à  Fare 

SOQ  ami 403-418 

J.  LiBU.'f.  ~  Alsace  et  Régioas  voisines  en  temps  de 
guerre. .--  l'reTÔts  et  l>oyens  de  Saint- Pi  erre-le- Vieux  de 

Strasbourg.  -  Honau. -Hheinau 488-430 

Fréd.  Kl-htz.  ~  Portraits  et  Paysages  par  H.  Charles 
(loutzwiller.  —  Seigneurs,  paysans  et  propriété  rurale  eu 
Alsace  au  raoven-flge,  par  M.  Ch.  SchmidI 43(-4:iS 


OCTOBRE  —  NOVEMBRE  —  DÉCEMBRE 


RoDOLPHB  ItGrs:;.  —  Correspondance  intime  entre  Ulrich 
ObrechI,  préteur  et  Jean-Baptiste  Klinglin,  syndic  de  la 
ville  de  Strasbourg.  —  37  lettr-sde  ll>S8  à  itUtS. — 
Prérace.  —  Commentaires.  —  Annotations     ....  4(t3-474 

J.  LiBUN.  —  Le  Chapeau  de  Saint-Christoplie  cl  la  Bourse 
de  Saint-Denis  de  Belforl.  —  Lc^'eude.  —  Saint-Chris- 
tophe et  Saint-Morand.  —  La  paroisse  de  Saint- Christo- 
phe. —  Le  chapitre  de  Saint-Denis.  —  l'rocés.  — 
Guerre  de  sept  ans 475-4141 

Théodore  Sh<ell.  —  Théophilc-Conrail  Pfeiïel  —  L'œuvre 
en  prose  —  Charlotte  Hciboro.  —  Lettres  de  l'époque 
do  La  Terreur.  —  Ernestine.  —  Heorietle  ou  Yenfant 
trouvé.  —  Lina  de  Saaien.  —  Correspondance  d'Agalhe 
Conclusion 482-492 

Chf*RLE!t  Ngbi.t.-.ukh.  —  La  vie  à  Strasbourg  —  Lu  sage- 
femme.  ~  Le  marchand  de  bétail.—  Le  Ferronnier. 

—  L'oiseleur.  —  Le  soldat  apprenti.  —  L'arquebusier. 

—  Le  canonnier.  —  Le  fourbisseur.  —  L'ingénieur.  — 
Le  serrurier — Le  verrier.  — Le  sorcier.  — Le  joueur 
de  quilles.  —  De  i>ez.  —  De  caries.  —  Me  Galets.  —  De 
Daines.  —  Aux  échecs.  —  \a  ballon,  —  Le  fermier,  — 

Le  blanchisseur.  —  Le  charretier 49!{-S44 


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S76  BRVCB  d'alsacb 

fi,  DuRRWRu,.  —  Histoire  d'une  Ville  d'Alsace  el  ses  cdW- 
roDB.  —  Peldkircfa.  —  La  Thur  et  PulTeraheim.  — 
Staffelfelden.  —  Son  histoire.  —  L'église  de  Feldliirrh 
el  son  cimetière.  —  l.a  Thur  ;  Souvenir  d'un  pécheur  ft 
la  ligne.—  Pulvenheim  :  Souvenirs  d'un  gourmand.  — 
Le  couvent  de  ScfatEnen-Steinbacfa.  -  StafTelTelden  el 
son  histoire 5^-549 

Artk.  Benoit.  —  Note  sur  un  passage  de  la  brochure 

«  Wiasembourg  »,  par  le  Général  Ducrot 550-SS3 

TttiD.  KuRTz.  ~  Bulletin  bislorique  et  philologique  du 
Comité  des  travaux  historiques  et  scientiûques  du  Minis- 
tère de  l'Instruction  publique  et  des  Beaux-Arts.  ~ 
Programme  des  prix  à  décerner  en  1899  par  la  Société 
Industrielle  de  Mulhouse.  —  Précis  analytique  des 
travaux  de  r.\cHdémie  des  sciences,  belles- lettres  el 
arta  de  Boueu,  pendant  l'année  1896-1897.  -  La 
Société  philomatique  et  le  versant  alsacien  des  Vosges. 
—  Club  Alpin  Français,  Bection  des  H  au  te  s- Vosges. 
(Belfort-Epinal).  —  Correspondants  de  Grandidicr.  - 
Dom  La  Forcade  et  Dom  Poirier.  —  Alsatica  ou  Cata- 
logue no  1  d'ouvrages«ur  l'Alsate SIU-360 

F,  H.  BÂLzi^-En.LBti.  -  Une  page  de  bibliographie.  —  M. 
Marckwald,  bibliographe.  —  Le  docteur  Kassel.  —  Les 
Beitrœge 561-571 

Tablr  BBS  MATiàHBS .■I7î-57tî 


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